Jean Ier de Bourgogne

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Jean Ier de Bourgogne
Image illustrative de l'article Jean Ier de Bourgogne
Titre
Comte de Nevers
13851404
Prédécesseur Philippe II de Bourgogne et
Marguerite III de Flandre
Successeur Philippe de Bourgogne
Duc de Bourgogne
Comte de Flandre
Comte palatin de Bourgogne
26 août 140510 septembre 1419
(14 ans, 0 mois et 15 jours)
Prédécesseur Philippe II de Bourgogne et
Marguerite III de Flandre
Successeur Philippe III de Bourgogne
Biographie
Dynastie Maison de Valois
Date de naissance 28 mai 1371
Lieu de naissance Palais des ducs de Bourgogne à Dijon
Date de décès 10 septembre 1419 (à 48 ans)
Lieu de décès Montereau-Fault-Yonne
Père Philippe II de Bourgogne
Mère Marguerite III de Flandre
Conjoint Marguerite de Bavière (1363-1423)
Enfant(s) Marguerite
Catherine
Marie
Isabelle
Philippe III de Bourgogne
Jeanne
Anne
Agnès

Jean Ier de Bourgogne, dit « Jean sans Peur », duc de Bourgogne, comte de Flandre, d'Artois et de Charolais, comte palatin de Bourgogne, seigneur de Mâcon, Chalon et autres lieux (° 28 mai 1371 à Dijon - † 10 septembre 1419 à Montereau-Fault-Yonne) était un prince français de la maison capétienne de Valois. Il consolida les bases de ce qui deviendra l'État bourguignon, continuant ainsi la politique que son père Philippe II de Bourgogne avait initiée. Il ne bénéficia cependant pas du rôle de premier plan que jouait celui-ci, oncle du roi, au Conseil royal, n’étant plus que le cousin du roi Charles VI, lequel connaissait depuis 1392 des crises de folie intermittentes. La cour de celui-ci devint alors le lieu de toutes les intrigues entre les Princes. Parce qu’il avait besoin des finances royales pour développer sa principauté et que ses intérêts se heurtèrent à ceux du frère du roi, Louis d’Orléans, Jean sans Peur fit assassiner ce rival en 1407. En commanditant le meurtre de son cousin, le duc de Bourgogne entraîna la France dans la guerre civile entre les factions bourguignonne et armagnac (celle-ci cherchant à venger Orléans), qui se disputèrent alors la capitale et la régence. Ces troubles, conjugués avec ses tractations menées avec l’Angleterre d’Henri V, contribuèrent à relancer la guerre de Cent Ans. Cependant, Jean sans Peur fut assassiné à son tour en 1419, alors qu’il tentait une énième réconciliation avec les Armagnacs pour tenter finalement de parer au péril anglais.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Né le 28 mai 1371 au palais des ducs de Bourgogne à Dijon, il était le fils aîné du duc Philippe II de Bourgogne et de la duchesse et comtesse Marguerite III de Flandre et le frère d'Antoine de Bourgogne, comte de Rethel, puis duc de Brabant et de Limbourg. Il fut d'abord comte de Nevers en 1384, comté qu'il céda à son frère Philippe en 1404, lorsqu'il hérita du duché de Bourgogne.

À l'appel du roi Sigismond de Hongrie, menacé par la progression des Ottomans, les princes d'Occident réunirent une armée. Jean y remplaça son père et commanda le contingent français, dont il ne parvint à modérer l'impétuosité[1]. La campagne se termina en septembre 1396 par le désastre de Nicopolis, où les croisés furent vaincus par le sultan Bayezid Ier. Ce fut lors de cette bataille que le comte de Nevers gagna son surnom de « Jean sans Peur »[réf. nécessaire]. Il fut néanmoins fait prisonnier, et son père dut emprunter 200 000 florins à son conseiller Dino Rapondi pour payer sa rançon. Il ne rentra en France qu'en février 1398.

