Familistère de Guise

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Familistère de Guise
Guise pavillon central familistere.JPG

Pavillon central du palais social.

Présentation
Type
Construction
1858-1883
Destination initiale
Lieu d'habitations
Statut patrimonial
Logo monument historique Classé MH (1991, bâtiments)
 Inscrit MH (1991, ancien jardin)
Géographie
Pays
Région
Division administrative
Commune
Adresse
La rue des PrésVoir et modifier les données sur Wikidata
Localisation
Coordonnées
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Étymologiquement « établissement où plusieurs familles ou individus vivent ensemble dans une sorte de communauté et trouvent dans des magasins coopératifs ce qui leur est nécessaire », construit en s'inspirant du phalanstère de Charles Fourier, le Familistère, situé dans la commune de Guise, dans le département de l'Aisne, est un haut lieu de l’histoire économique et sociale des XIXe et XXe siècles.

Le familistère fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le et son ancien jardin, d'une inscription en 1991[1].

Depuis 2010, il accueille un musée, classé musée de France au sens de la loi no 2002-5 du 4 janvier 2002[2],[3].

Le fondateur : Jean-Baptiste André Godin[modifier | modifier le code]

Les débuts d'un inventeur[modifier | modifier le code]

Jean-Baptiste André Godin (1817 - 1888) était originaire d'Esquéhéries (Aisne), son père était serrurier, c'est lui qui forma son fils au travail des métaux. Après son tour de France commencé à l'âge de 17 ans, il créa, en 1837, à Esquéhéries, un atelier de fabrication de poêles en fonte, pour laquelle il déposa un brevet en 1840.

Le succès de son atelier[modifier | modifier le code]

Le succès commercial de ses poêles en fonte l'incita à développer son entreprise et à passer de la production artisanale à la production industrielle. C'est ainsi qu'il transféra, en 1846, le siège de son entreprise et la fabrication de poêles à Guise. En 1854, il créa une autre manufacture près de Bruxelles.

Le succès de la fabrication des appareils de chauffage et de cuisine, les fameux « poêles Godin » réside dans le choix du matériau de fabrication : la fonte, qui diffuse bien mieux la chaleur que les anciens modèles en tôle.

Le succès commercial de ses appareils permit à Godin, d'origine modeste, de faire rapidement fortune et de s'imposer sur un marché en pleine expansion. L'activité de la manufacture se développa considérablement pour employer jusqu'à 1 500 personnes.

L'engagement[modifier | modifier le code]

Statue de Jean-Baptiste André Godin devant le familistère

Godin avait été lui-même simple ouvrier, et avait conservé le souvenir des terribles conditions de vie et de travail des salariés de l'industrie – constatées notamment au cours d'un Tour de France qu'il effectua, aux côtés d'un compagnon, entre 1835 et 1837. Il entendit par conséquent utiliser sa fortune pour améliorer la vie de ses employés, et proposer ses solutions au problème du paupérisme ouvrier. En 1842, il découvrit par des lectures, les théories de Charles Fourier.

Disciple de Charles Fourier, il entra en contact avec l'École sociétaire et, en 1854, investit le tiers de sa fortune dans une tentative d'implantation d'une colonie phalanstérienne, « La Réunion », au Texas menée par Victor Considerant. Il y perdit le tiers de sa fortune personnelle, mais en tira les leçons et décida de se consacrer seul à ses grands projets.

Sensible à l'idée de la redistribution des richesses produites aux ouvriers, il souhaitait créer une alternative à la société industrielle capitaliste en plein développement, et offrir aux ouvriers le confort dont seuls les bourgeois pouvaient alors bénéficier. C'est ce qu'il appelait « les équivalents de la richesse ». À partir de 1859, il entreprit de créer un univers autour de son usine de Guise, le familistère, dont le mode de fonctionnement est comparable à celui des coopératives ouvrières de production.

Une expérience similaire fut également développée par Godin autour de l'usine belge de Laeken.

