Bataille de Fontenoy

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Bataille de Fontenoy
Bataille de  Fontenoy  par Pierre Lenfant
Bataille de Fontenoy
par Pierre Lenfant
Informations générales
Date
Lieu Sud-est de Tournai
(Hainaut)
Issue Victoire française décisive
Belligérants
Drapeau du Royaume de France Royaume de France Royaume de Grande-Bretagne Royaume de Grande-Bretagne
Provinces-Unies Provinces-Unies
Électorat de Brunswick-Lunebourg Électorat de Hanovre
Drapeau de l'Autriche Autriche
Commandants
Louis XV
Maurice de Saxe
William de Cumberland
Joseph Lothar Dominik von Königsegg-Rothenfels
Charles Auguste de Waldeck
Forces en présence
45 000 hommes
avec 65 canons
et 68 escadrons
60 500 hommes
avec 80 canons
et 87 escadrons
Pertes
1 734 morts
4 605 blessés
(infanterie)

1 800 morts ou blessés
(cavalerie)
2 500 morts
5 000 blessés
2 000 à 3 000 prisonniers
Guerre de Succession d'Autriche
Batailles
Mollwitz · Chotusitz · Sahay · Prague · Dettingen · Cap Sicié · 19 mai 1744 · Tournai · Pfaffenhofen · Fontenoy · Melle · Hohenfriedberg · Gand · Bruges · Audenarde · Termonde · Ostende · Nieuport · Ath · Soor · Hennersdorf (en) · Kesselsdorf · Culloden · Mons · Bruxelles · Namur · Charleroi · Lorient · Rocourt · Cap Finisterre (1er) · Lauffeld · Bergen-op-Zoom · Cap Finisterre (2e) · Saint-Louis-du-Sud · 18 mars 1747 (en) · Maastricht
Campagnes italiennes
Saint-Tropez · Camposanto · Villafranca (en) · Casteldelfino · Velletri (en) · Madonne de l'Olmo · Bassignana · Piacenza · Rottofreddo · Gênes (1er) · Gênes (2e) · Assietta
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Coordonnées 50° 34′ 10″ N 3° 28′ 30″ E / 50.5694, 3.475 ()50° 34′ 10″ Nord 3° 28′ 30″ Est / 50.5694, 3.475 ()  

Géolocalisation sur la carte : Hainaut

(Voir situation sur carte : Hainaut)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Fontenoy.

Géolocalisation sur la carte : Belgique

(Voir situation sur carte : Belgique)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Fontenoy.

La bataille de Fontenoy qui se déroula le près de Fontenoy dans les Pays-Bas autrichiens (Belgique actuelle) pendant la guerre de Succession d'Autriche, se solda par une victoire française. Elle est une conséquence du siège de la ville de Tournai (avril-juin 1745)

Campagne précédant la bataille[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), l'armée du roi Louis XV, menée par le maréchal Adrien Maurice de Noailles, envahit en mai 1744 les Pays-Bas autrichiens et s'empara rapidement des places de Menin, Ypres, du fort de La Kenoque et de Furnes.

Placée sous le commandement du maréchal Maurice de Saxe, l'armée française entama l'année suivante le siège de la ville de Tournai, importante place militaire verrouillant la vallée de l'Escaut. Sous le couvert d'une diversion lancée vers Mons, le maréchal de Saxe rabattit le gros de son armée vers Tournai qui fut totalement investie le 26 avril 1745. Leurrés par la diversion française, les généraux alliés rassemblèrent dans la précipitation leurs effectifs près de Bruxelles et se mirent d'abord en route le 30 avril 1745 vers Mons avant finalement d'obliquer leur marche vers Tournai. Arrivé le 8 mai à la tête de l'armée, le roi Louis XV établit dans l'après-midi du 9 mai 1745 ses quartiers au château de Curgies, à Calonne, sur la rive gauche de l'Escaut, à quelque 2 kilomètres de Fontenoy[1].

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Maurice de Saxe dispose de 47 000 soldats, soit 67 bataillons d'infanterie, 129 escadrons de cavalerie y compris les dragons et la Maison du Roi comprenant 3 bataillons de Royal Artillerie avec 60 pièces ainsi que la compagnie de mineurs de l'Epinois.

