Risorgimento

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Le Risorgimento (mot italien signifiant « renaissance »[1],[2] ou « résurrection  ») est la période de l’histoire d’Italie dans la seconde moitié du XIXe siècle au terme de laquelle les rois de la maison de Savoie unifient la péninsule italienne par l'annexion de la Lombardie, de Venise, du Royaume des Deux-Siciles, du Duché de Modène et Reggio, du Grand-duché de Toscane, du Duché de Parme et des États pontificaux au Royaume de Sardaigne.

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, on pouvait considérer que d'un point de vue politique, selon la définition de Metternich, l’Italie n’était rien de plus qu’une « expression géographique ». L’unification italienne est donc un événement majeur de l’histoire de l’Europe dans la mesure où elle a transformé l’expression géographique en réalité politique. Mais si tout le monde est d’accord pour dire que l’unification a constitué un tournant dans les relations internationales, les interprétations divergent en revanche quand il s’agit de le replacer dans son contexte. Certains historiens voient dans cette naissance de l’Italie un phénomène spécifiquement italien, sans lien réel avec les conjonctures de l’époque. D’autres au contraire, estiment que l’unification italienne s’inscrit dans un processus commun, non seulement à toutes les nations d’Europe, mais encore à celles du monde entier : une Révolution universelle venue bouleverser les structures sociales que le temps rend nécessairement obsolètes.

La première phase du Risorgimento (1848-1849) voit le développement de différents mouvements révolutionnaires et une guerre contre l’Empire d'Autriche, mais se conclut par un retour au statu quo. La seconde phase 1859-1860 fait considérablement avancer le processus d’unification et se conclut par la proclamation du Royaume d’Italie le . L’unification est ensuite achevée avec l’annexion de Rome, capitale de l’État de l’Église, le 20 septembre 1870.


Contexte historique[modifier | modifier le code]

La chute de Rome et sa division en de nombreux États, qui s'ensuit pendant la période féodale et la Renaissance mettent fin à toute idée d’unité de l'Italie. Un des premiers appels à tous les Italiens, qui reste cependant sans effet, a lieu lors de la proclamation de Rimini, le 30 mars 1815, lorsque Joachim Murat, au cours de la guerre austro-napolitaine, adresse un appel pour que les Italiens s'unissent afin de sauver le royaume placé sous sa souveraineté: il est l'unique garant de l'indépendance nationale contre un occupant étranger.

Les effets du despotisme éclairé et de l'illuminisme[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle, le despotisme éclairé et l'« illuminisme » modifient la société italienne et assurent les bases de sa future unification. Ces mouvements réformateurs sont inégalement actifs selon les souverains des différents États italiens.

En Lombardie, sous contrôle autrichien, les réformes de Marie-Thérèse et de Joseph II mettent fin à l'inquisition et la censure. Ils mettent en place le cadastre, suppriment les corporations ainsi que de nombreux ordres religieux. En Toscane, le grand-duc Pierre-Léopold (le futur empereur Léopold II) fait disparaître le régime féodal, institue l'égalité devant l'impôt, abolit l'inquisition, la censure et la peine de mort. Dans le royaume des Deux-Siciles, les rois bourbons, Charles Ier et Ferdinand IV, s'ils ne font pas disparaître les grandes propriétés latifundiaires qui sont sous-exploitées, rognent les privilèges des classes les plus riches. Par contre, le Duché de Modène, le royaume de Piémont, les États pontificaux, Les républiques de Venise et de Gênes participent peu à ce changement.

Ces réformes renforcent cependant les antagonismes sociaux. Les ouvriers, protégés par les corporations sont désormais soumis à leurs employeurs. Les paysans pauvres se voient privés de l'usage des terrains communaux accaparés par la bourgeoisie terrienne. Celle-ci profite de la vente des domaines ecclésiastiques ou prend en bail les latifundia pour mieux les exploiter grâce à l'emploi d'une main-d'œuvre rurale dont la pauvreté s'amplifie. L'augmentation de la production ne suit pas celle de la population (7 millions d'habitants supplémentaires entre 1715 et 1796), les prix agricoles augmentent, ce qui favorise les producteurs et les marchands. Ces conditions sociales sont favorables à la Révolution française garantissant leurs propriétés et l'égalité d'accès aux fonctions politico-administratives et elles seront les moteurs du Risorgimento.