L'idée maîtresse de Godin était l'association du capital et du travail. Il fonda en 1880, une association le « Familistère » et transforma son entreprise en coopérative de production, les bénéfices finançant écoles, caisses de secours, etc.

Le Familistère[modifier | modifier le code]

Dessin du site industriel avec la fonderie, à droite, et les bâtiments de vie (le Familistère), à gauche

« Familistère » est le nom donné par Godin aux bâtiments d'habitation qu'il fait construire pour ses ouvriers et leurs familles, à partir de 1858 et jusqu'en 1883, probablement à partir de plans de l'architecte fouriériste Victor Calland. Il s'inspire directement du phalanstère de Fourier, mais, comme il le fera toujours, effectue un tri dans la théorie pour l'adapter à ses propres idées et surtout pour la rendre plus réalisable.

Godin proscrit la maison individuelle et donne ses raisons dans Solutions sociales[4] : « Les prôneurs de petites maisons ne remarquent pas qu'en descendant un peu, à partir de la petite maison, on voit poindre la hutte du sauvage […] Dans les campagnes, le mendiant en haillons possède un toit et un jardin. […] L'isolement des maisons est non seulement inutile, mais nuisible à la société. » Pour Godin, le familistère permet de créer des « équivalents de richesse » auxquels les ouvriers ne peuvent accéder de manière individuelle, mais qui leur sont accessibles quand ils sont mis en commun en remplaçant « par des institutions communes, les services que le riche retire de la domesticité. »

Godin écrit en 1874 dans La richesse au service du peuple. Le familistère de Guise[5] : « Ne pouvant faire un palais de la chaumière ou du galetas de chaque famille ouvrière, nous avons voulu mettre la demeure de l'ouvrier dans un Palais : le Familistère, en effet, n'est pas autre chose, c'est le palais du travail, c'est le PALAIS SOCIAL de l'avenir. »

Description des bâtiments du familistère[modifier | modifier le code]

Le familistère comprend plusieurs ensembles de bâtiments :

  • le Palais social, formé d'un pavillon central encadré par deux ailes de taille un peu plus modeste, destiné à l'habitation
  • le pavillon Cambrai, situé à l'écart du Palais social en face de son aile droite, lui aussi destiné à l'habitation. C'est le bâtiment le plus tardif, construit en 1883.
  • le bâtiment des économats, en face de l'aile gauche du Palais social
  • le bâtiment des écoles et du théâtre, en face du pavillon central du Palais social
  • la buanderie, bains et piscine, située sur l'autre rive de l'Oise, du côté de l'usine

Les équivalents de la richesse[modifier | modifier le code]

Reconstitution d'un appartement tel qu'il était au début du XXe siècle pour un salarié et sa famille

La première étape, la plus urgente, est selon Godin d'améliorer les conditions de logement et de vie des familles, en leur apportant les « équivalents de la richesse ».

Cette expression désigne l'ensemble des conditions de confort, de salubrité, que la bourgeoisie s'offre par l'argent et que les Familistériens pourront s'offrir désormais par la coopération. Hygiéniste convaincu, Godin inclut dans ces « équivalents de la richesse » tout ce qui garantit la salubrité du logement. La luminosité des appartements, la circulation de l'air, l'accès à l'eau potable à chaque étage sont des éléments fondamentaux que garantit l'architecture particulière des bâtiments. Le soin du corps est également assuré par la création d'une buanderie, située près du cours d'eau, dans lequel on lave et sèche le linge (évitant ainsi les odeurs d'humidité dans les logements), mais comportant également des douches et une piscine (au plancher mobile, pour permettre aux enfants d'y nager en toute sécurité) dont l'eau, provenant de l'usine toute proche où elle a servi à refroidir les tuyaux, arrive à parfaite température…

Enfin, Godin met en place tout un système de protection sociale en créant des caisses de secours protégeant contre la maladie, les accidents du travail et assurant une retraite aux plus de 60 ans.

