Histoire du Parti communiste français

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Fondé en 1920 d'une scission majoritaire de la SFIO au Congrès de Tours, le Parti communiste français, appelé à ses débuts SFIC (Section française de l'Internationale communiste), puis PCF à partir de la Libération, connaît son maximum d'influence au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Sommaire

1920-1939 : Du congrès de Tours à la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

1920 : Le Congrès de Tours, les débuts du Parti communiste[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Congrès de Tours (SFIO).

En 1920 au congrès à Tours, une majorité des militants socialistes de la SFIO, emmenés par Charles Rappoport et Boris Souvarine, décident de s'affilier à la Troisième Internationale, fondée à la suite de la Révolution d'Octobre. Le Parti communiste français, qu'on appelle alors Section française de l'Internationale communiste (SFIC) est ainsi créé : il se proclame bolchevique et révolutionnaire, même s'il ne vote pas les conditions formulées par la troisième internationale, dirigée par Lénine. La SFIC s'engageait à construire un parti révolutionnaire, qui peut utiliser des moyens légaux, mais qui doit se doter d'un appareil clandestin et ne doit pas exclure l'action illégale. Le parti constitué devait être discipliné voire militarisé, suivant les règles étroites du centralisme démocratique : les minoritaires doivent suivre la ligne décidée majoritairement, et n'ont pas le droit de s'organiser pour défendre leur tendance. Internationaliste, enfin, un parti national, comme le Parti communiste français (PCF) est d'abord une section de la Troisième Internationale, d'où le nom de SFIC[1].

On estime à 120 000 le nombre d'adhérents qui avaient rejoint le nouveau parti, alors que la vieille SFIO n'en comptait plus que 40 000, tout en conservant néanmoins la majorité de ses députés et de ses élus locaux. La scission au sein de la SFIO devait entraîner un an plus tard une scission du syndicat CGT, mais cette fois, les partisans de l'Internationale communiste qui fondèrent la CGTU étaient minoritaires.

En janvier 1923, Ludovic-Oscar Frossard (le secrétaire général du Parti) démissionne. En 1924, l'emprise de Zinoviev sur l'IC et la bolchévisation/stalinisation se traduisent par l'exclusion de dirigeants historiques situés à la gauche du parti, comme Boris Souvarine, Pierre Monatte et Alfred Rosmer, et par une conduite caporaliste du parti français par Albert Treint et Suzanne Girault jusqu'en 1926.

Après Albert Treint, secrétaire général de 1924 à 1926, Pierre Sémard est le nouveau secrétaire général en titre de 1926 à 1928. Différents membres fondateurs, devenus oppositionnels, sont exclus ou quittent progressivement le parti : Fernand Loriot (1926), Amédée Dunois (1927), Albert Treint (1929).

1928 : « Classe contre classe »[modifier | modifier le code]

Les douze premières années du PCF furent mouvementées et un tant soit peu confuses. C'était un parti révolutionnaire, « gauchiste », comme on dira couramment plus tard des groupes d'extrême gauche qui ont fleuri en mai 68. L'action antimilitariste se développa auprès des jeunes, dans les casernes, à l'occasion de l'occupation de la Ruhr en 1923 par les troupes françaises et de la guerre du Rif, au Maroc en 1925.

En Union soviétique, en 1927, Staline évince ses rivaux, Zinoviev, Kamenev et Trotski qui participent à la direction collégiale depuis la mort de Lénine, en 1924. L'IC (Internationale communiste) impose une politique dure et sectaire, dite "classe contre classe", qui consiste notamment à refuser toute alliance avec les socialistes et elle pousse en avant les JC (Jeunesses communistes, alors dirigées par Doriot, également député de Saint-Denis) pour mettre en œuvre cette ligne ultra sectaire. Des exclus forment des organisations communistes dissidentes, anti-staliniennes[2].

Henri Barbé devient secrétaire du Parti, après Pierre Sémard. La SFIO est attaquée au même titre que les partis bourgeois. Aux élections de 1928, le PCF obtient 11 % des voix, mais, en raison de son isolement, ne compte que 14 élus contre 25 sortants. Jacques Duclos, vainqueur de Léon Blum dans le 20e arrondissement de Paris, est l'un des 14 rescapés.

Avec Jacques Duclos, Benoît Frachon et Maurice Thorez sont des hommes qui montent et qui prennent de plus en plus d'importance au sein du Parti. Comme Duclos, Maurice Thorez est passé dans la clandestinité à la suite d'actions antimilitaristes. Il a déjà effectué plusieurs séjours à Moscou. Entré au Bureau politique (BP) en 1926, il assure la fonction de secrétaire à l'organisation. En 1929, à 36 ans, Benoît Frachon devient le doyen du secrétariat, aux côtés des 2 dirigeants des JC, Henri Barbé et Pierre Celor, tous deux âgés de 27 ans, et de Thorez, 29 ans.

1932 : Les premières années avec Maurice Thorez[modifier | modifier le code]

En 1931, Charles Tillon, membre du bureau confédéral de la CGTU, effectue son premier et d'ailleurs unique voyage à Moscou. Il y sera reçu par les dirigeants de l'Internationale, Manouïlsky et Piatnisky. Manouïlsky est une vieille connaissance du Parti. Lénine l'avait envoyé clandestinement en mission en France en 1921, et il put intervenir au congrès de Paris, faisant une profonde impression sur tous les délégués. Depuis, c'est lui qui suit le PCF pour l'Internationale, dont il deviendra le principal dirigeant jusqu'en 1934. Manouïlsky éprouvait des doutes sur le bien-fondé de la ligne ultra-gauchiste et s'apprêtait à débarquer Barbé et Celor, les jeunes dirigeants propulsés à la tête du Parti pour appliquer la ligne "classe contre classe".

Il s'en est fallu de peu que Maurice Thorez ne fut aussi écarté comme Barbé et Celor, mais c'est lui que Manouïlsky installe à la tête du Parti, au congrès de Paris en 1932. Duclos et Frachon comptent parmi les 10 autres membres du bureau politique. Si on fait le bilan des 12 premières années d'existence du Parti, les résultats ne sont guère époustouflants sur le plan électoral, ou du nombre d'adhérents, mais d'un point de vue léniniste, la réussite est incontestable : l'ensemble hétéroclite d'anarcho-syndicalistes, nébuleuse de divers courants révolutionnaires s'est métamorphosé en un authentique parti bolchevique. L'équipe dirigeante, jeune, issue de la classe ouvrière, est formée de révolutionnaires professionnels, bénéficiant d'une solide expérience des affrontements avec la police, de la clandestinité, mais sachant également jouer des moyens légaux, par exemple les mandats de députés pour bénéficier de l'immunité parlementaire. Ces dirigeants sélectionnés avec "clairvoyance" par Manouïlsky, extrêmement brillants au départ, ont reçu en outre une solide formation théorique au gré de leurs passages à Moscou.

Tout s'accomplit selon la doctrine de Lénine : d'abord la construction d'un parti révolutionnaire, ensuite la conquête de la classe ouvrière. C'est très important pour comprendre la confiance sans borne[réf. nécessaire] des militants de cette génération vis-à-vis du « marxisme-léninisme » et l'espoir qu'ils mettent dans leur parti et dans l'Internationale. Car en 1932, si le PCF exerce une séduction certaine sur les jeunes ouvriers combatifs, la conquête de la classe ouvrière est loin d'être acquise.

1936 : Staline, le combat contre Hitler, et le Front populaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Front populaire (France).

En 1936, le PCF est intégré au dispositif de l'Internationale communiste, adossé à l'Union soviétique dominée par Staline. De nos jours, ce nom, avec ses dérivés, « stalinisme », « stalinien » (terme qui apparaît à la fin des années 1920), évoque une variante historique de la tyrannie sanguinaire et du totalitarisme, mais pour le militant PCF de base de 1936, grâce à une direction « éclairée, ferme et stable », l'URSS s'affirme comme la nation des prolétaires, consolidant les acquis de la Révolution par une marche vers le progrès économique et technologique. Le Parti français, à l'image du « grand frère » soviétique, est doté, lui aussi, d'une direction « stable et éclairée ». Ses effectifs s'accroissent de mois en mois, il occupe un espace politique toujours plus vaste.

À Moscou, à partir de 1927 et plus encore avec l'assassinat de Sergueï Kirov, en 1934, les purges (assassinats et déportations) deviendront une pratique courante de « gestion du parti ». De 1934 à 1939, on estime à un million le nombre de ses membres qui seront exécutés ou déportés. Mais à Paris, le délégué de l'Internationale, le représentant de Staline, donc, est un tchèque élégant et raffiné, Eugen Fried ("camarade Clément") qui sait contrôler le Parti avec doigté en s'intégrant dans le trio de direction, Thorez, Frachon et Duclos, eux-mêmes issus du choix « éclairé » de Manouïlsky. Pourquoi le militant de base s'inquiéterait-il de ce que ses chefs soient nommés par Moscou, s'ils sont « bons » ? D'ailleurs, le PCF n'est-il pas la Section française de l'Internationale communiste, et l'URSS, le pays de la révolution accomplie, la patrie de tous les travailleurs ?

Hitler avait pris le pouvoir en Allemagne en janvier 1933. Le fascisme devint encore plus à l'ordre du jour en Europe (l'Italie était fasciste depuis une décennie). Pour autant, l'IC, qui avait mis fin à la phase « gauchiste » du PC en remplaçant Barbé par Thorez restait ferme dans sa ligne sectaire. L'union avec les sociaux-démocrates n'était tolérée qu'à la base : les ouvriers de la CGT, non communiste, étaient invités à participer aux actions de la CGTU, communiste. Dans la France de 1934, c'étaient les ligues d'extrême-droite qui représentaient le danger fasciste. C'est au cours des journées de 1934 qui virent de très violents affrontements entre les ligues, la police et les communistes, que s'imposèrent les sentiments unitaires d'une gauche antifasciste.

Le 6 février 1934, les ligues envahirent la place de la Concorde. La bagarre avec la police fut déclenchée quand ils voulurent franchir le pont de la Concorde pour donner l'assaut à la chambre des députés. Le 9 février, les affrontements entre la police et les manifestants antifascistes firent 9 morts parmi les manifestants. Cette manifestation fut qualifiée par une partie des opinions de tentative de coup d'État. La CGTU et la CGT appelèrent à la grève générale le 12 février. Ce jour-là, au cours d'une manifestation commencée dans la division, les cortèges socialistes et communistes fusionnèrent dans l'enthousiasme, place de la Nation aux cris de « Unité ! Unité ! ». Jusqu'en juillet 1934, cette manifestation unitaire resta sans suite. Doriot, partisan d'une entente avec la SFIO contre le fascisme, est exclu le 27 juin 1934. C'est Dimitrov, nouveau responsable de l'IC, et Manouïlsky qui réussirent à obtenir de Staline un revirement de l'IC, en faveur d'une alliance avec les sociaux-démocrates. Dimitrov transmit les nouvelles consignes à Thorez, à Moscou. Le 27 juillet 1934, un pacte d'unité d'action PC et SFIO fut conclu. L'après 6 février 1934 voit aussi l'Association juridique internationale (AJI), proche des communistes, se rapprocher de la Ligue des droits de l'homme.