Succession de Philippe le Hardi[modifier | modifier le code]

Philippe le Hardi meurt le 27 avril 1404. Jean sans Peur prête hommage au roi Charles VI le 23 mai de la même année pour son héritage de Bourgogne et fait son entrée à Dijon le 17 juin 1404[2]. Il garantit alors aux habitants de la ville le maintien des privilèges dont elle bénéficiait sous la tutelle de son père[2]. Peu de temps après, Jean célèbre le mariage de sa fille Marguerite avec le Dauphin Louis de Guyenne, puis celui de Philippe, son fils aîné avec Michelle de Valois, fille du roi. Cela lui permet de s'attirer les faveurs de la reine Isabeau de Bavière qui lui promet de défendre ses intérêts[2].

Depuis 1392, le roi Charles VI souffrait de crises de folie plus ou moins longues. Une ordonnance de 1403 prévoyait en cas de décès du souverain, et de régence, ou d’« absences » du roi, que le gouvernement du royaume se ferait par l’intermédiaire du Conseil royal, dirigé conjointement par la reine et les ducs d’Orléans, de Bourgogne, de Berry et de Bourbon[3]. Dans les faits, la figure dominante du Conseil royal (autrefois Philippe le Hardi) revint désormais au plus proche parent de Charles VI, qui est son frère Louis Ier d'Orléans. Alors que les tensions entre la France et l'Angleterre reprennent, le gouvernement conjoint de la reine avec le duc d'Orléans fait l'objet de critiques de plus en plus fortes au sein de la population, qui les accuse notamment de profiter de la guerre pour alourdir lever de nouveaux impôts exceptionnels[4]. Le projet de lever une nouvelle taille pour financer la guerre en février 1405 est vivement critiqué par Jean sans Peur, qui refuse d'y soumettre ses sujets[4][Note 1]. En dépit de ces critiques, partagées par le duc de Bretagne, le nouvel impôt est approuvé le 5 mars[4].

Le 21 mars 1405, sa mère meurt à son tour, il prend alors possession des comtés de Flandre, d'Artois et de Bourgogne, devenant par là même aussi puissant que son père[4]. Jean se rend alors dans les riches villes de Flandres dont il est le nouveau seigneur, et rassure la population sur le nouvel impôt que le duc d'Orléans cherche à lever en réaffirmant que ses sujets ne le paieront pas. Il promet également que nulle guerre ne suspendra les relations commerciales des Flandres avec les Anglais[5], une relance du conflit risquant à nouveau de ruiner les Flandres, dont l'industrie drapière dépendait des importations de laines anglaises. La défense des intérêts flamands contre la menace anglaise devient ainsi l'une de ses priorités, et il parvient à reprendre Gravelines. Sa volonté de lever une armée pour reprendre Calais aux Anglais ne trouve cependant pas d'écho auprès du duc d'Orléans[5].

Prise de Paris[modifier | modifier le code]

Accaparé dans un premier temps par le règlement des successions de Bourgogne et de Flandres, Jean sans Peur délaisse Paris. En conséquence, les largesses du Trésor royal envers le nouveau duc de Bourgogne s'effondrent au profit d'Orléans. Alors qu'elles avaient représenté jusqu'à 59 % des finances ducales, elles n'en constituent plus que 24 % à partir de 1406[6]. Or, les dépenses de fonctionnement des États bourguignons n'avaient de cesse de s'alourdir. Cette situation obligeait le duc à augmenter sa propre fiscalité, ce qui présentait deux désavantages : la perte du capital de popularité gagné par son père, et de nouvelles tensions avec la turbulente Flandre. Cette absence et le fait qu'il n'était plus que cousin du roi (alors que son père était l'oncle du roi) affaiblit sa position. Dans le même temps, Louis Ier d'Orléans entreprend l'acquisition de nombreux fiefs dans l'est (le duché de Luxembourg, les comtés de Soissons, Porcien…) pour contrer la puissance bourguignonne[réf. nécessaire]. Les tensions, qui existaient déjà entre Philippe le Hardi et son neveu, ne firent que croître entre les deux cousins. Il est cependant convoqué aux côtés de l'ensemble des princes de son sang après avoir été informé du mécontentement du peuple, et de la situation de plus en plus dégradée de son royaume, à la merci d'une éventuelle attaque d'une puissance étrangère[7]. Il décide alors de rassembler une armée afin de prendre le contrôle de la capitale. Il part ainsi d'Arras le 16 août, accompagné de huit-cents chevaliers et parvient jusqu'au Louvre[7]. En réaction, Philippe d'Orléans et la reine prennent la fuite en direction du château de Pouilly-le-Fort, près de Melun, avec pour ordre d'y emmener le Dauphin et ses frères le lendemain[7]. Jean sans Peur parvient cependant à intercepter le convoi, et propose au Dauphin Louis de le ramener à Paris. Il est soutenu par les ducs de Berry et de Bourbon lors de son retour à la capitale, et convoque une grande assemblée où siège le Dauphin le 26 août[7].

