Bonheur

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bonheur (homonymie).
Le Christ enseignant les béatitudes. - Peinture de James Tissot (fin XIXe siècle).
Le Vrai Bonheur, peinture de Jean-Michel Moreau (XVIIIe siècle), où la famille unie a valeur de métaphore du bonheur bourgeois.
Avec l'essor de la société de consommation, le bonheur tend à être assimilé au confort et à l'assouvissement de tous les plaisirs.

Le bonheur[1] est un état émotionnel agréable[2], équilibré et durable[3] dans lequel se trouve quelqu'un qui estime être parvenu à la satisfaction[4] des aspirations et désirs qu'il juge importants[5]. Il perçoit alors sa propre situation de manière positive et ressent un sentiment de plénitude et de sérénité, d'où le stress, l'inquiétude et le trouble sont absents.

La notion de bonheur traverse toute la pensée occidentale depuis Socrate (Ve siècle av. J.-C.) mais elle évolue sensiblement au fil du temps.

  • Pendant plusieurs siècles, la chrétienté substitue le débat sur le bonheur par celui sur la béatitude : "ne peut vivre dans la sérénité que celui qui entretient un dialogue avec Dieu".
  • Les questionnements sur le bonheur reprennent avec les Temps modernes, plus exactement au XVIIe siècle, quand émerge la philosophie morale (Pascal, Spinoza...). Un certain nombre de penseurs occidentaux s'attachent alors à élaborer des doctrines visant à définir l'état de bonheur ainsi que les voies pour l'atteindre et le maintenir. Spinoza utilise les termes "béatitude" et "félicité".
  • À partir de la fin du XVIIIe siècle (époque des Lumières) et l'avènement de la démocratie moderne, les questionnements se focalisent sur l'articulation entre "bonheur individuel" et "bonheur collectif". Mais durant la seconde moitié du XIXe siècle, Marx et Nietzsche désignent "le bonheur" comme une question occultant certaines réalités : d'une part les inégalités sociales, d'autre part le fait que les humains doivent endosser une lourde responsabilité morale du fait qu'ils mettent progressivement un terme à l'autorité exercée jusque là par la religion.
    - Pour Marx, le bonheur est une "valeur bourgeoise", il faut le transformer en « question politique »[6], en facteur d'émancipation politique[7]
    - Pour Nietzsche, le bonheur consiste en « une force vitale qui pousse tout être vivant à étendre son pouvoir sur ce qui l’entoure[8]. »
  • Au début du XXe siècle, les sciences humaines (essentiellement la psychologie et en sociologie) prennent le relai de la philosophie mais, après les ravages causés par les deux Guerres mondiales et la découverte des camps d'extermination, peinent à conceptualiser la question du bonheur. D'autres mots surgissent alors et reviennent de façon récurrente : paix et droits de l'homme. La psychanalyse révèle que ce qu'on entend généralement par "bonheur" provient d'une volonté inconsciente et quasi compulsive de concrétiser et pérenniser l'ensemble des désirs, au point que les humains finissent par considérer ceux-ci pour des besoins. Mais cette thèse reste globalement peu entendue car les théories de l'inconscient peinent à être considérées.
  • Au début du XXIe siècle, le nombre de livres sur le bonheur explose dans tous les domaines (voir la bibliographie) : non seulement en philosophie mais dans le domaine du management et certains voient dans ce phénomène l'émergence d'une "industrie"[9] et d'une "économie du bonheur". Le thème gagne même des champs totalement inattendus : les Nations unies proclament la "Journée mondiale du bonheur", les entreprises instituent la fonction de "responsable du bonheur", certains scientifiques entreprennent de "mesurer le bonheur"[10] et l'on trouve même des militants de la décroissance défendre le principe d'une "sobriété heureuse". De manière globale, la notion de bonheur est essentiellement mise en relation avec les conditions de travail : en janvier 2020, un sondage révèle que « 82% des salariés français estiment que l'entreprise est responsable de leur bonheur[11] ».

« Aujourd’hui, les « sciences du bonheur » constituent un champ de recherches regroupant des spécialistes de divers disciplines humaines, sociales et expérimentales, mêlant psychologues, économistes, sociologues, philosophes, historiens, chercheurs en sciences de l’éducation, ainsi que neurologues et cogniticiens[12]. »

Définitions du concept[modifier | modifier le code]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot bonheur dérive de deux mots latins, bonum et augurum, qui se sont lentement transformés en « bon eür »' en ancien français.

- bonum signifie « bon », « positif », « favorable » ;
- augurum (qui vient de augere, « s'accroître ») signifie « accroissement accordé par les dieux à une entreprise »[13].

Le mot bonheur renvoie donc à l'idée d'un état de contentement non seulement durable, permanent, mais pouvant aller croissant.

Le Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL) propose cette définition :

« État essentiellement moral atteint généralement par l'homme lorsqu'il a obtenu tout ce qui lui paraît bon et qu'il a pu satisfaire pleinement ses désirs, accomplir totalement ses diverses aspirations, trouver l'équilibre dans l'épanouissement harmonieux de sa personnalité. »

Bonheur et plaisir[modifier | modifier le code]

Le bonheur et le plaisir sont deux notions qui portent à confusion.
- Le plaisir est une sensation comprise comme limitée et ponctuelle. Son caractère fugace et éphémère a souvent été souligné par certains philosophes moralistes, comme si sa satisfaction se trouvait obligatoirement limitée par la nature de son objet.
- Le bonheur, quant à lui, est un état de bien-être caractérisé par sa durabilité, sa stabilité et le fait qu'il relève non seulement du corps mais aussi de l'esprit[14].

Autre différence : le bonheur est ressenti comme apaisant et source de plénitude quand le plaisir est associé à une forme d'excitation : la satisfaction d'un plaisir génère le désir de son renouvellement ou d'un autre plaisir.

Ces différences sont également notables sur le plan biologique : le plaisir résulte principalement de la production de dopamine et d'opiacés endogènes tandis que le bonheur repose sur la production de sérotonine.

Évolution du concept[modifier | modifier le code]

L'idée de bonheur, dès ses origines, repose sur la prise de conscience réfléchie et assumée que l'existence terrestre se clôture par la mort, qu'elle est donc limitée dans le temps. Plus exactement, ce par quoi se manifeste cette idée est une quête sans fin : la recherche d'une forme d'éternité, d'infini, dans une existence qui, elle, par nature, se caractérise par sa finitude. Et ce qui explique la complexité de cette idée de bonheur, c'est la prise de conscience du caractère plus ou moins vain de cette quête puisque, de toute façon, l'existence se solde toujours par la mort. D'après la philosophe Vinciane Despret, c'est même la réminiscence des proches disparus qui conduit en premier lieu au bonheur[15].

L'idée de bonheur est indissociable du sentiment que toute existence se clôt par la mort. - Dessin du XIXe siècle

L'idée que l'appel du bonheur s'appuie sur la conscience de sa condition de mortel traverse les siècles :

  • Plus encore que Carpe Diem (« profite pleinement de l'instant présent »), tiré d'un poème d'Horace du Ier siècle av. J.-C., l'adage Memento mori (« souviens-toi que tu vas mourir »), transmis au IIIe siècle par Tertullien, symbolise l'idée que le bonheur réside dans la capacité d'accepter la mort.
  • Au XVIIe siècle, Pascal affirme qu'écarter la mort de sa pensée revient à courir après un bonheur illusoire : « Les hommes n'ayant pu guérir la mort, la misère et l'ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser[16]. »
  • Au XXe siècle, Martin Heidegger appelle l'Être-vers-la-mort l'idée que l'acceptation de la mort constitue le fondement du bonheur car elle seule permet de vivre chaque instant avec acuité et lucidité : « L’Etre se dévoile dans le souci[17]. » Ce faisant, il « ne glorifie pas la mort mais le fait de se confronter à celle-ci en assumant son existence[18]. »
  • Au XXIe siècle, la plupart des penseurs transhumanistes considèrent que le progrès technique permettra un jour d'atteindre le bonheur ultime : vaincre la mort[19].

Antiquité[modifier | modifier le code]

A quand remonte l'idée de bonheur et où prend elle naissance ?... La réponse à une telle question est conditionnée par les témoignages dont on garde aujourd'hui la trace. Ces témoignages prennent d'abord la forme d'images et surtout d'objets : l'idée de bonheur trouve ses plus lointaines origines dans le fétichisme, voire de l'exorcisme. Dans la civilisation égyptienne, notamment, les amulettes sont des objets que l'on qualifie aujourd'hui de "porte-bonheur" car on leur prête alors des vertus conjuratoires : les vivants les portent sur eux pour se donner chance, se protéger contre ce qu'ils ressentent comme "le mauvais sort". Et, dans la mesure où la croyance en la vie après la mort est prégnante, on glisse également ces objets sur les corps des défunts ou dans leurs sépultures.

On peut dire que, dans la culture occidentale, "l'idée de bonheur" à proprement parler remonte à la naissance de la philosophie : c'est dans la Grèce du Ve siècle av. J.-C., chez Socrate et son fameux "Connais-toi toi-même" que le monde des idées prend corps, c'est-à-dire s'exprime par la voie du discours transmissible, oral ou écrit. Ainsi que l'indique l'universitaire Frédérique Ildefonse, « que le bonheur réside dans le plaisir, la connaissance ou la vertu, il est la caractéristique d'une vie : vie de jouissance, vie philosophique ou politique. Le bonheur nécessite une certaine durée[20]. »

Platon et Aristote (IVe siècle av. J.-C.)[modifier | modifier le code]

Platon est un des premiers philosophes à traiter la question du bonheur (eudaimonia) dans différents textes, dont le Banquet, le Gorgias, l'Euthydème et le Timée. Selon lui, il existe une hiérarchie dans le bonheur : les biens relatifs aux corps, les biens extérieurs et ceux relatifs à l'âme[21].

Dans le Timée, il fait dire à Socrate : « Un homme sera suprêmement heureux (eudaimôn) s'il ne cesse de prendre soin de son élément divin et qu'il maintient en bonne forme le démon (daimôn) qui, en lui, partage sa demeure[22]. »

Par la suite, dans son Ethique à Nicomaque, Aristote inaugure la philosophie morale. Il souligne que « toute action et tout choix tendent vers quelque bien », le bien ultime, un bien qui n’est pas fourni par l’extérieur mais qu’on doit trouver en soi-même, dans sa propre activité. Atteindre ce bien exige en effet un effort, un travail sur soi : la vertu[23],[24].

« Le bonheur est […] coextensif à la contemplation, et plus on possède la faculté de contempler, plus aussi on est heureux : heureux non pas par accident, mais en vertu de la contemplation même, car cette dernière est elle-même d’un grand prix. Il en résulte que le bonheur ne saurait être qu’une forme de contemplation[25]. »

Enfin, à la différence du plaisir, le bonheur s'éprouve dans la durée : « Une hirondelle ne fait pas le printemps pas plus qu'un seul beau jour. Et ainsi la félicité et le bonheur ne sont pas davantage l'oeuvre d'une seule journée ni d'un bref espace de temps[26]. »

Épicure (IIIe siècle av. J.-C.)[modifier | modifier le code]

Selon Épicure, le bonheur a deux faces : une face négative qui correspond à l'absence ou la diminution de la souffrance et une face positive qui concerne la satisfaction des désirs naturels et nécessaires. Le bonheur est conditionné par le plaisir (cf. épicurisme) et consiste à vivre une vie vertueuse. L’absence de troubles du corps (l'aponie) et de l'esprit (ataraxie) naît de la satisfaction des désirs naturels et nécessaires, dont les plus importants sont la sûreté, la santé, la sagesse et l'amitié. Le texte le plus célèbre d'Épicure qui illustre sa conception du bonheur est la Lettre à Ménécée :

« Il faut se rendre compte que parmi nos désirs les uns sont naturels, les autres vains, et que parmi les premiers il y en a qui sont nécessaires et d’autres qui sont seulement naturels. Parmi les nécessaires, il y en a qui le sont pour le bonheur, d’autres pour la tranquillité du corps, d’autres enfin pour la vie même. (...) Quand donc nous disons que le plaisir est notre but ultime, nous n’entendons pas par là les plaisirs des débauchés ni ceux qui se rattachent à la jouissance matérielle, ainsi que le disent les gens qui ignorent notre doctrine ou qui sont en désaccord avec elle, ou qui l’interprètent dans un mauvais sens. Le plaisir que nous avons en vue est caractérisé par l’absence de souffrances corporelles et de troubles de l’âme. (...) La sagesse est le principe et le plus grand des biens, elle est plus précieuse que la philosophie, car elle est la source de toutes les autres vertus puisqu’elle nous enseigne qu’on ne peut pas être heureux sans être sage, honnête et juste sans être heureux. Les vertus, en effet, ne font qu’un avec la vie heureuse et celle-ci est inséparable d’elles. »

— Épicure, Lettre à Ménécée, trad. de Maurice Solovine, éd. Hermann, 1940

Le stoïcisme (Ier siècle et IIe siècle)[modifier | modifier le code]

Les philosophes stoïciens considèrent que le bonheur réside d'une part dans l'identification des désirs et l'élimination de certains d'eux, d'autre part dans la capacité de pleinement apprécier de l'instant présent, ce que résume la formule Carpe diem du poète latin Horace : « cueille le jour présent sans te soucier du lendemain » (Ier siècle av. J.-C.).

  • Auteur du De Vita beata (La vie heureuse), Sénèque, avance que « nul ne peut vivre joyeusement sans vivre honorablement » : il valorise les vertus (la patience, le courage, la persévérance...) mais reconnaît qu'elles requièrent un effort, une véritable ascèse[27]. Seule cette ascèse permet de conduire à la lucidité et c'est celle-ci, en définitive, qui constitue la véritable source du bonheur : « Vivre heureux, c'est ce que veulent tous les hommes. (...) mais quant il s'agit de discerner ce qui rend la vie heureuse, ils sont dans les ténèbres. Il est tellement peu facile d'atteindre la vie heureuse que, plus on est pressé de la rejoindre, plus on s'en éloigne si l'on s'est trompé de chemin[28]. »
  • Pour Epictète, une fois qu'un homme sait distinguer ce qui dépend de lui (ses désirs et ses pensées) et ce qui n’en dépend pas (la maladie, l'accident, le destin...), il peut canaliser ses désirs ; en premier lieu supprimer ceux qui portent sur ce qui ne dépend pas de lui. S'il désire des choses qui dépendent de lui, ses désirs peuvent être satisfaits et il accède alors au bonheur[29].
  • Selon Marc-Aurèle, à la fois philosophe et empereur romain, la brièveté de vie n’est pas un obstacle au bonheur. Celui-ci tient à l'aptitude des hommes à accepter ce qui ne dépend pas d'eux, à commencer par la mort : sachons pleinement profiter du temps présent en s'en contentant[30]

Judaisme et christianisme[modifier | modifier le code]

Les Juifs comme les Chrétiens se réfèrent au Livre de la Genèse, selon lequel le premier homme et la première femme, à peine créés par Dieu, ont été chassés du Paradis (ou Éden) pour lui avoir désobéi, puis envoyés sur Terre. Ainsi associée au péché, l'existence symbolise l'imperfection, voire la déchéance, tandis que l'Eden renvoie à une perfection dont l'humain a été exclu.

Adam et Eve chassés de l'Eden
Masaccio, église Santa Maria del Carmine, Florence, vers 1425.

La question du "bonheur terrestre" est donc écartée d'emblée dans le judaïsme comme dans le christianisme, comme le résume la formule qui ponctue le Livre de l'Ecclésiaste (rédigé vers 250 av. J.-C.)[31] :

« Vanité, tout est vanité. »

Toutefois, bien que la religion chrétienne soit considérée comme "fille" de la religion juive, la façon dont est considérée l'évolution des hommes (ou plutôt la façon dont ils doivent évoluer) diffère sensiblement entre le judaïsme, où des prophètes annoncent toutes sortes de catastrophes et la venue d'un messie qui viendrait y mettre fin, et le christianisme, où des apôtres proclament celle-ci, affirment qu'elle a eu lieu et s'en réjouissent (le mot "évangile" signifie "bonne nouvelle").

  • Selon Isy Morgensztern, la quête du bonheur chez les Juifs s'apparente dans un premier temps à celle de la "Terre promise", "un territoire où il ferait bon vivre" ; ensuite à l'étude des textes religieux : « la question du bonheur s’appréhende selon deux moments, correspondant aux deux judaïsmes. Dans le premier judaïsme, le message qui est donné aux fidèles à partir du deuxième livre de la Bible hébraïque est de bien vivre sur leur terre. Parce que cette religion se perçoit comme accompagnant la Création à laquelle elle a apporté son assentiment, la question du bonheur s’y confond avec celle du moyen de trouver sa juste place dans ce monde. (...) Mais l’installation en Terre promise échoue, comme précédemment l’installation d’Adam et Ève au Paradis, car l’homme n’a pas été à la hauteur des propositions divines. (...) Apparaît alors la seconde source de bonheur, à la fois terrestre et céleste, répondant à l’un des vœux centraux des fidèles juifs, qui est de comprendre l’objet de la Création. L’étude des textes religieux est considérée par le judaïsme comme un bonheur comparable à aucun autre. (...) Un texte traditionnel du judaïsme dit que, lorsque le monde a été créé, la divinité était munie d’un plan. Connaître ce plan, ou du moins tenter de le reconstituer, ferait de chaque fidèle un compagnon du Créateur[32]. »
  • Pour les chrétiens, les choses sont plus complexes ou, plus exactement, plus mystérieuses puisque le christianisme est fondé sur un récit qui s'ouvre sur un mystère (celui de l'incarnation) et se referme sur un autre (celui de la résurrection). Les Évangiles rapportent en effet que, pour éviter que les humains ne se replient dans le sentiment de culpabilité, et par amour pour eux, Dieu aurait temporairement partagé leur condition en se faisant homme en la personne du Christ. De ce fait, les chrétiens considèrent l'existence terrestre de manière duale, contradictoire : d'une part elle demeure le lieu du péché, comme pour les Juifs, d'autre part — puisque Dieu lui-même y a séjourné et que son passage symbolise son amour pour l'humanité — elle est aussi le lieu où il est non seulement possible mais souhaitable de "se réaliser" (idée contenue dans la parabole des talents), à la condition toutefois de mettre ses actions au service de Dieu : l'expérience de la vie est une expérience "heureuse" dès lors que les "satisfactions" nées des actions menées résultent du sentiment d'avoir honoré Dieu, ceci en surmontant toutes les vicissitudes de l'existence, y compris les plus éprouvantes. Durant son ministère, le Christ lui-même donne un inventaire de ces "satisfactions", appelées béatitudes : "Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux", "heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés", "heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu"...

