Philippe IV de France

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Philippe IV
Le gisant de Philippe Le Bel à la basilique de Saint-Denis.
Le gisant de Philippe Le Bel à la basilique de Saint-Denis.
Titre
Roi de France

(&&&&&&&&&&01064629 ans, 1 mois et 24 jours)
Couronnement ,
en la cathédrale de Reims
Prédécesseur Philippe III
Successeur Louis X
Roi de Navarre de jure uxoris

(&&&&&&&&&&&0712019 ans, 5 mois et 29 jours)
En tandem avec Jeanne Ire (1285-1305)
Prédécesseur Jeanne Ire
Successeur Louis X
Biographie
Dynastie Capétiens
Date de naissance 1268
Date de décès (à 46 ans)
Père Philippe III de France
Mère Isabelle d'Aragon
Conjoint Jeanne Ire de Navarre
Enfant(s) Louis X Red crown.png
Marguerite de France
Philippe V Red crown.png
Isabelle de France
Blanche de France
Charles IV Red crown.png
Robert de France
Héritier Louis X Red crown.png
Résidence Paris

Philippe IV de France
Rois de France

Philippe IV de France, dit « Philippe le Bel »[1] ou le roi de fer (né à Fontainebleau en avril/juin 1268 – mort à Fontainebleau le ), fils de Philippe III de France (1245-1285) et de sa première épouse Isabelle d'Aragon, fut roi de France de 1285 à 1314, onzième roi de la dynastie des Capétiens directs.

Devenu roi à l'âge de dix-sept ans, à la mort de son père en , Philippe le Bel est considéré comme un monarque important de l'histoire de France par les historiens.

Sous son règne, le royaume de France atteignit l'apogée de sa puissance médiévale. Il était, avec plus de treize millions d'habitants, l'État le plus peuplé de la Chrétienté ; il connaît une grande prospérité économique ; le pouvoir royal accomplit de nombreux progrès, si bien qu'on voit dans Philippe IV, entouré de ses « légistes », le premier souverain « moderne » d'un État puissant et centralisé.

Et pourtant, d'autres constatations contredisent cette vision de Philippe le Bel. De nombreuses mutations monétaires (dévaluations ou même, plus rarement, réévaluations) manifestent un profond malaise économique ; à la fin du règne, le déclin des foires champenoises concurrencées par le commerce maritime direct de l'Europe du Nord avec l'Italie, et, peu de temps après la mort du roi, la grande famine de 1315-1317, contribuent à entretenir cette impression d’instabilité économique.

Plusieurs procès et scandales, privés ou politiques, entourent la figure de Philippe IV d'une aura douteuse. Sont souvent cités le procès de l’évêque de Troyes, Guichard, accusé d'avoir tué la reine par sorcellerie, le procès de l'évêque de Pamiers, Bernard Saisset, qui ne fit qu'aggraver les démêlés du roi avec le Saint-Siège, ou encore l'emprisonnement des brus du roi et l'exécution de leurs amants, mais surtout le célèbre procès des Templiers.

Enfin, Philippe IV reste un roi énigmatique, et les opinions à son sujet sont partagées. A-t-il été lui-même l'instigateur de la politique royale française de l'époque ou un roi indécis dirigé par ses conseillers et ministres ? Les chroniqueurs contemporains, pour la plupart hostiles aux aspects économiques et centralisateurs de la politique royale de Philippe le Bel, penchèrent pour la seconde hypothèse et firent du « roi de fer » un souverain mal conseillé. Selon d'autres avis, Philippe IV était un roi connaissant mal son royaume et incapable d'en maîtriser l'étendue.

Hormis ces incertitudes, Philippe le Bel est souvent entrevu comme un roi qui n'est plus celui du Moyen Âge « classique ». Bien qu'il ait été reconnu comme un souverain pieux et que son gouvernement ait continué l'évolution vers la centralisation de l'État amorcée un siècle plus tôt, bien qu'il ait eu une vénération spéciale pour son grand-père Louis IX dont il obtint la canonisation en 1297, Philippe IV apparaît comme un roi rompant avec le passé. Ses contemporains déplorèrent les détériorations survenues depuis « le temps de monseigneur Saint-Louis », considéré comme le bon temps ; on pressentit ainsi qu'avec ce roi d'un nouveau type, c'était une autre époque qui s'annonçait. Il ne faut pas cependant exagérer la « modernité » de Philippe le Bel.

