Osamu Dazai

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Osamu Dazai
Description de cette image, également commentée ci-après
Osamu Dazai dans les années 1940
Naissance
Aomori, Drapeau du Japon Japon
Décès (à 38 ans)
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture japonaise
Genres

Œuvres principales

  • Ningen Shikkaku (1948)

Osamu Dazai (太宰 治, Dazai Osamu?), né le et mort le , est l'un des écrivains japonais les plus célèbres du XXe siècle. Il est surtout connu pour son style ironique et pessimiste, typique du watakushi shōsetsu et d'école buraiha, ainsi que pour une obsession pour le suicide et son sens aigu de la fantaisie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Son vrai nom est Shuji Tsushima (津島 修治, Tsushima Shuji?). Il est né à Tsugaru, une région assez isolée du Japon de l'époque, au nord du Tōhoku dans la préfecture d'Aomori. Son père, membre de la Chambre des pairs, était souvent en voyage et sa mère était très malade après avoir accouché de onze enfants, aussi Osamu a-t-il été élevé par les serviteurs de la famille.

Le jeune Shuji séjourna dans des pensionnats pendant toute son enfance, d'abord à Aomori et plus tard à Hirosaki. Il était un brillant élève et écrivait déjà très bien ; il édita des publications étudiantes et y contribua en y publiant quelques-unes de ses œuvres.

Sa vie commença à changer quand son idole, l'écrivain Akutagawa Ryūnosuke, se suicida en 1927. Shuji délaissa ses études, dépensa son argent en alcool, en vêtements et avec des prostituées, tout en s'intéressant au marxisme qui, à l'époque était sévèrement réprimé par le gouvernement. Il déclara souvent dans ses écrits de l'époque se sentir coupable d'être né dans « la mauvaise classe sociale ». Le , la nuit avant les examens de fin d'année qu'il n'avait aucun espoir de réussir, Shuji tenta de se suicider par overdose de somnifères. Il survécut et reçut son diplôme l'année suivante. Ce ne sera que la première des nombreuses tentatives de suicide dans sa vie.

Shuji s'inscrit alors à la faculté de littérature française de l'université impériale de Tōkyō et arrêta aussitôt d'étudier. En octobre de la même année, il s'enfuit avec la geisha Hatsuyo Oyama, acte qui lui valut d'être expulsé de sa propre famille. Neuf jours après cette décision, il essaya de se suicider par noyade sur une plage de Kamakura avec une autre femme qu'il connaissait à peine, une serveuse de 19 ans appelée Shimeko Tanabe. Elle mourra, mais Shuji sera sauvé par des pêcheurs passant par là dans leur bateau. Il aura toujours de forts sentiments de culpabilité. Choquée, sa famille interviendra pour arrêter une enquête de la police et annula son expulsion. Shuji et Hatsuyo se marièrent en décembre.

Cette situation plus ou moins heureuse ne dura pas longtemps puisque Shuji fut arrêté pour ses liens avec le Parti communiste japonais ; son frère Bunji l'expulsa de la famille et annula toute aide économique. Shuji s'enfuit et se cacha, mais Bunji réussit à lui faire parvenir un accord : si Shuji coupait tout lien avec le parti et était diplômé de l'université, il serait à nouveau le bienvenu au sein de la famille. Il accepta.

Début de sa carrière littéraire[modifier | modifier le code]

À la grande surprise de tous les concernés, Shuji honora sa promesse et se calma. Il connut l'écrivain Masuji Ibuse, qui l'aida à publier ses premières œuvres et à obtenir une bonne réputation.

Les années suivantes furent très productives ; Shuji écrira beaucoup et utilisera le nom de plume « Osamu Dazai » pour la première fois dans une nouvelle appelée Train (1933), sa première expérience dans le style autobiographique à la première personne (watakushi shōsetsu) qui deviendra plus tard sa signature. En 1935, il devint clair qu'il ne réussirait pas ses études, et sa recherche de travail dans un journal de Tōkyō échoua. Il finit Les Dernières années, dont il pensait que ce serait sa dernière œuvre, et tenta un suicide par pendaison le .

Moins de trois semaines après, Osamu, atteint d'une appendicite aiguë, fut hospitalisé. Pendant ce temps, il devint dépendant du Pabinal, un analgésique à base de morphine. Après un an d'addiction, on l'emmena dans une institution psychiatrique en octobre 1936, où l'on l'enferma dans une chambre et le força à se désintoxiquer. Ce « traitement » dura plus d'un mois, pendant lequel sa femme Hatsuyo commit un adultère avec le meilleur ami d'Osamu, Zenshirō Kodate. Ceci se révéla peu après, et Osamu essaya de se suicider par shinjū avec sa femme ; ils prirent des somnifères, mais ne moururent pas. Ils divorcèrent peu après. Osamu se remaria rapidement, avec une professeur de collège, Ishihara Michiko. Leur première fille, Sonoko, est née en juin 1941.