Au cours d'un discours adressé au Dauphin, il réaffirme alors son allégeance (ainsi que celle de ses frères) au Royaume de France et à son souverain, et expose ses craintes quant à l'exercice du pouvoir en général, et aux menaces représentées par la corruption, la mauvaise gestion du « domaine royal » qui tombe en désuétude, et la pression fiscale qui écrase l'Église en particulier[8]. Il conclut en outre que le peuple français court à sa perte si une telle politique est maintenue, et que la menace grandissante représentée par les Anglais doit être combattue avec une armée digne de ce nom, faute de quoi une éventuelle défaite pourrait être directement imputée au roi[8]. En outre, il rassure l'assemblée en expliquant qu'il agit sur le consentement du Dauphin, et que son armée n'a pour seul but que de défendre Paris contre les ennemis que le roi avait dans son royaume[8].

Rivalité croissance avec Louis d'Orléans[modifier | modifier le code]

Louis, Duc d'Orléans devient le rival de Jean Sans Peur dès que ce dernier prend la succession de son père en 1405.

Lorsqu'il apprend la nouvelle, Louis Ier d'Orléans ne peut accepter l'affront fait à la reine et à lui même. La France se trouve alors au bord de la guerre civile, ce qui inquiète les bourgeois et les magistrats de Paris[9]. Alors que Jean reçoit de nombreux renforts à Paris, avec notamment huit cents hommes d'armes commandés par le duc de Limbourg, et six mille hommes réunis par Jean de Bavière, Louis réunit également une armée, au nom du roi[9]. Bien que la ville de Paris soit toute acquise à la cause du duc de Bourgogne, ses habitants, bourgeois en tête espèrent cependant une réconciliation entre les deux rivaux[9]. Malgré plusieurs tentatives de pacifier leurs relations, Louis Ier d'Orléans continue à amasser des troupes, puis entame en septembre un patient blocus de la capitale. Autour de cette lutte d'influence, chaque camp choisit une symbolique particulière. La devise du duc d'Orléans, « Je l'ennuie »[Note 2]. En dépit de ces critiques, partagées par le duc de Bretagne, le nouvel impôt est approuvé le 5 mars[4], qui, dans le langage du temps, signifiait : « Je porte le défi » accompagnait les bâtons noueux, son emblème[10]. Cela adressait une menace claire à ses ennemis. Jean sans Peur, lui, avait choisi comme emblème un rabot, agrémenté de la devise, en flamand : « Ich oud ! » (« Je le tiens ! »)[11]. Dans une des tours de l'ancien hôtel de Bourgogne à Paris, on peut voir sur un vitrail deux rabots sculptés[12][10]. De même, sur nombres de miniatures, Jean sans Peur arbore sur ses vêtements des rabots.

Charles VI, sorti pour un temps de sa folie, parvient à enclencher le processus de négociations et à éviter tout combat armé entre les princes[réf. nécessaire]. Jean Ier de Bourgogne, qui tenait alors Paris, était fort du soutien des maîtres de l'université à qui il promettait la « réforme » du royaume. Ils devinrent dès lors des soutiens inconditionnels de sa politique. Cependant les coûts engendrés par l’entretien de son armée le poussèrent vers le compromis. Finalement, le 17 octobre, la paix est conclue entre les ducs, après plus de huit jours de pourparlers[13]. Le duc d'Orléans fait alors le serment de se conformer aux décisions du conseil du roi, et consent à ce que les remontrances présentées par le duc de Bourgogne soient prises en considération[13].