Biographie[modifier | modifier le code]

Philippe IV le Bel est le second fils de Philippe III le Hardi, après Louis (1264-1276). Il a deux frères utérins cadets, Robert (1269 - av. 1276) et Charles de Valois, comte de Valois. Par le remariage de son père, il a, en outre, trois autres frère et sœurs : Louis, comte d'Évreux, Marguerite de France qui épouse en 1299 Édouard Ier roi d'Angleterre et Blanche (1278-1306), qui épouse en 1300 Rodolphe III, duc d'Autriche.

Son père confie une partie de l'éducation du jeune Philippe à Guillaume d'Ercuis, son aumônier. À la différence de son père, Philippe le Bel reçoit par le soin de son précepteur une bonne éducation[2]. Il comprend le latin et aime étudier.

Le 6 janvier 1286, à la cathédrale de Reims, Philippe IV le Bel est sacré et couronné par l'archevêque Pierre Barbet.

Personnalité[modifier | modifier le code]

Surnommé par ses ennemis tout comme par ses admirateurs le « roi de marbre » ou « roi de fer », il se démarque par sa personnalité rigide et sévère. L'un de ses plus farouches opposants, l'évêque de Pamiers Bernard Saisset, dit d'ailleurs de lui : « Ce n'est ni un homme ni une bête. C'est une statue. » Philippe le Bel fut un roi qui souleva au cours de son règne beaucoup de polémiques, le pape Boniface VIII le traitant par exemple de « faux-monnayeur ».

Politique financière[modifier | modifier le code]

Désordre et instabilité monétaire[modifier | modifier le code]

Sous le règne de Philippe IV, les traditions féodales sont abandonnées pour mettre en place une administration moderne. Mais la centralisation monarchique mécontente les grands seigneurs et les nouveaux impôts dressent les bourgeois contre le pouvoir royal.

Grâce à l'aide de juristes, notamment son fidèle collaborateur Guillaume de Nogaret, Philippe IV transforme véritablement un État encore féodal en une monarchie moderne où la volonté du roi s'impose à tous (et où par exemple la justice royale prévaut), et un impôt national est prélevé sur tout le royaume de France.

Son règne est particulièrement agité sur le plan monétaire. Le roi et ses conseillers multiplient les émissions de nouvelles monnaies. Aux dévaluations succèdent les réévaluations, qui donnent un sentiment d'incohérence de la politique royale. Ces mutations monétaires aboutissent finalement à un mécontentement général dans le royaume. Entre 1306 et sa mort, le roi fait face à des émeutes populaires mais aussi à des ligues nobiliaires qui exigent, entre autres, le retour à la bonne monnaie.

Dans la pratique, le roi ne contrôle pas tous les paramètres de la politique monétaire. Les assemblées de prélats et de barons, convoquées périodiquement au début du XIVe siècle pour donner leur avis sur la question monétaire, réclament toutes le retour à la bonne monnaie de Saint Louis, quelque peu idéalisée. Il est vrai que la politique monétaire de Philippe le Bel est tout sauf stable. Le système monétaire a été bouleversé de fond en comble. Cette situation, qui n'avait pas de précédent historique, contraste fortement avec les pratiques monétaires de ses prédécesseurs, Saint Louis et Philippe le Hardi, dont les monnayages sont alors considérés comme des modèles de stabilité. Pour l'opinion publique, le résultat des mutations est facile à comprendre : bien que le roi agisse selon son bon droit, toute transformation de la monnaie est assimilée à un abus déloyal, voire à une falsification pure et simple.

Denier à la masse Philippe le Bel.

Par ailleurs, le règne de Philippe le Bel se traduit par une période de changements majeurs. L'innovation la plus remarquable de cette période est sans doute l'apparition durable d'émissions de monnaies d'or. Le retour à un vrai bimétallisme s'est accompagné de sévères crises monétaires, attisées par la spéculation internationale, la concurrence des monnaies seigneuriales et les incohérences du système monétaire. La carence en métaux précieux provoque une forte dévaluation de la monnaie de compte, qui se traduit dans la pratique par de nombreuses émissions de nouvelles monnaies. L'inflation, provoquée par ces mutations, mécontente la noblesse, les bourgeois des bonnes villes et l'Église qui voient leurs revenus diminués considérablement. Des réévaluations des pièces d'argent et de billon sont tentées mais leur résultat est plus que mitigé : des émeutes populaires éclatent, et surtout, l'argent finit par ne plus être monnayé, car son prix d'achat est fixé trop bas. Le roi, après avoir tout tenté pour stabiliser sa monnaie, finit par se trouver dans une position politique difficile. À la fin de son règne, il doit affronter la fronde d'une partie de ses sujets.

