Histoire de la Corée durant la colonisation japonaise

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37° 35′ N 127° 00′ E / 37.583, 127 ()

Administration japonaise
일제 시대 (ko)

19101945

Drapeau Blason
Description de cette image, également commentée ci-après

Carte de la Corée en 1929.

Informations générales
Statut Province japonaise
Capitale Séoul
Superficie
Superficie 219 814 km²
Histoire et événements
22 août 1910 Traité d'annexion de la Corée
15 août 1945 Capitulation du Japon

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La colonisation de la Corée par le Japon commence en 1905 par l'établissement d'un protectorat. Cependant, depuis 1894, les deux pays étaient déjà liés par un traité d'alliance militaire. Ce protectorat, d'abord établi par le traité de Portsmouth qui clôt la guerre russo-japonaise, est confirmé par divers accords bilatéraux. Le plus important d'entre eux est le pacte Taft-Katsura, signé entre le ministre américain de la Guerre W. H. Taft et le premier ministre japonais Katsura Tarō. Cette occupation est renforcée par la signature d'un traité d'annexion en août 1910. Bien que les différents actes établissant ce protectorat, puis cette annexion, aient été signés sous la contrainte, dans le cadre d'une « politique de la canonnière », les Japonais désignent cette annexion sous le nom de nikkan heigô, la fusion nippo-coréenne, conforme au droit international de l'époque.

L'Empire japonais prit durement en main la péninsule et exerça une domination souvent qualifiée d'impitoyable[1], nettement freinée par la résistance des Coréens.

Avec la Seconde Guerre mondiale, l'enseignement du coréen, qui avait été auparavant obligatoire, est arrêté le 31 mars 1941.

La Corée sert de réservoir aux Japonais, qui y puisent matières premières[réf. souhaitée], denrées agricoles, et, durant la Seconde Guerre mondiale, de la main-d'œuvre à coût inférieur pour leurs usines. Beaucoup de femmes servirent de prostituées (femmes de réconfort) aux soldats japonais durant la Seconde Guerre mondiale.

La situation se maintint jusqu'à la reddition du Japon le 15 août 1945 (Gyokuon-hōsō). La Corée fut alors divisée en deux zones d'occupation administrées respectivement par l'Union soviétique (au nord) et les États-Unis (au sud).

Politique coloniale japonaise[modifier | modifier le code]

La Corée en tant que province de l'empire du Japon.

La colonisation de l'Empire coréen, pays pauvre et archaïque, divisait au Japon. Le clan Chōshu l'avait soutenu, et c'est un de ses membres, Hirobumi Itō, qui est nommé Résident général en 1906. Après l'assassinat d'Hirobumi par le résistant coréen An Jung-geun le 26 octobre 1909, c'est le général Terauchi, ministre de la Guerre depuis 1902, qui prend en main l'administration du pays et qui fait signer à celui-ci le traité d'annexion d'août 1910 à l'Empereur Sunjong, à la grande satisfaction du gouvernement japonais.

La politique japonaise de colonisation de la Corée comprend divers volets :

  • propagation de l'éducation élémentaire.
  • développement de l'économie mal organisée.
  • promotion de la culture japonaise en réservant la culture coréenne.

Ces mesures suscitent dès 1905 (et même avant, car c'est un mouvement allant croissant) l'hostilité des Coréens, et donnent lieu à toutes sortes de manifestations. Ces manifestations entraînent une présence militaire croissante, provoquant des attentats en réponse, eux-mêmes suivis par de fortes répressions.

Exploitation économique[modifier | modifier le code]

Le Japon Town d'Inchon en 1906.

La domination japonaise méprisa la majeure partie de la population coréenne, pour deux raisons principales :

  • les Japonais n'avaient pas préparé cette annexion, qu'ils estiment dès le départ trop coûteuse, et qu'ils cherchent à rentabiliser en modernisant un pays archaïque ;
  • les Japonais méprisaient les Coréens, peuple vaincu, jugé mou et peu travailleur.

Déjà commencée à la fin du XIXe siècle, elle prend de plus en plus d'ampleur après la mise en place du protectorat :

  • création de la Tōyō Takushoku Kabushiki Kaisha (Compagnie orientale de mise en valeur) en 1908 ;
  • création de la Banque de Chosen en 1909, avec imposition d'une monnaie unique, le yen coréen, en 1910 ;
  • délocalisation des zaibatsus dans les années 1930, afin d'industrialiser la Corée, puis de produire des armes au plus près du front chinois après 1937.

Outre l’exploitation économique, le Japon impérial a effectué des recherches sur les tombes royales du Koguryŏ, datant des premiers siècles de l'ère chrétienne, ce qui a été considéré par les Coréens comme un pillage du pays.

