Kanji

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Les kanjis[1] sont des caractères chinois – ou des caractères morphologiquement proches de ces derniers – dont la fonction est d'écrire une partie de la langue japonaise en associant à chaque signe une matrice de sens et de prononciations (aussi appelées lectures).

Généralités[modifier | modifier le code]

Le mot « kanji » vient du japonais romanisé kanji, mot qui s'écrit initialement « 漢字 », précisément une combinaison de deux kanjis. Ce sont des caractères (, ji) logographiques empruntés pour la plupart au système d'écriture de l'ethnie chinoise Han (, kan), donc littéralement des « caractères chinois » (sinogrammes) utilisés dans l'écriture du japonais, formant un des grands ensembles de caractères[2] de l'écriture japonaise, avec d'une part les kanas (caractères spécifiquement japonais composés des syllabaires hiraganas et katakanas) et d'autre part les emprunts au monde occidental (chiffres arabes[3] et lettres latines[4] principalement).

Par définition, leur origine se confond avec celle des caractères chinois, fruit du développement de l'écriture en Chine antique – laquelle débute, si on se limite aux plus anciens documents connus, avec l'écriture ossécaille à la fin de la dynastie Shang. L'époque de l'importation des sinogrammes au Japon n'est pas connue avec exactitude, même si la tradition (se basant notamment sur le Kojiki[5], 712) évoque un lettré venu de la péninsule coréenne, Wani, qui au Ve siècle introduisit les sinogrammes à la cour de l'Empereur Ōjin.

La caractéristique la plus remarquable des kanjis (comme des sinogrammes en général) est qu'ils renvoient par eux-mêmes à des sens[6], contrairement, par exemple, aux lettres latines ou aux syllabaires, qui ne représentent que des sons. Dans le modèle de base[7], les kanjis sont généralement utilisés pour écrire la racine des mots, l'habillage grammatical de la phrase étant écrit en syllabaires hiraganas[8]. En outre, sur le plan de sa prononciation, cette écriture n'est pas univoque, car un même kanji dans la langue écrite peut souvent se réaliser de différentes manières dans la langue orale : on parle des différentes lectures[9] du kanji (en japonais 読み (yomi) ou 音訓 (onkun)[10]).

On note qu'il existe une petite proportion de kanjis dits « nationaux » (les kokuji[11]), qui sont nés au Japon. Néanmoins, on trouve quelques cas pour lesquels l'attribut de kokuji ne fait pas l'objet d'un consensus ; par exemple, il n'est pas exclu que dans certains cas des caractères aient été « redécouverts » au Japon, à savoir que les Japonais créèrent une composition nouvelle, dotée d'une certaine signification, tout en ignorant qu'elle existât par ailleurs en Chine avec un sens à priori différent[12].

Dénombrement et classification des kanjis[modifier | modifier le code]

Cette section aborde le nombre de kanjis existants, ainsi que la terminologie requise pour les classer méthodiquement. Comprendre comment sont classés les kanjis est d'une grande utilité pour l'apprentissage et la pratique de la langue japonaise écrite.

Nombre de kanjis[modifier | modifier le code]

Trois approches principales permettent d'appréhender la question de l'effectif des kanjis.

  • L'approche par les dictionnaires dits kanwajiten[13]. Le Dai-Kanwajiten, par exemple, contient plus de cinquante-mille caractères différents, incluant des variantes graphiques ; leurs sens sont expliqués en japonais, de même que les significations de nombreux composés (des mots formés de deux sinogrammes ou plus[14]). Toutefois, ces dictionnaires incluent de nombreux sinogrammes qui n'ont jamais été employés en dehors de la langue chinoise ; exception faite des kokuji qui y sont bien entendu répertoriés, les kanwajiten sont donc davantage à rapprocher des dictionnaires chinois de sinogrammes. Dès lors, le chiffre de 50 000 n'est pas nécessairement pertinent lorsqu'il s'agit de parler des kanjis comme un trait de la langue japonaise.
  • L'approche par les systèmes d'information. La norme industrielle japonaise JIS X 0213 (établie en 2000, puis révisée ultérieurement) contient plus de dix-mille caractères considérés comme des kanjis, répartis en quatre niveaux, le premier contenant les caractères les plus fréquents. Cependant, nombre de ces kanjis ne sont quasiment jamais usités.
  • L'approche par les examens de kanjis. Le dictionnaire publié par la fondation d'utilité publique The Japan Kanji Aptitude Testing Foundation contient environ six-mille-trois-cents kanjis, ces derniers appartenant dans leur grande majorité aux deux premiers niveaux de la norme JIS X 0213. L'examen organisé par la fondation, dans sa version la plus ardue[15], a pour objet la connaissance de l'ensemble des kanjis présents dans le dictionnaire. Comme l'attestent le faible taux de réussite et le faible nombre de personnes ayant réussi cet examen, une partie non négligeable des kanjis de ce dictionnaire ne sont connus que par des personnes ayant des connaissances particulièrement poussées en kanjis.

Quel que soit le mode de comptage retenu, presque personne ne connait tous les kanjis ; il existe des listes officielles (jōyō-kanji notamment) qui limitent encore davantage ce nombre, mais cela ne signifie ni que tout le monde connait tous les kanjis officiels, ni que tous les kanjis non officiels sont de facto inconnus du grand public.

Formes et styles[modifier | modifier le code]

Tout kanji se caractérise par un ensemble de prononciations et de significations, ainsi qu'une forme (字体, jitai), également qualifiée en japonais d'« ossature »[16]. La forme d'un kanji n'est pas celle de sa représentation réelle[17] (glyphe ou représentation manuscrite) sur un support papier ou un écran ; il s'agit d'un concept plus abstrait qui permet de distinguer un kanji donné d'un autre. Par analogie, on trouverait le concept de « forme d'une lettre » permettant de reconnaitre cette lettre qu'elle soit écrite ou non en italique, ou encore dans des polices différentes. La métaphore d'ossature en japonais fournit une image intéressante dans la mesure où changer légèrement l'orientation d'un trait (à l'image d'une articulation), grossir plus ou moins un trait (à l'image du muscle entourant l'os) ne modifient pas l'ossature du caractère ; autrement dit, il s'agit toujours du même kanji. En principe, une forme implique un nombre de traits déterminé[18].

Le concept de forme est à distinguer de celui de style (書体, shotai), au sein duquel on trouve d'une part les « styles d'impression » (déterminant notamment les polices), et d'autre part les « styles manuscrits » (historiquement plus anciens). La notion de shotai se définit comme un « système de caractéristiques et de styles donnés, [... qui peut s'observer] lors de la représentation réelle des caractères sur la base de leur ossature »[19].

L'exemple ci-dessous illustre comment les caractéristiques graphiques de deux styles différents ne vont pas jusqu'à modifier les formes (ossatures) des kanjis.

Variation styles kanjis.jpg

Historiquement, les styles sont naturellement d'abord apparus dans le domaine de l’écriture manuscrite en Chine. Aujourd'hui on trouve principalement les styles réguliers (kaisho[20]) et cursifs (sōsho[21]), ainsi que les styles intermédiaires semi-cursifs (gyōsho[22]). Les styles cursifs – ou les styles semi-cursifs présentant un relatif haut degré de cursivité – sont de nos jours généralement réservés à des activités spécifiques de calligraphie et sont donc mal connus par le grand public. Inversement, le style régulier est le style enseigné primordialement dans le système scolaire nippon, de même qu'il est généralement requis d’écrire dans ce style pour remplir par exemple un formulaire.

Concernant les styles d'impression, le style des Ming ou minchōtai[23], qui se stabilise dans la Chine des Qing avant de continuer son évolution dans l'Archipel, est le style de référence pour les polices d'impression en japonais, avec son équivalent sans empattements, le goshikkutai[24]. D'autre part, le style kyōkashotai[25], utilisé principalement dans les livres d’école, est plus proche de l'écriture manuscrite (style régulier) afin de rendre la lecture plus aisée pour les enfants qui apprennent à lire.