Assainissement des finances du royaume[modifier | modifier le code]

Pour assainir les finances et acheter le Quercy aux Anglais contre une rente de 3 000 livres, il s'attaque à ceux qui ont de l'argent, y compris aux religieux de l'Église catholique, aux Lombards, aux Juifs (« Don de joyeux avènement » en 1285[3]) et aux Templiers.

Il tenta de pallier ses difficultés financières en essayant d'établir des impôts réguliers, en taxant lourdement les Juifs et les Lombards, parfois en confisquant leurs biens et en pratiquant les dévaluations monétaires. Il conserva les richesses monétaires de l'ordre des Templiers après l'avoir dissous. Il centralisa le pouvoir royal, atteignant un niveau sans limites. La dure crise économique que subit le royaume de France sous son règne provoqua de vastes mouvements de révoltes de la part du peuple mais aussi des nobles et de l'aristocratie. Pour contrer ces graves difficultés économiques, il recourut à des altérations de la valeur du cours de la monnaie.

Pour obtenir le passage de l'armée française afin d'évacuer la Guyenne, Philippe donne sa sœur, Marguerite de France, en mariage au roi Édouard Ier d'Angleterre, et promet sa propre fille, Isabelle de France, au fils issu de la précédente union (le futur roi Édouard II d'Angleterre).

Vers un État centralisateur et administrateur[modifier | modifier le code]

Sceau de Philippe IV le Bel
(Paris, Archives nationales de France)

Philippe IV s’entoure de légistes, des conseillers compétents qui jouent un rôle décisif dans sa politique. Les légistes appartiennent pour la plupart, au début, à la petite noblesse puis, à la bourgeoisie ou à la noblesse de robe. Les légistes sont apparus sous Philippe Auguste et sont formés au droit romain pour faire évoluer une monarchie féodale, où les pouvoirs du roi sont limités par ses vassaux, vers une monarchie absolue. Il termine cette centralisation commencée par son grand-père, Louis IX, mais ce système sera remis en cause par les Valois directs. Outre les légistes, le roi est entouré de ses héritiers et de sa famille.

L’administration du royaume, limitée à la cour du roi chez ses prédécesseurs, va se diviser en trois sections sous le règne de Philippe le Bel :

  • Le Grand Conseil qui examine les dossiers politiques ;
  • Le Parlement qui se charge de la justice ;
  • La Chambre des comptes, spécialisée dans les affaires financières, elle établit des taxes pour les exportations, soumet les terres de l'Église à une redevance (les décimes), introduit une taxe pour toute vente, et réalise des manipulations monétaires en changeant le poids ou le taux des métaux précieux des pièces sans en changer la valeur, ce qui fait donner à Philippe IV le surnom de « faux-monnayeur » par ses détracteurs.

Ces transformations rendirent Philippe Le Bel très impopulaire dans tous les niveaux de la société.

Philippe IV a aussi créé l’embryon des états généraux, en ordonnant la tenue d’assemblées formées de représentants des trois ordres : le clergé, la noblesse et la bourgeoisie (à cette époque on ne parle pas de tiers état). Ces assemblées étaient très peu réunies, seulement lors de crises et n’avaient pas beaucoup de pouvoir, leur rôle n’étant que d’approuver les propositions du roi et de ses conseillers.

Sous le règne de Philippe IV, la France abandonna ses traditions féodales pour devenir un État avec une administration moderne. Mais la centralisation monarchique mécontenta les grands seigneurs, les nouveaux impôts dressèrent les bourgeois contre le pouvoir, et les paysans, accablés de taxes diverses, se révoltèrent.

La tentative de conquête de la Flandre[modifier | modifier le code]

La bataille de Courtrai, en 1302, est une lourde défaite de l'armée de Philippe le Bel en Flandre, mais qui est lavée par la victoire de Mons-en-Pévèle en 1304.

