Traité de Troyes

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Mariage d'Henri V et de Catherine de Valois

Le traité de Troyes est le traité marquant la suprématie anglaise (l'Angleterre, cependant, possédait à l'époque la Guyenne et la Normandie) au cours de la guerre de Cent Ans.

Historique[modifier | modifier le code]

Signé le 21 mai 1420 dans la cathédrale Saint-Pierre[1],[2] à Troyes, il prévoit que le roi Charles VI de France après sa mort aurait pour successeur son beau-fils le roi d'Angleterre, Henri V.

Ratification du traité de Troyes conclu entre Henri V et Charles VI. Acte rédigé en latin, daté du 21 mai 1420, à la cathédrale Saint-Pierre de Troyes. Archives nationales AE/III/254

Dans ce traité, c'est Philippe III de Bourgogne dit le Bon qui représente la faction des Bourguignons car Charles VI, du fait de sa maladie, ne dirige plus directement le pays depuis 1392. Philippe III de Bourgogne et Henri V d'Angleterre forment une alliance contre le dauphin Charles, futur Charles VII.

La légitimité à succéder du « soi-disant dauphin » est niée, en raison de ses « crimes énormes ». On lui reproche d'avoir commandité l'assassinat du duc de Bourgogne Jean sans Peur, père de Philippe III de Bourgogne, le 19 septembre 1419. Les rumeurs concernant une illégitimité liée à une infidélité de la reine Isabeau de Bavière sont colportées par les Bourguignons, mais une telle affirmation ne peut être inscrite sans heurter le roi de France.

Charles, réfugié à Bourges, est nié dans tous ses titres mais conserve de fait le gouvernement du sud de la France. Les signataires du traité conviennent par ailleurs qu'Henri V épousera Catherine de Valois, la fille de Charles VI et d'Isabeau. Il aspire, à ce titre, à être le seul héritier de la couronne de France et exerce immédiatement une régence. Charles VI léguerait donc sa couronne à son gendre, puis, éventuellement, à un petit-fils à naître. Ce mariage est célébré le 2 juin 1420, jour de la Trinité, dans l'église Saint-Jean-au-Marché de Troyes[3].

Le 1er décembre 1420, Henri V fait une entrée triomphale à Paris en compagnie du roi Charles VI et de Philippe III de Bourgogne. L'université de Paris, avec à sa tête le recteur Pierre Cauchon, et les États généraux de langue d'oïl lui apportent leur soutien en enregistrant le traité de Troyes. Plus tard, les juristes, fidèles à Charles VII, casseront le traité de Troyes, arguant que la couronne de France n'appartient pas au roi de France, qui ne peut donc en disposer.

Le 31 août 1422, Henri V décède, peu avant Charles VI, le 21 octobre suivant. Le fils d'Henri V, âgé de dix mois, est proclamé « roi de France et d'Angleterre » sous le nom d'Henri VI. Le duc de Bedford assure la régence en France, et met le siège devant Orléans le 12 octobre 1428, la dernière ville au nord de la Loire fidèle à Charles VII.

Par la suite, les victoires du parti de Charles VII, avec l'aide de Jeanne d'Arc, rendent caduc le traité de Troyes, mais les rois d'Angleterre garderont officiellement le titre de roi de France près de quatre siècles, avant de l'abandonner en 1802, suite à la Paix d'Amiens.

Extrait[modifier | modifier le code]

« Charles par la grâce de Dieu, roi de France […] Premièrement que, pour que ce que par l'alliance de mariage faite pour le bien de la dite paix en notre dit fils le roi Henri et notre très chère et très aimée fille Catherine, il est devenu notre fils […] — 6. Item, est accordé que tantôt après notre trépas et dès lors en avant, la couronne et le royaume de France, avec tous leurs droits et appartenances demeureront et seront perpétuellement à notre dit fils le roi Henri et ses hoirs. — 7. Item, que pour ce que nous sommes tenus et empêchés le plus du temps, par telle manière que nous ne pouvons en notre personne entendre ou vacquer à la disposition des besognes de notre royaume, la faculté et exercice de gouverner et ordonner la chose publique dudit royaume seront et demeureront, notre vie durant, à notre fils dit le roi Henri, avec le conseil des nobles et sages du royaume… — 12. Item, que notre fils labourera de son pouvoir, et le plutôt que faire se pourra profitablement, à mettre en notre obéissance toutes et chacunes villes cités et châteaux, lieux, pays et personnes dedans notre royaume, désobéissants à nous et rebelles, tenant le parti ou étant du parti vulgairement appelé du Dauphin ou d'Armagnac… — 29. Item, considéré les horribles et énormes crimes et délits perpétrés audit royaume de France, par Charles, soi-disant dauphin de Viennois, il est accordé que nous, ni notre dit fils le roi Henri, ni aussi notre très cher Philippe, duc de Bourgogne, ne traiterons aucunement de paix ou de concorde avec ledit Charles, ne ferons ou ferons traiter, sinon du conseil et assentiment de tous et chacun de nous trois et des trois États des deux royaumes dessus dits…[4] »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eugène Cosneau (éd.), Les grands traités de la guerre de Cent Ans, Paris, Alphonse Picard, 1889, p. 100-115, [lire en ligne].
  • Paul Bonenfant, Du meurtre de Montereau au traité de Troyes, coll. « Mémoires de la classe des Lettres et Sciences morales et politiques », tome LII, fascicule 4, Bruxelles, Académie Royale de Belgique, 1958.
  • Anne Curry, « Le traité de Troyes (1420). Un triomphe pour les Anglais ou les Français ? », in Daniel Couty, Jean Maurice et Michèle Guéret-Laferté (dir.), Images de la guerre de Cent Ans. Actes du colloque de Rouen, 23-24-25 mai 2000, Paris, Presses universitaires de France (PUF), 2002, p. 13-26.
  • Nicolas Offenstadt, Faire la paix au Moyen Âge. Discours et gestes de paix pendant la guerre de Cent Ans, Paris, Odile Jacob, 2007.
  • Jean-Marie Moeglin, « Récrire l'histoire de la Guerre de Cent Ans. Une relecture historique et historiographique du traité de Troyes (21 mai 1420) », in Revue historique, no 664, octobre 2012, p. 887-919.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Auguste Vallet de Viriville, Histoire de Charles VII, roi de France, et de son époque, 1403-1461, Vve J. Renouard, 1862, p. 217
  2. Archives nationales, La France du VIIe au XXe siècle à travers soixante et onze documents, Archives nationales, 1980, p. 32
  3. Amédée Aufauvre, Les tablettes historiques de Troyes depuis les temps anciens jusqu'à l'année 1855, Éditeur Bouquot, 1858, p. 29
  4.  éd. COSNEAU, Les grands traités de la Guerre de cent ans, Paris, 1889, p.  102-113