La nouvelle politique unitaire se concrétisa en 1936, par la réunification de la CGT et de la CGTU, d'abord en mars, puis en mai, par la victoire électorale des forces de gauche unies dans le Front populaire. Le PCF obtenait 72 des 336 sièges de députés de la coalition de gauche. Léon Jouhaux, ex-CGT restait secrétaire général de la CGT réunifiée, mais Frachon entrait au Bureau confédéral. Les nouveaux statuts de la CGT prévoyant l'incompatibilité entre des mandats syndicaux et politiques, il dut démissionner du Bureau politique du Parti. Cette démission fut purement formelle. On le considéra toujours comme membre de la direction.

À la suite de la victoire électorale du Front populaire, une puissante grève générale spontanée se déclencha, avec occupations. Déconcerté par ce mouvement venu de la base, la direction du PCF appela à reprendre le travail début juin. Le rythme des grèves ne fut pas partout le même, les spécificités locales restant fortes[3].

Statistiques[modifier | modifier le code]

Données[4] 1928 1932 1936
Adhérents 50 000 32 000 235 000
Parlementaires 14 11 72
Permanents  ? 500 3 000
Électeurs 11,2 % 8,3 % 15,2 %

L'organisation du PCF dans les années 1936-1939[modifier | modifier le code]

En 1936, le PCF a atteint le stade final de son évolution, une forme stable que l'on pourrait qualifier de léniniste-stalinien, c'est-à-dire qu'il répond encore aux critères du bolchevisme tels qu'ils étaient définis au moment du congrès de Tours, mais qu'il dispose maintenant d'une autorité suprême qui permet de trancher éventuellement tous les débats et de résoudre tous les conflits.

C'est une forme d'organisation qui a bien des avantages, puisqu'elle évite d'enliser le grand nombre dans des débats stériles tournant souvent autour de querelles de personnes. Ainsi fonctionnent les entreprises avec leurs PDG., les armées avec leurs généraux en chef et l'église avec un pape proclamé infaillible pour la vie dès son élection. Si les communistes ne disent pas que Staline est inspiré par l'Esprit Saint, ils le pensent sans doute. En fait, très peu de dirigeants connaissent personnellement Staline. Ils reçoivent les directives de l'IC, et Staline intervient dans les décisions de l'IC quand il veut, mais il le fait surtout pour les choses importantes.

Le maintien des principes léninistes implique la coexistence de 3 appareils distincts : l'appareil légal est celui qui apparaît à l'issue des congrès, avec son Bureau politique, son Comité central, son organisation en cellules, rayons, responsables départementaux, interrégionaux, ses élus, députés ou maires. L'appareil illégal doit permettre au Parti de supporter une interdiction, comme un groupe électrogène normalement éteint est prêt à démarrer en cas de coupure de courant. Il consiste donc en un dispositif clandestin de planques, d'imprimeries, des moyens financiers à l'abri d'une saisie, avec quelques dirigeants n'ayant aucune fonction officielle. L'appareil de l'IC contrôle sur le territoire français des militants qui sont rattachés directement à l'IC, sans aucun rapport structurel avec la section française, c'est-à-dire avec le PCF. Ainsi, les étrangers sont organisés à l'époque dans la Main-d'œuvre immigrée (MOI), rattachée au PCF pour les problèmes pratiques, mais dans les faits, sous le contrôle politique direct de l'IC.

Si l'IC peut déléguer à des étrangers, comme Fried, des responsabilités auprès du Parti français, des dirigeants français peuvent également assurer des fonctions qui débordent le cadre national. Ainsi, Jacques Duclos, membre du Bureau politique et du secrétariat du Parti, député de Montreuil et vice-président de la Chambre des députés en 1936 est également membre du comité exécutif de l'IC et fréquemment mis à contribution pour représenter l'IC auprès des partis petits frères belges et espagnol.

Dans les années 1936-1939, le parti compte entre 200 000 et 300 000 membres, et l'essentiel d'entre eux n'ont rien à voir ni avec l'appareil illégal, ni avec l'appareil de l'IC. Mais dès qu'ils prennent quelques responsabilités, ce qui peut arriver très vite, dans ce jeune parti, leur carrière est gérée par la section des cadres, qui relève à la fois du service du personnel et de la police interne. Chaque responsable doit remplir une biographie qui concerne à la fois son propre passé, mais aussi quelques éléments sur son entourage familial. Au fur et à mesure qu'il grimpe les échelons, il pourra être amené à remplir plusieurs fois des biographies de plus en plus précises. Une fois ces biographies regroupées à Moscou, il devient théoriquement possible à un fonctionnaire soviétique de gérer ce personnel révolutionnaire français, selon une vision moscovite et totalitaire des réalités de terrain d'un pays capitaliste et républicain.

1936-39 : La Guerre d'Espagne[modifier | modifier le code]

Article connexe : Guerre civile espagnole.

En juillet 1936, Franco fit contre la République Espagnole sa tentative de putsch qui se dit en Espagnol « pronunciamiento ». La guerre civile espagnole commençait, et elle dura jusqu'en février 1939. Les premiers volontaires du parti communiste furent envoyés début septembre, mais c'est au cours d'une réunion à Ivry, chez Thorez, le 18 septembre, où étaient conviés, Fried, le délégué de l'IC, Émile Dutilleul le trésorier du Parti, Maurice Tréand, le responsable de la section des cadres, et Cerreti, un Italien à la fois membre du Comité Central et dirigeant de la MOI. Les grandes lignes de l'implication du PCF dans la guerre d'Espagne furent jetées, et les rôles distribués : Tréand recrutait les militants, Cerreti s'occupait du ravitaillement en armes, et Dutilleul des collectes. Les choses évolueront par la suite un peu différemment.

En 1936, le PCF n'était pas au sein de l'Internationale un parti parmi d'autres. À côté du parti soviétique il restait le seul parti communiste de quelque importance après l'interdiction des partis dans les pays fascistes, l'Italie en 1924 et l'Allemagne en 1933. Le Parti français fut à la pointe pour le soutien à l'Espagne républicaine. Rappelons qu'en 1936, tous les grands pays, y compris l'URSS, s'étaient officiellement prononcés pour la non-intervention, laquelle sera vite violée par l'Allemagne et l'Italie. Les Républicains reçurent l'aide directe contre payement de la seule URSS, mais comme celle-ci ne souhaitait pas intervenir directement pour ne pas contrevenir aux règles de la non-intervention, et que de toutes façons, il fallait bien faire transiter les armes soviétiques par le territoire français, le Parti français, en plus de l'action de soutien qu'il avait initié dès août 1936, joua un rôle majeur d'intermédiaire entre l'URSS et le gouvernement républicain espagnol.

Le gouvernement de Léon Blum resta sur la ligne de la non-intervention et refusa l'aide directe aux républicains. Dans la pratique, l'attitude de Blum et de ses successeurs ne fut jamais celle d'une stricte neutralité. En août 1936, Blum désignait le douanier Gaston Cusin comme le responsable au sein de l'appareil d'État de l'aide clandestine à l'Espagne. Cusin rencontra Thorez et Duclos qui, eux, désignèrent Cerreti comme interlocuteur du parti communiste. C'est ainsi que tout fut mis en place pour que d'énormes quantités d'armes et matériels divers (essentiellement soviètiques) puissent transiter par les ports et le territoire français. Le PCF dut alors se doter d'une infrastructure adéquate pour faire face à des problèmes de logistique tout à fait nouveaux. De son côté, Cusin pouvait s'appuyer sur trois mille douaniers sympathisants dont une centaine d'hommes sûrs pouvaient faire des contrebandiers d'élite.

Une compagnie maritime, France-Navigation fut créée sous l'autorité de Cerreti, en mai 1937, pour le plus grand bonheur du gouvernement espagnol impuissant à convaincre d'autres compagnies d'avoir à affronter le blocus de ses ports par la marine franquiste, pour le plus grand bonheur, aussi, de Staline, qui voulait bien livrer des armes aux Espagnols, mais sans engager de bâtiments soviétiques. Le gouvernement espagnol avait mis les trois quarts de ses réserves d'or à l'abri, en URSS, de sorte que Staline n'avait pas de problèmes pour se faire payer. En complément de France-Navigation, l'entreprise de transports routiers de Pelayo assurait la traversée du territoire français avec des dizaines de Dodge, Ford, Latil. Il y avait tous ceux, également, qui s'occupaient d'approvisionnement de toutes sortes de denrées. Michel Feintuch, un immigré juif polonais, que l'on connaîtra mieux sous le pseudonyme de Jean Jérome, acheminait vers l'Espagne républicaine des armes, mais aussi des machines, du cuivre, du zinc. Pour mener à bien tous ces trafics, il y eut désormais place au Parti pour l'homme d'affaires d'un genre particulier, à côté du vendeur de l'Humanité, du tribun syndicaliste et du normalien journaliste.

Pour le PCF, la dernière phase de la guerre d'Espagne fut humanitaire, pour secourir les centaines de milliers de réfugiés qui croupissaient dans des camps depuis janvier 1939. On a souvent dit que la guerre d'Espagne avait été une anticipation du cataclysme qui devait secouer le monde de 1939 à 1945. Complètement mobilisé dans le soutien à l'Espagne, le Parti ne pouvait ignorer les sombres nuages qui obscurcissaient l'horizon. Plus que jamais, il fallait se préparer à la clandestinité. Trois hommes se répartirent la recherche de planques : certaines étaient de vastes propriétés, fort éloignées de Paris, jusqu'en Belgique ou en Suède : par dérision, les communistes parlaient de leurs châteaux ; ce fut l'affaire de Cerreti. On confia à René Mourre le soin de trouver des fermettes dans le bassin parisien. Les HLM des boulevards de ceinture et les pavillons de banlieue étaient du ressort d'Arthur Dallidet. Il sacrifia avec sa compagne Mounette Dutilleul bien des dimanches pour sillonner à vélo toute la région parisienne et bien au-delà.

1939-45 : La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

1938-39 : Des accords de Munich à l'entrée en guerre[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Seconde Guerre mondiale et Accords de Munich.

Le 30 septembre 1938, Daladier et Chamberlain signaient avec Hitler les accords de Munich qui consacraient le démembrement de la Tchécoslovaquie. À son retour à l'aéroport du Bourget, Daladier était acclamé par la foule qui croyait la guerre écartée. A la Chambre, avec seulement trois autres députés, les soixante-douze communistes rejetèrent les accords. La majorité de la population pensait qu'en cédant du terrain à Hitler, on éviterait une nouvelle guerre. Cette fois-ci, les communistes étaient persuadés que la France et le Royaume-Uni avaient voulu détourner vers l'URSS les foudres hitlériennes, et il est vrai qu'ils étaient nombreux, à droite, tant à Londres qu'à Paris, ceux qui pensaient que la moins mauvaise guerre serait celle qui aurait opposé le nazi au bolchevique. Pour les communistes, les choses étaient encore simples, l'antifascisme et la défense de l'URSS étaient un seul combat.

