Arme nucléaire

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Carte des États dotés de l'arme nucléaire en 2017 :

Une arme nucléaire est une arme non conventionnelle qui utilise l'énergie dégagée par la fission de noyaux atomiques lourds (uranium, plutonium dans le cas des bombes A), ou par une combinaison de ce phénomène avec celui de la fusion de noyaux atomiques légers (hydrogène dans le cas des bombes H). L'énergie libérée par l'explosion s'exprime par son équivalent en TNT.

L'arme nucléaire n'a été utilisée de façon opérationnelle que par les États-Unis lors des bombardements des villes japonaises de Hiroshima et de Nagasaki durant la Seconde Guerre mondiale, entraînant environ trois cent mille morts. Ses effets destructeurs, qui sont sans commune mesure avec ceux des « armes conventionnelles », sont principalement dus au souffle, comme pour les explosifs classiques, mais également aux brûlures et incendies provoqués par sa température extrême, et de manière plus marginale à l'effet des radiations.

En raison de ses effets, une arme nucléaire est considérée comme une arme non conventionnelle, et comme une arme de dissuasion (politique de dissuasion nucléaire), visant à empêcher toute attaque majeure, qui serait sanctionnée par l'utilisation de cette arme. Inversement, l'impact psychologique potentiel d'une arme nucléaire en fait une cible de choix pour des mouvements terroristes. Depuis que plusieurs pays se sont dotés plus ou moins rapidement d'armes nucléaires, des accords internationaux visent à réduire l'arsenal nucléaire et à limiter la prolifération nucléaire.

L'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) estimait le nombre de têtes nucléaires dans le monde à environ 19 000 dont 4 400 opérationnelles en janvier 2012, chiffre en baisse continuelle depuis la fin de la guerre froide puisque l'institut estime ce stock à 14 935 têtes dont 4 150 opérationnelles en janvier 2017[1].

Armes et essais nucléaires[modifier | modifier le code]

Types d'armes nucléaires[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Types d'armes nucléaires, Bombe A et Bombe H.
Premiers essais de bombes A et de bombes H
Date Nom de code Type Puissance Pays
16 juillet 1945 Trinity A 19 kt Drapeau des États-Unis États-Unis
29 août 1949 RDS-1 A 22 kt Drapeau de l'URSS Union soviétique
3 octobre 1952 Opération Hurricane A 22 kt Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
1er novembre 1952 Ivy Mike H 10 Mt Drapeau des États-Unis États-Unis
13 février 1960 Gerboise bleue A 70 kt Drapeau de la France France
31 octobre 1961 Tsar Bomba H 50 à 57 Mt Drapeau de l'URSS Union soviétique
16 octobre 1964 596 A 22 kt Drapeau de la République populaire de Chine Chine
18 mai 1974 Smiling Buddha A 12 kt Drapeau de l'Inde Inde
28 mai 1998 Chagai-I A 40 kt[2] Drapeau du Pakistan Pakistan
25 mai 2009 Essai de 2009 A Drapeau de la Corée du Nord Corée du Nord

Les deux grands types d'armes nucléaires sont les bombes à fission nucléaire ou « bombes A » et les bombes à fusion nucléaire, aussi appelées bombes thermonucléaires ou « bombes H »[3]. Leur puissance est mesurée par équivalence avec celle de l'explosion de trinitrotoluène (TNT) : deux unités sont utilisées, le kilotonne (kt) valant 1 000 tonnes de TNT, et la mégatonne (Mt) valant 1 million de tonnes de TNT.

Le premier essai nucléaire est effectué le 16 juillet 1945 par les États-Unis ; il s'agit d'une bombe A d'une puissance de 19 kt. Les bombes A utilisées pour les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki sont de puissance comparable. Les bombes A ont une puissance inférieure à 100 kt.

Les bombes H sont beaucoup plus puissantes. Le premier test d'une bombe thermonucléaire est réalisé par les États-Unis le , sa puissance de 10 Mt est 500 fois supérieure à celle des bombes A testées jusqu'alors.

