Dogū

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Présentation des figurines, dogu et masques, Jōmon Récent, v. 2000, du site d'Isedōtai, Kitaakita, Préfecture d'Akita. Nord du Japon[1]

Les dogū (土偶?) sont des statuettes énigmatiques de la période Jōmon (縄文時代, Jōmon jidai?), le plus souvent en terre cuite, et le plus souvent aussi « féminines » mais pouvant aussi, peut être, être asexuées. Les plus nombreuses datent de la période Jōmon, du Jōmon Moyen jusqu'au Jōmon Final (de 3000 à 400/300 AEC (avant l'ère commune). Elles se présentent debout, pour la plupart, et de face, jambes écartées. Elles possèdent généralement des bras relativement petits et pour quelques groupes très connus, des yeux globuleux, parfois fendus d'un simple trait , comme des « yeux de grenouille » ou comme des « lunettes de neige »[2]. Ces statuettes sont, souvent, couvertes de graphismes aux formes géométriques complexes.

Le contexte de leur découverte laisse supposer qu'elles ont été utilisées lors de cérémonies diverses, et pas seulement en rapport avec les enterrements, mais rien ne permet d'aller plus loin, quant à leur usage ou leurs fonctions et encore moins leur(s) « signification(s) ».

Toutes les dates indiquées sont sous-entendues avant l'ère commune (AEC).

Les figurines, dogū, de l'époque Jōmon[modifier | modifier le code]

Dogū, terre cuite fragmentaire,
H. 25,2 cm. Site de Kamikurokoma, Fuefuki-shi, (Yamanashi). Jōmon Moyen, 3000-2000. Musée national de Tokyo (TNM)

Périodes et lieux[modifier | modifier le code]

Les dogū se rencontrent depuis le sud d'Hokkaido[3] et Tohoku, au Nord, jusqu'à la région d'Osaka - Kyoto, le Kinki, au Centre, mais pas au-delà [4]. Les premières statuettes sont apparues au VIIe millénaire[5]. Cependant la plus haute concentration[6] se trouve dans le Nord ( région de Tōhoku ), sur l'île d'Hokkaidō et au nord de l'île de Honshū, du Jōmon moyen jusqu'au Jōmon final, même si la production concerne la totalité du territoire et de la période. Elles sont de forme humaine (sauf exceptions), aux traits plus ou moins féminins même si ces caractéristiques sont parfois quasi inexistantes ou indiscernables au point que certains y voient des figures masculines[7]. Ce sont des petites figurines en argile ou en pierre. Dans le Kantō, au Jōmon Récent, on rencontre des dogū d'argile montés au colombin, ce sont donc, dans ce cas, des pièces creuses. Cette solution est reprise, au Jōmon Final, dans la région de Tōhoku, suivant le style décoratif des céramiques noirâtres de Kamegaoka[8].

À côté des statuettes représentant des êtres humains (dogū), de loin les plus nombreuses, on rencontre aussi des statuettes représentant des animaux, courantes dès le Jōmon Moyen, comme sur le site de Kikyō, Hokkaido, en forme d'ours, de tortue (?) ou de requin[9].

Formes et matières[modifier | modifier le code]

Les dogū sont d'une très grande diversité de forme, leur taille variant entre une dizaine de centimètres à une quarantaine pour le plus grand, et présentent, ou non, un décor (ou la représentation d'un vêtement) [10]. La stylisation permet une multitude de solutions[11], toutes cohérentes sur le plan plastique. Il en existe en forme de plaque, en croix, en triangle (p. ex. à Sannai Maruyama) : les détails sont alors de faible relief, saillant ou en creux. Dans le cas des dogu d'Ebisuda aux yeux globuleux ou à « lunettes de neige », les yeux lisses, au milieu du corps couvert d'ornements, trouvent un « écho » dans les bras et jambes laissés nus. Les hanches peuvent être figurées larges, mais pas dans le cas du dogu assis de Kazahari I. Si la plupart ont des attributs féminins plus ou moins visibles, d'autres semblent asexués, comme le dogū de Chobonaino, Hokkaido.

