Forez

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Le Forez est une ancienne province de France, qui correspond approximativement à la partie centrale du département de la Loire [réf. nécessaire] et une partie du département de la Haute-Loire et du Puy-de-Dôme. Le Forez est le théâtre d'un livre majeur de la littérature française, L'Astrée d'Honoré d'Urfé, si bien que cette région est parfois appelée le pays d'Astrée.

Les habitants du Forez sont appelés Foréziens et le dialecte de la langue francoprovençale qu'on y peut rattacher est le forézien. À l'ouest et au sud-ouest du Forez, on parle selon les communes l'occitan auvergnat ou vivaro-alpin.

Toponymie[modifier | modifier le code]

L'explication du nom Forez par l'homophonie avec « forêt », qui fut souvent considéré comme fautive[1], pourrait néanmoins s'appuyer sur une origine commune des deux termes. En effet, si le pagus forensis des Carolingiens a bel et bien reçu son nom de la ville de Feurs (l'antique Forum Segusiavorum, littéralement le forum des Ségusiaves), Le toponyme "Forez", dérivant de forum segusiavorum a probablement désigné initialement un ensemble de terres à caractère public antique (ager publicus)[2] des ségusiaves libres vivants à l'extérieur de la colonie romaine de Lyon[3], terres publiques qui auraient par la suite formé le comté.

Prononciation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Forézien.

Le z final du nom Forez est muet (cependant le z aurait tendance à être prononcé sur le versant ouest des monts du Forez). En ce sens la prononciation suit celle des toponymes francoprovençaux. En alphabet phonétique international (API), le nom de la province se lit /fɔ.ʁɛ/ et est donc strictement homophone des mots forêt et foret.

D'ailleurs, d'une manière générale, dans la prononciation régionale, les finales S, ST, Z, PT, X des noms propres ne se prononcent pas. Par exemple, Saint-Just-en-Chevalet se prononce sinjuanchvalè, Villerest vilrè, Marclopt marclô, Nandax nanda, etc. Saint-Genest-Lerpt, à côté de Saint-Étienne, semble cumuler en se prononçant simplement comme singe-nè-l'air ainsi que Saint-Priest-en-Jarez qui se prononce sinpriè enjarè au contraire de Saint-Priest dans le Rhône par exemple, prononcé sinprieste par ses habitants.

Géographie physique et humaine[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Monts du Forez et Canal du Forez.
Lande dans les Monts du Forez
Vue depuis le rocher de l'Olme

Par extension, la province, qui tenait son nom de celui de la ville de Feurs, l'antique Forum Segusiavorum (les Ségusiaves étaient la peuplade gauloise qui occupait la région), dans la plaine, a ensuite donné son nom à la chaîne montagneuse sur laquelle elle s'appuie à l'ouest : les monts du Forez, dont le point culminant est Pierre-sur-Haute (1 634 m). La ligne de crête des monts du Forez constitue une frontière naturelle entre deux zones distinctes bien que très apparentées :

  • le versant oriental et la plaine du Forez, constituant à partir du Xe siècle un comté de Forez (correspondant grosso modo à l'actuel arrondissement de Montbrison). Les dialectes arpitans étaient encore courants au XXe siècle ;
  • le versant occidental de la chaîne (partie de l'actuel département du Puy-de-Dôme, entre le lit de la Dore et la ligne des crêtes), tourné très tôt vers les grandes seigneuries auvergnates ; les dialectes occitans (auvergnat) s'y sont maintenus jusqu'au XXe siècle). Ce versant occidental n'a jamais fait partie de la province du Forez.
  • Au nord, les limites de l'ancien Forez sont assez lointaines, puisqu'elles englobent la petite cité médiévale Montaiguët-en-Forez qui, située dans le département de l'Allier, est largement au nord-ouest de Roanne. En revanche, si Roanne est historiquement en Forez, bien que séparée de la plaine du Forez par le Seuil de Neulise, la ville qui lui fait face sur l'autre rive de la Loire, Le Coteau, était rattachée à l'ancienne province du Beaujolais.
Sur les deux versants des monts du Forez, on a utilisé de temps immémorial les mêmes recettes pour la fabrication du fromage au lait de vache, à pâte persillée, non cuite et non pressée, ce qui s'est traduit, de 1972 à 2002, par l'existence d'une appellation d'origine contrôlée commune, la fourme d'Ambert et de Montbrison, qui a cédé la place, par décret du 22 février 2002, à deux appellations jumelles, la fourme d'Ambert (fromages fabriqués sur le versant occidental) et la fourme de Montbrison (fromages fabriqués sur le versant oriental, seuls désormais, des deux fromages jumeaux, à être fabriqués dans l'ancienne province forézienne). Il existe également sur le versant oriental une zone de production vinicole classée en AOC, le Côte du Forez

Le nom de Forez participe également à la dénomination du parc naturel régional Livradois-Forez, créé en 1986, qui n'a aucun rapport avec l'ancien comté de Forez, étant situé sur le versant occidental des monts du Forez, pour la plus grande partie dans le Puy-de-Dôme (essentiellement arrondissements d'Ambert et de Thiers), mais aussi dans le nord de la Haute-Loire.