    Certains chrétiens se disent « rassasiés de bonheur »[33] et, selon Laurence Devillairs, la béatitude, au sens chrétien du terme, « n'est pas tant désir d’être heureux que désir de Dieu[34] ». Bernard Ibal estime que le bonheur, pour un chrétien, repose en définitive sur deux pratiques de vie préconisées par le Christ[35] et indissociablement liées : recevoir le don de Dieu et donner de soi aux autres[36].

Selon l'essayiste Yann Kerninon, « les premières pages de la Genèse (suscitent) auprès (des jeunes) de toutes origines, de toutes confessions, de tous milieux sociaux, une réaction quasi unanime de rejet. Si l'étude approfondie d'un texte mène généralement à une meilleure compréhension, celle du texte fondateur du judaïsme, du christianisme et de l'islam, déclenche le plus souvent l'hilarité, l'indignation, la révolte et la consternation. » Et il appelle alors de ses voeux « une religion du bonheur »[37].

XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Tournant progressivement le dos à la conception religieuse du monde et de l’éducation qui fut celle du Moyen-Age, et en cela faisant partie des premiers représentants de l'humanisme, quatre Européens expriment leurs conceptions du bonheur : le hollandais Erasme, à la fois chrétien et héritier de Platon ; l'Anglais Thomas More, qui tente d'imaginer le bonheur sous un angle politique ; les Français Pierre de Ronsard et Michel de Montaigne, qui s'efforcent de comprendre la nature humaine dans sa double dimension corporelle et spirituelle et analysent le caractère fugace de la vie. Chacun traite du bonheur selon un mode littéraire particulier : les dialogues chez Erasme, la fiction chez Thomas More, la poésie chez Ronsard et l'essai chez Montaigne.

Érasme[modifier | modifier le code]

Pour Érasme, « l’état heureux qui découle de la communauté des biens chez Platon annonce celui préconisé par le Christ grâce à la charité. (...) (Or si) le bonheur ne réside pas dans l’expérience mystique, comme le conçoit le christianisme d’alors, mais dans la vie de l’homme pieux, (...) pour parvenir à cet état heureux se trouve la philosophia Christi, déclarée supérieure aux autres philosophies, nonobstant les emprunts répétés d’Érasme à ces dernières[38] » :

« La philosophie que le Christ a choisie de préférence à toutes est celle qui est la plus éloignée, la plus différente des principes des philosophies, de la manière de voir du monde, mais qui seule peut procurer ce que les hommes, chacun par son chemin propre, s’efforcent d’obtenir, c’est-à-dire la félicité.[39] »

Thomas More[modifier | modifier le code]

Témoin des ravages sociaux qu'engendre dans son pays le premier mouvement des enclosures, et ami d'Erasme, le philosophe et théologien Thomas More s'efforce en 1516 d'en analyser les causes et les conséquences dans son récit Utopia. Sur le mode du dialogue avec un narrateur, il dresse le portrait d'un monde imaginaire, idéalisé, où règne la tolérance et la discipline au service de la liberté. L'économie repose sur la propriété collective des moyens de production et l'absence d'échanges marchands.

Composée d'une cinquantaine de villes gérées de manière semblable, la société vit sans monnaie, et les échanges collectifs y prennent la place de l’accumulation privée qui cause en Angleterre les malheurs du peuple[40]. More écrit notamment :

« Le seul moyen d’organiser le bonheur public, c’est l’application du principe de l’égalité. L’égalité est impossible dans un État où la possession est solitaire et absolue ; car chacun s’y autorise de divers titres et droits pour attirer à soi autant qu’il peut, et la richesse nationale (…) finit par tomber en la possession d’un petit nombre d’individus qui ne laissent aux autres qu’indigence et misère. »

Et aussi :

« Chercher le bonheur sans violer les lois est sagesse ; travailler au bien général est religion ; fouler au pied la félicité d’autrui en courant après la sienne est une action injuste. Au contraire, se priver de quelque jouissance, pour en faire part aux autres, c’est le signe d’un coeur noble et humain, qui, du reste, retrouve bien au-delà du plaisir dont il a fait le sacrifice. »

Ronsard[modifier | modifier le code]

Au milieu du siècle, inspiré notamment par les poètes latins (dont Horace, auteur du célèbre Carpe Diem, et Ausone) et par les premiers auteurs modernes (dont Pétrarque), Ronsard s'attache à démontrer la fragilité du bonheur, liée aux incertitudes de l'amour et aux frustrations qu'il peut générer et ainsi qu'au caractère éphémère de l'existence et la hantise de la mort, comme en 1524, dans l'un de ses poèmes les plus célèbres, Mignonne, allons voir si la rose.

Portrait présumé de Montaigne

Dans le contexte de ces considérations, la poésie constitue selon lui avant tout un message de joie. L'étude des lettres, écrit il en 1550, est « l'heureuse félicité de la vie, sans laquelle on doit désespérer de pouvoir jamais atteindre au comble du parfait contentement »[41].

Montaigne[modifier | modifier le code]

La pensée de Montaigne s'inscrit dans la filiation épicurienne[42],[43]. Ainsi, dans ses Essais, parus dans les années 1580, il écrit notamment : « j'aime la vie et la cultive telle qu'il a plu à Dieu de nous l'octroyer. Je ne vais pas désirant que soit supprimée la nécessité de boire et de manger[44]. »

Comme l'écrit André Comte-Sponville, « en visant la volupté et en dédaignant la tristesse, Montaigne prône une philosophie en action, à l’opposé des utopies transcendantes : la recherche du bonheur consiste avant tout à se réconcilier avec le réel et à cultiver activement le vivre à propos[45]. »

XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Surtout connu pour le développement des sciences (diffusion de théorie copernicienne de l'héliocentrisme, travaux de Galilée et Newton...) le XVIIe siècle voit également fleurir la philosophie morale, c'est-à-dire les premières tentatives de théoriser le comportement humain. Et ce n'est pas un hasard si certains penseurs, comme Descartes, Pascal ou Newton) sont à la fois connus pour leurs recherches en mathématiques ou en astronomie et pour leurs spéculations sur la "nature humaine", véritables préfigurations de ce que sera plus tard la psychologie.

Et in Arcadia ego, tableau de Nicolas Poussin (1638-1640).

De manière générale, l'exercice de la raison et celui de la sensibilité s'alimentent mutuellement. Cela est perceptible dans le domaine de Beaux Arts, notamment dans les œuvres du Français Nicolas Poussin, comme le montre en particulier son tableau Et in Arcadia ego (traduction littérale du latin : « Souviens-toi que tu es mortel ») plus connu sous le nom Les Bergers d'Arcadie. À l'origine, l'Arcadie est une région de la Grèce mais, depuis la Renaissance, elle est un thème poétique confinant à l'utopie et symbolisant un rapport idyllique de l'homme à la nature et, par extension, une société idéale vivant la paix et le bonheur, comme le précisera plus tard (à la fin du XIXe siècle), de façon désabusée, le philosophe Arthur Schopenhauer :

« Nous sommes tous nés en Arcadie, autrement dit nous entrons dans la vie pleins d’exigences de bonheur et de jouissance, et nous avons l’espoir fou de les réaliser jusqu’à ce que le destin nous tombe dessus sans ménagement et nous montre que rien n’est à nous[46]. »

Depuis le Discours de la méthode de Descartes (1637), la pensée philosophique s'est structurée au point que le siècle est souvent associé au rationalisme cartésien. Descartes lui-même, en 1649, évacue la question du bonheur et plus généralement celle des sentiments, qu'il considère comme une source d'égarement :

« il arrive bien souvent qu’on admire trop, et qu’on s’étonne en apercevant des choses qui ne méritent que peu ou point d’être considérées […]. Et cela peut entièrement ôter ou pervertir l’usage de la raison. C’est pourquoi, encore qu’il soit bon d’être né avec quelque inclination à cette passion, parce que cela nous dispose à l’acquisition des sciences, nous devons toutefois tâcher de nous en délivrer le plus possible[47]. »

Trois décennies plus tard, cependant, émergent les premières véritables méditations sur le bonheur : les Pensées de Pascal (1669) et L'Éthique de Spinoza (1677). Fait significatif : basés sur la question des rapports entre foi et raison — qui, à l'époque, est encore épineuse et taboue — ces ouvrages paraissent après la mort de leurs auteurs respectifs. Le siècle s'achève avec l'émergence de l'idée qu'il est moralement inconvenant de penser "son" bonheur sans interroger celui d'autrui : « Il y a une espèce de honte d'être heureux à la vue de certaines misères » et « le bonheur des uns fait le malheur des autres », résume La Bruyère[48]... Les philosophes du siècle suivant s'assigneront la tâche délicate de penser conjointement l'individuel et le collectif.

Pascal[modifier | modifier le code]

Selon l'universitaire Christian Lazzeri, « l'intérêt de Pascal pour la question du bonheur présente la caractéristique particulière de se situer à contre-courant de ce qui allait devenir la tendance dominante dans le développement de la philosophie morale et politique. Et cela doublement. En premier lieu, Pascal ne pouvait pas ne pas observer qu’avait émergé, dès la première moitié du XVIIe siècle, une tentative qui, sans séparer la morale religieuse de la morale naturelle, entendait permettre à la seconde de s’affirmer dans sa liaison avec la recherche d’un bonheur mondain. En second lieu, cet objectif d’une morale du bonheur naturel se fondait sur un usage spécifique de la raison pour entreprendre d’en définir la possibilité et la mise en œuvre. (...) L’originalité de la position de Pascal consiste à refuser (de se positionner sous l'un ou l'autre de ces) deux versants »[49].

Or, poursuit Lazzeri, Pascal soutient « la thèse selon laquelle le bonheur s’enracine dans la nature de l’homme ne peut faire l’économie d’une interrogation sur la « nature » de cette nature ». De plus, il met en cause « la capacité de la raison à concevoir l’idée même du bonheur ». Selon lui, « le comportement des hommes ne peut être compris si on fait abstraction des vérités de la religion chrétienne et tout particulièrement de celles qui concernent la « double nature » de l’homme, définie par la considération de celui-ci avant et après le péché originel »[50]. Pour autant qu'il active sa raison, Pascal entend donc rester fidèle au message chrétien :

« Tous les hommes recherchent d'être heureux. Cela est sans exception, quelques différents moyens qu’ils y emploient. (...) C'est le motif de toutes les actions de tous les hommes. Et cependant, depuis un si grand nombre d'années, jamais personne, sans la foi, n'est arrivé à ce point où tous visent continuellement. (...) Qu’est-ce donc que nous crie cette avidité et cette impuissance, sinon qu’il y a eu autrefois dans l’homme un véritable bonheur, dont il ne lui reste maintenant que la marque et la trace toute vide, et qu’il essaie inutilement de remplir de tout ce qui l’environne, recherchant dans les choses absentes le secours qu’il n’obtient pas des présentes, mais qui en sont toutes incapables, parce que ce gouffre infini ne peut être rempli que par un objet infini et immuable, c’est-à-dire que par Dieu même[51] »

Selon Pascal, « il y a une véritable misère de l’homme sans Dieu[52] ». Et le bonheur, conclue t-il, c'est précisément de ne jamais oublier Dieu :

« Le bonheur n’est ni hors de nous, ni dans nous ; il est en Dieu, et hors et dans nous[53] »

Spinoza[modifier | modifier le code]

Le cas du Hollandais Baruch Spinoza est très différent de celui de Pascal puisqu'il participe activement au mouvement rationaliste initié par Descartes et qu'il a même été longtemps inquiété et dénoncé comme athée. Pour comprendre son approche du bonheur, il importe de saisir le rapport qu'il entretient avec la religion.

Spinoza est en rupture totale avec les religions en tant qu'institutions : le judaïsme — d'où il est issu mais dont il est officiellement exclu quand il a 23 ans, alors qu'il n'a encore rien publié — le catholicisme et le protestantisme. Pour autant, il se défend d'être athée car il déporte un véritable sentiment religieux sur la nature, qu'il identifie à Dieu : « tout ce qui est dans la nature, considéré dans son essence et dans sa perfection, enveloppe et exprime le concept de Dieu », écrit-il dans son Traité théologico-politique, publié en 1670. Qualifiant la nature de "nature naturante" (par opposition à la "nature naturée") et souvent apparenté au panthéisme, il considère que l'essence de chaque chose est un "effort" (conatus = désir) de "persévérer dans son être".

Et selon lui, ce qui fait la grandeur de l'homme, c'est la recherche de la béatitude, qu'il désigne comme un "amour intellectuel de Dieu" (c'est-à-dire de la nature). Dans son ouvrage maître, l'Éthique (qui ne sera publié par ses amis qu'après sa mort) n'utilisent pas le mot « bonheur », Spinoza emploie indifféremment les mots felicitas (« félicité ») et beatitudo (« béatitude »)[54] :

« Notre suprême félicité ou béatitude, consiste dans la seule connaissance de Dieu[55] »

Il écrit par ailleurs : « Il est dans la vie utile au premier chef de parfaire l'intellect, autrement dit la raison, autant que nous pouvons, et c'est en cela que consiste pour l'homme la suprême félicité, autrement dit la béatitude[56] » et « si la joie (laetitia) consiste dans le passage à une plus grande perfection, la béatitude, à coup sûr, doit consister en ce que l'esprit est doté de la perfection même[57]. »

Bon nombre de contemporains se réclameront de la philosophie spinozienne du bonheur, dont Gilles Deleuze[58], Robert Misrahi (qui voit en lui "le philosophe du bonheur" par excellence[59]), Michel Henry[60] et, plus récemment, Bruno Giuliani[61].

XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Pour les philosophes des Lumières, "le bonheur", c'est d'abord un désir de découvertes en tous genres : aussi bien les fouilles archéologiques (Pompéi) et l'histoire en tant que "science nouvelle" (Vico) que le moteur à vapeur (Watt) et la diffusion du savoir (l'Encyclopédie). Les textes sur le bonheur brillent par leur nombre et leur diversité : poèmes, fictions, correspondances, traités... même les journaux intimes s'y intéressent, tel le Discours sur le bonheur d’Émilie du Châtelet. Mais les philosophes ne font pas seulement état de leur sensibilité, ils sont également attirés par la politique et le désir d'écrire l'histoire, tel Voltaire qui, en 1734 dans ses Lettres philosophiques, magnifie la culture et l’économie anglaises contre l’intolérance et l’absolutisme français. Fait nouveau, donc, le bonheur est un objectif à la fois personnel et collectif.

Le Pèlerinage à l'île de Cythère d'Antoine Watteau illustre ce double aspect du bonheur, tel qu'il est vécu par l'aristocratie. Cythère est une petite île grecque, connue pour la présence d’un temple dédié à la déesse Aphrodite tandis que, depuis la Renaissance, l'antiquité gréco-romaine est un objet de fantasme. Ici, les personnages ne sont plus empruntés à la mythologie, ce sont des contemporains du peintre, vêtus des costumes de l'époque. Watteau inaugure le genre de la fête galante, qui renvoie lui-même aux rassemblements ludiques organisés sous l'ancien régime. Son tableau symbolise une élite qui, collectivement, se met en marche : « Les couples quittent la statue après lui avoir apporté leurs offrandes : l'hommage a été rendu, la statue restera seule. La mélancolie de Watteau est dans cette coexistence d'un recueillement et d'un éloignement, d'une intimité et d'un appel du lointain. C'est la mélancolie d'un bonheur de peindre qui a conscience de se substituer au bonheur de vivre[62]. »

Mais ce n'est qu'à la fin du siècle, après que la Révolution ait éliminé le Roi, c'est-à-dire quand les individus s'émancipent de la dernière figure d'autorité après l'Église, qu'ils proclament (par la voix de Saint-Just) que « le bonheur est une idée neuve en Europe »[63]. En réalité, la nouveauté ne tient pas dans le bonheur en soi mais dans le fait qu'il sert désormais de ciment à toutes les autres valeurs. Comme l'écrit la même année Condorcet, « la nature lie, par une chaîne indissoluble, la vérité, le bonheur et la vertu[64]. »

Tout au long du siècle, "le bonheur" se manifeste en définitive sous deux aspects différents mais complémentaires :
- d'une part, une survalorisation des sentiments individuels, confinant parfois avec le sentimentalisme ;
- d'autre part, l'idée que l'État est à-même d'assurer le bonheur collectif par le biais de ses représentants... lesquels, comme le montre le peintre David, sont à leur tour sacralisés.

