Bouddhisme au Japon

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Le bouddhisme au Japon (仏教, bukkyō?) a été importé de Chine et de Corée à partir des Ve et VIe siècle ; il est donc fortement influencé des bouddhismes chinois et coréen, mais aussi par le shintoïsme, principale religion au Japon née plusieurs siècles auparavant.

Son histoire peut être divisée en trois périodes, l'époque de Nara (jusqu'en 784), l'époque de Heian (794–1185) et la période post-Heian (à partir de 1185). Chaque période a vu l'introduction de nouvelles doctrines ou l'évolution d'écoles existantes, des trois grands courants du bouddhisme : hīnayāna, (voie du Petit Véhicule), mahāyāna (voie du Grand Véhicule), vajrayāna (voie du Diamant).

Les treize écoles principales du bouddhisme japonais[modifier | modifier le code]

Tōdai-ji, le plus haut temple de Kegon.

Il existe aujourd'hui treize écoles principales (, shū?) du bouddhisme au Japon, classées d'après leur époque d'apparition :

  • Époque de Nara :
    • Hossō, école du Dharmalaksana (caractéristiques des Dharmas)
    • Kegon, école de la Guirlande de Fleurs, de l'Ornementation Fleurie
    • Ritsu, école des Préceptes
  • Époque de Heian :
    • Tendai, école du Mont Tiantai (montagne chinoise où se situe le temple fondateur)
    • Shingon, école de la Parole vraie (mantra en japonais) appelée parfois aussi dharani shu (école des dharanis)
  • Époque de Kamakura :
    • Nichiren, école du bonze Nichiren (« Lotus du Soleil »), parfois appelée également école Hokke (« Fleur de la Loi »)
    • Écoles inspirées par la Terre pure (souvent réunies sous le vocable d'amidisme, du nom du bouddha Amida) :
      • Jōdo, école de la Terre pure
      • Jōdo shin, école de la véritable Terre pure
      • Yūzū nenbutsu, école de l'Attention Mutuelle au Bouddha (le nenbutsu est en fait l'invocation du nom du bouddha Amida)
      • Ji, école de l'Heure
    • Écoles Zen, fondées sur la « méditation silencieuse » (bien que le terme zen, quasiment intraduisible, ne suppose pas de sujet méditant) :
      • Rinzai, école du bonze chinois Linji
      • Sōtō, école des bonzes chinois Caoshan Benji (Cao-Sō) et Dongshan Liangjie (Dong-Tō)
      • Ōbaku, école du mont Huangbo (montagne chinoise où se situe le temple fondateur), influencée par la Terre pure

La plupart sont issues du bouddhisme mahāyāna ; seule l'école Ritsu provient du bouddhisme hīnayāna, Shingon étant du courant vajrayāna et Tendai est à mi-chemin entre mahāyāna et vajrayāna.

De ses 13 écoles principales découlent les 56 écoles (, ha?) existantes au Japon. Aujourd'hui, les écoles dominantes sont celles de l'époque de Kamakura, ainsi que Shingon de l'époque de Heian.

Historique[modifier | modifier le code]

Époque de Yamato[modifier | modifier le code]

Hōryū-ji, le plus haut temple de Shōtoku.

Les Japonais de l'époque de Yamato considéraient le continent comme supérieur, et ils mirent en place une importation massive des choses chinoises, les recopiant, les triant et parfois innovant eux-mêmes. Parmi ces choses, il y a bien sûr la religion : le taoïsme, le bouddhisme, mais aussi des rituels confucéens. Pour les Japonais, au départ, ces courants de pensée sont une seule et même chose se déclinant de différentes manières.

Selon le Nihon Shoki, l'empereur Kimmei aurait reçu en 552, de la part du roi coréen Kudara, une statuette dorée de Shaka (représentant Shakyamuni) et plusieurs rouleaux d'écritures bouddhiques. Le roi aurait également accompagné les présents par une lettre vantant les mérites du bouddhisme. L'authenticité de cette lettre est cependant discutable, dans la mesure où la traduction chinoise de cette dernière n'apparaîtra que bien plus tard. On pense à un faux rédigé par les auteurs du Nihon Shoki. D'ailleurs, on estime que le bouddhisme a été importé au Japon bien avant 552.