Dans ces deux grandes familles, des armes plus spécialisées ont été conçues en fonction d'effets spéciaux recherchés, comme la bombe à neutrons.

Essais nucléaires[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Essai nucléaire et Liste d'essais nucléaires.

Les essais nucléaires sont réalisés dans l'atmosphère, dans l'espace, dans la mer ou sous terre. Depuis 1945, plus de 2 000 essais ont eu lieu, dont plus de 1 100 par les États-Unis et plus de 700 par l'Union soviétique[4],[5]. Ouvert à la signature en 1996, le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE ou CTBT en anglais pour « Comprehensive Test Ban Treaty »), interdit tout type d’essai nucléaire quelle que soit l'énergie dégagée. Début 2018, ce traité a été ratifié par 166 États mais n'est pas encore entré en vigueur car plusieurs États dont les États-Unis ne l'ont pas encore fait[6].

Depuis le début des années 2000, seule la Corée du Nord a procédé à des essais nucléaires.

Explosion à usage civil[modifier | modifier le code]

Des utilisations civiles des explosions nucléaires ont été envisagées (creusement de canaux ou de cavités pour le stockage de gaz notamment), mises en œuvre uniquement en URSS, notamment au lac Chagan.

Développement de l'arme nucléaire[modifier | modifier le code]

L'arme nucléaire a été développée dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, puis celui de la course aux armements (Guerre froide) qui s'ensuivit. Actuellement, des négociations internationales s'orientent plutôt vers le désarmement nucléaire.

C'est aux États-Unis que la bombe atomique est mise au point et assemblée durant le projet Manhattan. Le , le Comité consultatif pour l'uranium, un organisme fédéral créé par Roosevelt, demande dans un mémorandum la création d'un projet de recherche sur le thème de la fission nucléaire et sur ses applications militaires. À cette époque, l'extraction de l'uranium est obtenue à partir d'un minerai, le pechblende du Congo belge entreposé à New York dès 1940 sur une initiative prise à Bruxelles en 1939. Dans les années suivantes, l'extraction de ce minerai se développe aux États-Unis et au Canada.

La première étape des recherches a consisté en l'enrichissement de l'uranium naturel en uranium 235 fissile, c'est-à-dire que l'atome d'uranium peut se « casser » et produire une réaction de fission nucléaire. Durant cette étape de recherche, un second élément fissile est découvert, le plutonium. En 1943, au vu des résultats, il est décidé de passer au stade du développement. Le projet Manhattan vient de voir le jour.

Le , sur la base aérienne d'Alamogordo, la première bombe atomique, Gadget, explose lors d'un test baptisé Trinity. Trois semaines après l'essai réussi Trinity, dans la matinée du 6 août 1945, le président Harry S. Truman, qui a succédé à Franklin Roosevelt décédé le 12 avril, donne l'ordre de larguer une bombe atomique sur un objectif civil, la ville d'Hiroshima. Le 9 août, trois jours plus tard, Truman donne l'ordre de larguer une seconde bombe, c'est Nagasaki qui est alors visée. Le 15 août, le Japon accepte la capitulation sans conditions, ce qui met fin à la Seconde Guerre mondiale.

Vecteurs d'armes nucléaires[modifier | modifier le code]

Étapes majeures de développement
des vecteurs nucléaires
Vecteur Année Modèle
Bombardier stratégique 1945 B-29 (Enola Gay)
1951 B-47
Missile balistique
de moyenne portée (MRBM / IRBM)
1956 R-5M
Missile balistique
intercontinental
(ICBM)
1959 Atlas D
1960 R-7A
Sous-marin nucléaire lanceur d'engins
(SNLE / SSBN)
1960 USS George Washington
1961 Classe Hotel

Une tête nucléaire, associée à un vecteur chargé de l'amener sur la cible, constitue une arme nucléaire opérationnelle à utilisation stratégique ou tactique.

Dans les années 1940 et jusqu'au milieu des années 1950, l'avion est le seul vecteur. Le B-47 est le premier bombardier stratégique américain à réaction ; livré à l'USAF à partir de 1951, il devient pleinement opérationnel en 1953[7].