Il écrira plusieurs romans et nouvelles pendant les années 1930 et 1940, le plus souvent autobiographiques. Son premier roman, Gyofukuki (1933) est une fantaisie noire incorporant le suicide. Il écrira plusieurs nouvelles en cette période, dont Dōke no hana (1935), Gyakkō (1935) qui était candidat du premier prix Akutagawa, Kyōgen no kami (1936) et celles qui composent son recueil publié en 1936, Bannen, qui décrivent sa solitude et sa débauche.

La guerre[modifier | modifier le code]

Le Japon déclara la guerre en décembre 1941, mais Osamu fut excusé du service militaire obligatoire à cause de ses problèmes de santé (la tuberculose fut diagnostiquée). Les censeurs devinrent de plus en plus réticents à accepter son travail, mais il réussit à publier assez souvent, devenant l'un des rares auteurs à publier pendant la guerre.

Plusieurs contes qu'il publia pendant la guerre sont des reprises des contes de Ihara Saikaku (1642-1693). Il publia aussi Udaijin Sanetomo (1943) basé sur la vie de Minamoto no Sanetomo, Tsugaru (1944), Pandora no hako (1945-1946), et un recueil de contes de fées, Otogizōshi (1945).

Sa maison fut brûlée deux fois pendant le bombardement de Tōkyō par les Américains, mais lui et sa famille s'en échapperont sans blessures. Il eut un fils, Masaki, né en 1944, et une fille, Satoko (qui deviendra plus tard la célèbre écrivaine Yuko Tsushima), en mai 1947.

Carrière littéraire d'après-guerre[modifier | modifier le code]

Il atteindra l'apogée de sa carrière littéraire dans les années suivant la fin de la guerre.

Il décrira une vie sans but dans le Tōkyō d'après-guerre dans Biyon no Tsuma (« La Femme de Villon », 1947). Le narrateur est la femme d'un poète qui l'a abandonnée. Elle travaille pour un barman à qui son mari avait volé de l'argent. Sa détermination est testée par de dures épreuves, un viol et les délusions de son mari, mais sa volonté reste de fer.

En juillet 1947 fut publié Shayo, son œuvre la plus connue, décrivant le déclin de la noblesse japonaise après la guerre. Il devint encore plus célèbre et populaire. Toujours un grand buveur, il devint alcoolique, il eut un enfant illégitime avec l'une de ses admiratrices, et sa santé commença à se détériorer. C'est à cette époque qu'il connut Tomie Yamazaki (山崎富栄), esthéticienne et veuve de guerre dont le mari est mort dix jours après le mariage. L'écrivain abandonna sa femme et ses enfants et emménagea avec Tomie, écrivant sa semi-autobiographie Ningen Shikkaku (人間失格, 1948), à Atami.

Tomie Yamazaki

Pendant le printemps de 1948 il travailla sur un roman qui allait être publié dans le journal Asahi Shinbun, Gutto bai (« Goodbye »). Il mourut le , noyé avec Tomie dans l'aqueduc de Tamagawa proche de leur maison et alors en crue. Les corps ne furent retrouvés que le 19 juin, le jour de son 39e anniversaire. Il est enterré au temple Zenrin-ji dans la ville de Mitaka de la préfecture de Tokyo.

Il y a des rumeurs persistantes que sa dernière tentative de suicide n'en était pas une, qu'il fut tué par Yamazaki, qui se suicida après avoir jeté son corps au canal. Cette théorie sera au cœur de plusieurs romans et d'un drame passé à la télévision japonaise, mais il n'y a aucune preuve de sa véracité. D'autres pensent que c'est une forme de shinjū.

Style et œuvres[modifier | modifier le code]

Style littéraire[modifier | modifier le code]

Le style d'Osamu est surtout marqué par son utilisation de la première personne. Toutes ses œuvres sont plus ou moins autobiographiques, mais pouvaient être écrites en tant qu'extrait de journal intime, essai, lettre, journalisme ou soliloque.

Son style est aussi très pessimiste relatif au sens de la vie, reflétant sa propre personnalité. Les personnages de ses romans trouvent souvent que le suicide (souvent par shinjū) est la seule manière d'échapper de leurs existences infernales, mais échouent souvent dans leurs tentatives par pure apathie envers leur propre existence, le fait de survivre ou pas leur étant parfaitement égal.

Ses œuvres oscillent entre le drame et la comédie, la mélodrame et l'humour, et il change son vocabulaire selon le style choisi.

Son opposition à certaines modes sociales et littéraires était partagée par les membres de la buraiha, dont Ango Sakaguchi et Sakunosuke Oda.