Le désarroi de nombreux communistes fut donc immense lorsque, par la radio et les journaux, ils prirent connaissance du pacte germano-soviétique le 23 août 1939 : l'Union soviétique devenait l'alliée de l'Allemagne nazie avec qui elle partageait des territoires d'Europe centrale (Pays baltes et Finlande), utiles pour protéger Leningrad. Après l'Autriche et la Tchécoslovaquie, les nazis lorgnaient maintenant du côté de la Pologne, faisant valoir des droits sur le couloir de Dantzig. Des négociations, de bas niveau, se croisaient, entre Londres, Paris et Moscou, en vue d'une alliance militaire de nature à contrer la menace allemande. Mais Staline avait décidé de retarder autant que possible l'heure de la confrontation avec Hitler. Tout en gagnant du temps et des espaces, il faisait aux Occidentaux le coup de Munich à l'envers, il leur montrait qu'il pouvait, en déviant Hitler vers l'ouest, être aussi cynique qu'eux. Dès le mois de mai 1939, les diplomates soviétiques à Berlin avaient commencé à prendre langue avec leurs homologues allemands. Des pourparlers secrets furent engagés, qui devaient permettre à l'URSS de rester à l'écart d'un conflit à l'Ouest. Le pacte fut signé le 23 août, des accords secrets prévoyaient, entre autres, le partage de la Pologne. Le 3 septembre, la Grande-Bretagne et la France déclaraient la guerre à l'Allemagne à la suite de l'agression de la Pologne mais ne firent rien pour empêcher son invasion. Il y eut quelques jours pendant lesquels les communistes français essayèrent de concilier leur fidélité à l'URSS et leurs convictions antifascistes. Antifascisme viscéral de ces communistes qui se sont engagés en masse pour l'Espagne et fidélité aveugle à l'URSS. Staline pouvait bien massacrer des communistes russes par dizaines de milliers, les communistes français le considéraient comme un dieu vivant. Ils ne voulaient pas savoir. Tous ces délégués au Komintern qui faisaient la navette entre Paris et Moscou pouvaient-ils ignorer que sur un effectif de 492 personnes comptabilisées au Komintern, 112 furent arrêtées en 1937 ou en 1938, et dans la plupart des cas, fusillées ?

Pas question de désavouer le pacte, mais aucune explication, aucune consigne ne leur parvint par les canaux habituels de l'Internationale. Alors, ils envoyèrent à Moscou, pour recevoir des explications, Arthur Dallidet, qui partit accompagné d'un de ses adjoints, Georges Beaufils. En attendant les explications, ils votent à l'Assemblée les crédits de guerre le 2 septembre et Thorez rejoint son unité.

Septembre 39 - Juin 40 : De la dissolution du Parti à l'entrée des Allemands dans Paris[modifier | modifier le code]

Mais la rupture était déjà consommée avec le premier ministre, Daladier. En août 1939, il attaque et interdit la presse communiste le 26 août, et dissout le Parti le 26 septembre.
Les communistes qui quittent le Parti pour cause de désaccord avec le pacte sont nombreux. La crise est très profonde et jouera un rôle considérable dans les crises ultérieures. Plus du tiers des députés communistes se désolidarisent du pacte germano-soviétique et quittent, au moins provisoirement, le parti. Vingt-deux des soixante-quatorze parlementaires communistes quittent le parti et le groupe communiste à l'Assemblée nationale pour créer un nouveau groupe parlementaire : l’Union populaire française. Trois autres dissidents ne rejoignent pas le nouveau groupe. Seule une petite minorité de ses transfuges sera résistante.
La politique répressive du gouvernement d'Édouard Daladier et de son ministre de l'intérieur, Georges Bonnet, et la façon dont elle est appliquée par les préfets a contribué paradoxalement à la survie de l'organisation en faisant taire les états d'âme.

Dallidet et Beaufils ne rencontrent à Moscou que des personnalités de second plan. Ils rentrent en France sans véritable éclaircissement sur les intentions des soviétiques. Ce n'est qu'à la fin du mois de septembre que Dimitrov fait parvenir à Paris des directives précises, transmises par Raymond Guyot, en poste à Moscou en tant que secrétaire général des jeunesses de l'IC. Ordre est donné de ne plus dénoncer que la « guerre impérialiste ».
Il n'y a donc pas eu de contact entre le parti français et Moscou entre le 20 août et le 20 septembre 1939. Aucune difficulté matérielle ne peut expliquer cette absence de contacts : l'URSS conserve des représentations diplomatiques dans les pays belligérants qui peuvent, en cas de crise, assurer le relais de l'appareil du Komintern.

En septembre 1939, tous les hommes jusqu'à 40 ans sont mobilisés, dont Maurice Thorez. Jacques Duclos, Benoît Frachon et Charles Tillon ont passé la limite d'âge. Ceux qui ne savent pas appliquer les consignes de sécurité sont arrêtés. Ainsi, la moitié du Comité central et trois membres du Bureau politique, Marcel Cachin, Pierre Sémard et François Billoux, se retrouvent incarcérés.

Le Parti, dans son ensemble, se retrouve complètement désorganisé. Il semble bien que l'hypothèse de l'interdiction n'ait pas été envisagée dans la mise en place de l'appareil clandestin [5]. C'était pourtant une condition de l'adhésion à la Troisième Internationale, de maintenir en place un appareil clandestin avec des planques, des caches de rechange, des imprimeries. Ainsi, même si le Parti pouvait mener une vie légale, il aurait dû pouvoir supporter de passer, volontairement ou non, à l'illégalité. La conjonction de la mobilisation et de la dissolution du Parti provoqua cette désorganisation que la mise sur pied d'un appareil clandestin avait précisément pour vocation d'éviter.

L'Internationale avait décidé de regrouper l'appareil du Komintern et l'essentiel de la direction française en Belgique. Fried y était déjà installé le 23 août 1939, Cerreti reçut le premier l'ordre de le rejoindre, et par la suite Maurice Thorez, Jacques Duclos, Arthur Ramette et Maurice Tréand. Un ordre officiel de Dimitrov, transmis par Mounette Dutilleul enjoignit à Thorez l'ordre de déserter. Il passa la frontière belge, et, de là, gagna Moscou.

Les dirigeants qui ne sont pas mobilisés par l'armée et que l'IC ne transfère pas à Bruxelles sont envoyés dans les différentes régions. Ainsi, Charles Tillon sera responsable régional à Bordeaux, Gaston Monmousseau à Marseille et Auguste Havez en Bretagne.

À Paris, le Parti maintient une activité minimale : distributions de tracts, parution épisodique de l'Humanité clandestine. C'est à Florimond Bonte que revient la mission de défendre la ligne du Komintern devant l'assemblée des députés. Il n'a pas même le temps de sortir son texte que le président Herriot ordonne aux huissiers de l'expulser. 317 municipalités contrôlées par le PC sont, arbitrairement, dissoutes, et 2 800 élus déchus de leurs mandats [6]. Au total, il y aura plusieurs milliers d'arrestations. La répression s'est installée jusque dans la CGT, réunifiée depuis 1936, mais toujours tenue en main par Léon Jouhaux. Dès le 18 septembre, le bureau confédéral excluait de la CGT tous ses membres qui ne souscriraient pas à sa condamnation du pacte. Dans de nombreux syndicats de base, les communistes étaient majoritaires : ils seront dissous par le ministre de l'Intérieur, 620, au total [7].

Les militants communistes disponibles, qui se battent pour la survie du Parti, réorganisent leurs structures clandestines. L'Union des jeunes filles de France (UJFF), dont Claudine Chomat, Danielle Casanova, Georgette Cadras, souvent appelées « agents de liaison » ou « femmes de liaison », assument en fait par intérim des responsabilités considérables.

La plongée dans la clandestinité implique la disparition de toutes les structures traditionnelles, cellules, rayons, et la mise en place de triangles, ou groupes de trois, principe de base de l'organisation clandestine. Le décret-loi du 9 avril 1940, présenté au président de la République par le ministre SFIO Albert Sérol (J.O. du 10 avril 1940), prévoyant la peine de mort pour propagande communiste, l'assimilant à la propagande nazie, accentue les risques. Schématiquement, un membre du triangle pour le contact en amont, un autre pour le contact en aval, et le dernier pour effectuer les tâches qui sont dévolues au groupe, par exemple, la distribution de tracts. En plus de cette organisation par trois, l'Organisation spéciale, plus communément appelée « OS », est un service d'ordre adapté à la situation nouvelle, qui doit assurer la sécurité des militants lors des distributions à risque. Cette mise en place de l'organisation clandestine se fera de façon très inégale selon les régions, au cours de l'année 1940.

Danielle Casanova et Victor Michaut sont chargés d'organiser une propagande pacifiste en direction des soldats sans jamais appeler à la désertion. Le niveau d'implication du parti dans quelques affaires de sabotage attestées dans des usines d'armement reste un sujet d'interrogation pour les historiens (Voir article détaillé La question du sabotage)[8].

En mai 1940, l'invasion allemande du pays ne simplifie pas une situation déjà difficile pour le parti entré en clandestinité. Le philosophe communiste Politzer sert d'intermédiaire pour nouer des contacts entre le ministre Anatole de Monzie, à sa demande, et Benoît Frachon, lequel répond en réclamant la levée de l'interdiction du Parti et l'armement de la population parisienne, pour constituer une sorte d'union sacrée pour la défense de Paris. Mais, tous les autres partis, qui siègent au gouvernement, décident que Paris ne sera pas défendu et tant le gouvernement que la direction du PCF doivent prendre leurs dispositions pour se replier vers le sud. Les autres partis, sans être interdits, disparaissent, remplacés par la "Légion" de Pétain.

Alors que le député d'Amiens, Jean Catelas reste à Paris le seul représentant de la direction avec Gabriel Péri, Frachon et son équipe (dont Victor Michaut, Arthur Dallidet et Mounette Dutilleul) se retrouve à Fursanne, près de Limoges, en Haute-Vienne.

Juin 1940 à juin 1941 : l'Occupation avant Barbarossa[modifier | modifier le code]

Les premiers mois de l'occupation[modifier | modifier le code]

Le 15 juin 1940, Duclos et Tréand, le responsable aux cadres, arrivent à Paris. Ils mettent près de 4 semaines avant d'établir un contact avec le groupe Frachon en Haute-Vienne.

Des démarches sont faites par Maurice Tréand, Jean Catelas et Robert Foissin auprès des autorités d'occupation pour négocier la reparution de l'Humanité. Ces démarches sont connues, sinon dictées par Duclos (les trois militants seront plus tard écartés pour protéger Duclos)[9]. Il en est de même des représentants du parti français à Moscou avec lesquels au moins huit lettres (dont certaines font une dizaine de pages) sont échangées entre la fin du mois de juin et le début du mois d'août. La ligne officielle du parti, émanant de Moscou et appliquée normalement par la Section française de l'Internationale communiste, ne met pas en priorité la lutte contre les nazis. Il est donc envisagé de sortir une Humanité légale (les autres journaux le sont), qui, passée au filtre de la censure, aurait adopté une neutralité vis-à-vis de l'occupant. Les pourparlers concernant le journal avortèrent finalement du fait des Allemands. Hitler désavoua Otto Abetz qui tentait d'amadouer les communistes désorientés. De leur côté, les autorités de Vichy obtinrent gain de cause pour empêcher la légalisation du parti.