Les Soviétiques donnent la priorité au développement de missiles. Puissance continentale, ils tirent parti de leur proximité avec l'Europe occidentale dont ils peuvent atteindre les grandes villes, comme Paris ou Londres, avec des missiles à moyenne portée. En 1956, les premiers missiles R-5M sont opérationnels ; leur portée est de 1 200 km et ils peuvent être équipés de têtes nucléaires différentes d'une puissance d'une puissance comprise entre 80 kt et 1 Mt. Dotés de propulseurs à propergol liquide, plusieurs heures sont nécessaires pour préparer leur lancement[8].

Les premiers sauts technologiques majeurs ont lieu en 1959 et 1960 avec l'admission en service opérationnel des premiers missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) et sous-marins lanceurs d'engins balistiques (SNLE / SSBN). Les Américains commencent à déployer leurs ICBM de type Atlas D en septembre 1959[9] et les Soviétiques en font autant un an plus tard seulement avec leurs ICBM R-7A[10]. Les premiers sous-marins à propulsion nucléaire lanceurs de missiles balistiques deviennent opérationnels début 1960[11] aux États-Unis et début 1961[12] en Union soviétique.

Les progrès concernent ensuite la facilité de mise en œuvre, la précision et la capacité à survivre à une attaque des missiles tirés depuis la terre ou de la mer. Les premiers modèles de missiles intercontinentaux sont propulsés par des moteurs à propergol liquide qui ne peuvent être stockés et sont lancés depuis des pas de tir à ciel ouvert. Mais dès 1963, les Américains disposent avec les Minuteman I de missiles à propergol solide lancés depuis un silo enterré et protégé[13], et les Soviétiques commencent à déployer le R-16 à propergol liquide stockable lancé depuis un silo[14],[15].

Stratégie et dissuasion nucléaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dissuasion nucléaire.

La puissance exceptionnelle des armes nucléaires, démontrée par les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki, conduisent rapidement les dirigeants américains à les considérer comme différentes des autres armes et par conséquent à développer des stratégies d'emploi qui leur sont propres. Lors de la crise de Berlin en 1948 et 1949, puis lors de la guerre de Corée ouverte en 1950, le président Truman se refuse à utiliser l'arme nucléaire, alors que les États-Unis sont en situation de de quasi-monopole, puisque l'Union soviétique, qui procède à son premier test en août 1949, ne possède pas encore de véritables capacités opérationnelles nucléaires. Dès lors, les stratégies se développent dans une logique de non-emploi et devient des stratégies de dissuasion nucléaire.

Différentes théories voient le jour dans les années 1950 et 1960

Dissuasion nucléaire durant la guerre froide (1947-1989)[modifier | modifier le code]

La fin de la Seconde Guerre mondiale et la connaissance de la puissance destructrice de la bombe atomique ont poussé plusieurs gouvernements à vouloir acquérir, comme les États-Unis, l'arme nucléaire. L'Union soviétique conçoit une bombe A et la teste le . Elle est suivie le par le Royaume-Uni. Suivront ensuite les premières bombes A de la France en 1960 et la Chine en 1964.

Le 1er novembre 1952, les États-Unis déclenchent l'explosion de la première bombe H, une bombe cent fois plus puissante qu'une bombe A. Le premier essai soviétique de la bombe H a lieu le et le pour le Royaume-Uni.

En 1982, on estimait qu'il y avait environ 50 000 armes nucléaires dans le monde totalisant entre 12 000 et 14 000 mégatonnes soit l'équivalent de 3 tonnes de TNT par habitant (il y avait alors 4 milliards d'humains sur Terre)[16].

Avec le début de la guerre froide et l'accession rapide de l'Union soviétique à la force nucléaire, les deux superpuissances sont entrées dans ce que l'on appelle la « dissuasion nucléaire » ou équilibre de la terreur.

