Formation territoriale de la France métropolitaine

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Territoire de France Fr

9871947

Drapeau
Historique des drapeaux de la France
Blason
Historique des armoiries de la France
alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Formation territoriale de la France métropolitaine

Informations générales
Statut Historique des gouvernements de la France
Capitale Paris
Langue Français
Monnaie Listes des monnaies de la France
Démographie
Population ~ 6 000 000 hab. (en 987)
~ 39 660 000 hab. (en 1945)
Superficie
Superficie ~ 426 000 km² (en 987)
551 500 km² (en 1945)
Histoire et événements
843 Naissance de la France et de l'Allemagne
1312 Intégration de Lyon
1349 Première acquisition au-delà du Rhône : le Dauphiné
1481 Intégration de la Provence
1526 Perte de la Flandre
1601 Acquisition de la Bresse en échange de Saluces en Italie
1648 La frontière de la France sur le Rhin
1659 Annexion du Roussillon : frontière des Pyrénées fixée
1668 Annexion de Lille et Douai
1678 Annexion de la Franche-Comté
1766 Annexion de la Lorraine
1768 Achat de la Corse
1815 Délimitation de la frontière de la Mer du Nord au Rhin
1860 Annexion de la Savoie et du comté de Nice

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La formation territoriale de la France métropolitaine est le processus qui a conduit à la construction du territoire de la France métropolitaine comme nous le connaissons aujourd'hui.

La Francie occidentale issue du traité de Verdun de 843 reste longtemps stable : les premiers rois capétiens sont trop occupés à établir leur autorité dans leur royaume. Ils exploitent habilement les dissensions entre leurs turbulents vassaux et s’appuient contre eux sur l’Église et les villes. Les grands conflits avec les rois d’Angleterre sont les occasions majeures dans lesquelles le pouvoir royal s’affirme. Le rattachement au XIIIe siècle de la Normandie et du Languedoc au domaine royal sont deux étapes importantes vers l'unification du royaume.

La France perd rapidement le comté de Barcelone (Catalogne), dès la fin du IXe siècle. Le débordement au-delà du Rhône, qui reste longtemps la frontière, ne débute qu'au XIVe siècle, avec l'achat du Dauphiné. Louis XI récupère l'héritage des deux plus puissants apanages confiés à des branches cadettes de la dynastie: Bourgogne et Anjou y compris la Provence dans le Saint-Empire romain germanique (1481-1482).

Le mariage d'Anne de Bretagne avec les rois Charles VIII puis Louis XII a pour conséquence ultérieure l'union effective en 1532 de la Bretagne, considérée par les rois de France dans leur mouvance mais en pratique puissance politique autonome.

Richelieu et Louis XIV entreprennent de 1635 à 1748 le report vers le nord et vers le Rhin des frontières du royaume. Ils cherchent à mettre en échec l’aspiration de la maison d’Autriche à l’hégémonie en Europe alors que la perte de la Flandre a dangereusement rapproché les frontières de Paris. Alsace, Artois et Franche-Comté sont annexés entre 1648 et 1697. Le duché de Lorraine reste un temps une enclave dans le royaume avant d’être lui aussi incorporé en 1766, ce qui permet, tout comme l'achat de la Corse en 1768, de consolider le territoire.

La France s'accroît temporairement sous la Révolution française et le Premier Empire de la rive gauche du Rhin. Les frontières du nord-est suscitent un débat : elles étaient restées globalement stables de 1697 à 1789 alors qu’elles ne suivaient aucune géographie particulière. Elles sont rétablies à peu près dans ses anciennes limites en 1815 par le congrès de Vienne : la France perd même quelques places comme Landau ou Sarrelouis. Ces pertes stratégiques et la construction d’un puissant État allemand alimentent la réflexion des diplomates et militaires. Mais, même après sa victoire de 1918, la France ne pourra obtenir de nouveaux gains de ce côté.

Au XIXe siècle, le territoire ne connaît que quelques évolutions. Le Duché de Savoie et le comté de Nice sont définitivement rattachés à la France par plébiscite en 1860. L'Alsace-Lorraine est annexée par l'Allemagne en 1871, mais redevient française en 1918.

Cartes traduisant la construction du territoire

Sommaire

Le Moyen Âge (843-1492) : l'unification du royaume[modifier | modifier le code]

Carte dynamique illustrant l'évolution des Frontières de la France de 985 à 1947.
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Les frontières entre royaume de France et Saint-Empire[modifier | modifier le code]

La naissance de la France et de l'Allemagne[modifier | modifier le code]

Le traité de Verdun marque en 843 l'apparition sur la carte de la France et de la Germanie. Conçu comme un partage patrimonial temporaire entre les héritiers de Charlemagne, il scelle la création définitive de deux États qui connaîtront chacun leur propre évolution[1]. Leur frontière commune se situe à l’époque approximativement du nord au sud sur l'Escaut, la Meuse, la Saône et le Rhône.