Devant l'importance d'un tel présent, l'empereur rassembla ses conseillers au nombre de trois, afin de décider de ce qu'ils devraient en faire. Soga no Iname voulut accepter l'existence du bouddhisme, tandis que Mononobe no Okoshi et Nakatomi no Kamako étaient contre, craignant la vengeance des Kami. Malgré tout, l'empereur décida de faire un essai du bouddhisme. De fait, Soga créa un monastère dans sa propre demeure, dans laquelle il plaça la statue. Mais rapidement, une épidémie se déclara. Mononobe et Nakatomi ordonnèrent alors de se débarrasser de la statue, qu'ils jetèrent dans un canal, et ils brulèrent le monastère. Cependant, l'épidémie se renforça et un incendie se déclara à l'intérieur de palais impérial. On se dépêcha donc de repêcher la statue, et les malheurs prirent fin.

Cependant, ce ne sera véritablement que grâce à l'empereur Yōmei, et surtout grâce à son fils, Shōtoku-taishi que le bouddhisme s'implantera définitivement au Japon. En effet, Shōtoku-taishi commentera de nombreux sūtras bouddhiques et créera de nombreux monastères. À sa mort, on comptait 46 monastères.

En 592, après des luttes d'influence avec le shintō, le bouddhisme fut déclaré religion d'État.

Le bouddhisme s'est introduit par le « haut », dans les classes sociales dominantes, avant d'atteindre le peuple, car ses enseignements relativement difficiles ne pouvaient pas encore être compris par l'ensemble de la population, non lettrée, du Japon.

Époque de Nara[modifier | modifier le code]

Pendant l'époque de Nara, naissent les écoles bouddhiques appelées les « Six écoles de la capitale du sud » (南都六宗, Nanto roku shū?, Nara étant nommée « capitale du sud » à l'époque) :

Hossō, Jojitsu, Kusha et Ritsu appartiennent à la tradition indienne du bouddhisme. Kusha et Ritsu suivent de façon nette la tradition du Petit véhicule. Jojitsu s'inscrit dans une zone de transition entre Petit et Grand véhicule, alors que Hossō, Sanron, et Kegon (qui trouve ses origines en Serinde et en Chine), appartiennent au Grand véhicule. Seuls Hossō, Kegon et Ritsu subsistent de nos jours.

Époque de Heian[modifier | modifier le code]

Durant l'époque de Heian, on assiste à la fondation de deux nouveaux courants par des moines revenus de Chine :

Époque de Kamakura[modifier | modifier le code]

Eihei-ji dans Fukui, le plus haut temple de Sōtō.

L'époque de Kamakura est celle de l'introduction du zen en provenance de Chine à partir de deux écoles : le Rinzai par le moine Eisai (1141-1215) et le Sōtō par Dōgen (1200-1253).

Deux courants inspirés par l'amidisme chinois naissent : l'école Jōdo sous l'impulsion de Hōnen (1133-1212), un prêtre Tendai, et l'école Jōdo shin (école véritable de la Terre pure aussi nommée bouddhisme shin) fondée par un disciple de Hōnen, Shinran (1173-1263). Viendront ensuite le développement de l'école Yūzū nenbutsu créée par un autre moine Tendai Ryōnin (1072–1132), et celui de l'école Ji fondée par Ippen (1234-1289), un moine-prêtre de l'école Jōdo.

À la même époque se développe le bouddhisme de Nichiren (du nom de son fondateur, Nichiren), qui désire revenir à une pratique uniquement centrée sur le sūtra du Lotus, déjà popularisé à l'époque de Heian par le Tendai.

Toujours à la même période, le Shugendō, voie des ascètes des montagnes (les yamabushi) et syncrétisme entre bouddhisme et shintoïsme, connaît un important développement.

Époque d'Edo[modifier | modifier le code]

Une école particulière du zen s'est développée au Japon au XVIIe siècle pendant l'époque d'Edo : l'Ōbaku. Elle fut fondée par un maître chan chinois renommé, Yinyuan Longqi (ou Ingen Ryuki), et son disciple Muyan qui avaient fui la Chine à la chute des Ming devant les mandchous. Ōbaku est la transcription du nom du mont Huangbo, dans le Fujian, où Yinyuan avait été abbé, mais aussi le nom du maître de Linji (fondateur du rinzai), Huanbo Xiyun, qui s'y était installé. Les pratiquants de l'Ōbaku se considéraient comme des disciples de Linji, tout en incluant dans leur pratique l'amidisme et des éléments tirés du Mi zong, bouddhisme ésotérique chinois.