Cette rapide prolifération nucléaire, avec les tentatives, parfois réussies, de nombreux pays comme l'Afrique du Sud ou Israël, a poussé les responsables politiques à limiter l'accession aux connaissances nécessaires pour réaliser une telle arme. C'est dans ce cadre que furent ratifiés des traités comme le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), en 1968.

Dissuasion nucléaire depuis la fin de la guerre froide (1990 - )[modifier | modifier le code]

Armes nucléaires dans le monde actuel[modifier | modifier le code]

actuelStocks d'armes nucléaires dans le monde[17],[1]
(données de début 2018)
État Armes
stratégiques
déployées
Armes
tactiques
déployées
Inventaire
total
Chine 270
Corée du Nord 15
États-Unis 1 600 150 6 450
France 280 300
Inde 130
Israël 80
Pakistan 140
Royaume-Uni 120 215
Russie 1 600 6 600

Les stocks d'armes nucléaires dans le monde se sont accrus sur un rythme élevé durant toute la guerre froide. Ils n'ont cessé de diminuer depuis, mais aucune des cinq puissances disposant d'armes nucléaires au début des années 1990 n'a renoncé à leur possession. Plusieurs traités signés sous l'égide de l'ONU ou directement par les États concernés ont contribué à cette réduction du nombre d'armes nucléaires dans le monde, même si quatre États supplémentaires la possèdent depuis la fin de la guerre froide. C'est la combinaison de la puissance de la tête nucléaire et du type de vecteur qui détermine le type d'utilisation possible de l'arme. En pratique, la frontière entre arme stratégique et arme tactique n'est pas absolue : une arme conçue comme une arme tactique peut devenir stratégique si elle est utilisée pour attaquer par exemple une ville. La principale bombe nucléaire américaine (la B61) est conçue pour un usage tactique ou stratégique, elle peut aussi bien être lâchée par un chasseur que par un bombardier intercontinental et sa puissance peut être sélectionnée entre 1 et 340 kilotonnes.

Stocks d'armes nucléaires[modifier | modifier le code]

Huit États souverains détiennent officiellement des armes nucléaires : les cinq puissances nucléaires de la guerre froide, les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni, et trois autres États qui ont acquis depuis cette capacité, l'Inde, le Pakistan et la Corée du Nord. Un neuvième état, Israël, dispose d'une force nucléaire non déclarée[18].

Ces cinq premiers États sont considérés comme des « États dotés d'armes nucléaires » selon les termes du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Depuis que le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires est entré en vigueur en 1970, trois États qui n'ont pas signé le traité, ont effectué des essais d'armes nucléaires, à savoir l'Inde, le Pakistan et la Corée du Nord. La Corée du Nord a fait partie du traité, mais s'en est retirée en 2003. De plus, Israël et l'Afrique du Sud pourraient avoir conjointement procédé à un essai nucléaire secret, détecté par le satellite américain Vela. L'Afrique du Sud a développé des armes nucléaires, mais a démonté son arsenal avant de rejoindre le traité.

Selon les données publiées régulièrement par la Federation of American Scientists, le stock d'armes nucléaires est début 2018 de l'ordre de 14 000 têtes de tous types. Sur ce total, environ 9 300 sont sous contrôle des forces militaires et donc susceptibles d'être montées sur des vecteurs. Sur ce nombre, environ 3 600 têtes sont en permanence déployées sur les vecteurs stratégiques des États-Unis, de la Russie, de la France et du Royaume-Uni, et environ 150 bombes tactiques B61 sont déployées par les États-Unis sur six bases dans cinq pays d'Europe, la Turquie, l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Italie et la Belgique[17]. Certains pays hébergent passagèrement des armes nucléaires américaines, lorsqu'un vecteur américain fait escale dans leur territoire, par exemple un navire de guerre au Japon[19].

Après avoir atteint un pic de plus de 70 000 têtes nucléaires vers la fin de la guerre froide, le nombre d'armes nucléaires a régulièrement diminué depuis en raison des réductions importantes opérées par les États-Unis et la Russie qui possèdent encore à eux deux 93% des stocks mondiaux[20],[21].

Traités de maîtrise des armements nucléaires[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Maîtrise des armements.

