Renaissance française

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Le château d'Écouen, monument architectural de la Renaissance française, qui abrite le Musée national de la Renaissance et les collections françaises d'œuvres d'art de l'époque.

La Renaissance française est un mouvement artistique et culturel situé en France entre le XVe siècle et le début du XVIIe siècle. La Renaissance apparaît en France après le début du mouvement en Italie et sa propagation dans d'autres pays européens. La raison principale est la poursuite de la guerre de Cent Ans jusqu'en 1453, et même 1477 (bataille de Nancy), alors que le processus de renaissance artistique est amorcé dès le XVe siècle au moins en Italie et dans plusieurs régions d'Europe (Flandres, Rhénanie, Alsace, Portugaletc.).

Comme en Italie, ses traits caractéristiques sont la soif de vivre, la confiance en l'Homme, l'appétit du savoir, l'esprit de libre examen. Ce mouvement remet en cause les mentalités du Moyen Âge et recherche de nouvelles formes de vie et de civilisation. En effet, les possibilités de diffusion de l'information par l'imprimerie, et la découverte d'un nouveau monde au-delà de l'Atlantique, modifient profondément la vision du monde des hommes de cette époque.

La Renaissance est le temps des peintres, des sculpteurs qui sont employés par les rois dont les plus emblématiques de la période sont François Ier et Henri II. C'est l'époque de Léonard de Vinci qui finit sa vie au Clos Lucé, mais aussi de l'arrivée des Médicis à Paris au XVIe siècle[1].

Dates de la Renaissance française[modifier | modifier le code]

Les historiens admettent d'une façon générale que la Renaissance française débute avec les premières guerres d'Italie, à la toute fin du XVe siècle. La fin de la période est en revanche sujet de discorde : l'édit de Nantes de 1598, qui marque la fin des guerres de religion, est souvent considéré comme la fin de la Renaissance, mais certains historiens arrêtent la période dès le début de la première guerre de religion, avec le massacre de Wassy en 1562 ; d'autres arrêtent la période avec l'assassinat d'Henri IV en 1610.

D'une manière générale l'Europe se pacifie considérablement après la bataille de Nancy, en 1477, qui éradique la possibilité d'émergence d'un d'état puissant entre Royaume de France et Saint-Empire romain germanique. Cette période de paix est favorable à la création artistique, c'est à ce moment qu'apparait une première Renaissance Lorraine (Palais Ducal de Nancy) dont l'âge d'or sera le règne du Duc Charles III de Lorraine avec la création de l'Université de Pont-à-Mousson ainsi que l'édification de la ville-neuve de Nancy, œuvre urbanistique originale puisqu'elle établit une nouvelle ville juste à côté de la ville médiévale. La Renaissance dans le Duché de Lorraine prendra fin avec la guerre de Trente Ans (1618)[2].

Renforcement de la monarchie : la souveraineté[modifier | modifier le code]

En France, la Renaissance a ceci de spécifique que, après le règne centralisateur de Louis VI le Gros, le pouvoir du roi s'accentue sur ses vassaux. On passe progressivement d'un régime de suzeraineté à un régime de souveraineté.

En fait, l'évolution des techniques de guerre a une influence indirecte sur ce changement. La défense des châteaux forts devient progressivement inefficace du fait de l'invention de nouvelles armes de guerre à plus longue portée (bombarde), de sorte qu'il faut imaginer de nouveaux systèmes défensifs. L'inefficacité de l'armée française pendant certains épisodes de la guerre de Cent Ans (bataille d'Azincourt, 1415, notamment) est révélatrice de ce changement.

Les seigneurs féodaux dont les « privilèges » dans la société médiévale sont compensés par leur responsabilité sur la population environnante en cas d'agression de la communauté locale, n'ont plus le même rôle. Ils prirent des responsabilités militaires au niveau « national » et non plus local (en langage moderne), conservant néanmoins leurs privilèges.

La hiérarchie des suzerainetés s'en trouve bouleversée. Il faut donc redéfinir les responsabilités réciproques du monarque, devenu le garant de la sécurité du pays unifié. Le principal théoricien de la définition du principe de souveraineté est Jean Bodin.