L’Italie pendant les premières années de la Révolution française[modifier | modifier le code]

Les bouleversements de la France révolutionnaire connaissent des échos en Italie. Après la proclamation de la république en France (septembre 1792), des conjurations républicaines ont lieu à Turin, en Sardaigne, à Naples, à Bologne, à Gênes en 1794 et à Palerme en 1795. Elles sont vigoureusement réprimées par les souverains (le roi de Sardaigne est le beau-père des deux frères de Louis XVI et la reine consort de Naples Marie-Caroline, la sœur de Marie-Antoinette).

Les ouvriers urbains ou agricoles en profitent pour faire entendre leurs revendications socio-économiques : il y a des insurrections rurales en Savoie en 1790, au Piémont et dans les Abruzzes en 1793, puis en Basilicate en 1795.

Mais c'est la présence directe des Français, à partir de 1796, qui va accélérer les mutations.

Idée d'État national[modifier | modifier le code]

Plusieurs concepts poussent les révolutionnaires italiens à développer une idée de Patrie et à souhaiter la naissance d’un État national à l'image d'autres puissances européennes comme la France, l'Espagne et la Grande-Bretagne. Cette volonté provient tout d'abord des idées libérales, inspirées par l'esprit des Lumières et la Révolution française qu'alimente un idéal romantique national. À cela s'ajoute le désir d'améliorer la situation socio-économique de la péninsule en profitant des opportunités offertes par la révolution industrielle. Enfin, l'aboutissement de la fragmentation de la péninsule en des États monarchiques soutenus par l'hégémonie autrichienne se révèle aussi un élément déclencheur important.

Mais qui prendra la tête du mouvement d'unification ? Quelle sera l'architecture de la nouvelle Italie ? Pour Mazzini, le soulèvement populaire doit donner naissance à une république. Dans son ouvrage Il primato morale e civile degli Italiani (1843), l'abbé Vincenzo Gioberti prône l'idée que le pape doit régénérer l'Italie (mission civilisatrice de l'Église catholique) et présider une confédération des États italiens. Pour Cesare Balbo dans Speranze d'Italia (1843) ou Massimo d'Azeglio dans Degli ultimi casi di Romagna (1846), c'est au roi de Sardaigne d'unifier l'Italie.

Un facteur important : l'occupation française de la Révolution et de l'Empire[modifier | modifier le code]

L'Italie napoléonienne (1812)

Le contexte social et économique est notamment influencé par les opérations de l’armée française en Italie (campagne d'Italie (1796-1797)), qui a laissé une forte empreinte dans la culture et dans l'économie italienne.

À partir de 1796, l’armée française, ayant renversé les faibles États préexistants (Royaume de Piémont-Sardaigne, Lombardie autrichienne, Duchés de Lucques, de Modène, République de Venise, Grand-duché de Toscane), s'installe dans la plaine du Pô. Elle y crée des républiques sœurs sur le modèle français (république cispadane en octobre 1796, république ligurienne en octobre 1797, république cisalpine en juillet 1797). Après les revers français de 1799, la campagne de Napoléon Bonaparte en 1800 fait rentrer pour 15 ans l'Italie dans l'orbite française. En janvier 1802, une partie de ces territoires devient la République italienne, dont Napoléon Bonaparte est le président. Celle-ci est transformée en mars 1805 en royaume d'Italie avec pour roi le même Napoléon Ier, alors qu'une autre partie est annexée à l'Empire sous forme de départements. De ce fait la carte de l'Italie se trouve simplifiée. C'est un premier pas vers l'unité, même si celle-ci est loin d'être réalisée. Ces changements bouleversent la façon de vivre et apportent des idées nouvelles. Dans la république italienne, la vente des biens de l'Église catholique, l'introduction du Code civil, l'accord avec le pape (1803) qui - tout en conférant à l'Église catholique une situation privilégiée - la bride par des articles organiques, le marché des fournitures militaires, la mise en place d'une administration calquée sur celle de la France consulaire puis impériale, satisfont la bourgeoisie et une partie de l'aristocratie italiennes. Une bonne partie des Italiens vivent alors dans un cadre unifié. Dans le royaume de Naples, Joseph Bonaparte puis Joachim Murat en font de même.