Les deux ducs se livrent alors à une intense propagande, écrivant aux grands et aux bonnes villes du royaume, cherchant à faire valoir leurs points de vue sur les évènements de 1405. Leur entente apparente dissimule en réalité une volonté de renforcer leur influence auprès du pouvoir[14]. Jean sans Peur se positionne alors comme un défenseur des intérêts du peuple, tout en tentant de lever des fonds dans ses provinces[14]. Il faut dire que 9/10e des revenus du frère du roi provenaient alors du seul Trésor royal[15] Se surajoutent à cela, des vues différentes sur le schisme de la papauté que connaît alors l'occident chrétien. Trop occupé par l'administration du royaume, le duc d'Orléans abandonne les questions religieuses au Parlement et à l'Université, favorables à l'Église gallicane, au pouvoir du roi, et aux privilèges du clergé[14].

Le 27 janvier 1406, une ordonnance réorganise le Conseil royal, en confortant l'entourage du roi dans la gestion des affaires du royaume, et en confirmant la succession du Duc de Bourgogne dans l'ensemble des responsabilités qui incombaient à son père[Note 3]. À la faveur de celle-ci, Louis Ier d'Orléans, avec le soutien des princes de sang, Berry, Bourbon et Anjou, procède à l'épuration des conseillers bourguignons, amenuisant davantage l'influence de Jean sans Peur. Dès lors, on s'achemine vers une nouvelle crise. Si Jean Ier Bourgogne voulait préserver sa principauté, il devait se débarrasser de son rival et cousin[réf. nécessaire].

Guerre civile entre les Armagnacs et les Bourguignons[modifier | modifier le code]

Assassinat du duc de Bourgogne, Jean sans Peur, sur le pont de Montereau, en 1419. – fac-similé d'une miniature de la Chronique de Monstrelet, manuscrit du XVe siècle (Bibliothèque de l'Arsenal, Paris)
Assassinat du duc Louis d'Orléans.
Enluminure du Maître de la Chronique d'Angleterre, vers 1470 ?-1480 ? (BnF)

Le 23 novembre 1407, dans la nuit, Louis d'Orléans, sortant de l'hôtel de la reine, est assassiné lors d'un guet-apens organisé par Jean sans Peur. Cependant, les meurtriers avaient lancé dans leur fuite des chausse-trappes afin de ralentir d'éventuels poursuivants, autant d'indices qui menèrent les enquêteurs vers l'hôtel d'Artois, résidence parisienne du duc de Bourgogne. Celui-ci décida d'ailleurs de prendre les devants. Le 26, lors d'une séance du Conseil royal, il avoue son forfait à son cousin Anjou et à son oncle Berry, ce dernier lui conseillant peut-être de fuir, ce qu'il fait le lendemain en prenant la route des Flandres, avec quelques fidèles.

Tandis que le peuple de Paris se félicitait de la disparition du duc d'Orléans qui était alors synonyme d'impôts - et assurant de nouveau son soutien à Jean Ier de Bourgogne - la duchesse d'Orléans Valentine Visconti demandait au roi de faire justice, lequel promit le 21 décembre. De son côté, Jean sans Peur préparait sa défense afin de justifier son crime.

Allié à la reine Isabeau de Bavière, il s'empare de l'autorité royale et reçoit en novembre 1411 la mission de chasser les Armagnacs[Par qui ?], mais la paix d'Arras (4 septembre 1414) l'écarte du gouvernement. En 1416, profitant de la mort du duc Jean Ier de Berry, il s'empare du comté de Boulogne au détriment de la veuve, Jeanne d'Auvergne. Le 29 avril 1417, à Constance, il s'allie avec l'empereur Sigismond Ier.

Les Armagnacs considèrent la reine Isabeau de Bavière comme suspecte à leur cause et l'écartent du pouvoir, mais Jean sans Peur la rejoint et constitue avec elle à Troyes un gouvernement opposé à celui des Armagnacs. Après avoir suscité, le 12 juin 1418, une insurrection au cours de laquelle le comte Bernard VII d'Armagnac est massacré, ils rentrent à Paris le 14 juillet 1418, où ils transfèrent le gouvernement de Troyes.

