Céramique de la période Jōmon

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 Ne pas confondre avec Période de la céramique Chulmun

La céramique Jōmon (縄文式土器, Jōmon-shiki Doki?) est un type de céramique réalisée durant la période Jōmon (approximativement de 13000 jusqu'en 300 avant l'ère commune) de l'histoire du Japon. Le terme « Jōmon » (縄文) caractérise cette période par une céramique typique à décor (, mon?) par impression de cordes (, ?), ou décor cordé, qui a été découvert en 1877 par l'archéologue américain Edward Sylvester Morse. Depuis cette première découverte les traits spécifiques à la période ont pu être établis, la chronologie précisée grâce à de très nombreuses fouilles dispersées sur tout le territoire et avec l'engagement de la population. Sur cette très longue période une multitude de formes et de procédés décoratifs ont été produites dans les îles du Japon, avec des différences souvent très importantes, ou moins entre Nord et Sud.

Toutes les dates indiquées sont sous-entendues avant l'ère commune (AEC).

Chronologie de la période Jōmon et diversité des types d'objets[modifier | modifier le code]

La période Jōmon dure jusqu'à environ 300 av. J.-C. Elle est divisée en fonction des caractéristiques de la poterie et cela induit certaines variations selon les auteurs. Les subdivisions de cette période, selon des datations approchées, se répartissent ainsi[5] :

  • Proto-Jōmon, 13 000 – 10 000, et Jomon Initial, 10 000 – 8 000
  • Jōmon Archaïque, 8 000 - 5 000
  • Jōmon Ancien, 5 000 - 3 000
  • Jōmon Moyen, 3 000 - 2 000
  • Jōmon Récent ou Tardif, 2 000 - 1 000
  • Jōmon Final, 1 000 - 300.

La poterie[modifier | modifier le code]

Les plus anciennes poteries au Japon… et dans le monde ?[modifier | modifier le code]

Les poteries fabriquées dans l'ancien Japon au cours de la période Jōmon sont les plus anciennes poteries au Japon mais aussi parmi les plus anciennes au monde.

Certaines poteries[6] de la période Proto-Jōmon remontent ainsi à environ 16 500 ans avant notre ère, et sont quasi-contemporaines ou de peu postérieures aux premiers essais de poterie en Chine. Les sites chinois de Yuchanyan (Hunan), Zengpiyan (Guangxi) et de Xianrendong (Jiangxi), vers 17000/16000 av. J.-C., sont dans l'état actuel de nos connaissances (en 2011), les sites les plus anciens de poterie dans le monde; sensiblement à égalité — voire plus anciens de quelques millénaires[7] — avec des sites correspondants au Japon de la période Jōmon, sur les sites de Shimomouchi et d'Odai Yamamoto datés 17000 et 15000 av. J.-C.[8]. Il existe plus de 80 sites au Japon où des poteries du Proto-Jōmon ont été découvertes[9].

Ces toutes premières poteries sont réalisées sans aucun décor. Le décor cordé qui a donné son nom à la période apparaît ensuite, ainsi que des décors appliqués. En l'absence de tour, les poteries d'usage quotidien étaient réalisées selon la technique de la poterie en colombins, à partir d’un cordon de glaise enroulé en spirale, ou bien de plusieurs cordons en anneaux superposés. La poterie était ensuite simplement séchée puis cuite dans les cendres d'un foyer (le four n'existant pas encore).

Caractéristiques des poteries par période[modifier | modifier le code]

Proto-Jōmon et Jōmon Initial[modifier | modifier le code]

  • Proto-Jōmon 13 000 – 10 000

À l'époque du Proto-Jōmon, les potiers parviennent à monter au colombin des formes simples, équilibrées, utilitaires à la surface plus ou moins régulière. Les sites, souvent dans des grottes, n'ont livré que de rares exemplaires. La température de cuisson n'atteint pas les 600 °C. À l'époque du Proto-Jōmon, les poteries sont réservées à la cuisson des aliments. En l'absence de tour, on peut monter une poterie au colombin à partir d’un cordon de glaise enroulé en spirale, ou bien de plusieurs cordons en anneaux superposés. La poterie est ensuite simplement séchée puis cuite dans les cendres d'un foyer (le four n'existant pas encore).