Les activités économiques subissent les conséquences de la pénurie de main-d'œuvre ; en effet, les Français ont introduit la conscription dans le but d'alimenter la Grande Armée, ce qui éloigne pour des années les jeunes les plus valides pour les travaux aux champs ainsi que pour l'artisanat. Si on ajoute à cela les taxes nécessaires à la guerre, les servitudes militaires et les autres corvées à charge des caisses communales, il est facile de comprendre les conditions de vie misérables de la population dans l'Italie septentrionale. Pour citer un exemple, l'historien Balletti évoquant Reggio Emilia, capitale de la République cispadane, indique qu'à l’époque, sur une population globale de 50 000 personnes, 30 000 sont officiellement enregistrées comme « mendiants ». Les spoliations des communautés religieuses et la dissolution des ordres religieux sont un objectif permanent des gouvernements jacobins, qui à travers les décrets d’expropriation confisquent or, argent et œuvres d’art aux titres des contributions. Un autre indicateur des difficultés sociales et économiques est le commencement de l’émigration au nord, le Piémont et la Vénétie en tête (voir L. Carpi, R. Bacchelli), dont les principales destinations sont d'abord la France et la Suisse, puis les Amériques.

La papauté est dépouillée de ses territoires par les Français, qui créent la république romaine en février 1798. L'armée française, commandée par Manhès occupe également le sud, instaurant en 1799 la République napolitaine, qui ne dure que quelques mois en raison de la réaction populaire (les Sanfedisti) organisée au nom de la défense de la foi catholique, lesquels mettent fin à l'expérience jacobine. Par la suite, entre 1806 et 1815, le Royaume de Naples est à nouveau sous domination française avec Joseph Bonaparte puis Joachim Murat pour rois. Le contrôle de ces provinces éloignées ne sera jamais total et les poches de résistance jamais matées. Le climat méridional et la bonne santé du commerce permettent d'effacer rapidement les dommages dus à l'occupation française, ce qui préserve la population méridionale de l'émigration avant l'unification.

La présence des Français en Italie a jeté les bases d'une division sociale (plus grande laïcisation au nord) et économique (plus grande richesse au nord) qui favorise le nord.

Les restaurations monarchiques contestées[modifier | modifier le code]

Voir l'article chronologie de l'unification de l'Italie pour les années 1814 à 1847.
Les états italiens en 1843

En 1814-1815, la défaite française ramène en Italie les anciens souverains. L'Autriche domine une grande partie du nord de la péninsule. L'empereur d'Autriche est souverain du royaume lombard-vénitien, François IV de Habsbourg redevient duc de Modène et Ferdinand III de Habsbourg grand-duc de Toscane. Le duché de Parme est donné à l'archiduchesse Marie-Louise, deuxième épouse de Napoléon Ier. Des garnisons autrichiennes sont installées dans le nord des Légations dans les États pontificaux. Les Bourbons retrouvent le royaume des Deux-Siciles avec Ferdinand IV, et le duché de Lucques est confié à l'infante d'Espagne Marie-Louise de Bourbon. Le royaume de Piémont-Sardaigne s'agrandit du territoire de l’ancienne de la république de Gênes. La carte de l'Italie n'est que très légèrement simplifiée par rapport à celle de 1789. L'Italie reste bien, selon le mot de Metternich, « une simple expression géographique ». Cependant, sauf à Modène, au Piémont et dans les États pontificaux, on conserve une grande partie de la législation napoléonienne et même on garde une partie du personnel politique ayant les français.

Après le Congrès de Vienne, l’influence française dans la vie politique italienne se manifeste par la diffusion des idées et des journaux littéraires. Des salons bourgeois apparaissent qui, sous prétexte d'échanges littéraires, deviennent de véritables clubs de type anglo-saxon, servant de couverture à des sociétés secrètes. Les exilés italiens servent alors de contacts avec les puissances étrangères, citons Antonio Panizzi exilé à Londres. De ces sociétés subversives émerge celle des Carbonari. En 1814 cette société organise des mouvements révolutionnaires à Naples.

Le , Joachim Murat, roi de Naples, lance une proclamation à Rimini appelant les Italiens à l'insurrection pour se libérer du joug autrichien.

En 1820, à Naples, un soulèvement carbonariste a lieu sous la direction du général Pepe. Le roi Ferdinand Ier doit accorder une nouvelle constitution calquée sur la constitution française de 1791. Mais la noblesse sicilienne fait sécession et le soutien populaire est inexistant. Le roi fait appel aux Autrichiens, qui interviennent au nom de la Sainte Alliance (Conférence de Troppau, octobre-décembre 1820, et de Laybach, janvier-mai 1821). La constitution est abolie et le roi pourchasse les carbonari.