Le principal cours d'eau traversant le Forez est la Loire, l'autre rivière remarquable étant le Lignon du Forez, long d'environ 80 kilomètres.

Canal du Forez à Montbrison, au fond le Haut Forez

Le canal du Forez est un canal d'irrigation dérivé de la Loire à la hauteur de Grangent. Il arrose la partie ouest de la plaine, passant non loin de Montbrison.

Histoire[modifier | modifier le code]

Néolithique-Age du Bronze[modifier | modifier le code]

Les premières traces d'occupation agricole sont datées du premier néolithique, environ 5000 av. J.C. [4]

Les éléments fournis par l'archéologie attestent de l'occupation au Néolithique et à l'âge du Bronze:

Antiquité[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ségusiaves.

Le territoire du peuple des ségusiaves[9] s'étendait initialement jusqu'aux rives de la Saône.

Avant 43 av. J.-C. les colons militaires chassés de Vienne y avaient trouvé refuge à l'emplacement où allait être fondée la Colonia Copia Felix Munatia, bientôt rebaptisée Copia Lugdunum[10]. La perte de ce territoire expliquerait que sous Auguste Rome reconnut à Forum Segusiavorum le titre de cité libre[11] et ainsi aux ségusiaves le statut juridique de peuple libre (Civitas Segusiavorum Libera).

Le comté de Forez[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Comté de Forez et Liste des comtes de Forez.
Armoiries des comtes de Forez : de gueules au dauphin d'or

Les sources historiques relatives au Forez sont bien connues et ont été intégralement publiées sous le titre de "chartes du Forez".

Le Forez intégra vers 955 le royaume du Bourgogne, apporté en dot lors du mariage de Mathilde de France avec Conrad de Bourgogne. Dès lors, un conflit chronique entre l'autorité comtale en Forez et l'Eglise de Lyon sur la question des droits sur Lyon et le lyonnais perdura jusqu'à la fin du XIIe siècle[12].

En 1167, Guigues II de Forez élevé sous la protection du roi, rendit hommage à Louis VII pour l'ensemble des places fortes qu'il occupait pour le roi en Forez[13],[14],[15].

Après une première transaction rétablissant les droits du comte sur Lyon, fut conclue en 1173 la permutatio, l'acte de vente de la majeure partie des possessions lyonnaise du comte, accord qui fut ratifié par le roi de France et le pape. Le comte de Forez renonçait à ses prétentions sur toute la rive gauche de la Saône, tout en assurant très probablement l'accession future de son fils cadet Renaud II de Forez à l'archevêché de Lyon.

Dès le début du XIIe siècle, le Forez paraît dans les chartes avoir été une terre "libre" où l'achat, la vente et la transmission des terres se faisait, moyennant les droits en usage, en toute liberté. De même, les sources ne portent pas mention d'un quelconque système de servage[16].

Le titre de capitale du comté est retiré à la ville de Feurs, le 6 mai 1441, par lettres patentes de Charles Ier de Bourbon, 5e duc de Bourbon, duc d'Auvergne, comte de Forez et comte de Clermont (en Beauvaisis), et accordé à la ville de Montbrison[17]. Ce transfert de capitale est confirmé, l'année suivante, par d'autres lettres patentes signées à Moulins. Toutefois, l'antique cité continuera à jouer un certain rôle dans la vie du fief comtal.

Trois dynasties de comtes se succédèrent dans le Forez ; la dernière fut celle de Bourbon, à laquelle le Forez échut par le mariage de Louis II, duc de Bourbon, avec Anne de Forez, dauphine d'Auvergne, seule héritière de ce comté[18]. Après la défection du connétable Charles III (1523), le Forez fut confisqué et peu après (1531) il fut réuni à la couronne de France.

De la Révolution à nos jours[modifier | modifier le code]

Lors de la Révolution française, le Forez (comprendre : le versant oriental) fut provisoirement intégré dans un éphémère département de Rhône-et-Loire qui ne tarda pas à éclater en deux : à l'ouest, le département de la Loire (Forez, partie du Beaujolais et des Monts du Lyonnais) ; à l'est le département du Rhône. La préfecture de la Loire est alors Montbrison.