D'un côté, la première monarchie germanique s'affaiblira à vouloir reconstituer l'empire carolingien sans en avoir les moyens. En 962, le couronnement d'Otton Ier marque la création du Saint-Empire romain germanique qui comprend, outre la Germanie, le Nord de l'Italie.

De l'autre côté, la monarchie française s'affirmera lentement à partir de bases modestes pour prendre ultérieurement la première place en Europe occidentale. En 987, les Carolingiens sont évincés en France par l'élection de Hugues Capet qui impose sa dynastie. Le domaine royal des premiers capétiens se limite d'abord à une partie de l'Île-de-France[2], entre Paris et Orléans, qui en sont les villes principales. Ailleurs, ce sont les grands seigneurs qui exercent leur autorité, notamment les six pairs laïcs[2] : les ducs d'Aquitaine, de Bourgogne et de Normandie, ainsi que les comtes de Champagne, de Flandre et de Toulouse.

La limitation de la France et de la Germanie par les quatre fleuves Escaut, Meuse, Saône et Rhône reste longtemps inscrite dans les esprits. Ainsi lorque Louis VIII soumet-il le Comté de Toulouse cède-t-il le Comtat Venaissin à la papauté (1229). Plus tard, Philippe Le Bel soucieux de formaliser ses prérogatives est porté à émettre des prétentions sur le Vivarais à l'ouest du Rhône ou encore sur le Barrois mouvant à l'ouest de la Meuse[3].


L'expansion du royaume de France au-delà du Rhône vers les Alpes[modifier | modifier le code]

Suite à l'échec de Frédéric II du Saint-Empire face à la papauté, le Saint-Empire romain germanique sombre définitivement dans l'anarchie politique au XIIIe siècle, ouvrant la possibilité aux rois de France à toutes sortes d'empiétements.

Philippe IV Le Bel rattache au royaume la ville de Lyon, ancienne capitale des Gaules et important carrefour commercial européen (1312).

Article détaillé : Rattachement de Lyon à la France.

Philippe VI achète le Dauphiné le 30 mars 1349, par le traité de Romans (1349).

Son petit-fils et frère de Charles V, Louis est investi du duché d'Anjou. Il est adopté par ailleurs comme héritier par la comtesse de Provence et reine de Sicile Jeanne. Il réalise la conquête de la Provence en 1383-1384. Son petit-fils le roi René ne peut cependant se maintenir en Italie et transmet ses possessions au roi de France Louis XI : Anjou en France et Provence dans le Saint-Empire (1481).

Louis XI a la sagesse de ne pas reprendre à son compte les prétentions de René en Italie. Ce n'est pas le cas de son fils Charles VIII qui nourrit l'ambition de son rêve de domination Italienne. Pour cela non seulement il entreprend une expédition à Naples qui ne donnera aucun résultat mais abandonne préalablement à ses éventuels compétiteurs plusieurs conquêtes de son père : Artois, Franche-Comté et Roussillon.

L'affirmation du pouvoir royal face aux rois d'Angleterre[modifier | modifier le code]

Le premier objectif des rois capétiens est de consolider leur autorité régionale autour de leur fortes positions en Ile-De-France, ce qu'ils s'efforceront de faire au cours des XIe siècle et XIIe siècles. Le principal agrandissement du domaine royal au cours de cette période est l'achat de la vicomté de Bourges en 1101 qui deviendra le duché de Berry [2].

L’extension à l’ouest contre les Plantagenêt[modifier | modifier le code]

La lutte contre les rois d’Angleterre est l'occasion pour les rois de France d’étendre leur autorité. Ils doivent en effet faire face au formidable défi qui se présente à eux. Le duc de Normandie Guillaume le Conquérant est devenu roi d’Angleterre en 1066 par sa victoire de Hastings sur les Saxons. À l'extinction de sa lignée masculine, son héritier est le comte d'Anjou, Henri Plantagenêt, petit-fils par sa mère du roi Henri Ier d'Angleterre. Le futur Henri II va épouser deux mois avant son accession au trône, Aliénor, duchesse d'Aquitaine, la plus riche héritière du royaume et ex-épouse du roi de France Louis VII.

Article connexe : histoire de l'Anjou.