Rousseau[modifier | modifier le code]

Jean-Jacques Rousseau est l'un des penseurs les plus influents du siècle et en même temps l'un de ceux qui se sont le plus penchés sur la question du bonheur : « antiphilosophe parmi les philosophes, il est tout à la fois le chantre passionné du bonheur intime, un penseur puissant des conditions du bonheur collectif et le dénonciateur systématique de ce qui fait obstacle à l'un et l'autre[65]. » Dès son Discours sur les sciences et les arts, en 1750, Rousseau dissocie la notion de bonheur de celle de progrès : « le progrès des sciences et des arts n'a rien ajouté à notre véritable lucidité[66]. » Cette question est donc d'autant plus énigmatique : « l'objet de la vie humaine est la félicité mais qui de nous sait comment on y parvient ? » s'interroge t-il au début de la deuxième des Lettres morales qu'il adresse en 1757 à la comtesse d’Houdetot, une femme mariée dont il est éperdument amoureux[67].

L'historien Bernard Gagnebin estime que, pour Rousseau, « le plus grand obstacle pour accéder au bonheur est l'imagination, qui étend indéfiniment l'étendue des possibles et qui, par conséquent, excite et nourrit les désirs par l'espoir de les satisfaire : il pense qu'à l'exception des douleurs du corps et des remords de la conscience, tous les maux sont imaginaires. »[68]

De fait, au livre V d'Émile, en 1762, Rousseau fait tenir au précepteur un petit discours destiné à faire prendre conscience à son élève, qui lui semble exagérément pressé de conquérir une jeune fille : « Veux-tu donc vivre heureux et sage ? N'attache ton coeur qu'à la beauté qui ne périt point : que ta condition borne tes désirs, que tes devoirs aillent devant tes penchants. Tu n'auras point l'illusion des plaisirs imaginaires, ni les douleurs qui en sont le fruit[69]. » Cette précaution prise, Rousseau précise : « il faut être heureux, cher Émile, c'est la fin de tout être sensible; c'est le premier désir que nous imprima la nature et le seul qui ne nous quitte pas[70]. »

Du bonheur, Rousseau exprime dans le livre VI de ses Confessions (rédigées entre 1765 et 1770) une vision pour le moins nostalgique et subjective, puisqu'il y raconte l'histoire de sa propre vie. Décrivant la nature comme un havre de paix propice à l'épanouissement de l'homme, il dit souhaiter un retour à l'Eden perdu et à l'Age d'or. Plus concrètement, il indique que son bonheur réside dans le souvenir des moments passés aux Charmettes avec Madame de Warens vers 1740, quand il avait une trentaine d'années. Le bonheur lui semble précieux avant tout parce qu'il est fugitif[71].

La philosophie politique[modifier | modifier le code]

On doit à l'Écossais Francis Hutcheson, en 1725, la paternité d'une formule qui va connaître par la suite un succès retentissant :

« le plus grand bonheur du plus grand nombre[72]. »

Relayés entre autres par Joseph Priestley, un théologien converti à la philosophie naturelle, et par l'Italien Cesare Beccaria[73], ces mots servent en 1768 de base conceptuelle à Jeremy Bentham, qui s'en sert pour développer une véritable doctrine : l'utilitarisme. Selon lui, l’État est nécessaire afin d’assurer le bonheur de la population dans sa globalité ; lui seul est légitime pour garantir le respect des libertés individuelles. Il se doit de prendre les mesures législatives et sociales permettant de maximiser le bonheur. Ainsi une loi ne doit être jugée « bonne » ou « mauvaise » que sous le rapport de sa capacité à augmenter le plaisir de tous. Les principes utilitaristes préfigurent la notion d'intérêt général. L'idée de bonheur en tant que ferment de la conscience politique se structure non seulement en Grande-Bretagne mais en France. En 1779, le naturaliste Buffon écrit ces mots :

« Y a t-il une seule nation qui puisse se vanter d'être arrivée au meilleur gouvernement possible, qui serait de rendre tous les hommes non pas également heureux mais moins inégalement malheureux, en veillant à leur conservation, à l'épargne de leurs sueurs et de leur sang par la paix, par l'abondance des subsistances et les aisances de la vie, et les aisances de leur propagation. Voila le but moral de toute société qui cherche à s'améliorer. (...) L'homme a enfin reconnu que sa vraie gloire est la science et la paix son vrai bonheur[74]. »

L'idée de bonheur trouve un débouché institutionnel dans les démocraties modernes, suite aux révolutions menées aux États-Unis puis en France[75],[76].

  • La question du bonheur est au coeur de la naissance des États-Unis[77]. En juin 1776, l'article 1er de la Déclaration des droits de l'État de Virginie stipule que « tous les hommes sont nés également libres et indépendants et ils ont certains droits inhérents dont ils ne peuvent, lorsqu'ils entrent dans l'état de société, priver ni dépouiller par aucun contrat leur postérité : à savoir la vie, la liberté et la recherche du bonheur[78] ». La formule est reprise peu après, le 4 juillet, dans la Déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique qui pose : « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu'une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l'abolir et d'établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l'organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur. »
  • En France, la notion de bonheur prend un sens politique une vingtaine d'années plus tard, sous la Révolution française[79], quand l'article 1er de la constitution de 1793 postule que « le but de la société est le bonheur commun » et que Robespierre proclame : « l'homme est né pour le bonheur et pour la liberté (...). La société a pour but la conservation de ses droits et la perfection de son être. (...) C'est à vous de faire votre métier : rendre les hommes heureux et libres par les lois[80]. » Peu à peu, les révolutionnaires français assignent à l'État un rôle comparable à celui qu'occupait précédemment l'Église. Ainsi, au fil du temps se développera le concept d'État-providence, le « bonheur ici-bas » (bien-être) occupant la place jusqu'ici détenue par « le salut dans l'au-delà ». [réf. nécessaire]

L'idée que le droit institutionnalise le bonheur suscite un certain nombre de réactions chez les juristes, dont Marie-Anne Frison-Roche[81].

Kant[modifier | modifier le code]

Emmanuel Kant constitue une figure majeure dans toute l'histoire de la philosophie de par l'importance de ses contributions, tant en théorie de la connaissance, qu'en éthique, en esthétique, en métaphysique et en philosophie politique. Un des piliers de l'Aufklärung (Lumières allemandes), il est considéré comme le fondateur du criticisme (ou « philosophie critique »), qui promeut l'idée que toute véritable recherche philosophique « consiste à commencer par analyser les fondements, l'étendue légitime et les limites de notre connaissance »[82].

Son approche du bonheur n'en est que plus complexe et l'objet de bon nombre de commentaires[83] :

« La pensée de Kant ne trouve pas aisément sa place dans une histoire de la philosophie morale et politique centrée sur les concepts de bonheur, d’utilité, de mesurabilité ; ces concepts font en effet, chez Kant, l’objet d’une critique vigoureuse et sont dénoncés comme impropres à fonder la morale aussi bien que la politique. Par suite, la séquence classique qui mène de la morale à la politique, de la recherche du bonheur privé à sa nécessaire inscription dans le champ collectif, ne va plus de soi chez Kant[84]. »

L'approche kantienne du bonheur s'inscrit en tout cas dans le contexte d'une montée en puissance du moralisme amorcé au XVIIe siècle dans le champ de la philosophie, ainsi que Kant lui-même le laisse penser en 1788 dans sa Critique de la raison pratique :

« La morale est une science qui enseigne non pas comment nous devons nous rendre heureux mais dignes du bonheur[85]. »

Désirs et besoins

Selon Kant, la notion de bonheur est problématique car le contenu concret (empirique) est difficile à cerner : « le concept de bonheur n’est pas un concept que l’homme abstrait de ses instincts et qu’il extrait en lui-même de son animalité, mais une simple idée d’un état, à laquelle il veut rendre adéquat cet état sous des conditions simplement empiriques (ce qui est impossible) [86] ».

Kant balaie l'idée que le bonheur est « la satisfaction de toutes nos inclinations (tant extensive, quant à leur variété, qu’intensive, quant au degré, et aussi protensive, quant à la durée)[87] » : ceci est irréalisable. Le bonheur ne demande en réalité que de satisfaire nos besoins. Chacun est porté à rechercher son propre bonheur. Mais quiconque se consacre à cette recherche est inévitablement embarrassé : « le concept de bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’a tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire précisément ce qu'il désire. Car tous les éléments qui font partie du concept de bonheur sont d'ordre empirique et que cependant pour l’idée du bonheur, un tout absolu, un maximum de bien-être est nécessaire. Or il est impossible qu’un être fini (...) se fasse une idée précise de ce qu’il veut véritablement. Richesse, connaissances, longue vie, santé ?... Il n’y a pas à cet égard d’impératif qui puisse commander - au sens strict du mot - de faire ce qui rend heureux car le bonheur est un idéal non de la raison mais de l’imagination. »[88] Kant, pour autant, n'est pas un moraliste condamnant la recherche du bonheur au profit de la suprématie du devoir, il indique simplement qu'il n'est pas possible de suivre la loi morale tout en recherchant son bonheur.

Le bonheur comme fin

Le devoir découle de l’impératif catégorique : « agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu puisses vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle. »[89]

Chaque homme recherche son propre bonheur mais cela ne correspond pas à l’essence du devoir moral : « le devoir doit être une nécessité pratique inconditionnée de l'action : il doit valoir pour tous les êtres raisonnables (les seuls auxquels peut s'appliquer absolument un impératif) et c'est seulement à ce titre qu'il est aussi une loi pour toute volonté humaine. Au contraire, ce qui est dérivé de la nature propre de l'humanité, ce qui est dérivé de certains sentiments et de certains penchants et même, si c'était possible, d'une direction qui serait particulière à la raison humaine et ne devrait pas nécessairement valoir pour la volonté de tout être raisonnable, tout cela peut bien nous fournir une maxime à notre usage mais non une loi... non un principe objectif d'après lequel nous aurions l'ordre d'agir, alors même que tous nos penchants, nos inclinations et les dispositions de notre nature y seraient contraires. »[90]

Poursuivre son propre bonheur n’est donc pas un devoir, c’est un point sur lequel Kant revient souvent. La dissociation rigoureuse entre devoir et recherche du bonheur repose d’abord sur un argument purement logique : « le bonheur personnel est une fin qu'ont certes tous les hommes mais elle ne peut jamais être envisagée comme un devoir sans que l'on se contredise. Ce que chacun inévitablement veut déjà de soi-même, cela n'appartient pas au concept de devoir.. Il est contradictoire de dire qu'on est obligé de concourir de toutes ses forces à son propre bonheur. »[91]

Couverture de l'édition originale de la Critique de la raison pure (1781).

À cela s’ajoute un obstacle pratique, c’est que les attentes et les désirs des uns et des autres étant contradictoires, si chacun ne recherchait que son propre bonheur, il en résulterait des conflits permanents, ce qui anéantirait toute chance de bonheur : « il est donc étrange, alors que le désir du bonheur est universel et par suite aussi la maxime en vertu de laquelle chacun pose ce désir comme principe déterminant de sa volonté, qu’il ait pu venir à l’esprit d’hommes sensés d’en faire pour cela une loi pratique universelle. En effet, alors que d’ordinaire une loi universelle de la nature fait que tout concorde, en ce cas, si l’on voulait attribuer à la maxime la généralité d’une loi, il s’ensuivrait exactement le contraire même de l’accord, le pire des conflits et le complet anéantissement de la maxime elle-même et de sa fin…. Découvrir une loi régissant l’ensemble des inclinations tout en satisfaisant à la condition de les accorder complètement, voilà qui est parfaitement impossible. »[92]

Malgré ces difficultés, Kant ne rejette pas l'idée de bonheur. Au contraire, le devoir envers autrui consiste à contribuer à son bonheur : « que sont les fins qui sont en même temps des devoirs ? Ce sont : ma perfection propre et le bonheur d'autrui. On ne peut pas intervertir les termes... Quand il est question d'un bonheur auquel ce doit être pour moi un devoir de travailler comme à ma fin, il s'agit nécessairement du bonheur d'autres hommes, de la fin (légitime) desquels je fais par là aussi ma propre fin. »[93]

Kant démontre que le devoir de travailler au bonheur d’autrui correspond bien au critère de l’impératif catégorique par le raisonnement suivant : « comme notre amour de nous-mêmes ne peut être séparé du besoin d’être aussi aimé par d’autres (et d’en être aidé en cas de danger), comme nous faisons ainsi de nous-mêmes une fin pour les autres et que cette maxime ne peut jamais obliger autrement que parce qu’elle est qualifiée pour former une loi universelle, par suite, par le biais de la volonté de faire aussi des autres une fin pour nous, le bonheur d’autrui est une fin qui est aussi un devoir. »[94]

Si donc le devoir envers soi-même consiste à travailler à sa perfection morale personnelle et non à rechercher son propre bonheur, ladite recherche n’est pas pour autant contraire à la morale, car elle peut contribuer à entretenir la moralité : « l'adversité, la douleur, l'indigence sont de grandes tentations d'enfreindre son devoir ; l'aisance, la force, la santé et la prospérité en général, qui s'opposent à cette influence, peuvent donc aussi semble-t-il être regardées comme des fins qui sont en même temps des devoirs, à savoir celui de travailler à son propre bonheur et non pas seulement à celui d'autrui. Mais alors ce n'est pas le bonheur qui est la fin mais la moralité du sujet. »[95]

Se pose alors une question : si je dois travailler au bonheur d’autrui, mais que je peux aussi travailler au mien propre, comment répartir mes efforts entre ceux qui ont un but égoïste et ceux qui ont un but altruiste ? Kant répond : « je dois faire aux autres le sacrifice d’une partie de mon bien-être sans espérer de compensation, parce que c’est un devoir, mais il est impossible de déterminer avec précision jusqu’à quelles limites cela peut aller. Il importe de savoir ce qui est vraiment un besoin pour chacun suivant sa manière de sentir, et il faut laisser à chacun le soin de le déterminer par lui-même. En effet, exiger le sacrifice de son propre bonheur, de ses vrais besoins, deviendrait une maxime contradictoire en soi si on l’érigeait en loi universelle. Ainsi ce devoir n’est qu’un devoir large, il offre la latitude de faire plus ou moins sans qu’il soit possible d’en indiquer précisément les limites. La loi vaut seulement pour les maximes, non pour les actions déterminées. »[94]Cependant il ne peut pas tout à fait abandonner l'exigence du bonheur...

Le bonheur comme conséquence

Faire son devoir est la source d’un certain contentement : « l’homme pensant, lorsqu'il a triomphé de l’incitation au vice et qu’il est conscient d’avoir accompli son devoir souvent amer, se trouve dans un état de paix intérieure et de contentement que l’on peut très bien appeler bonheur, où la vertu est à elle-même sa propre gratification. Cependant il est clair que, puisqu’il ne peut se promettre cette gratification de la vertu que de la conscience d’avoir fait son devoir, celle qu’on nomme en dernier doit pourtant venir en premier ; c’est-à-dire qu’il doit se trouver obligé de faire son devoir avant même et sans même qu’il pense que le bonheur sera la conséquence de l’observation du devoir. »[96]

Mais le contentement dont il est ici question ne constitue pas un bonheur complet et on ne peut espérer que le bonheur de chacun soit proportionné à sa vertu : « le bonheur est l’état dans le monde d’un être raisonnable, pour qui, dans toute son existence, tout va selon son désir et sa volonté, et il repose par conséquent sur l’accord de la nature avec le but tout entier poursuivi par cet être, de même qu’avec le principe déterminant essentiel de sa volonté. Or la loi morale, comme loi de la liberté, ordonne par des principes déterminants qui doivent être tout à fait indépendants de la nature et de l’accord de celle-ci avec notre faculté de désirer (comme mobiles) ; d’un autre côté, l’être raisonnable qui agit dans le monde n’est assurément pas en même temps cause du monde et de la nature elle-même. Donc, dans la loi morale, il n’y a pas le moindre principe pour une connexion nécessaire entre la moralité et le bonheur proportionné d’un être qui, faisant partie du monde, en dépend, et qui justement pour cela ne peut, par sa volonté, être cause de cette nature et, pour ce qui est de son bonheur, la mettre par ses propres forces complètement d’accord avec ses principes pratiques. »[97]

Pourtant, c’est la vertu qui rend digne d’être heureux, et « pour que le bien soit complet, il faut que celui qui ne s’est pas conduit de façon à se rendre indigne du bonheur puisse espérer y participer. » On rencontre ici l’antinomie de la raison pratique : seule la pratique de la vertu fait mériter le bonheur, mais en fait, selon les mécanismes de la nature, rien ne garantit qu’elle l’obtienne effectivement. Pour résoudre cette antinomie, la raison pratique est conduite à postuler l’immortalité de l’âme et l’existence de Dieu. Celui-ci, dans l’au-delà de la mort, récompense la vertu par le bonheur.

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Le Tres de Mayo, tableau exécuté par Goya en 1815, décrit les souffrances endurées par les populations civiles au nom du nationalisme.