Durant la guerre froide, la course aux armements conduit les États-Unis et l'Union soviétique à fabriquer des armes nucléaires en nombre considérable. Les risques et les coûts associés les conduisent durant une période de détente à entamer en 1969 les premières négociations relatives à une limitation des armes et des vecteurs nucléaires. Ces négociations aboutissent en 1972 avec la signature des accords SALT I.

En parallèle, les États dotés de l'arme nucléaire veulent éviter sa prolifération. Sous l'égide de l'ONU, le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, signé en 1968 et entré en vigueur en mars 1970, vise à réduire le risque de prolifération dans le monde. Il interdit aux cinq États qui possèdent alors l'arme nucléaire d'aider un autre État à acquérir des armes nucléaires.

Deux traités majeurs régissent la possession d'armes nucléaires par les États-Unis et la Russie dans les années 2010. Le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF) signé en 1988 qui élimine les missiles à courte et moyenne portée du sol européen, et le traité de réduction des arsenaux nucléaires stratégiques (SORT) signé en 2002 qui réduit les plafonds d'armes et de vecteurs nucléaires stratégiques fixés par les traités précédents.

Armes nucléaires stratégiques[modifier | modifier le code]

Article connexe : Stratégie.

Une arme nucléaire stratégique est une arme de grande puissance délivrée par un vecteur à moyenne ou longue portée. Son emploi est régi par la stratégie de dissuasion nucléaire d'une nation, elle est par essence une arme de nature politique, dont l'emploi est considéré en dernier ressort pour protéger les intérêts vitaux de la nation.et missiles intercontinentaux) pouvant viser le cœur de la nation ennemie. Les cibles potentielles de ces armes sont les agglomérations, les installations industrielles et critiques pour l'économie et le fonctionnement de l'État, et les armes nucléaires stratégiques de nations ennemies. Les armes nucléaires stratégiques sont le plus souvent des bombes H de puissance mégatonnique, portées par un bombardier stratégique, un missile intercontinental basé à terre ou un sous-marin lance-engins.

Les États qui possèdent des armes nucléaires veillent à ne pas dépendre d'un seul vecteur afin de ne pas être facilement vulnérables à des progrès dans les technologies de détection et de destruction des vecteurs. Dans les années 1960, durant la guerre froide, les États-Unis et l'Union soviétique développèrent les trois types de vecteurs stratégiques : bombardiers, missiles basés à terre et sous-marins, qui fut baptisée la « triade nucléaire ». Cette politique tient en partie à ce que chacune des trois branches des armées américaines, l'U.S. Army, l'U.S. Air Force et l'U.S. Navy voulaient à tout prix jouer un rôle dans la stratégie nucléaire de leur pays, de peur d'être marginalisée. Des arguments plus rationnels sont aussi avancés : ces vecteurs possèdent des caractéristiques différentes tant dans leur emploi que dans leur capacité à survivre à des frappes ennemies[22].

Armes nucléaires tactiques[modifier | modifier le code]

L'arme nucléaire tactique est conçue pour être utilisée dans le cadre de la tactique militaire. En principe de puissance faible ou modérée (de quelques kilotonnes à quelques dizaines de kilotonnes) utilisée pour attaquer et détruire les forces ennemies sur le champ de bataille mais aussi les arrières (lignes de ravitaillement, poste de commandement, système de communication).

Dès les années 1950, les deux superpuissances développèrent toute une gamme de têtes nucléaires équipant une grande variété de vecteurs : de la bombe larguée par chasseur-bombardier au missile balistique de courte/moyenne portée - le plus répandu étant le Scud et ses dérivés -, en passant par le missile air-air, le missile sol-air ou anti-missile, la torpille anti-sous-marine, les mines maritimes ou terrestres, l'obus d'artillerie, jusqu'aux charges de démolition transportables à dos d'homme[23]. Les missiles Pluton et Hadès français entrent dans cette catégorie.