La coopération comme principe[modifier | modifier le code]

Les écoles et le théâtre

Si Godin se proclame fouriériste, il n'est pas pour autant un disciple fervent qui applique aveuglément une théorie : tout dans Fourier n'est pas applicable, loin de là, et d'autres que lui influencent la pensée de Godin. On retrouve, dans le Familistère, l'influence d'un mouvement coopératif ancien, et en particulier l'application des principes de la coopération anglaise, théorisés par Robert Owen et les « Équitables Pionniers » de Rochdale. Ces principes apparaissent dans le fonctionnement des économats, magasins coopératifs installés par Godin en face du Familistère, où les produits de première nécessité sont vendus au comptant, et dont les bénéfices sont répartis équitablement entre les acheteurs. Mais on retrouve tout particulièrement cette influence dans l'importance que Godin accorde à l'éducation des enfants, mais aussi des adultes. Il fait construire des écoles, mixtes et obligatoires jusqu'à 14 ans (à l'époque, la loi autorise le travail des enfants à partir de 10 ans), un théâtre, une bibliothèque, et multiplie lui-même les conférences pour enseigner à ses salariés les bienfaits de la coopération.

Le culte du Travail[modifier | modifier le code]

Intérieur du Familistère, vue d'époque

Anticlérical virulent, Godin pratique cependant un déisme très personnel, évoquant un Être suprême bienveillant ; il croit de façon ardente que le Travail, toute activité ayant pour but de transformer la matière afin de vivre mieux, est la raison profonde de l'existence de l'Homme, et par conséquent d'atteindre l'essence humaine, une certaine part de divin. S'opposant aux principes mêmes du capitalisme, il estime que l'ouvrier devrait posséder le statut social le plus élevé, puisque c'est lui qui travaille, que c'est lui qui produit les richesses. Au-delà des aspects matériels de l'œuvre, le Familistère doit amener à une élévation morale et intellectuelle du travailleur, lui permettre de retrouver l'estime de soi et son indépendance vis-à-vis de la société bourgeoise.

L'éducation à l'économie sociale va dans ce sens, mais également l'architecture même des bâtiments : à l'intérieur des cours, les balcons qui donnent accès aux appartements sont créés pour être des lieux de rencontre permanents entre ouvriers, quelle que soit leur position dans l'usine, manœuvre, employé de bureau ou cadre, afin de donner naissance à une réelle fraternité entre Familistériens. Les fenêtres intérieures, la promiscuité, sont pensées comme des éléments d'émulation : la vue d'un intérieur bien tenu doit vous pousser à vous-même entretenir votre logement, d'autant plus que le regard de l'autre, et sa désapprobation, sont considérés comme la meilleure des sanctions. Cette architecture particulière, décrite par ses détracteurs comme « carcérale », est donc voulue, afin de permettre une autodiscipline et une responsabilisation des habitants qui rendent inutile toute forme de police.

Cette notion de responsabilisation n'est pas anecdotique : elle est à la base de l'œuvre de Godin, pour qui l'amélioration des conditions de vie n'est qu'une première étape. Il s'agit, à terme, de permettre aux ouvriers de se libérer de toute dépendance vis-à-vis du patronat, d'abolir le salariat et de lui substituer l'Association.

L'Association du Capital et du Travail ou Société du Familistère[modifier | modifier le code]