Agriculture[modifier | modifier le code]

En 1905, la Corée était à peine autosuffisante. Le recensement dynastique de 1906 donne environ 6 millions d'habitants, mais ce chiffre était notoirement connu pour être sous-évalué, car il servait de base à l'imposition. Le recensement japonais trouve lui 12 millions d'habitants. La population est en augmentation rapide : dès 1910, elle atteint 14 millions d'habitants. Il faut donc que le colonisateur trouve de quoi nourrir tous ces nouveaux venus avant d'espérer importer chez lui des denrées nouvelles.

Les paysans coréens sont massivement expropriés, et deviennent métayers à 77 % ; 25 % de la surface agricole utile est directement aux mains des Japonais. Des cultures d'hiver sont introduites, et permettent d'obtenir une double récolte. C'est ainsi qu'avec une SAU de 4,5 millions d'hectares par an au début du siècle, la Corée passe à 6 millions d'hectares cultivés à la veille de la guerre. La culture du riz est généralisée, pour son meilleur rendement calorifique, et les récoltes sont destinées en priorité vers la métropole : 40 % en 1938. La ration de riz des Coréens passe de 126 litres par an et par personne à 72 litres pendant la colonisation japonaise ; même si cette baisse est en partie compensée par de nouvelles cultures (maïs, millet), la malnutrition est patente.

Celle-ci, jointe aux expropriations, à la modernisation de l'agriculture et à l'augmentation de la population coréenne, provoque une forte baisse de la population agricole et un exode rural ; de 90 % en 1905, la proportion d'agriculteurs passe à 75 % en 1938. L'exode rural et l'augmentation de la population (qui passe de 14 millions en 1910 à 25 millions en 1944) fournit aux usines japonaises une main-d'œuvre abondante. Une partie de celle-ci est partie au Japon dans les années 1920, une autre étant déportée pour travailler dans les usines, soit comme domestiques, au moment de la Seconde Guerre mondiale.

Infrastructures et industries[modifier | modifier le code]

C'est d'abord dans le domaine des infrastructures que l'effort japonais s'est fait le plus important : 25 000 km de routes et 5000 kilomètres de chemin de fer sont construits en un tiers de siècle, dans un pays montagneux, avec tous les ouvrages d'art que cela suppose. De grands ports sont aménagés à Incheon, Pusan, Ulsan.

Afin de disposer d'une main-d'œuvre de qualité, le Japon crée de nombreuses écoles : le nombre d'enfants allant à l'école passe de 20 000 à 900 000 de 1910 à 1937. Les cadres subalternes sont ainsi directement disponibles sur place.

Des centrales hydro-électriques sont construites dans le nord, principalement sur le Yalou et le Tiumen.

Enfin, les richesses minières du nord de la Corée sont exploitées, et en partie transformées sur place, les vallées du Yalou et du Tiumen devenant d'importantes régions industrielles. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, 20 % de la production industrielle japonaise provenait de la Corée.

Réduction en esclavage et cobayes[modifier | modifier le code]

Deux millions de Coréens ont été directement réduits en esclavage durant la Seconde Guerre mondiale. Certains sont partis travailler au Japon, d'abord volontairement, pour échapper aux dures conditions de vie en Corée ; d'autres ont été déportés pour répondre aux besoins de l'industrie nippone, au moment de la guerre sino-japonaise. Les cadences de travail, les conditions d'hébergement, l'absence de soin en fit mourir beaucoup. Les principales sociétés japonaises à les avoir exploités, Kajima Gumi, Naji-Fujikoshi, Mitsubishi, Nippon Steel Corporation n'ont jamais reconnu ce fait, et ont été indemnisées par le gouvernement japonais en 1945, à la libération des Zainichi, pour compenser la perte de main-d'œuvre. Des enrôlements de force dans l'armée ont également eu lieu. Enfin, il y eut des Coréennes qui ont été forcées de se prostituer pour l’armée et la marine japonaise (voir femmes de réconfort).

De plus, en vertu de l'ordonnance impériale de prévention de la lèpre, les malades coréens pouvaient être soumis à des travaux forcés[2] et stérilisés de force. Les Lois sur la Prévention de la Lèpre de 1907 et 1931 permettaient l'internement des malades dans des sanatorium où l'avortement et la stérilisation étaient monnaie courante[3], en raison notamment du fait que bon nombre de scientifiques nippons soutenaient que la constitution physique prédisposant à la lèpre était héréditaire[4]

Des témoins racontent d'autre part qu'en plus des prisonniers chinois, russes, indonésiens et australiens, plusieurs coréens ont été utilisés par les unités de recherche bactériologiques de Shiro Ishii comme cobayes humains pour tester sur des organes vivants les effets de maladies et de gaz toxiques[5].