Lorsque le comte de Flandre, Gui de Dampierre, allié au roi Édouard Ier d'Angleterre, rompit son hommage de vassal au roi de France en 1297, Philippe IV mobilisa 60 000 hommes pour envahir son comté. Cette affaire pousse aussi le roi à développer le premier arsenal de marine aux Clos des Galées et à se doter d'une flotte de guerre pour combattre le roi d'Angleterre puis les Flamands révoltés. Philippe IV subit d’abord deux échecs avant d'être victorieux des Flamands :

  • Les Matines de Bruges : à l’aube du 18 mai 1302 à Bruges, des insurgés flamands armés attaquèrent une des garnisons françaises de la ville. Selon la tradition, pour distinguer les Français, ils auraient abordé les occupants des chambres en leur demandant de répéter après eux le shibboleth : « schild en vriend », difficile à prononcer pour un francophone car le « ch » transcrit un son guttural inconnu en français, le « r » est roulé et « ie » se prononce « i » et qui signifie « bouclier et ami ». Une autre version dit qu'il s'agirait plutôt de la phrase « des gildens vriend », « ami des guildes ». Plus de mille soldats français de la garnison sont démasqués et assassinés au pied du lit. On appelle cette journée « Matines de Bruges », par analogie aux « Vêpres siciliennes » qui chassèrent les Français de Sicile vingt ans plus tôt.
  • La bataille des éperons d’or : le 11 juillet 1302, les chevaliers français menés par Robert II d'Artois furent écrasés ce jour là près de Courtrai par des milices communales flamandes de la même façon que la bataille de Mansourah et comme celles futures de Crécy et d’Azincourt.
  • Bataille de Mons-en-Pévèle : le 18 août 1304, le roi parvient à remporter une belle victoire, quelques jours après la victoire des ses navires à Zierikzee. Une escouade de Français avait réussi à crever les tonneaux de bière placés sur un petit tertre par les Flamands pour se désaltérer: ceux-ci n'ont plus à boire. Cette après-midi là, le roi échappa à la mort : 600 Flamands, en désespoir de cause, firent un ultime raid vers le camp royal. Par chance, Philippe s'était dévêtu de son armure royale. Les Flamands ne le reconnurent pas et il réussit à sauter sur un cheval et se dégager à grands coups de hache d'armes. « Le roi se combat ! le roi se combat ! » criait-on dans le camp des Français. De nombreux seigneurs perdirent la vie, dont le vicomte de Turenne et Mathieu IV de Montmorency[réf. nécessaire].

Conflit de pouvoir avec le pape[modifier | modifier le code]

Philippe IV le Bel d'après le Recueil des rois de France de Jean du Tillet, XVIe siècle. (Bibliothèque Nationale de France)

Le règne de Philippe le Bel est marqué par ses différends avec le pape Boniface VIII, dont le point central est le droit que s'attribue Philippe le Bel d'imposer -taxer- les biens de l'Église situés dans son Royaume, la France. Ce que va contester le Pape, soucieux de conserver la force du principe de pré-éminence du pape sur les rois, du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel. La décrétale Clericis laicos du 24 février 1296 est le point de départ. Boniface VIII, qui a alors d'autres préoccupations (conflits avec les Aragonais de Sicile et les Colonna), se trouve dans l'embarras et, en dépit de son caractère hautain, cède bientôt. Les bulles Romana mater (février 1297) et Etsi de statu (juillet 1297) donnent au roi gain de cause. Ce dernier document contient une renonciation formelle aux prétentions émises pour la défense des biens ecclésiastiques contre l'arbitraire des rois dans la décrétale Clericis laicos.

Cependant, en 1302, par la bulle Unam Sanctam, Boniface VIII déclare la supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, et par ce biais la supériorité du pape sur les rois, ces derniers étant responsables devant le chef de l'Église. Philippe le Bel réunit un concile des évêques de France pour condamner le pape, ainsi que des assemblées de nobles et de bourgeois à Paris (précurseurs des états généraux, qui apparaissent pour la première fois sous son règne). Le roi cherche l'appui de tous ses sujets afin de légitimer la lutte qu'il mène contre le pape. Ce dernier menace de l'excommunier et de jeter l'interdit sur le royaume de France.

Fort du soutien de la population et des ecclésiastiques, le roi envoie alors son conseiller (et futur garde des Sceaux), le chevalier Guillaume de Nogaret, avec une petite escorte armée vers l'Italie, dans le but d'arrêter le pape et de le faire juger par un concile. Nogaret est bientôt rejoint par un ennemi personnel de Boniface VIII, Sciarra Colonna, membre de la noblesse romaine, qui lui indique que le pape s'est réfugié à Anagni, résidence d'été du pape, proche de Rome, et fief des Caetani, la famille du pape.