Contexte idéologique : la doctrine républicaine et le libéralisme[modifier | modifier le code]

Logiquement, et le même phénomène se produit dans le reste de l’Europe, ce contact français fait que les idées des Lumières se développent de plus en plus en Italie. Après la chute de Napoléon et la restauration des anciens souverains, les tentatives révolutionnaires vont se multiplier dans les différents états italiens. Par exemple, en 1831, éclate une révolution inspirée par celle qui vient de se dérouler en France et qui donne lieu à la proclamation des « provinces unies italiennes ». Elle échoue par la suite, mais elle permet à deux courants idéologiques de s’affirmer : le mazzinisme républicain et le modérantisme bourgeois aux accents libéraux.

Phénomène culturel : le romantisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Romantisme italien.

Mais, au-delà de l’influence révolutionnaire, ce qui donne réellement naissance au mouvement national italien, c'est l'influence du romantisme sur la société européenne du XIXe siècle et son appropriation par le peuple italien. « Ce fut la culture qui créa l’unité de la Patrie » disait Francesco de Sanctis. De ce point de vue-là, le Risorgimento consiste donc un « resurgissement » des racines culturelles de l’Italie, que ce soit à travers la littérature, la peinture ou la musique : on met en avant le passé glorieux du pays pour mieux démontrer la nécessité d’une unification qui redonnerait son poids à l’Italie. Mazzini insiste sur ce point : après l’Italie des Romains et celle des catholiques, il faut fonder une « terza Italia » républicaine.

Ainsi on constate que le mouvement national italien, tout en gardant ses spécificités, est imprégné des idées politiques, sociales et culturelles qui circulent alors en Europe. L’unification proprement dite se fait quant à elle à travers un jeu politique dominé par le comte Benso de Cavour et met en scène les puissances européennes que la question intéresse de près, à savoir l’Empire d’Autriche-Hongrie et la France.

Le « facteur autrichien »[modifier | modifier le code]

Dès le départ, le mouvement national italien inquiète l’Autriche-Hongrie, qui craint, à juste titre, de perdre son pouvoir en Italie. Jusqu’à présent, en effet, l’Empire gouverne la majorité des États italiens, soit directement en Lombardie et en Vénétie, soit par l’intermédiaire des archiducs autrichiens de Parme, Modène et Toscane ou encore au royaume de Naples, où l’Autriche est le soutien des Bourbons. La révolution de 1848 en Italie entraîne une série de bouleversements politiques : adoption de constitutions dans la plupart des états italiens, proclamation de républiques, etc. Mais la réaction de l’Autriche fait échouer l’unité italienne et rétablit militairement le statu quo qui lui est favorable. Pour Cavour, premier ministre du roi du Piémont Victor-Emmanuel à partir de 1852, il ressort de cet échec que l’Empire d’Autriche constitue le grand obstacle à l’unification et qu’il ne sera possible de l’abattre qu’avec une aide extérieure (l’Italie ne se fera donc pas d’elle-même, comme on avait pu l’entendre en 1848). D’autre part, le royaume de Piémont-Sardaigne étant le seul à n’être pas sous la coupe autrichienne (et le seul qui applique les principes libéraux), il est celui autour duquel doit se faire l’unité nationale.

Le poids de la France[modifier | modifier le code]

La France tient une place primordiale dans le processus d’unification de l’Italie, où elle intervient plusieurs fois militairement mais de manière contradictoire. La question lui tient à cœur pour diverses raisons : d'une part, la France veut favoriser le principe de souveraineté des peuples, d’autant plus qu’elle y voit un moyen d’affaiblir l’empire autrichien ; d’autre part, en aidant l’unification, elle peut espérer annexer la Savoie et Nice, alors dépendantes de la maison de Savoie qui règne sur le royaume de Sardaigne et qui aspire aussi à chasser les Autrichiens de l'Italie du Nord. Une autre motivation non négligeable est celle de la protection de la papauté : Louis-Napoléon, pour répondre à la majorité catholique du pays, ne peut ignorer le problème posé par les États pontificaux. C’est cette dernière raison qui explique l’envoi de troupes françaises en 1849 pour rétablir le pape, que les insurrections de 1848 ont chassé de Rome.

Cavour comprend, après l'échec de la première guerre d'indépendance italienne, que l’appui de la France est nécessaire à la réalisation de l’unification. Le 21 juillet 1858 a donc lieu à Plombières une entrevue secrète entre Napoléon III et le ministre piémontais. L’empereur fait alors comprendre à Cavour que la France est prête à aider le Piémont contre l’Autriche à condition de pouvoir justifier aux yeux de l’Europe le casus belli. Le traité de Turin, signé peu après, officialise l’alliance défensive. Cavour pousse alors l’Autriche à déclarer la guerre au Piémont en massant des soldats sur la frontière lombardo-piémontaise. La France et le Piémont remportent rapidement la guerre avec des batailles comme Magenta et la sanglante victoire de Solférino, en juin 1859. Mais Napoléon III décide subitement de signer l’armistice de Villafranca, ce qui entraîne la démission par dépit de Cavour bien que le Piémont y gagne la Lombardie.

