Gilles Deleuze

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Gilles Deleuze
Defaut 2.svg
Naissance
Décès
(à 70 ans)
Paris (France)
Nationalité
Formation
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
Corps-sans-organes
Rhizome
Micropolitique
Personnage conceptuel
Pornologie
Déterritorialisation
Reterritorialisation
Répétition et différence
Machine désirante
Agencement
Ligne de fuite
Image-mouvement
Image-temps
Image-cristal
Évènement
Plan d'immanence
Ritournelle
Géo-philosophie
Pli
Œuvres principales
Influencé par
A influencé
Célèbre pour
Art du portrait
La philosophie vécue comme activité créatrice de concepts
Philosophie de l'évènement
Citation
N'interprétez pas, expérimentez.
Enfant

Gilles Deleuze est un philosophe français né à Paris le et mort à Paris le . Des années 1960 jusqu'à sa mort, Deleuze a écrit une œuvre philosophique influente et complexe, à propos de la philosophie elle-même, de la littérature, de la politique, de la psychanalyse, du cinéma et de la peinture. Jusqu'à sa retraite en 1988, il est également un professeur de philosophie renommé.

D'abord perçu comme un historien de la philosophie, car il a écrit des ouvrages sur des philosophes aussi divers que David Hume, Friedrich Nietzsche, Emmanuel Kant, Baruch Spinoza, Henri Bergson, Deleuze évolue vers une nouvelle définition du philosophe comme « celui qui crée des concepts » dans la Cité, soit un créateur en philosophie de mots nouveaux, de sens différents. Il revient néanmoins à l'histoire de la philosophie à la fin de sa carrière universitaire, en consacrant des ouvrages à Michel Foucault, François Châtelet et Gottfried Wilhelm Leibniz.

Sa thèse de philosophie était centrée sur le concept de « différence » et « répétition », c'est-à-dire au rapport du même à la ressemblance, de la copie au double, et de l'effet de la répétition à l'infini par rapport à un original. Il y prend comme référence Gottfried Wilhelm Leibniz à la fois métaphysicien et mathématicien. Deleuze tente d'y développer une métaphysique, en accord avec la physique et les mathématiques de son temps (les années 1960), dans laquelle les concepts de multiplicité, d'événement et de virtualité remplacent respectivement ceux de substance, d'essence et de possibilité.

Deleuze s'intéresse ensuite aux rapports entre sens, non-sens et événement, à partir de l'œuvre de Lewis Carroll, du philosophe Whitehead et du stoïcisme grec. Enfin il développe une métaphysique et une philosophie de l'art originales en s'intéressant au cinéma autant qu'au peintre Francis Bacon.

Avec Félix Guattari, il développe un cycle intitulé « Capitalisme et schizophrénie » qui comprend L'Anti-Œdipe (1972) et Mille Plateaux (1980). Ils écrivent ensemble deux autres ouvrages : Kafka. Pour une littérature mineure (1975) et Qu'est-ce que la philosophie ? (1991). Ils créent les concepts de rhizome ou de déterritorialisation, menant une critique conjointe de la psychanalyse et du capitalisme. Ces deux premiers livres ont un retentissement certain dans les milieux universitaires occidentaux et ont un impact, des années 1970 aux années 1980, sur les sciences sociales et jusqu'aux États-Unis, où émerge ensuite la French Theory (et son pendant critique), à laquelle il est associé.

La pensée de Gilles Deleuze est parfois également associée au post-structuralisme, bien qu'il ait déclaré s'être toujours vu comme un métaphysicien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

Gilles Deleuze naît en 1925, à Paris, dans une famille bourgeoise. Son père Louis est ingénieur, sa mère Odette Camaüer s'occupe de la maison et de ses deux enfants, Gilles et son frère Georges, âgé de trois ans de plus que lui. Ses deux parents sont de droite, son père est proche des Croix-de-feu. Deleuze raconte dans L'Abécédaire l'effroi de ses parents à l'été 1936, quand la plage de Deauville où ils passent leurs vacances depuis des années est « envahie » par des prolétaires venus grâce aux congés payés[1]. Dès son plus jeune âge, Gilles Deleuze souffre de troubles respiratoires.

En 1940, la guerre surprend les Deleuze alors qu'ils sont en villégiature à Deauville. Les parents décident de laisser Gilles dans cette ville en pensionnat. Alors qu'il était jusque-là un élève médiocre, il découvre la littérature grâce à son professeur Pierre Halbwachs, fils du célèbre sociologue Maurice Halbwachs. C'est Pierre Halbwachs qui lui fait lire André Gide, Charles Baudelaire ou encore Anatole France[2].

L'armistice signé, il revient à Paris. En 1941, il fait ses études secondaires au lycée Carnot en compagnie de Michel Tournier. Il est alors le camarade de classe de Guy Môquet, a pour professeur Pierre Vial, alors que Maurice Merleau-Ponty enseigne dans l'autre khâgne. Pendant ces années de guerre, il rencontre, par l'entremise de Tournier, Maurice de Gandillac et Marie-Madeleine Davy qui lui présente Georges Bataille, Pierre Klossowski, Jean Grenier, Brice Parain, Michel Butor, Jean Paulhan, Roger Caillois, ou encore Jean-Paul Sartre, lors de réunions privées le dernier samedi de chaque mois[3]. Michel Tournier emmène Deleuze aux cours publics des psychiatres Alajouanine et Jean Delay à l'hôpital de la Salpétrière.

Pendant ces années d'Occupation, il est très marqué par la lecture de Jean-Paul Sartre. L'Être et le néant l'enchante, et il va voir Les Mouches au théâtre Sarah-Bernardt. En 1944, Gilles Deleuze publie, par jeu, un pastiche de Jean-Paul Sartre intitulé Description de la femme. Pour une philosophie d'autrui sexuée[4],[note 1]

Le 2 juillet 1944 son frère aîné, Georges, est arrêté pour résistance et meurt pendant son transfert vers le camp de concentration de Buchenwald[5]. Cette mort affecte fortement Gilles et ses parents. Ces derniers vouent, selon Michel Tournier, un véritable culte à l'enfant mort, tandis que Gilles en est réduit à être « le frère du héros », perçu comme médiocre[6].