Légitimité internationale des armes nucléaires[modifier | modifier le code]

Au regard du droit international[modifier | modifier le code]

La Cour internationale de justice rend le 8 juillet 1996 un avis consultatif qui déclare que « la menace ou l'emploi d'armes nucléaires serait généralement contraire aux règles du droit international applicable dans les conflits armés », néanmoins, la cour précise en conclusion qu'« au vu de l'état actuel du droit international, ainsi que des éléments de fait dont elle dispose, la Cour ne peut cependant conclure de façon définitive que la menace ou l'emploi d'armes nucléaires serait licite ou illicite dans une circonstance extrême de légitime défense dans laquelle la survie même d'un État serait en cause »[24], [25].

Vers l'interdiction à terme des armes nucléaires ?[modifier | modifier le code]

Sous le sigle « Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires » un groupe d'ONG déploie durant la décennie 2010 une activité intense pour mettre hors la loi les armes nucléaires. Elle reçoit à ce titre fin 2017 le prix Nobel de la Paix.

Fin décembre 2016, lors de l’Assemblée générale de l’ONU, 113 pays (contre 35 et 13 abstentions) votent la résolution L41, afin de convoquer une conférence « chargée de négocier un instrument juridiquement contraignant d’interdiction des armes nucléaires conduisant à leur élimination totale »[26]. Cette conférence aboutit au vote à l’Assemblée générale des Nations unies, le 7 juillet 2017, du traité sur l'interdiction des armes nucléaires, approuvé par 122 pays sur 192[27].

Dans l'opinion publique et les médias[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Armes nucléaires dans les médias.

De nombreuses œuvres de fiction utilisent l'arme atomique comme élément narratif.

Effets destructeurs des armes nucléaires[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Explosion atomique.
Brûlures d'une femme japonaise à la suite d'une explosion nucléaire en 1945

Les principaux effets d'une arme nucléaire sont l'effet de souffle, la chaleur, l'impulsion électromagnétique et le rayonnement ionisant. Les aspects particuliers de ce type de bombe, qui la distinguent des explosifs traditionnels et en font une menace beaucoup plus importante, sont sa puissance, et les effets spécifiques dus à l'utilisation de matériaux radioactifs.

Effet de souffle[modifier | modifier le code]

L'énergie de l'explosion est beaucoup plus importante qu'avec un explosif traditionnel : un explosif traditionnel étant de l'ordre d'une tonne de TNT, l'énergie d'une arme nucléaire se mesure en kilotonnes ou en mégatonnes, soit mille à un million de fois plus.

Une onde de choc provoque un déplacement important et rapide de l'air environnant, exerçant ainsi une contrainte (pression) sur les objets environnants. Le souffle de l'explosion détruit tous les bâtiments aux alentours et provoque des lésions et la surdité des personnes qui sont proches de l'explosion. Une fois l'onde de choc passée, de forts vents créés par l'effet de vide (dépression, contrainte opposée) dû à l'explosion, semblables à ceux d'un ouragan, finissent de démolir les bâtiments qui seraient encore debout.

La fuite d'atmosphère entraînerait aussi des conséquences climatiques, en enlevant en partie l'effet de serre (effet qui se passe en hautes altitudes majoritairement), et en accélérant la propagation de la chaleur de l'atmosphère en haute altitude vers le sol, vérifiable par un modèle isentropique de l'atmosphère prise entre le sol chauffé par le soleil (et l'effet de serre), et le dôme (mésosphère) chauffé par le soleil, les deux séparés par un modèle isentropique de propagation de la température sous forme de pression.

Chaleur[modifier | modifier le code]

35 % de l’énergie d'une bombe nucléaire est dissipée sous forme de rayonnements lumineux, principalement infrarouges, qui transmettent la chaleur de l'explosion. Cette chaleur est telle qu'elle peut déclencher des incendies et causer des brûlures sur les personnes jusqu'à des distances de plusieurs kilomètres. Pour donner un ordre de grandeur, une bombe de 10 Mt provoque des brûlures jusque dans un rayon de 30 kilomètres.

À cela peuvent s'ajouter des éblouissements voire plus rarement des brûlures aux rétines pour ceux qui regardent l'explosion.