Les premiers mouvements insurrectionnels[modifier | modifier le code]

La mauvaise nouvelle, Peter Fendi (1838)

En mars 1821, au Piémont, se soulève la garnison d'Alexandrie sous l'influence des carbonari, dont l'un des dirigeants est Santorre di Santarosa. Les insurgés profitent de l'absence des Autrichiens occupés à réduire la rébellion napolitaine et semblent bénéficier de la bienveillance de Charles-Albert, héritier de la couronne. Ce dernier, nommé régent en raison de l'absence de son cousin le nouveau roi Charles-Félix, accorde une constitution. Mais le roi, de retour, annule la constitution et fait appel à la Sainte Alliance. Le mouvement échoue au début d'avril.

Dans les États pontificaux, le pape Léon XII réprime les contestataires.

En 1831, une nouvelle vague révolutionnaire secoue l'Italie centrale. Les carbonari résidant à Paris et étant liés aux libéraux qui viennent de réussir la révolution de Juillet, pensent que le nouveau gouvernement français présidé par Jacques Laffitte découragera une intervention autrichienne en Italie. À Rome, en décembre 1830, les deux fils de Louis Bonaparte, Napoléon-Louis et Louis-Napoléon complotent: ils sont expulsés. En février 1831, le duc de Modène, François IV doit s'enfuir; il en est de même pour la duchesse Marie-Louise à Parme. Le 26 février, une assemblée des délégués des régions révoltées proclame les Provinces Unies d'Italie, mais le nouveau gouvernement français présidé par Casimir Perier (mars 1831) retire son soutien aux Italiens, laissant la voie libre à une intervention autrichienne. Les ducs sont rétablis sur leurs trônes. Des révolutionnaires, dont Menotti, sont exécutés. À Rome, le pape Grégoire XVI et le cardinal Bernetti rétablissent l'absolutisme et, en 1832, écrasent un soulèvement dans les Marches et les Légations. Jusqu'en 1838, des troupes françaises et autrichiennes y stationnent pour renverser tout mouvement.

Première Guerre d’indépendance[modifier | modifier le code]

Le roi Charles-Albert en observation devant le champ de bataille à Pastrengo (1848).
Gravure de Stanislas Grimaldi de Puget.

En 1848, à la suite des insurrections à Palerme, Messine et Milan et des mouvements révolutionnaires secouant l'Europe, la première guerre d’indépendance débute, déclarée à l’Autriche par Charles-Albert de Sardaigne, qui est à la tête d'une alliance entre le Royaume de Sardaigne et d'autres États italiens. Giuseppe Garibaldi et Giuseppe Mazzini rentrent en Italie pour participer à la révolte, mais l'accueil des Savoie est peu enthousiaste.
Après quelques victoires, dont celles de Goito et Peschiera del Garda, le Pape rappelle ses troupes, suivi d'autres États. Le Royaume des Deux-Siciles se retire également, mais le général Guglielmo Pepe refuse de retourner à Naples et rejoint Venise pour participer à sa défense face à la contre-offensive autrichienne.
Ferdinand II des Deux-Siciles, préoccupé par la tournure des événements en Sicile, a changé d'attitude et les troupes royales ne tiennent que la place-forte de Messine.
La Sicile, souhaitant recréer l'ancien Royaume, envoie une délégation à Turin pour offrir la couronne à un prince « sabaudo ». Charles-Albert adopte une position attentiste, ce qui déplaît profondément aux Bourbons.

Les Piémontais, restés seuls, sont battus par les Autrichiens à Custoza et ils sont obligés d'accepter un armistice les contraignant à abandonner la Lombardie et à accepter les frontières d'avant-guerre telles que définies en 1815 par le Congrès de Vienne. Après l’armistice, seule Brescia résiste encore aux troupes autrichiennes alors que toute la Lombardie retourne sous le contrôle autrichien.

La guerre reprend en 1849 et l'armée sarde est défaite lors de la bataille de Novare ce qui contraint Charles-Albert de Sardaigne à un nouvel armistice. Il abdique en faveur de son fils Victor-Emmanuel II de Savoie[3].