  • Jomon Initial vers 10 000 – 8000.

Au Jōmon initial, les potiers savent atteindre ces 600 °C. Les premiers décors apparaissent. D'ailleurs, la dénomination « Jōmon » (縄文) signifie précisément « impression de corde », principale méthode décorative des poteries qu' Edward Morse, le premier archéologue américain, a découvert en 1877 sur l'amas coquillier d'Omori, un village situé à proximité de Tokyo à cette époque[11]. Le motif décoratif est produit en imprimant une corde dans l'argile avant qu'elle ne soit portée à environ 600-900 degrés Celsius[12]. Cette pratique peut être comparée à celle de la Culture de la céramique cordée, culture européenne préhistorique également caractérisée par des poteries avec impression de corde, ou plus exactement, de cordelette, mais où celle-ci est enroulée autour de la poterie fraîche et pressée, tandis que dans le cas de la céramique Jōmon, il s'agit d'une corde tressée (comme un « scoubidou ») que l'on fait rouler sur la surface de la poterie. Cette technique est dite « à la roulette[13] » pour les spécialistes de poteries traditionnelles africaines[14].

De nombreuses poteries Jōmon ont des fonds arrondis et les vaisselles sont généralement petites. Ces poteries sont donc probablement utilisées pour la cuisson des aliments et sont peut-être placées au sein même du foyer[15]. Au Jōmon initial, elles servent à la cuisson mais souvent, aussi, au stockage de nourriture. Les plus grandes mesuraient 1 m de haut et près de 70 cm de diamètre.

Jōmon Archaïque[modifier | modifier le code]

  • Jōmon Archaïque, 7000 – 4000

Jōmon Ancien[modifier | modifier le code]

  • Jōmon Ancien, 4000 – 3000

Jōmon Moyen[modifier | modifier le code]

  • Jōmon Moyen, 3000 – 2000

Au Jōmon Moyen, elles sont déposées dans les sépultures. Ces poteries sont bien plus élaborées, atteignent même des sommets en tant que décors « flamboyants »[19], dans les préfectures de Nagano et Niigata. Les bords des pots deviennent beaucoup plus complexes et décorés d'ornements qui s'élèvent de l'ouverture[12]. Les ornements totalement exubérants des récipients du Jōmon Moyen, avec leurs motifs de « flammèches » en haut relief, les rendaient non fonctionnels, en tout cas pour un usage utilitaire[20], mais cela les qualifiait pour une fonction autre, probablement. Ce sont les objets du Jōmon les plus célèbres et les plus souvent reproduits, mais ils restent néanmoins tout à fait énigmatiques.

Jōmon Récent et Final[modifier | modifier le code]

  • Jōmon Récent, 2000 – 1000.
  • Jōmon Final, 1000 – 300

Au Jōmon Récent et Final (2000-300), si les décors incisés et imprimés restent prédominants dans le centre et le nord, on voit apparaître un style nouveau et sans décor dans l'île de Kyūshū, au sud, avec une poterie noire et brillante[20]. La poterie ayant été soigneusement polie, elle est ensuite cuite en réduction, et on ne peut s'empêcher de faire la comparaison avec la poterie de la culture de Longshan du Shandong (2600-1900), elle aussi noire par sa cuisson en réduction, et soigneusement polie, au point d'atteindre l'épaisseur d'une coquille d'œuf ! C'est d'ailleurs aussi la période qui voit l'introduction de la riziculture humide, précisément dans l'île de Kyūshū, en provenance probable de la Chine, selon un trajet qui serait passé par la Corée[25]. Certaines formes introduites dans la poterie de cette époque annoncent celles de la période Yayoi.