Le nouveau roi d'Angleterre est donc devenu en titre le maître des deux tiers du territoire français de l'époque. Les rois de France bénéficient cependant d'atouts : le prestige et les prérogatives de leur fonction, les dissensions au sein des Plantagenêt et la difficulté de ceux-ci à se faire obéir dans le Sud-Ouest[4].

Jean Sans Terre, fils d’Henri II, crée la confusion parmi ses vassaux par son comportement irrégulier et violent. Le roi de France Philippe Auguste en profite pour lui enlever la Normandie par la prise de la forteresse de Château Gaillard en aval de Paris (1204). La conquête de cette province est primordiale, puisqu'elle accroît substantiellement les revenus de la Couronne de France. Le succès de Philippe Auguste est confirmé par sa victoire à Bouvines sur l'empereur germanique en 1214[5].

La soumission des provinces méridionales[modifier | modifier le code]

Philippe Auguste est en fait le premier roi dont l'autorité dépasse le cadre de l'Île-de-France par l'étendue de son champ d'action et par son efficacité. Le roi soumet notamment le Vermandois, la Touraine et l'essentiel du comté d'Auvergne, les comtes se retrouvant isolés à Vic-le-comte.

Article détaillé : Histoire de l'Auvergne.

Peu de temps après, le roi de France Louis VIII le Lion exploite la croisade contre les cathares [6] du Midi de la France pour imposer son autorité sur le comté de Toulouse (1229).

Article détaillé : Croisade des Albigeois.

Cette nouvelle conquête deviendra la province du Languedoc qui comprendra jusqu'à la Révolution l'essentiel de huit des actuels départements du midi. À la faveur des troubles de la fin du Moyen Âge, le Languedoc obtiendra la mise en place de ses propres institutions : un Parlement (cour souveraine de justice) et des États (assemblée qui vote l'impôt et qui décide d’investissements collectifs).

L'accumulation des conquêtes est l'occasion pour les rois de France de doter leurs fils cadets en territoires : les apanages. Cette politique va permettre de soumettre progressivement des provinces à l’autorité royale. Car les apanages vont revenir bien souvent sans difficulté à la couronne :

Difficultés du royaume de France et éviction des Anglais d’Aquitaine[modifier | modifier le code]

La politique des apanages est parfois source d’affaiblissement du pouvoir royal. le duc de Bourgogne Philippe Le Hardi, investi par son père Jean II de France, est également comte de la très riche Flandre et utilise sa position de premier pair de France pour constituer un État puissant. sa politique est favorisée par l’émiettement du pouvoir à la fin du Moyen Âge en France et en Allemagne. Le duché de Bourgogne donnera naissance aux Pays-Bas bourguignons (précurseurs de la future Belgique)[7]. Son fils Jean Sans Peur entre en conflit avec Louis d'Orléans frère du roi Charles VI. Il tente par une série de coups de force de s'imposer au gouvernement et s'attire progressivement l'hostilité de l'ensemble des autres princes de la famille royale : il finit par être évincé. Il s'empare en 1418 de Paris par un coup de main, forçant l'héritier du trône, le futur roi Charles VII, à s'enfuir à Bourges [8].

Article détaillé : duché de Bourgogne.

Philippe le Bel avait eu trois fils de Jeanne de Champagne qui avait apporté la Champagne (1284) au domaine royal. Pourtant à la mort du roi de France, c'est finalement son neveu Philippe VI de Valois qui monte sur le trône. Une nouvelle série de conflits, appelée guerre de Cent Ans, est provoquée par la prétention d'Édouard III d'Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère et duc d'Aquitaine, à devenir roi de France. Les armées françaises subissent de lourdes défaites à Crécy et Poitiers puis plus tard à Azincourt. Amputé temporairement par le traité de Brétigny (1360), le royaume est à nouveau divisé par le traité de Troyes (1420).

Mais un nouvel élan s'incarne en Jeanne d'Arc qui oblige les Anglais à lever le siège d'Orléans (1429) : après avoir été couronné à Reims, Charles VII rentre à Paris. La Rochelle s'était d'elle-même soumise au roi de France (1371), Bayonne puis Bordeaux sont enlevées par la force aux Anglais en 1451 et 1453. La prise des points d'appui du roi d'Angleterre sur la côte Atlantique permet à Charles VII d'établir de façon exclusive sa souveraineté sur l'ensemble du Sud-Ouest.

