Mont Chaberton

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Mont Chaberton
Face Sud-Est du Chaberton
Face Sud-Est du Chaberton
Géographie
Altitude 3 131 m
Massif Massif des Cerces
Coordonnées 44° 57′ 52″ N 6° 45′ 04″ E / 44.96444, 6.75111 ()44° 57′ 52″ Nord 6° 45′ 04″ Est / 44.96444, 6.75111 ()  
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Provence-Alpes-Côte d'Azur
Département Hautes-Alpes
Ascension
Voie la plus facile par le col du Chaberton

Géolocalisation sur la carte : Hautes-Alpes

(Voir situation sur carte : Hautes-Alpes)
Mont Chaberton

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Mont Chaberton

Le mont Chaberton est un sommet des Alpes françaises dans le massif des Cerces et précisément dans le chaînon du Chaberton, dans le département des Hautes-Alpes. Il culmine à 3 131 m d'altitude.

Géographie[modifier | modifier le code]

Le mont Chaberton se trouve sur la commune de Montgenèvre dans le Briançonnais et est aisément reconnaissable à sa forme pyramidale et à son sommet plat. Il est également usuellement nommé Chaberton.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Cuirassé des Nuages[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 1947, le Mont Chaberton faisait partie intégrante de l'Italie (commune de Cesana Torinese).

Les anciennes batteries militaires

En 1898 l'Italie qui venait d'adhérer à la Triplice entreprit de construire au sommet du mont Chaberton une batterie de huit tours de maçonnerie surmontées de canons tournée vers la France et Briançon, défendant ainsi le passage du col de Montgenèvre.

Pour cela, les soldats et ingénieurs dirigés par le major du Génie Luigi Pollari Maglietta ont réalisé une route depuis le village de Fénils (val de Suse) et ont abaissé d'environ 6 mètres le sommet du Chaberton pour y installer les huit tours de 12 mètres de haut, correspondant à la plus haute chute de neige enregistrée. En 1906 chacune des tours fut armée d'un canon de 149/35 (en réalité des 149/36 - le tube d'acier étant porté à la longueur de 36 calibres, ce qui allongeait la portée du tir - mais on conserva la dénomination 35 pour préserver le secret militaire). Chaque pièce, servie par 7 hommes, était protégée par une coupole blindée relativement légère (50 mm devant, 25 mm sur le toit et 15 sur les flancs et derrière), plus légère que les normes en vigueur alors pour les forteresses : on considérait en effet que la batterie se trouvait hors de portée de l'artillerie classique, et on se contenta de coupoles de conception anglaise Armstrong Montagna offrant une bonne protection contre la neige, les éclats et les schrapnels. L'ensemble des travaux fut terminé en 1910. Le fort, parfois surnommé « cuirassé des nuages », faisait l'orgueil des militaires italiens et était alors réputé comme le plus haut et l'un des plus puissants du monde. Sa position était inexpugnable, le mettant hors de portée de la plupart des pièces d'artillerie de l'époque, et permettant théoriquement à ses huit pièces de 149 mm d'atteindre la gare de Briançon distante de près de 18 km. Cependant, pour des raisons mécaniques liées à l'installation des tubes sous des coupoles Armstrong, la portée utile fut limitée à 16 km.

Pendant la Première Guerre mondiale, quand l'Italie entra en guerre aux côtés de l'Entente, les pièces d'artillerie furent démontées pour être employées sur le front contre l'Empire austro-hongrois.

Sous le régime fasciste la batterie du Chaberton fut réarmée, et représenta de nouveau une menace pour Briançon et la France. En 1940 le fort fut intégré au IV Corpo d'Armata (général Mercalli) et constitua la 515a batteria du XXXIV Gruppo du 8° Raggruppamento Artiglieria de la Guardia alla Frontiera. Sa garnison comptait environ 340 hommes, sous le commandement du capitaine Spartaco Bevilacqua. Contre d'éventuelles attaques aériennes des mitrailleuses de DCA avaient été prévues.

La journée du 21 juin 1940[modifier | modifier le code]

Pour y faire face, l'armée française fit venir quatre mortiers Schneider de 280 (en), répartis en deux batteries camouflées de deux pièces, une à l'Eyrette et une autre au lieu-dit Poët-Morand, deux emplacements situés hors de la vue du fort italien. Ces deux sections constituaient la 6e Batterie du 154e Régiment d'Artillerie de position (154e RAP), intégré au XIVe Corps d'Armée (général Beynet). Les principales difficultés auxquelles se heurtèrent les artilleurs français venaient de ce que l'objectif, distant de 10 km, était situé à une altitude de 1 000 m supérieure à celle de leurs batteries, que les projectiles décriraient une parabole culminant à une altitude de 5 000 m et atteindraient leur cible plus d'une minute après le départ du coup. Il n'existait pas alors de tables de tir indirect pour de pareilles conditions de combat, extrêmes et inédites : le général Georges Marchand, qui commandait l'artillerie du XIVe Corps d'Armée, fit appel à une équipe d'ingénieurs pour calculer en toute hâte les tables de tir des différentes pièces de l'artillerie de montagne, qu'il fit imprimer à l'imprimerie des aciéries Ugine non loin de là, pour les faire diffuser auprès des artilleurs de Briançon.