Le , Nogaret et Colonna arrivent à Anagni et trouvent le pape seul dans la grande salle du palais épiscopal de Caetani abandonné par ses partisans. Le vieil homme de 68 ans est assis sur un haut siège, en habit de cérémonie, et ne réagit pas à l'irruption de la troupe armée. En voyant Guillaume de Nogaret et Sciarra Colonna approcher, il incline légèrement la tête et déclare : « Voilà ma tête, voilà mon cou, au moins je mourrai en pape[4]! »

Guillaume de Nogaret recule, impressionné, tandis que Sciarra Colonna, dans sa haine de Boniface VIII, se serait avancé insolemment et lui aurait, dit-on, donné une gifle avec son gantelet de fer.

Peu de temps après le 9 septembre, la population de la ville d'Anagni se révolte et dégage le pape des mains des Français mais ce dernier tombe malade et meurt un mois plus tard à Rome le .

Cet énorme scandale éclabousse Philippe le Bel, bien qu'il n'en soit pas directement responsable, mais ceux qui ne le savaient pas encore comprennent qu'il vaut mieux ne pas s'opposer au roi de France. D'après Jean-François Chantaraud dans L'état social de la France, cette partie d'échec remportée par Philippe IV contre le Pape constitue la clé de voute de la fusion française des pouvoirs temporel et spirituel : dès lors, le chef de l'exécutif détient le monopole de la légitimité à dire le juste et l’État va devenir le producteur des justifications sur lesquelles il fait reposer ses propres décisions.

Anéantissement de l'ordre du Temple[modifier | modifier le code]

Mise à mort des Templiers
Article détaillé : Procès de l'ordre du Temple.

Après le très court pontificat de Benoît XI, Clément V, d'origine française, installé par Philippe le Bel à Avignon dans le Sud de la France, sera d'une aide précieuse pour anéantir l'ordre du Temple. Le vendredi , les Templiers sont mis en prison puis torturés pour leur faire admettre l'hérésie dans leur ordre. Le maître de l'ordre, Jacques de Molay, périt sur le bûcher à Paris en 1314 après avoir été déclaré relaps. Selon Geoffroi de Paris, témoin oculaire[5] de l'événement et chroniqueur de l'époque, ses dernières paroles auraient été[5] :

« Je vois ici mon jugement où mourir me convient librement ; Dieu sait qui a tort, qui a péché. Il va bientôt arriver malheur à ceux qui nous ont condamnés à tort : Dieu vengera notre mort. »

Une succession de malheurs touchait alors la famille royale capétienne, dont la plus célèbre reste l'affaire des deux brus adultères du roi (affaire de la tour de Nesle). Marguerite de Bourgogne, capétienne, fille du duc Robert II de Bourgogne (1248-1306) et d'Agnès de France (1260-1325), Jeanne de Bourgogne et Blanche de Bourgogne, toutes deux filles du comte Othon IV de Bourgogne et de la comtesse Mahaut d'Artois, épousent respectivement les rois Louis X de France, Philippe V de France et Charles IV de France, les trois fils de Philippe le Bel.

Expulsion définitive des juifs[modifier | modifier le code]

Moins célèbre que la suppression de la puissance financière qu'était devenu l'ordre du Temple, Philippe le Bel prit une mesure d'expulsion définitive des Juifs résidents sur les terres du royaume parce qu'ils pratiquaient l'usure. En 1289, il expulse les juifs du Poitou. En 1306, il promulgue un édit d'expulsion confisquant les biens et expulsant environ 100 000 juifs[6]. Ensuite, il fit vendre les synagogues et les biens de leurs communautés qui les conservèrent ou les revendirent. À titre d'exemple, voici trois textes :

  • La synagogue-de-Dun-le-Roi : commune de Dun-sur-Auron. Vidimus et confirmation de l’adjudication après enchères du 8 février 1308 [acte en français] par Hugues Gouhaut, bailli de Bourges, à Jean de Patinges, de la Synagogue de Dun le Roy, sise dans le pourpris du chasteau, pour le prix de 11 livres tournois, qui seront rendues par led. Hugues dans les comptes des biens des juifs, février 1310 (Archives Nationales-JJ 41, fol. 103, no 192 = 42B, fol. 91, no 191) ;
  • La synagogue-de-Janville : commune de Janville. Adjudication à Jean Le Grand, de la Synagogue de Yenville, avec deux places en dépendant, la 2de appelé la Miquerie, janvier 1313 (Archives Nationales-JJ 48, fol. 95 v°, no 167) ;
  • La Petite-Synagogue-d’Orléans : commune d’Orléans. La Petite Synagogue des juifs, sise à Orléans, 4 avril 1307 (Archives Nationales-JJ 44, fol. 23-24, no 37, vidimus de décembre 1317).