Parallèlement, le Grand Duc de Toscane Léopold II abandonne Florence, qui passe aux mains d'un gouvernement provisoire. La République romaine est proclamée à Rome et elle est gouvernée à partir du 9 mai par un triumvirat dont fait partie Giuseppe Mazzini et deux démocrates, Carlo Armellini et Aurelio Saffi[4]. La ville, défendue par Giuseppe Garibaldi, est attaquée par les troupes françaises qui l'encerclent. À la chute de la République romaine, de nombreux révolutionnaires sont contraints à l'exil. Garibaldi trouve refuge en 1850 à New York chez Antonio Meucci.

Même la ville de Venise, qui sous le commandement de Daniele Manin s'est rebellée contre l'Autriche en 1848 par la proclamation de son indépendance, doit finalement se rendre après une longue résistance, épuisée par le siège autrichien, la faim et une épidémie de choléra. Ainsi prend fin la première guerre d'indépendance.

Cavour, protagoniste de l'unité italienne[modifier | modifier le code]

Camille Benso
comte de Cavour

Camillo Benso, comte de Cavour (18101861), membre du parti libéral, est élu président du conseil piémontais en novembre 1852. Il entreprend alors une série de réformes qui vont jeter les bases du futur État italien. Membre, avec bon nombre d'autres parlementaires, de la loge maçonnique turinoise Ausonia, il fait passer plusieurs lois anticléricales visant toujours à détacher le peuple, catholique, de sa religion afin de fonder un État laïc. Après des mois de rudes débats parlementaires, il dissout à nouveau les communautés religieuses contre l'opinion de la quasi-totalité de la population piémontaise et confisque les biens de l'Église.

En effet, l'état économique et commercial du royaume de Sardaigne devient toujours plus difficile. Alors que, de la chute de Napoléon Ier à la première guerre d'indépendance, l'État piémontais n'accumule « que » 135 millions de lires de dettes, cet endettement atteint plus d'un milliard de lires en douze ans de gouvernement libéral[5]. Engagé dans une spirale de prêts pour rembourser des prêts, Cavour n'envisage plus qu'une solution à la banqueroute qui s'annonce menaçante dans l'année 1859 : la guerre.

Soutenu par Napoléon III et l'Angleterre à cause de sa politique anticléricale et libérale, Cavour organise avec l'Empereur français une série de provocations contre l'Empire autrichien qui amèneront François-Joseph, empereur d'Autriche, à poser un ultimatum au royaume de Sardaigne. Le pari est gagné, car la France peut entrer en guerre aux côtés de son allié menacé.

Deuxième Guerre d’indépendance[modifier | modifier le code]

C'est en 1859 qu'éclatent les hostilités entre le royaume de Sardaigne et l’Empire des Habsbourg. La guerre fut courte. Napoléon III, en tant qu’allié des Sardes, commande en personne les armées françaises envoyées au-delà des Alpes.

Giuseppe Mazzini et Giuseppe Garibaldi rentrent alors en Italie. Garibaldi est chargé d'organiser un corps de volontaires, les chasseurs alpins, pour attaquer les Autrichiens dans les Préalpes. Ces volontaires battent les Autrichiens à Varèse () et à San Fermo (le lendemain), pendant que les Français et les Piémontais emportent la terrible de Bataille de Magenta (), pour entrer dans Milan le 7 juin. Le 24 juin, les Franco-Piémontais gagnent une nouvelle grande bataille, celle de Solférino. Ces deux victoires laissent à Napoléon III, vainqueur, le choix de proposer aux Autrichiens un armistice.

La victoire des Piémontais et des Français en Lombardie donne un nouvel élan à l'unité nationale. Le grand-duc de Toscane s'enfuit en Autriche, le duc de Parme se réfugie en Suisse et le duc de Modène trouve refuge dans le camp autrichien. À Bologne, un gouvernement provisoire hostile à l'État pontifical se constitue et proclame sa réunion au royaume de Sardaigne, d'autres territoires sous le contrôle de l'Église faisant de même.

À la suite de la guerre et des manœuvres politico-diplomatiques qui en ont résulté, des plébiscites entraînent la réunion au royaume de Sardaigne de la Toscane, de la Romagne, de Parme, de Modène et d'une partie de la Lombardie. Cependant, pour pouvoir encore compter sur l'appui de la France, le royaume de Sardaigne est contraint de céder la Savoie et Nice aux Français.