Après 1945, il intègre l'hypokhâgne puis la khâgne du Lycée Louis-le-Grand. Ses professeurs sont Ferdinand Alquié, Georges Canguilhem, Maurice de Gandillac, Jean Hyppolite. Il va également au Lycée Henri IV suivre les cours de Jean Beaufret, introducteur de Martin Heidegger en France[6]. Malgré ses aptitudes jugées exceptionnelles par ses professeurs, qui lui parlent d'égal à égal, il échoue au concours d'entrée de l'École Normale Supérieure ; mais, au vu de ses excellents résultats, il obtient une bourse d'étude pour préparer l'agrégation, qu'il prépare à la Sorbonne, où Georges Canguilhem et Maurice de Gandillac sont à nouveau ses professeurs, ainsi que Gaston Bachelard et Jean Wahl. À l'Université, il se lie d'une grande amitié avec Claude Lanzmann[7].

Sa première déception vient de Sartre à l'occasion de sa conférence L'existentialisme est un humanisme prononcée le 29 Octobre 1945. Michel Tournier, avec qui Deleuze était allé écouter la conférence, écrit à ce sujet : « Nous étions atterrés. Ainsi notre maître ramassait dans la poubelle où nous l'avions enfouie cette ganache éculée, puant la sueur et la vie intérieure, l'humanisme »[8]. Deleuze participe en 1946 à la revue Espace, sous l'égide d'Alain Clément, qui n'aura qu'un seul numéro et pour laquelle il écrit l'article Du Christ à la bourgeoisie[9].

En 1947, il prépare l'Agrégation aux côtés de François Châtelet. Matière et Mémoire de Henri Bergson est au programme, livre qui marque durablement sa pensée et lui fait considérer Bergson comme un philosophe de tout premier plan, alors que ses amis, de tendance marxisante comme François Châtelet, voient dans Bergson un « spiritualiste poussiéreux »[10]. Il manque plusieurs cours dans l'année à cause de ses problèmes respiratoires, et est très angoissé par les épreuves orales, qui l'avaient fait échouer à l'ENS ; c'est François Châtelet qui le force à aller à ces épreuves ; Gilles Deleuze est reçu second. L'agrégation lui donne une autonomie économique qui lui permet de quitter sa mère, alors que son père vient de mourir[11].

Professeur de philosophie[modifier | modifier le code]

Professeur agrégé en 1948, il passe un an en Allemagne pour étudier à l'Université de Tübingen. À son retour, il s'installe à l'hôtel de la Paix, sur l'île Saint-Louis à Paris, dans une chambre proche de celle de Michel Tournier. La semaine, il enseigne au lycée Louis-Thuillier d'Amiens, et ce jusqu'en 1952[12].

Il enseigne ensuite lycée Pothier d'Orléans et au lycée Louis-le-Grand.

Il obtient un poste d'assistant à la faculté des lettres de l'université de Paris en 1957 et se consacre alors à l'histoire de la philosophie. En 1960, il est nommé attaché de recherche du CNRS, puis en 1964, chargé d'enseignement à la faculté des lettres de l'université de Lyon, où il assure notamment en licence les cours de "Morale et Sociologie" et de "Philosophie Générale". Ses collègues s'appellent entre autres Henri Maldiney, François Dagognet, Geneviève Rodis-Lewis ou Pierre Fedida. C'est cette même année 1964 que naît sa première fille, Émilie. Mai 1968 : déclenché à Paris, le mouvement de Mai provoque une importante réplique à Lyon : les étudiants se mettent en grève, bloquent les épreuves des concours, occupent les locaux jour et nuit. Gilles Deleuze soutient activement le mouvement.

En 1969, l'université de Paris lui décerne le doctorat ès lettres pour sa thèse principale Différence et répétition sous la direction de Maurice de Gandillac, et sa thèse secondaire Spinoza et le problème de l’expression sous la direction de Ferdinand Alquié.

Après Mai 1968[modifier | modifier le code]

La même année sa rencontre avec Félix Guattari[13], aussi décisive que celle de Simondon[14], entame une longue et fructueuse collaboration.

Nommé maître de conférences puis professeur à l'Université Paris-VIII, il y enseigne jusqu'à sa retraite universitaire en 1987. En 1987 il créé avec Guattari la « Revue des schizoanalyses » Chimères[15].

Après 1987[modifier | modifier le code]

Dans Le Pli, Leibnitz et le baroque (1988), Gilles Deleuze reprend sa réflexion sur Leibniz et sa métaphysique à travers la métaphore topologique du pli, au filtre de l'historien et philosophe des sciences Michel Serres : « Nul mieux que Michel Serres n'a dégagé les conséquences mais aussi les présupposés de la nouvelle théorie des coniques... le nouveau modèle optique de la perception et de la géométrie dans la perception qui répudie les notions tactiles, contact et figure au profit d'une "architecture de la vision". »[16]. Deleuze aborde ainsi la question esthétique du baroque, comme style, qu'il soit passé ou contemporain, à travers sa lecture de Leibniz et de Spinoza, l'analyse d'Eugenio d'Ors et développe sa réflexion esthétique avec les œuvres contemporaines de Simon Hantaï, Pierre Boulez ou de Carl André...

Dans Qu'est-ce que la Philosophie ? (1991), Gilles Deleuze tente une explication de la philosophie comme attitude dans la vie au contraire d'une doxa ontologique qui dirait la vérité définitive des choses. La philosophie est questionnement, interrogation ouverte sur le réel et non pas vérité imposée ou transcendante. Les concepts que développe le philosophe sont des outils à la disposition de tous pour tenter de comprendre le monde.