Tant que durent les négociations, soit jusqu'à la fin d'août, on ne trouve dans les numéros clandestins du journal aucune attaque explicite contre l'occupant. En échange, note Peschanski, Abetz libère plus de 300 communistes emprisonnés depuis l'automne 1939[10]. Le terme de « fraternisation » apparaît dans les numéros 59 et 61 de l'Humanité clandestine qui sortent respectivement le 4 et le 13 juillet[11] :

« Les conversations amicales se multiplient entre travailleurs parisiens et soldats allemands : Nous en sommes heureux. Apprenons à nous connaître, et quand on dit aux soldats allemands que les députés communistes ont été jetés en prison et qu'en 1923, les communistes se dressèrent contre l'occupation de la Ruhr, on travaille pour la fraternité franco-allemande. »

Simultanément avec les démarches confidentielles pour la reparution de l'Humanité, la direction du Parti mène une politique de légalisation. Après neuf mois de clandestinité, il s'agit de profiter du vide politique pour réoccuper le terrain. Les élus locaux et les responsables syndicaux sont invités à sortir de leurs tanières pour reprendre le chemin de leurs permanences, à réoccuper les municipalités perdues, à effectuer des prises de parole. Cette ligne, suivie approximativement de juin à septembre, s'avère un désastre complet[12],[13].

Les négociations avec les Allemands pour la reparution de l'Humanité suscitent très vite de vifs débats chez les communistes disséminés aux quatre coins de la France. Ainsi, lorsque les communications sont rétablies, tant bien que mal, entre Paris et la Haute-Vienne, l'équipe autour de Frachon, qui avait eu vent des pourparlers, fut quelque peu traumatisée. Par exemple, selon Mounette Dutilleul, la question fut débattue en Haute-Vienne au sein de l'équipe Frachon[14] :

« C'est effectivement à quatre, Frachon, Michaut, Cadras, Dallidet, que se tient la réunion organisée dans les bois de Saint-Priest-Taurion. Marie et moi faisions "le pet". C'était là tout le service d'ordre dont nous pouvions disposer alors ! Ce que j'ai su, de cette réunion des quatre, c'est que Michaut et Cadras ne comprenaient, ni n'admettaient la demande officielle aux autorités d'occupation de la parution de l'Humanité. Frachon, moins tranchant dans son expression, pensait absolument nécessaire d'aller voir de plus près. Il fut décidé qu'il remonterait à Paris... »

Finalement, l'opération engagée avec le plein accord de l'IC fut désavouée par l'IC. Une directive datée du 5 août clarifie la ligne du Parti vis-à-vis des occupants :

« Selon informations arrivées par diverses voies au sujet situation en France, il est évident que le Parti est menacé de graves dangers de la part des manœuvres de l'occupant… Par conséquent, nous vous proposons la règle de conduite suivante :

1. Le Parti doit catégoriquement repousser et condamner comme trahison toute manifestation de solidarité avec les occupants.

2. Limiter tous rapports avec les autorités occupation strictement aux questions purement formelles et de caractère administratif.

3. Poursuivre les efforts pour obtenir la légalisation de la presse ouvrière et utiliser les moindres possibilités légales pour l'activité politique et la propagande.

8. Avisons la direction du Parti que Jacques est personnellement chargé de la responsabilité pour la réalisation inconditionnelle des indications présentes et invitons tous les membres de la direction avec maximum de fermeté, de responsabilité et discipline de fer et en exiger autant de tous les membres du parti. »

La conséquence du point 8 de la directive du 5 août sera la mise à l'écart de Tréand, partielle d'abord, puis totale et définitive à partir de la fin 1940. Ses attributions vont glisser progressivement sur Dallidet et Cadras.

Duclos est le principal rédacteur du tract connu sous le nom d'appel du 10 juillet 1940. À côté d'analyses tout à fait orthodoxes où sont mis en cause, en des termes virulents, tous les dirigeants de la Troisième République et les « ploutocrates » de Vichy, à côté des inévitables références à l'URSS, surgissent des évocations nationalistes qui appellent au redressement d'un peuple meurtri et humilié par une occupation ennemie :

« …La France encore toute sanglante veut vivre libre et indépendante… Jamais un peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves et si, malgré la terreur, ce peuple a su, sous les formes les plus diverses, montrer sa réprobation de voir la France enchaînée au char de l'impérialisme britannique, il saura signifier aussi à la bande actuellement au pouvoir SA VOLONTÉ D'ÊTRE LIBRE. »

Il est clair que ce texte où l'on recherche vainement les simples mots « allemands » ou « nazis » ne saurait en aucun cas être considéré comme un acte de résistance à l'occupant, mais démontre simplement que parallèlement aux démarches de reparution légale de leur presse, les communistes étaient déterminés à conserver un dispositif technique leur assurant la diffusion d'une expression indépendante de toute censure. Il contient également des appels à l'indépendance nationale et à la constitution d'un « Front de la liberté, de l'indépendance et de la renaissance de la France» qui ne peuvent, selon les termes de Stéphane Courtois que gêner l'occupant[15].

Beaucoup plus lourde de conséquences que les pourparlers pour la reparution de l'Humanité, la confirmation de la politique de légalisation du Parti a pour conséquence les rafles d'octobre et novembre 1940, qui envoient quelques milliers de militants rejoindre leurs camarades emprisonnés par Daladier.

La police de Vichy lance son offensive en région parisienne à la fin du mois de septembre. Une première série d'arrestations touche trois cents militants parmi lesquels de nombreux responsables politiques ou syndicaux. D'autres rafles suivent dans le reste de la France. En s'ajoutant aux internés de 1939, ils seront ainsi entre dix et vingt mille élus et militants [16] à s'entasser dans différents camps dont le plus connu est celui de Châteaubriant. Dès octobre 1940 commence la période de clandestinité totale qui durera jusqu'en 1944.

En dehors de la région parisienne, les responsables sont pratiquement coupés de tout contact et sont conduits par conséquent à improviser une ligne politique en fonction de leurs convictions. À Bordeaux, le 17 juin au matin, alors que les Allemands s'approchent de la ville, un colonel tout juste promu général, Charles de Gaulle parvient à s'envoler pour Londres d'où il prononcera son célèbre appel du 18 Juin. Ce même 17 juin, à 12H30, Charles Tillon, après avoir écouté le message radiodiffusé du nouveau chef d'état Philippe Pétain, rédige un tract intitulé Peuple de France, dont la teneur est révélatrice des sentiments qui pouvaient animer un communiste indépendant, mais nullement marginal au sein du parti :

« … Mais le peuple français ne veut pas de l'esclavage, de la misère et du fascisme, pas plus qu'il n'a voulu la guerre des capitalistes. Il est le nombre, uni, il sera la force… - Pour un gouvernement populaire, libérant les travailleurs, rétablissant la légalité du Parti communiste, luttant contre le fascisme hitlérien Peuple des usines, des champs, des magasins et des bureaux, commerçants, artisans et intellectuels, soldats, marins et aviateurs encore sous les armes, unissez-vous dans l'action. »

Ce qui distingue essentiellement la littérature communiste de Bordeaux de celle diffusée à Paris, c'est un appel explicite à la lutte contre l'occupant fasciste. En Bretagne, Auguste Havez sera encore plus percutant, le 22 juin  :

« …Il n'y aura pas de répit avant d'avoir bouté les bottes hitlériennes hors de notre pays… »

Du côté de la jeunesse, la vie clandestine se met également en place. Les jeunesses communistes sont moins directement touchées par les consignes du Komintern, qui se soucie principalement de l'organisation du Parti. Cependant, leur appareil, moins organisé, a bien du mal à résister au passage à la clandestinité. Les premiers mois de l'occupation sont marqués par des actions principalement individuelles et locales, surtout chez les étudiants : distributions de tracts dans le quartier latin et organisation d'une presse (notamment La relève et L'université libre). C'est avec l'arrestation du professeur Paul Langevin, le 30 octobre 1940, que le mouvement jeune et étudiant commencera à se mettre en place : des étudiants communistes et gaullistes, parmi lesquels François Lescure, secrétaire national de l'UEC clandestine, Danielle Casanova, secrétaire générale de l'UJFF ou encore Francis Cohen, organisent une manifestation devant le Collège de France, où Langevin enseignait, le 8 novembre : les quelques dizaines de manifestants sont vite éparpillés. Mais ce premier rassemblement crée la rumeur dans le quartier latin ; de par des distributions de tracts clandestines et le bouche à oreille, la première manifestation publique contre l'occupant se déroule le 11 novembre 1940, sur les Champs-Élysées : elle regroupe un ou deux milliers de jeunes et étudiants. En représailles, des centaines d'arrestations sont faites parmi les étudiants, y compris François Lescure, et la Sorbonne sera fermée pendant plus d'un mois.

La réorganisation du parti dans la clandestinité[modifier | modifier le code]

Au début du mois de septembre, Tillon refuse de remettre à un envoyé de Tréand la liste des principaux dirigeants de la région et des planques utilisées pour le matériel, parce que c'était contraire aux règles de la clandestinité. Dans les mois qui suivent, des règles semblables s'imposent à tous les échelons du Parti.

L'incartade de Tillon ne fait pas obstacle à son avancement. Sur proposition de Frachon il devient au début de l'année 1941 le troisième membre d'un secrétariat dont le chef est Duclos.

Frachon a écrit dans l'Humanité, en 1970[17], qu'il avait fait remonter Tillon de Bordeaux pour s'occuper de la lutte armée. Mais à la fin de 1940 ou même au début de 1941, il n'est nullement question de lutte armée contre l'occupant. Les groupes d'OS qui ont été créés ici et là sont essentiellement un service d'ordre adapté à la clandestinité, donc armé quand il y avait des armes, destiné à protéger les militants et à punir les traîtres. Tillon ne sera vraiment intégré à la direction qu'au mois de mai 1941.

Au début de 1941, Félix Cadras, que Frachon avait laissé en zone sud avec Victor Michaut, est rappelé à Paris, pour assumer les fonctions de responsable à l'organisation, ce qui libère Arthur Dallidet d'une partie de son travail. L'Humanité clandestine paraît assez régulièrement, mais jamais plus d'une fois par semaine, et de ce fait des intellectuels comme le philosophe Georges Politzer ou le journaliste Gabriel Péri sont sous-employés. Duclos suffit amplement à remplir le recto verso hebdomadaire. Les effectifs du Parti à cette époque ne doivent pas dépasser quelques dizaines de milliers [18], dont quelques centaines de permanents[19] qui vivent chichement mais touchent quand même leurs 2000 ou 2300 francs par mois. De par l'action de Jean Jérome et de Tréand, la plupart des caches qui abritent les différents trésors du Parti sont à nouveau sous contrôle.

À Paris, les Brigades spéciales anticommunistes du gouvernement de Vichy se font de plus en plus menaçantes. En mai 1941, à Paris, à la suite de l'interpellation de son agent de liaison, Jean Catelas (l'un des principaux responsables de l'organisation avec Dallidet et Cadras), puis Gabriel Péri et Mounette Dutilleul sont arrêtés. Deux mois plus tôt, le Parti a été décapité en zone sud avec la chute de Jean Chaintron et Victor Michaut. Le premier juillet 1941, le responsable de la région de Paris, André Bréchet tombe avec trente de ses camarades.