François Ier est ainsi l'un des premiers monarques français, au sens propre du terme (dans le système féodal, les rois sont suzerains de leurs vassaux, qui prêtaient serment d'allégeance). On ne voit apparaître l'absolutisme, à proprement parler, qu'avec Henri IV, dont les responsabilités sont accrues à la suite de l'édit de Nantes (1598), et surtout avec Louis XIII (sous l'influence très forte de Richelieu), et avec Louis XIV, appuyé sur ce point par Bossuet.

Architecture[modifier | modifier le code]

Cour de l'hôtel d'Escoville à Caen.
Maison dite de François Ier à Moret-sur-Loing.

La manifestation la plus évidente de la Renaissance en France est l'édification de châteaux résidentiels dans le Val de Loire ainsi qu'en Île-de-France. Les prémices sont constituées par des châteaux dans un style pré-renaissance construits dans le Berry, près de Bourges (capitale du roi Charles VI, proche de l'actuelle route Jacques-Cœur), alors que le nord de la France n'est pas encore totalement remis des séquelles de la guerre de Cent Ans.

Les plus grands châteaux de la Renaissance sont construits en Touraine. Les principaux protagonistes en sont les rois Charles VIII, Louis XII, François Ier.

L'architecture de ces châteaux tranche avec celle des châteaux forts construits à partir du XIe siècle. D'ailleurs, dans un premier temps, le style renaissance est utilisé lors de travaux d'agrandissement, d'embellissement ou de modernisation des constructions médiévales préexistantes. On voit, au château de Blois par exemple, une transition entre le gothique flamboyant (dit aussi « tardif ») et le style Renaissance. Par la suite, on hésite plus à construire de toutes pièces des édifices entièrement « Renaissance ». Ainsi, Chambord et les autres châteaux construits ultérieurement, notamment ceux de la « deuxième renaissance », présentent une unité de style.

François Ier fait appel à des artistes italiens pour la construction de ces châteaux : Chambord aurait été ainsi conçu par Domenico Bernabei da Cortona dit « Boccador ». Le château d'Ancy-le-Franc, lui, a été conçu par l'architecte italien Sebastiano Serlio non pour le roi mais pour un grand seigneur du royaume, Antoine III de Clermont, et ses salles sont ornées de fresques attribuées au Primatice et à d'autres peintres de l'École de Fontainebleau, ce qui témoigne de l'influence qu'ont eu les demeures royales, ici le château de Fontainebleau décoré par ces mêmes artistes, sur le goût de la haute société à partir du règne de François Ier.

En Île-de-France, le Château d'Écouen, dans le Val d'Oise, dont les plans ont été dressés par Jean Bullant est l'un des principaux témoignages de l'architecture du milieu du XVIe siècle. Il a d'ailleurs été choisi pour accueillir le Musée national de la Renaissance.

Mais peu à peu les architectes français commencent à s'approprier le nouveau style Renaissance : les plus célèbres du XVIe siècle sont Pierre Lescot (qui a notamment travaillé au Louvre, construisant l'aile aujourd'hui connue sous le nom d'aile Lescot), Philibert Delorme et Jacques Androuet du Cerceau (surtout connu pour ses remarquables gravures de bâtiments).

Outre Blois, Chambord, Fontainebleau, Ecouen, Ancy et le Louvre d'autres châteaux majeurs de la Renaissance française encore existants aujourd'hui sont les châteaux d'Amboise, d'Azay-le-Rideau, de Gaillon, de Villandry, de Chenonceau et d'Anet. Le val de Loire possède une exceptionnelle densité de châteaux et manoirs datant de la Renaissance ou ayant fortement remanié à cette époque où la cour royale y séjournait régulièrement. Connus sous le nom de châteaux de la Loire, certains d'entre eux comptent parmi les plus remarquables et célèbres édifices de la Renaissance française.