Classes de kanjis[modifier | modifier le code]

en style régulier : sept traits.
en style sigillaire ancien : trois traits.

L'unicité des formes (ossatures) vue plus haut n'est cependant pas une constante historique, notamment en raison des phénomènes suivants :

  • diminution du nombre de traits dans les styles cursifs ;
  • styles anciens – antérieurs au style régulier – induisant des ossatures différentes (cf. exemple avec 邑 ci-contre) ;
  • apparition de graphies populaires (par exemple 舘 pour 館) ;
  • réformes de simplification menées indépendamment au Japon et en Chine.

Ainsi, quand bien même deux kanjis seraient d'ossatures différentes, ils peuvent, par leur origine commune, avoir les mêmes significations et prononciations. Ces deux kanjis sont alors dits appartenant à une même classe[26], et sont des variantes[27] l'une de l'autre. Dans les dictionnaires, en principe, on trouve une entrée par classe ; pour une entrée donnée, une forme principale[28] est présentée, les formes alternatives étant indiquées à l'intérieur de l'entrée. Si on se limite aux styles d'impression contemporains, la plupart des classes de kanjis n'ont qu'une ou deux forme(s) (une forme simplifiée et sa contrepartie « traditionnelle » le cas échéant).

Exemples de formes d'impression traditionnelles et simplifiées pour des kanjis d'usage courant
Classe Forme traditionnelle Forme simplifiée Remarque
Kanji « barrière » 関 (canonique) La forme simplifiée 関 a une présence historique en Chine[29], mais elle diffère du chinois simplifié contemporain.
Kanji « tortue » 亀 (canonique) L'usage de la forme 亀 est propre au Japon[30] ; elle n'est pas répertoriée dans le dictionnaire chinois de référence Kangxi.
Kanji « pays » 国 (canonique) La forme simplifiée 国 est commune aux réformes chinoise et japonaise du XXe siècle.
Kanji « remplir » 塡 (canonique) La forme simplifiée (populaire) 填 n'est pas reconnue comme officielle au Japon.

Clés des kanjis et autres méthodes de classement[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Clé d'un sinogramme.

Tout kanji se découpe en une ou plusieurs « parties »[31], la décomposition la plus fréquente consistant à séparer le kanji entre sa partie droite (hen) et sa partie gauche (tsukuri).

La clé d'un kanji (部首, bushu) est le même concept que la clé d'un sinogramme : il s'agit d'une partie du kanji qui est, par convention, considérée comme principale. L'ensemble des kanjis ne se partagent qu'environ deux-cents clés distinctes, lesquelles sont classées dans l'ordre du nombre de traits les composant. Il existe sept emplacements pour les clés portant en japonais des noms particuliers[32] :

Liste des emplacements principaux des clés
Appellation Emplacement Exemple
Hen (偏) Gauche 女 dans 婚
Tsukuri (旁) Droite 阝 dans 部
Kanmuri (冠) Dessus 雨 dans 雪
Ashi (脚) Dessous 心 dans 思
Tare (垂) En haut et à gauche 尸 dans 尽
Nyō (繞) Gauche et bas 廴 dans 延
Kamae (構) Autour 門 dans 間

L'ordre des kanjis dans un dictionnaire de kanjis suit, selon la convention adoptée, soit l'ordre indiqué dans sa table des clés, soit l'ordre des sons japonais ; généralement, le nombre de traits permet de classer les kanjis ayant la même clé (ou la même prononciation de référence). Les grandes catégories étymologiques, à savoir les pictogrammes[33] ou les idéogrammes (simples[34], composés[35] ou phono-sémantiques[36]), sont également un attribut utilisé pour organiser les kanjis.

D'autres critères de classement plus modernes existent, tels la méthode SKIP qui consiste à reconnaitre l'agencement entre les éléments constituants ou la méthode des cinq traits, surtout utilisée en chinois, qui se fonde sur l'orientation du premier trait du kanji. On trouve aussi depuis les années 1990 des dictionnaires électroniques qui utilisent le numéro de code informatique (dans les standards JIS ou Unicode) comme critère de classement et de recherche, voire qui permettent de chercher la lecture d'un kanji ou d'un mot à partir de caractères tracés à la main (stylet, etc.) ou à la souris.

Lectures des kanjis[modifier | modifier le code]

Les kanjis étant essentiellement des caractères représentant des mots ou morphèmes chinois, leur introduction pour transcrire la langue japonaise ne conduisit pas à une lecture (cf. le sinogramme [] = lecture) univoque, car ils ne représentaient pas des mots ou concepts japonais.

  • Les prononciations associées en Chine au sinogramme ont donné ce qu'on appelle les lectures sino-japonaises on – en japonais on'yomi (音読み ; voir le sinogramme = le son). Après l'importation de caractères ou concepts chinois, la langue japonaise a souvent conservé la mémoire de ces prononciations étrangères, mémoire qui a néanmoins pu évoluer depuis, suivant les lois d'évolution phonétique du japonais.
  • Quand le concept existe en japonais, il peut aussi être traduit et vocalisé suivant les mots de cette langue, la lecture du caractère se faisant « à la japonaise » ; ces lectures sont dites kun – en japonais kun'yomi (訓読み ; voir le sinogramme = instruire, exégèse).

La plupart des kanjis a de ce fait au moins deux lectures possibles : on et kun. Ce n'est toutefois pas une règle absolue, et l'on trouve des kanjis sans lecture kun comme 菊 (kiku, chrysanthème), ou sans lecture on comme 鰯 (iwashi, sardine) ; l'absence de lecture on est évidemment fréquente pour les kanjis créés au Japon, les kokuji. À l'inverse, un caractère comme 寸 (pouce, unité de longueur de l'ordre de 30 mm) n'avait pas d'équivalent dans le vocabulaire japonais au moment de son introduction ; il n'a de ce fait qu'une lecture on, en l’occurrence sun. Pour les mots composés de deux kanjis ou plus, les lectures hybrides abondent. Par exemple, en cuisine, 牛肉 (gyū-niku, bœuf) et 羊肉 (yō-niku, mouton) ont une lecture de type on-on, mais 豚肉 (buta-niku, porc) et 鳥肉 (tori-niku, volaille) ont en revanche des lectures kun-on.

Certains caractères n'ont qu'une prononciation ; dans ce cas, il n'y a à priori pas d’ambigüité sur la manière de les lire. Mais les prononciations peuvent aussi être très variées, si bien que certains kanjis d'usage courant peuvent ainsi avoir plus d'une dizaine de lectures possibles. On trouve par exemple le kanji 生 (signifiant notamment « la vie » ou « vivre ») dont les lectures officielles sont sei, shō, i-kasu, [i-kiru], [i-keru], u-mareru, [u-mu], o-u, ha-eru, [ha-yasu], ki ou nama, soit formellement huit prononciations (les éléments indiquées après les traits d'union sont des terminaisons[37] écrites en syllabaires), ou, du point de vue sémantique japonais, douze formes qui incluent les verbes indiqués entre crochets. Souvent, donc, déterminer la lecture d'un kanji suppose d'avoir identifié correctement le sens dans lequel il est employé. Il faut pour cela observer un ou plusieurs signe(s) situé(s) à son voisinage, voire juger plus largement en fonction du contexte. Par exemple, l'homographe 風 peut soit faire référence au mot kaze (vent) soit au mot (apparence, style) ; il est donc nécessaire de deviner en amont, par le contexte, la valeur sémantique de 風 pour pouvoir le prononcer. D'autre part, dans les mots composés contenant 風, cette nette distinction disparait, la lecture pouvant parfaitement faire référence à l'idée de vent, comme dans le composé 台風 (taifū, typhon). Pour un composé, il convient donc d'abord d'identifier globalement le mot (souvent deux kanjis) puis d'en déduire les lectures de chaque kanji. Cela ne supprime cependant pas toutes les ambigüités, comme l'homographe composé 仮名 qui peut noter à la fois les mots kamei (pseudonyme) et kana (kana).