Ces figurines constituent les premiers témoignages de la sculpture japonaise. Mais en tant qu'objets façonnés en terre elles s'insèrent dans la longue tradition du modelage pratiqué au cours de la période, une pratique remarquablement diverse, qui caractérise toute la céramique Jōmon. Ce sont souvent, sur les céramiques :

  • des décors cordés, par impression de cordes, enroulées sur des bâtons ou tressées (comme un « scoubidou ») : on le trouve sur le dogū assis de Kazahari I,
  • des décors par incisions, ou gravures : on le trouve sur le dogū au visage « en cœur » et le dogū à tête de chouette cornue, tous deux du TNM
  • des reliefs rapportés, et des jeux de courbes et contre-courbes, des ponctuations régulières, au cours du Jomon récent et final dans le nord du Japon, non sans rapport avec ceux que l'on retrouve sur certains dogu contemporains dans cette région : de Ebisuda et de Kamegaoka.

Au cours des périodes du Jōmon Récent et Final on constate une grande variabilité des types et un grand nombre de ces statuettes ont été travaillées avec un grand soin, tandis que d'autres ne témoignent pas de ces caractères distinctifs[12].

Céramiques[modifier | modifier le code]

Fonctions ?[modifier | modifier le code]

Leurs fonctions étaient vraisemblablement liées à des cérémonies diverses :

  • dans les tombes, au cours de cérémonies funéraires : ce sont probablement des « offrandes » au défunt, ou une protection pour lui ou pour la communauté, mais on ne peut exclure d'autres fonctions
  • au sein des villages [19]: « rites de fécondité », « symboles de fertilité » (?)[12] parce qu'il s'agit de représentations ayant, pour la plupart, des attributs féminins. On en trouve sur le sol des habitations et dans les dépotoirs.
  • au cours de « rites de guérison » (?), (certains[20] ont pensé au chamanisme, les publications du XXIe siècle n'y font plus allusion, par précaution. Le chamanisme ayant fait l'objet de débats très controversés et très vifs (en particulier : Michel Lorblanchet et al., Chamanismes et arts préhistoriques : Vision critique, éditions Errance, 2006).
  • Elles sont pour moitié retrouvées brisées, souvent au niveau des bras et des jambes. Cela pourrait évoquer des pratiques rituelles (comme on le fait en brûlant des « bonhommes de paille » pour chasser les épidémies) mais elles auraient pu aussi se briser involontairement[21], après usage.
  • Elles sont, pour la plupart, associées à d'autres artefacts « rituels » C'est le cas à Kunenbashi, Iwate, du Jōmon Final où elles sont associées à des « sabres » de pierre. C'est aussi le cas sur les terrasses en disque, sur le site de Terano-higashi, (Tochigi)[22], Jōmon Récent et Final, où ils sont associés à des « pierres phalliques », « sabres » de pierre, anneaux d'oreille en terre cuite et perles de pierre.

Quelques exemplaires (Jōmon Ancien et Final), réalisés en pierre, au cours de la même période semblent exclure ceux réalisés en terre. Ce qui pourrait suggérer que leur fonction ou leur signification seraient équivalentes[23]. Mais le fait que certains traits caractéristiques diffèrent, de la terre à la pierre, semble indiquer que leurs fonctions pourraient avoir été différentes.

Les dogū dans la culture populaire contemporaine des XXe et XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Ces figures sont considérées par les partisans du néo-évhémérisme comme d'anciens astronautes. La statuette montrerait selon eux une combinaison spatiale avec casque et lunettes ou un scaphandre.

Arahabaki, un démon récurrent de la série de jeux vidéo Shin Megami Tensei, a la forme d'un dogū.

Dans la série de jeux vidéo Darkstalkers de Capcom, le personnage de Huitzil est un robot ressemblant à un dogū.

Dans la série de jeux vidéo Pokémon, éditée par Nintendo, les Pokemon Balbuto et Kaorine sont inspirés des dogū.