Dans le domaine religieux, les églises construites à la Renaissance sont moins nombreuses que les demeures civiles mais il en existe encore un certain nombre. De plus le style gothique continue d'être largement employé pendant la première partie du siècle comme par exemple au monastère royal de Brou. Des exemples significatifs d'architecture Renaissance se rencontrent notamment à l'Église Saint-Eustache (qui marque les débuts de la transition entre gothique et renaissance) et l'Église Saint-Étienne-du-Mont à Paris, à l'Église Saint-Acceul à Ecouen, à l'Église Saint-Michel de Dijon, à l'abbaye de Fontevraud (notamment les cloîtres et la salle capitulaire), à la cathédrale Saint-Louis de Blois et à la cathédrale du Havre. Enfin, il existe une spécificité propre à de nombreuses églises bâties au XVIe siècle dans l'ouest de la Bretagne et qui sont entourées de ce que l'on appelle des enclos paroissiaux, enclos qui incorporent généralement, outre l'église, une porte triomphale, un ossuaire, un calvaire et une enceinte construits dans un style renaissance local mais très riche.

Les grandes demeures citadines adoptent également le style Renaissance et se développent les hôtels particuliers entre en cour et jardin comme à l'hôtel Carnavalet à Paris. Outre Paris des villes comme Lyon, Toulouse, Dijon, Besançon ou Metz sont particulièrement riches de maisons et d'hôtels de style renaissance. Parmi les demeures les plus célèbres on peut citer l'hôtel de Bagis et l'hôtel d'Assézat à Toulouse, le logis Pincé à Angers, l'hôtel de Bullioud et l'hôtel de Gadagne à Lyon, l'hôtel d'Escoville à Caen, la maison des Têtes à Metz, l'Hôtel d'Haussonville et l'hôtel de Lillebonne à Nancy, la Maison Maillard et l'Hôtel de Vogüé à Dijon.

Certains bâtiments publics comme le Parlement de Bourgogne à Dijon ou le Palais Granvelle et l'Hôtel de ville à Besançon participent également de la Renaissance française.

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Langue et littérature[modifier | modifier le code]

Le roi François Ier s'installe à Fontainebleau, où il transfère la bibliothèque royale. François Ier œuvre beaucoup pour la langue française : en 1539, il signe l'ordonnance de Villers-Cotterêts, qui donne à la langue française son statut de langue du droit et de l'administration. L'un des traits les plus caractéristiques de la renaissance en France, et des plus durables, est l'apparition du français comme langue officielle unique, statut accordé par le souverain. Pourtant, l'immense majorité de la population, surtout dans les provinces, continue de parler des dialectes (picard, normand, etc.).

Parmi les écrivains les plus célèbres de la Renaissance française peuvent être cités François Rabelais, Marguerite de Navarre, Clément Marot, Maurice Scève, Louise Labbé, Pierre de Ronsard, Joachim du Bellay, Étienne de La Boétie et Michel de Montaigne.

Voir :

Éducation[modifier | modifier le code]

L'université de Paris, bien que préservant le prestige acquis au XIIIe siècle (Thomas d'Aquin), est en retard par rapport au mouvement de renaissance d'autres universités européennes notamment Salamanque, Louvain. Le renouveau devient effectif dans les années 1530, lorsqu'on sent alors l'effervescence intellectuelle se manifester. Paris est alors la principale ville universitaire d'Europe, avec de nombreux collèges (environ 80). Ignace de Loyola décide de se former à l'université de Paris, essentiellement en raison du prestige que cette université conserve en Europe, mais aussi en raison d'une plus grande tolérance. François Xavier, disciple d'Ignace de Loyola, reçoit également sa formation à l'université de Paris.

Les Jésuites reprennent cette tradition de l'éducation, en respectant le legs de Thomas d'Aquin : Pierre Favre est un helléniste, et connaît très bien la philosophie scolastique, ainsi que la philosophie d'Aristote.

Voir :

Peinture et sculpture[modifier | modifier le code]

La montée au calvaire de Toussaint Dubreuil représentant la scène de la Crucifixion. Cette peinture sur toile du XVIe siècle est exposée au château d'Écouen.

La peinture française est, en France davantage qu'en Italie, portée par le mouvement d'édification des châteaux lancé par les princes. Ainsi le Connétable de France Anne de Montmorency, lorsqu'il fit bâtir sa plus grande demeure, le château d'Écouen, engagea un grand nombre d'artistes, célèbres ou inconnus, pour créer des décorations intérieures (Jean Goujon, Masseot Abaquesne...). Certains d'entre eux vinrent depuis l'Italie et furent rendus célèbres par leurs créations à Ecouen. Ainsi, toutes les cheminées du château sont peintes dans un style très italien, les murs comportent de larges frises et les sols sont en faïences colorées.