Le duc William de Cumberland dispose de 51 000 soldats en 51 bataillons d'infanterie et 90 escadrons de cavalerie dont 4 régiments autrichiens aux ordres du maréchal de Konigsegg-Rothenfels avec 80 pièces d'artillerie.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Plan de la bataille de Fontenoy remportée le 11 mai 1745.

La bataille entre les deux armées se déroula le mardi 11 mai 1745 dans la plaine de Fontenoy, à 7 kilomètres au sud-est de Tournai. Prévoyant l'arrivée de l'armée alliée, le maréchal de Saxe avait ordonné de construire des retranchements sur la rive droite de l'Escaut. Dès le 8 mai, le village de Fontenoy fut fortifié et deux solides redoutes édifiées près de la corne du bois de Barry ; le 10 mai, trois nouvelles redoutes furent érigées entre Fontenoy et Antoing.

La bataille débuta le mardi 11 mai dès 5 heures du matin par de violents tirs d'artillerie. Par suite de nombreux retards dans le déploiement des troupes alliées, les premières attaques ne débutèrent que vers 9 heures. Par deux fois, les attaques lancées par les régiments hollandais contre Fontenoy et Antoing furent repoussées par la puissante artillerie française et les défenseurs français. Voulant forcer le destin, le duc de Cumberland, commandant l'ensemble des forces alliées (Provinces-Unies, Grande-Bretagne, Hanovre et Autriche) ordonna dès lors à ses bataillons anglo-hanovriens d'attaquer vers 10 h 30 entre la corne du bois de Barry et le village de Fontenoy. Malgré une canonnade meurtrière, les régiments britanniques arrivèrent au contact de la première ligne française vers 11 heures.

S'avançant à la tête du 1er bataillon des Gardes britanniques, un officier, Charles Hay (en), voulut encourager ses hommes en se moquant des Français. Sortant une petite flasque d'alcool, il but à leur santé en se moquant d'eux. En voyant cet insolent Britannique, un officier français, le comte Joseph-Charles-Alexandre d'Anterroches (1710-1785) crut qu'il s'agissait d'une invitation à tirer. Il lui fit une réponse vraisemblablement proche de celle que Voltaire publia par la suite : « Monsieur, nous n'en ferons rien ! Tirez vous-mêmes ! »

La tradition populaire ne devait retenir de cela qu'une citation : « Messieurs les Anglais, tirez les premiers ! »

Sous l'effet de la nervosité, les premiers tirs partirent cependant des rangs français, entraînant à leur suite un feu désordonné et confus de la première ligne[1],[2],[3].

Bataille de Fontenoy, Édouard Detaille

Ouvrant à leur tour des salves meurtrières, les Britanniques ne tardèrent pas à faire tomber les premiers rangs adverses, ouvrant une brèche et s'avançant dans le dispositif français. Craignant que son armée ne soit coupée en deux, le maréchal de Saxe lança aussitôt de violentes contre-attaques qui finirent par arrêter les Britanniques. Le duc de Richelieu, Louis François Armand de Vignerot du Plessis se distingua à ce moment en indiquant la direction de ces contre-attaques.

Forcés de se réorganiser défensivement, les régiments anglo-hanovriens adoptèrent alors une position de rectangle à trois côtés fermés.

Voyant apparaître vers 13 heures les premiers renforts français conduits par Lowendal, le duc de Cumberland ordonna finalement le repli sur Vezon. Au cours de cette manœuvre, le régiment irlandais de Bulkeley parvint à s'emparer d'un drapeau du second bataillon des Gardes britanniques[2],[1].

La bataille prit fin vers 14 heures ; une heure plus tard, les derniers éléments hollandais quittaient le champ de bataille. Les forces alliées se replièrent au cours de la nuit vers la place d'Ath.

Les pertes[modifier | modifier le code]

Charles Pierre Victor Pajol, évoque une perte de 12 000 à 14 000 soldats alliés tués ou blessés, sans compter 3 000 prisonniers. Les pertes françaises sont de 5 161 hommes, dont 53 officiers tués et 336 blessés, 1 662 sous-officiers et soldats tués et 3 110 blessés[4]. Pour William Coxe, lequel reprend les chiffres donnés par Voltaire dans le Précis du Siècle de Louis XV, les pertes alliées sont de 9 000 hommes, dont 2 000 blessés. Les pertes françaises sont de 1 681 sous-officiers et soldats tués et 3 282 blessés dans l'infanterie. 53 officiers sont morts et 383 sont grièvement blessés. Les pertes de la cavalerie sont d'environ 1 800 morts ou blessés[5]. Selon les mémoires de Louis-Élisabeth de La Vergne de Tressan, lieutenant-général et aide de camp du roi lors de la bataille, les pertes françaises sont, pour l'infanterie, de 1 681 soldats tués et 3 282 blessés, ainsi que 53 officiers tués et 323 blessés. La cavalerie a perdu environ 1 800 hommes, tués ou blessés[6].