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Depuis quelques années le Japon a vu un développement important de nouveaux mouvements religieux (新宗教, shinshūkyō?). On peut classer ceux d'inspiration bouddhiste en différentes catégories :

La situation est encore compliquée par le fait que les grandes écoles, en raison du système des lignées, sont elles-mêmes subdivisées en une multitude d'écoles et de courants, il y a ainsi actuellement plus de 184 000 groupes religieux répertoriés au Japon.

Si le bouddhisme a perdu de sa vitalité, l'ère moderne connaît néanmoins des maîtres zen d'importance, comme Kodo Sawaki ou Harada Daiun Sogaku (en).

Les temples[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Architecture bouddhiste japonaise.

Les temples bouddhistes sont appelés tera (?, se lit aussi ji) ou jiin (寺院?) en japonais. Le gouvernement japonais comptabilisait 76 000 temples ayant une personnalité juridique en 2005[1].

Plan du temple Hōryū-ji.

On peut trouver devant la ou les portes (, mon?, A sur le plan à droite) du temple des statues de Niō, ou comme pour un sanctuaire shinto des statues de komainu (狛犬?)[2].

Il y a trois bâtiments essentiels dans un temple japonais, reliés ou non par un cloître appelé kairō (回廊?, B)[3],[4] :

  • le bâtiment principal (C) : kondō (金堂?, littéralement « salle d'or ») ou honden (本殿?, littéralement « palais principal »), ou butsuden (仏殿?, littéralement « palais de Bouddha ») dans le bouddhisme zen,
  • la pagode (, ?, D), généralement de trois ou cinq étages, absente dans le zen,
  • et la salle d'études (講堂, kōdō?, E), ou salle de dharma (法堂, hōdō?) dans le zen : celle-ci peut être à l'intérieur ou à l'extérieur de l'enceinte, reliée ou non par le corridor.

On peut également y trouver[3] :

  • un « entrepôt de sūtras » (経蔵, kyōzō?, F),
  • un beffroi (鐘楼, shōrō?, G), qui n'est cependant pas dans une tour,
  • mais aussi un réfectoire/cantine (食堂, jikidō?), une cuisine appelée kuri (庫裡?) et un dortoir (僧房, sōbō?).

Notes et références[modifier | modifier le code]

(ja) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en japonais intitulé « 日本の仏教 » (voir la liste des auteurs)

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Buddhism in Japan » (voir la liste des auteurs)

  1. (en) « RELIGIOUS ORGANIZATIONS, CLERGYMEN AND ADHERENTS (1980--2005) », sur Bureau des Statistiques du Ministère japonais des Affaires intérieures et des Communications, Agency for Cultural Affairs,‎ 2005 (consulté le 11 novembre 2008)
  2. (en) « Shinto Shrine Guide - Inside the Shrine », sur GODS of Japan, A-to-Z Photo Dictionary of Japanese Buddhism (Buddhist & Shinto Deities) (consulté le 4 mai 2009)
  3. a et b (ja) Satoko Suzuki, « O-teramoto ni kanarazu dete kuru garan, wakaru yō de wakarimasen. Donna tatemono ga soko ni ha aru no ? », Casa Brutus, vol. 90,‎ septembre 2007, p. 42-43
  4. (en) « Buddhist Temples », sur Japan National Tourism Organization, JTB (consulté le 25 juin 2009)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

(en) Panorama des écoles japonaises

(en) Matsunami, Kodo (2004). A guide to japanese buddhism, Tokyo, Japan Buddhist Federation. PDF

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bunyiu Nanjio (1886), A short history of the twelve Japanese Buddhist sects, Tokyo, Bukkyo-sho-ei-yaku-shupan-sha Internet Archive
  • Matsunaga, Daigan; Matsunaga, Alicia (1996), Foundation of Japanese buddhism, Vol. 1: The Aristocratic Age, Los Angeles; Tokyo: Buddhist Books International. ISBN 0-914910-26-4
  • Matsunaga, Daigan, Matsunaga, Alicia (1996), Foundation of Japanese buddhism, Vol. 2: The Mass Movement (Kamakura and Muromachi Periods), Los Angeles; Tokyo: Buddhist Books International, 1996. ISBN 0-914910-28-0
  • René Sieffert, Les religions du Japon, Cergy, plon,‎ 15 juin 2000, 2e éd. (ISBN 978-2-7169-0322-6)
  • Yoshiro Tamura (2005), Japanese Buddhism, A Cultural History, Kosei Publishing Co., ISBN 4-333-01684-3