Personnalités marquantes de la période : Joannès Caton, Jules Garnier, Noël Pointe-Cadet seul ouvrier élu député à la convention[19]

Le Forez, berceau du chemin de fer français[modifier | modifier le code]

Personnages foréziens célèbres[modifier | modifier le code]

Familles originaires du Forez[modifier | modifier le code]

  • Selon d'Hozier[20] et H. Lamant, la noble famille David, seigneurs de Pravieux en Forez et Lyonnais, était propriétaires de certains châteaux en Forez. Julien David est né à la fin du XIIe siècle (vers 1175?). Voir Familles David de Pravieux et Sauzéa (Forez) / Famille Bondesen-David (branche du Canada). Les Bondesen-David sont les descendants directs de Julien David (en filiation patrilinéaire). Les armes de la famille David se blasonnent: "D'azur à une harpe d'argent, au chef cousu de gueules chargé de trois étoiles d'or."
  • Maison féodale de Damas, branche des comtes de Forez, de Lyon, de Beaujeu, etc., et de la maison féodale de Semur (Forteresse militaire de Couzan)
  • Famille d'Ardaillon (du Forez)
  • Famille de Charpin Feugerolles
  • Achille François du Chastellet
  • Famille de Lavieu
  • Famille de Vial (du Forez)
  • Famille d'Urfé

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il faut aussi se souvenir qu'à l'époque de la création du comté, les paysages montagneux à l'ouest du pagus forensis étaient très différents de ce qu'ils sont de nos jours. La proportion de surfaces boisées était bien moindre que de nos jours, la colonisation des terres s'étant accompagnée très tôt d'opérations de défrichage de grande ampleur, afin de créer d'immenses zones de pâturage, qui ont toutefois fini par régresser au XIXe siècle, à partir de la révolution industrielle. Il faut également remarquer que le comté de Forez a été créé dès le Xe siècle, tandis que le terme « forest » (ancêtre de notre forêt) n'est attesté sous cette forme qu'à partir du XIIe siècle.
  2. "(...) on peut envisager le cas ou certains toponymes (...) dont il serait possible de constater empiriquement qu'ils sont régulièrement représentés dans des zones dont le caractère public est assuré par des marqueurs toponymiques intrinsèques. Nous croyons qu'il en va assez souvent ainsi des toponymes contenant une issue "forestis". On sait en effet que ce mot (attesté depuis 648) puis afr. forest ont dénoté d'abord les forêts du domaine royal, comme il convenait à un dérivé de "forum" (...)" J.P. Chambon, "Zones d'implantation publique au Haut Moyen Âge précoce dans le nord de la cité de Besançon L'apport de l'analyse diachronique des noms de lieu in Akkulturation. Probleme einer germanisch-romanischen Kultursynthese in Spätantike und frühem Mittelalter, p. 222-223
  3. "Segusiaui liberi in quorum agro colonia Lugdunum" les Segusiaves, libres, dans le territoire desquels est Lyon, colonie., Pline, Naturalis Historia, Livre IV
  4. Analyses polliniques de l'Etang Bachat à Craintilleux (Georges et al. 2004, Argant et Cubizolle 2005)
  5. Fouille préventive du site La Châtre-Tassin-Poirier à Saint-Laurent-la-Conche-Marclopt (42) , 2012. Lire en ligne
  6. Chronoterre archéologie, Fouille préventive du site néolithique de la ZAC de la Font de l’Or à Cleppé (42), 2012. Lire en ligne
  7. Archéologie de la France, Chambéon La Pège, Notice rédigée par : Christine Vermeulen. 2008 Lire en ligne
  8. INRAP, Chambéon - Magneux 3500 ans d’occupation dans la plaine du Forez. Lire en ligne
  9. "Segusiavi liberi in quorum agro colonia Lugdunum" "les Segusiaves, libres, dans le territoire desquels est Lyon, colonie.", Pline, Naturalis Historia, Livre IV
  10. "On leur ordonna d'établir les Viennois de Narbonnaise qui avaient été chassés autrefois par les Allobroges et qui s'étaient installés entre Saône et Rhône, à l'endroit même de leur confluent". Dion Cassius, XLVI, 50.
  11. François Dumoulin, La céramique des Ségusiaves, Du IIIe siècle av. J.-C. au IIIe siècle, 2007, p. 12. https://www.academia.edu/7539591/La_ceramique_des_Segusiaves_Du_IIIe_siecle_av._n.e._au_IIIe_siecle_de_n.e._Volume_1_2_Texte
  12. Ivan GOBRY, Louis VII: 1137-1180 Père de Philippe-Auguste, Pygmalion, 2010 Lire en ligne
  13. Fief et hommage rendu au Roy Louis Septième par Guy Second du nom, Comte de Lyon & de Forés in C.-F. MENESTRIER, Histoire civile ou consulaire de la ville de Lyon justifiée par chartres, titres, chroniques, Vol.2, N. et J.-B. de Ville (Lyon), 1696, p. 36. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k95210w/f721.image
  14. "Cette même année (1167) (...) le comte Guy II, déjà rallié depuis plusieurs décades à la couronne de France, fit officiellement hommage au roi Louis VII pour les châteaux de Montbrison et de Montsupt qui n'avaient jamais été inféodés auparavant, et aussi pour les châteaux de Montarcher, de Saint-Chamond, de la Tour-en-Jarez et de Chamousset. À la suite de cet hommage le comte reçut de Louis VII, en augmentation de fief, les droits royaux sur lesdites places ainsi que Marcilly, Donzy, Cléppé, Saint-Priest, Lavieu et Saint-Romain" J.-E. DUFOUR, Dictionnaire topographique de la Loire, PUSE, 1946 (réed. 2006), p. XXI.
  15. Sources en lignes: https://sites.google.com/site/agerjarensis/
  16. M. GONON, Le passé forézien, PUSE, (2nd édition) 1996.
  17. Source : L'Art de vérifier les dates, édition de 1819, volume 10, page 499.
  18. Olivier Troubat, « La réunion du comté de Forez au domaine des Bourbon », in Forez et Bourbon. Les ducs de Bourbon, maîtres du Forez aux XIVe et XVe siècles, Actes du colloque de Montbrison du 23 octobre 2010, sous la direction d'Olivier Troubat et Christophe Mathevot, Montbrison, La Diana, 2011 (ISBN 978-2-911623-23-3), p. 7-24.
  19. Histoire socialiste de la révolution française - Jean Jaurès
  20. Armorial général, ou Registres de la noblesse de France, par Louis-Pierre d'Hozier-de-Sérigny, d'après les manuscrits de Pierre de La Roche-Lambert, continués et édités par Lambert de Montoison et Georges Le Bœuf. Généalogie de la Famille David, seigneurs de Pravieux en Forez et Lyonnais; (Édition originale: 1728-1768) Bureau de l'Armorial général (1911): B001D8BTSA.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Biographies