Impulsion électromagnétique (IEM)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Impulsion électromagnétique.

Une explosion nucléaire provoque un déplacement d'électrons, qui crée un courant électrique. Ce courant est tel qu'il perturbe pendant un certain temps les alimentations électriques et détruit complètement la plupart des circuits électroniques.

Cet effet n'a d'incidence notable que dans le cas des explosions à très haute altitude ou dans l'espace.

Radiations[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Retombées radioactives et Bombe à neutrons.

L'effet immédiat de l'irradiation due à une arme nucléaire peut être de deux types :

  • Au moment de l'explosion, une irradiation immédiate et directe, pour les personnes proches de l'explosion, qui peut être très intense (voir Syndrome d'irradiation aiguë). Pour une arme nucléaire classique, l'irradiation ne constitue pas une menace supplémentaire, car les zones où l'irradiation est significative sont également celles où l'effet de souffle et de chaleur est très fortement destructeur. Ce n'est que dans le cas d'une bombe à neutrons que l'effet spécifique de l'irradiation est employé à des fins militaires.
  • À plus long terme, une pollution radioactive éventuelle, due aux retombées radioactives des éléments de la bombe et des éléments contaminés, qui peuvent être transportés par les mouvements d'air sur de très grandes distances. Cette irradiation est moins intense, mais plus importante du point de vue du nombre de personnes touchées. L'irradiation peut être suffisamment importante pour interdire l'accès aux zones de retombées pendant quelques jours.

Les effets à long terme sont à relativiser d'après les résultats du suivi médical des survivants de Hiroshima et Nagasaki[28],[29] :

  • Il existe bien une augmentation des taux de cancers, significative, mais moins importante que ceux liés à d'autres causes comme le tabagisme. Même pour les sujets exposés aux plus fortes doses, l'excès de cancer ne semble pas dépasser 4 % (l'incidence normale du cancer étant de l'ordre de 20 %, un excès de 4 % fait passer ce risque à 24 %, soit un « risque relatif » de 20 points d'augmentation).
  • Contrairement aux idées reçues, il n'a pas été observé d'augmentation statistiquement significative des malformations ou de troubles génétiques chez les descendants de survivants irradiés, quoi qu'une tendance se dégage[28].

Impact climatique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hiver nucléaire.

Selon certains scénarios, si une guerre nucléaire venait à être déclenchée avec l'emploi de plusieurs milliers de bombes nucléaires mégatonniques, des impacts mesurables sur le climat de la Terre pourraient se faire ressentir. Les incendies en masse déclenchés par l'effet de chaleur, ainsi que le soulèvement de la poussière, pourraient provoquer la formation d'un gigantesque manteau de suie et de poussière dans la stratosphère, qui occulterait les rayons du Soleil. Il s'ensuivrait, pendant quelques jours seulement ou plusieurs années, ce que l'on appelle communément un Hiver nucléaire.

Ces scénarios, imaginés à l'époque de la course aux armements, ne sont pas réalistes aujourd'hui : les explosions nucléaires mégatonniques de l'époque (dont le type extrême a été la Tsar Bomba) ont une fonction de propagande, mais aucun intérêt militaire (faible intérêt tactique ; vecteurs inexistants ou beaucoup trop limités pour ces bombes surdimensionnées)[30]. Cependant, si les arsenaux actuels, de puissance plus limitée, ne sont pas capables d'engendrer un tel scénario, un conflit nucléaire même régional pourrait déclencher une famine nucléaire.