Sur la base d'une étude détaillée des pertes, effectuée par l'historien belge Alain Tripnaux sur l'ensemble des archives européennes, le total des pertes des deux armées fut de quelque 15 000 tués et blessés, dont 2 300 tués français et 2 500 tués alliés[1].

Bilan[modifier | modifier le code]

Après la victoire de Fontenoy, les troupes du roi de France s'emparèrent aisément de la ville de Tournai et, en l'espace de deux années à peine, conquirent l'ensemble des Pays-Bas autrichiens.

Au terme de trois grandes batailles (Fontenoy, Rocourt et Lauffeld) et de 24 sièges de places dans les Pays-Bas (Pays-Bas autrichiens et Provinces-Unies), la paix fut signée le 18 octobre 1748, à Aix-la-Chapelle. Voulant traiter en roi et non en marchand, Louis XV rétrocéda toutefois toutes ses conquêtes autrichiennes sans la moindre contrepartie. À l'inverse de Frédéric II, leur allié, qui avait gardé la Silésie, les soldats français, tombés à Fontenoy, Rocourt ou Lauffeld, ne s'étaient finalement battus que « pour le roi de Prusse ».

Citations[modifier | modifier le code]

« Voyez ce qu'il en coûte à un bon cœur de remporter des victoires. Le sang de nos ennemis est toujours le sang des hommes. La vraie gloire est de l'épargner. »

— Louis XV à son fils, le dauphin Louis-Ferdinand.

« J'irai à Paris ou je mangerai mes bottes. »

— Déclaration attribuée[1] au jeune duc de Cumberland, fils du roi de Grande-Bretagne George II et chef de la coalition anglo-hollandaise.

la bataille de fontenoy est citée dans le roman Jacques le Fataliste de Diderot

Commémorations et monuments[modifier | modifier le code]

Pyramide de Fontenoy à Cysoing
La Pyramide de Fontenoy à Cysoing, classée monument historique depuis 1840.

Depuis 1988, deux commémorations sont traditionnellement organisées en mai chaque année à la croix celtique de Fontenoy (hommage à la brigade irlandaise) et au monument français de Vezon (hommage aux victimes). Ces commémorations sont placées sous le signe du souvenir, du respect de la mémoire et de l'union entre les peuples. Fondée le 30 octobre 1993, l'association historique "Le Tricorne" a pour objectif l'étude approfondie et la promotion culturelle de l'histoire de la bataille de Fontenoy (1745) et du passé militaire de Tournai.

En septembre 1750, la pyramide de Fontenoy (classée monument historique en 1840[7]) a été érigée à Cysoing en commémoration du séjour de Louis XV à la veille de la première campagne de Flandre en mai 1744 ainsi qu'en souvenir de la bataille de Fontenoy qui eut lieu, un an plus tard, en mai 1745. Le monument fut inauguré le 24 mai 1751 en présence de Moreau de Séchelles, intendant de Flandre[8].

En 1902, une plaque de marbre commémorant le courage de la brigade irlandaise, don de M. Frank J. Sullivan, originaire de San Francisco, fut apposée sur le mur du cimetière de Fontenoy.

Le 25 août 1907, une croix celtique, offerte par une souscription de trois comités irlandais de Londres, Dublin et New York, fut inaugurée près de l'église de Fontenoy. Œuvre de l'architecte irlandais, Anthony Scott, ce mémorial irlandais commémore le souvenir de la brigade irlandaise qui se distingua lors de la bataille de Fontenoy.

En 1967, une plaque, offerte par le 9e régiment de chasseurs parachutistes, héritier par tradition du régiment de Normandie-infanterie, fut placée sur le mur du cimetière de Fontenoy, commémorant le souvenir de son colonel, mort le 8 mai 1745 sous Tournai, et du régiment de Normandie qui s'illustra lors de la bataille.

