Sénat conservateur

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Sénat Conservateur

Description de l'image  Médaille en vermeil Sénat conservateur (Constitution de l'an VIII) sans txt.svg.
Type
Type Chambre haute
Structure
Membres

Palais du Luxembourg, Paris

Description de cette image, également commentée ci-après

Photographie du lieu de réunion

Le Sénat conservateur est institué par la Constitution de l'an VIII de la République française (9 novembre 1799) (Consulat). Il constitue, avec le Tribunat et le Corps législatif, une des trois assemblées législatives du Consulat. La Constitution de l'an X et la Constitution de l'an XII (), instaurant l'Empire, renforcent l'importance de cette assemblée.

Un sénat chargé de conserver la constitution[modifier | modifier le code]

Entête des registres du Sénat conservateur

Rédigée sous l’influence directe du nouveau maître du régime, le Premier Consul Bonaparte, la Constitution du 22 frimaire an VIII () est la première à re-créer un Sénat. Bonaparte fait de ce "Sénat conservateur", chargé de veiller à la conservation de la Constitution, un élément-clé de son régime.

Ce premier Sénat compte seulement soixante membres inamovibles, âgés de quarante ans au moins, auxquels devaient s’ajouter, à raison de deux membres supplémentaires chaque année pendant dix ans durant, une vingtaine de membres supplémentaires.

La formation de cette assemblée ne passe pas par des élections. La Constitution prévoit que Sieyès et Roger-Ducos, deuxième et troisième consuls sortants, sont membres de droit du Sénat. Il leur revient en concertation avec Cambacérès et Lebrun (nouveaux deuxième et troisième consuls désignés directement par la Constitution) le privilège de nommer la majorité du Sénat, c’est-à-dire vingt-neuf autres sénateurs. Cette majorité doit nommer ensuite elle-même les autres membres. Le Sénat se recrute donc lui-même et, par la suite, remplacera ses membres décédés en choisissant parmi trois candidats présentés respectivement par le Premier Consul, le Tribunat et le Corps législatif.

Le Sénat napoléonien s’installe au Luxembourg et siège dans la partie centrale du bâtiment, aménagée en hémicycle par Chalgrin, l’architecte du Palais. “Les séances, dit la Constitution, ne sont pas publiques.” Le premier Sénat conservateur accueille d’anciens membres des assemblées révolutionnaires (François de Neufchateau, Garat, Lanjuinais), mais aussi des savants (Monge, Lagrange, Lacépède, Berthollet), des philosophes (Cabanis), ou encore l’explorateur Bougainville et le peintre Vien, membre de l’Institut.

Composition[modifier | modifier le code]

Médaille en vermeil en l'honneur du Sénat conservateur (Constitution de l'an VIII).

Le Sénat se compose :

  • des princes français (princes de la famille impériale) ayant atteint leur dix-huitième année ;
  • des titulaires des grandes dignités de l'Empire ;
  • des quatre-vingt membres nommés sur la présentation de candidats choisis par l'Empereur, sur les listes formées par les collèges électoraux des départements ;
  • de citoyens que l'Empereur juge convenable d'élever à la dignité de sénateur.

Il y a dans le Sénat deux commissions composées chacune de sept membres, l'une pour la liberté individuelle, l'autre pour la liberté de la presse.

Le président du Sénat[modifier | modifier le code]

Le président du Sénat est nommé par l'Empereur et choisi parmi les sénateurs. Ses fonctions durent un an; mais quand l'Empereur le juge à propos, il préside lui-même ou désigne le titulaire des grandes dignités de l'Empire qui doit présider.

Lors de la première séance le 4 nivôse an VIII, c'est le plus ancien des premiers membres qui siège en tant que président : Dailly

Les officiers du Sénat[modifier | modifier le code]

Le Sénat a deux préteurs, un chancelier et un trésorier, tous pris dans son sein ; ils ne peuvent être ni vice-présidents, ni secrétaires du Sénat pendant la durée de leurs fonctions. Ils sont nommés pour six ans par l'Empereur, sur la présentation du Sénat, qui, pour chaque place, désigne trois sujets.