Dans le jeu vidéo Ōkami, certains ennemis sont des dogū habités par des démons.

Dans l'anime Amagi Brilliant Park, l'un des personnages est un dogū muet. Il apparaît en train de dériver dans l'espace dans le treizième épisode, certainement en référence au néo-évhémérisme.

Dans l'épisode 1 de Nichijou TV, on voit voler un dogū à la suite d'une explosion.

Dans la seconde saison de Digimon (série télévisée d'animation), Shakkoumon, la forme Ultime fusionnée de Armadillomon et Angemon, est inspirée des dogū.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1] page dédiée sur le site jomon-japan.jp. (en)
  2. Lunettes à neige préhistorique inuit, vers 1200 sur Canadian Museum of History.
  3. Dogu découvert à Chobonaino, Jomon Récent, terre cuite portant des traces de laque, H. 41,5 cm : site d' Hakodate Jomon Culture Center. D'autres objets laqués sont conservés dans ce musée.
  4. Sur la période, et référence sur cette question : Christine Shimizu, 1997, p. 19-21, autre édition : Christine Shimizu, 2001, p. 12-16.
  5. Dogū de Kayumi Ijiri sur heritageofjapan.wordpress.com.
  6. Junko Habu 2004, p. 147
  7. Junko Habu 2004, p. 142
  8. Christine Shimizu, 1997, p. 21, autre édition : Christine Shimizu, 2001, p. 18.
  9. Christine Shimizu, 1997, p. 18, autre édition : Christine Shimizu, 2001, p. 16.
  10. Tableau chronologique de croquis : Junko Habu 2004, p. 143
  11. Junko Habu 2004, p. 142-151
  12. a et b Junko Habu 2004, p. 144
  13. Page dédiée, site de la ville de Funagata.
  14. Argile de bonne qualité, soigneusement polie, contenant des paillettes de mica. Trésor national. : The Power of DOGU 2009, p. 92-93
  15. Similaire à l'exemplaire Musée national de Tokyo reproduit dans The Power of DOGU 2009, p. 114. Idem : Shimizu 1997, p. 19 et p. 17, édition 2001.
  16. Terre modelée, avec appliqués (nez, bouche, yeux et sourcils), piqueté (bouche) comme si la figure portait un masque. Trouvé brisé sur le sol d'une habitation semi-souterraine. Reproduite avec notice dans The Power of DOGU 2009, p. 90-91
  17. Site de Ebisuda, Tajiri Kabukuri, Osaki-shi.
  18. [2] : page ' , sur le site du Musée Guimet, Paris.
  19. On en a découvert jusqu'à 1500, sur les sites de Sannai-Maruyama. : Junko Habu 2004, p. 113-114
  20. Christine Shimizu, 1997, p. 18, et : Christine Shimizu, 2001, p. 16 : « [ces statuettes] sont certainement liées à des rituels chamaniques et servaient de lien entre le monde surnaturel et le monde terrestre ».
  21. Junko Habu 2004, p. 142-144
  22. Junko Habu 2004, p. 191
  23. Junko Habu 2004, p. 151

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Junko Habu, Ancient Jomon of Japan, Cambridge, New York, Melbourne, etc., Cambridge University Press, , XV-332 p. (ISBN 0-521-77670-8). Aussi : (ISBN 978-0-521-77670-7) (br.). - (ISBN 978-0-521-77213-6). (rel.). Autre tirage 2009.
  • (en) Simon Kaner (dir.), The Power of DOGU : Ceramic Figures from Ancient Japan, Londres, The Trustees of the British Museum, , 175 p. (ISBN 978-0-7141-2464-3).
  • Christine Schimizu, L'Art japonais, Flammarion, coll. « Vieux Fonds Art », , 495 p., 28 x 24 x 3 cm env. (ISBN 2-08-012251-7), et Schimizu, Christine, L'Art japonais, Flammarion, coll. « Tout l'art, Histoire », , 448 p., 21 x 18 x 2 cm env. (ISBN 2-08-013701-8)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]