En 1988, il accepte de participer à un long entretien télévisé avec son ancienne élève Claire Parnet à condition que ce film ne soit diffusé qu'après sa mort : c'est L'Abécédaire de Gilles Deleuze, réalisé par Pierre-André Boutang.

Atteint d'une grave maladie respiratoire, Gilles Deleuze se suicide le . « Ce sont [les] organismes qui meurent, pas la vie »[note 2]. Il est enterré à Saint-Léonard-de-Noblat, en Haute-Vienne.

Présentation de l’œuvre[modifier | modifier le code]

Histoire et devenir de la philosophie[modifier | modifier le code]

Ses premières œuvres, écrites sur des philosophes (Hume, Kant, Nietzsche, Bergson, Spinoza) et des écrivains (Proust, Sacher-Masoch), sont rapidement considérées comme des ouvrages de référence. Toutes témoignent d'un effort pour saisir ce qu'il y a d'essentiellement nouveau chez chacun de ces auteurs. En développant ces apports historiques, Deleuze pose aussi les jalons d'un système philosophique axé sur la production du nouveau (ou création), et qui célèbre ainsi la vie. Il tente d'élaborer un « empirisme transcendantal ». Sa thèse, avec d'une part Différence et répétition, qui élabore une conception neuve de la différence (comme première et non pensée sur fond d'identique), et d'autre part Spinoza et le problème de l'expression, qui élabore la conception d'une vie tout entière immanente (où Dieu et l'être ne font qu'un), marque une avancée décisive dans le déploiement de cette philosophie. (À continuer).

Pour Deleuze, « la philosophie est l'art de former, d'inventer, de fabriquer des concepts » (Qu'est-ce que la philosophie ?), chose dont il ne s'est jamais privé.

« Un concept, ce n’est pas du tout quelque chose de donné. Bien plus, un concept ce n’est pas la même chose que la pensée : on peut très bien penser sans concept, et même, tous ceux qui ne font pas de philosophie, je crois qu’ils pensent, qu’ils pensent pleinement, mais qu’ils ne pensent pas par concepts – si vous acceptez l’idée que le concept soit le terme d’une activité ou d’une création originale. Je dirais que le concept, c’est un système de singularités prélevé sur un flux de pensée. Un philosophe, c’est quelqu’un qui fabrique des concepts. Est-ce que c’est intellectuel ? A mon avis, non. »

— Cours Vincennes - LEIBNIZ - 15/04/1980

Il assure que la philosophie ne s'adresse pas qu'aux spécialistes, et l'on peut dire de lui ce qu'il disait de Spinoza : tout le monde est capable de le lire, et d'en tirer de grandes émotions, ou de renouveler complètement sa perception, même s'il en comprend mal les concepts. Inversement, un historien de la philosophie qui n'en comprend que les concepts n'a pas une compréhension suffisante.

« Il faut les deux ailes, comme disait Jaspers, ne serait-ce que pour nous emporter philosophes et non-philosophes vers une limite commune. »

— Pourparlers, p. 225

Dans l'Abécédaire, il raconte que ce qui lui a le plus fait plaisir, dans le courrier qu'il a reçu après la publication du Pli, ce n'étaient pas les lettres d'universitaires, mais celles d'un club d'origamistes et d'un club de surfeurs.

Différence et Répétition[modifier | modifier le code]

Voir article détaillé: Différence et Répétition

Différence et répétition est la thèse principale de Gilles Deleuze, publiée en 1968 au PUF[17].

Centrée sur les concepts de différence et répétition, Deleuze cherche à problématiser les approches de la différence en elle-même, de la répétition en elle-même, explicitées par les notions de : même, copie, double, identité, individuation, un et multiple, différentiel, divers, je et moi, comportement… à travers l’histoire de la philosophie de Aristote, Nietzsche, Heidegger ou Leibniz, dont Deleuze prend pour modèle la métaphysique mais aussi le calcul différentiel. Il prend cependant soin de préciser dans l’avant-propos : “Nous avons parlé de science, d’une manière dont nous sentons bien, malheureusement, qu’elle n’était pas scientifique ”[18] précisant qu’il écrit à la manière d’une science-fiction, et qu’un traité de philosophie est pour une part un roman policier. Texte de philosophie classique, il s’ouvre autant à l’esthétique qu’à la métaphysique, et laisse entrevoir les développements ultérieurs de l'œuvre de Gilles Deleuze sur la schizophrénie, le multiple dans l’un, le rhizome.. Si la différence est une relation empirique entre deux termes non identique entre deux choses, Deleuze introduit la notion de différence entre des termes non identiques et non opposés. La répétition qui se conçoit empiriquement comme auto-similaire dans une chose, peut être aussi la différence en elle-même, la répétition est le rapport de deux différences. La répétition peut être conçue suivant la figure de l’éternel retour avec Nietzsche, la différence avec la métaphysique de Leibnitz, La tache de la philosophie moderne est définie comme renversement de la philosophie de Platon et d’Aristote, du Un[19] où le Je est un autre à travers les concepts de reconnaissance, de recognition, alors l’Idea se fait multiplicité. “Soutirer à la répétition quelque chose de nouveau, lui soutirer la différence tel est le tôle de l’imagination”[20].