Le 20 juin 1940, le fort du Chaberton reçut l'ordre d'ouvrir le feu contre les ouvrages français du Janus, de Gondran, de l'Infernet, des Trois-Têtes et de plusieurs batteries de campagne, mais ne causa que des dommages mineurs, par manque de précision. Les conditions météorologiques ne permettaient pas aux Français de régler leur tir pour répliquer, car le sommet du Chaberton restait voilé par les nuages. Le 21 juin 1940 à 10 heures le ciel s'éclaircit et le lieutenant Miguet, un ancien de Polytechnique qui commandait les deux batteries de 280 depuis un poste d'observation situé sur les pentes de l'Infernet, donna l'ordre d'ouvrir le feu. Il eut le temps de faire tirer trois coups qui s'approchèrent des tourelles du Chaberton, quand les nuages revinrent et lui masquèrent de nouveau sa cible.

Le ciel se dégagea vers 15 heures 30 et le duel d'artillerie reprit. Miguet multipliait les coups qui encadraient les tourelles du Chaberton, observant les impacts, en liaison avec les observateurs de l'ouvrage du Janus qui lui signalent les coups longs dont les impacts lui étaient invisibles. Un des deux 280 de Poët-Morand, commandés par le sous-lieutenant Fouletier, mit un coup au but sur la tourelle 1 à 17 heures 15. Dans la demi-heure qui suivit furent touchées les tourelles 3, 4 et 5. « Manifestement, le Chaberton n'a pas repéré cet adversaire qui l'inquiète, car il tire sur le Fort des Têtes » écrira dans son rapport le lieutenant Miguet. À 17 heures 30 la tourelle 3 fut touchée, et se déclencha un incendie qui fut bien près de gagner le dépôt de munitions situé en contrebas. À 18 heures 05 la tourelle 2 reçut un coup au but, puis la 6. Le feu cessa à 20 heures. Au total ce jour-là 6 tourelles sur les 8 furent touchées, et les Italiens eurent à déplorer 9 tués et une cinquantaine de blessés.

Le Chaberton n'était pas totalement hors de combat, les tourelles 7 et 8 continuèrent de tirer les trois jours suivants, sans être atteintes par l'artillerie française, jusqu'au cessez-le-feu et à l'armistice du 24 juin 1940.

L'annexion par la France[modifier | modifier le code]

Le bombardement du Chaberton se poursuivit les jours suivants, et prit fin le 24 juin 1940 avec l'armistice franco-italien. Le fort, inutilisable, fut abandonné le 8 septembre 1943, même s'il fut brièvement réoccupé un an plus tard, à l'automne 1944, par des parachutistes de la République sociale italienne surveillant l'avance alliée par la vallée de la Durance.

Pendant la période de négociation du traité de Paris signé en 1947, le ministre français des Affaires étrangères, Georges Bidault, se laissait aller en privé à se plaindre du « chabertonisme » du général de Gaulle, président du gouvernement provisoire : il entendait par là la propension du général à se passionner pour des détails insignifiants, au risque de compromettre le rapprochement franco-italien auquel poussait Bidault. Ainsi en réponse à une note du 15 janvier 1946 où Bidault souligne qu'il ne serait pas de bonne politique d'exiger de l'Italie des clauses exorbitantes, le général lui répond-il deux jours plus tard en insistant sur l'importance qu'il accorde à l'annexion du Fort Chaberton[1].

C'est ainsi qu'à l'issue de la guerre, le vallon des Baisses, le sommet du Chaberton et la batterie furent annexés par la France, déplaçant, de fait, la frontière à l'entrée du village italien de Claviere. À l'été 1957 tous les restes métalliques des tubes et des coupoles blindées furent enlevés et descendus dans la vallée. Il ne reste plus aujourd'hui sur le site que les supports des tourelles en maçonnerie et tous les ouvrages souterrains qui se dégradent rapidement et dont la visite est dangereuse.

Géologie[modifier | modifier le code]

La montagne est essentiellement composée de roches du Trias supérieur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Dalloz, Georges Bidault, biographie politique, L'Harmattan,‎ 1992 (ISBN 2-7384-1679-9), p. 120. Critiquant parallèlement la politique coloniale du chef de l'État, Bidault utilise le néologisme « clippertonisme ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Max Schiavon, Une victoire dans la défaite - La destruction du Chaberton, Briançon 1940, éditions Anovi, 2007 (ISBN 978-2-914818-18-6)
  • (fr) Serge Pivot, « Les « 149 » du Chaberton », Les Cahiers des troupes de montagne,‎ décembre 2003
  • (fr) Max Schiavon, Juin 1940 - Victoire sur les Alpes, Sana éditions, Mens, novembre 2011

Liens externes[modifier | modifier le code]