Lectures on[modifier | modifier le code]

Les lectures on (on'yomi) des kanjis dérivent des prononciations originelles chinoises ; mais la correspondance n'est généralement pas directe entre la prononciation moderne et son origine chinoise. Certains kanjis ont été importés de Chine à plusieurs reprises, de différentes régions ou à différentes époques, et peuvent avoir de ce fait plusieurs lectures on, qui correspondent souvent à des sens différents. Ensuite, la prononciation chinoise d'origine n'a été qu'approximativement rendue dans le système phonétique japonais. Enfin, ce système a pu évoluer pendant plusieurs siècles entre le moment de l'emprunt et les temps modernes.

On distingue ainsi :

  • Les go-on (呉音, prononciations des Wu), introduisant principalement des termes bouddhistes. Cette prononciation viendrait du pays Wu, dans la région de Shanghai. Selon la tradition, elle aurait été importée du sud-est de la Chine via la Corée, à l'époque des dynasties du Nord et du Sud (317-589). Un nombre important de lectures go-on sont cependant passées dans le vocabulaire courant comme 領 (ryō, territoire) ou 下 (ge, dessous).
  • Les kan-on (漢音, prononciations des Han, pris ici dans le sens de « chinois »), introduits entre le VIIe et le VIIIe siècle, à l'époque des dynasties Sui et Tang. Ils reflètent pour la plupart le langage de la capitale de l'époque, Chang'an (aujourd'hui Xi'an). Il s'agit du groupe le plus nombreux et du plus systématique.
  • Les tō-on (唐音, prononciations des Tang)[38], introduits plus tardivement entre l'époque de Heian et l'époque d'Edo, plus rares. On trouve par exemple la lecture ton du kanji 団, comme dans 布団 (futon, matelas japonais), ou la prononciation su de 子, comme dans 椅子 (isu, chaise).
  • Les kan'yō-on (慣用音, prononciations d'usage), il s'agit historiquement de prononciations populaires (souvent des versions erronées des lectures sino-japonaises orthodoxes vues plus haut) qui sont devenues courantes et acceptées. Par exemple 輸 (transporter) a yu comme prononciation d'usage.

Jack Halpern, dans un dictionnaire publié en 1990[39], propose quelques catégories supplémentaires, en particulier les chūon (中音) inspirées du mandarin moderne, notamment rencontrées dans le vocabulaire de la cuisine chinoise, et les waon (和音) qui sont les lectures on de kokuji créées par analogie avec des sinogrammes semblables – par exemple la lecture on du kokuji 働, , identique à celle du kanji 動.

De nombreuses lectures on sont composées de deux syllabes, comme 易 (eki, versus mandarin contemporain ) ou 謁 (etsu, versus mandarin contemporain ), singulièrement vis-à-vis du chinois. Ce sont en particulier les syllabes du chinois médiéval dites « tons d'entrée[40] » qui ont donné naissance aux lectures on polysyllabiques.

Les mots issus des lectures on forment le « vocabulaire sinoxénique » du japonais, aussi connu sous les termes japonais de 漢語 (kango) ou 字音語 (jiongo)[41]. En plus du vocabulaire chinois ayant pénétré la langue japonaise par le truchement des kanjis, de nombreux nouveaux mots furent créés au Japon par des combinaisons originales de kanjis (c'est-à-dire inexistantes[42] en chinois de l'époque) prononcés avec leurs lectures on. C'est pourquoi il n'est pas possible d'assimiler le vocabulaire sinoxénique à du « véritable chinois dans la langue japonaise », dans la mesure où une partie de ce vocabulaire est née au Japon[43]. On peut de surcroit remarquer qu'il existe quelques mots sinoxéniques qui sont plus fréquemment écrits en kanas qu'en kanjis, en particulier des petits mots jouant un rôle grammatical comme (よう ou 様).

D'autre part, une partie du vocabulaire sinoxénique a vu son orthographe réformée (simplifiée) après la Seconde Guerre mondiale (cf. section sur les réformes d’après-guerre). Cette démarche fut facilitée par le fait qu'il existe de nombreux kanjis possédant des lectures on en commun, des dizaines de caractères partageant par exemple les prononciations kan ou [44]. On peut citer les mots 意嚮 (ikō, intention) et 掘鑿 (kussaku, forage), qui ont vu leur orthographe standard réformée en 意向 et 掘削 ; en effet, 向 et 削 ont respectivement les mêmes lectures on que 嚮 et 鑿. Dans certains cas, la réforme a fait augmenter le nombre de sens associés à un kanji ; par exemple, 風, qui remplace 諷 dans le mot « satire », fūshi, écrit 諷刺 traditionnellement et 風刺 de manière réformée, possède désormais le sens d'« insinuer » qu'il tire de 諷.

Lectures kun[modifier | modifier le code]

Lorsque les sinogrammes ont commencé à être employés dans l'archipel nippon, les textes écrits dans une forme de chinois (kanbun) se lisaient en utilisant les lectures on de l'époque, ce qui est naturel puisqu’elles constituaient la perception que les Japonais avaient des lectures « réelles » du chinois. Un texte lu de cette manière n'était cependant pas compréhensible pour un locuteur japonais, dont la langue orale était complètement différente du chinois. Ainsi, le Kojiki fut écrit en kanbun, mais il comporte des passages (poèmes, annotations) en yamato-kotoba, le japonais primordial, écrits phonétiquement[45] avec les signes man'yōgana (des kanjis utilisés comme syllabaires). Ces annotations sont des traductions reliant directement un sinogramme à un mot japonais ; elles sont connues sous le terme de kokun[46] ou « kun anciens », lesquels sont à la base de la technique kundoku[47] consistant à lire du kanbun « à la japonaise » – ce qui, de surcroit, impose généralement de changer l'ordre des mots. À titre d'illustration, le mot chinois signifiant « nuage » se noterait, dans un texte écrit en kanbun, 雲 ; un kokun de 雲 consisterait à l'annoter pour indiquer qu'il signifie kumo (un mot japonais équivalent à « nuage »), en apposant par exemple en petite taille les kanjis 久 et 毛, qui sont des man'yōgana codant les sons ku et mo. (Par ailleurs, on peut noter que les syllabaires katakanas trouvent leur origine dans les annotations du kanbun[48].)

Par opposition au kanbun, les textes en langue japonaise – en particulier la langue vernaculaire pratiquée à la cour impériale – étaient écrits phonétiquement avec les man'yōgana. Ces textes en japonais commencèrent à intégrer des kokun dans un style connu aujourd'hui sous le nom de senmyōtai[49]. Par exemple, dans un texte en japonais, le mot japonais kumo, nuage, ne se coda plus avec deux man'yōgana pour ku et mo, mais il fut simplement rendu par le sinogramme transcrivant le mot chinois signifiant « nuage », à savoir 雲. Dans ce cas, on dit que noter dans un texte en japonais le mot kumo avec le caractère 雲 revient à faire une « lecture kun » (kun'yomi) de 雲. Initialement, pour un même kanji, un très grand nombre de lectures kun avaient émergé ; les usages se rationalisèrent progressivement, donnant les lectures kun actuelles.

On note aussi que certaines lectures kun, appelées kokkun[50] présentent des divergences sémantiques par rapport au significations chinoises ; il s'agit surtout de « traductions » initialement erronées dont l'usage s'est fixé dans la langue japonaise. Par exemple, le kanji 茸 possède la lecture kinoko qui renvoie au sens de « champignon », sens qui n'est pourtant pas associé à ce sinogramme en chinois. D'autre part, certains mots japonais qui renvoyaient à deux mots chinois distincts sont écrits au moyen de kanjis différents suivant leur contexte d'emploi. Par exemple, le verbe naosu (réparer, guérir) s'écrit 治す quand il s'agit de guérir une personne, mais 直す quand il s'agit de réparer un objet[51].