Liste des œuvres traduites en français[modifier | modifier le code]

  • 1936 : Mes dernières années (晩年), récits traduits par Juliette Brunet et Yûko Brunet, Fayard, 1997.
  • 1939-1946 : Écolière (女生徒), suivi de La Boîte de Pandore (パンドラの匣), deux nouvelles traduites par Hervé Audouard, Editions Motifs, 2018.
  • 1939-1948 : Bambou-bleu et autres contes (Chikusei), contes traduits par Hélène Morita, Éditions Le Serpent à plumes (Collection "Fiction étrangère"), 2008.
  • 1943 : Cent vues du mont Fuji (富嶽百景), dix-huit récits traduits par Didier Chiche, Editions Philippe Picquier, 1993 ; Picquier poche, 2003.
  • 1944 : Pays natal (津軽), récit traduit par Didier Chiche, Editions Philippe Picquier, 1995 ; Picquier poche, 2005.
  • 1945 : Les Deux bossus (お伽草紙), quatre contes (Les Deux Bossus ; Monsieur Urashima ; Le Mont crépitant ; Le Moineau à la langue coupée) traduits par Silvain Chupin, Editions Philippe Picquier, 1997 ; réédition sous le titre Le Mont crépitant, Picquier poche, 2009.
  • 1946 : Souvenirs d'une coupure de cent yen (貨幣), dans Les Ailes La Grenade Les Cheveux blancs et douze autres récits (1945-1960), nouvelle traduite par Jacqueline Pigeot, Editions Le Calligraphe-Picquier, 1986 (réédition Editions Philippe Picquier, 1991) ; Anthologie de nouvelles japonaises (Tome II - 1945-1955) - Les Ailes La Grenade Les Cheveux blancs, Picquier poche, 1998.
  • 1947 : La Femme de Villon (ヴィヨンの妻), dans Bulletin de l'Association des Français du Japon n°93-94, nouvelle traduite par Paul Anouilh, septembre-octobre 1969 (réédition Editions Sillage, 2017) ; nouvelle traduction par Silvain Chupin, Editions du Rocher (Collection "nouvelle"), 2005.
  • 1947 : Soleil couchant (斜陽), roman traduit par Hélène de Sarbois et Gaston Renondeau, Gallimard (Collection "Du monde entier"), 1961 ; Gallimard (Collection "L'Imaginaire"), 1987 ; nouvelle traduction par Didier Chiche, Les Belles Lettres (Collection "L'Exception"), 2017.
  • 1948 : Les Cerises (桜桃), dans Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines (Tome I), nouvelle traduite par Yûko Brunet et Isabelle Py-Balibar, Gallimard, 1986.
  • 1948 : Bizan (Bizan), dans Jeunesse - Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines Tome 1, nouvelle traduite par Jean-Jacques Tschudin, Éditions du Rocher, 2007.
  • 1948 : Sake no tsuioku - Souvenirs de saké (酒 の 追憶), traduit par Ryoko Sekiguchi et Patrick Honnoré, La Cocotte (Collection "Raconte-moi une histoire de cuisine", volume 3), 2011. Repris dans Le Club des Gourmets et autres cuisines japonaises, P.O.L., 2013.
  • 1948 : La Déchéance d'un homme (人間失格), roman traduit par Gaston Renondeau, Gallimard (Collection "Du monde entier"), 1962 ; Gallimard (Collection "Connaissance de l'Orient"), 1990.
  • ? : A propos du vêtement, dans Cent ans de pensée au Japon (Tome 1 - p. 219-240), traduit par Didier Chiche, Editions Philippe Picquier, 1996.
  • ? : Madame Amphitryon (饗応夫人), dans France-Asie n°76 (p. 659-667), traduit par Rikutaro Fukuda, septembre 1952.

Osamu Dazai peintre[modifier | modifier le code]

Influencé par son frère Keiji et par des artistes peintres de ses connaissances, comme Hamae Sakurai et Kunio Hisatomi, Osamu Dazai a peint plusieurs portraits à l'huile[1].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Plusieurs œuvres d'Osamu Dazai ont fait l'objet d'adaptations sur divers supports.

Théâtre[modifier | modifier le code]

Le conte Cours, Melos (Hashire Melos) a été adapté au théâtre par Shūji Terayama en 1972.

Animation[modifier | modifier le code]

Deux des récits et contes d'Osamu Dazai ont été adaptés en moyens métrages d'animation dans une collection intitulée Youth Literature (ou Aoi Bungaku Series) produite par le studio Madhouse en 2009.

  • Cours, Melos! a été adapté par le réalisateur Ryosuke Nakamura (et diffusé en France sous le titre Melos) .
  • La Déchéance d'un homme a été adaptée dans la même série.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Osamu Dazai, l'un des personnages principaux de la série d'animation japonaise "Bungou Stray Dogs", a été créé en s'inspirant de cet auteur, lui aussi, a des tendances suicidaires et est un mystérieux charmeur.

  1. T. Kawai, Rare oil painting by novelist Dazai on display in Tokyo’s Mitaka, The Asahi Shimbun (6 juillet 2018).

Sources[modifier | modifier le code]

  • (en) Lyons, Phyllis ; The Saga of Dazai Osamu: A Critical Study With Translations. Stanford University Press, 1985. (ISBN 0804711976)
  • (en) O'Brian, James A. ; Dazai Osamu, New York, Twayne Publishers, 1975.
  • (en) O'Brian, James A., ed. Akutagawa ; Dazai: Instances of Literary Adaptation, Cornell University Press, 1983.
  • (en) Ueda, Makoto; Modern Japanese Writers and the Nature of Literature, Stanford University Press, 1976.
  • (en) Wolf, Allan Stephen ; Suicidal Narrative in Modern Japan: The Case of Dazai Osamu, Princeton University Press, 1990. (ISBN 0691067740)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]