Clinique et politique[modifier | modifier le code]

La philosophie de Deleuze est celle d'une immanence absolue. Pas de transcendant, pas de négation, pas de manque, mais un « complot d'affects », une « culture de la joie », une « dénonciation radicale des pouvoirs »[21]. Une philosophie de la vie et de la pure affirmation, de l'immanence, donc, comme sortie des frontières du sujet :

« En chacun de nous, il y a comme une ascèse, une partie dirigée contre nous-mêmes. Nous sommes des déserts, mais peuplés de tribus, de faunes et de flores. (...) Et toutes ces peuplades, toutes ces foules, n'empêchent pas le désert, qui est notre ascèse même, au contraire elles l'habitent, elles passent par lui, sur lui. (...) Le désert, l'expérimentation sur soi-même, est notre seule identité, notre chance unique pour toutes les combinaisons qui nous habitent. »

— Dialogues, p. 18

La philosophie de Deleuze croise ici une première fois les intérêts de Foucault pour la folie. Tous deux pensèrent en effet sérieusement à la folie et à un dialogue possible avec elle. Si Foucault le fait en la prenant comme un objet historique complexe dont il lit la genèse comme l'envers et la condition non nécessaire de notre pensée (« la pensée de la folie n'est pas une expérience de la folie, mais de la pensée : elle ne devient folie que dans l'effondrement »), Deleuze, à son tour, dans son rapprochement avec Félix Guattari, s'intéresse à ce sujet lors de la création de ses propres concepts. Peut-être le « rhizome » est-il l'expression extrême de cela. En fait on peut y penser comme à un rayon X de la pensée du dehors, dans sa logique la plus intime, c'est-à-dire quand elle est le plus tournée vers le dehors. On trouve en elle l'ouverture d'un désert, la mobilité oubliée, la connectivité errante, la prolifération multidirectionnelle, l'absence de centre, de sujet, d'objet – une topologie et une chronologie assez hallucinatoires. En bref, on ne trouve pas la carte d'un autre monde mais plutôt l'autre cartographie possible de tous les mondes – ce qui fait précisément de ce monde un autre, nous délivrant des chaînes de la quotidienneté.

« Faire d'un événement, si petit soit-il, la chose la plus délicate du monde, le contraire de faire un drame, ou de faire une histoire. »

— Dialogues, p. 81

Sur la fin de sa vie, Deleuze esquisse – second croisement – le prolongement d'une idée de Foucault qui envisageait la fin des sociétés disciplinaires. Gilles Deleuze donne dans deux conférences des pistes de réflexion sur le contrôle en affirmant que Foucault en avait explicitement formé le concept. Cette assertion est ensuite démentie par de nombreux auteurs, Foucault n'ayant rien publié sur le sujet. Toutefois ses cours au collège de France des années 1975-1976, 1976-1977 et 1977-1978 publiés en 2002 font état d'une recherche avancée dans cette direction. Les sociétés de contrôle ou de sécurité sont un troisième temps dans l'histoire des disciplines et succèdent aux sociétés disciplinaires. Le processus de mutation est contemporain selon Deleuze, et remonte selon Foucault au XIXe siècle. L'approche historique de Foucault se démarque ici encore de l'approche conceptuelle de Deleuze[22].

« Le contrôle est à court terme et à rotation rapide, mais aussi continu et illimité, tandis que la discipline était de longue durée, infinie et discontinue... L'homme n'est plus l'homme enfermé, mais l'homme endetté. »

— Pourparlers, p. 246

Philosophie esthétique[modifier | modifier le code]

Gilles Deleuze a consacré une grande partie de son œuvre aux relations de la philosophie et de l'Art, qu'il soit littéraire, plastique ou cinématographique par les relations qu'entretiennent le langage aux signes, à travers par exemple: 'Proust et les signes' (1964), Beckett "L'épuisé", (1992), au cinéma (1983) ou à Francis Bacon (1981), ou dans sa thèse "Différence et répétition" (1968) qui examine et outrepasse le concept platonicien d'imitation.

Cinéma : Image-mouvement et Image-temps[modifier | modifier le code]

Voir Article détaillé Cinéma 1 et Cinéma 2

Publié en deux tomes, en 1983 Cinéma 1- Image-Mouvement et en 1985 pour Cinéma 2 - Image -Temps dans la collection "Critique" aux Éditions de Minuit[23], ce traité de philosophie esthétique n'est pas une histoire du cinéma mais une tentative de classification des images et des signes tels qu'ils apparaissent ou font sens au cinéma et plus généralement dans l'audiovisuel. L'analyse de Gilles Deleuze s'appuie autant sur la distinction entre mouvement cinématographique et mouvement continu que propose Henri Bergson dans Matière et mémoire, que parmi les classifications des signes venant de Peirce pour démonter comment la pensée se fait jour dans le montage entre instant, durée image et son, exemplifié parmi les œuvres cinématographiques de Bergman, Bresson, Cecil B. DeMille, Dreyer, Ford, Griffith, Kazan, Minelli, Sternberg, King Vidor, etc. Ces deux livres s'appuient sur les cours donnés à l'université Paris VIII et qui sont en ligne[24].

Logique de la Sensation[modifier | modifier le code]

En 1981, Gilles Deleuze publie son livre Logique de la Sensation[25], consacré au peintre anglais Francis Bacon après une année de cours[26] à analyser l'œuvre du peintre et la démarche des peintres modernes et contemporains. Deleuze se trouve à la croisée des chemins "où on peut penser la peinture, on peut aussi peindre la pensée, y compris cette forme exaltante, violente de la pensée qu'est la peinture."[27]."Deleuze par une succession de "cercles"[28] trouve les outils conceptuels aptes à les comprendre : chaos, diagramme (inspiré de l'informatique), cliché, lignes gothiques (avec Wilhelm Worringer), le dualisme de l'espace haptique de la main et de l'espace du pur visuel de l'œil. Il interroge ainsi autant les écrits et les interviews du peintre que ses œuvres ou celles de ses contemporains Klee, Pollock ou Herbin pour comprendre comment fonctionne la peinture comme langage et expression entre code et signe. Deleuze cherche par son analyse à trouver ce que la peinture peut apporter à la philosophie, mais chemin faisant Deleuze éclaircit le rôle du philosophe comme créateur des concepts, et présente le rôle de l'artiste comme celui de créateur de percepts, c'est-à-dire de pensées qui assemblent en bloc sensation, perception et signe[29].