Notes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) https://www.sipri.org/sites/default/files/2017-06/fs_1707_wnf.pdf TRENDS IN WORLD NUCLEAR FORCES, 2017
  2. (en) Pakistan Nuclear Weapons, Federation of American Scientists, 11 décembre 2002.
  3. « Trois générations d'armes nucléaires », (consulté le 3 avril 2018)
  4. (en) « A tally of nuclear tests », sur Reuters, (consulté le 3 avril 2018)
  5. (en) « Worldwide Nuclear Explosions », sur Columbia University, (consulté le 3 avril 2018)
  6. (en) « Status of signature and ratification », sur CTBTO, (consulté le 3 avril 2018)
  7. (en) « 306th Bomb Wing », sur GlobalSecurity (consulté le 3 avril 2018)
  8. (en) « R-5M », sur Astronautix (consulté le 4 avril 2018)
  9. (en) « SM-65 Atlas », sur MissileThreat, (consulté le 3 avril 2018)
  10. (en) « R-7A », sur Astronautix, (consulté le 3 avril 2018)
  11. (en) « SSBN-598 George Washington-Class FBM Submarines », sur FAS, (consulté le 3 avril 2018)
  12. (en) « 658 HOTEL I/II/III », sur FAS, (consulté le 3 avril 2018)
  13. (en) « Minuteman », sur Astronautix (consulté le 4 avril 2018)
  14. (en) « R-16 (6K64) and R-16U (6K64U) ICBM tech dossier », sur RussianSpaceWeb (consulté le 4 avril 2018)
  15. (en) « R-16 », sur Astronautix (consulté le 4 avril 2018)
  16. André Berger, Le climat de la terre: un passé pour quel avenir ?, De Boeck Université, (ISBN 978-2804114978), p. 176.
  17. a et b (en) Hans M. Kristensen et Dr. Robert Standish Norris, « Status of World Nuclear Forces », sur FAS - Federation of American Scientists, (consulté le 3 avril 2018)
  18. (en) « FAS | Nuke | Guide | Israel »
  19. (en) « Does the United States have nuclear weapons stationed in Japan? - Quora », sur www.quora.com (consulté le 13 mai 2017)
  20. (en) Hans M. Kristensen et Dr. Robert Standish Norris, « Status of World Nuclear Forces », sur fas.org, (consulté le 13 janvier 2018)
  21. http://thebulletin.org/nuclear-notebook-multimedia.
  22. U.S. Strategic Nuclear Forces: Background, Developments, and Issues - Background: The Strategic Triad, p. 2-9
  23. Par exemple la W54 américaine de 30 kg pour 1 Kilotonne de puissance.
  24. (fr)-(en)[PDF] « Licéité de la menace ou de l'emploi d'armes nucléaires », Cour internationale de justice, (consulté le 23 octobre 2009), p. 44 (85 du PDF)
  25. (fr) « L'avis consultatif sur les armes nucléaires et la contribution de la Cour internationale de Justice au droit international humanitaire », Revue internationale de la Croix-Rouge, (consulté le 23 octobre 2009)
  26. Marc Semo, « La bataille morale pour l’interdiction totale des armes atomiques », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  27. Edouard Pfimlin, « Cinq choses à savoir sur le traité d’interdiction des armes nucléaires », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  28. a et b (en) Genetic effects of the atomic bombs : a reappraisal, de William J. Schull, Masanori Otake et James V. Neel dans le volume 213, numéro 4513, pages 1220 à 1227 de Science du .
  29. (en) The study of atomic bomb survivors in Japan, de C.S. Finch dans le numéro 66 pages 899 à 901 de Am. J. Med. de 1979.
  30. « Big Ivan, The Tsar Bomba (“King of Bombs”) », sur nuclearweaponarchive.org, (consulté le 15 janvier 2018)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

En anglais[modifier | modifier le code]

  • (en) Thérèse Delpech, Nuclear Deterrence in the 21st Century : Lessons from the Cold War for a New Era of Strategic Piracy, RAND Corporation, 2012, 196 p. (ISBN 978-0-833059307, lire en ligne)
  • (en) Amy F. Woolf, U.S. Strategic Nuclear Forces: Background, Developments, and Issues, Congressional Research Service, (lire en ligne)

Articles[modifier | modifier le code]

  • Bruno Tertrais, Soixante ans de dissuasion nucléaire : bilan et perspectives, (lire en ligne)
  • Isabelle Facon et Bruno Tertrais, Les armes nucléaires "tactiques" et la sécurité de l'Europe, Fondation pour la Recherche Stratégique, 2008, 64 p. (lire en ligne)

Compléments[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]