Juin 1941 - août 1944 : l'engagement dans la lutte armée et la convergence avec De Gaulle[modifier | modifier le code]

Le 22 juin 1941, à quatre heures du matin, l'Allemagne envahit l'URSS. À partir de cette date, Staline donne l'ordre aux communistes d'engager la résistance armée contre les Nazis, devenus dans la nuit les ennemis de l'URSS. Les communistes s'engagent alors à lutter aux côtés de l'URSS; c'est, alors, le seul parti français engagé dans la guerre en tant que tel. Le 21 août, sur le quai du métro Barbès, Pierre Georges, le futur colonel Fabien, décharge son 6.35 sur un officier de la Kriegsmarine, l'aspirant Moser. Il est d'usage de prendre cet événement comme point de départ de la lutte armée menée par le parti communiste contre les Allemands[20].

La vague d'attentats se prolonge jusqu'au mois de novembre et déclenche un processus de représailles consistant en l'exécution d'otages juifs ou communistes. L'escalade des représailles prit un caractère massif, le 22 octobre, avec la mise à mort de vingt-deux internés du camp de Chateaubriant, parmi lesquels le syndicaliste Jean-Pierre Timbaud et le jeune Guy Môquet, 17 ans, fils d'un député communiste. Ce n'était pas la première fois que les Allemands fusillaient dans la France occupée, mais jusqu'alors les victimes avaient été reconnus coupables au regard de la loi allemande, alors que certains internés de Châteaubriant n'étaient coupables qu'au regard de la loi française, pour avoir perpétré des sabotages pendant la drôle de guerre.

Les premiers commandos de choc des communistes sont constitués à partir des Jeunesses communistes (JC) sous le nom de « Bataillon de la Jeunesse ». Lentement, à partir de fin 1941, mais surtout début 1942, les FTPF (francs-tireurs et partisans français) furent mis sur pied comme un mouvement de résistance armée structurellement indépendant du Parti. Pendant toute l'année 1942 les communistes et des représentants de De Gaulle se rapprochèrent. Il n'est sans doute pas indifférent que l'URSS ait dégagé la voie en engageant avec De Gaulle des pourparlers qui devaient aboutir en septembre 1942 à la reconnaissance du Comité national français comme représentant légitime de la France. Un Juif galicien, Michel Feintuch, alias Jean Jérome, joue un rôle de première importance pour que des Français rencontrent d'autres Français : il apprend que François Faure, fils de l'historien d'art Élie Faure avait partie liée avec la Résistance gaulliste. Il le rencontra en avril 1942 et lui demanda de faire savoir au général que la direction du PCF était désireuse de débattre de sa forme de collaboration à l'organisation de la France libre. Finalement, les deux négociateurs, qui se rencontrent à plusieurs reprises sont Gilbert Renault, alias Rémy pour la France libre et, pour le PCF, Georges Beaufils, adjoint, en quelque sorte, de Jean Jérôme. Ces contacts aboutissent d'abord à quelques échanges entre le BCRA, service de renseignements de la France libre et les FTP : armes contre renseignements. À partir du mois d'août, les contacts deviennent plus politiques : Beaufils rencontre Pierre Brossolette, qui, cette fois-ci représente De Gaulle et qui insiste pour que le Parti soit représenté à Londres.
Fernand Grenier, ancien député de Saint-Denis et évadé du camp de Châteaubriand un an plus tôt, est ainsi désigné par Duclos pour aller représenter le Parti à Londres auprès de De Gaulle. C'est en compagnie de Rémy que Fernand Grenier embarque à Saint-Aven sur un bateau de pêche au début du mois de janvier 1943.

Lorsque les Américains débarquent en Afrique du Nord, en novembre 1942, parmi les milliers d'internés dans les divers camps de détention très durs, un grand nombre de prisonniers politiques étaient des communistes[21],[22] . Parmi eux, vingt-sept anciens députés, transférés en 1941 de la maison d'arrêt du Puy à Maison Carrée en 1941. Ils sont libérés par le Général Giraud plus de 2 mois après le débarquement américain[22], et certains d'entre eux feront partie de l'assemblée consultative que De Gaulle réunira pour la première fois en novembre 1943. Entre temps, les communistes auront joué un savant jeu de bascule entre Giraud et De Gaulle, car si Staline a soutenu inconditionnellement De Gaulle alors que Roosevelt tentait de pousser Giraud en avant, les communistes français se gardent bien de donner trop de pouvoir à celui dont ils savent bien qu'il deviendra tôt ou tard un adversaire politique[23], et qui entend bien en 1943 rester le patron de la France combattante. Après de longues négociations, en avril 1944 François Billoux, ancien membre du bureau politique et Fernand Grenier sont commissaires au CFLN puis ministres lorsque le CFLN deviendra le gouvernement provisoire. Entre-temps, en octobre 1943 De Gaulle laisse venir André Marty de Moscou, mais refuse le retour de Thorez, pour cause de désertion.

Quand Jean Moulin est parachuté en France le 1er janvier 1942, il a pour mission d'unifier la Résistance intérieure sous l'autorité de De Gaulle. Pendant plus d'un an, son action concerne presque uniquement les mouvements non communistes. Il concentre son action tout au long de l'année 1942 sur l'union des trois principaux mouvements de résistance de la zone sud : Combat, Libération et Franc-Tireur. Il ne rencontrera pas de représentants du Parti ou des FTP avant le mois de mars 1943 lorsqu'il s'agira de constituer le Conseil national de la Résistance. Ces premiers contacts, avec André Mercier et Pierre Villon se placeront d'emblée sous le signe du rapport de forces[24],[25].

De leur côté, les communistes réactivent, partir de novembre 1942, le Front national créé au printemps 1941. Pierre Villon (de son vrai nom Roger Ginsburger), un architecte alsacien qui avait eu des responsabilités au Komintern, en fut le principal dirigeant, mais dans la zone sud, Georges Marrane et Madeleine Braun ont couvert beaucoup de terrain pour rallier autour du Front national des populations ciblées dans les groupes de population qui n'étaient pas précisément réputées pour faire partie de la « clientèle » naturelle du Parti : médecins, musiciens, ecclésiastiques... Dans un contexte de clandestinité, il n'est pas très difficile pour le Parti de garder le plein contrôle du Front national, mais le recrutement dépasse largement le cadre des sympathisants du Parti. Les FTP, mouvement de résistance armée créé par les communistes est ensuite présenté comme l'émanation du Front national. À la même époque, sous l'impulsion de Jean Moulin, les trois mouvements de la zone sud fusionnent pour former les Mouvements unis de la Résistance (MUR) alors que les organisations militaires de ces mouvements formaient l'Armée secrète (AS). Pendant quelques mois, il est possible de défendre la position selon laquelle le Front national avait autant de légitimité que les MUR à fédérer la Résistance intérieure. Finalement, le Front national, ainsi que le PCF et la CGT participent à la fondation du Conseil national de la Résistance le 27 mai 1943, mais les FTP restent indépendants de l'Armée secrète jusqu'au 29 décembre 1943, date de la création des FFI. En fait, les FTP conservent leur propre structure jusqu'à la Libération[26].

Les militants communistes jouent aussi un rôle déterminant dans la Résistance en France annexée[27].

La cohésion profonde des communistes, les années d'expérience de la clandestinité leur donne un avantage certain sur toutes les autres composantes de la Résistance et à partir du moment où ils se sont intégrés aux différentes instances de la Résistance intérieure, ils s'efforcent de tirer parti de ces avantages dans les jeux de pouvoir [28]. Cependant, il ne faut jamais perdre de vue que quelles que soient les orientations prises par le Parti, qu'elles aient été décidées à Moscou ou dans le Hurepoix où résidaient les membres du secrétariat, la Résistance communiste, tout comme la Résistance non communiste n'ont pu exister que parce que des Français s'y sont ralliés sous forme relativement massive à partir de 1943. Que l'on considère les fusillés, les déportés, les titulaires de cartes de combattants de la Résistance, force est de constater que la part des communistes est importante[29].

Juin 1941 - août 1944 : la direction du Parti dans la clandestinité[modifier | modifier le code]

Le couple Frachon-Duclos[modifier | modifier le code]

Le Parti est dirigé pendant la guerre par deux hommes : Jacques Duclos et Benoît Frachon. Charles Tillon (à partir de mai 1941) et Auguste Lecœur (à partir de mai 1942), participent également aux réunions à peu près mensuelles du secrétariat. En août 1940, Duclos est désigné par Moscou comme le numéro un, mais les rencontres entre Duclos et Frachon sont fréquentes et prolongées, ce qui rend possible l'influence de Frachon sur l'ensemble des décisions prises par Duclos[30]. La relative autonomie des deux hommes s'inscrit dans le respect de la discipline vis-à-vis de l'Internationale communiste ou de l'URSS.

Paris et sa proche couronne étant devenues trop surveillées par la police, à partir de fin 1941, les trois membres du secrétariat s'installent en Seine-et-Oise, dans cette partie de l'actuelle Essonne que l'on appelle le Hurepoix : Tillon, d'abord, à Palaiseau puis à Limours, Duclos, à Villebon-sur-Yvette et Frachon à Forges-les-Bains.

Le couple Duclos-Frachon faisait déjà partie, avec Maurice Thorez et Eugen Fried du noyau dirigeant depuis le début des années 1930. Duclos est le chef, nommément désigné par le secrétariat de l'Internationale communiste le 5 août 1940. Benoît Frachon a probablement dominé intellectuellement le couple tout au long des années d'occupation. Quant à Fried et Thorez, ils sont, de fait, mis de côté : Fried, muté à Bruxelles au début des hostilités pour jouer un rôle de coordinateur sur toute l'Europe de l'Ouest, ne sert en fait que de boite aux lettres entre Moscou et Paris[31]. Il est tué le 17 août 1943 au cours d'une perquisition de la Gestapo. Thorez, sans doute influent auprès de Dimitrov pour envoyer des directives au Parti français voit son rôle pratiquement anéanti lorsque devant l'avance de la Wehrmacht sur Moscou, en automne 1941, il doit se réfugier à Oufa, dans l'Oural[32].

Tillon, Lecœur et les autres[modifier | modifier le code]

Il n'est pas possible ici de citer tous les hommes qui gravitèrent autour de la direction. Il en est cependant qu'on ne peut pas ignorer : Charles Tillon, coopté dès la fin de 1940 pour étoffer le secrétatriat, et qui, après quelques mois d'attente est chargé de mettre sur pied la lutte armée. Il sera le dirigeant des FTPF. Auguste Lecœur qui devient à partir du printemps 1942 le quatrième dirigeant, assiste aux réunions mensuelles du secrétariat et s'impose comme le grand chef d'orchestre de tout l'appareil du Parti. Arthur Dallidet, « responsable des cadres » jusqu'à son arrestation en février 1942, qui construit sur le terrain le Parti clandestin. Pierre Villon, d'abord chargé de superviser le Front national, puis de représenter celui-ci au sein du CNR et qui s'impose, après la disparition de Jean Moulin, comme l'homme fort du bureau permanent du CNR et de son émanation militaire, le COMAC[sigle à expliciter]. Jean Jérome, enfin, toujours proche de Duclos jusqu'à son arrestation en avril 1943, qui est non seulement le grand argentier du Parti, mais qui s'implique aussi bien dans la création du Front national que dans les premiers contacts avec la France libre. En zone sud, Georges Marrane et Raymond Guyot à partir de janvier 1942 ont joué un rôle de première importance.