Proust et les signes[modifier | modifier le code]

Ce texte a été publié, pour sa première partie en 1964, par Gilles Deleuze puis remanié pour la seconde édition avec l'adjonction d'une seconde partie, intitulée " La machine littéraire" enfin d'une postface de 1973 compléte la troisième édition définitive[30]. Il concerne dans la première partie l'interprétation des signes dans "A la recherche du temps perdu" de Marcel Proust, autour de quatre catégories de signes que reconnaît Gilles Deleuze : ceux du Vide (les mondains), les Amoureux (vérité, mensonge, jalousie), les Impressions (signes sensibles matériels) , enfin les signes de l'art "qui transforment tous les autres". La seconde partie du texte est une analyse de la production et de la multiplication des signes dans la Recherche et l'attitude et de la place du narrateur. Le livre se conclut par un troisième texte intitulé l'Araignée qui entend interroger la place de la folie dans l'œuvre proustienne. Laissant de côté la notion de mémoire, comme moyen à l'œuvre dans "A la recherche", Deleuze cherche la structure sémiologique d'un récit d'apprentissage sans aucune paraphrase de "A la recherche...." ouvrant sa réflexion tant à la critique littéraire et artistique qu'à celle philosophique[31]. Le texte se termine par cette phrase : "Etrange plasticité du narrateur. C'est ce corps-araignéedu narrateur, l'espion, le policier, le jaloux, l'interprète et le revendicateur - le fou- l'universel schizophrène qui va tendre un fil vers Charlus le paranoïaque, un autre vers Albertine l'érotomane, pour en faire autant de marionnettes de son propre délire, autant de puissances intensives de son corps sans organes, autant de profils de sa folie."[32]

Postérité et influence[modifier | modifier le code]

Les nombreuses réactions de philosophes après la mort de Gilles Deleuze montrent à quel point il a été admiré : les philosophes Giorgio Agamben, Alain Badiou, Jacques Derrida, Jean-François Lyotard, Jean-Luc Nancy et Jean-Pierre Faye lui rendent hommage dans Libération[33].

Quelques mois plus tard, le philosophe Michel Serres commente ainsi la philosophie et la mort du philosophe :

« "Deleuze était - J’ai perdu mon meilleur ami le mois dernier, parce que Deleuze est mon meilleur ami. Je l’admire. Je l’aime. Quand nous étions jeunes nous étions très séparés. Alors nous avons inventé ensemble le terme “amis de vieillesse”... Parce que nous étions un petit peu frères. Je pense que Deleuze est un "géographe", et je suis aussi un géographe. Nous ne sommes pas des historiens … La philosophie de Deleuze est pleine de flux. Et qu’est ce que c’est un flux ? Des prépositions ! Les prépositions sont l’algèbre des flux. Il ne s’est pas suicidé. Il ne pouvait respirer… il a ouvert la fenêtre et… Ce n’est pas son caractère de se suicider... Pas sa philosophie... C’est impossible !" [34] »

L'Abécédaire de Gilles Deleuze est diffusé en 1996 sur Arte, et provoque un certain retentissement.

Gilles Deleuze est, de l'avis de beaucoup, un professeur extraordinaire. Dans ses ouvrages d'histoire de la philosophie notamment, l'emploi de mots simples au service d'une pensée rigoureuse et d'une grande imagination conceptuelle permet à son œuvre d'être comprise par le large public que ses cours, en accès libre, attirent. Sa femme, Fanny Deleuze, a transcrit une partie importante de cet enseignement disponible sur le site créé par Richard Pinhas[35].

Michel Foucault estimait qu'« un jour, peut-être, le siècle sera deleuzien »[36]. Deleuze, interrogé sur cette citation, répondit que Foucault pensait sans doute qu'il représentait l'expression la plus pure de la pensée de la différence, car il en était l'expression purement conceptuelle, c'est-à-dire ni historique (comme Michel Foucault), ni critique (comme Roland Barthes, par exemple), etc. : « il voulait sans doute dire que j'étais le plus innocent, le plus philosophe »[37].

Critique de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Querelle avec les logiciens[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Gilles Deleuze est sévèrement critiqué pour son « anarchisme », d'un côté, par les tenants d'une certaine philosophie traditionnaliste qui tend à établir des concepts transcendantaux et, de l'autre, par les tenants de la philosophie anglo-saxonne de la logique analytique qui contestent aux philosophes le droit à la métaphore scientifique, ou du moins leur reprochent d'en abuser de façon spécieuse[38]. Il est notable que ce débat opposait déjà Bertrand Russell à Henri Bergson [note 3].

Pour Deleuze, avec Guattari : « La science n'a pas pour objet des concepts, mais des fonctions. […] Une notion scientifique est déterminée non par des concepts, mais par des fonctions ou propositions. La science n'a nul besoin de la philosophie pour ses tâches. En revanche quand un objet est scientifiquement construit par fonctions, par exemple un espace géométrique, il reste à en chercher le concept qui n'est nullement dans la fonction »[39]. De plus, Deleuze refuse à la logique de Frege et Russell, le statut de philosophie : « La logique est réductionniste, non par accident, par essence et nécessairement elle veut faire du concept une fonction »[39] affirme-t-il.

Aussi pour le philosophe logicien Jacques Bouveresse, la philosophie de Deleuze est esthétique et de nature cosmétique. Dans Rationalité et Cynisme publié en 1984, il écrit « La philosophie, dirait Deleuze, doit être considérée comme "un discours créateur, ni plus ni moins que les autres disciplines" […]. Concrètement, cela signifie que le modèle proposé à la philosophie, et, finalement, à la science elle-même, est celui des avant-gardes littéraires et artistiques où la légitimité consiste souvent, pour l'essentiel, avec le désaccord avec ce qui précède, le simple fait de proposer « autre chose » qui diffère aussi radicalement que possible de ce que l'on faisait avant. »[40] Bouveresse regrette de ne pas avoir pu dialoguer[41] avec lui. [note 4]

Pour le linguiste Noam Chomsky, il ne s'agit que d'un bavardage sans intérêt, c'est du moins ce qu'en dit le journaliste Jean Birnbaum[42].