L'Époque moderne (1492-1789) : les conflits avec les Habsbourg d'Autriche[modifier | modifier le code]

L'intégration des derniers domaines féodaux[modifier | modifier le code]

La Bourgogne et l'évolution des frontières suivant un axe nord-est[modifier | modifier le code]

La succession de Bourgogne d'une part, et la volonté de prendre pied en Italie d'autre part sont la cause d'une première série de conflits avec la Maison d’Autriche : les Habsbourg. À la mort de Charles le Téméraire, les possessions du dernier duc de Bourgogne sont partagées. Sa fille Marie de Bourgogne hérite des Pays-Bas bourguignons et le comté de Bourgogne (Franche-Comté), tandis que Louis XI reprend le Duché de Bourgogne et la Picardie (1482). Le petit-fils de Marie, l'empereur germanique Charles Quint de Habsbourg, entre en conflit avec François Ier pour la possession de la Bourgogne et par ailleurs du Duché de Milan. Cette première phase est interrompue par les guerres de religion en France, et elle n'est pas décisive pour la monarchie française.

Après sa défaite à Pavie en 1526, François Ier conserve la Bourgogne mais renonce pour toujours à sa suzeraineté sur le comté de Flandre. Les Pays-Bas bourguignons dont avait hérité Charles Quint étaient jusque-là composés de territoires français et germaniques. Par la Pragmatique Sanction, ils constituent désormais une entité politique distincte. Henri II consolide cependant les frontières du royaume de France, grâce à:

Article détaillé : Trois-Évêchés.

L'extinction des maisons féodales[modifier | modifier le code]

Le mariage de Charles VIII puis Louis XII avec Anne de Bretagne, puis celui de la fille de ces deux derniers Claude avec François Ier en 1514, préparent Union de la Bretagne à la France (1532). Cette politique permet d'éviter le rattachement du duché de Bretagne à l'empire des Habsbourg par le mariage d'Anne de Bretagne avec Maximilien Ier (qui provoque l'occupation de Nantes et le siège de Rennes), ou celui de Claude avec Charles Quint (négocié par Anne mais annulé par les États généraux). L'Empire aurait alors disposé d'un relais pour mieux assurer les liaisons entre les Pays-Bas et l'Espagne, complétant l'encerclement de la France.

Par ailleurs, l'extinction de la branche ainée des Bourbons donne l'occasion à François Ier d'intégrer au domaine royal le Bourbonnais et le Forez.

Lors de son avènement au trône en 1589, Le roi Henri IV de France apporte au domaine royal les (vi)comtés sises dans le Sud-Ouest dont sa mère Jeanne d'Albret était l'héritière à l'issue de l'extinction progressive des lignées masculines de la région:

Ayant développé une forte identité, les provinces de Béarn, Bourgogne et Bretagne conserveront jusqu'à la révolution leurs propres institutions à l'image du Languedoc : États et Parlement.

L'expansion à l'est : la frontière sur le Rhin[modifier | modifier le code]

Vers de nouveaux conflits avec la Maison d'Autriche[modifier | modifier le code]

La Maison d'Autriche manifeste une volonté de suprématie en Europe, présentant l'image du bastion militant du catholicisme face à l'émergence d'États protestants. La royauté française est d'autant plus inquiète que cette prétention rencontre des échos dans les milieux catholiques en France. Par ailleurs, les possessions des Habsbourg encerclent le territoire : Espagne, Pays-Bas, Franche-Comté et plus loin Milan.

Henri IV a hérité d'un contentieux avec l'Espagne. Il est par sa mère l'héritier des rois de Navarre dépossédés par les rois d'Espagne, qui ne leur ont laissé que la Basse-Navarre. Désormais les rois de France porteront également le titre de roi de Navarre.

Avant de reprendre la lutte, Henri IV solde l'aventure française en Italie. En 1601, il intervient contre le duc de Savoie qui avait soutenu des complots contre lui. La France acquiert par le traité de Lyon les territoires correspondant à l'actuel département de l'Ain (Bresse, Bugey, Valromey et Pays de Gex) en échange du marquisat de Saluces, dernière place détenue en Italie. La France avait pris possession en 1548 du marquisat de Saluces à la mort du dernier marquis, alors qu'elle le revendiquait depuis l'achat du Dauphiné.

Mais la perspective d'un conflit avec la Maison d'Autriche heurte une grande partie des catholiques de France, notamment à la cour Marie de Médicis et le duc D' Epernon. C'est dans ce contexte qu'Henri IV est assassiné par un fanatique, Ravaillac.

Les guerres du XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Les conquêtes territoriales de 1643 à 1715

Le roi de France Louis XIII conseillé par son premier ministre Richelieu reprend l'offensive en 1635 dans le cadre de la guerre de Trente Ans, après avoir définitivement soumis La Rochelle (1629) et occupé le Duché de Lorraine (1632)[9].

Article détaillé : Guerre de Trente Ans.