Jean sans Peur est assassiné le 10 septembre 1419 par quelques hommes de main des Armagnacs à l'occasion d'une entrevue avec le dauphin à Montereau-Fault-Yonne. Son corps est ramené d'Auxerre à Avallon par Claude de Chastellux qui le remet ensuite à Guillaume de La Tournelle chargé du trajet jusqu'à Dijon.

Jean et l'État bourguignon[modifier | modifier le code]

Le 23 septembre 1408, il écrase les bourgeois et ouvriers liégeois révoltés à la bataille d'Othée, obtient l'alliance des duchés de Luxembourg et de Lorraine, et continue la construction de l'État bourguignon[16].

Son tombeau[modifier | modifier le code]

Comme son père Philippe le Hardi, Jean sans Peur a été enterré à la Chartreuse de Champmol. Philippe le Bon, fils et héritier de Jean sans Peur, se charge de lui faire exécuter un tombeau monumental, digne de son rang de prince, sur le modèle de celui de Philippe le Hardi. La commande en est donnée à Claus de Werve, alors sculpteur officiel des ducs de Bourgogne, qui avait achevé le tombeau de Philippe le Hardi. Le chantier traîne en longueur et, à la mort de Claus de Werve en 1439, le chantier est confié à son successeur Jean de la Huerta. Il est achevé par un troisième sculpteur, Antoine le Moiturier.

Tombeau de Jean sans Peur et de Marguerite de Bavière.

Le tombeau de Jean sans Peur est copié sur celui de son père. Il s'agit donc d'un gisant sur dalle noire, avec un cortège de pleurants en soubassement. Jean sans Peur partage son tombeau avec son épouse, Marguerite de Bavière. La qualité est comparable à celui de Philippe le Hardi, bon nombre de pleurants sont même des copies conformes des pleurants du tombeau de Philippe, mais par la suite, lors du remontage des tombeaux, les pleurants ont été mélangés, rendant difficile toute comparaison stylistique. Déplacé à Saint-Bénigne en 1792, le tombeau est aujourd'hui, comme celui de Philippe le Hardi, présenté au musée des beaux-arts de Dijon. En 2012-2013, ces pleurants ont fait l'objet de prêts à des musées prestigieux où ils ont été présentés de façon autonome, comme par exemple le musée de Cluny à Paris.

Généalogie[modifier | modifier le code]

Ascendance[modifier | modifier le code]

Mariage et enfants[modifier | modifier le code]

Jean sans Peur

L’année 1385 voit la concrétisation d'une double alliance politico-familiale de la maison de Bourgogne avec les ducs de Bavière-Straubing.

À Cambrai, le 11 avril 1385, le futur Guillaume IV de Hainaut épouse Marguerite de Bourgogne[17][Note 4]. Ce mariage, fruit d'une politique d'implantation des deux familles dans les territoires du nord, est célébré le même jour que celui du futur Jean Ier de Bourgogne avec Marguerite de Bavière (-Straubing), le frère et la sœur du premier couple[18][Note 5].

De cette union, naissent un fils et sept filles :

Il laisse également quatre enfants illégitimes :

  • nés de Marguerite de Borselen :
    • Guy († à Calais en 1436) ;
    • Antoine, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem ;
    • Philippotte ;