Dans le royaume des Deux-Siciles, le jeune François II, qui a succédé à Ferdinand II, son père mort prématurément, est une proie facile pour les conseillers intéressés à la cause de l'unification. Il ne se rend pas compte de la gravité de la situation et croit toujours en la politique de modération, laissant même les carbonari infiltrer l'armée. Une telle générosité aura pour effet d'encourager ses ennemis et de décourager ses fidèles. Au début d'avril 1860, les révoltes de Messine et de Palerme, bien que matées, convainquent de la nécessité d'une intervention au Sud, déjà tentée lors de précédents débarquements (Frères Bandiera, Carlo Pisacane).

Le commencement de l'expédition à Quarto.
Article détaillé : Expédition des Mille.

Le 6 mai 1860, mille patriotes, venus de toutes les régions d'Italie et commandés par Giuseppe Garibaldi, s'embarquent à Gênes et débarquent à Marsala en Sicile pour prendre possession du royaume des Deux-Siciles.

S'ensuit une succession de batailles (Calatafimi, Milazzo...) remportées par les garibaldiens qui débarquent en Calabre.

Alors que Garibaldi vient de la Calabre, la Basilicate se leve en août et est la première province à se déclarer partie de l'Italie dans la zone continentale du Royaume des Deux-Siciles[6], avec l'introduction d'un gouvernement provisoire qui permet le passage de Garibaldi sans problèmes.

Le roi François II abandonne sa capitale, Naples, dans laquelle Garibaldi fait son entrée le 7 septembre.

L'épopée des mille se termine par la rencontre entre Garibaldi et Victor-Emmanuel II, qui dissout les troupes garibaldiennes le 26 octobre.

La bande du brigand Totaro, lieutenant de Carmine Crocco

La résistance de François II à Capoue et sur le Volturno est vaine et le roi regroupe ses troupes dans la forteresse de Gaète. Aucune puissance européenne ne lui vient en aide et seule la France protège la forteresse de la mer. Les Français, convaincus par Cavour, éloignent leurs navires. Cialdini peut mettre fin au siège. Seules, Rome et Venise n'appartiennent pas encore à l'Italie.

Le 18 février 1861, Victor-Emmanuel II réunit à Turin les députés. Le 17 mars, il prend le titre de « roi d’Italie ». L’Italie adopte une constitution libérale, fondée sur celle adoptée par le royaume de Sardaigne en 1848.

L'annexion du Royaume des Deux-Siciles provoque une révolte dans les régions du sud. Cette révolte, qui est connue sous le nom de brigandage, constitue un mouvement insurrectionnel politique et social de l'Italie méridionale et elle est soutenue par les Bourbons en exil de même que par l'Église catholique. Dans certaines provinces comme Basilicate et Capitanata l'insurrection atteint des proportions énormes, où les bandes les plus dangereuses émergent, dirigées par des chefs craints et respectés comme Carmine Crocco et Michele Caruso[7].

Le prix payé est élevé et, au cours des années 1861-1866, la moitié de l'armée royale intervient dans le Sud du pays, où elle est autorisée à fusiller sans procès et à pratiquer des représailles à l'encontre des civils. On estime à 20 000 le nombre de morts[8]. Les répercussions économiques de l'unité italienne sont nombreuses, l'arsenal de Castellammare di Stabia en Campanie est transféré à Gênes, alors que l'usine sidérurgique de Calabre est démontée pour créer l'Ansaldo, une taxe est imposée sur le pain et le service militaire de quatre ans devient obligatoire[5].

Troisième guerre d'Indépendance (1866)[modifier | modifier le code]

Articles détaillés Troisième guerre d'Indépendance et Chronologie de l'unification de l'Italie pour les années 1865 et 1866.

Lors de la guerre austro-prussienne de 1866, l'Autriche et la Prusse se contestent la suprématie sur les États allemands. Le royaume d'Italie y voit l'occasion de s'emparer de la Vénétie sous contrôle autrichien et s'allie à la Prusse. L'Autriche tente de convaincre le gouvernement italien d'accepter la Vénétie en échange d'une non-intervention. Le 8 avril, l'Italie et la Prusse signent un accord concédant la souveraineté de la Vénétie à l'Italie et cette dernière déclare la guerre à l'Autriche le 20 juin. Dans le cadre de l'unification italienne, la guerre austro-prussienne est connue sous le nom de Troisième guerre d'Indépendance.

Victor-Emmanuel se met à la tête d'une armée et traverse le Mincio pour envahir la Vénétie alors que Garibaldi doit envahir le Tyrol avec ses chasseurs alpins. Le scénario tourne à la catastrophe lorsque l'armée italienne se heurte aux Autrichiens à Custoza le 24 juin et subit une défaite. Le 20 juillet, la Regia Marina perd la bataille de Lissa. L'Italie n'est cependant pas anéantie puisque, dès le lendemain, les troupes volontaires de Garibaldi défont les Autrichiens lors de la bataille de Bezzecca, et se dirigent sur Trente.