Accroissement du domaine royal et de l'influence Française en Europe[modifier | modifier le code]

Pendant le règne de Philippe le Bel le domaine royal s’est agrandi grâce à la politique d’assujettissement des grands féodaux et aussi :

Scandale occasionné par les belles-filles du roi[modifier | modifier le code]

En avril 1314, année même de la mort de Philippe le Bel, un grand scandale éclate : Marguerite de Bourgogne, épouse de Louis X de France, déjà roi de Navarre (par sa mère, Jeanne Ire de Navarre), et Blanche de Bourgogne, femme de Charles (futur Charles IV le Bel), sont dénoncées par Isabelle de France (fille de Philippe le Bel et reine d'Angleterre) dans l'affaire de la tour de Nesle. Elles auraient trompé leurs maris avec les frères Philippe et Gauthier d'Aunay, tous deux chevaliers de l'hôtel royal. Une enquête est menée et les deux frères avouent, sous la torture, entretenir des relations adultérines avec deux des belles-filles du roi. Les deux amants sont jugés et condamnés pour crime de lèse-majesté ; ils sont exécutés sur-le-champ en place publique à Pontoise : dépecés vivants, leur sexe tranché et jeté aux chiens, ils sont finalement décapités, leurs corps traînés puis pendus par les aisselles au gibet. Une telle cruauté s'explique par l'affront fait à la famille royale, mais aussi par l'atteinte aux institutions du royaume : cet acte met en péril la dynastie capétienne et le royaume de France. « Quelles auraient été la légitimité et l'autorité d'un futur souverain dont on aurait pu mettre en doute la royale paternité ? »

Les implications politiques sont si graves que le châtiment se doit d'être exemplaire. Marguerite de Bourgogne est condamnée à être tondue et conduite dans un chariot couvert de draps noirs à Château-Gaillard. Occupant une cellule ouverte à tous vents au sommet du donjon, elle y meurt en 1315 (certains disent qu'elle fut étranglée, mais ses conditions d'incarcération ne mettent pas en doute une mort d'épuisement).

Blanche de Bourgogne est aussi tondue mais bénéficie d'un « traitement de faveur » : elle est emprisonnée pendant sept ans, puis obtient l'autorisation de prendre l'habit de religieuse. Femme du cadet et non du futur roi de France (du moins, c'est ce que l'on croit, puisque son époux deviendra le roi Charles IV le Bel en 1322), Blanche a donc un traitement moins cruel que sa belle-sœur. Elle devient reine de France en prison le 21 février, jusqu'à ce que son mariage soit annulé le 19 mai par le pape Jean XXII.

Quant à la troisième, la comtesse Jeanne de Bourgogne et d'Artois, femme du futur Philippe V de France, elle est enfermée à Dourdan pour avoir gardé ce secret. Soutenue par sa mère Mahaut d'Artois, elle se réconcilie avec son mari le roi Philippe le Long et devient reine de France en 1317.

Mort[modifier | modifier le code]

Mort de Philippe le Bel

Le , Philippe le Bel rend visite à son oncle le comte Robert de Clermont[réf. nécessaire] et c'est lors d'une partie de chasse en forêt de Pont-Sainte-Maxence (forêt d'Halatte) qu'il fait une chute de cheval « éprouvant un saisissement subit, avec impossibilité de prononcer une parole (un probable accident cérébro-vasculaire, qui frappera également son frère Charles de Valois plus tard, est évoqué sans que l'on puisse dire si cette atteinte cérébrale est antérieure, contemporaine ou consécutive à la chute)[7] », dont on le relève avec une blessure à la jambe (une fracture ?). Les chroniques du temps se partagent entre l'accident ou la maladie inexplicable[8]. Transporté en bateau à Poissy[7], puis porté en litière à Fontainebleau, il meurt[9] quelques semaines plus tard, le [10],[11]. Il est le premier roi de France qui naît et qui meurt au château de Fontainebleau[12].

Lettre de Philippe Le Bel par laquelle il déclare qu’en cas de son décès, la régence du royaume et la tutelle de son fils aîné, sera dévolue à la reine Jeanne ou si elle décède à son Frère Charles de Valois. 25 octobre 1300. Archives nationales J/401/5

Son cœur et ses entrailles furent déposés séparément à l'église du Prieuré de Poissy, le cœur dans une urne retrouvée le 28 juillet 1687 lors de travaux dans un des caveaux. Son corps sera inhumé dans la basilique de Saint-Denis. Sa sépulture, comme celles des autres princes et dignitaires reposant en ce lieu, sera profanée par les révolutionnaires en octobre 1793.