En 2014, pour le philosophe David Lapoujade, l'œuvre de Gilles Deleuze se présente comme la philosophie des "mouvements aberrants" répondant ainsi à la critique des logiciens. [note 5]

Critiques politiques d'un "dandysme" de Deleuze[modifier | modifier le code]

D'autres critiques se sont élevés : par exemple, le maoiste Alain Badiou, sur le fait que l'œuvre de Deleuze ne serait qu'une forme esthétique de dandysme bourgeois[43], lequel reverra son jugement dans le livre qu'il consacrera à Deleuze, ou bien encore Jean-Luc Godard,[note 6] ; on trouve Deleuze considéré comme inutile par Michel Onfray, puisque les concepts que trouve le philosophe sont par nature ontologique, abstraits et esthétiques,[note 7] et n'auraient aucun effet sur le réel, se contentant d'accompagner le mouvement social : « Voilà pour quelles raisons, le temps passant, Deleuze rejoint la cohorte des classiques de la philosophie : son "Cso" (Corps sans organe), peut bien trôner dans le musée des horreurs philosophiques, aux côtés de "l'idée" de Platon, de la substance pensante de Descartes, du "Noumène" de Kant, du Concept de Hegel, ou de "l'entre-soi" de Sartre, autant de grosses machines à mettre le réel à distance pour lui préférer l'idée qu'on s'en fait, autrement dit, l'étoffe des songes. (...) Mais le scolastique brillant, génial jongleur, qui triture de jolis objets creux comme le "Cso"me fait aujourd'hui sourire (...) Le roi est nu. »[44].

Critique féministe[modifier | modifier le code]

Certains membres liés aux mouvements féministes américains se sont élevés contre ses concepts de corps-machines, de machines-désirantes[45].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Écrits[modifier | modifier le code]

  • Empirisme et subjectivité. Essai sur la nature humaine selon Hume, Presses Universitaires de France, Paris, 1953, 152 p.
  • Nietzsche et la Philosophie, Presses Universitaires de France, Paris, 1962.
  • La Philosophie critique de Kant, Presses Universitaires de France, Paris, 1963.
  • Proust et les signes, Presses Universitaires de France, Paris, 1964. - rééd. 2010
  • Nietzsche, Presses Universitaires de France, Paris, 1965.
  • Le Bergsonisme, Presses Universitaires de France, Paris, 1966, 119 p.
  • Présentation de Sacher-Masoch. Le froid et le cruel, avec le texte intégral de La Vénus à la fourrure, Les Éditions de Minuit (coll. « Arguments »), Paris, 1967, 276 p.
  • Spinoza et le problème de l'expression, Les Éditions de Minuit (coll. « Arguments »), Paris, 1968, 332 p.
  • Différence et répétition, Presses Universitaires de France, Paris, 1968, 409 p.
  • Logique du sens, Les Éditions de Minuit (coll. « Critique »), Paris, 1969, 392 p.
  • L'Anti-Œdipe – Capitalisme et schizophrénie, en collaboration avec Félix Guattari, Les Éditions de Minuit (coll. « Critique »), Paris, 1972, 494 p.
  • Kafka. Pour une littérature mineure, en collaboration avec Félix Guattari, Les Éditions de Minuit (coll. « Critique »), Paris, 1975, 159 p.
  • Rhizome, en collaboration avec Félix Guattari, Paris, Les Éditions de Minuit, 1976. (Repris dans Mille-Plateaux.)
  • Dialogues avec Claire Parnet, Flammarion, Paris, 1977, 184 p. ; 2e éd. 1996, coll. « Champs », 187 p. (contient une annexe sur L'actuel et le virtuel)
  • Superpositions, en collaboration avec Carmelo Bene, Les Éditions de Minuit, Paris, 1979, 131 p.
  • Mille Plateaux – Capitalisme et schizophrénie 2, en collaboration avec Félix Guattari, Les Éditions de Minuit (coll. « Critique »), Paris, 1980, 645 p.
  • Spinoza - Philosophie pratique, Les Éditions de Minuit, Paris, 1981, 177 p.
  • Logique de la sensation, 2 tomes, Éditions de la Différence, Paris, 1981 ; réédité sous le titre Francis Bacon : logique de la sensation, Éditions du Seuil (coll. « L'ordre philosophique»), Paris, 2002, 158 p.
  • L'image-mouvement. Cinéma 1, Les Éditions de Minuit (coll. « Critique »), Paris, 1983, 298 p.
  • L'image-temps. Cinéma 2, Les Éditions de Minuit (coll. « Critique »), Paris, 1985, 378 p.
  • Foucault, Les Éditions de Minuit (coll. « Critique »), Paris, 1986.
  • Le Pli - Leibniz et le baroque, Les Éditions de Minuit (coll. « Critique »), Paris, 1988, 191 p.
  • Périclès et Verdi. La philosophie de François Châtelet, Les Éditions de Minuit, Paris, 1988, 27 p.
  • Pourparlers 1972 - 1990, Les Éditions de Minuit, Paris, 1990 (extrait : « Les intercesseurs »).
  • Qu'est-ce que la philosophie ?, en collaboration avec Félix Guattari, Les Éditions de Minuit (coll. « Critique »), Paris, 1991, 206 p.
  • « L’Épuisé », postface à Quad, de Samuel Beckett, Les Éditions de Minuit, Paris, 1992.
  • Critique et clinique, Les Éditions de Minuit (coll. « Paradoxe »), Paris, 1993.
  • L'Île déserte et autres textes. Textes et entretiens 1953-1974, édité par David Lapoujade, Les Éditions de Minuit (coll. « Paradoxe »), Paris, 2002.
  • Deux régimes de fous. Textes et entretiens 1975-1995, édité par David Lapoujade, Les Éditions de Minuit (coll. « Paradoxe »), Paris, 2003.
  • Lettres et autres textes, édité par David Lapoujade, Les Éditions de Minuit, Paris, 2015.