Une première guerre décisive contre la Maison d'Autriche est marquée par la victoire de Rocroi en 1643. L'expansion à l'est a pour objectif de couper les lignes de communication de l'ennemi et d'établir le contact avec les alliés de la France en Allemagne.

Les guerres contre se suivent les unes après les autres, et les traités successifs aboutissent à la mainmise de la France sur plusieurs provinces du Saint-Empire romain germanique [2]:

Les acquisitions de la France en Flandre (1668) et en Hainaut (1678) constitueront à partir de la Révolution le département du Nord.

De 1680 à 1697, Louis XIV enhardi par ses premiers succès mène une politique unilatérale d'annexions et de réunions : on assiste même à la conquête temporaire du duché du Luxembourg de 1684 à 1697. Mais par le traité Rijswijk en 1697 qui conclut la guerre de la Ligue d'Augsbourg, il doit finalement renoncer à la plupart de ses prises, notamment sur la rive droite du Rhin (Freiburg, Breisach, Kehl) mais conserve cependant Saarlouis ainsi que la Basse-Alsace avec la ville de Strasbourg. L'essentiel de l'Alsace est désormais entièrement français, à l'exception de la République de Mulhouse et de quelques territoires tenus par des princes allemands.

La consolidation du territoire[modifier | modifier le code]

À la fin du règne de Louis XIV, un équilibre semble atteint. Les autres puissances européennes ne sont plus disposées à accepter une nouvelle expansion et sont prêtes à s'allier pour s'y opposer. Les frontières ont été repoussées loin de la capitale et sont de plus désormais défendues par un réseau de forteresses modernes construites par Vauban. Deux lignes de places fortes chacune protègent la frontière au nord sur un front qui s'étend de Dunkerque à Charleville [2].

Article détaillé : pré carré.

Plus à l'est, une série de forteresses (Montmédy, Thionville, Longwy et Sarrelouis) isole le duché de Lorraine des autres États de l'Empire germanique, ce qui affaiblit l'indépendance de son duc. Depuis 1632, la France a régulièrement occupé la Lorraine en période de guerre sans l’annexer. Le duc Charles IV de Lorraine, allié aux Maisons d’Autriche et de Bavière, a fait le choix d’une politique hostile à la France : lui-même puis son neveu Charles V de Lorraine ont exercé des commandements dans l’armée impériale (autrichienne).

Ce n'est que plus tard que se présentent pour la France à la fois le motif décisif et l'occasion favorable de l'annexion : le mariage en 1736 de François de Lorraine avec l'héritière de la Maison d'Autriche, l'archiduchesse Marie-Thérèse, à un moment où l’Autriche est affaiblie. Le traité de Vienne (1738) attribue la Lorraine à Louis XV qui la donne en viager à son beau-père, Stanislas Leszczyński : elle sera formellement annexée par la France en 1766 à la mort de ce dernier. En compensation, le duc François III reçoit le grand-duché de Toscane qui est alors vacant.

Par animosité contre les Habsbourg, la France se laisse encore entraîner dans la guerre de Succession d'Autriche. Cependant, après la victoire de Fontenoy, Louis XV renonce à toutes ses nouvelles conquêtes dans les Pays-Bas : le traité d'Aix-la-Chapelle met fin en 1748 à la rivalité des monarchies française et autrichienne. Au sud, Louis XV renforce la position de la France en Méditerranée en achetant à la République de Gênes l'île de Corse en échange d'une annulation de dette génoise (1768) .

À la veille de la Révolution, l'Hexagone est donc dessiné ; mais la complexité du cadre féodal qui définit l'organisation politique sous l'ancien régime explique la survivance d'un certain nombre d'enclaves étrangères, tout particulièrement dans la zone d'expansion récente : Alsace, Franche-Comté et Lorraine.

L'Époque contemporaine : le territoire national[modifier | modifier le code]

La période révolutionnaire (1789 à 1815)[modifier | modifier le code]

La transformation issue de la Révolution française[modifier | modifier le code]

C'est à la Révolution que la notion de territoire change fondamentalement. La France cesse d'être une juxtaposition de principautés, chacune d'elle ayant un lien de subordination particulier au roi qui en contrepartie garantit ses privilèges et ses droits. Le territoire est désormais considéré comme un tout indivisible dont dispose la nation, la collectivité souveraine des citoyens. Dans cette logique les provinces sont supprimées et le territoire est découpé en unités administratives dotées d'un statut juridique uniforme : les départements.