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le discours exact prononcé par Jean-Sans Peur est le suivant: « Je ne puis m'empêcher de déclarer que vouloir charger le pauvre peuple d'une nouvelle taille est un dessein tyrannique. Il est horriblement grevé de la dernière dont on a reçu des sommes au moins suffisantes à ce que nous avions délibéré de faire pour le bien du royaume. J'ai cru que mon devoir m'obligeait de parler ainsi. Le conseil peut ordonner ce qui lui plaira, mais s'il s'accorde avec mon cher cousin d'Orléans pour mettre cette taille, je proteste tout haut que j’empêcherai bien que mes sujets en soient grevés; elle n'aura cours dans aucune de mes terres. Aussi bien ai-je des chevaliers et des écuyers tout prêts à exécuter les ordres de monseigneur le roi, et en tel nombre qu'il lui plaira. Ils ne refuseront aucune occasion de toutes celles qui se présenteront pour le bien du royaume. Je dis plus : si le reste de l'argent qu'on a levé l'an dernier ne suffit pas, j'aime mieux, pour fermer la bouche à ceux qui seraient mécontents de mon avis, payer de mes deniers la part qui devrait être supportée par mes sujets, pourvu que la taxation soit faite par des gens de bien, et à condition aussi qu'il soit dûment justifié des motifs qui ont empêché la dernière taille d'être suffisante. » Brugière de Barante, p. 206.
  2. La devise « Je l'envie » est également mentionnée dans certains ouvrages (cf. Brugière de Barante, p. 214)
  3. Le contenu exact de l'acte est le suivant: « Lorsque notre absence ou certaines autres occupations nous empêchent de vaquer et entendre bonnement aux affaires et besognes de nous, de notre royaume et de la chose publique, connaissant entièrement la très-grande loyauté, sens et prud'hommie de notre très-cher et très-aimé cousin le duc de Bourgogne, et considérant la bonne et vraie amour qu'il a envers nous, et le bon vouloir qu'il porte aux affaires et besognes de nous et du royaume, nous avons résolu, ordonné et ordonnons que notredit cousin soit mis au lieu et place de feu notre oncle son père, dans les pouvoirs donnés à notre très-chère et aimée compagne, la reine, à nos très-chers et très-aimés oncles et frères les ducs de Berri, de Bourgogne, d'Orléans et de Bourbon, à notre chancelier et autres de notre conseil, pour vaquer et entendre aux grandes affaires de nous et de notre royaume, quand nous en sommes em pêché. » Brugière de Barante, p. 217.
  4. - Guillaume de Bavière (alias Guillaume d’Ostrevant, futur Guillaume II duc de Bavière-Straubing alias Guillaume IV comte de Hainaut) et, Marguerite de (Valois) Bourgogne : selon l’acte de mariage dressé à Cambrai, le 11/4/1385, le futur marié bénéficiera de l'héritage paternel (provenant antérieurement d’un héritage maternel, par la Maison d’Avesnes (Avesnes-sur-Helpe), comte de Hainaut aux XIIIeXIVe s.) en Hainaut, en Hollande, en Zélande et en Frise ; les seigneurs et les villes concernés ratifient l'acte en y apposant leurs sceaux. Il y avait 31 sceaux de cire brune ou verte appendus par des cordons verts de soie laquée à cet acte de mariage sur parchemin de Cambrai daté du 11/04/1385, et ce, dans un ordre très concerté [le duc et la duchesse de Bavière, les seigneurs puis les villes de Hainaut (11 sceaux), puis de Hollande (11 sceaux) et enfin de Zélande (7 sceaux)], 21 subsistent (certains sont endommagés) : le duc de Bavière ; pour le Hainaut, Guy comte de Blois (et seigneur d’Avesnes), Jean de Condeit (de Condé) sire de Moreausmes, Engelbert d'Enghien, les seigneurs d'Antoing, de Briffeul, de Lens, la ville de Mons ; pour la Hollande, le seigneur de Hoerne, Othe, seigneur d'Ercle, les seigneurs de Ghaesebeke, de Montfort, d'Haspere, de Zevenberghe, les villes de Harlem, Delft et Leyde ; pour la Zélande, le seigneur de Haemsteden, Frank(e), seigneur de Borssele (alias, van Borselen), le seigneur de Cruint (Cruninghe) et Rasse de Borssele (alias, van Borselen.) ;