Certains des Coréens déplacés au Japon y sont restés, créant une situation postcoloniale typique des décolonisations. Aujourd'hui, il reste encore 625 000 Zainichi, ces Coréens du Japon, qui refuse en 1947 de leur accorder la nationalité japonaise. Deux organismes coréens, le Chôsen Rôren, qui soutient la politique de Pyongyang, et le Mindan, soutien de la Corée du Sud, tentent dès les années 1950 de les contrôler, au bénéfice de leur État. Dans les années 1960, environ 90 000 Zainichi ont choisi de s'installer en Corée du Nord.

La résistance à la colonisation[modifier | modifier le code]

Assez rapidement, un sentiment fortement hostile au colonisateur se développe. Des soulèvements populaires ont lieu. À la seconde conférence de La Haye, en 1907, les officiels du régime protestent officiellement contre le protectorat japonais. Le 26 octobre 1909, le représentant du Japon en Corée, Hirobumi Itō, est assassiné à Harbin en Mandchourie. Après le traité d'annexion (28 août 1910), arrestations arbitraires, tortures et brimades furent couramment utilisées par le colonisateur japonais, afin de briser l'opposition et d'asseoir le régime colonial. Cette opposition se manifeste cependant au moment des funérailles du dernier roi de Joseon, Kojong (고종), mort dans son palais de Toksu. Les funérailles du 1er mars donnent lieu à un vaste mouvement de protestation (mouvement Samil), avec une proclamation d'indépendance rédigée par un comité réunissant tous les intellectuels du pays et s'inspirant des 14 points du président Wilson, pourtant déconsidéré à Versailles, et des manifestations rassemblant dans tout le pays des millions de personnes. Celles-ci sont réprimées dans le sang. Environ 7000 opposants sont tués, dont certains sous la torture, et 40 000 jetés en prison. Une femme, Yu Gwan-sun, est l'héroïne de ce mouvement : ayant soulevé plusieurs villages, elle fut coupée en trois au sabre.

Fuite des Coréens[modifier | modifier le code]

Menacés de massacre, expulsés de leurs terres au profit des colons japonais, de nombreux paysans coréens quittent leur pays. Certains choisissent la Mandchourie, terre traditionnellement proche culturellement de la Corée (elle a longtemps fait partie des divers royaumes coréens, bien que ce point soit réfuté par la Chine, Baekje, Koguryo et Choson) ; d'autres acceptent l'émigration au Japon.

Résistance culturelle[modifier | modifier le code]

Dans les années 1920, la littérature coréenne connaît un renouveau, entamé dans les premières années du siècle, appelé shinmunhak (신문학, littérature nouvelle). Il profite de la détente relative survenue après la répression du mouvement Samil. En effet, l'ampleur du mouvement remet en cause l'efficacité de la méthode choisie, et une politique culturelle (bunka seiji) est mise en place par le gouverneur général japonais Saitô Makoto. Ce mouvement, qui compte surtout des poètes, fait un grand usage des vers libres et s'écrit en hangeul (한글), l'alphabet coréen. Ch'oe Namsŏn est la tête de file de ce mouvement.

Résistance politique et militaire[modifier | modifier le code]

Tendances de droite[modifier | modifier le code]

Un gouvernement coréen en exil est formé le 19 mars 1919 sous la direction de Syngman Rhee (이승만), dans la concession française de Shanghai. En 1932, il plaide la cause de son pays devant la Société des Nations.

Le 9 décembre 1941, il déclare la guerre à l'Allemagne et au Japon et crée l'Armée pour la restauration de l'indépendance. Enfin, en 1943, il participe à la conférence du Caire, qui prévoit l'indépendance de la Corée.

Tendances de gauche[modifier | modifier le code]

Des activistes se réfugient en Mandchourie et forment des commandos qui lancent des raids en Corée ou harcèlent les colons japonais du Mandchoukouo. Parmi eux, se trouve Kim Il Sung, qui intègre le parti communiste coréen fondé en 1925. Il crée l'Union pour abattre l'impérialisme en 1926, puis le 25 avril 1932, l'armée de guérilla populaire anti-japonaise, qui devient ensuite l'Armée révolutionnaire populaire de Corée. Le 5 mai 1936, il crée l'Association pour la restauration de la patrie en Mandchourie. Ces groupes sont cependant plus utilisés par le Parti communiste chinois pour lutter en Chine contre les Japonais.

Certains activistes rejoignent les troupes du Kuomintang.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Besoin de données comparatives avec les autres colonisations à l'époque, en Afrique ou en Asie de l'Est.
  2. Korean Hansens patients seek redress, http://search.japantimes.co.jp/cgi-bin/nn20040226a4.html
  3. Hansen's sanitarium were houses of horrors, http://search.japantimes.co.jp/cgi-bin/nn20050128a1.html
  4. Michio Miyasaki, Leprosy Control in Japan, http://www.clg.niigata-u.ac.jp/~miyasaka/hansen/leprosypolicy.html
  5. Daniel Barenblatt, A Plague upon Humanity, 2004, p.58

Articles connexes[modifier | modifier le code]