La plastique céramique : statuettes et masques[modifier | modifier le code]

Distinct de la poterie, l'art céramique du Jōmon Moyen et surtout Récent et Final se distingue par d'innombrables variantes sur des motifs de figurines aux traits plus ou moins féminins (les dogū) et des masques (domen) de terre cuite. On les rencontre depuis le sud d'Hokkaido et Tohoku, au Nord, jusqu'à la région d'Osaka - Kyoto, le Kinki, au Centre, mais pas au delà [26]. Les petites statuettes, d'une vingtaine de centimètres de hauteur environ, sont considérées comme des trésors nationaux au Japon. La stylisation très poussée de ces figurines donne lieu à des jeux formels complexes, mais chaque fois parfaitement cohérents du point de vue plastique : jeux de formes aux courbes tendues et couvertes de zones striées, aux grands yeux ronds ; jeux de formes rondes et couvertes d'arabesques proliférantes, contrastant avec de grands yeux immaculés, clos d'un unique trait horizontal[27].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Paul Demoule 2004, p. 187
  2. a et b (en) page dédiée sur le site du musée.
  3. Shimizu 1997, p. 20-21 Cette figurine est une icône de l'archéologie japonaise depuis sa découverte en 1886 et elle est restée probablement la plus célèbre de toutes. : The Power of DOGU 2009, p. 124
  4. Shimizu 1997, p. 18-19
  5. Jean-Paul Demoule 2004, p. 182. Les dates les plus anciennes des céramiques découvertes depuis 2004 ont été intégrées au Proto-Jōmon en en repoussant la date initiale vers 17000. Publication antérieure : M. E. Hall, Pottery Styles During the Early Jomon Period: Geochemical Perspectives on the Moroiso and Ukishima Pottery Styles, Archaeometry, vol. 43, no 1, 2001, p. 59-75. Database on-line. Academic Search Complete, EBSCOhost; consulté le 5 octobre 2007.
  6. Le terme « poterie » est, ici, plus juste que « céramique », selon Yaroslav Kuzmin. Cet auteur cite cet usage du terme « poterie » dans le contexte archéologique qui parle, en anglais, de « clay », que l'on pourrait traduire par « terre (cuite) » pour « argile ». « L'argile a été façonnée dans une forme désirée et ensuite séchée pour réduire sa teneur en eau avant d'être cuite pour en fixer la forme » : Major patterns in the Neolithic Chronologie of the East Asia : Issues of the origin of pottery, agriculture and civilization , Radiocarbon, Vol 51, Nr 3, 2009, p. 891–903. [PDF]. p. 892.
  7. Alain Testart, Avant l'histoire. L'évolution des sociétés de Lascaux à Carnac, NRF-Gallimard 2012, p. 38, note 1
  8. Jean Guilaine, Caïn, Abel, Ötzi. L'héritage néolithique, Gallimard, 2011, p. 149. Ainsi que Li Liu, pour plus de précision, dans La Révolution néolithique dans le monde, Jean-Paul Demoule (dir.), Inrap, 2009, p. 67.
  9. Yaroslav V. Kuzmin, “Chronology of the Earliest Pottery in East Asia: progress and pitfalls”, Antiquity, vol. 80, 2006, p. 362-371. Database on-line. EBSCOhost; consulté le 3 octobre 2007. Recherches conduites de 1988 à 2005 sur les datations les plus anciennes alors. Mais des découvertes ultérieures ont donné lieu à des publications auxquelles font référence Li Liu (2009), Jean Guilaine (2011) et Alain Testard (2012), op. cit.. En ce qui concerne le site de Shimomouchi, la datation de 17 000 BP. est contestée par Yaroslav V. Kuzmin en 2017 : [1] sur researchgate.net.
  10. Site de Hinamiyama à Yokohama-shi. Préfecture de Kanagawa (mitoyenne de Tokyo).
  11. Jean-Paul Demoule 2004, p. 180
  12. a et b Prudence M. Rice, “On the Origins of Pottery”, Journal of Archaeological Method and Theory, 6, no 1, 1999, 1-54. Database on-line. Springerlink; consulté le 3 octobre 2007.