    « Contrat de mariage (année 1385, le 11 avril. Le mariage sera célébré à Cambrai le lendemain, le 12 avril) entre Guillaume d’Ostrevant (futur Guillaume IV comte de Hainaut) et Marguerite de (Valois) Bourgogne », in, Bibliothèque du château de Chantilly, Mss 1385, folio 58 (traités de 1374-1385)
  5. « A Beauté-sur-Marne, le 19 février 1385 (date nouv. st.), Philippe II (le Hardi), duc de Bourgogne, comte de Flandre, d’Artois, de Bourgogne et de Rethel, et son épouse Marguerite (Marguerite III (de Dampierre) de Flandre)', déclarent que la prorogation décidée de la célébration du mariage de leurs enfants Jean (futur Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne) et Marguerite (de Bourgogne) et de respectivement Marguerite (de Bavière-Straubing) et Guillaume (Guillaume d’Ostrevant), enfants du duc Albert de Bavière(-Straubing), ne changera en rien les clauses des traités passés à ce sujet ». In, G. Wymans, « Inventaire analytique du chartrier de la Trésorerie des comtes de Hainaut », aux A.E. Mons, n° d’ordre (cote) 1146, Éditions A.G.R., Bruxelles, 1985, p. 243. (Or. sur pch. ; sc. brisé app., 1 sc. disp. ;
    • À Courtrai (Kortrijk), le 11 avril 1385, Philippe (le Hardi), duc de Bourgogne, comte de Flandre, d’Artois, de Bourgogne et de Rethel, et son épouse Marguerite (de Flandre), et le duc Albert de Bavière, bail, gouverneur des comtés de Hainaut, etc., et son épouse Marguerite (Marguerite de Brieg, alias, Margaretha von Schlesien-Liegnitz), font connaître les clauses du traité de mariage conclu entre Jean (futur Jean-sans-Peur) et Marguerite (de Bavière-Straubing), leurs enfants respectifs. In, G. Wymans, « Inventaire analytique du chartrier de la Trésorerie des comtes de Hainaut », aux A.E. Mons, n° d’ordre (cote) 1147, Éditions A.G.R., Bruxelles, 1985, p. 243. (Or. sur pch. ; 4 sc. app., dont 2 ébréchés.;
    • À Courtrai (Kortrijk), le 11 avril 1385, Philippe (le Hardi), duc de Bourgogne, comte de Flandre, d’Artois, de Bourgogne et de Rethel, et son épouse Marguerite (de Flandre), font connaître les dispositions complémentaires qu’ils ont prises touchant la fixation du douaire de Marguerite (de Bavière-Straubing), fille d’Albert de Bavière, promise à leur fils aîné (le futur Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne). In, G. Wymans, « Inventaire analytique du chartrier de la Trésorerie des comtes de Hainaut », aux A.E. Mons, n° d’ordre (cote) 1148, Éditions A.G.R., Bruxelles, 1985, p. 243. (Or. sur pch. ; 2 sc. app., dont 1 ébréché. ;
    • À Gênes, le 5 avril 1385 (date nouv. st. : 1386), le pape Urbain (VI) accorde les dispenses nécessaires pour la célébration du mariage de Jean (le futur Jean-sans-Peur), fils aîné de Philippe (le Hardi) de Bourgogne et de Marguerite (de Bavière-Straubing), fille du duc Albert de Bavière. In, G. Wymans, « Inventaire analytique du chartrier de la Trésorerie des comtes de Hainaut », aux A.E. Mons, n° d’ordre (cote) 1149, Éditions A.G.R., Bruxelles, 1985, p. 244. (Or. sur pch. ; 1 sc.);
    • À Arras, le 21 juin 1389, Philippe (le Hardi) duc de Bourgogne, etc., donne procuration à Pierre Varopel, receveur général de ses finances, et à d’autres pour recevoir du duc Albert de Bavière, comte de Hainaut, de Hollande, et de Zélande, le reliquat de la dot convenue lors du mariage de la fille de ce dernier (Marguerite de Bavière-Straubing) avec Jean (le futur Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne), comte de Nevers, fils du disposant. In, G. Wymans, « Inventaire analytique du chartrier de la Trésorerie des comtes de Hainaut », aux A.E. Mons, n° d’ordre (cote) 1155, Éditions A.G.R., Bruxelles, 1985, p. 245. (Copie dans un acte du 4 juillet 1389 relatant un acte dressé à Arras le 21/06/1389.) ;