Film[modifier | modifier le code]

Vidéo[modifier | modifier le code]

Audio[modifier | modifier le code]

  • Artifice et société dans l'œuvre de Hume (15 min. 1956), Le Dieu de Spinoza (min. 1960), Le Travail de l'affect dans l'éthique de Spinoza (min. 1978), 3 interventions réunies dans Anthologie sonore de la pensée française par les philosophes du XXe siècle Éditions INA / Frémeaux & Associés, 2003.
  • Spinoza, immortalité et éternité, 2 CD, Gallimard, « A voix haute », 2005.
  • Leibniz, âme et damnation, 2 CD, Gallimard, « A voix haute », 2005.
  • Gilles Deleuze, cinéma, 6 CD, Gallimard, « A voix haute », 2006.
  • La voix de Gilles Deleuze en ligne, enregistrements des cours donnés à l'université Paris VIII Saint-Denis et leurs transcriptions.
  • Ouais Marchais, mieux qu'en 68 Heldon - Electronique Guerilla, Disjoncta, 1974, Deleuze à la voix sur un texte de Nietzsche

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir l'entretien entre David Lapoujade et la journaliste Juliette Cerf, publié dans Télérama le 10/11/2015 à l'occasion de la publication des textes de jeunesse : "Comment recevoir aujourd'hui ses textes de jeunesse, dont ce très bizarre « Description de la femme. Pour une philosophie d'autrui sexuée » ? Ces quelques textes écrits entre l'âge de vingt et vingt-deux ans, Deleuze les a reniés. La famille Deleuze et les éditions de Minuit se sont décidées à les publier, à cause des parutions pirates à l’étranger, souvent fautives. Des exégètes soucieux, ou fétichistes, pourront peut-être repérer quelques germes, de maigres indices du futur Deleuze… Combien plus importante est la rupture à mes yeux ! Entre ces textes écrits à la Libération, entre 1945 et 1947, et les textes des années 1950, le changement est total, dans le style, le contenu, le mode de pensée." in http://www.telerama.fr/idees/gilles-deleuze-est-mort-il-y-a-20-ans-il-n-est-toujours-pas-post-il-est-neo,133915.php et Gilles Deleuze, Lettres et autres textes, édition préparée par David Lapoujade, éd. de Minuit, 320 p., Paris 2015.
  2. "C’est la puissance d’une vie non organique, celle qu’il peut y avoir dans une ligne de dessin, d’écriture ou de musique. Ce sont ces organismes qui meurent, pas la vie. Il n’y a pas d’œuvre qui n’indique une issue à la vie, qui ne trace un chemin entre les pavés".
    Entretien de Gilles Deleuze avec Raymond Bellour et François Ewald : « Signes et événement », dans le Magazine littéraire, 1988, p. 20
  3. Dans History of Western Philosophy, au chapitre « Western Philosophical thought, Bergson », Bertrand Russell considére que l'œuvre de Bergson n'est qu'une forme de poésie qui ne peut être vérifié, n'étant ni vraie, ni fausse. Il écrit : « Les mathématiques conçoivent le mouvement, même le mouvement continu, comme constitué d'une suite d'états, Bergson au contraire affirme qu'aucune série ne peut représenter ce qui est continu, et qu'une chose en mouvement n'est en aucun état. Cette idée que le changement est obtenu par une série de changements est appelée cinématographique, cette vision est dit-il "naturel a l'intellect", mais elle est radicalement vicieuse. » (Routledge, 2006, p. 764-765) .
  4. « Deleuze évidemment, alors-là c’est un de mes regrets. Je n’ai pas réussi à communiquer, ni avec Deleuze, ni avec Foucault (...) Là-dessus, par exemple, Deleuze a dit ‘la discussion n’a pas sa place dans la philosophie.   Ça je n’ai pas supporté (...) C’était presque un axiome. On ne discute pas. Ce que je dis est à prendre ou à laisser, etc. (...) Ça c’est une chose que j’avais énormément de mal à supporter de la part de quelqu’un d’aussi intelligent que Deleuze, cette espèce de mépris qui réapparaît d’ailleurs aussi dans le livre qu’il a écrit avec Guattari, Qu’est-ce que la philosophie ?, qui est un livre très étrange. Deleuze explique, ‘la logique tue deux fois la philosophie’. Manifestement l’idée qu’il y a eu des logiciens comme Frege et d’autres qui ont pu apporter une contribution du tout premier ordre à la philosophie elle-même, c’est une chose que Deleuze n’a jamais voulu admettre. Il n’a jamais voulu admettre qu’on puisse construire une grande philosophie à partir de la logique. Pour lui c’était impensable. Et puis tout ça n’était pas une chose qu’on aurait pu discuter avec lui, c’était une chose qu’il fallait admettre au départ. in  Se débarrasser du signifié : un entretien avec Jacques Bouveresse », propos réunis par Knox Peden, à Paris, le 15 janvier 2009 dans Concept and Form, The Cahiers pour l’Analyse and Contemporary French Though [thttp://cahiers.kingston.ac.uk/interviews/bouveresse.html en ligne].
  5. "Quel est le problème le plus général de la philosophie de Deleuze ? La pensée de Deleuze n’est pas une philosophie de l’événement, ni une philosophie de l’immanence, pas davantage une ontologie des flux ou du virtuel. Trop savantes, la plupart de ces définitions supposent ou préjugent ce qui est en question. Il faudrait plutôt partir d’une impression d’ensemble, quitte à la corriger plus tard. Quel est le trait distinctif de sa philosophie ? Ce qui intéresse avant tout Deleuze, ce sont les mouvements aberrants. La philosophie de Deleuze se présente comme une philosophie des mouvements aberrants ou des mouvements « forcés in David Lapoujade, Introduction de Deleuze, les mouvements aberrants, éd. de Minuit, 304 p. 2015, voir http://www.leseditionsdeminuit.fr/images/3/extrait_3050.pdf
  6. ce que rapporte Anne Wiazemsky qui écrit : « JLG justifiant sa réserve à l'égard de Gilles Deleuze en lui reprochant son côté ouvertement dandy. Ce dernier avait la singularité d'entretenir des ongles très longs et ne manquait jamais de rappeler à qui s'en étonnait qu'il agissait en cela comme Pouchkine qu'on pouvait y voir une sorte d'hommage » in Anne Wiazemsky, Un an après, Gallimard, Paris, 2015, page 63.
  7. "Toute la philosophie antique est existentielle et, par extension conceptuelle, existentialiste. Il me semble que la philosophie théorétique a eu de belles heures, y compris récemment chez des philosophes comme Deleuze et Derrida, et que la philosophie existentialiste pourrait bien supplanter cette façon de faire universitaire, fermée, élitaire, sinon sectaire " in Michel Onfray, La philosophie par Michel Onfray, L'Express 2007, http://www.lexpress.fr/culture/livre/la-philosophie-par-michel-onfray_813084.html.