Les noms, adjectifs ou verbes du fond lexical yamato-kotoba sont le plus souvent polysyllabiques ; de nombreuses lectures kun, qui parfois incluent des terminaisons transcrites en hiraganas (les okurigana[37]), sont donc polysyllabiques. Si on se limite aux lectures officielles des kanjis courants (liste des jōyō-kanji), les lectures kun les plus longues, terminaisons exclues, ont cinq syllabes[52].

Il existe, de manière plus anecdotique, en dehors des listes officielles mais inventoriées dans les dictionnaires, des lectures kun de kanjis historiquement plus récentes qui se basent sur des mots d'origine européenne et non sur le fond lexical japonais yamato-kotoba ; par exemple 頁, qui peut se lire pēji (de l'anglais page, page), ou 釦, qui peut se lire botan (du portugais botão, bouton), ne sont pas particulièrement rares dans l'usage contemporain.

Ateji[modifier | modifier le code]

Des kanjis peuvent n'être employés que pour leur prononciation, c'est-à-dire en faisant fi de leur signification propre. Il s'agit du phénomène des ateji[53]. Par exemple, des mots tels やじ (yaji, huées) ou ごまかす (gomakasu, tricher) sont souvent écrits en kanjis respectivement 野次 et 誤魔化す, les kanjis 野 (ayant entre autres lectures ya), 次 (ji), 誤 (go), 魔 (ma), 化 (ka) ayant été plaqués « arbitrairement » (sans liens directs en termes d'étymologie) sur les phonèmes en question.

Naissance des hiraganas, par l'écriture cursive de man'yōgana.

Dans ce contexte, les ateji sont aussi appelés « emprunts (aux lectures)[54],[55] », et se divisent entre « emprunts aux lectures on » (shakuon) et les plus rares « emprunts aux lectures kun » (shakkun). Cette utilisation purement sonore des kanjis, si elle est relativement rare au sein du japonais actuel, était au contraire la norme à l’ère Nara ou au début de l'ère Heian : la langue nipponne s’écrivait entièrement ou en partie phonétiquement[45] via des kanjis (le corpus des man'yōgana) lesquels ont ensuite évolué pour donner naissance aux syllabaires hiraganas (cf. tableau ci-contre).

Ce phénomène ne se limite pas aux mots purement japonais, les ateji pouvant transcrire en kanjis des termes issus de langues non-sinographiques. Ainsi, de nombreux termes souvent liés au bouddhisme, conformément aux usages chinois, sont des transcriptions phonétiques en kanjis de mots sanscrits (une langue non-sinographique) ; de même, quelques mots d'origine européenne dont la pénétration dans la langue japonaise est ancienne, comme 合羽 (kappa, veste imperméable, du portugais capa) peuvent s'écrire phonétiquement en kanjis. Hormis ces quelques cas, l'usage contemporain veut que les mots originaires des langues étrangères s'écrivent en katakanas. Par exemple, le mot « gaz » (japonais gasu, du flamand) était généralement écrit avec des ateji (瓦斯) au XIXe siècle, tandis que sa forme contemporaine est en katakanas (ガス) ; les mots plus récents, comme « Internet » (インターネット, intānetto), ne possèdent que leur(s) transcription(s) en katakanas.

Jukujikun[modifier | modifier le code]

Les caractères de certains composés peuvent n'être employés que pour la sémantique : dans ce cas, chaque kanji de ce composé pris individuellement n'a pas de lecture propre, c'est uniquement le composé dans son ensemble qui possède une lecture. On parle alors de jukujikun[56] pour désigner ce type de composés. Ces termes sont donnés dans les dictionnaires à l'intérieur de l'entrée relative au premier kanji du composé.

Par exemple, le composé 太刀 (en français « grand sabre », composé des kanjis « extrêmement » – ou « grand » – et « sabre ») est un jukujikun qui ne se lit ni * futokatana (qui serait une lecture kun) ni * taitō (une lecture on), ni aucune combinaison intermédiaire ; il est lu tachi, d'après un terme japonais primitif issu du verbe 断つ (tatsu, couper), sans aucun lien avec les lectures de 太 et 刀. Les jukujikun incluent quelques mots d'origine européenne, dont certains demeurent relativement fréquents de nos jours, comme 煙草 (tabako, tabac) – littéralement « fumée-herbe ».

De surcroit, le terme ateji peut inclure les jukujikun dans son acception la plus large[55].

Exemples de kanjis avec leur principales lectures[modifier | modifier le code]

Jeune femme s'exerçant aux kanjis. Estampe sur bois Ukiyo-e par Yōshū Chikanobu, 1897.

Les lectures on sont en majuscules, les lectures kun en minuscules (uniquement les lectures officielles).

    • Signification : arbre, bois (matière)
    • Lectures : BOKU / MOKU / ki / ko
    • Clé : 木 (l'arbre)
    • Nombre de traits : 4
    • Exemples de mots : 木 (ki, arbre) ; 木星 (mokusei, Jupiter[57]) ; 木曜日 (mokuyōbi, jeudi = le jour de Jupiter)
    • Jukujikun : 木綿 (momen, coton)
    • Signification : livre, racine, base, origine, compteur pour objets cylindriques
    • Lectures : HON / moto
    • Clé : 木 (l'arbre)
    • Nombre de traits : 5
    • Exemples de mots : 本 (hon, livre) ; 山本 (Yamamoto, un nom de famille) ; 基本 (kihon, fondation ou base)
    • Signification : soleil, jour
    • Lectures : NICHI / JITSU / hi / ka
    • Clé : 日 (soleil)
    • Nombre de traits : 4
    • Exemples de mots : 本日 (honjitsu, aujourd'hui) ; 毎日 (mainichi, tous les jours) ; 朝日 (asahi, soleil du matin), 十日 (tōka, le dix du mois ou dix jours)

Furigana[modifier | modifier le code]

Exemple d'utilisation de furigana en écriture horizontale avec le kanji 明.

Parfois, on utilise des hiraganas ou katakanas de petite taille au-dessus (écriture horizontale) ou à droite (écriture verticale) des kanjis pour en spécifier la prononciation. Ces caractères syllabiques sont alors appelés furigana (振り仮名). Les furigana sont en particulier utilisés pour indiquer la lecture non officielle (c'est-à-dire absente de la liste des jōyō-kanji) d'un kanji officiel, la lecture d'un kanji non officiel, ou encore la lecture difficile d'un nom propre (prénom, nom de lieu, etc.).

Dans les publications officielles, les éléments non officiels doivent être accompagnés de furigana ou être remplacés par des kanas ; dans les publications pour enfants, un large usage des furigana est fait, du fait que les enfants ont généralement des capacités à lire les kanjis plus limitées que les adultes.

Des kanas situés après le kanji ou le mot en question, entre parenthèses ou dans une police de taille inférieure, peuvent aussi faire office de furigana.

Réformes et orientations officielles[modifier | modifier le code]

Globalement, les réformes de simplification des kanjis au Japon appliquées après-guerre ont été moins profondes que celles concernant les sinogrammes en République populaire de Chine (après 1959) ou à Singapour, d'autant que plusieurs révisions des listes officielles ont globalement conduit à élargir le périmètre des kanjis officiels.

Premières tentatives (Ère Meiji - 1945)[modifier | modifier le code]

La volonté et les initiatives pour réorganiser, uniformiser, simplifier les kanjis sont antérieures aux réformes post-Seconde Guerre mondiale, mais aucun avis officiel ou législation ne fut appliqué ; les usages de l'époque se sont appuyés sur la tradition. Durant l’ère Meiji, les formes du dictionnaire chinois de référence Kangxi[58] constituaient de facto le canon pour la typographie qui connut alors un essor sans précédent. On note toutefois quelques légères différences entre le Kangxi et les habitudes d'impression au Japon. Par exemple, les clés kanmuri (clé du dessus) dérivées de 艸 et 丱 furent rendue en trois traits au Japon (艹) au lieu des quatre traits du Kangxi[59]. D'autre part, certains caractères[60] sont traités dans le Kangxi comme des variantes secondaires, tandis qu'ils correspondent aux habitudes typographiques majoritaires pendant l'ère Meiji. Enfin, par définition, on ne peut pas rechercher la forme de référence d'un kokuji, signe créé au Japon, dans le Kangxi.