Il fut le premier roi de France à demander par testament une tripartition de son corps (dilaceratio corporis, « division du corps » en cœur, entrailles et ossements) avec des sépultures multiples[13]. Cette pratique devint à partir du XIIIe siècle un privilège[14] de la dynastie capétienne dans le royaume de France (majoritairement les rois, parfois les reines ou les proches, et ce malgré l'interdiction par une décrétale en 1299 du pape Boniface VIII qui voyait cette pratique se répandre chez certains membres de la Curie romaine[15]) qui permettait la multiplication des cérémonies (funérailles du corps, la plus importante, puis funérailles du cœur et funérailles des entrailles) et des lieux (avec un tombeau de corps, un tombeau de cœur et un tombeau d'entraille, comme les gisants royaux à entrailles de l'abbaye de Maubuisson[16]) où honorer le roi défunt[17].

Les Grandes Chroniques de France signalent que Pierre de Latilly, évêque de Chalons, fut emprisonné un moment en 1315, soupçonné d'avoir empoisonné le roi défunt[18].

Ascendance[modifier | modifier le code]

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Le , Philippe épouse à l'âge de 16 ans Jeanne Ire de Navarre (reine de Navarre de 1274 à 1305), ce qui lui confère le titre de roi consort de Navarre (Philippe Ier) de 1284 à 1305.

De cette union naissent sept enfants :

Bien que veuf encore jeune (37 ans), Philippe IV ne se remarie pas et resta fidèle au souvenir de son épouse décédée.

Postérité[modifier | modifier le code]

La nature même du pouvoir de ce grand souverain reste une énigme : fut-il le jouet de ses ministres ou le premier « roi absolu » ? La plupart des analyses tendent vers la seconde proposition, au vu de sa politique au long terme qui témoigne d'une volonté unique et cohérente (alors qu'il changea souvent de conseillers), et de son caractère intransigeant.

Grâce à l'aide de juristes, il transforme véritablement un État encore féodal en une monarchie moderne où la volonté du roi s'impose à tous, et un impôt national est prélevé sur tout le royaume de France.

Il agrandit également le territoire du royaume, notamment avec l'annexion de Lille après la signature du traité d'Athis-sur-Orge.

Ses contemporains le jugent comme étant d'une rare beauté, et son physique tout entier « semblait une vivante image de la grandeur et de la majesté des rois de France » (d'après une chronique médiévale).

Roman historique[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Généalogie de Philippe IV sur le site Medieval Lands
  2. (en) Frantz Funck-Brentano, The Middle Ages, 1925, p. 854
  3. Histoire des Juifs en France - Les origines et le Moyen Âge, Privat, 1972, [lire en ligne], p. 42
  4. Antoine de Lévis-Mirepoix, Le siècle de Philippe le Bel, Le Livre Contemporain, 1961, [lire en ligne], p. 98
  5. a et b Geoffroi de Paris, témoin oculaire, L'information historique pour l'enseignement, [lire en ligne], p. 70
  6. Juliette Sibon, « 1306, l'expulsion des juifs du royaume de France », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, no 16,‎ 2008
  7. a et b Charles Baudon de Mony, Bibliothèque de l’École des Chartes, no 58, 1897, p. 9
  8. Charles Baudon de Mony, Bibliothèque de l’École des Chartes, no 58, 1897, p. 8
  9. Mort les yeux ouverts, on ne peut lui les clore les paupières et il est embaumé, difficilement, avec un bandeau noir sur les yeux.
  10. Maur-François Dantine, L'Art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monumens, depuis la naissance de Notre-Seigneur, 1818, [lire en ligne], p. 21
  11. Jules Viard Les Grandes chroniques de France 1934, p. 303
  12. Augustin Cabanès, Les Morts mystérieuses de l'histoire, Éditions de l'Opportun,‎ 2011, p. 112
  13. Pratique initiée au milieu du XIe siècle par les chevaliers et souverains du Royaume d'Angleterre et du Saint-Empire romain germanique morts en croisade ou loin de leur lieu de sépulture choisi, tel Henri III du Saint-Empire.
  14. Le premier roi capétien dont la tripartition du corps — subie et non demandée — est bien attestée est Philippe III de France
  15. Dans la pratique, beaucoup bénéficieront de bulles d'exemption de la part des papes pour pouvoir pratiquer la dilaceratio corporis.
  16. Armelle Alduc Le Bagousse, Inhumations de prestige ou prestige de l'inhumation : expressions du pouvoir dans l'au-delà, IVe-XVe siècle, Publications du CRAHM,‎ 2009, p. 233
  17. Alexandre Bande, Le cœur du roi. Les Capétiens et les sépultures multiples, XIIIe ‑ XVe siècles, Tallandier,‎ 2009, 250 p.
  18. Les grandes chroniques de France, publiées par Paulin-Pâris, Paris : Techener, 1836-1838, t.5 p. 221.