Cinq ans de fonctionnement dans la clandestinité, sans aucune perte en ce qui concerne le premier cercle du secrétariat, en maintenant du début à la fin une communication à la fois avec Moscou et avec les différentes instances régionales et catégorielles du Parti, représente un cas unique dans l'histoire de la Résistance[33].

Un appareil clandestin centralisé et morcelé[modifier | modifier le code]

Il convient cependant de se poser la question sur le pouvoir effectif exercé par cette direction. La réponse est nuancée : d'un côté, le Parti reste centralisé, les militants acceptent la discipline encore plus facilement dans la tempête. D'un autre côté, la clandestinité pousse vers un cloisonnement qui induit naturellement des tendances locales autonomistes. Par exemple, Duclos ne connait pas grand-chose de la vie des FTP, mais Tillon ne connait pas grand-chose de la vie des FTP en zone sud qui sont rattachés directement à Duclos. Mais la direction des FTP en zone sud ne sait pratiquement rien de ce qui passe dans le plus grand maquis sous contrôle communiste, celui du Limousin dirigé par Georges Guingouin. Les FTP étrangers, de la MOI dépendent également directement de Duclos.

La diffusion de la Presse reste très centralisée, malgré la multiplication de bulletins spécialisés. Une fois par trimestre, les cadres du Parti reçoivent La vie du Parti, une trentaine de pages dans lesquelles il est très facile pour les cadres locaux de puiser de la matière pour en faire plusieurs tracts locaux. L'Humanité clandestine est tirée, dans l'imprimerie de Gometz-la-Ville à un nombre restreint d'exemplaires pour y être diffusée dans les régions, où ils sont reproduits en grand nombre avec les moyens spécifiques. La plupart des groupes FTP ne reçoivent du Centre guère plus que leur organe de presse, France d'abord, et des fascicules techniques, portant par exemple sur les différents types d'armes utilisées par les armées allemande et française. Il est hors de question qu'un maquis installé dans le Jura ou le Massif central puisse être piloté directement par la Commission militaire nationale (CMN) qui se réunit régulièrement près de Palaiseau.

À partir de juin 1941 où il n'est plus possible de communiquer au travers des ambassades soviétiques de l'Europe allemande, Duclos est en contact radio à peu près permanent avec les soviétiques. Dans un premier temps tous les messages transitent par Bruxelles, c'est-à-dire par Fried, des cheminots en assurant le transport. Par la suite, les liaisons radios ne furent jamais directes avec Moscou, mais transitaient par l'ambassade soviétique de Londres. Les opérateurs radio étaient souvent des anciens de France Navigation, flotte créée par l'IC et le PCF au moment de la guerre d'Espagne. Il arrive qu'ils communiquent entre eux, mais d'une façon générale, les radios sont strictement réservées aux liaisons avec les Soviétiques ou les Britanniques. Les liaisons intérieures se font d'homme à homme par le train, ce qui implique des délais d'au moins une semaine entre une question et une réponse, avec de très fréquentes pertes de contacts avec tel ou tel, qui peut durer plusieurs semaines. À partir de la chute de Trepper (Voir Orchestre rouge), début 1943, le même réseau de radios, celui du PCF, fut partagé par le Parti et par les services soviétiques.

Et Thorez ?[modifier | modifier le code]

Pas possible de ne pas parler de la dissolution de l'Internationale communiste (IC ou Komintern), en mai 1943, décidée par Staline pour rassurer ses alliés britannique et américain. Les répercussions pratiques furent insignifiantes, mais la nouvelle provoqua un certain choc chez tous les militants et dirigeants[34] : le PCF s'appelait officiellement Section française de l'Internationale communiste, et c'était une source de fierté pour les communistes d'être affiliés à une internationale. Lorsque le Parti se construisit une histoire de cette période, l'occasion fut saisie d'utiliser cette dissolution pour refaire la biographie de Maurice Thorez[35] qui était à Moscou depuis la fin 1939 : selon la version officielle, Thorez aurait quitté le territoire national à ce moment-là pour aller à la réunion de dissolution de l'Internationale[36].

Juin 1941 - août 1944 : grèves, maquis, guérilla urbaine[modifier | modifier le code]

La grève du bassin minier[modifier | modifier le code]

La grève des houillères du Nord, en mai-juin 1941 est le plus grand mouvement revendicatif des années d'occupation. Elle est animée par les communistes au premier rang desquels se trouvent Auguste Lecœur. La quasi-totalité des effecifs du bassin minier, environ 100 000 mineurs se mettent en grève sur la base de revendications classiques d'augmentation des salaires et d'amélioration des conditions de travail. Les Allemands eux-mêmes doivent organiser la répression pour faire cesser la grève. Des dizaines de supposés meneurs sont déportés[37].

Guingouin et le maquis du Limousin[modifier | modifier le code]

Le maquis de la Haute-Vienne, dirigé par Georges Guingouin est l'exemple le plus significatif du développement du Parti dans certaines régions françaises. Instituteur de 27 ans en 1940, Guingouin sitôt démobilisé réorganise son ancien « rayon communiste » et devient responsable de la Haute-Vienne dans le parti clandestin. Il prend le maquis vers le début de l'année 1941 à une époque où cette pratique n'est pas courante, ni chez les communistes, ni chez aucune mouvance de la Résistance balbutiante. Guingouin est surnommé le « préfet du maquis » car il parvient à contrôler partiellement certaines zones de son secteur. En 1944, la Haute-Vienne est le département qui compte le plus grand nombre de résistants armés, soit environ 8000 hommes. Peu discipliné vis-à-vis de la direction communiste en zone sud représentée par Léon Mauvais, Guingouin reçoit la capitulation sans conditions des forces allemandes occupant Limoges, le 21 août 1944. Promu au grade de lieutenant-colonel FFI, Guingouin est grièvement blessé dans un accident de voiture en novembre 1944. Par delà le cas particulier du maquis du Limousin, le Parti s'est surtout développé au sud, mais la direction du Parti était au nord.

L'engagement de la Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée[modifier | modifier le code]

Les étrangers jouent un rôle primordial dans l'histoire du Parti pendant la guerre. De nombreux étrangers immigrés en France avant la guerre pour des raisons politiques ou économiques, sont communistes, ce qui ne pose guère de problème pour un parti internationaliste où la section française n'est qu'une parmi d'autres dépendant de l'IC (Internationale communiste ou Komintern). Les différentes sections des MOI (Main d'œuvre immigrée) sont regroupées par nationalité et ne dépendent pas directement du parti français. Certains étrangers ont des responsabilités auprès du PCF, comme Eugen Fried, qui est son tuteur, mais aussi Allard-Cerreti, un italien, ou Jean Jérome, juif polonais immigré que l'on considère comme le grand argentier du Parti entre 1939 et la fin des années 1960. Des Français, comme Jacques Duclos ou André Marty ont également des responsabilités dans l'Internationale et sont amenés à encadrer des partis frères.

Les différents groupes MOI sont particulièrement déterminés dans la lutte contre l'occupant, parce qu'ils n'attendent aucune clémence de la part des Allemands, ou parce que le régime de Vichy ne leur laisse guère de choix en dehors de la clandestinité et de l'internement. Parce qu'ils dépendaient directement du Komintern, par l'intermédiaire de Duclos, on a souvent pensé que c'étaient eux que l'on envoyait en première ligne lorsque venait l'ordre de Moscou d'intensifier le combat, alors que les groupes français étaient beaucoup plus insérés dans une dynamique nationale. À Paris, Joseph Epstein, alias colonel Gilles est un responsable des FTP MOI. On lui confie également la responsabilité des combattants FTP de l'ensemble de la région Parisienne où la formation de véritables commandos de quinze combattants permet de réaliser un certain nombre d'actions spectaculaires, qui n'auraient pas été possibles avec les groupes de trois qui étaient la règle dans l'organisation clandestine depuis 1940. De juillet à octobre 43, il y a ainsi à Paris une série d'attaques directes contre des soldats ou des officiers Allemands. Ces commandos sont de plus en plus constitués d'étrangers de la MOI. Le groupe de Missak Manouchian est le plus célèbre. Des maquis MOI ont également joué un rôle de première importance dans la zone Sud, par exemple pour la libération des villes de Lyon et de Toulouse.

Fabien et la Libération de Paris[modifier | modifier le code]

Fabien, après avoir abattu un officier Allemand à la station de métro Barbès, vient à connaitre l'univers des FTP : la guérilla urbaine dans Paris, les maquis dans le Doubs, les déraillements de trains dans le Pas-de-Calais... Il est blessé d'une balle rentrée dans la tête par le côté droit et ressortie par le côté gauche, arrêté, torturé, prisonnier, évadé. Son père et son beau-père sont fusillés.

Le 24 août 1944 dans Paris insurgé, âgé de 25 ans et ayant pris du grade, il dirige l'attaque du palais du Luxembourg qui abrite l'état-major de la Luftwaffe, protégé par d'énormes blockhaus. Le palais est trop bien défendu pour les assaillants, qui ne disposent que d'armes légères. La nouvelle parvient à Fabien que trois chars de Leclerc sont arrivés en éclaireurs à Notre-Dame. Renseigné sur le moyen de joindre Leclerc, il envoie un émissaire à Thiais, et Leclerc met sept chars à sa disposition. Le lendemain, Fabien prend le palais du Luxembourg avec les compagnies FTP du 5e, 6e, 13e et 15e arrondissements et les sept chars de Leclerc. Au même moment, un autre ancien des brigades, Tanguy, dit Rol, chef des FFI de l'Ile-de-France, reçoit avec Leclerc la reddition du général Von Choltitz. Paris n'aura pas connu le sort de Varsovie, rasé et écrasé avant d'être libéré. Plus d'un millier de résistants, FFI ou civils, meurent quand même au cours de l'insurrection de la capitale. Pour terminer sa soirée, Fabien se rend au 44 de la rue Le Pelletier, ancien siège du Parti, reconquis les jours précédents par Camphin et Ballanger, et où convergent tous les responsables du Parti.

1944-64 De la Libération à la mort de Thorez[modifier | modifier le code]

1944-47 Les communistes à la Libération[modifier | modifier le code]

Le PCF à son apogée[modifier | modifier le code]

Le Parti sort de la guerre plus fort qu'il n'a jamais été, sa popularité s'accroit. Le nombre d'adhésions s'envole vers des sommets jamais atteints, 370 000 adhérents en décembre 1944, 800 000 à la fin de 1946[38]. Sur le plan électoral, second derrière le MRP aux élections de juin 1946, il prend la première place en novembre de la même année, avec 28,6 % des suffrages, à comparer à 15,3 % obtenus aux législatives de 1936. De Gaulle démissionne en janvier 1946. Les communistes participent aux différents gouvernements jusqu'en mai 1947, en obtenant une participation plus substantielle que leurs deux fauteuils du gouvernement provisoire. Tillon est ministre, sans interruption, de septembre 1944 à mai 1947, d'abord ministre de l'Air, puis de l'Armement, enfin de la Reconstruction. Thorez, d'abord ministre de la Fonction publique, termine sa carrière gouvernementale comme vice-président du Conseil après avoir raté de peu l'investiture pour la première place.