En mai 1968, un monument commémoratif, fruit d'une souscription de l'armée française, fut inauguré à l'entrée du village de Vezon sur un terrain généreusement offert par la commune de Vezon. Ce mémorial arbore les légendaires paroles du roi Louis XV au terme de la bataille : « Le sang de nos ennemis est toujours le sang des hommes ; la vraie gloire, c'est de l'épargner. »

La ville d'Antoing dont dépend le village de Fontenoy, ainsi que M. François Bels (1922-2013),Directeur honoraire du lycée de Chièvres, et M. Willy Mahieu, Bourgmestre d'Antoing de 1977 à 2006, furent à la base de la création le 11 mai 1989 de l'asbl Fontenoy 1995 devenue Fontenoy 1745. Cette association regroupe des bénévoles dont le but est de perpétuer la mémoire de la bataille.

En mai 1995, à l'initiative de l'asbl Fontenoy 1745, la commémoration du 250e anniversaire de la bataille regroupa sur le site les ambassadeurs de France, de Grande-Bretagne, d'Irlande et de Suisse. Sous l'égide de l'asbl "Le Tricorne", une exposition commémorative, intitulée "Les Chemins de la gloire: de Tournai à Fontenoy" fut également organisée en mai 1995 dans la Halle aux draps de Tournai. L'association "Fontenoy 1995" est à l'origine de l'émission d'un timbre commun à la Belgique et l'Irlande.

En septembre 2000,sous l'égide de l'association "Le Tricorne", un arbre mémorial et une plaque commémorant le souvenir du 250e anniversaire de la mort du maréchal de Saxe (1696-1750) furent inaugurés au centre du village de Vezon, à la « fontaine du Plat d'Or » à Vezon.

En mai 2005, un mémorial britannique, offert par une souscription des régiments britanniques, héritiers par tradition des unités qui combattirent à la bataille de Fontenoy, fut inauguré à Vezon. Ce monument, constitué d'une plaque de marbre gris reprenant la liste de ces régiments britanniques, fut conçu par l'association historique "Le Tricorne" et apposé sur un mur extérieur de l'église de Vezon[9].

En 2010, un mémorial-ossuaire, offert par la Ville d'Antoing, en mémoire des soldats et officiers tués lors de la bataille de Fontenoy, a été érigé dans le cimetière de Fontenoy[10].Cet ossuaire rassemble les squelettes des corps trouvés lors de fouilles archéologiques entreprises lors de la construction de la sucrerie de Fontenoy en 1991-1992. Le texte de la plaque a été composé en collaboration avec l'asbl Fontenoy 1745.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Alain Tripnaux, Fontenoy-La-Bataille, t. II, 1995.
  2. a et b Jean Colin,Les campagnes du maréchal de Saxe, t. III, 1901-1906.
  3. Bois 1992, p. ??.
  4. Charles Pierre Victor Pajol, Les guerres de Louis XV, tome III, Firmin-Didot, 1884, p.386.
  5. William Coxe, traduction de Pierre François Henry, Histoire de la maison d'Autriche, depuis Rodolphe de Hapsbourg, jusqu'à la mort de Léopold II, tome V, p.136-137
  6. Souvenirs du comte de Tressan: Louis-Elisabeth de la Vergne, H. Lebon, 1897, p.39.
  7. « Notice no PA00107444 », base Mérimée, ministère français de la Culture.
  8. Victor Derode, Histoire de Lille et de la Flandre wallonne, vol. 2,‎ 1848.
  9. Article de presse, journal Le Courrier de l'Escaut, lundi 9 mai 2005.
  10. Article de presse, journal L'Avenir, mercredi 26 mai 2010.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Alain Tripnaux, Fontenoy-La-Bataille, t. I-II-III, Tournai, Asbl Le Tricorne,‎ 2005 (1re éd. 1994), 1200 p.
  • Nadéije Laneyrie-Dagen, Les Grandes Batailles de l'Histoire, Paris, Larousse, 2005, p. 122-123.
  • Jean-Pierre Bois, Le maréchal de Saxe, Fayard,‎ 4 novembre 1992 (ISBN 978-2213030074)
  • Jean-Pierre Bois, Fontenoy 1745, Louis XV, arbitre de l'Europe, Paris, Economica, 1996.
  • Jean Colin, Les campagnes du maréchal de Saxe, t. III, Librairie militaire R. Chapelot, Paris, 1901-1906

Liens externes[modifier | modifier le code]