Les grandes théories sur le bonheur, du type de celles de Kant, peinent à cacher les réalités. Ainsi, celui-là même qui déclarait que "le bonheur est une idée neuve en Europe", Saint-Just, meurt décapité cinq mois plus tard : la Terreur constitue la face sombre de la Révolution mais en fait partie intégrante [98], de même que les guerres napoléoniennes en sont l'aboutissement [99]. Fermé à toute idéalisation du bonheur, le peintre espagnol Francisco Goya décrit les atrocités commises par les armées françaises sur les populations civiles de son pays à travers une série de 82 gravures ainsi qu'un tableau emblématique : le Tres de Mayo. Alors qu'Hegel voit dans l'État une incarnation de la raison, se répand non pas "une idée neuve" mais "un sentiment nouveau", le nationalisme : les Européens encensent non pas "l'État", en tant qu'idéalité abstraite, mais l'État-nation, c'est-à-dire leurs nations, à l'exclusion de celles de leurs voisins. Ainsi le siècle sera ponctué de conflits meurtriers qui, les uns après les autres, réduiront l'idée neuve à une chimère.

Autre facteur décisif, l'industrialisation, qui "désenchante" le monde — comme dira plus tard Max Weber — sans que nul n'ait pu l'anticiper. En grand nombre, les machines maltraitent la nature jusque dans ses entrailles, pour en tirer l'énergie qui leur procurera un nouveau type de bonheur, le confort matériel. Zola décrit l'industrie minière comme l'un des symboles les plus forts de ce que les hommes appelleront plus tard "la révolution industrielle", comme s'ils en étaient les instigateurs, comme s'ils n'étaient pas dépassés par le processus ; alors que seul Rousseau avait osé l'envisager dès la fin du siècle précédent : le mineur « fouille les entrailles de la terre, va chercher dans son centre, aux risques de sa vie et aux dépens de sa santé, des biens imaginaires, à la place des biens réels qu'elle lui offrait d'elle-même quand il savait en jouir[100]. »

L'usine constitue le deuxième symbole fort du siècle, témoin elle aussi d'une toute nouvelle façon de travailler, quand l'ouvrier salarié prend l'ascendant sur l'artisan. Les philosophes dissertent de moins en moins sur le bonheur car ils sont les témoins des malheurs endurés par cette nouvelle "classe sociale" qu'est le prolétariat. Marx ne traite du bonheur qu'en creux : seule la révolution peut apporter le bonheur car seule elle peut leur permettre de se libérer de la domination bourgeoise.

Troisième grand symbole de l'époque : le commerce de grande distribution, les "grands magasins". Et c'est encore Zola qui en donne la meilleure description en 1883, dans un roman au titre particulièrement inspiré : Au Bonheur des Dames.

Le socialisme utopique[modifier | modifier le code]

Au début du siècle, les premiers théoriciens socialistes font de la question du bonheur un enjeu politique[101], principalement Robert Owen en Grande-Bretagne, Saint-Simon, Charles Fourier, Étienne Cabet et Philippe Buchez en France. Bien qu'énonçant des analyses différentes et ne se connaissant pas, ces hommes partagent la volonté de mettre en place des communautés, certaines d'inspiration libertaire, d'autres régies par des règlements contraignants peuvant être inspirés aussi bien par la Loi universelle de la gravitation de Newton (Fourier) que par le déploiement d'ingéniosité à l'oeuvre dans le progrès technique (Saint-Simon). Tous partagent une conception de la vie scientiste et progressiste ainsi qu'une vision optimiste de l'homme : celui-ci est déclaré bon par nature, et l'on peut faire confiance à sa raison pour faire évoluer la société de sorte à faire émerger une civilisation où règne le bien-être.

Leur projet est donc de transformer la société non pas par le biais d'un soulèvement insurrectionnel de type "révolution" ou d'une action réformiste impulsée par l'État, mais sur la base d'initiatives locales. Ils espèrent que, portées par cet idéal, des communautés se multiplient en grand nombre et que, par effet de capillarité, la société se transforme progressivement. Ils sont en effet convaincus que « le libre développement de chacun devient le moyen du bonheur de tous » et que « c'est en devenant entièrement lui-même que l’individu se relie à tous les autres[102]. » Quelques tentatives se concrétisent, telle le familistère de Guise, créé en 1854 par l'industriel Godin, mais globalement l'entreprise échoue, raison pour laquelle ces tentatives seront par la suite désignées sous l'appellation "socialisme utopique", notamment en 1880 par Engels[103].

En revanche, Jacques Julliard voit dans le communisme une concrétisation à grande échelle des idéaux de ces premiers socialistes et il avance que « depuis la chute du communisme soviétique, le doute n'est plus permis chez nos contemporains : l'idée du bonheur ne chemine plus avec le socialisme, mais bien avec le capitalisme de consommation. (...) Le bonheur n'est plus une idée de gauche et la gauche a bien du mal à proposer aux hommes une idée un peu plus attirante du bonheur[104]. »

Karl Marx[modifier | modifier le code]

Karl Marx considère comme "révolue" la question de l'aspiration au bonheur, dès lors qu'émerge le prolétariat[105], « il laisse le concept de bonheur au philanthropes qui feignent de croire que, plus les riches seront riches, moins les pauvres seront pauvres et plus ils seront heureux. Marx ne parle pas du bonheur parce que, fondamentalement, il n'est pas philanthrope[106]. »

Pour autant, comme l'explique Francis Combes, la question du bonheur n'est jamais absente chez lui : « Au premier abord, il peut sembler que Marx parle peu du bonheur de l’individu ; mais, en fait, il ne parle que de ça. Ce qui l’intéresse, c’est de déterminer les conditions qui permettront à l’homme de se réapproprier son essence, ou, dit en langage moins philosophique, à l’humanité de réaliser ses potentialités d’humanité et donc aux individus concrets de vivre une vie pleinement humaine et libre[107]. »

En réalité, Marx tourne ostensiblement le dos à la conception bourgeoise du bonheur, qu'il qualifie d'illusoire , du fait que la bourgeoisie a selon lui instrumentalisé la religion chrétienne en morale dans le but de servir ses intérêts propres (en particulier le passage des Béatitudes consacré aux pauvres) :

« Nier la religion, ce bonheur illusoire du peuple, c'est exiger son bonheur réel. Exiger qu'il abandonne toute illusion sur son état, c'est exiger qu'il renonce à un état qui a besoin d'illusions[108]. »

Une vingtaine d'années plus tard, dans Le Capital, Marx désigne le bonheur illusoire sous l'appellation "fétichisme de la marchandise" : selon lui, une majorité d'individus confèrent aux marchandises une telle valeur qu'ils sont persuadés qu'elles peuvent leur procurer toujours plus de bonheur. Par ce concept, Marx entend démontrer que l'impression de la marchandise dans l'imaginaire collectif est si importante qu'elle rend particulièrement difficile l'analyse du processus qui préside à leur fabrication, autrement dit le capitalisme dans son ensemble. La marchandise, par la puissance de l'effet de séduction qu'elle suscite, anesthésie en quelque sorte l'esprit critique.

A l'inverse, Marx entend par bonheur réel l'énergie déployée pour analyser le capitalisme et surtout le renverser. En 2016, le philosophe Paul B. Preciado estime que, « pour Marx, le bonheur est émancipation politique[109]. »

Tolstoï[modifier | modifier le code]

En 1859, l'écrivain russe Léon Tolstoï fait de la vie simple le comble du bonheur :

« J’ai vécu bien des choses, je crois maintenant avoir trouvé ce que requiert le bonheur, une vie tranquille et retirée à la campagne, la possibilité d’être utile à des gens à qui l’on peut faire du bien et qui n’ont pas l’habitude qu’on leur en fasse, un travail que l’on espère de quelque utilité et puis le repos, la nature, les livres, la musique, l’amour du prochain, telle est mon idée du bonheur. Et puis, pour couronner le tout, toi pour compagne et des enfants peut-être. Que peut désirer plus le cœur d’un homme[110] ? »

Six ans plus tard, dans Guerre et Paix, son approche du bonheur est plus subtile car elle déborde le cadre de la vie privée et préfigure une analyse sociologique du travail et de la place qu'il occupe dans les mentalités de son époque :

« La tradition biblique prétend que la félicité du premier homme avant sa chute consistait dans l'absence de travail, c'est-à-dire dans l'oisiveté. L'homme déchu a conservé le goût de l'oisiveté mais la malédiction divine pèse toujours sur lui, non seulement parce qu'il doit gagner son pain à la sueur de son front mais aussi parce que sa nature morale lui interdit de se complaire dans l'inaction. Une voix secrète nous dit que nous serions coupables en nous abandonnant à la paresse. si l'homme pouvait rencontrer un état où, tout en restant oisif, il sentait qu'il était utile, et qu'il accomplissait son devoir , il trouverait dans cet état une des conditions du bonheur[111]. »

Par cette critique de la valorisation du travail, Tolstoï annonce Le Droit à la paresse de Paul Laffargue (gendre de Marx), paru en 1880, et surtout, au XXe siècle, le mouvement de la Décroissance. Plus globalement, il inaugure la problématique du « bonheur au travail »[112].

Nietzsche[modifier | modifier le code]

Comme Marx, Friedrich Nietzsche, fustige la notion de bonheur au motif que la bourgeoisie en fait l'apologie en instrumentalisant la religion. Mais à la différence de Marx, il ne se situe pas sur le terrain de la philosophie politique mais sur celui de la philosophie morale. Et de la même manière que Marx distingue le bonheur illusoire du bonheur réel au motif que le premier est transmis par l'idéologie bourgeoise quand le second résulte d'une prise de conscience de sa condition sociale et de l'effort visant à la transformer, Nietzsche valorise l'ascétisme en distinguant celui qui est préconisé par la bourgeoisie, quand elle instrumentalise le discours chrétien des Béatitudes, de celui qui résulte d'un travail sur soi visant à acquérir la force permettant de ne pas se laisser influencer par les discours ambiants (qu'il appelle "le troupeau") et parvenir ainsi à une certaine autonomie spirituelle et morale. Selon lui, on acquiert cette autonomie non pas en réfrénant ses passions ou en les refoulant mais au contraire en les prenant à bras-le-corps sans se laisser dominer par elles, par la force de sa volonté :

« L’Eglise combat les passions par l’extirpation radicale : sa pratique, son traitement, c’est le castratisme. Elle ne demande jamais : « Comment spiritualise-t-on, embellit-on et divinise-t-on un désir ? » De tous temps elle a mis le poids de la discipline sur l’extermination (de la sensualité, de la fierté, du désir de dominer, de posséder et de se venger). Mais attaquer la passion à sa racine, c’est attaquer la vie à sa racine : la pratique de l’Eglise est nuisible à la vie[113]. »

Continuellement, Nietzsche se réfère à "la vie", qu'il qualifie de « volonté de puissance »[114] et qu'il considère comme ambivalente, "par-delà le bien et le mal". Selon lui, le vrai bonheur résulte d'un raccordement à l'énergie vitale, à l'encontre des positions moralisatrices véhiculées par la bourgeoisie : sa position repose sur le « sentiment que la puissance croît, qu'une résistance est en voie d'être surmontée[115]. » Et cette force, Nietzsche affirme qu'elle repose sur deux principes étroitement liés : l'oubli et la joie.

Il différencie l'oubli de l'amnésie au prétexte que la première est un acte volontaire. Et contre la théorie de la réminiscence de Platon, il estime que « l’oubli n’est pas une vis inertiae, comme le croient les esprits superficiels mais un pouvoir actif[116] ». En d'autres termes, l'oubli repose sur un accueil inconditionnel du moment présent :

« Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou — pour m'exprimer en savant — la faculté de sentir, aussi longtemps que dure le bonheur, en dehors de toute perspective historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tous les événements du passé, celui qui ne peut pas se dresser debout, sans vertige et sans crainte, comme un génie de victoire, ne saura jamais ce que c'est qu'est le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres[117] »

La deuxième condition pour accéder au bonheur, selon Nietzsche, c'est la joie. Mais, de la même façon que l'oubli (volontaire) doit être différencié de l'amnésie (involontaire), la joie n'a rien à voir avec une quelconque "paix de l’âme" : le bonheur, au contraire, est réconciliation avec le malheur : « la philosophie du bonheur chez Nietzsche est embrassement complet du malheur pour ce qu’il est : un élément de la vie. Aimer la vie, être heureux, c’est l’aimer avec le malheur qu’elle contient et le traverser pleinement. Pour être heureux, il faut donc dire « oui » à la vie, « oui » à son destin (ce qu’on appelle dans la philosophie de Nietzsche l’amor fati). Il ne s’agit pas ici d’un « oui » passif ou résigné, c’est un « oui » franc, joyeux, actif qui marche vers son destin la tête haute[118]. »

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Comptabilisant environ 18,6 millions de morts, la Première Guerre mondiale a fortement contribué à décrédibiliser la notion de bonheur dans les populations.

18,6 millions de morts durant la Première Guerre mondiale... 60 millions durant la Seconde (soit 2,5 % de la population mondiale !) dont un nombre incalculable de civils assassinés dans des camps d'extermination (principalement dans les territoires occupés par l'Allemagne nazie et en URSS) ou lors de génocides... deux villes japonaises rasées par des bombes atomiques en quelques secondes, les millions de personnes survivantes mais soumises aux régimes totalitaires... ainsi peut-on résumer brièvement la "leçon de bonheur" dispensée par "l'homme moderne" durant la première moitié du siècle.

Dans un tel contexte, il est de plus en plus difficile de faire l'éloge du progrès et plus encore du bonheur. En France, seul le philosophe Alain s'y risque[119]. Selon lui, « le bonheur ne dépend pas de ce que l'on a mais de ce que l'on fait, de notre capacité à agir, il est une façon de faire[120] ». En ce sens, « il apparaît comme un précurseur involontaire et paradoxal de la psychologie positive[121] ».

En revanche, les intellectuels, comme les politiques veulent croire encore en l'humanisme : sous l'impulsion des États-Unis, les gouvernements de la planète fondent l'Organisation des Nations unies puis publient la Déclaration universelle des droits de l'homme. Sauf exceptions[122], on ne parle plus de "bonheur" mais de "paix"[123].

Mais une fois de plus, les réalités contredisent les bons sentiments car, en fait de paix, le monde évolue sur fond de Guerre froide puis, à la fin du siècle, affronte le terrorisme islamiste. Plus imperceptiblement sévit la "guerre économique" : le libéralisme impose ses lois : celles de la concurrence puis celles du primat de la finance sur "l'économie réelle", provoquant le chômage de masse puis le précariat. Le processus de l'industrialisation s'emballe du fait que le processus économique, dans les esprits, tend à se substituer à toutes les valeurs, au point que nul ne peut empêcher les ravages environnementaux.

Le caractère ambivalent du bonheur[modifier | modifier le code]

Au tout début du siècle, Sigmund Freud institue la psychanalyse comme nouvelle approche du psychisme. Il révèle notamment que la majorité des actes et des pensées trouvent leur origine dans l'inconscient : le moi n'est pas maître en sa maison, dit-il.

Ses investigations l'amènent à penser que ce qu'on entend généralement par "bonheur" provient d'une volonté inconsciente et quasi compulsive de concrétiser et pérenniser l'ensemble des désirs, au point que les humains finissent par considérer ceux-ci pour des besoins. En 1930, il écrit :

« (Il s'agit) de savoir ce que les hommes eux-mêmes permettent, par leur comportement, de reconnaître comme finalité et dessein de leur vie, ce qu’ils exigent de la vie, ce qu’ils veulent atteindre en elle. Il n’est guère possible de se tromper sur la réponse : ils aspirent au bonheur, ils veulent devenir heureux et le rester. Cette aspiration a deux faces, un but positif et un but négatif, elle veut d’une part que soient absents la douleur et le déplaisir, d’autre part que soient vécus de forts sentiments de plaisir. […] Conformément à cette bipartition des buts, l’activité des hommes se déploie dans deux directions, selon qu’elle cherche à réaliser l’un ou l’autre de ces buts, de façon prépondérante ou même exclusive[124]. »

Les deux directions du bonheur[modifier | modifier le code]

Indépendamment de ce ce que les intellectuels disent du bonheur, les nouveaux modes de vie révèlent que celui-ci, au fil du siècle, prend deux formes différentes, en apparence opposées.

  • Pour d'autres, soucieux de l'avenir du monde, le bonheur adopte au contraire la forme de l'engagement politique[128]. Le marxisme marque durablement son empreinte, même passée la dislocation de l'URSS, propageant l'idée que le capitalisme constitue l'origine de tous les maux et que les hommes n'accèderont au bonheur qu'une fois il y sera mis fin. Est également répandue l'idée que le pacifisme et la défense des droits de l'homme peuvent garantir non seulement la paix mais le bonheur des peuples.

Dans les années 1980, le socio-économiste allemand Albert Hirschman démontre que ces deux pôles - le conformisme à la société de consommation et l'engagement politique - bien qu'en apparence diamétralement opposés, forment un ensemble cohérent, les individus oscillant le plus souvent de l'un à l'autre, voire les associant simultanément[129].

Analysons plus en détail ces deux postures.

La consommation de masse[modifier | modifier le code]

Avant même le début du siècle, la quête du bonheur prend la forme d'une course au bien-être, au confort et aux loisirs. Le sociologue américain Thorstein Veblen est l'un des premiers analystes du phénomène[130]. Selon lui, l'acquisition de toutes sortes de biens matériels devient une priorité non seulement parce qu'elle se fonde sur un certain hédonisme, le primat du plaisir, mais aussi parce que, étant ostentatoire, la consommation permet d'afficher son appartenance à la classe sociale dominante, la bourgeoisie. En 1915, le psychiatre allemand Emil Kraepelin observe une série de troubles se caractérisant par une relation pathologique à l’argent et aux achats, qu’il regroupe sous le terme oniomanie. C'est aux États-Unis que cette quête de confort apparait avec le plus de force. Stimulée en effet par les techniques du taylorisme, la production de ces biens ne cesse de s'accentuer. Afin de l'écouler au mieux, et au fur et à mesure que la société se massifie, se multiplient les discours valorisant le travail, afin que les individus se donnent la capacité d'acquérir les produits.