Sources imprimées[modifier | modifier le code]

  • Auguste-Arthur Beugnot ( éd.), Les olim ou registre des arrêts rendus par la cour du roi sous les règnes de saint Louis, de Philippe le Hardi, de Philippe le Bel, de Louis le Hutin et de Philippe le Long :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marc Bloch, La France sous les derniers Capétiens 1223-1328, Paris, Armand Colin, 1958.
  • Elizabeth A. R. Brown :
    • (en) « Philippe le Bel and the remains of saint Louis », in Gazette des Beaux-Arts, 1980-1981, p. 175-182.
    • (en) « 'The Prince is Father of the King' : the Character and Childhood of Philip the Fair of France », in Medieval Studies, no 49, 1987, p. 282-334.
    • (en) « Moral Imperatives and Conundrums of Conscience : Reflections on Philip the Fair of France », dans Speculum, no 87, 2012, p. 1-36.
    • « Unctus ad executionem justitie : Philippe le Bel, Boniface VIII et la grande ordonnance pour la réforme du royaume (du 18 mars 1303) », in Le roi fontaine de justice. Pouvoir princier et pouvoir royal au Moyen Âge et à la Renaissance, éd. S. Menegaldo, B. Ribémont, Klincksieck, 2012, p. 145-168.
  • Philippe Contamine, Jean Kerhervé, Albert Rigaudière et Xavier Hélary (dir.), Monnaie, fiscalité et finances au temps de Philippe Le Bel, La Documentation Française, coll. « Histoire économique et financière de la France », Paris, 2007, (ISBN 9782110953827).
  • Alain Erlande-Brandenburg, « Le palais des rois de France à Paris par Philippe le Bel », in Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 151e année no 1, 2007, p. 183-194, [lire en ligne].
  • Jean Favier :
    • «  Les légistes et le gouvernement de Philippe le Bel », in Journal des savants, no 2, 1969, p. 92-108, [lire en ligne].
    • Un Conseiller de Philippe le Bel : Enguerran de Marigny, Paris, Presses universitaires de France, (Mémoires et documents publiés par la Société de l'École des chartes), 1963, 254 p.
    • Philippe le Bel, Paris, Fayard, 1978, (ISBN 9782213006000). Réédition dans Un roi de marbre : Philippe le Bel, Enguerran de Marigny, Fayard, coll. « Les indispensables de l'histoire », 2005. (ISBN 9782213626499).
  • Danielle Gaborit-Chopin (dir.), L'art au temps des rois maudits. Philippe le Bel et ses fils (1285-1328), Paris, RMN, 1998.
  • Élisabeth Lalou, Itinéraire de Philippe IV le Bel, Paris, De Boccard, 2007 (Mémoires de l'Académie des inscriptions et Belles-Lettres, 37), 2 vol. , (ISBN 22877541878).
  • Sophia Menache, « Philippe le Bel - Genèse d'une image », in Revue belge de philologie et d'histoire, no 62-4, 1984, p. 689-702, [lire en ligne].
  • Bernard Moreau, dir., Guillaume de Nogaret, un languedocien au service de la monarchie capétienne. Actes du colloque de Nîmes, 20 janvier 2012, Nîmes, Lucie Éditions, 2012 (ISBN 978-2-35371-293-9)
  • Dominique Poirel, Philippe le Bel, Perrin, coll. « Passé simple », Paris, 1991, 461 p., (ISBN 9782262007492).
  • Julien Théry, « Philippe le Bel, pape en son royaume », in L'Histoire, no 289, Dieu et la politique. Le défi laïque, 2004, p. 14-17, [lire en ligne] sur le site HAL-SHS (Hyper Article en Ligne - Sciences de l'Homme et de la Société).
  • Julien Théry, « Une hérésie d’État. Philippe le Bel, le procès des ‘perfides templiers’ et la pontificalisation de la royauté française », dans Les templiers dans l’Aube, Troyes, La Vie en Champagne, 2013, p. 175-214.
  • Georges Minois, Philippe le Bel, Paris, Perrin, 2014, (ISBN 978-2-2620-3684-3), 797 p.

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