Plan relief du familistère et de l'usine en 1931

Fondée en 1880, cette Association transforme l'entreprise en coopérative de production; les bénéfices sont utilisés pour financer les diverses œuvres sociales (écoles, caisses de secours), puis le reliquat est distribué entre les ouvriers, proportionnellement au travail fourni pendant l'année. Cependant, les bénéfices ne sont pas distribués en argent, mais sous forme d'actions de la Société : les ouvriers deviennent ainsi propriétaires de l'entreprise. Une fois tout le capital distribué, une forme de roulement s'établit, les plus jeunes recevant de nouvelles actions qui sont remboursées, cette fois en liquidités, aux plus anciens travailleurs. Les ouvriers, membres de l'Association, en sont donc les propriétaires et touchent, chaque année, un surplus de salaire proportionnel aux bénéfices. Charles Fourier avait théorisé une répartition équitable des richesses, permettant de récompenser à leur juste valeur le Capital, le Travail, et le Talent : Godin s'en inspire directement pour organiser l'Association. Il ne s'agit pas de donner la même chose à tous, mais bien de distribuer les richesses selon les mérites de chacun. C'est pourquoi il met en place une hiérarchie au sein de l'Association, essentiellement selon l'ancienneté : au sommet les associés (au moins 5 ans de présence), puis les participants et les sociétaires. Enfin, il reste les auxiliaires, travailleurs saisonniers ou occasionnels qui n'ont pas travaillé assez longtemps pour pouvoir appartenir à la Société. Chaque échelon est franchi, en théorie, en faisant preuve de mérite au travail, d'implication dans la vie démocratique de l'Association (participation aux différents conseils…) ; pour être nommé sociétaire ou associé, il faut vivre au Familistère. Enfin, seuls les associés participent à l'assemblée générale. À chaque niveau correspond une plus grande part des bénéfices, une meilleure protection sociale, une meilleure retraite. La création de cette Association, de même que la construction du Familistère, lui attire la sympathie de nombreux réformateurs sociaux, mais aussi de nombreux ennemis : clergé offensé par la mixité et la promiscuité des logements, commerçants menacés par les bas prix pratiqués dans les économats, patrons dénonçant le socialisme de Godin, mais aussi parmi l'extrême-gauche marxiste, considérant l'œuvre de Godin comme une forme de paternalisme, séduisant les ouvriers pour mieux les détourner de la Révolution et de leur émancipation.

Le devenir de l'Association[modifier | modifier le code]

La cour intérieure du pavillon central en cours de réfection, en 2010
L'aile gauche du Palais social, endommagée pendant la Première Guerre mondiale et reconstruite en 1923

Après la mort de Godin en 1888, l'Association continue de fonctionner. Prospère notamment grâce au renom de la marque « Godin », l'entreprise se maintient parmi les premières du marché jusqu'aux années 1960. Sur le plan social, les choses restent également en l'état : bien que Godin ait toujours considéré l'Association comme une étape devant toujours progresser, les différents gérants qui lui font suite se concentrent sur la nécessité de conserver intacte l'œuvre du « Fondateur » : ainsi, aucun nouveau bâtiment n'est ajouté au Familistère. Les logements devenant très vite insuffisants pour accueillir de nouveaux ouvriers, une préférence est établie, les enfants de Familistériens devenant prioritaires pour l'obtention d'un appartement. Cette hérédité des logements entraîne des tensions, les associés apparaissant parfois comme une aristocratie satisfaite de ses privilèges et ne cherchant pas à les partager.

La disparition progressive d'un véritable « esprit coopérateur » parmi les membres de l'Association est parfois vue comme une des raisons de sa disparition en 1968. Confrontée à des difficultés économiques, cherchant à se rapprocher d'une maison concurrente, l'entreprise se transforme en juin 1968 en société anonyme. Elle est alors intégrée dans le groupe Le Creuset. La marque Godin a été transférée à la société Cheminées Philippe en 1988.

Les logements ont été vendus en 1968. Une centaine d'anciens Familistériens y vivent toujours. Classés « Monuments historiques » en 1990, les bâtiments font depuis 2000 l'objet d'une restauration menée par la ville de Guise et le département de l'Aisne. Le programme de valorisation Utopia, organisé par le syndicat mixte, a permis entre autres de rendre accessibles à la visite les économats et la buanderie-piscine, laissés à l'abandon depuis 1968.

Le site de Guise comprend donc deux volets indissociables : le lieu de production, l’usine Godin sur la rive droite de l’Oise, et le « Palais social » (terme utilisé par extension pour désigner le familistère au-delà des seules unités d'habitation d'origine, construites entre 1859 et 1877) où était organisée la vie des ouvriers et de leurs familles.