Des techniques de communication sont alors mises en place pour leur faire éprouver le désir de les acquérir, en premier lieu les techniques publicitaires. L'un des premiers à analyser ce processus, le journaliste Walter Lippmann, en 1921, forge le concept de « fabrique du consentement ». Il assimile la publicité à une nouvelle forme de propagande, basée sur les recherches en psychologie sociale [131]. En 1923, Edward Bernays reprend le concept d'opinion publique. Instruit non seulement par les théories de Freud (son oncle) [132] et celles de Lippmann, il imagine une « industrie » de l'opinion publique [133]. De fait, cinq ans plus tard, il pose les fondements des techniques de manipulation mentale, véritables « machines à bonheur » [134],[135], estimant qu'une propagande est efficace, influente si elle s'adresse aux motivations inconscientes [136]. Bernays devient ainsi l'un des pionniers du marketing, technique aujourd'hui considérée par certains comme « usine du bonheur » [137].

Après la Seconde guerre, les appareils électroménagers, l'automobile, les récepteurs radio puis télévision investissent les foyers. Les sociologues américains font valoir le fait que si la production et la consommation étaient jusque-là destinées à satisfaire des besoins élémentaires, elles répondent désormais à un désir, lequel est sans cesse attisé artificiellement (par le marketing et la publicité). Certains convoquent la thèse de Marx, selon laquelle le fétichisme de la marchandise conduit à une forme de dépossession de soi : l'aliénation. Selon David Riesman, « la recherche du bonheur individuel est au choeur de la nouvelle morale »[138],[139] mais cette mutation n'apporte pas que des bienfaits, loin s'en faut :

« Les possibilités de communication de masse et de communication interpersonnelle croissent dans des proportions gigantesques. (...) Les valeurs et les normes établies par la famille ont diminué d'importance. Une plus grande liberté liée à une plus grande incertitude gouverne la conduite de chacun. L'angoisse devient pour beaucoup un sentiment permanent[140]. »

En Europe, émerge la « critique de la vie quotidienne », pour reprendre un titre du philosophe français Henri Lefebvre, décrivant ce qu'il appelle la « société bureaucratique de consommation dirigée ». En 1952, Jacques Ellul, autre lecteur attentif de Karl Marx et pionnier de la pensée technocritique, estime que si les humains, de façon générale, ne parviennent pas à changer le système capitaliste (bien qu'ils ne se privent pourtant pas de le critiquer - lire plus bas), c'est qu'ils n'ont pas réalisé d'une part que ce système est entièrement façonné, déterminé, par « le progrès technique », d'autre part que celui-ci est devenu un phénomène autonome : toute nouvelle technique provoque la naissance d'une grande quantité d'autres techniques. Il en est ainsi, précise t-il, car les humains, inconsciemment, ne peuvent s'empêcher de sacraliser la technique et, ne la contrôlant plus, elle finit par les aliéner[141].

En 1966, dans ses Sept études sur l'homme et la technique, Georges Friedmann affirme que les techniques se sont tellement multipliées, perfectionnées et ramifiées qu'elles constituent désormais un véritable milieu environnant (« la » technique), en lieu et place du milieu naturel, sans que les humains ne s'en émeuvent, a fortiori sans qu'ils soient à même de le critiquer[142]. Dans le sillage de cette thèse, mais reprenant également Marx , Guy Debord affirme l'année suivante que ce ne sont plus seulement les marchandises qui sont fétichisées mais l'ensemble du réel, dès lors qu'il est lui-même entièrement façonné par la marchandise[143]. Et en 1970, Jean Baudrillard généralise l'expression "société de consommation"[144].

Celle-ci renvoie à l'idée d'un système fondé sur la création et la stimulation systématique d'un désir de profiter de biens de consommation et de services dans des proportions toujours plus importantes. Le marketing et la publicité sont des techniques utilisées par les cadres d'entreprise pour pousser les clientèles à acheter au-delà de leurs besoins tandis que les biens sont conçus pour avoir une courte durée de vie, de sorte à renouveler régulièrement la production (par exemple, mise en place d'obsolescence programmée pour les biens électroménagers).

Un supermarché, symbole de la consommation de masse.

Toutes les mesures étant prises pour que le désir de consommer l'emporte sur toute considération éthique, le concept de "société de consommation" est ordinairement associé à une conception du monde étroitement matérialiste, individualiste et marchande, privilégiant les intérêts sur le court terme et les plaisirs éphémères au détriment de l'écologie et des relations sociales et économiques.

Récemment, différents économistes affirment que la publicité a des effets extrêmement néfastes sur les individus car elle génère d'autant plus de frustrations qu'elle promet du bien-être[145],[146]. Ils préconisent en revanche une véritable "économie du bonheur", non plus focalisée sur la jouissance des biens matériels mais axée sur un panel d'indicateurs de bonheur privilégiant des formes de spiritualité (lire plus bas).

L'engagement politique[modifier | modifier le code]

On l'a vu, depuis la fin du XVIIIe siècle — notamment la Déclaration d'indépendance des États-Unis en 1776 et la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793 — la quête du bonheur constitue le premier objectif "déclaré" de la politique, l'État étant considéré comme le moyen privilégié de garantir celui-ci et la philosophie politique un moyen de le théoriser. On a vu de même que, depuis le XIXe siècle, sous l'impulsion puis l'influence de Marx, le militantisme politique et la révolution apparaissent comme les moyens de renverser les structures économiques et politiques dès lors qu'il apparait que celles-ci ne servent les intérêts que de quelques uns au détriment de beaucoup d'autres.

Au XXe siècle, notamment depuis les Accords de Yalta signés en 1945, le monde occidental se retrouve partagé en deux grandes idéologies : le capitalisme, symbolisé par les États-Unis, et le communisme, symbolisé par l'Union Soviétique. La politique passionne les foules au point que le politologue français Raymond Aron la qualifie de « religion séculière »[147]. Le bonheur constitue le moteur de l'engagement politique, tant chez les élus[148] que chez les militants (dans les partis politiques, dans le cadre associatif ou dans des collectifs). En 2006, l'économiste américain Richard Layard dira que « le but de la politique, c'est augmenter le bonheur total[149],[150] ».

Depuis L'Éthique protestante et l'Esprit du capitalisme de Max Weber, en 1905, "bonheur" et "capitalisme"apparaissent intriqués[151],[152] mais le bonheur est un facteur de division : ceux qui privilégient le bonheur individuel voient dans le capitalisme un moyen d'y accéder [153],[154] quand, au contraire, ceux qui privilégient le bonheur collectif y voient un obstacle. Et que ce soit au sein des partisans du capitalisme comme au sein de ses opposants, l'engagement politique est étroitement associé à la question du bonheur.

La Porsche 356 de Janis Joplin, icône du mouvement hippie, exposée en musée.

Durant les années 1960, alors que les États-Unis sont traversés par le mouvement afro-américain des droits civiques et la Guerre du Viet-Nam, le mouvement de la contre-culture, notamment le mouvement hippie, regroupant surtout les jeunes générations et dont l'un des slogans est "Peace and Love", formule une véritable apologie du bonheur[155]. Celle-ci s'exprime essentiellement par la mode (vêtements colorés, bijoux artisanaux...), les cheveux longs (référence à l'état de nature) et les chansons contestataires : « le bonheur est un fusil tout chaud » chante John Lennon, tandis que Georges Moustaki « déclare l’état de bonheur permanent et le droit de chacun à tous les privilèges ». Déclinant les thèmes de l'anticonformisme, de l'antiautoritarisme, du pacifisme, de l'émancipation sexuelle et du rejet des discriminations, cette mouvance prône "la révolution" et prétend contester la société de consommation mais se caractérise pourtant par une consommation immodérée de drogue, porte d'accès aux paradis artificiels (psychédélisme). Partie de San Francisco durant l'été 1967, elle se répand rapidement jusqu'en Europe. Au printemps 1968, on observe les principales retombées en France, avec les "événements de Mai"[156], mais le mouvement disparaît aussi rapidement qu'il est apparu, bientôt classé au rang des utopies. En 1970-1971, Jimi Hendrix, Janis Joplin et Jim Morrison, trois chanteurs qui en étaient les icônes, décèdent — tous les trois à 26 ans — broyés comme beaucoup d'autres par les substances qui leur auront apportées un éphémère bonheur[157].

En revanche, selon certains sociologues, cette mouvance laissera des traces profondes et durables, bien que peu apparentes, dans le milieu de la politique institutionnelle, de l'économie et dans l'ensemble de la société occidentale. Paraphrasant Max Weber, Luc Boltanski et Ève Chiapello estiment en 1999 que "le nouvel esprit du capitalisme" repose sur le fait que le patronat a "récupéré" les valeurs hédonistes portées par la contre-culture[158]. De fait, se fondant sur ces valeurs, de jeunes entrepreneurs deviendront bientôt les concepteurs et les promoteurs des "nouvelles technologies", construisant de colossales fortunes dans la Silicon Valley, précisément là d'où était parti le mouvement hippie[159],[160]. Et par la suite, le développement exponentiel de ces technologies, qualifié de « révolution numérique », servira lui-même de tremplin à une nouvelle conception du bonheur[161].

Ce virement a en effet des retombées sur l'ensemble de l'engagement politique[162]. Ainsi s'opère une certaine conversion du militantisme en conformisme et en bien-pensance. Analysant le phénomène montant de la gentrification à la toute fin du siècle, le journaliste américain David Brooks écrit : « le bobo vit au paradis car son engagement politique lui permet de profiter de ses hauts revenus sans souffrir de la moindre mauvaise conscience. (...) Les accusations qu’il porte contre la société, qui ne sera jamais selon lui assez égalitaire, ne laissent jamais à ses interlocuteurs le temps de lui poser des questions embarrassantes sur sa situation personnelle[163]. »

Les théories auto-rassurantes[modifier | modifier le code]

La perspective de prospérité par l'enrichissement personnel fonde le rêve américain et, au delà, une conception du bonheur entièrement axée sur le confort.

Loin des atrocités des deux guerres mondiales, qui déciment les populations européennes, se développe en Amérique, dans le champ de la philosophie et des sciences sociales, tout un courant de pensée visant à convaincre les individus qu'ils peuvent trouver en eux-mêmes les ressources nécessaires pour vivre heureux, ceci en s’efforçant de voir systématiquement « le bon côté des choses ». A la différence des pays européens, en effet, les États-Unis d'une part ne sont pas exposés aux tragédies que sont les totalitarismes (fascisme, communisme, nazisme...), d'autre part — depuis au moins l'époque du New Deal — multiplient les discours volontaristes afin de dynamiser leur croissance et asseoir leur domination économique et culturelle sur l'ensemble du monde. Ainsi finissent-ils par développer une conception du bonheur matérialiste, axée sur la prospérité : l'American way of life. Or celle-ci est essentiellement fondée sur les principes de la méritocratie et du self made man[164].

A l'opposé de la psychanalyse, qui se développe en Europe et qui met l'accent sur les effets incontrôlés de l'inconscient et des instincts sur la conscience, la psychologie aux États-Unis valorise le moi, la volonté, la réussite (l'argent en constituant un gage) et, plus globalement, l'individualisme[165]. Mais compte tenu de la prégnance de la religiosité dans le pays, elle valorise également les liens entre le moi et — de façon générale — la communauté : le couple, la famille, l'entreprise, le quartier, la nation...[166],[167]

Dans ce contexte, dès les lendemains de la Première Guerre mondiale, émerge le courant de la "pensée positive", porté entre autres par une théorie importée d'Europe et qui connait là-bas un vif succès : la méthode Coué. Mais c'est surtout pendant la Seconde guerre que ce courant prend son essor. Carl Rogers et Abraham Maslow impulsent la psychologie humaniste, qui développe une vision extrêmement positive de l’être humain, axée sur la volonté (ou "motivation"), le sens des responsabilités et l'auto-détermination[168],[169]. Selon Maslow, l'erreur de la psychologie a été de ne s'intéresser jusqu'ici qu'au versant pathologique du psychisme et d'avoir au contraire négligé la dynamique de l'épanouissement. Il estime qu'on atteint une forme de bonheur dès lors que l'on parvient à satisfaire toute une série de besoins, en commençant par les plus matériels pour finir par les plus détachés des contingences[170]

L'Américain Norman Vincent Peale, à l'origine en 1952 du courant de la pensée positive.

De nature pseudo-scientifique, le courant de la pensée positive prend de l’ampleur en 1952, avec la publication du livre du pasteur Norman Vincent Peale (The Power of positive Thinking), qui postule qu’en s’appuyant sur l’auto-suggestion, on peut devenir optimiste en toutes circonstances. Il se manifeste également par le "mouvement du potentiel humain", initié par le psychologue Gardner Murphy, qui publie en 1958 son livre Human Potentialities[171]. Selon lui, les hommes peuvent atteindre le bonheur s'ils utilisent l'ensemble de leur potentiel, lequel comprend trois dimensions : l'épanouissement corporel, le bagage culturel et la créativité. Cette vision servira de base au concept de développement personnel. Parfois teintée de mysticisme, cette approche se développe dans les années 1960, entre autres par Aldous Huxley et le prédicateur Joseph Murphy, pour qui « le bonheur est un état mental, spirituel ».

Ces différentes prises de position prennent une tournure scientifique à la fin du siècle, en 1998, avec le discours de Martin Seligman devant l’American Psychological Association (APA), suivi deux ans plus tard du numéro spécial de l’American Psychologist (en), événements considérés comme les actes de naissance de la psychologie positive. Inspiré entre autres par les travaux de Maslow[172] et Rogers[173], Seligman part du principe que tout individu possède un véritable désir de s'accomplir et que celui-ci doit être le point de départ de toute thérapie.

La psychologie positive prendra son essor au XXIe siècle, portée par les concepts de "développement personnel" et de "capital humain" (lire infra).

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Alors que les catastrophes de tous types se multiplient les livres, les films et les colloques sur le thème du bonheur se multiplient, notamment en France.
Affiche du film C'est quoi le bonheur pour vous ?, documentaire français de Laurent Queralt et Julien Peron (2017)
En 2001, les attentats du Onze septembre contribuent à ébranler la conception matérialiste du bonheur.

Le début du siècle est marqué par des événements de diverses natures mais qui concourent à générer une profonde inquiétude à l'échelle planétaire :
- la financiarisation de l'économie,
- le chômage de masse, la précarité et les souffrances au travail,
- l'aggravation de la crise environnementale,
- le terrorisme, lié à la prolifération des armes et au fondamentalisme islamique,
- les doutes relatifs au contrôle des technologies (montée en puissance de l'intelligence artificielle, cyberterrorisme, addiction aux écrans...),
- la montée en puissance de la politique spectacle et du populisme,
- l'essor des manipulations malveillantes de l'information (fake news, piratage informatique...),
- le développement de la théorie du complot et de la "post-vérité",
- l'essor de la pornographie sur internet, les scandales sur la pédophilie et la violence contre les femmes,
- l'écroulement des conventions morales liées au sexe (légalisation de l'homosexualité et de la transsexualité...).

Dans tous les domaines de l'existence, les codes s'écroulent et les valeurs traditionnelles remises en cause. Rien, en apparence, ne prédispose à la valorisation de l'idée de bonheur. Pourtant, à la différence de ce que l'on observait au début du siècle précédent, marqué par les deux Guerres mondiales, le thème du bonheur s'impose en force : le nombre de livres sur le sujet explose littéralement (voir la bibliographie), les Nations unies proclament la "Journée mondiale du bonheur", un ingénieur de Google instaure une nouvelle fonction dans l'entreprise : "responsable du bonheur"... Le phénomène est particulièrement en France : en 2010 est créé "l'Observatoire international du bonheur" et en 2015 est instituée l'Université du bonheur au travail (Ubat).

Mais alors que les premières réflexions sur le bonheur — dans l'antiquité gréco-romaine puis au sein du judéo-christianisme — étaient empreintes de métaphysique, et plus d'un siècle après que Nietzsche ait décrit les conséquences de la Mort de Dieu en occident, la société de consommation et la culture de masse posent une question cruciale : le bonheur est-il encore pensable dans un monde matérialiste, où les religions ne sont plus que de simples options ? [réf. nécessaire] Plus prosaïquement : alors que les événements planétaires inciteraient à développer une conception du monde catastrophiste, faut-il interpréter la prolifération des discours sur le bonheur comme une manifestation d'un déni de réalité généralisé[174] ?

La philosophie individualiste[modifier | modifier le code]

La philosophie du bonheur se porte bien , du moins en France. Citons Robert Misrahi, Clément Rosset, Michel Onfray, André Comte Sponville, Vincent Cespedes, Frédéric Lenoir, Bruno Giuliani ou Fabrice Midal[175]. De tous ces auteurs, Misrahi est celui qui approfondit le plus la question du bonheur, lui consacrant plusieurs ouvrages. Il délaisse le courant "pessimiste" des philosophies du renoncement, du bonheur différé et celles du plaisir-péché ou plaisir-vice (Platon, Kant, Heidegger, Schopenhauer, Nietzsche, Sartre...) sans les rejeter totalement, il leur préfère, sans totalement les encenser non plus, le courant positif : Aristote affiné par l'épicurisme, Spinoza, Thomas More[176].