  • La Renaissance en Forez, 1450-1620, IIIe festival d'histoire de Montbrison, 1990, Siger, 203 p.
  • Edouard Perroy, Les familles nobles du Forez au XIIIe, essai de filiation, T. 1 & 2, 1976, Centre d'études foréziennes, La Diana, (ISBN 2-85145-020-4)
  • L.-Pierre Gras, Répertoire héraldique ou armorial général du Forez, Librairie Bachelin-Deflorenne, 1874, Paris ; Réimp. Laffitte Reprints, Marseille, 1983, (ISBN 2-7348-0097-7)

Études anciennes

  • Aug. Bernard jeune, Histoire du Forez, Bernard ainé impr., 1835, Montbrison ; Réimp. Laffitte Reprints, 1979, Marseille

Études récentes

  • Claude Colombet-Lasseigne, Les hommes et la terre en Forez à la fin du Moyen Âge, la seigneurie rurale face aux crises des XIVe et XVe siècles, PU de Saint-Étienne, 2006, 521 p., (ISBN 2-86272-408-4)
  • Forez et Bourbon. Les ducs de Bourbon, maîtres du Forez aux XIVe et XVe siècles, Actes du colloque de Montbrison du 23 octobre 2010, sous la direction d'Olivier Troubat et Christophe Mathevot, Montbrison, La Diana, 2011. (ISBN 978-2-911623-23-3)

Autre sources

  • Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Forez » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource)
  • Forez et Vivarais, itinéraire de l'homme de goût, publié par le comité de la région XVI bis, exposition internationale de Paris de 1937, éditions du Pigeonnier, Saint-Félicien (Ardèche), 1937. Illustrations de Jean Chièze.
  • Jean Antoine de La Tour de Varan, Études sur le Forez, 1860, et années suivantes.
  • l'ensemble des œuvres de Marguerite Gonon
  • Les ouvrages d'Henri Pourrat né à Ambert le 7 mai 1887.[1]
  • Jérôme Sagnard, Joseph Berthet Le Forez, il y a bientôt cent ans Éditions Alan Sutton,2005, 96 p. (cf www.jeromesagnard.com)