Dans le même esprit sont supprimées les enclaves étrangères dans le royaume de France. La Convention nationale les rattache définitivement à la France, malgré les droits des princes possessionnés ou par de nouveaux traités :

La domination française en Europe[modifier | modifier le code]

Les frontières naturelles : Alpes, Jura, Pyrénées et Rhin (1789-1799)[modifier | modifier le code]

L'instauration d'un régime révolutionnaire amène la plupart des monarchies européennes à se coaliser contre la France. Les succès militaires des armées de la république contribuent à considérablement agrandir le territoire national, Danton justifiant que « les limites de la France sont marquées par la nature, nous les atteindrons des quatre coins de l'horizon, du côté du Rhin, du côté de l'Océan, du côté des Pyrénées, du côté des Alpes. Là doivent finir les bornes de notre République. » La plupart des annexions effectuées à cette époque seront reconnues par les puissances européennes suite à différents traités de paix, en particulier lors du traité de Lunéville (9 février 1801) et de la paix d'Amiens (25 mars 1802). Ces acquisitions seront perdues par la suite, au congrès de Vienne en 1815 :

Les conquêtes de guerre de Napoléon Bonaparte (1799-1815)[modifier | modifier le code]

Les nouveaux agrandissements sont principalement motivées par l'objectif de contrôler les côtes européennes, dans le cadre de la lutte contre le Royaume-Uni et du blocus commercial qui est imposé à celui-ci. Sont ainsi annexés :

Le bilan en 1815 : annexion des enclaves et affaiblissement des frontières[modifier | modifier le code]

Par le traité de Paris, toutes les conquêtes depuis la Révolution française, à quelques exceptions près, sont restituées à leurs anciens propriétaires. La France est pratiquement ramenée à ses frontières de 1791, mais elle conserve les territoires qui constituaient des enclaves : le Comtat Venaissin avec Avignon, Mulhouse et Montbéliard.

Les autres puissances européennes veillent à ce que la France ne puisse plus jamais prendre le contrôle de la rive gauche du Rhin :

  • l'essentiel des territoires allemands sur la rive gauche du Rhin est rattaché à la Prusse malgré l'éloignement géographique et la différence de cultures ;
  • un nouvel État est créé, le Grand-Duché de Luxembourg, dont la citadelle devient un avant-poste de l'armée prussienne ;
  • la France perd plusieurs places-fortes qui couvraient ses frontières : Bouillon (Ardennes), Sarrelouis (Sarre), Landau (Rhénanie)…

Plus au sud, la ville de Genève est définitivement intégrée dans la confédération suisse et la France doit céder 6 communes du canton de Gex pour assurer la continuité territoriale du nouveau canton suisse de Genève avec les autres cantons Suisses. La frontière française ainsi redéfinie de la mer du Nord à Genève ne connaîtra plus de modification majeure.

La France et l'émergence des autres nations[modifier | modifier le code]

Tant par la propagation de l'idéal révolutionnaire que par l'exercice de sa domination sur ses voisins, la France a attisé le besoin chez les peuples européens de s'identifier en tant que nation et de constituer leur territoire.

Napoléon III souhaite remettre en cause les équilibres issus du Congrès de Vienne afin d’une part de rompre l’isolement de la France, d’autre part de redéfinir la carte politique de l’Europe suivant le principe de l’adhésion des nationalités à l’état de leur choix. Il répond donc positivement à la demande d’aide du Piémont-Sardaigne contre l’Autriche pour réunir les états italiens.

Il accueille de même favorablement l’action de la Prusse pour réunir les états allemands. La politique de la Prusse affaiblit cependant la position de la France face à un nouveau puissant voisin, comme le dénonce une partie de l'opinion publique française dont Adolphe Thiers se fait l'avocat. Est c'est d'ailleurs l'opinion publique manipulée par Bismarck qui va pousser le gouvernement français à engager une guerre contre la Prusse, entraînant l'adhésion des états allemands au deuxième Reich.

L'unification de l'Italie (1860) : l'intervention française[modifier | modifier le code]

Le rattachement de la Savoie et du Comté de Nice (1860)[modifier | modifier le code]

Suite à l'entrevue de Plombières, le 21 juillet 1858, le ministre des États de Savoie Camillo Cavour promet à Napoléon III le duché de Savoie et le comté de Nice, en échange de l'appui français à la politique d'unification de l'Italie – Risorgimento – menée par le roi Victor-Emmanuel II de Savoie. Cette proposition est officialisée par un traité à Turin en décembre 1858 (il est antidaté et est signé en fait en janvier 1859).

Après les victoires sur l'Autriche en 1859 (Magenta et Solferino), l'armistice de Villafranca puis la cession par l'Autriche de la Lombardie à la France, qui la rétrocède au Piémont, Napoléon III réclame la Savoie et Nice. Par le traité de Turin, le 24 mars 1860, le roi Victor-Emmanuel II consent à céder le duché de Savoie et le comté de Nice, après consultation des populations, qui se déroule en avril 1860: le roi délie ses sujets savoyards.