De nombreux peintres italiens puis flamands sont engagés à la cour de François Ier et de ses successeurs et participent à la décoration des demeures royales et des châteaux de la noblesse. Ces artistes créent une école de peinture inspirée du maniérisme italien appelée école de Fontainebleau, rappelant le rôle décisif de ce chantier des rois François Ier, Henri II et Henri IV dans l'implantation et la diffusion du style Renaissance en France. Ses représentants les plus célèbres sont Rosso Fiorentino, Le Primatice et Nicolò dell'Abbate sous François Ier, puis, sous Henri IV, Ambroise Dubois et Toussaint Dubreuil.

En France, l'art du portrait peint était déjà connu et répandu depuis le milieu du XVe siècle, notamment grâce à Jean Fouquet puis Jean Perréal, mais il prend véritablement de l'ampleur au XVIe siècle grâce aux portraitistes attitrés du roi que sont Jean Clouet et son fils François dont le style d'une grande précision et d'une grande finesse, comme en témoigne les nombreux dessins préparatoires réalisés avant l'exécution des portraits peints, influencera les portraitistes suivants comme Corneille de Lyon et François Quesnel.

Pour la sculpture, François Ier s'est notamment procuré les services de Benvenuto Cellini dont l'art a influencé toute la statuaire française du siècle. Ses autres principaux représentants ont été Jean Goujon et Germain Pilon.

Voir : Peintres français du XVIe siècle

Grandes découvertes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grandes découvertes.

La participation de la France aux grandes découvertes s'est faite, pour les raisons déjà évoquées, avec retard par rapport aux pays du sud de l'Europe.

Alors que le Portugal a implanté une première colonie en Afrique du Nord dès 1415, et s'est lancé dans des explorations autour de l'Afrique, alors que les navigateurs espagnols ont atteint l'Amérique du centre et du sud avant la fin du XVe siècle, la France attend l'année 1534 pour envoyer une expédition vers l'Amérique : Jacques Cartier découvre une nouvelle France (Canada).

Art de vivre[modifier | modifier le code]

L'époque de la Renaissance correspond à un renouvellement profond de la manière de vivre. On voit apparaître dans toute l'Europe de nouveaux fruits et légumes. La gastronomie et les arts de la table évoluent progressivement. Les habitudes vestimentaires changent également.

Économie[modifier | modifier le code]

Les aménagements urbains dans Paris durant cette époque (rues plus grandes, maisons bourgeoises, hôtels de ville), favorisent le développement des commerces (boulangers, bouchers, tenanciers)[3]. La bourgeoisie se tourne de moins en moins vers le commerce et de plus en plus vers le droit.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Une histoire de la Renaissance', Jean Delumeau, Perrin, 1999, (ISBN 2-262-01288-1)
  • La France de la Renaissance, ouvrage collectif regroupant les meilleurs historiens, France Loisirs, août 1998, (ISBN 2-7441-1743-9)
  • La France médiévale, ouvrage collectif d'une équipe d'historiens, d'universitaires et de médiévistes réputés, France Loisirs, août 1997, imprimé en Italie, 2-7441-0884-7
  • Atlas de la civilisation occidentale, généalogie de l'Europe, sous le direction de Pierre Lamaison, mai 1995, ISBN 2-7242-8528-X
  • Le Grand Livre des explorateurs et des explorations, sous la direction de Michel Gavet-Imbert et Perrine Cambounac, préface de Paul-Émile Victor, France Loisirs, 1991,
  • Bourges, l'Histoire et l'Art, texte de Jean Favière, éditions La goélette, 1996, (ISBN 2-906 880-40-X),
  • La Civilisation de l'Europe et la Renaissance, John Hale, Perrin, 1998 pour la traduction française. (ISBN 2-262-01471-X)
  • Atlas historique Nathan
  • Les Sources d'idées au XVIe siècle, Pierre Villey, Plon, Paris,1912

Articles connexes[modifier | modifier le code]