Ces formes traditionnelles (japonaises) sont identifiées sous le terme de iwayuru-kōkijitentai[61] (ci-dessous « formes quasi-Kangxi »), tandis que, dans les dictionnaires de kanjis, les formes du Kangxi stricto sensu sont souvent désignées par le terme seiji[62] (ou seijitai[59]), littéralement « caractères (formes) correct(e)s »[63].

Avec l'industrialisation du pays, émergea le débat quant à la nécessite de simplifier l’écriture japonaise. Fukuzawa Yukichi, un penseur majeur de la Restauration de Meiji, proposa[64] en 1873 dans l'essai 文字之教 (De l'enseignement des caractères) de réduire le nombre de kanjis. Certaines propositions plus extrêmes furent faites, comme celle de Nishi Amane en 1874 d’écrire le japonais en lettre latines[65], mais la perte culturelle et la création d'une discontinuité civilisationnelle que cette idée eut engendrées firent qu'elle ne rencontra que peu de succès. Néanmoins, une première réforme vit le jour du côté des syllabaires hiraganas ; ces derniers, qui disposaient jusque là de plusieurs formes, furent organisés avec une unique forme, les formes alternatives (hentaigana) étant rendus obsolètes, avec comme première étape l’arrêt de leur enseignement dans les écoles primaires en 1900.

En novembre 1922, une commission gouvernementale[66] établit une liste de 1 962 kanjis, appelés kanjis d'usage courant (常用漢字, jōyō-kanji) publiée au journal officiel l’année suivante, mais cette décision ne fut pas appliquée notamment en raison des difficultés rencontrées par les autorités à la suite du grand séisme du Kantō de 1923. Une nouvelle tentative cependant fut faite en 1942 de limiter les kanjis avec l'avis rendu par un autre conseil[67] qui préconisa d'adopter une liste de 2 528 kanjis, la liste des kanjis standard (標準漢字表, hyōjun-kanji-hyō)[68]. Toutefois, les oppositions furent nombreuses tandis que les difficultés liées à la guerre s'amoncelaient ; la proposition ne fut pas suivie par le Cabinet.

Réformes d’après-guerre[modifier | modifier le code]

Tōyō-kanji[modifier | modifier le code]

L'occupation par l'armée américaine du Japon après la fin de la Seconde Guerre mondiale s'accompagna d'un grand nombre de réformes imposées par l'occupant. Les autorités américaines d'occupation voyaient dans l'usage des kanjis un système d’écriture favorisant l’illettrisme et allant à l'encontre du processus de démocratisation du Japon. Cette vision fut finalement contredite par une vaste étude sur l’alphabétisation du Japon en 1948 conduite par l'anthropologiste John C. Pelzel montrant, à la surprise des Américains, que près de 98% des Japonais n'avaient pas de difficultés particulières pour lire les kanjis[69].

Néanmoins, en amont de cette étude, les autorités japonaises avaient déjà publié, pressées par les forces d'occupation[70] et après seulement quelques mois de réflexion, une liste de 1 850 kanjis en 1946 ; celle-ci fut entérinée par le Cabinet à la hâte – seulement onze jours plus tard – le 16 novembre. Cette liste fut nommée « liste de kanjis à usage provisoire » (当用漢字表, tōyō-kanji-hyō)[71]. De fait, celle-ci se borna à définir les kanjis (plus exactement les classes de kanjis) dont l'usage fut autorisé dans les textes officiels, les médias et la société en général ; la liste indiqua que les formes[72] et les lectures officielles auraient à être fixées ultérieurement. Les décrets suivants vinrent ainsi en complément :

  • Table des lectures des tōyō-kanji en 1948 (augmentée en 1973),
  • Définition des kanjis de l'enseignement primaire en 1948 (881 kanjis dans un premier temps, connus sous le terme de kyōiku-kanji),
  • Formes des tōyō-kanji en 1949, qui officialisèrent les formes simplifiées.

Une partie (environ trois-cents) des formes des tōyō-kanji publiées en 1949 sont simplifiées par rapport aux formes d'impression traditionnelles jusqu'alors en vigueur (formes quasi-Kangxi). Ces formes sont appelées formes nouvelles (新字体, shinjitai) et leurs contreparties traditionnelles sont communément désignées sous le terme de forme ancienne (旧字体, kyūjitai)[73]. Les formes anciennes ne furent pas pour autant rendues totalement obsolètes, car le décret n'imposa pas de changer en particulier les noms de famille qui s’écrivent avec ces formes. Les formes « nouvelles » sont en fait pour la plupart des variantes qui sont des « formes abrégées[74] » ayant elles-mêmes une longue tradition notamment dans le domaine de l'écriture manuscrite.

Le degré de coercition de cette réforme fut fort. Le décret de 1946 indique en effet que les mots s’écrivant initialement avec des kanjis hors-liste doivent être remplacés par des synonymes, ou bien écrits en syllabaires sans leurs kanjis ; les furigana sont de surcroit proscrits[71]. Les domaines spécialisés furent par ailleurs invités à revoir leur terminologie afin de ne pas devoir recourir à des kanjis hors-liste.

Avec ces restrictions, de nombreux mots, notamment des termes sinoxéniques, ne purent donc plus s'écrire entièrement en kanjis ; apparut le phénomène des « écritures mélangées[75] » (par exemple き損[76] au lieu de l'écriture originale 毀損) qui rendent parfois la lecture difficile. Pour limiter le nombre de ces hybrides, les autorités publièrent un rapport[77] en 1956 qui valida des changements orthographiques consistant à puiser dans les caractères officiels pour remplacer les kanjis hors-liste.

Écriture des prénoms[modifier | modifier le code]

La législation japonaise sur le registre familial[78] limita en 1948 aux kanjis officiels (c'est-à-dire, à l'époque, les tōyō-kanji) les kanjis autorisés pour déclarer les nouveau-nés. De fait, un nombre important de kanjis jusqu'alors fréquents pour les prénoms se retrouva exclu des possibilités pour les parents. Cette réforme suscita de nombreuses critiques ainsi que des procès civils. En réponse, le gouvernement autorisa par ordonnance[79] en 1951 une liste supplémentaire de 92 kanjis.

Ces kanjis spécifiquement autorisés pour les prénoms sont connus sous le terme de de jinmeiyō-kanji ; leur nombre est allé croissant d'ajouts en ajouts (cf. section dédiée).

Jōyō-kanji[modifier | modifier le code]

Les tōyō-kanji devaient être provisoires, mais ils durèrent 35 ans. En 1981, une nouvelle liste de kanjis officiels vint en remplacement : il s'agit des kanjis à usage courant (常用漢字, jōyō-kanji). Le nombre de kanjis augmenta quelque peu avec 1 945 caractères. Cette liste est décrite comme un « objectif » – en non une règle absolue – qui n'a pas pour vocation de réguler les usages dans les domaines scientifiques, artistiques et les autres domaines spécialisés. En outre, l'utilisation des furigana ne fut plus bannie.

Les 1 945 formes canoniques (通用字体, tsūyō-jitai[80]) des jōyō-kanji reprennent en particulier les formes simplifiées (shinjitai) des tōyō-kanji. Par ailleurs, quelques remaniements eurent lieu au niveau des lectures.

Cette liste fut revue en 2010 (cf. section dédiée).