À partir de cette date, le « comté de Nice » redevient le département des Alpes-Maritimes connu sous la Révolution. Il est divisé en un arrondissement de Nice et un arrondissement de Puget-Théniers et augmenté de l'arrondissement de Grasse détaché du département du Var. Dans le traité de Turin, l'Italie conserve dans son giron les localités de Tende, La Brigue, Mollières parce qu'elles sont des réserves de chasse favorites du roi Victor-Emmanuel II (quoi qu'on ait suspecté à cela des objectifs militaires, la nouvelle frontière étant difficilement défendable par la France). Toutes ces localités finiront par devenir françaises à l'issue de la Seconde Guerre mondiale par le traité de Paris (1947), dernier ajout majeur au territoire national français et au département des Alpes-Maritimes.

Article détaillé : Annexion de la Savoie.
Modifications de frontières avec Monaco (1861)[modifier | modifier le code]

Dès 1848, Menton et Roquebrune, alors parties intégrantes de la principauté de Monaco, se déclarent villes libres et sont occupées par une garnison sarde. À la suite de la cession par le royaume de Piémont-Sardaigne du duché de Savoie et du comté de Nice à la France en 1860, les habitants de Roquebrune et de Menton, villes considérées dans la circonstance comme faisant partie du comté de Nice, optent par référendum pour leur rattachement à la France.

Le 2 février 1861, le prince Charles III et l'empereur Napoléon III signent à Paris un traité par lequel moyennant une somme de quatre millions de francs, le prince renonce à perpétuité, tant pour lui que pour ses successeurs, en faveur de Sa Majesté l'Empereur des Français, à tous ses droits directs ou indirects sur ces deux communes.

Les sujets originaires de Menton et de Roquebrune ou domiciliés dans ces communes, qui entendent conserver la nationalité de Monaco, jouissent alors, pendant un an à partir de l'échange des ratifications du traité, de la faculté de transporter leur domicile dans la principauté et de s'y fixer ; en ce cas, leur ancienne nationalité sera maintenue.

La France face à l'unification par la Prusse de l'Allemagne[modifier | modifier le code]

La neutralisation du Luxembourg[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Crise luxembourgeoise.
L'Alsace-Moselle : le contentieux franco-allemand (1871-1945)[modifier | modifier le code]

À la suite de la guerre franco allemande de 1870 et en vertu du traité de Francfort du 10 mai 1871, toute l'Alsace, à l'exception du Territoire de Belfort, et une bonne partie de la Lorraine[19], correspondant à l'actuel département de la Moselle, sont annexées par l'Allemagne. Ces territoires, qui représentaient 1 447 000 ha, 1 694 communes et 1 597 000 habitants, réintégreront la France après la Première Guerre mondiale et le Traité de Versailles du 28 juin 1919 (art. 27).

Article détaillé : Annexion de la Moselle (1940).

L'Alsace et la Moselle sont annexées de facto au Troisième Reich nazi le 27 novembre 1940. Les Allemands ne se contentent pas d’occuper ces régions, mais les intègrent à leur territoire, revenant ainsi sur les termes, ratifiés par la république de Weimar, du traité de Versailles de 1919, en invoquant un diktat selon les termes d'Adolf Hitler, qu'il justifie par le fait que l'Allemagne n'a pas été conviée à la négociation du traité. Si les principales villes d'Alsace et de Lorraine sont libérées au cours de l'automne 1944, après la bataille de Metz, les combats font rage jusqu'au 2 février 1945 dans la poche de Colmar et jusqu'à la mi-mars dans l’extrême nord de l'Alsace et de la Lorraine.

Le territoire national depuis 1945[modifier | modifier le code]

Le traité de Paris avec l’Italie (1947), dernière révision globale d'une frontière[modifier | modifier le code]

En 1947, au traité de Paris, la France gagne environ 700 km2, par cinq extensions du territoire national sur les départements des Alpes-Maritimes, des Hautes-Alpes et de la Savoie :


Des ajustements mineurs sont encore intervenus par la suite : modifications de frontières avec l’Andorre (2001), le Luxembourg (2006) et la Suisse (1945-2002).

L'aménagement de l'espace français : la formation de nouveaux territoires[modifier | modifier le code]

Sous la Cinquième République est décidé un nouveau découpage du territoire en régions. Ces dernières sont dans un certain nombre de cas définies à partir des anciennes provinces. Cependant d'autres sont nouvellement créées autour de grandes métropoles : Rhône-Alpes avec pour capitale Lyon, Midi-Pyrénées (Toulouse), Pays de la Loire (Nantes).