  • Les préteurs sont chargés de tous les détails relatifs à la garde du Sénat, à la police et à l'entretien de son palais, de ses jardins, et au cérémonial. Ils ont sous leurs ordres deux messagers, six huissiers et six brigades de gardes pour la police du palais et des jardins du Sénat.
  • Le chancelier administre les propriétés du Sénat ; il surveille l'administration des biens des sénatoreries. Aucun procès ne peut être suivi relativement aux propriétés da Sénat, et à celles de chaque sénatorerie, que sous sa direction ; il a la surveillance de la bibliothèque, de la galerie des tableaux et du cabinet des médailles ; il délivre les certificats de vie et de résidences, et les passeports aux sénateurs qui en ont besoin ; il appose le sceau du Sénat à tous les actes qui en sont émanés. Le chancelier a sous son administration les archives du Sénat, et sous ses ordres immédiats le garde des archives, le garde-adjoint, et le nombre d'employés, nécessaire pour ses différentes attributions.
  • Le trésorier est chargé des recettes, des dépenses et de la comptabilité du Sénat ; il a sous ses ordres un caissier, et lenombre d'employés nécessaires pour l'ordre de la recette, de la dépense et de la comptabilité.

Le temps des Sénatus-consultes[modifier | modifier le code]

En l’an X (1802), une révision de la Constitution renforce les attributions des sénateurs. Le Sénat règle désormais, par des actes ayant force de loi, les sénatus-consultes, tout ce qui n’était pas prévu par la Constitution et qui est nécessaire à l’action politique du régime. La procédure est par exemple utilisée en 1802 pour l’amnistie des émigrés.

Le nombre des sénateurs est alors porté à cent vingt. Le Premier Consul Bonaparte contrôle étroitement l’activité et la composition de cet organe : il convoque et préside le Sénat, se réserve le droit de présentation des candidats, désigne lui-même trois candidats pris sur la liste des citoyens élus par les collèges électoraux et peut, en outre, nommer des sénateurs de sa propre initiative.

Une élite choyée[modifier | modifier le code]

Convaincu que la dignité du service de l’État est indissociable d’une confortable position de fortune, Napoléon crée en le système des sénatoreries, qui lui assure de surcroît la complète docilité des sénateurs. À partir de , elles sont attribuées à 36 sénateurs et font de ceux-là de “super-préfets” régionaux. Elles leur donnent droit, à titre viager, à un palais résidentiel (château ou ancien évêché) et à des revenus de 20 à 25 000 francs par an - ce qui double le traitement sénatorial. Ainsi Berthollet, qui reçoit la sénatorerie de Montpellier, occupe le palais épiscopal de Narbonne et perçoit 22 690 francs de revenus annuels.

Napoléon reçoit au palais royal de Berlin les députés du Sénat, [2], René Théodore Berthon (1776–1859), Musée de l'Histoire de France (Versailles).
Article détaillé : Sénatorerie.

Conformément à l'article 4 du décret du , les sénateurs ont rang de comtes de l'Empire.

Grandeur et déchéance d'un empereur[modifier | modifier le code]

La Constitution de l'an XII (1804) qui proclame l’Empire accroît encore la dépendance de cette Assemblée. Les marques d’estime de l’empereur se multiplient, les manifestations d’allégeance des sénateurs aussi. Ainsi le , l’empereur fait don aux sénateurs, en hommage à ces « sages de l’Empire », de cinquante-quatre drapeaux ennemis. Enthousiaste, le sénateur maréchal d’Empire Pérignon propose l’édification d’un arc de triomphe à la gloire de Napoléon Ier, proposition chaleureusement appuyée par ses collègues, dont le sénateur Lacépède.

Napoléon appelle au Sénat les princes français, les grands dignitaires et toutes les personnes de son choix, sans limitation de nombre. Il y nomme ainsi son frère Joseph, mais aussi Cambacérès, Chaptal, Fouché, Fontanes, Tronchet et des généraux tels Caulaincourt et Duroc. Comblés de faveurs, les sénateurs n’en proclamèrent pas moins la déchéance de Napoléon Ier le , avant d’appeler au trône Louis XVIII, comte de Provence.