Orientations officielles contemporaines[modifier | modifier le code]

En 2000, sont définies les « formes standard pour l'impression[81] » de 1 022 kanjis situés en dehors des jōyō-kanji et des kanjis pour les prénoms[82], accompagnées de 66 variantes autorisées[83] (essentiellement des simplifications). Fait nouveau depuis la guerre, les formes choisies comme standard sont les formes traditionnelles (formes quasi-Kangxi). En outre, de nombreuses variantes, telles 涜 (pour 瀆) ou 掴 (pour 摑) qui suivent pourtant la même logique que les simplifications validées après-guerre (賣⇒売 ; 國⇒国), n'ont pas été retenues comme variantes autorisées, en dépit de leur prédominance dans les systèmes d'information grand-public d'alors[84].

Liste officielle des kanjis d'usage courant (2010-)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jōyō kanji.

Le développement des ordinateurs personnels et des téléphones mobiles donne accès au grand-public à de nombreux kanjis « non jōyō », mais fort utiles. En réponse, l'effectif des jōyō-kanji est officiellement augmenté en 2010, passant à 2 136, par l'ajout de 196 caractères et le retrait de 5 caractères jugés top rares. Des ajouts ou suppressions sont également apportés au niveau des lectures. En outre, il n'est pas demandé, dans le cadre de la norme, de savoir écrire à la main tous les kanjis[85], en rupture avec les réformes précédentes, lesquelles ne prenaient pas en compte l'informatisation de la société.

Une forme canonique par kanji (par classe de kanjis) est fixée, soit 2 136 formes. Pour les nouveaux kanjis ajoutés en 2010, leur formes canoniques sont dans l'ensemble[86] des formes traditionnelles, dans la lignée de l'avis rendu en 2000. Par exemple, les formes 塡 ou 頰 sont choisies plutôt que les variantes 填 et 頬. D'autre part, les cinq kanjis 遡, 遜, 謎, 餅 et 餌 ont des variantes simplifiées spécialement autorisées[87] (cf. illustrations ci-dessous).

Shinnyou kyoyou.gif Shokuhen kyoyou.gif

En ce qui concerne l'écriture manuscrite, certaines variantes, en général plus simples que les formes canoniques, sont reconnues voire indiquées comme préférables[88],[89].

Kanjis autorisés pour les prénoms (situation en avril 2016)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jinmeiyō kanji.

La plupart des prénoms contemporains des Japonais sont composés de un à trois kanjis[90]. À la suite de la dernière modification en 2015[91], 2 998 kanjis au total sont autorisés pour les prénoms des nouveau-nés, parmi lesquels on compte 230 variantes ; autrement dit, il y a 2 768 classes de kanjis autorisées pour les prénoms, dont tous les jōyō-kanji (2 136 classes) ainsi que 632 autres classes. La majorité des 230 variantes sont des formes anciennes (kyūjitai) de jōyō-kanji.

Parmi les jōyō-kanji, certains caractères ne se prètent guère, en raison de leur sens, à être employés dans les prénoms, ce qui limite légèrement le nombre de kanjis disponibles en pratique. Même en tenant compte de ce fait, il demeure un nombre considérable de kanjis autorisés pour les prénoms. D'autre part, le choix de la prononciation est libre. Autrement dit, même si, dans la pratique, certains usages sont généralement observés, n'importe quelle prononciation peut être, en théorie, associée à un kanji dans un prénom, quand bien même aucun dictionnaire ne la reconnaitrait. Ces éléments font qu'il existe une grande variété de prénoms au Japon.

Compétences en kanjis[modifier | modifier le code]

Certificat de l'examen d'aptitude en kanjis Kanken jun-nikyū (4e dans l'ordre décroissant de difficulté).

L'étude des kanjis demande beaucoup de travail, ainsi qu'une pratique constante. En effet, pour chaque kanji, il faut mémoriser :

  • le dessin de ses traits : l'ordre et la manière de dessiner ces traits sont importants (cf. section ci-dessous) ;
  • le nombre de traits (en style régulier) et la clé
  • ses lectures (prononciations) on et kun, chacune de ces catégories pouvant compter plusieurs lectures différentes ;
  • comment utiliser et combiner ce kanji aux autres kanjis et aux kanas pour l'écriture des mot et des expressions, ce qui revient à maitriser les aspects sémantiques associés aux lectures.

Le grand nombre de kanjis constitue bien évidemment une autre difficulté, d'autant que, dans la réalité, il n'est pas rare de rencontrer des kanjis non officiels (ni jōyō-kanji ni autorisés pour les prénoms) via en particulier les noms propres, les termes techniques ou les expressions idiomatiques. L'usage des furigana, pour en préciser la prononciation, est certes fréquent mais il n'est pas systématique. Le recours à ces kanjis, dont la plupart se retrouvent dans la liste complémentaire publiée en 2000, dépend de facteurs comme le degré de publicité d'un document, l'existence d'un contexte spécialisé ou de règles liées à une organisation, voire, les habitudes ou les choix individuels. Aussi, la connaissance d'un grand nombre de kanjis est-elle une marque de culture et d'érudition.

Il existe au Japon un examen spécifique portant sur les kanjis, le Kanken, qui permet de mesurer ses compétences selon douze niveaux. En plus des centres d'examen japonais, il est possible de passer l'examen dans certaines grandes villes à l'extérieur du Japon.

Tracé[modifier | modifier le code]

Tracé en calligraphie chinoise.
Tracé en calligraphie nipponne.

Tout kanji se décompose en une somme de « traits[92] » ; entre deux traits, le stylo (ou le pinceau, le crayon) est levé au-dessus du support.

Même s'il est possible qu'une personne sache, en pratique, lire un kanji sans en connaitre par cœur la composition trait par trait, un kanji n'est pleinement considéré comme connu que lorsque l'on est capable de l'écrire de mémoire tout en respectant les caractéristiques canoniques du tracé, à savoir l'ordre[93] et la forme des traits. Ces éléments sont enseignés dans les écoles primaires et les collèges japonais dans une matière appelée shosha[94] ou plus familièrement shūji[95].

L'ordre usuel des traits pour le tracé des kanjis est généralement identique à celui de leurs homologues chinois ; il existe néanmoins quelques exceptions (cf. exemple ci-contre avec le sinogramme « rizière », 田) si on s'en refère notamment au « Manuel pour l'instruction de l'ordre des traits[96] » publié par le gouvernement nippon en 1958. L'ordre des traits peut être de surcroit dépendant du style utilisé.

La manière de terminer un trait est une autre caractéristique importante enseignée ; il existe essentiellement trois modes :

  • l'arrêt marqué, japonais tome[97],
  • le crochet (rebond), japonais hane[98],
  • le fondu, japonais harai[99] – la différence entre ce dernier et l'arrêt marqué étant surtout nette dans le cas d'une écriture au pinceau.

Néanmoins, dans de nombreux cas, plusieurs écoles coexistent, comme le trait central de 木 (bois) qui, en style régulier manuscrit, peut se terminer soit par un arrêt marqué, soit par un crochet[88]. Les autorités culturelles japonaises ont publié en 2016 des directives (voir bibliographie) rappelant la diversité des tracés manuels, le style régulier étant historiquement plus divers que le style d'impression minchōtai, ce dernier n'ayant pas vocation à être la référence pour l'écriture manuscrite.