Aux côtés du Parti, les organisations de masse qui lui sont liées connaissent elles aussi leur apogée. Ainsi des Jeunesses communistes devenues en 1945 Union de la jeunesse républicaine de France, plus grand groupe politique de l'Histoire de France (250 000 adhérents)[39].

En fait, si l'on y regarde de près[40], il n'y a pas seulement un progrès quantitatif, mais une mutation profonde du Parti. Essentiellement ouvrier avant-guerre, il sort de la période d'occupation avec une implantation nationale. La nouvelle place qu'il prend dans le paysage politique français ne varie plus guère dans les 40 ans qui suivent la Libération.

Les mutations du Parti[modifier | modifier le code]

On réalise les mutations sociologiques opérées par le Parti en considérant les cartes d'implantation des adhérents et de résultats aux élections en 1938, 1947 et 1981. En 1938, les zones de forte implantation correspondent, en gros aux fortes implantations ouvrières, alors qu'en 1947, on voit une implantation dans certaines zones rurales. Les zones d'influence du PCF après la guerre dessinent, en creux, la carte de pratiques religieuses (établies par le chanoine Boulard, dans les années d'après guerre) dont on sait qu'elles sont révélatrices du plus grand invariant politique du paysage politique Français[41]. Les zones d'influence du PCF sont restées plus stables entre 1945 et 1981 qu'elles ne le furent entre 1938 et 1945.

Les zones rurales dans lequel le PCF obtient son meilleur score sont celles qu'Emmanuel Todd[42] associe à la famille communautaire, c'est-à-dire un système anthropologique familial dans lesquelles relations entre parents et enfants, ou celles entre frères, sont de type autoritaire. Ce sont aussi les zones dans lesquelles le nombre de pratiquants catholiques est le plus faible. Autrement dit, le PCF s'est coulé dans le paysage politique traditionnel. L'implantation dans le milieu ouvrier est encore importante, mais ce n'est plus la dominante.

Comparaisons historiques[modifier | modifier le code]

Le tableau de coefficients de corrélations ci-dessous a été établi dans l'espace des départements français. Lorsqu'on fait les mêmes calculs dans l'espace des communes d'un même département, on obtient des résultats beaucoup plus sociaux, beaucoup moins historiques. Ce tableau, donc, fait ressortir que le PCF de 1947 est plus proche de celui de 1981 que de celui de 1938. Il fait ressortir également la forte proximité qui existe entre le vote communiste et la déchristianisation.

Adh 38 (%) Adh 47 (%) Vote PCF 45 (%) Marchais 81 (%) Prat. relig.
Adh 38 (%) 1.00 0.39 0.59 0.48 -0.36
Adh 47 (%) 0.39 1.00 0.74 0.72 -0.53
PCF 45 (%) 0.59 0.74 1.00 0.75 -0.58
March. 81 (%) 0.48 0.72 0.75 1.00 -0.57
Prat. relig. -0.36 -0.53 -0.58 -0.57 1.00

Un parti de fonctionnaires ?[modifier | modifier le code]

En 1947, le PCF est d'abord le parti du secteur public. Il va le devenir de plus en plus. Et pourtant, c'est cette même année que le PCF établit pour une longue durée son hégémonie sur le principal syndicat ouvrier, la CGT. En fait, c'est tout le monde communiste qui bascule lentement et durablement vers le secteur public. Philippe Buton fait remarquer que chez Renault, le Parti qui comptait 7675 communistes encartés en 1937 sur un total de 33000 ouvriers, n'en compte plus que 1750, en 1946 sur un total de 21000 ouvriers[43].


La nomination de Maurice Thorez comme ministre de la fonction publique est tout à fait emblématique. Fin 44, à son retour de Moscou, il avait remis les ouvriers au travail pour reconstruire la France. Ce sont les fonctionnaires qui font grève au printemps 46 et se voient accorder en octobre le statut de la fonction publique élaboré par Thorez, et qui leur accorde, officiellement, cette fois-ci, le droit de grève qu'il avait paru tout à fait naturel de leur refuser jusque là, comme on le refusait aux militaires. L'article 32 de ce statut prévoit que la rémunération minimum du fonctionnaire doit être égal à au moins 120 % du minimum vital: Cette disposition ne sera jamais vraiment appliquée, mais il est affirmé, symboliquement, que le fonctionnaire doit être un peu plus égal que les autres.

Anticapitaliste par définition, le PCF se trouve en résonance de façon tout à fait exceptionnelle avec son époque. Les communistes n'ont pas eu besoin de noyauter le CNR pour lui faire préparer un programme de nationalisations, depuis la crise économique des années 1930 la conviction que l'État doit mener la politique économique et industrielle de la nation est fortement implantée dans l'ensemble de la classe politique. Le programme de la révolution nationale lui-même avec ses accents corporatistes et protectionnistes proposait une refonte de l'économie[44].

"Dans son grand discours du 12 octobre 1940 sur la politique sociale, le Maréchal Pétain dénonce le capitalisme importé de l'étranger, qui s'est dégradé pour devenir un "asservissement aux puissances d'argent", et il promet un "régime social hiérarchisé" qui "garantira la dignité du travailleur jusque dans sa vieillesse" (discours écrit par Gaston Bergery). la Loi du 18 septembre 1940 avait accru la responsabilité du président d'une société en cas de faillite et interdisait de cumuler plus de 2 postes de direction.

1944-1954 : le PCF jusqu'à la mort de Staline[modifier | modifier le code]

À la fin de la guerre, le PCF prépare une prise de pouvoir. Déjà solidement implanté dans les organes dirigeants de la Résistance (CNR, MUR, FFI, COMAC), il est à l’origine du programme du CNR. En janvier 1944, les milices patriotiques sont créées, pour lancer le mouvement venu l’insurrection populaire. Il dispose avec les comités locaux de Libération d’une présence et de relais en tout point du territoire. Enfin, la situation leur est en partie favorable, là où les anciens maquis rouges leur donnent un poids considérable face à l'autorité d'un gouvernement provisoire très fraîchement mis en place. L'expérience léniniste peut les inciter, également, à profiter des aubaines de l'Histoire. Mais l’insurrection ne démarre pas : la population ne suit pas, et le PCF doit abandonner l’idée d’une prise du pouvoir par la force. Staline ne donne pas au Parti français de directives en ce sens, et l'aspiration à la paix et à l'union de tous les Résistants est partout très forte, y compris chez les résistants communistes. Le retour négocié de Maurice Thorez (27 novembre), la dissolution par De Gaulle, le 28 novembre 1944, des milices patriotiques, finalement acceptée, marquent le passage à une tactique électorale[45]. Les communistes participent à tous les gouvernements jusqu'en mai 1947, Thorez prêche la bonne parole au sein de la classe ouvrière pour la bataille de la production. Il est, fin 1945, vice-président du conseil, dans le dernier gouvernement présidé par De Gaulle.

Début 1947, plusieurs facteurs contribuent à la rupture : le début de la guerre d'Indochine pour laquelle les députés communistes refusent de voter les crédits, la situation sociale qui se dégrade rapidement, avec le déclenchement d'une grève à Renault, le 25 avril, et aussi, sur le plan international, la plongée inexorable dans la guerre froide. Finalement, les députés refusent de voter la confiance au gouvernement, et le président du conseil Ramadier révoque les ministres communistes le 5 mai 1947. Les communistes se lancent alors dans des manifestations, grèves insurrectionnelles et sabotages : le 3 décembre 1947, 15 sabotages sont effectués, dont une partie sur des voies ferrées, provoquant 7 déraillements, dont un près d'Arras (Nord), faisant 16 morts[46].

Quelques mois plus tard après la révocation des ministres communistes, en septembre 1947, à la conférence de Szklarska Poręba, en Pologne, qui réunit 9 PC européens, les délégués français Duclos et Fajon doivent faire l'autocritique du PCF devant le représentant soviétique Jdanov pour avoir participé trop longtemps à la démocratie parlementaire bourgeoise en oubliant leur spécificité communiste.

Les communistes ne participent plus à aucun des gouvernements de la IVe et se replient, au niveau national, sur leurs bastions que représentent la CGT, dont les communistes ont pris le contrôle en 1947, et les municipalités de communes ouvrières, et au niveau international, sur le mouvement communiste stalinien. Cet isolement ne l'empêche pas d'attirer l'adhésion ou la sympathie d'un grand nombre d'intellectuels parmi lesquels on retient généralement les noms de Picasso, Aragon et Éluard.

À la direction du Parti, on retrouve Thorez, Duclos et Frachon, encore que ce dernier se consacre au travail syndical au sein de la CGT, dont il est secrétaire national depuis 1947. Thorez restera le dirigeant incontesté du Parti jusqu'à sa mort, en 1964, mais en 1950, il est frappé d'hémiplégie et effectue de nombreux et longs séjours à Moscou pour se faire soigner. À nouveau, c'est Jacques Duclos qui en son absence prend les rênes du Parti. Jeannette Vermeersch, femme de Thorez occupe un rôle de plus en plus important, mais à la fin des années 1940, et surtout au début des années 1950, l'étoile montante du Parti est Auguste Lecœur qui sera un moment considéré comme le dauphin de Thorez. Lecoeur sera brutalement évincé de la direction et exclu du Parti en 1954. Deux ans avant, deux autres dirigeants célèbres, Marty et Tillon avaient été également brutalement écartés du bureau politique. En l'absence de Thorez, c'est Duclos qui exécute l'opération, avec le concours de Léon Mauvais qui préparait un dossier depuis plusieurs mois.

Durant toute la période de la guerre froide, le PCF reste inconditionnellement inféodé à l'URSS. Le culte de Staline est célébré sans restriction dans l'ensemble de la presse communiste. La lutte contre l'impérialisme américain est hissée aux toutes premières places des priorités du Parti, et souvent proclamée plus bruyamment que l'opposition à la guerre d'Indochine ou le réarmement allemand (CED). Ainsi, la manifestation contre Ridgway en 1952, qui sera l'une des plus dures de l'après-guerre, illustre la conviction chez de nombreux communistes de l'imminence d'une guerre voulue par les États-Unis.

1955-1964 l'avènement de Khrouchtchev et les dernières années de Thorez[modifier | modifier le code]

La mort de Staline, le 5 mars 1953, entraîne un lent dégel. Ses successeurs, parmi lesquels se détachera Khrouchtchev, ne vont pas tarder à remettre en cause non seulement le culte de la personnalité dont Staline avait été l'objet, mais aussi ce qu'il est convenu d'appeler les crimes de Staline, c'est-à-dire le système concentrationnaire connu plus tard sous le nom de goulag. Contrairement au Parti communiste italien, les dirigeants du PCF refusent pendant longtemps, jusqu'en 1958 au moins, de révéler aux cadres du parti ce que leur ont appris les nouveaux dirigeants soviétiques sur le goulag et de remettre en cause l'image de Staline. On a pu dire que la remise en cause de l'image de Staline aurait pu entraîner celle de Thorez dont le culte avait toujours été célébré en même temps que celui de Staline.