Définie comme une « approbation inconditionnelle de l'existence » (Rosset), un « gai désespoir » (Comte Sponville) ou encore « une joie totale de vivre » (Giuliani), la notion de bonheur recouvre un sentiment de « satisfaction globale ». Cette approche philosophique stricto sensu s'enrichit des approches spirituelles comme Matthieu Ricard[177] ou psychologiques comme Csikszentmihalyi, Christophe André ou Tal Ben-Shahar[178].

Ces auteurs ont en commun l'idée que le bonheur est une affaire de quête individuelle, ce qui suscite un regain d'intérêt du grand public mais également la désapprobation de différents commentateurs, dont Roger-Pol Droit, qui « s’offusque qu’on puisse considérer que la philosophie soit réduite à la simple et anachronique réactivation de la pensée des sages antiques, c’est-à-dire à un exercice spirituel permettant « la libération de la joie enfouie dans le cœur de chacun », pour reprendre l’expression de Frédéric Lenoir, l’un des « prêtres » les plus actifs de cette nouvelle évangélisation des masses malheureuses »[179]. Certains ironisent sur ces « nouveaux professeurs de bonheur »[180].

Alain Badiou se démarque de cette mouvance avec son essai Métaphysique du bonheur réel. Il indique que « la triplicité logique (les logiques classique, intuitionniste, et paraconsistante) et l'infinité des infinis seront la clef d'un théorie générale du bonheur, laquelle est le but de toute philosophie »[181].

Le bonheur, objet d'enquête[modifier | modifier le code]

En psychologie et en sociologie, "bonheur" et "bien-être" sont deux termes synonymes, pratiquement équivalents. Et partout dans les pays industrialisés, des chercheurs en psychologie sociale utilisent des procédures pour le sonder au moyen d'enquêtes statistiques. Ainsi par exemple, une équipe de l'université de Rotterdam a dressé un classement mondial pour la période 1995-2005 à partir de 953 indicateurs[182]. En 2007, le psychologue britannique Adrian White, de l'université de Leicester, a établi une carte mondiale du bonheur basée sur cinq critères : santé, richesse, éducation, identité nationale, beauté des paysages.

Parmi les facteurs attribués au bonheur, les chercheurs s'accordent à penser qu'une hausse des revenus n'augmente pas nécessairement le bonheur[183]. Une équipe dirigée par l'Américain Daniel Kahneman, après enquête auprès de plus de 1 100 personnes, révèle qu'une hausse de salaire n'entraîne pas d'augmentation significative du bonheur.

Fait significatif : les techniques de sondages ne sont pas utilisées uniquement par des professionnels mais aussi par des associations, telles Générations Cobayes, créée en 2009 autour réunis autour d’un Appel de la Jeunesse intitulé “Parce qu’on ne peut pas vivre en bonne santé sur une planète malade”. En 2016, elle propose à des jeunes de participer sur internet à une enquête ("En faut-il peu pour être heureux ?") et dont les résultats sont commentés au delà de son cercle[184].

Les paradis artificiels[modifier | modifier le code]

Depuis des siècles, les drogues et l'alcool constituent une source artificielle de bien-être mais, depuis le mouvement hippie, né dans les années 1960 sur la côte ouest-américaine, leur commerce explose. Et, en ce qui concerne différentes substances, comme leur usage est tel que certains gouvernements sont contraints de les légaliser, notamment le Légalisation du cannabis,

Gélules de fluoxétine

Avec le développement de la chimie de synthèse, de nouveaux produits apparaissent : les amphétamines, qui comportent des substances psychotropes, agissant principalement sur le système nerveux central et se traduisant par des modifications de la perception, des sensations, de l'humeur, de la conscience (états modifiés de conscience), donc de l'ensemble du comportement. Au delà de certaines doses, elles induisent des phénomènes de dépendance et surtout se révèlent toxiques au point d'entraîner la mort de ceux qui les consomment.

Or la consommation des « pilules du bonheur » est en nette augmentation[185]. La MDMA, en particulier, plus connue sous le nom d'ecstasy, est répandue dans le milieu festif, fréquemment associée au mouvement techno, aux rave parties et à la musique électronique.

Avec les avancées en neurobiologie, certaines molécules sont prescrites par les médecins, telles la sérotonine et la dopamine, surnommées « hormones du bonheur »[186].

Le coaching et "le bonheur au travail"[modifier | modifier le code]

Créée aux USA en 1945 au terme des accords de Bretton Woods, la Banque mondiale fait partie des organisations internationales qui font pression auprès des gouvernements de tous les pays afin d'assouplir le droit du travail et ainsi faciliter la concurrence entre les entreprises.
Jean-Paul Guedj, conseil en entreprise est l'auteur en 2008 de Connaître le bonheur au travail.

Pour saisir l'importance que revêt le thème du bonheur dans le monde du travail, un bref historique est nécessaire.

Le travail a été érigé en valeur au XVIIIe siècle[187]. Puis, au siècle suivant, avec la Révolution industrielle, il a pris une place croissante dans la vie des humains et, bien souvent, les conditions de travail se sont révélées extrêmement pénibles ; situation qui a été dénoncée par différents intellectuels (à commencer par Marx). Des mouvements de grève se sont multipliés, parfois brutalement réprimés par la force publique, puis les syndicats sont apparus comme instances de négociation avec le pouvoir, substituant aux rêves de révolution un esprit réformiste, pragmatique et relativement accommodant avec le capitalisme. Au XXe siècle, la croissance économique est devenue l'objectif n°1 en politique, au point que certains avancent qu'elle a la valeur d'un dogme[188].

Même si les syndicats font aujourd'hui pression sur le patronat pour que soit maintenues de bonnes conditions de travail, la situation est devenue toujours plus critique au fil des décennies en raison de plusieurs événements politiques, concourant à l'essor du néolibéralisme dans tous les pays industrialisés : d'abord à partir des années 1980, sous l'impulsion des politiques de Ronald Reagan, président des États-Unis, et de Margaret Thatcher, Première ministre britannique ; puis à partir des années 1990, après la dislocation de l'URSS et la disparition du communisme en tant que principale instance alternative au capitalisme et quand la Chine a adopté officiellement l'économie de marché[189]. Le néolibéralisme se traduit depuis par une politique de dérèglementation visant à faire jouer au maximum la concurrence : en premier lieu un assouplissement du droit du travail[190], une augmentation de la flexibilité du travail et la généralisation du précariat ainsi qu'une pression exercée sur les personnels en vue d'optimiser la productivité.

De fait, le monde du travail est le théâtre d'une véritable souffrance[191], se traduisant notamment par la crainte du chômage et de la pauvreté, une généralisation du harcèlement moral et toutes sortes de discriminations. Les risques psychosociaux se multiplient, pouvant conduire les personnels à des situations dramatiques : anxiété, stress, troubles du sommeil, perte de motivation, maladies cardiovasculaires, burn out, dépression, suicides[192]... avec toutes sortes de conséquences également pour les familles et l'entourage des victimes.

Au sein même des entreprises, les services de management, plus précisément les directions des ressources humaines (DRH), s'assignent la tâche d'encourager les personnels à maintenir leur moral par tous les moyens, de sorte à ce qu'ils restent toujours efficaces à leurs postes. Depuis le début du siècle, il existe une littérature abondante basée sur le thème du bonheur au travail[193].

Et il existe un positionnement tout aussi important dénonçant cette tendance comme un artifice de la communication manageriale, voire une imposture, y compris chez les cadres[194],[195],[196].

Le développement personnel[modifier | modifier le code]

Le mouvement qui se met en place dans le monde du travail avec le coaching se prolonge dans l'ensemble de la société, largement propagé par la culture de masse. Ainsi, les magazines et la littérature de gare traitent abondamment les thèmes du bonheur et du bien-être, déployant une vaste panoplie de recettes, toutes axées sur une articulation du corps et de l'esprit (relaxation, jogging, réflexologie, yoga, bouddhisme...)[197].

On a l'habitude d'appeler "psychologie positive" l'ensemble de ce courant, apparu — on l'a vu précédemment — aux États-Unis à la toute fin du XXe siècle. Si bien que bon nombre de chercheurs considèrent la psychologie positive comme une pseudo-science[198]. Ce que contestent certains de ses défenseurs : « la psychologie positive se centre sur ce qui permet de construire des qualités positives, ce qui n’a rien à voir avec une méthode Coué qui consisterait à se dire que tout va bien et entraînerait comme par magie du bien-être. On dit parfois que la psychologie positive, c’est la psychologie du bonheur. C’est très réducteur. Elle cherche aussi à prendre en charge la souffrance. Il n’est pas question de dire qu’il faut vivre dans un monde édulcoré, sans malheur, sans souffrance, sans émotions négatives, lesquelles sont également nécessaires à l’adaptation de chacun à son environnement. Surtout, la psychologie positive s’inscrit dans une démarche de recherche scientifique. L’objectif, c’est l’épanouissement optimal, pas seulement du point de vue de l’individu, de ses émotions mais aussi des groupes et des institutions.[199] »

Considéré cependant comme l'un des fondateurs de la psychologie positive, le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi, ne prétend pas moins, en 2002, « apporter une réponse à la question du bonheur[200]. » Selon sa théorie du flow (flux, courant), élaborée quelques années plus tôt, « les personnes qui vivent des expériences optimales dans leurs activités quotidiennes sont plus heureuses[201]. »

La "nature humaine" face à l'I.A.[modifier | modifier le code]

Le rapport à l'argent[modifier | modifier le code]

La société de consommation réduit l'idée de bonheur à l'obtention d'un bien ou d'un service moyennant rétribution.

Contredisant le vieil adage "l'argent ne fait pas le bonheur", il est une idée persistante selon laquelle il n'est de bonheur concevable que construit sur une saine gestion des finances et des biens matériels, que ce soit dans le cadre de la vie privée comme à l'échelle des entreprises[202].

La sobriété heureuse et "la nature"[modifier | modifier le code]

Dans le contexte de la crise environnementale et de la course au productivisme, quelques intellectuels — minoritaires, mais parvenant à se faire reconnaître dans le champ médiatique, tels le Français Pierre Rabhi — promeuvent le concept de "sobriété heureuse"[203],[204].

Ce concept s'inscrit dans celui, plus large, de la "simplicité volontaire", lequel ne se limite pas à une approche théorique mais s'ouvre à tout un champ d'expérimentations (par exemple dans les zones à défendre), présentées par ses protagonistes comme porteuses d'un projet politique : la décroissance. Le principe repose sur une prise de conscience par les individus des conséquences du consumérisme non seulement sur l'environnement de la planète mais sur leurs rapports sociaux et leur équilibre psychique (liens de dépendance, voire d'addiction aux objets de consommation). Et le projet vise la réduction drastique (décroissance) de la production, justifiée par un recentrement sur les valeurs, héritées pour la plupart du stoïcisme : dès lors que de simples désirs cessent d'être vécus comme des besoins, la plupart des biens sont considérés comme superflus et la réduction de la consommation n'est plus alors identifiée à une privation mais au contraire à une augmentation de son bien-être : le bonheur.

Des critiques sont adressées à Rabhi, parfois au sein même du mouvement de la décroissance, selon lesquelles le concept de "sobriété heureuse" témoigne d'une approche insuffisamment politique : non seulement trop focalisée sur le registre de l'agriculture mais trop spiritualiste (Rabhi est un adepte de l'anthroposophie) et par conséquent individualiste, « appelant une prise de conscience des personnes mais se gardant de mettre en cause le système économique »[205].

Critiques du concept[modifier | modifier le code]

Au début du XXIe siècle, les publications sur le thème du bonheur pullulent : on en parle autant si ce n'est plus qu'au XVIIIe siècle et surtout de manière chaotique. Alors qu'en 2014, la journaliste Marie-Claude Elie-Morin se demande comment « être plus heureux au travail » [206], à peine l'année suivante, elle dénonce ni plus ni moins une « dictature du bonheur » :

« L'industrie des coachs de vie, du développement personnel et du self-help est plus florissante que jamais. Au travail, sur les réseaux sociaux comme dans la vie intime, le bonheur est devenu un impératif. Santé physique, équilibre mental, vie de couple, finances... on met constamment en avant la nécessité d'avoir toujours une attitude volontaire et " positive ", parfois au mépris de la réalité[207]. »

En réalité, dès la seconde moitié du XXe siècle, différents critiques ont pointé dans la quantité des prises de position sur le bonheur une véritable idéologie.

Jacques Ellul (1967)[modifier | modifier le code]

En 1967, dans son livre Métamorphose du bourgeois, Jacques Ellul affirme que les sociétés modernes vivent sous l'emprise de "l'idéologie du bonheur" [208]et il l'explique ainsi : en accédant au pouvoir politique à la fin du XVIIIe siècle, la classe bourgeoise a érigé le bonheur en construction idéologique ; c’est en son nom qu’à la fois elle promeut la démocratie et réinterprète la religion, la réduisant à une morale qui exalte le travail, la famille, la patrie, etc. Les idéaux de la bourgeoisie du XVIIIe siècle ont gagné l’ensemble de la société du XXe siècle : l’homme de la masse est plus individualiste que ne l’était le bourgeois d'autrefois[209].

Ellul précise que l'idéologie du bonheur et l'idéologie du travail constituent les deux faces d'une même conception du monde : le bourgeois a érigé le travail en valeur universelle et il y est d'autant mieux parvenu qu'à la différence de l'aristocrate qui le précédait dans l'Ancien Régime, il se consacre lui-même activement au travail. Ce processus a pu s'opérer car, dans l'imaginaire collectif, le bonheur est devenu l'équivalent du salut chrétien : de même que, jadis, il fallait œuvrer convenablement pour obtenir le salut de son âme, aujourd'hui, il faut s'user au travail pour accéder au confort matériel : « l’idéologie du bonheur apparaît comme la compensation indispensable de l’immensité du travail engagé pour accéder au bien-être[210]. »

« Le bonheur a changé de rôle et de signification car le bourgeois a partiellement réalisé son objectif par la création du bien-être, au moyen d’une prolifération d’utilités. Mais cette multiplication d’objets à consommer produit un effet singulier : elle exige de la part de l’homme au travail un sacrifice de plus en plus accentué[211]. » Ainsi, « à l’homme harassé par le boulot comme à celui qui est angoissé par le chômage, l’idéologie du bonheur fournit un plaisir à la fois aussi efficace et éphémère qu’une drogue dure, donc un poison auquel il finit par s’accoutumer et qui finit par s’avérer mortel, au moins au plan psychique[212]. » Une vingtaine d'années plus tard, Ellul revient sur le sujet. Il estime que le développement exponentiel des techniques alimente sans cesse l'idéologie du bonheur :

« Autrefois, il n'y avait pas de moyens pour rendre les gens heureux, et la quête du bonheur était alors beaucoup plus une affaire personnelle, de culture, de spiritualité, d'ascèse, de choix d'un genre de vie. Depuis presque deux cents ans nous avons les moyens techniques de mettre le bonheur à la portée de la main de tous. Bien entendu, ce n'est pas tout à fait la même chose. Le bonheur consistera à combler les besoins, à assurer du bien-être, à atteindre l'opulence et aussi la culture, la connaissance. Le bonheur n'est plus un état intérieur, mais une activité de consommation[213]. »

Gilles Lipovetsky (2009)[modifier | modifier le code]

Gilles Lipovetsky qualifie le bonheur de "paradoxal" car un très grand nombre d'individus se déclarent plutôt heureux alors qu'il s'avère qu'il n'y a jamais eu autant de dépressions, de mal de vivre, d'inquiétudes, d'anxiétés. La société d'hyperconsommation multiplie les jouissances privées mais se montre incapable de faire progresser la joie de vivre[214].