Enfin, l'enseignement de l'esthétique des kanjis (connaissance de la richesse des styles et des grands calligraphes du passé) ainsi que de la dimension créative (expression personnelle) est offert dans les lycées japonais via les cours de calligraphie (shodō[100]), bien que la pratique de cet art ne se limite pas au domaine scolaire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le mot « kanji » est présent dans des dictionnaires français et s'accorde donc comme tous les noms communs français. Il en est de même pour les mots « kana », « hiragana » et « katakana ». Les noms plus techniques (par exemple, kokuji), sont indiqués en italique et restent invariables au pluriel, conformément à la grammaire japonaise.
  2. Cf. japonais 文字種 (mojishu), catégorie de caractères.
  3. Cf. japonais 算用数字 (san'yō-sūji) ou アラビア数字(arabia-sūji), numération arabe.
  4. Cf. japonais ローマ字 (rōmaji), caractères romains.
  5. Le Kojiki se trouve être le livre japonais le plus ancien qui nous soit parvenu. Toutefois, il est acquis que les kanjis ont été utilisés au Japon avant le Kojiki, comme en témoignent des monnaies, stèles ou sceaux qui lui sont antérieurs. En outre, les ouvrages Tennōki et Kokki (620), aujourd'hui disparus, sont des textes en kanjis antérieurs d'un siècle au Kojiki, selon les mentions qui en sont faites dans les chroniques Nihon Shoki (720).
  6. Cf. japonais 字義 (jigi), sens du caractère.
  7. Cf. japonais 漢字仮名交じり文 (kanji-kana-majiribun), transcription mêlant kanjis et kanas, qui est à la base du système d'écriture japonais (Dictionnaire Daijisen, éditions Shōgakukan).
  8. Les kanjis ne sont pas théoriquement « obligatoires » pour écrire le japonais, à savoir qu'il est possible de n'écrire cette langue qu'à l'aide des syllabaires. Toutefois, l'usage contemporain est d'employer les kanjis pour une partie des mots. Ceci s'explique notamment par l'absence d'espaces entre les mots et des nombreux homophones qui rendent les textes difficilement lisibles en l'absence de kanjis ; les kanjis permettent en outre globalement de réduire le nombre de signes et donc la place prise par un texte.
  9. Une lecture est composée d'une ou plusieurs syllabes (ou encore, en termes phonologiques, une ou plusieurs mores).
  10. Le vocable 読み方 (yomikata), littéralement « manière de lire», est également fréquemment usité. Le terme de 音訓 (onkun) est employé en référence aux deux catégories de lectures que sont les lectures on d'une part et les lectures kun. Source : dictionnaire Daijisen, éditions Shōgakukan.
  11. Kokuji : 国字
  12. Par exemple, 俣 (mata), séparation, fut créé au Japon par une déformation de 俟 (matsu), espérer, mais c'est par ailleurs un caractère rare trouvé en poésie chinoise sans que les deux aient un quelconque lien direct.
  13. Cf. japonais 漢和字典 ou 漢和辞典 (kanwajiten), littéralement dictionnaire sino-japonais.
  14. Cf. japonais jukugo (熟語), mot composé de deux kanjis ou plus.
  15. L'examen de kanji (Kanken) le plus ardu est connu sous le nom de Kanken 1-kyū (Kanken ikkyū).
  16. Cf. japonais 骨組み (honegumi) ou 骨格 (kokkaku), « ossature ». BUNKA-CHŌ, page 7.
  17. Cf. japonais 字形 (jikei), littéralement « forme du caractère ». BUNKA-CHŌ, page 7.
  18. BUNKA-CHŌ, page 7.
  19. BUNKA-CHŌ, page 213 (« 書体とは,字体を基に文字が具現化される際に,文字に施された一定の特徴や様式の体系を言う »)
  20. Kaisho : 楷書
  21. Sōsho : 草書
  22. Gyōsho : 行書
  23. Minchōtai : 明朝体
  24. Goshikkutai : ゴシック体
  25. Kyōkashotai : 教科書体
  26. Cf. japonais 字種 (jishu), classe de caractères. BUNKA-CHŌ, page 8.
  27. Cf. japonais 異体字 (itaiji), variante graphique au sein d'une classe donnée de kanjis.
  28. Cf. japonais 親字 (oyaji, littéralement « caractère parent », sans que cela signifie que la forme principale choisie par le dictionnaire soit nécessairement antérieure aux autres variantes).
  29. Dictionnaire Kangxi, page 1 330.
  30. 亀 est une forme spécique au Japon du sinogramme « tortue ». La classe à laquelle elle appartient existe originellement parmi les caractères chinois, aussi ne parle-t-on pas de kokuji dans ce cas.
  31. Cf. japonais 偏旁 (henbō).
  32. JKATF, page 1 640.
  33. Cf. japonais 象形文字 (shōkei-moji), pictogramme.
  34. Cf. japonais 指事文字 (shiji-moji), idéogramme simple.
  35. Cf. japonais 会意文字 (kaii-moji), idéogramme composé.
  36. Cf. japonais 形声文字 (keisei-moji), idéogramme phono-sémantique ou idéophonogramme.
  37. a et b Dans la pratique, les terminaisons (okurigana) sont indissociables des radicaux ; ainsi, le kanji 動 est entre autres associé au verbe ugoku (lemme japonais pour « bouger ») qui se transcrit 動く (く = ku). Du point de vue sémantique japonais, ugo-ku est considérée comme une lecture kun de 動 (le trait d'union indique que les syllabes qui le suivent se transcrivent en kanas), et non simplement ugo. En revanche, cela n'empêche pas les okurigana d'être modifiés par conjugaisons, sans que la forme conjuguée ne constitue une lecture kun distincte ; par exemple, le verbe « bouger » mis au passé devient 動いた (ugo-ita). En outre, des verbes différents peuvent posséder des radicaux ayant la même prononciation tout en constituant deux lectures kun distinctes d'un kanji. Par exemple, les deux verbes 剝げる(hageru, se détacher) et 剝ぐ (hagu, écorcher) revoient formellement à la même prononciation du kanji 剝 (en l’occurrence ha), tandis que ha-geru et ha-gu sont vues comme deux lectures kun différentes de 剝.
  38. Les prononciations des Tang sont aussi appelées sō-on (宋音, en référence du début de l'ère Song) ou tōsō-on (唐宋音, prononciations Tang ou Song).
  39. Halpern, Jack (1990). New Japanese-English Character Dictionary: A Semantic Approach to Kanji Lexicography
  40. Cf. japonais 入声 (nisshō), ton d'entrée.
  41. 漢語 (kango) est plus fréquent que 字音語 (jiongo) dans la littérature mais le premier a le défaut d'être quasi-homographique avec le mot chinois hànyǔ écrit en sinogrammes traditionnels, qui signifie « langue chinoise ».
  42. Certains termes reprennent cependant des combinaisons existant en chinois ancien, mais un sens totalement nouveau leur a été attribué, ce qui fait qu'ils sont généralement considérés comme « dérivés » du chinois et non « empruntés »
  43. Une partie de ces mots originaux japonais (和製漢語, wasei-kango) ont vu le jour après la fin de la politique isolationniste nipponne dans la seconde moitié du XIXe siècle, sous l'impulsion notamment de Fukuzawa Yukichi et Mori Arinori, permettant de traduire des concepts nouveaux venant de la civilisation occidentale de l'époque, avant d'être parfois exportés vers le chinois ou le coréen, comme 社会 (shakai, société).
  44. Le fait que de nombreux kanjis partagent les même lectures on est à relier au fait qu'il existe un grand nombre d'homophones parmi les mots appartenant au vocabulaire sinoxénique.
  45. a et b Dans cette section, comprendre le mot « phonétique » comme qualifiant une relation entre l'ensemble des sons (mores) du japonais et un ensemble de caractères dans laquelle, en principe, un caractère ne renvoie qu'à un seul son.
  46. Kokun : 古訓
  47. Kundoku (訓読) est également trouvé comme simple synonyme de kun'yomi. Source : dictionnaire Daijisen, éditions Shōgakukan.