Collections du musée du Familistère de Guise[modifier | modifier le code]

Thèmes abordés : la vie au Familistère, la concurrence aux productions de l'usine Godin et les expériences sociales comparables, le fonds comprend une collection de photographies du Familistère et de l'usine Godin, des appareils produits par l'usine Godin, des documents sur la vie du Familistère et de ses habitants[6].

Le Jardin d'agrément[modifier | modifier le code]

Ce jardin fut créé en 1858 par Jean-Baptiste André Godin. Il comprend un potager, un verger et une partie agrément, ponctuée de fontaines alimentées de différentes façons : eau stagnante, tourbillonnante, jet d'eau. Ces fontaines sont décorées de statues. Un « Pavillon rustique » - une hutte en bois couverte de chaume - symbolise l'habitation primitive faisant face à celle de la modernité, le Familistère.

Sur le point culminant du jardin, se dresse le mausolée dans lequel sont inhumés Jean-Baptiste André Godin et sa seconde épouse Marie Moret.

Le Familistère en chiffres[7][modifier | modifier le code]

  • 10 millions de briques sont nécessaires à la construction des trois pavillons du Palais Social.
  • 30 000 m2 de surfaces sont offerts par l’ensemble des trois pavillons.
  • 1 kilomètre de coursives parcourt les trois pavillons du Palais.
  • 500 fenêtres percent les façades des trois unités d’habitation.
  • 495 appartements sont aménagés dans l’ensemble des cinq pavillons du Familistère avant 1918.
  • 1 748 personnes habitent au Familistère en 1889.
  • 50 berceaux peuvent être installés dans la nourricerie du Familistère.
  • 796 invités participent au banquet de la cinquième fête du Travail dans la cour du pavillon central en 1872.
  • 1 000 spectateurs prennent place au théâtre en 1914.
  • 1 526 employés travaillent dans les usines de la Société du Familistère en 1887.
  • 2 500 est le nombre record d’employés de l’Association du Familistère de Guise et à Bruxelles en 1930.
  • 4 000 modèles d’appareils et d’accessoires sont fabriqués par la Société du Familistère en 1914.
  • 210 000 appareils sont expédiés par les usines de Guise et Bruxelles en 1913-1914.
  • 664, c’est le nombre de pages qui composent le livre Solutions Sociales publié par Godin en 1871.

Le Familistère vu par Karl Marx et Friedrich Engels[modifier | modifier le code]

Dans le Manifeste du parti communiste (1848), Karl Marx et Friedrich Engels critiquent le projet d'amélioration de la condition ouvrière dans le chapitre Le socialisme et le communisme utopiques et critiques :

ils veulent remplacer les conditions historiques de l'émancipation par des conditions tirées de leur imagination, et l'organisation réelle et graduelle du prolétariat en classe sociale par une organisation élucubrée de la société.
…Et c'est sous le seul aspect de la souffrance extrême que le prolétariat existe pour eux.
…Ils voudraient améliorer l'existence de tous les membres de la société, même les plus privilégiés. C'est pourquoi ils lancent sans cesse leur appel à l'ensemble de la société sans distinction, et même de préférence à la classe dominante… C'est pourquoi ils rejettent toute action politique, et surtout toute action révolutionnaire. Ils veulent atteindre leur but par des moyens pacifiques, et ils essayent de frayer un chemin au nouvel évangile par la force de l'exemple, par des expériences limitées, qui, naturellement, se terminent par un échec !… Ils ne cherchent donc obstinément qu'à émousser la lutte des classes et à apaiser les antagonismes. Dans leurs rêves, ils ne cessent de faire l'expérience de leurs utopies sociales, de créer des phalanstères, de fonder des home colonies… Et pour la construction de tous ces châteaux en Espagne, ils sont forcés de faire appel au cœur et à la caisse de philanthropes bourgeois. Petit à petit, ils tombent dans la catégorie des socialistes réactionnaires ou conservateurs et ne s'en distinguent plus que par un pédantisme plus systématique et une foi superstitieuse et fanatique dans l'efficacité miraculeuse de leur science sociale.