Il en est ainsi du fait que les humains évolue dans « un système centré sur l’individualisme hédoniste[215]. »

Illouz et Cabanas (2019)[modifier | modifier le code]

Constatant la prolifération des publications sur le thème du bonheur, au début du XXIe siècle, Eva Illouz et Edgar Cabanas s'en inquiètent car ils y voient l'émergence d'une véritable "industrie" [9] : « le bonheur n’est plus, comme pour Aristote, le couronnement d’une vie vertueuse ou altruiste. Réduit à ses émotions positives les plus simples, chacun peut – et doit – se le donner. La méthode pour y arriver s’enseigne et s’achète: livres, films, coaching, magazines, applis pour smartphones… L’industrie du bonheur pèse des milliards de dollars[216]. ». Illouz et Cabanas estiment que « l’injonction au bonheur est une trouvaille formidable pour le pouvoir »[217] car « les sciences du bonheur sont au service de l’idéologie néolibérale : non seulement elles invitent à renoncer à tout changement politique, mais elles culpabilisent les « psytoyens » qui ne parviennent pas à se plier à leurs injonctions[218]. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Définition introductive élaborée à partir de celles du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicale (CNRTL), Dicophilo, Larousse et Littré
  2. Littré - « bonheur », définition dans le dictionnaire Littré - « État heureux, état de pleine satisfaction et de jouissance»
  3. Dicophilo - Bonheur - « Bonheur (nom commun). État de satisfaction complète, stable et durable. »
  4. Larousse - Bonheur - « Nom masculin. (de bon et heur) État de complète satisfaction »
  5. Centre National de Ressources Textuelles et Lexicale (CNRTL) - Bonheur - Définition B - « État essentiellement moral atteint généralement par l'homme lorsqu'il a obtenu tout ce qui lui paraît bon et qu'il a pu satisfaire pleinement ses désirs, accomplir totalement ses diverses aspirations, trouver l'équilibre dans l'épanouissement harmonieux de sa personnalité. »
  6. Franck Fischbac, Le bonheur est une question politique, France Culture, 25 avril 2017
  7. Paul B. Preciado, Avec Marx, le bonheur est émancipation politique, Libération, 21 octobre 2016
  8. Le bonheur chez Nietzsche, Le philosophe heureux, non daté et non signé.
  9. a et b Eva Illouz et Edgar Cabanas, Happycratie. Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier Parallèle, 2018
  10. Francesco et Luigi Luca Cavalli-Sforza, La science du bonheur. Les raisons et les valeurs de notre vie, Odile Jacob, 1998
  11. 82% des salariés estiment que l'entreprise est responsable de leur bonheur, selon un sondage, Le Figaro, 21 janvier 2020
  12. Rémy Pawin : Le bonheur, objet d’histoire, Le Café pédagogique, 31 mai 2019
  13. Augurum débouche également sur le mot « augure », qui signifie « présage tiré de l’observation du vol des oiseaux ».
  14. Robert Mauzi, L'idée du bonheur dans la littérature et la pensée françaises au XVIIIe siècle, (lire en ligne), p. 387-389
  15. Vinciane Despret, Au bonheur des morts, La Découverte, 2015
  16. Blaise Pascal, Pensées #168, éditions Brunschvicg ; #133, éditions Lafuma
  17. Martin Heidegger, Etre et Temps
  18. Bertrand Vergely, Penser le bonheur, Le Philosophoire n° 26, 2006, p. 67-76
  19. Pierre Fraser et Georges Vignaux, Vaincre la mort, le nouvel horizon du corps: Le manifeste transhumaniste, V/F, 2018
  20. Frédérique Ildefonse, article « Antiquité », in Michèle Gally (dir.) Le bonheur, Dictionnaire historique et critique, CNRS, 2019, p. 250
  21. Luc Brisson, Le bonheur selon Platon, Le Point, 20 octobre 2016
  22. Platon, Timée. Cité par Frédérique Ildefonse, article « Platon », in Michèle Gally (dir.) Le bonheur, Dictionnaire historique et critique, CNRS, 2019, p. 296
  23. Clodius Piat, L'idée du bonheur d'après Aristote, Revue Philosophique de Louvain n°37, 1903, p. 61-72
  24. Marie-Hélène Gauthier, Aristote : "Le bonheur est une fin en soi", Le Point, 14 novembre 2017
  25. Aristote, Éthique à Nicomaque, X, 8 1178 b 4-8.
  26. Aristote, Éthique à Nicomaque, XVII. Cité par Frédérique Ildefonse, article « Aristote », in Michèle Gally (dir.) Le bonheur, Dictionnaire historique et critique, CNRS, 2019, p. 253
  27. Emmanuel Hecht, Le bonheur selon Sénèque, L'Express, 13 avril 2012
  28. Sénèque, De la vie heureuse. Cité par Frédérique Ildefonse, article « Sénèque », in Michèle Gally (dir.) Le bonheur, Dictionnaire historique et critique, CNRS, 2019, p. 307
  29. Epictète, Manuel, VIII
  30. Dominique Jouault, Le bonheur et le stoïcisme de Marc Aurèle (conférence), Université Populaire d'Évreux, 14 novembre 2014
  31. L'Ecclésiaste et la vanité du bonheur, Armand Abécassis, Le Point, 14 février 2017
  32. Isy Morgensztern, « Comment trouver le bonheur ? » in L'aventure monothéiste, La Découverte, 2015, p. 193-223.
  33. Claire Patier, Rassasiés de bonheur, Parole et Silence, 2007
  34. Laurence Devillairs, Contre le bonheur, Études tome 416, 2012, p.343-353
  35. « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés ». Évangile de Jean, 15:12
  36. Bernard Ibal, Le paradoxe du bonheur. Christianisme et histoire de la philosophie, Salvator, Paris, 2018
  37. Yann Kerninon, Pour une religion du bonheur, Libération, 19 janvier 2004
  38. Brenda Dunn-Lardeau, « Le bonheur selon Érasme », in Renaissance et Réforme, vol. 30, n° 1 (numéro spécial : La félicité chez Érasme), 2006), pp. 5-16
  39. Erasme, « Les Silènes d’Alcibiade »
  40. Bernard Cottret, « L’Utopie ou la République heureuse », in Thomas More, Tallandier, 2012, p. 123-142
  41. Pierre de Ronsard, Les mots du bonheur, Encyclopedia Universalis.
  42. Rafal Krazek, Montaigne et la philosophie du plaisir. Pour une lecture épicurienne des Essais, Classiques Garnier, 2012
  43. Marcel Conche, « La sagesse comme art d'être heureux », in Montaigne ou la conscience heureuse, PUF, 2015
  44. Montaigne, Essais (chapitre XIII, livre III)
  45. André Comte-Sponville, « Le bonheur selon Montaigne. Une sagesse de la vie quotidienne », Le Monde des religions, 11 mai 2010
  46. Arthur Schopenhauer, L'art d'être heureux
  47. René Descartes, Les Passions de l'âme, 1649, article 76. Cité par Laurence Devillairs, Les Passions de l'âme, Études 2012
  48. Jean de La Bruyère, Les Caractères, 1688
  49. Christian Lazzeri, Pascal (1623-1662) : le bonheur inaccessible, Histoire raisonnée de la philosophie morale et politique, 2001, p. 319-329
  50. Christian Lazzeri, op. cit.
  51. Pascal, Pensées, pensée § 138 (édition Michel Le Guern).
  52. Le bonheur chez Pascal, Le philosophe heureux
  53. Pascal, Pensées, pensée § 465.
  54. Charles Ramond, « Spinoza - Un bonheur incomparable », in Le bonheur, Vrin, 2006, p. 67 [lire en ligne].
  55. Éthique II, 49, scolie.
  56. Éthique IV, appendice, chap. 4.
  57. Éthique V, 33, scolie
  58. Anne Sauvagnargues et Pascal Sévérac, Spinoza-Deleuze : lectures croisées, ENS Éditions, 2016
  59. Robert Misrahi, Spinoza, un itinéraire du bonheur par la joie, Revue philosophique de la France et de l'étranger n°184, 1994, p. 107-109
  60. Michel Henry, Le bonheur de Spinoza, Presses Universitaires de France, 2004
  61. Bruno Giuliani, Le bonheur avec Spinoza : l'Éthique reformulée pour notre temps, Almora, 2011
  62. Jean Starobinski, L’Invention de la Liberté, Genève, Skira, 1964. Réed. 1994, p. 65
  63. Louis Antoine de Saint-Just, Rapport à la Convention,
  64. Condorcet, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, 1794. Cité par Pierre-André Taguieff, Du progrès. Biographie d’une utopie moderne, EJL, « Librio », 2001 p. 67
  65. Laurence Mall, article « Jean-Jacques Rousseau », in Michèle Gally (dir.) Le bonheur, Dictionnaire historique et critique, CNRS, 2019, p. 301
  66. Cité par Laurence Gall, op. cit.
  67. Bernard Gagnebin, Les conditions du bonheur chez Jean-Jacques Rousseau, Revue d'Histoire et de Philosophie religieuses n°55, 1975, p. 71-82
  68. Bernard Gagnebin, op. cit.
  69. Cité par Gagnebin.
  70. Rousseau, Émile, 1762. Cité par Pierre-André Taguieff, op. cit. p. 70
  71. Solenne Beck, Le bonheur chez Rousseau, Lettres et Arts, février 2006
  72. Francis Hutcheson, Inquiry into the origin of our ideas of beauty et virtue, Londres, 1725. Trad. fr. Recherches sur l’origine de nos idées de beauté et de vertu. En anglais, les mots sont « that action is best, which procures thegreatest happiness for the greatest numbers »
  73. Le plus grand bonheur du plus grand nombre. Beccaria et les Lumières, Philippe Audegean, Christian Del Vento, Pierre Musitelli et Xavier Tabet (dir.), ENS, 2017
  74. Buffon, Des époques de la nature, 1779. Cité par Pierre-André Taguieff, op. cit. p. 69
  75. Laurent Loty, Que signifie l’entrée du bonheur dans la Constitution ? Cahiers de l’Observatoire du bonheur, n° 2, « Bonheur et petits bonheurs », sous la direction de Michèle Gally, 2011, p. 12-15
  76. Marc Bouvet, Le bonheur dans les Déclarations des droits révolutionnaires américaines et françaises de la fin du XVIIIe siècle, colloque "Doctrines et réalité(s) du bonheur", Angers, 8-9 décembre 2016
  77. Bernard Cottret, La Révolution américaine. La quête du bonheur 1763-1787, Perrin, 2003
  78. Philippe Joutard, D'où viennent les Droits de l'homme ? L'histoire, juillet - septembre 2013.
  79. Robert Mauzi, L'idée du bonheur dans la littérature et la pensée françaises au XVIIIe siècle, Slatkine, , 725 p.
  80. Robespierre, « Sur le gouvernement représentatif », 10 mai 1793. Cité par Pierre-André Taguieff, op. cit. p. 71
  81. Marie-Anne Frison-Roche, « Introduction », in Droit, Bonheur ?, Parole et Silence, 2010, p. 19-41. Texte en ligne.
  82. Article "Critique", Dictionnaire des concepts philosophiques, 2013, p. 173
  83. Politiques du bonheur. Transformation de l’éthique kantienne, David Espinet, Archives de Philosophie tome 79, 2016, p. 759-774
  84. Kant : le bonheur et la religion dans les limites de la morale, Bernard Sève, Histoire raisonnée de la philosophie morale et politique, 2001, p. 485-493
  85. Commentaire : PhiloCité, 5 novembre 2016
  86. Kant 1985, p. 1232
  87. Kant 1980, p. 1366
  88. Kant 1985, p. 281-282
  89. Kant 1985b, p. 284
  90. Kant 1985b, p. 290
  91. Kant 1986, p. 665
  92. Kant 1985b, p. 639-640
  93. Kant 1986, p. 664-667
  94. a et b Kant 1986, p. 675
  95. Kant 1986, p. 668
  96. Kant 1986, p. 654
  97. Kant 1985c, p. 760
  98. Jean-Clément Martin, La Terreur, part maudite de la Révolution, Gallimard, 2010
  99. Patrice Gueniffey, Histoires de la Révolution et de l'Empire, Perrin, 2011
  100. Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, 1778
  101. Jacques Julliard, Quand le socialisme promettait le bonheur: le laboratoire des utopies, Bibliobs, 31 décembre 2008
  102. Loïc Rignol, La « science du bonheur social » des premiers socialistes, La Revue du Projet n°58, juin 2016
  103. Friedrich Engels, Socialisme utopique et socialisme scientifique, 1880
  104. Jacques Julliard, Quand le socialisme promettait le bonheur, op. cit.
  105. Franck Fischbach, La dimension politique du bonheur: réflexions à parti de Marx, conférence donnée à l'Université de Strasbourg, 10 mars 2016 (8:07 ⇒ 9:41)
  106. Franck Fischbach, « Marx, le bonheur d'agir pour soi », in Alexander Schnell (dir.), Le bonheur, Vrin, 2006, p. 174
  107. Francis Combes, Marx, le bonheur de la libération, Médiapart, 27 janvier 2014
  108. Karl Marx, Critique de "La philosophie du droit" de Hegel, 1844. Trad. fr. Aubier-Montaigne, p. 53
  109. Avec Marx, le bonheur est émancipation politiquePaul B. Preciado, Libération, 21 octobre 2016
  110. Léon Tolstoï, Katia ou Le Bonheur conjugal, 1859. Éditions de l'Aube, 2018
  111. Léon Tolstoï, Guerre et Paix, 1865-1869. Trad. fr. La Pléiade, NRF, Gallimard, 1952, p. 633.
  112. Marcel Drulhe, S'épanouir au travail : une utopie ? Empan n°55, 2004, p. 18-21
  113. Friedrich Nietzsche, Crépuscule des idoles, VI, 1
  114. Friedrich Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, § 259
  115. Friedrich Nietzsche, l'Antéchrist
  116. Friedrich Nietzsche, Généalogie de la morale, 1887
  117. Friedrich Nietzsche, Considérations inactuelles, II, 1874
  118. Le bonheur chez Nietzsche, Le philosophe heureux
  119. Alain, Propos sur le bonheur, 1925. Gallimard, 1985
  120. Thierry Leterre, Alain, le premier intellectuel, Stock, 2009
  121. Natacha Czerwinski, « Le bonheur selon le philosophe Alain », L'Express, 18 novembre 2009
  122. Maurice Ulrich, 8 mai 1945, le bonheur redevient une idée neuve, L'Humanité, 7 mai 2015
  123. François Scheer, Le bonheur est dans la paix ou l’histoire d’une impuissance, Inflexions n°33, 2016, p. 21-30
  124. Sigmund Freud, Malaise dans la culture, 1930
  125. Rémy Pawin, La conversion au bonheur en France dans la seconde moitié du 20e siècle, Vingtième Siècle. Revue d'histoire n° 118, 2013, p. 171-184
  126. Edgar Morin, L’Esprit du temps, tome I : Névrose, Paris, Grasset, 1962, p. 177-178.
  127. « Aujourd’hui, le bonheur est à vendre » (interview de Michel Faucheux), Théo Allegrezza, Libération, 26 mars 2013
  128. Le bonheur de militer, Lucien Sève, La Revue du projet, n° 58, juin 2016
  129. Albert Hirschman, Bonheur privé, action publique, éd. originale : 1982. Trad. fr. Fayard, 2013
  130. Thorstein Veblen, The Theory of the Leisure Class, 1899. Trad. fr : Théorie de la classe de loisir, Gallimard, Coll. Tel (n° 27), préface de Raymond Aron, 1970.
  131. Walter Lippmann, Public Opinion (partie V, chapitre XV, section 4), 1921
  132. Sandrine Aumercier, Bernays, agent de Freud, Le Coq-héron, 2008/3, no 194, p. 69-80
  133. Edward Bernays, Crystallizing public opinion, New York, 1923
  134. Machines à bonheur 1/3, Edward Bernays, propagande et manipulation, Documentaire d’Adam Curtis, BBC, 2002
  135. Machines à bonheur : Edwards Bernays, neveu de Freud, Parallèles Potentiels
  136. Edward Bernays, Propagande, 1928. Trad. fr. Propaganda, Comment manipuler l'opinion en démocratie, La Découverte, 2007
  137. Giuseppe Cavallo, El marketing de la felicidad, Códice Edición, 2015
  138. David Riesman, The Lonely Crowd 1950. Trad. fr. La Foule solitaire, Arthaud, 1964
  139. Joffre Dumazedier, David Riesman et la France, 1953-1985, Revue française de sociologie n°6-3, 1965, p. 378-382
  140. Joffre Dumazedier, op. cit.
  141. Jacques Ellul, La Technique ou l'Enjeu du siècle, Armand Colin, 1952. Réed. Economica, 1990, 2008.
  142. Recension : "L'homme et la société", 1967, vol. 3, no 1, p. 204-206
  143. Guy Debord, La Société du spectacle, Gallimard, NRF, 1967. Réed. Folio, 1996
  144. Jean Baudrillard, La Société de consommation, 1970. Réed. Gallimard Folio, 1996
  145. Christian Chavagneux, La pub ne fait pas le bonheur, Alternatives économiques, 25 février 2019
  146. Plus heureux sans pub, Pierre-Yves Geoffard, Libération, 10 juin 2019
  147. Raymond Aron, « L’avenir des religions séculières », La France libre, 1944.
  148. Bonheur et politique, sondage effectué par l'Institut CSA pour le compte de l'Observatoire du bonheur, 2014
  149. Richard Layard, Happiness: Lessons from a New Science, Penguin, 2006. Trad. fr. Le prix du bonheur. Leçons d'une science nouvelle, Armand Colin, 2007
  150. La politique et le bonheur. Sir Richard Layard, Hadelin de Beer de Laern, Utopia, 8 mai 2014
  151. De quoi avons-nous besoin ? Bonheur, consommation, capitalisme, Mouvements n° 54, 2008 p. 7-11
  152. Renaud Gaucher, Bonheur et économie. Le capitalisme est il soluble dans la recherche du bonheur ? L'Harmattan, 2009
  153. L'injonction au bonheur, nouvelle alliée du capitalisme, Marianne, 9 septembre 2018
  154. La tyrannie du bonheur au service du capitalisme, France Culture, 11 octobre 2018
  155. Frédéric Robert, Révoltes et utopies La contre-culture américaine dans les années 1960, Presses Universitaires de Rennes, 2011
  156. Mai-68 : le bonheur insolent de la France gaullienne était-il une illusion ? Charles Giol, Le nouvel observateur, 24 mars 2018
  157. Un ancien hippie raconte la transformation d'une utopie politique en enfer toxicomane, Robin Verner, Slate, 13 juillet 2015
  158. Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard, 1999
  159. Fred Turner, Aux sources de l'utopie numérique. De la contre culture à la cyberculture, C&F Editions, 2013
  160. Amaelle Guiton, La Silicon Valley, de l’utopie hippie à l’outil capitaliste, Libération, 14 mai 2016
  161. Christophe Deshayes et Jean-Baptiste Stuchlik, Petit traité du bonheur 2.0 - Comment prendre soin de soi et des autres grâce aux technologies numériques, Armand Colin, 2013
  162. Pascal Perrineau, L'engagement politique : déclin ou mutation ? Les Presses de Sciences Po, 1994
  163. David Brooks, Les Bobos, Massot, 2000. Texte original : Bobos in Paradise, 2000
  164. Lisa C Walsh, Julia K Boehm et Sonja Lyubomirsky, Est-ce que le succès crée le bonheur ou est-ce l’inverse ? Maddyness, 1er juillet 2019
  165. Christian Godin, Le triomphe de la volonté, Champ Vallon, 2007, page 233
  166. Martine de Santo, Les religions aux Etats-Unis, La Croix, 19 avril 2008
  167. Camille Froidevaux-Metterie, Politique et religion aux États-Unis, La Découverte, 2009
  168. Carl R. Rogers, « Counseling and psychotherapy », Cambridge, MA, Riverside Press, 1942
  169. Abraham Maslow, « A Theory of Human Motivation », Psychological Review, n°50, 1943, p. 370-396.
  170. Jacques Van Rillaer, Mieux se gérer pour plus de bonheur, in La nouvelle gestion de soi. Ce qu'il faut faire pour vivre mieux, Mardaga éditions, 2012, p. 15-39
  171. Gardner Murphy, Human Potentialities 1958. Réed. Viking Press, 1975
  172. Abraham Maslow, Devenir le meilleur de soi-même, 1954
  173. Carl Rogers, Le développement de la personne, 1961
  174. Dominique Bourdin, De la saveur du plaisir à l'art d'être heureux ?, Empan n° 86, 2012, p. 24-35
  175. Robert Misrahi Traité du bonheur, 1981-1987 et Le bonheur, Essai sur la joie, 1994 ; Clément Rosset La force majeure, 1983 ; Michel Onfray L'art de jouir, 1994 ; André Comte Sponville, Le bonheur, désespérément, 2000 ; Vincent Cespedes, Magique étude du Bonheur, 2013 ; Frédéric Lenoir, Du bonheur. Un voyage philosophique, 2013, Bruno Giuliani, L'expérience du bonheur, 2014, Fabrice Midal, Méditer. Le bonheur d'être présent, 2019.
  176. Robert Misrahi, Le Bonheur : Essai sur la joie, Nantes, les éditions nouvelles Cécile Defaut, , 145 p. (ISBN 978-2-35018-094-6), p. 25 à 30
  177. Matthieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur, 2003
  178. Csikszentmihalyi, Vivre, psychologie du bonheur, 2006 ; Christophe André, Imparfaits, libres et heureux, 2009 ; Tal Ben-Shahar, L'apprentissage du bonheur, 2011
  179. Jean-Marie Durand, « Roger-Pol Droit contre les prophètes de bonheur », sur www.lesinrocks.com, (consulté le 29 mars 2015).
  180. Les nouveaux professeurs de bonheur, Estelle Lenartowicz, L’Express, 12 mai 2017
  181. Alain Badiou, Métaphysique du bonheur réel, Paris, PUF, coll. « Quadrige », , 89 p. (ISBN 978-2-13-079815-6), p. 83
  182. L'Internaute, juillet 2007
  183. Libération, 22 septembre 2008, p. 19
  184. Le bonheur pour un jeune en 2016, c’est quoi ?, Clément Fournier, Youmatter, 19 décembre 2016
  185. L'invasion des « pilules du bonheur », L'Express, 3 décembre 1998
  186. Wilhelm Schmid, Le Bonheur. Un idéal qui rend malheureux, Autrement, 2014, p. 22
  187. Jacques Ellul, Métamorphose du bourgeois, 1967. Réed. La Table ronde, 1998.
  188. Cécile Renouard, Le dogme de la croissance, La responsabilité éthique des multinationales, 2007, p.99-138 ; Emmanuel Poilane, Croissance: du dogme à la croyance, Huffington Post, 18 février 2015
  189. David Harvey, Brève histoire du néo-libéralisme, Les Prairies Ordinaires, 2014
  190. Alexis Cukier, Ce que le néolibéralisme fait au travail, Lava, 17 décembre 2018
  191. Christophe Dejours, L’évaluation du travail à l’épreuve du réel, INRA éditions, 2003 ; Nicolas Combalbert (dir.), La souffrance au travail. Comment agir sur les risques psycho-sociaux ? Armand Colin, 2010
  192. CFDT France Télécom-Orange et Christophe Dejours, Souffrance au travail : Regards croisés sur des cas concrets, Chronique Sociale, 2012
  193. Citons, parmi beaucoup d'autres : Connaître le bonheur au travail, de Jean-Paul Guedj, avril 2008 ; Le bonheur au travail, de Dominique Glocheux, août 2013 ; Le bonheur au travail ? de Sophie Prunier-Poulmaire, septembre 2013 ; Le bonheur au travail. Rentable et durable, de Laurence Vanhée, octobre 2013 ; L'art du bonheur au travail de Dalai-lama, janvier 2018 ; Trois clefs pour se libérer dans l'entreprise, de Annie Martinez, février 2018 ; J'ai décidé d'être heureux au travail, de Jean-François Thiriet, mars 2018 ; 21 jours pour être (enfin) heureux au travail de Emmanuelle Nave et Christine Lewicki, avril 2018 ; Le bonheur au travail de Jean-Michel Milon, mai 2019 ; Osons la joie au travail de Anne-Valérie Rocourt, mai 2019...
  194. Christian Baudelot et Michel Gollac (dir.), Travailler pour être heureux, Fayard, 2003
  195. Marie Peronneau, Stop à la dictature du bonheur au travail, Capital, 21 septembre 2018
  196. Fabien Soyez, Le bonheur au travail, “une arnaque intellectuelle”, Courrier des cadres, 5 octobre 2018
  197. Citons par exemple : Florence Roumiu, Le bonheur : un esprit sain dans un corps sain. Manuel théorique et pratique d'hygiène de vie et d'épanouissement personnel, 2007 ; Clotilde Poivilliers, L' énergie corps-esprit. Pour vivre en harmonie, Eyrolles, 2010 ; Nathalie Rapoport-Hubschman, Apprivoiser l'esprit, guérir le corps. Stress, émotions, santé, 2012 ; Olivier Chambon et Miriam Gablier, Le bonheur est dans le corps. Manuel pratique de psychologie positive corporelle, 2015...
  198. Annabelle Laurent, « Happycratie » : faut-il en finir avec le développement personnel ? » Usbek et Rica, 30 août 2018
  199. « La psycho positive, ce n’est pas positiver ! » Rencontre avec Charles Martin-Krumm, propos recueillis par Anne-Claire Thérizols, Le changement personnel 2015, p. 202-206
  200. Mihaly Csikszentmihalyi, Flow. The Psychology of Happiness, 2002. Trad. fr.Vivre. La psychologie du bonheur, Robert Laffont, 2004, 2006
  201. Mihaly Csikszentmihalyi, et John D. Patton, Le bonheur, l'expérience optimale et les valeurs spirituelles, Revue québécoise de psychologie, vol. 18, n° 2, 1997
  202. Renaud Gaucher, La finance du bonheur, Adalta Media 2015
  203. Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, Actes Sud, 2013
  204. Quelle place pour une « sobriété heureuse » ou un « hédonisme de la modération » dans un monde de consommateurs ? Yannick Rumpala, L'Homme et la Société n° 208, 2018, p. 223-248
  205. Jean-Baptiste Malet, « Le système Pierre Rabhi », Le Monde diplomatique, août 2018
  206. Marie-Claude Elie-Morin, Sortir de nos cubicules pour être plus heureux au travail, Atelier10, 2014
  207. Marie-Claude Elie-Morin, La dictature du bonheur, Vlb, 2015
  208. Jacques Ellul, Métamorphose du bourgeois, Calmann Lévy, 1967. Réed. La Table ronde, 1998, p. 76-123 et 294-297
  209. Joël Decarsin, « L’idéologie du bonheur selon Jacques Ellul », Mille Babords, 26 mai 2010
  210. Métamorphose du bourgeois, op. cit. p. 100
  211. Métamorphose du bourgeois, op. cit. p. 294-295
  212. Joël Decarsin, op. cit.
  213. Jacques Ellul, Le Bluff technologique, Hachette, p. 471-472.
  214. Gilles Lipovetsky, Le bonheur paradoxal. Essai sur la société d'hyperconsommation, Folio, 2009
  215. Philippe La Sagna, Du plus-de-jouir à l’hyper-jouir, La Cause freudienne n°72, 2009, p.43-49
  216. Etienne Bastin, La tyrannie du bonheur, son industrie, son idéologie, ses névroses, L'Écho, 8 novembre 2018
  217. « L’injonction au bonheur est une trouvaille formidable pour le pouvoir », Le Monde, 28 août 2018
  218. Rémy Pawin, Bonheur obligatoire, La vie des idées, 28 mars 2019