Pendant ce temps, le chancelier prussien, Bismarck, considère que sa guerre est terminée et signe un armistice avec l'Autriche le 26 juillet. L'Italie, lâchée par son alliée, dépose officiellement les armes le 21 août. Garibaldi reçoit l'ordre d'arrêter son avancée et il répond par un télégramme d'un seul mot : « Obbedisco » (« J'obéis »).

En dépit du peu de succès remporté par l'Italie, la victoire de la Prusse sur le front nord à Sadowa contraint l'Autriche à céder la Vénétie. Lors du traité de paix signé à Vienne le 12 octobre, l'empereur François-Joseph tente une manœuvre en la cédant à la France. Le but est de la garder hors des mains italiennes tout en courtisant la France et de briser ainsi les relations entre Victor-Emmanuel et Napoléon III. C'est un échec, car ce dernier cède la Vénétie à l'Italie le 9 octobre en accord avec le traité franco-italien concernant l'annexion de la Savoie à la France.

Les forces autrichiennes tentent de s'opposer aux Italiens, mais sans succès. Victor-Emmanuel entre triomphalement à Venise.

Rome[modifier | modifier le code]

Le plébiscite de Rome (1870)

Les territoires encore sous contrôle pontifical restent sous la protection des troupes françaises. Ces dernières ne sont attaquées qu'en 1870, après la défaite et la capture de Napoléon III à Sedan lors de la guerre franco-prussienne. Après la bataille de la Porte Pia le , le plébiscite du 2 octobre suivant confirme l’annexion de Rome au royaume d’Italie. Après Turin (en 1861), puis Florence (en 1865), la capitale de l’Italie est installée à Rome en juin 1871. Le pape Pie IX excommunie Victor-Emmanuel II, jetant ainsi les prémisses du « non expedit » qui servira alors de règle à la vie politique des catholiques pendant près d'un demi-siècle. Réfugié au Vatican, où il se considère comme prisonnier, le souverain pontife déclenche la controverse politique relative au rôle dévolu à la « Ville éternelle », à la fois capitale politique et temporelle : c’est le début de la Question romaine, laquelle sera définitivement réglée en 1929 par les Accords du Latran.

Annexes[modifier | modifier le code]

Cartes de l'unification italienne[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (it) Alberto Mario Banti, il Risorgimento italiano, Bari, Laterza,‎ 2011, 6e éd., 235 p. (ISBN 978-88-420-8574-4) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Pécout, Gilles, Naissance de l'Italie contemporaine (1770-1922), (1997), Paris, Armand Colin, 2004, 407 p.
  • Paul Guichonnet, L'unité italienne, PUF Que sais-je,‎ 1996
  • Michel Mourre, Dictionnaire encyclopédique d'histoire, Paris, Bordas,‎ 1978
  • A. Guillaume, J-C. Lescure et S. Michonneau, L’Europe des nationalismes aux nations, Paris, Sedes,‎ 1996
  • René Girault, Peuples et nations d’Europe au XIXème siècle, Paris, Hachette Livre,‎ 1996
  • (it) Arnaldo Mauri, L'oltre Adriatico, un obiettivo mancato nel processo di unificazione nazionale. Cause e conseguenze politiche ed economiche, WP. n. 9/2011, Dipartimento di Economia, Management e Metodi quantitativi, Università degli Studi di Milano, 2010. [1]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Claude Margueron et Gianfranco Folena, Larousse dictionnaire italien-français, Larousse,‎ 1998 (ISBN 2-03-401131-7), p. 335
  2. Garzanti dizionario italien-français, Garzanti,‎ 1984 (ISBN 2-04-008750-8), p. 1785
  3. Catherine Brice: Histoire de l'Italie, Hatier p340
  4. Max Gallo, Garibaldi, la force d'un destin, page 164
  5. a et b L'altro Risorgimento de Angela Pellicciari
  6. Tommaso Pedio, La Basilicata nel Risorgimento politico italiano (1700-1870), Potenza, 1962, p. 109
  7. Giuseppe Massari, Stefano Castagnola, Il brigantaggio nelle province napoletane, Fratelli Ferrario, 1863, p.17, 20
  8. Franco Molfese, Storia del brigantaggio dopo l’Unità, Feltrinelli, Milan, 1964.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]