  13. [2] CNRS : Motif-Impression roulée avec une roulette cordelette entrelacée à entrelacs unilinéaires autour de plusieurs éléments passifs : plateau de Bandiagara (Mali), IIe millénaire av. J.-C., Néolithique récent.
  14. Jean-Paul Demoule 2004, p. 182 : « Les premières poteries Jomon et le contexte continental ».
  15. Richard Pearson, “Debating Jomon Social Complexity”, Asian Perspectives, vol. 46, no 2, 2007, p. 361-388. Database on-line. Project Muse; consulté le 5 octobre 2007.
  16. L'intérieur, laqué et doré, date du XIXe siècle. Référence : (en) Notice du musée
  17. Page dédiée sur le site du musée.
  18. Exposition : "Flame and Water Pots: Prehistoric Ceramic Art from Japan": exhibition of the Sainsbury Institute in the British Museum. ?.
  19. Le terme « flamboyant » est parfois utilisé en référence au style « flamboyant » du gothique finissant. (Ci dessous : liens externes / Los Angeles County Museum of Art : notice : Poterie à décor exubérant, 3000-2000).
  20. a et b Jean-Paul Demoule 2004, p. 186
  21. (fr) Page dédiée sur le site du musée.
  22. [3] : page correspondant sur le site du Met.
  23. Site de Rokugo Ishinadate :1 Bol profond, 2 Bol profond, 3 Bol profond à pied, 4 Bol, 5 Bol à pied, 6 Bol peu profond, 7 Bol peu profond à pied.
  24. Site de Rokugo Ishinadate : 7 Bol peu profond à pied, 8 Jarre, 9 Jarre, 10 Vase à bec verseur, 11 Vase à bec verseur, 12 Vase semblable à un brûle parfum.
  25. Jean-Paul Demoule 2004, p. 197
  26. Shimizu 1997, p. 19-21
  27. Jean-Paul Demoule 2004, p. 192-193
  28. Site : Minamihatori Nakanogoki I, préfecture de Chiba. Conservation : Narita City Board of Education. : The Power of DOGU 2009, p. 156
  29. Argile de bonne qualité, soigneusement polie, contenant des paillettes de mica. Trésor national. : The Power of DOGU 2009, p. 92-93
  30. Similaire à l'exemplaire Musée national de Tokyo reproduit dans The Power of DOGU 2009, p. 114. Idem : Shimizu 1997, p. 19 et p. 17, édition 2001.
  31. Terre modelée, avec appliqués (nez, bouche, yeux et sourcils), piqueté (bouche) comme si la figure portait un masque. Trouvé brisé sur le sol d'une habitation semi-souterraine. Reproduite avec notice dans The Power of DOGU 2009, p. 90-91
  32. Conservation: Agency for Cultural Affairs. Bien culturel important. « Rituel funéraire » in: The Power of DOGU 2009, p. 161. V« isage d'une grande figure humaine en terre cuite (original estimé à un mètre). Momon Récent, vers 1500 AEC. Site de Shidanai, préfecture d'Iwate. Propriété de l'Agence Bunkacho à la Culture, Tokyo ». Référence : Keiji Imamura, Prehistoric Japan : New perspectives on insulaire East Asia, UCL Press, 1996. Couverture.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Guilaine (dir.), Aux marges des grands foyers du Néolithique : Périphérie débitrices ou créatrices ? : Séminaire du Collège de France, Paris, Errance, , 294 p. (ISBN 2-87772-294-5). Avec la participation de Jean-Paul Demoule, « Aux marges de l'Eurasie : le Japon préhistorique et le paradoxe Jomon », p. 177-202
  • (en) Junko Habu, Ancient Jomon of Japan, Cambridge, New York, Melbourne, etc., Cambridge University Press, , XV-332 p. (ISBN 0-521-77670-8). Aussi : (ISBN 978-0-521-77670-7) (br.). - (ISBN 978-0-521-77213-6). (rel.). Autre tirage 2009.
  • (en) Simon Kaner (dir.), The Power of DOGU : Ceramic Figures from Ancient Japan, Londres, The Trustees of the British Museum, , 175 p. (ISBN 978-0-7141-2464-3).
  • Christine Shimizu, L'Art japonais, Paris, Flammarion, , 495 p. (ISBN 2-08-012251-7) : L'Époque Jōmon : les premières céramiques : p. 14-22

Liens externes[modifier | modifier le code]

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