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Classement par ordre chronologique
Antiquité

Période moderne

Période contemporaine
XXe siècle

  • Alain, Propos sur le bonheur, 1925. Gallimard, 1985
  • Bertrand Russell, The Conquest of Happiness, 1930. Trad. fr. La conquête du bonheur, Payot, 2001
  • David Riesman, The Lonely Crowd 1950. Trad. fr. La Foule solitaire, Arthaud, 1964. Recension : Daniel Vidal, Sociologie du travail, n°7-2 p. 197-199, 1965
  • Robert Mauzi, L'idée de bonheur dans la littérature et la pensée françaises au XVIIIe siècle, Armand Colin, 1960. Réed. Albin Michel, 1994
  • Raymond Polin, Le bonheur considéré comme l'un des beaux-arts, Presses Universitaires de France, 1965
  • Georges Perec, « Le Bonheur de la modernité », entretien avec Jean Duvignaud, Le Nouvel Observateur n°57, 15-21 décembre 1965
  • Daniel Mayer, Socialisme, le droit de l'homme au bonheur, Flammarion, 1976. Réed. 1993
  • Robert Misrahi, Traité du bonheur, trois tomes : tomes 1 et 2 : Seuil, 1981 et 1983 ; tome 3 : PUF, 1987 (ouvrages réédités)
  • Albert Hirschman, Shifting involvement, private interest and public action, 1982. Trad. fr. Bonheur privé, action publique, Fayard, 1983 ; réed. 2013
  • Miguel Benasayag et Edith Charlton, Critique du bonheur, La Découverte, 1989 Lecture en ligne.
  • Robert Misrahi, Le bonheur, Essai sur la joie, Hatier, 1994
  • Philip Van Den Bosch, La philosophie et le bonheur, Flammarion, 1997
  • Claude Londner, Le droit au bonheur, la naissance de l'Assemblée Nationale, Le Patio, 1998
  • Francesco et Luigi Luca Cavalli-Sforza, La science du bonheur. Les raisons et les valeurs de notre vie, Odile Jacob, 1998

Années 2000

  • 2000
    • André Comte-Sponville, Le bonheur, désespérément, Éditions Pleins feux, 2000. Rééd. Librio
    • Stefan Vanistendael et Frédéric Lecomte-Dieu, Le bonheur est toujours possible, Bayard, 2000
    • Dalaï-Lama et Howard Cutler, L'Art du bonheur. Sagesse et sérénité au quotidien, J'ai lu, 2000
    • Christian Boiron, La source du bonheur, Albin Michel, 2000
    • Pascal Bruckner, L'euphorie perpétuelle. Essai sur le devoir de bonheur, Grasset, 2000. Réed. Le livre de Poche, 2002
  • 2001
  • 2002
    • Mihaly Csikszentmihalyi, Flow. The Psychology of Happiness, 2002. Trad. fr.Vivre. La psychologie du bonheur, Robert Laffont, 2004, 2006
    • Collectif : L'utilitarisme aujourd'hui. Le bonheur sous contrôle ? Cités, n°10 - 2002
  • 2003
  • 2004
    • Michel Henry, Le bonheur de Spinoza, Presses Universitaires de France, 2004 Texte en ligne.
    • Christophe André, Vivre heureux. Psychologie du bonheur, Odile Jacob, 2004
    • Jean-Pierre Rioux, Au bonheur la France : des impressionnistes à de Gaulle, comment nous avons su être heureux, Perrin, 2004
    • Alain Minc, Les prophètes du bonheur. Une histoire personnelle de la pensée économique, Grasset, 2004
  • 2005
    • Stefan Klein, Apprendre à être heureux. Neurobiologie du bonheur, Robert Laffont, 2005
    • Richard Layard, Happiness. Lessons from a new science, 2005. Trad. fr. Le prix du bonheur, Armand Colin, 2007
    • André Simha, Le bonheur. Aristote, Sénèque, Spinoza, Bentham, Nietzsche, Armand Colin, 2005
  • 2006
  • 2007
    • Michel Faucheux, Histoire du bonheur, Oxus, 2007
    • Martin Seligman, Authentic Happiness, 2007. Trad. fr. La fabrique du bonheur. Vivre les bienfaits de la psychologie positive au quotidien, InterEditions, 2011
  • 2008
    • Virginie Spies, Télévision, presse people : les marchands de bonheur, De Boeck, 2008
    • Gérard Tixier et Anne Lamy, Eloge de la déprime. Non à la dictature du bonheur, Milan, 2008
  • 2009
    • Georges Minois, L'Âge d'or : Histoire de la poursuite du bonheur, Fayard, 2009
    • Thomas d'Ansembourg, Gérard Ostermann, Boris Cyrulnik, Jacques Salomé... Etre heureux et créer du bonheur, Les Editions du Relié, 2009
    • Caroline Guibet Lafaye, Penser le bonheur aujourd'hui, Presses universitaires de Louvain, 2009. Extrait en ligne : Bonheur et temporalité
    • Renaud Gaucher, Bonheur et économie. Le capitalisme est il soluble dans la recherche du bonheur ? L'Harmattan, 2009
    • Christophe André, Imparfaits, libres et heureux, Odile Jacob, 2009
    • Stéphane Osmont (dir.), A la poursuite du bonheur, Albin Michel, 2009

Années 2010

  • 2010
    • Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, Actes Sud, 2010
    • Stefano Bartolini, Manifesto per la felicità, Rome, Donzelli, 2010. Trad. fr., Manifeste pour le bonheur, Les Liens qui libèrent, 2013
    • Vincent Cespedes, Magique étude du bonheur, Larousse, coll. « Philosopher », 2010
  • 2011
    • Tal Ben-Shahar, L'apprentissage du bonheur, Hélène Collon, 2011
    • Auguste Kléber Bonon, Kant et les limites du bonheur, Université européenne, 2011
    • François Davy, Une société heureuse au travail : Un nouveau regard sur l'emploi, Editions Nouveaux débats publics, 2011
  • 2012
    • Robert Misrahi, La construction du bonheur, Le Bord de l'eau, 2012
    • Lucie Davoine, Économie du bonheur, La Découverte, 2012
    • Guilhem Farrugia, Bonheur et fiction chez Rousseau, Classiques Garnier, 2012
  • 2013
    • Vincent Cespedes, Magique étude du bonheur, Larousse, 2013
    • Valérie Corrège et François Garnier, Le bonheur. Petite anthologie littéraire et philosophique, Garnier, 2013
    • Christophe Deshayes et Jean-Baptiste Stuchlick, Petit traité du Bonheur 2.0, Armand Colin, 2013
    • Rémy Pawin, Histoire du bonheur en France depuis 1945, Robert Laffont, 2013 (interview de l'auteur)
    • Frédéric Lenoir, Du bonheur. Un voyage philosophique, Fayard, 2013
    • Pierre Borhan, La volonté de bonheur, Hazan, 2013
    • Bruno S. Frey et Claudia Frey Marti, Le bonheur. L'approche économique, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2013
  • 2014
    • Wilhelm Schmid, Le Bonheur. Un idéal qui rend malheureux, Autrement,
    • Bruno Giuliani, L'expérience du bonheur, Almora 2014
    • Jacques Sénécal, Le bonheur philosophe, Montréal, Liber, 2014
    • Henri Pena-Ruiz, Leçons sur le bonheur, Flammarion, 2014
    • André Guigot, Pour en finir avec le bonheur, Bayard, 2014
    • Nicolas Marquis, Du bien-être au marché du malaise. La société du développement personnel, PUF, 2014. Recension
    • Claudia Senik, L'économie du bonheur, Seuil, 2014
    • Marie-Pierre Feuvrier, Bonheur et travail, oxymore ou piste de management stratégique de l'entreprise ? Management & Avenir n°68, 2014, p. 164-182
    • Russ Harris, Le piège du bonheur, Les Éditions de l'homme, 2014. Réed. Pocket, 2017
  • 2015
  • 2016
    • Gilles Guigues, La vertu en acte chez Aristote. Une sagesse propre à la vie heureuse, L'Harmattan, 2016. [présentation en ligne]
    • Luc Ferry, Sept façons d'être heureux ou les paradoxes du bonheur, Plon, 2016; Recension
    • Réseau Européen de Recherche en Droits de l'Homme, Le droit au bonheur, Fondation Varenne, 2016
    • Christophe André, Et n'oublie pas d'être heureux. Abécédaire de la psychologie positive, Odile Jacob, 2016
    • Luis Sepulveda et Carlo Petrini, Deux idées de bonheur, Métailié, 2016
    • Didier Daeninckx, Un parfum de bonheur, Gallimard, 2016
    • Charles Berbérian, Le bonheur occidental (bande dessinée satirique), Fluide glacial 2016
  • 2017
  • 2018
  • 2019

Années 2020

  • 2020
    • Boris Cyrulnik, Nous ne sommes pas égaux devant le bonheur, Écriture, 2020
    • Robert Misrahi, Le droit de l'être humain à connaître le bonheur, Nouvelles éditions de l'Aube, 2020

Séminaires et conférences[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

XXe siècle

Années 2000

Années 2010

Sur les autres projets Wikimedia :