  48. Les katakanas sont essentiellement des parties (abréviations) de man'yōgana, donc de kanjis ; par exemple, les katakanas ku et mo sont le résultat des abréviations 久→ク et 毛→モ.
  49. Cf. japonais 宣命体 (senmyōtai), style de transcription du japonais dans lequel les substantifs ou racines des verbes sont écrits en kanjis de grande taille, tandis que les éléments grammaticaux (terminaisons, particules, etc.) sont transcrits en man'yōgana de petite taille. La naissance de ce style constitua une étape majeure dans la constitution du système d'écriture japonais actuel. Son apparition daterait de l'ouvrage Shoku Nihongi (797), bien qu'aucun original ne sous soit parvenu.
  50. Cf. japonais 国訓 (kokkun), terme qui, dans une autre acception, est aussi un simple synomyme de kun'yomi. Source : dictionnaire Meikyō-Kokugo-Jiten, éditions Taishūkan.
  51. Cf. japonais 同訓異字 (dōkun-iji), « même kun, différents kanjis ».
  52. Cf. les mots japonais 承る (uketamawa-ru), 志 (kokorozashi), et 詔 (mikotonori).
  53. Ateji : 当て字
  54. Cf. japonais 借字 (shakuji) ou 借り字 (kariji), signes empruntés.
  55. a et b Cf. définition de ateji dans le dictionnaire 明鏡国語辞典, éditions TAISHUKAN Publishing.
  56. Jukujikun : 熟字訓
  57. Jupiter est la planète de l'élément « bois ».
  58. Cf. japonais 康熙字典 (Kōkijiten).
  59. a et b Cf. le rapport du 22e Conseil de la Langue japonaise (国語審議会) sur la « Table des formes des kanjis hors-liste » (表外漢字字体表), paragraphe II, points 6 et 7.
  60. Par exemple les variantes 讃 et 餅, pour 讚 et 餠.
  61. Cf. japonais いわゆる康熙字典体 (iwayuru-kōkijitentai). Ce terme est défini au paragraphe I-1-(2) de la « Table des formes des kanjis hors-liste ».
  62. Seiji : 正字
  63. Toufefois, le terme seiji (ou seijitai) peut, selon le contexte, faire référence à d'autres standards. Par exemple, dans un contexte juridique, il peut désigner les caractères dont les formes sont autorisées pour les documents officiels contemporains.
  64. ウェブスター辞書と明治の知識人, Isamu HAYAKAWA, page 209. (ISBN 978-4861101281)
  65. Cf. essai de Nishi Amane : 洋字ヲ以テ国語ヲ書スルノ論.
  66. Rinji-Kokugo-Chōsakai : 臨時国語調査会
  67. Kokugo-Shingikai : 国語審議会
  68. La liste des kanjis standard de 1942 se divise en 1 134 kanjis d'usage courant, 1 320 kanjis d'usage quasi-courant et 74 kanjis spéciaux pour des termes spécifiques trouvés dans la constitution de l'Empire ou la loi de la maison impériale.
  69. 戦後日本漢字史, Tetsuji ATSUJI, 2010.
  70. T. MAEDA, page 9.
  71. a et b Copie du Journal Officiel instaurant les tōyō-kanji, Agence pour les affaires culturelles.
  72. Tout en remettant à plus tard le définition des formes, la liste de 1946 des tōyō-kanji indique cependant déjà quelque formes simplifiées qui sont qualifiées de principales (本体, hontai) par rapport aux formes originelles.
  73. Le terme « forme ancienne » (旧字体) n'a pas de définition unique ; certains dictionnaires de kanjis considèrent en effet les formes anciennes comme étant les formes stricto sensu du Kangxi, tandis que d'autres optent pour les formes quasi-Kangxi.
  74. Cf. japonais 略字体 (ryakujitai), forme abrégées.
  75. Cf. japonais 混ぜ書き (mazegaki), écritures mélangées.
  76. き est un hiragana qui code le phonème ki, en remplacement du kanji 毀.
  77. Cf. rapport 同音の漢字による書きかえ
  78. Cf. japonais 戸籍 (koseki), registre familial.
  79. Article 60 du décret d'application de la loi sur le registre familial (戸籍法施行規則).
  80. 通用字体 (tsūyō-jitai, littéralement « formes ayant cours ») est un terme qui fut officiellement consacré dans la Table des jōyō-kanji (常用漢字表), au paragraphe 表の見方及び使い方, Agence japonaise pour les affaires culturelles, 1981. Voir aussi BUNKA-CHŌ, pages 9, 212.
  81. Cf. japonais 印刷標準字体 (insatsu-hyōjun-jitai), formes standard pour l'impression.
  82. Cf. Table des formes des kanjis hors-liste (extraits du rapport), Ministry of Education, Culture, Sports, Science and Technology.
  83. 22 variantes 簡易慣用字体 (kan'i-kan'yō-jitai), 44 variantes 三部首許容 (san-bushu-kyoyō).
  84. Par exemple, le kanji 瀆 (fossé) n'est pas répertorié dans la norme JIS X 0208, standard fréquemment utilisé en informatique notamment dans les années 1990 ; on y trouve uniquement la variante 涜.
  85. L'Agence pour les affaires culturelles, dans son rapport à l'origine de la liste officielle des jōyō-kanji de 2010, indique (page 7) qu'il n'est pas dans l'esprit de cette réforme de nécessairement exiger la capacité à écrire à la main, de mémoire, tous les kanjis, compte-tenu du fait que l'écriture à l'époque contemporaine se fait avant tout via des moyens informatiques.
  86. Parmi les kanjis transférés de la liste de 2000 aux jōyō-kanji, les variantes 簡易慣用字体 (kan'i-kan'yō-jitai) sont cependant retenues pour 曽, 麺 et 痩.
  87. Ces formes simplifiées sont dites kyoyō-jitai (許容字体) par opposition aux formes canoniques.
  88. a et b Cf. Liste des jōyō-kanji, Agence japonaise pour les affaires culturelles, page 9.
  89. Les variantes spécialement autorisées pour l'écriture à la main peuvent être néanmoins utilisées comme formes d'impression dans le cas où le style employé se veut au plus proche l'écriture manuscrite régulière, ce qui est notamment le cas avec le style d'impression kyōkashotai. BUNKA-CHŌ, pages 60, 61 et 83.
  90. Pour les prénoms des Japonais, il est également possible d'utiliser les kanas ; en revanche, les lettre latines et les autres signes ne sont pas autorisés.
  91. Asahi Shinbun 7 janvier 2015 「巫」、きょうから人名用漢字に 09年以来の追加.
  92. Cf. japonais 筆画 (hikkaku), littéralement « trait au pinceau », ou 点画 (tenkaku), littéralement « trait ou point ».
  93. Cf. japonais 筆順 (hitsujun), ou plus familièrement 書き順 (kakijun), ordre des traits.
  94. Shosha : 書写
  95. Shūji : 習字
  96. Le manuel pour l'instruction de l'ordre des traits (筆順指導の手びき) est un standard toujours utilisé de nos jours bien qu'il n'en soit plus fait officiellement mention dans la « Norme des manuels scolaires autorisés pour l'enseignement obligatoire » de 2014 (義務教育諸学校教科用図書検定基準, Ministry of Education, Culture, Sports, Science and Technology – Paragraphe 国語科「書写」, partie 1, point 4 : « 漢字の筆順は、原則として一般に通用している常識的なものによっており、行書で筆順が異なる字については、適切な説明を加えていること »).
  97. Tome : 止め ou とめ
  98. Hane : 撥ね ou はね
  99. Harai : 払い ou はらい
  100. Shodō : 書道

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Claude MARTIN, Mémento et dictionnaire des Kanji : 2143 nouveaux Kanji usuels japonais, Éditions FransOrienT, Paris, 2011, 312 p. (ISBN 978-2952878142)
  • The Japan Kanji Aptitude Testing Foundation (JKATF), 漢検漢字字典第二版 (Seconde édition du dictionnaire Kanken Kanji), Japon, 2014, 1 984 p. (ISBN 978-4890963058)
  • Tomiyoshi MAEDA, 常用漢字最新ハンドブック (Jōyō-Kanji Saishin Handobukku), Éditions Shoin, Japon, 2011, 255 p. (ISBN 978-4625634109)
  • Agence pour les affaires culturelles (BUNKA-CHŌ), 常用漢字表の字体・字形に関する指針 (Directives concernant les formes des kanjis courants¹), Éditions Sanseidō, Japon, 2016, 236 p. (ISBN 978-4385362335)

¹ Directives disponibles en version électronique. Pour les formes manuscrites, ces directives ne concernent directement que le style dit régulier.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]