En 1872, Friedrich Engels, dans les articles repris dans La question du logement, qualifie le Familistère de Guise d'expérience socialiste… devenue finalement, elle-aussi, un simple foyer de l'exploitation ouvrière.

Le Familistère et le logement de la classe ouvrière[modifier | modifier le code]

Cette tentative réussie, fruit d'une réflexion sociale, cherchant une solution au problème du logement salubre des ouvriers est critiquée autant par les tenants du socialisme scientifique que par la droite conservatrice et libérale. Cette idée de créer des maisons renfermant des logements destinés uniquement à la classe ouvrière avait été critiquée par Napoléon Ier en 1809. Cela n'a pas empêché son neveu de s'engager, en 1851, dans un programme de cités ouvrières qui se voulait ambitieux, mais n'a permis que la construction de la cité Napoléon faute de moyens. Cette tentative va produire le poncif d'une assimilation de la cité ouvrière à la « caserne ouvrière ».

Les milieux patronaux chrétiens sociaux vont aussi chercher et proposer des solutions à ce problème du logement collectif ouvrier en s'attachant à répondre aux critiques sur les questions des mœurs. Une des réponses peut se voir à Jujurieux où en 1835 Claude-Joseph Bonnet fonde les établissements C.J. Bonnet.

Les tenants d'un christianisme social qui restaure un ordre moral et social détruit par la Révolution de 1789 ont eu un premier apôtre en Frédéric Le Play qui publie en 1855 Les ouvriers européens. Pour lui, il faut promouvoir la possession de maisons individuelles, car la maison a des vertus morales.

En 1878, Émile Trélat va souligner le peu d'intérêt de la classe ouvrière pour ces cités : « C'est pour l'ouvrier un titre de véritable dignité humaine que d'avoir su dédaigner les avantages économiques qui lui étaient offerts, en gardant sa place commune dans la cité… Ce qui est acquis désormais, c'est l'inconvenance absolue de la cité caserne offerte aux ouvriers comme habitation ».

Cette réflexion autour du logement ouvrier, collectif ou maison individuelle, est l'objet d'un débat à partir du Second Empire jusqu'aux lois sur le logement social[8].

Cinéma et télévision[modifier | modifier le code]

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Régis Hautière et David François, scénariste et dessinateur de bande dessinée, ont situé l'action de leur livre De Briques & de sang dans le Familistère de Guise. Cette bande dessinée est parue en 2010 aux éditions KSTR. Le même Régis Hautière situe également une partie de l'action du tome 3 de la bande dessinée La guerre des Lulus (dessins : Hardoc) dans le Familistère de Guise. Le volume est paru en 2015 aux éditions Casterman.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

2008 et 2011. Lettres du Familistère. Guise, Éditions du Familistère. Photographies : Hugues Fontaine. Avec 19 lettres inédites de Jean-Baptiste André Godin. (ISBN 978-2-9516791-0-8). Deuxième édition revue et corrigée en 2011 (ISBN 978-2-9516791-2-2).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Notice no PA00115695 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. (fr) « Musée du Familistère », sur www.culture.gouv.fr
  3. (fr) « Le familistère de Guise devient musée - mars 2010 », sur culturebox.france3.fr
  4. BnF Gallica : Godin - Solutions sociales
  5. BnF Gallica : Godin - La richesse au service du peuple. Le familistère de Guise
  6. (fr) « Collections du musée du Familistère de Guise », sur www.numerique.culture.fr
  7. Prospectus touristique du Familistère
  8. Sous la direction de Luc Boudet, Le Paris des maisons. Objets trouvés, p. 53-64, Éditions A & J. Picard, Paris, 2004 (ISBN 2-7084-0713-9)

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]