Illustrations des Senatus consulte[modifier | modifier le code]

Quelques exemples de décision, insérées au Bulletin des Lois de l'Empire :

  • Sénatus-consulte du 22 ventôse an X (13 mars 1802) relatif à la manière dont sera fait le renouvellement des quatre premiers cinquièmes du Corps législatif et du Tribunat en l'an X, et dans les trois années subséquentes
  • Sénatus-consulte du 6 floréal an X (26 avril 1802) relatif aux émigrés
  • Sénatus-consulte du 14 thermidor an X (2 août 1802) qui proclame Napoléon Bonaparte Premier Consul à vie
  • Sénatus-consulte organique du 16 thermidor an X (4 août 1802) de la Constitution
  • Sénatus-consulte organique du 8 fructidor an X (26 août 1802) portant réunion de l'île d'Elbe au territoire de la République
  • Sénatus-consulte du 8 fructidor an X (26 août 1802) relatif à la classification des membres du Corps législatif en séries, et au mode de réduction des membres du Tribunat
  • Sénatus-consulte du 8 fructidor an X (26 août 1802) relatif aux termes dans lesquels sera rédigé le sénatus-consulte qui prononcera la dissolution du Corps législatif ou du Tribunat, ou de l'un et de l'autre
  • Sénatus-consulte du 10 fructidor an X (28 août 1802) qui désigne les villes dont les maires seront présents à la prestation de serment du citoyen nommé pour succéder au Premier Consul
  • Sénatus-consulte organique du 24 fructidor an X (11 septembre 1802) portant réunion des départements du , de la Doire, de Marengo, de la Sézia, de la Stura et du Tanaro au territoire de la République française
  • Sénatus-consulte du 26 vendémiaire an XI (18 octobre 1802) portant suspension des fonctions du jury dans plusieurs départements pendant l'an XI et l'an XII
  • Sénatus-consulte organique du 26 vendémiaire An XI (18 octobre 1802) relatif à l'admission des étrangers aux droits de citoyen français, pour services rendus à la République, importation d'inventions utiles ou formation de grands établissements.
  • Sénatus-consulte du 8 ventôse an XII (28 février 1804), qui suspend les fonctions du jury, pendant les années XII et XIII, pour le jugement des crimes de trahison.
  • Sénatus-consulte du 27 mars 1805 concernant l'admission du prince Camille Borghèse aux droits de citoyen français
  • Sénatus-consulte du 9 septembre 1805 sur le rétablissement du calendrier grégorien
  • Sénatus-consulte organique du 28 octobre 1805 concernant la réunion des arrondissemens de Gênes, etc., au territoire de l'Empire français, et les députations à fournir au Corps législatif par les départements de Gênes, de Montenotte et des Apennins

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Extrait des registres du Sénat-conservateur », du mercredi , sur www.senat.fr, Sénat (France) (consulté le 27 novembre 2011)
  2. Le Sénat conservateur ayant délibéré, le , qu'une députation de trois de ses membres se rendrait auprès de l'Empereur à Berlin, pour lui offrir l'hommage du dévouement du Sénat, François de Neufchâteau et Colchen arrivèrent à Berlin pour remplir cette mission.
    Le 19, l'Empereur les reçut au retour de la parade : François de Neufchâteau porta la parole au nom du Sénat. L'Empereur, en répondant qu'il remerciait le Sénat de sa démarche, chargea la députation de rapporter à Paris les 340 drapeaux et étendards pris dans cette campagne sur l'armée prussienne. L'Empereur fit aussi remettre à la députation l'épée, l'écharpe, la hausse-col et le cordon du grand Frédéric, pour être transportés aux Invalides, remis au gouverneur et gardés à l'Hôtel (Moniteur du ). L'empereur est accompagné des maréchaux de l'Empire, Murat, Berthier, Davout, Soult, Ney, Lefebvre, du général Caulincourt et de divers personnages parmi lesquels Maret, ministre d'État, et Denon, directeur général des Musées. Deux chambellans tiennent sur un coussin, les objets ayant appartenu au grand Frédéric. Derrière les trois sénateurs d'Aremberg, François de Neufchâteau et Colchen, se trouve l'écrivain Étienne, alors secrétaire du ministre Maret et depuis membre de l'Académie française.
    Source 
    « Blog de berdom : Versablog - Château de Versailles », Rez de chaussée - Aile midi - 164 Salle des campagnes 1805., sur berdom.skyrock.com (consulté le 4 août 2011)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Histoire critique du Sénat Conservateur depuis sa création en nivôse an VIII jusqu'à sa dissolution en avril 1814, par René Jean Durdent, 1815.
  • Les grands corps politiques de l'État : biographie complète des membres du Sénat, du Conseil d'État et du Corps Législatif, par un ancien député, Paris, E. Dento
  • Almanach impérial