    • À Cambrai, le 4 juillet 1389, l’Official de Cambrai fait savoir qu’en sa présence, Pierre Varopel, receveur général des finances de Philippe (le Hardi), duc de Bourgogne, procureur de celui-ci et de son fils Jean (le futur Jean-sans-Peur), comte de Nevers, a donné quittance au duc Albert de Bavière, comte de Hainaut, de Hollande, de Zélande, et à son fils Guillaume, comte d’Ostrevant (en Hainaut), d’une somme de 18 000 florins d’or, dits francs de France, constituant le reliquat de la somme principale attribuée en dot par ledit duc Albert à sa fille Marguerite (de Bavière-Straubing), à l’occasion de son mariage avec le susdit comte de Nevers. Suit la teneur des lettres de procurations dressées à cet effet, le 21 juin 1389, par le duc de Bourgogne et son fils. Souscription et signature de Jean Creton, tabellion du diocèse de Cambrai et notaire de la curie du même lieu. In, G. Wymans, « Inventaire analytique du chartrier de la Trésorerie des comtes de Hainaut », aux A.E. Mons, n° d’ordre (cote) 1158, Éditions A.G.R., Bruxelles, 1985, p. 246. (Or. sur pch. ; sc. disp.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Autrand 1986, p. 332
  2. a, b et c Brugière de Barante 1838, p. 202-204
  3. Secousse 1750, p. Préface xi
  4. a, b, c, d et e Brugière de Barante 1838, p. 205-206
  5. a et b Brugière de Barante 1838, p. 207
  6. Favier 1980, p. 415
  7. a, b, c et d Brugière de Barante 1838, p. 208-208
  8. a, b et c Brugière de Barante 1838, p. 210-212
  9. a, b et c Brugière de Barante 1838, p. 213
  10. a et b B. Roux, Les dialogues de Salmon et Charles VI: Images du pouvoir et enjeux politiques, Droz, coll. « Cahiers d'humanisme et Renaissance »,‎ 1998, 174 p. (ISBN 2600002642), p. Ch. III, page 82.
  11. Autrand 1986, p. 355
  12. Brugière de Barante 1838, p. 214
  13. a et b Brugière de Barante 1838, p. 215
  14. a, b et c Brugière de Barante 1838, p. 216-18
  15. Autrand 1986, p. 408.
  16. Patrick Van Kerrebrouck, Nouvelle histoire généalogique de l'auguste maison de France, vol. 3 : Les Valois, Patrick van Kerrebrouck,‎ 1990 [détail de l’édition], p. 364-5.
  17. Sury 2010, p. 149-150, 154, 203-205
  18. Sury 2010, p. 203-204
  19. Voir Les Valois, de Patrick Van Kerrebrouck - 1990, page 518.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Prosper Brugière de Barante, Histoire des ducs de Bourgogne de la Maison de Valois : 1364-1477, t. 1, Société typographique belge, Adolphe Wahlen et Compagnie,‎ 1838, 5e éd., 614 p. (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Bertrand Schnerb, Jean sans Peur, le prince meurtrier, Paris, Payot, coll. « Biographie Payot »,‎ 2005, 23 cm, 824 p. (4 p. de pl.) p. (ISBN 2-228-89978-X) ;
  • (en) Richard Vaughan, John the Fearless : The Growth of Burgundian Power (1404-1419), Woodbridge, Boydell Press,‎ 2002, 2e éd., 324 p. (ISBN 9780851159164, lire en ligne)
  • Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Paris, Fayard,‎ 1980, 678 p. (ISBN 978-2213008981)
  • Françoise Autrand, Charles VI, Paris, Fayard,‎ 1986, 647 p. (ISBN 978-2213017037)
  • Bernard Guénée, Un meurtre, une société. L'Assassinat du duc d'Orléans, 23 novembre 1407, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires »,‎ 1992, 350 p. ;
  • Geoffroy G. Sury, Bayern Straubing Hennegau : la Maison de Bavière en Hainaut, XIVe - XVe s., Bruxelles, Geoffroy G. Sury, Edit.,‎ 2010, 2e éd., p. 149-150, 154, 203-205 ;
  • M. Secousse, Ordonnance des Rois de France de la Troisième Race : Recueillies par ordre chronologique, Imprimerie Royale,‎ 1750 (lire en ligne)
  • Georges Peyronnet, « L'assassinat du duc de Bourgogne Jean sans Peur sur le pont de Montereau (10 septembre 1419) », in Bulletin de l'association des amis du Centre Jeanne d'Arc, no 29, 2005, p. 7-73.

Articles connexes[modifier | modifier le code]