En 1956, le PCF apporta cependant tout son soutien à l'URSS lors de la répression menée contre l'insurrection anti-soviétique en Hongrie. De nombreux intellectuels français commencent à se détacher du parti français, qu'ils en soient adhérents, comme Edgar Morin ou compagnons de route comme Jean-Paul Sartre. Le PCF reste cependant solidement implanté dans la classe ouvrière et dans les nouvelles couches qu'il a su conquérir à la Libération.

En 1958, le retour au pouvoir de De Gaulle, plébiscité par de nombreux français, qui espèrent que l'ancien fondateur de la France libre saura trouver une issue à la guerre d'Algérie, contribue à l'affaiblissement et à l'isolement du PCF. Aux législatives de novembre, les candidats du parti n'obtiennent que 19,2 % des voix (contre 25,9 % en 1956 et 28,2 % en 1946).

Au sein du Parti, avec les étudiants communistes, de nombreux militants et cadres commencent à mettre en cause la position d'isolement du parti. Laurent Casanova, proche de Thorez dont il avait été secrétaire avant la guerre, va assez loin dans ce sens avec le soutien de Khrouchtchev. Thorez résout le problème en négociant avec Khrouchtchev son soutien inconditionnel aux soviétiques dans le mouvement communiste international. En mai 1961, au XVIe Congrès du parti, Casanova est évincé du Bureau Politique et du Comité Central avec Marcel Servin et d'autres dirigeants.

Article détaillé : Affaire Servin-Casanova.

À ce même XVIe congrès, Thorez fait promouvoir au Bureau Politique et au secrétariat un certain Georges Marchais.

Maurice Thorez décède le 11 juillet 1964. Waldeck Rochet lui succède.

Le PCF après 1968[modifier | modifier le code]

Pour la partie contemporaine voir Parti communiste français

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Komintern », « Internationale communiste » et « Troisième Internationale » sont des synonymes : Komintern est l'abréviation russe d'« Internationale communiste », qui désigne la « Troisième Internationale ».
  2. Le Cercle communiste démocratique, la Ligue communiste, l'[[Union communiste (groupe)|]], entre autres.
  3. Par exemple dans les anciens départements annexés à l'Allemagne. Pierre Schill, 1936. Visages et figures du Front populaire en Moselle, Metz, Éditions Serpenoise, 2006
  4. Jean-Paul Brunet, Histoire du PCF, PUF, 1987.
  5. Stéphane Courtois, Le PCF dans la guerre, Ramsay, 1980, p.56-57; Courtois cite notamment Giulio Cerreti et Giulio Cerreti
  6. Stéphane Courtois, Le PCF dans la guerre, Ramsay, 1980, p.58
  7. Stéphane Courtois, Le PCF dans la guerre, Ramsay, 1980, p.68
  8. Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier, Juin 40, la négociation secrète, éd. de l'Atelier, 2006, p.76-85
  9. http://chrhc.revues.org/index1615.html
  10. Denis Peschanski, Les avatars du communisme français de 1939 à 1941, dans La France des années noires, éditions du Seuil, coll. Points, 1993, p. 446.
  11. Humanité clandestine, n°61.
  12. Denis Peschanski, Les avatars du communisme français de 1939 à 1941, dans La France des années noires, éditions du Seuil, coll. Points, 1993, p.451
  13. Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, Juin 40, la négociation secrète, Éditions de l'Atelier, 2006, p.161
  14. Souvenirs de Mounette Dutilleul.
  15. Stéphane Courtois,Le PCF dans la Guerre, Ramsay, 1980 p.139-140
  16. Robrieux parle de 18 000 militants internés ou en prison à la fin de l'année 1940 (Histoire intérieure du parti communiste français, Tome 1, 1980, p.523), Denis Peschanski, dans Les avatars du communisme français de 1939 à 1941, dabs La France des années noires, Tome 1, Collections Points Seuil, 2000 (1ere ed 1993) mentionne 5553 arrestations jusqu'au 31 mai 1940 (p.444) et de 4000 à 5000 arrestations de juillet 1940 à juin 1941 (p.451)
  17. Les communistes et la lutte arméependant l'occupation, Lucien Benoit interroge Benoît Frachon, L'Humanité, 12 décembre 1970, p.7
  18. Philippe Button (Les lendemains qui déchantent, Presses de la fondation nationalae des sciences politiques, 1993, p.75) estime les effectifs à 5 000 pendant la drôle de guerre et à 20 000 à l'automne 1940
  19. Philippe Robrieux, (Histoire intérieure du parti communiste, 1920-1945, Fayard, 1980, p.541), parle de 400 permanents présents lors de la grêve des mineurs de 1941 et d'une centaine de permanents autour des services centraux en 1943-44
  20. En fait Ouzoulias rapporte un autre attentat qui aurait été perpétré le 13 août par trois amis de Fabien, Maurice Le Berre, Manuel et Bourdarias: L'officier allemand abattu venait de quitter une prostituée et de ce fait, les Allemands n'auraient pas ébruité l'affaire (Albert Ouzoulias,Les Fils de la nuit, Grasset, 1975 p.318-319). Berlière et Liaigre qui n'ont trouvé aucune trace de cet attentat dans les archives de la police doutent qu'il ait eu lieu (Le sang des communistes, Fayard, 2004, p.101)
  21. Denis Peschanski, La France des camps, l'internement, 1838-1946, Gallimard, 2002, p.304-308
  22. a et b Christine Levisse-Touzé, L'Afrique du Nord dans la guerre, 1939-1945, Albin Michel, 1998, p.296-297
  23. Stéphane Courtois, Le PCF dans la guerre, Ramsay, 1980, p.332-333
  24. Pierre Péan, Vie et morts de Jean Moulin, Fayard, 1998, p.468-469
  25. Courtois, Le PCF dans la Guerre, p.328-331
  26. Jean-Paul Brunet, Histoire du PCF, PUF, coll Que-sais-je, 2eme ed, 1987, p.76-80
  27. Actes du colloque « Annexion et nazification en Europe » (Metz, 7 et 8 novembre 2003), publiés sous la direction de Sylvain Schirmann (université de Strasbourg), sur le site internet du Mémorial d'Alsace-Moselle à Schirmeck, notamment les communications de Pierre Schill (p. 173 à 187) et Léon Tinelli (p. 163 à 172). Lire en ligne
  28. Courtois, Le PCF dans la Guerre, p.382-3388
  29. Philippe Buton, Les lendemains qui déchantent, le Parti communiste français à la Libération, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 1993, p.75-79
  30. Emmanuel de Chambost, La Direction du PCF dans la Clandestinité (1941-44), L'Harmattan, p.148-149
  31. Annie Kriegel et Stéphane Courtois, Eugen Fried, le grand secret du PCF, éditions du Seuil, 1997, p.370-381
  32. Claude Pennetier, Notice biographique Maurice Thorez dans Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, 2000
  33. Voir par exemple l'histoire des différents mouvements de résistance ayant participé à la réunion constitutive du CNR en mai 1943
  34. Emmanuel de Chambost, La Direction du PCF dans la Clandestinité (1941-44), L'Harmattan, p.227-229
  35. de Chambost, p.278-279
  36. Commission d'Histoire auprès du Comité central du Parti communiste français, sous la direction de Jacques Duclos et François Billoux, histoire du Parti communiste français (manuel), éditions sociales, 1964, p.421-423
  37. Philippe Robrieux, Histoire intérieure du parti communiste, Tome 4, Fayard, 1984, p.380
  38. Philippe Buton, Les lendemains qui déchantent, le parti communiste français à la Libération, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 1993, p.269-270
  39. Guillaume Quashie-Vauclin, L'Union de la jeunesse républicaine de France. 1945-1956. Entre organisation de masse de jeunesse et mouvement d'avant-garde communiste, Paris, L'Harmattan, 2009.
  40. Philippe Buton, Les lendemains qui déchantent, p.279-286
  41. Hervé Le Bras, Les trois France, Éditions Odile Jacob, 1986, p.77, 84-95
  42. Emmanuel Todd, La Troisième planète, Le Seuil, 1982.
  43. Philippe Buton, Les lendemains qui déchantent p.287
  44. Robert Paxton, La France de Vichy, Le Seuil, 1972, p. 207 (ou bien, dans l'édition de 1997, p. 190). Voir aussi la préface de Jacques Duquesnes, Les catholiques sous l'occupation, édition de 1986.
  45. Max Lagarrigue, « Le PCF a-t-il voulu prendre le pouvoir à la Libération ? », Les tondues de 1944, arkheia no 17-18, 2006, ISSN 0292-0689, p 10-11
  46. Philippe Robrieux, Histoire intérieure du parti communiste, 1945-72, Fayard, 1981, p. 252-253 : « [après le déraillement] Sur-le champ, la direction du Parti crie à la provocation policière. Seuls quelques initiés sauront que l'initiative de ce déraillement revient à d'anciens activistes de la clandestinité qui croyaient ainsi arrêter un train de C.R.S. ([Note: Seule la question de l'origine des directives demeure encore controversée : on ne sait pas si les ordres furent donnés par la direction nationale ou la direction régionale, ou... par des responsables locaux entièrement galvanisés par la lutte clandestine) ».

Bibliographie succincte[modifier | modifier le code]

  • La revue historique : Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique (successeur des Cahiers d'histoire de l'IMT et des Cahiers d'histoire de l'IRM).
  • La revue historique : Communisme.
  • Claude Angeli, Paul Gillet, Debout Partisans, Fayard, 1970.
  • Jean-Pierre Azéma, De Munich à la Libération, 1938-44, Editions du Seuil, 1979.
  • Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, Le Sang des Communistes, Fayard, 2004.
  • Philippe Bernard, La fin d'un monde, 1914-1929, Editions du Seuil, 1975.
  • Roger Bourderon, « Mai-Août 1940, de Paris à Moscou, les Directions du PCF au jour le jour », Cahiers d'Histoire de l'IRM, n° 52-53, 1993.
  • Philippe Bourdrel, L'épuration Sauvage 1944-45, Perrin, 2002.
  • Jean-Paul Brunet, Histoire du PCF, PUF, 1987.
  • Philippe Buton, Les Lendemains qui déchantent, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 1994.
  • Giulio Cerreti, A l'Ombre des Deux T, Julliard, 1973.
  • Stéphane Courtois et Marc Lazar, Histoire du PCF, PUF, 1995.
  • Stéphane Courtois, Le PCF dans la Guerre, Ramsay, 1980.
  • Stéphane Courtois, « Le Front National », dans La France des Années Noires, Tome 2, Le Seuil, 1993.
  • Raymond Dallidet, Raph, Vive le Parti Communiste Français, Société d'éditions générales, 1987.
  • Emmanuel de Chambost, La direction du PCF dans la clandestinité, (1941-44), L'Harmattan, 1997.
  • Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Tome 1 L'appel 1940-42, Tome 2 L'Unité, 1942-44, Tome 3, Le Salut, 1944-46, Librairie Plon, 1954, 1956, 1959.
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]