Article détaillé : Régions françaises.

La taille de certaines de ces régions est parfois estimée trop petite. Suite aux recommandations d'un comité animé par Édouard Balladur, la loi de réforme des collectivités de 2010 autorise le regroupement des collectivités locales par consensus. Dans ce cadre, les Alsaciens rejettent le 7 avril 2013 par référendum le projet de fusion des conseils généraux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, le scrutin ayant mobilisé une participation insuffisante et les votants du Haut-Rhin ayant donné une majorité au non.

En novembre 2014, Manuel Valls fait adopter par le parlement un nouveau découpage du territoire métropolitain par regroupement des régions existantes deux à deux :

  • le Limousin rejoint une nouvelle région constituée avec les Poitou-Charentes et Aquitaine
  • l'Alsace est incluse dans une nouvelle région constituée avec la Champagne et la Lorraine
  • Bretagne et Corse restent inchangées

Par ailleurs la loi permet le développement des formules pragmatiques d'intercommunalité qui sont effectivement de plus en plus nombreuses.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Riché, Les Carolingiens, une famille qui fit l’Europe, Hachette,‎ 1983 (ISBN 9782012788510)
  2. a, b, c, d et e Grand Atlas de l'Histoire de France aux Éditions Autrement
  3. Léonard Dauphant, Le Royaume des Quatre Rivières, L'espace politique français (1380-1515), Champ Vallon,‎ 2012 (ISBN 978-2876735941), p. 170
  4. Martin Aurell, L’Empire des Plantagenêt 1154-1224, Éditions Perrin,‎ 2004 (ISBN 978-2-262-02282-2)
  5. John W. Baldwin (trad. Béatrice Bonne, préf. Jacques Le Goff), Philippe Auguste et son gouvernement. Les fondations du pouvoir royal en France au Moyen Âge, Fayard,‎ 1991 (ISBN 9782213026602)
  6. Michel Roquebert, Histoire des Cathares, éditions Perrin,‎ 1999 (réimpr. Collection de poche Tempus 2002) (ISBN 2-262-01894-4)
  7. Bertrand Schnerb, L'État bourguignon, Perrin,‎ 2005 (ISBN 978-2-262-02360-7)
  8. Armagnacs et Bourguignons par Bertrand Schnerb aux Éditions Perrin
  9. Michel Carmona, Richelieu, Fayard,‎ 1983 (ISBN 978-2-213-01274-2)
  10. Décret du 14 février 1793, qui réunit à la République française la ci-devant principauté de Monaco et plusieurs autres communes.
  11. Décret du 27 novembre 1792, qui réunit la Savoie à la France.
  12. Décret du 31 janvier 1793, qui réunit le ci-devant comté de Nice à la France.
  13. Décret du 4 février 1793, portant que le ci-devant comté de Nice formera un quatre-vingt-cinquième département, sous la dénomination des Alpes-Maritimes.
  14. Décret du 14 février 1793 précité
  15. Voir texte du Senatus-Consulte : http://www.histoire-empire.org/docs/bulletin_des_lois/organisation_empire/annexion_piemont_11_09_1802.htm#_edn3
  16. Cf. Bulletin des lois no 193 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4453604/f344.image
  17. Article 1er du Sénatus-consulte du 13 décembre 1810 : "La Hollande, les villes anséatiques [sic], le Lauembourg, et les pays situés entre la mer du Nord et une ligne tirée depuis le confluent de la Lippe dans le Rhin, jusqu'à Halteren, de Halteren à l'Ems au-dessus de Telgel ; de l'Ems au confluent de la Verra dans le Weser, et de Stozenau sur le Weser à l'Elbe, au-dessus du confluent de la Steckenitz, feront partie intégrante de l'empire français."
  18. Cette principauté, créée en 1802, appartenait conjointement aux deux branches princières de Salm (Salm-Salm et Salm-Kyrburg). Son territoire corresponds à peu près à l'arrondissement (Kreis) de Borken, avec la ville de Bocholt (cf. Fürstentum Salm, article Wikipédia en allemand)
  19. En Lorraine, les arrondissements de Metz, Thionville, Forbach, Sarreguemines, Sarrebourg, Boulay-Moselle, Château-Salins, Forbach, 11 communes de l'arrondissement de Briey et les cantons de Saales et Schirmeck dans les Vosges sont annexés par l'Allemagne.

Articles historiques[modifier | modifier le code]

Événements et personnalités[modifier | modifier le code]

Listes[modifier | modifier le code]

Articles thématiques[modifier | modifier le code]