Références[modifier | modifier le code]

  1. François Dosse, Gilles Deleuze, Felix Guattari, biographie croisée, Paris, La Découverte, 2007, p. 113
  2. François Dosse, Gilles Deleuze, Felix Guattari, biographie croisée, Paris, La Découverte, 2007, p. 114
  3. François Dosse, Gilles Deleuze, Felix Guattari, biographie croisée, Paris, La Découverte, 2007, p. 114-117
  4. François Dosse, Gilles Deleuze, Felix Guattari, biographie croisée, Paris, La Découverte, 2007, p. 119
  5. Notice d'autorité sur legifrance.gouv.fr.
  6. a et b François Dosse, Gilles Deleuze, Félix Guattari, biographie croisée, Paris, La Découverte, 2007, p. 112
  7. François Dosse, Gilles Deleuze, Félix Guattari, biographie croisée, Paris, La Découverte, 2007, p. 121-122
  8. Michel Tournier, Le Vent Paraclet, Gallimard, coll. "Folio", Paris, 1977, p. 160
  9. François Dosse, Gilles Deleuze, Félix Guattari, biographie croisée, Paris, La Découverte, 2007, p. 117
  10. François Dosse, Gilles Deleuze, Félix Guattari, biographie croisée, Paris, La Découverte, 2007, p. 123
  11. François Dosse, Gilles Deleuze, Félix Guattari, biographie croisée, Paris, La Découverte, 2007, p. 124
  12. Estelle Thiébault, « Les souvenirs du lycée Thuillier envahissent la cour de récréation », Le Courrier picard,‎ (consulté le 12 septembre 2013)
  13. Anne Querrien, « Deleuze/Guattari : histoire d'une rencontre », Le Magazine littéraire, no 406,‎ .
  14. Spinoza, Nietzsche, Bergson, Leibniz et A. N. Whitehead Voir Jean-Claude Dumoncel et Michel Weber, Whitehead ou Le Cosmos torrentiel. Introductions à Procès et réalité, Louvain-la-Neuve, Éditions Chromatika, 2010 (ISBN 978-2-930517-05-6).
  15. [1]
  16. Gilles Deleuze, Le Pli, Leibnitz et le baroque, Paris, Éditions de Minuit, 1988, p. 29-30.
  17. Gilles Deleuze, Différence et répétition, PUF, 1968, 409p
  18. idem note précédente p. 4
  19. idem note précédente p. 82
  20. idem note précédente p. 193
  21. C'est dans ces termes que Deleuze, dans une conversation de juin 1991 avec Dominique Lacout, évoque son amour de Léo Ferré : « Se demander si "on aime" Untel ou Untel revient à s'interroger sur le plaisir qu'il nous procure. Avec Léo Ferré, il n'y a aucun doute possible : le plaisir est immense. D'abord un plaisir abstrait, cérébral. On est happé par le sens des mots. Puis une sensation plus physique qui est un effet du plaisir cérébral et qui parle au corps lui-même. Typiquement on appelle cela la jouissance. Et puis cet homme superbe à qui l'âge ne donne pas, comme on dit bêtement, une "éternelle jeunesse", mais une tonalité de liberté absolue, une grâce incomparable qui va bien au-delà de la vie et de la mort elles-mêmes. Léo Ferré a ce don extrême de dire des choses simples en révélant ses affects et ses expériences dont nous nous sentons les complices. C'est ce qu'[on] devrait montrer : ce complot d'affects, […] cette culture de la joie, cette dénonciation radicale des pouvoirs, ce glissement progressif vers un plaisir qui est le contraire de la mort. Ce que je peux exprimer bêtement par : j'aime Léo Ferré. Non parce qu'il est bête d'aimer Léo Ferré, mais parce que c'est dire bêtement une complicité qui peut mettre l'ordre en péril. Ferré est dangereux parce qu'il y a chez lui une violence (maîtrisée) qui s'appelle le courage de dire. Il perçoit partout, dans le monde, dans la vie individuelle, l'intolérable. C'est un homme de passion habité par la sérénité. C'est un plongeur de l'émotion qui utilise les mots comme des grains de sable dansant dans la poussière du visible. » (Dominique Lacout, Léo Ferré, Éditions Sévigny, 1991, p. 321-322)
  22. Voir son Post-scriptum sur les sociétés de contrôle. Cependant, « si, en fait, il existe une analogie aux démarches schizoanalytique de Deleuze-Guattari et généalogique de Foucault, elle serait à chercher du côté d'une même machinerie travaillant sur des agencements d’objets partielsdésir, pouvoir, corps –, que ceux-ci s'effectuent à des niveaux locaux ou régionaux. »(Stéphane Nadaud, « Généalogie et schizoanalyse », Chimères, no 54/55, 2004)
  23. http://www.leseditionsdeminuit.fr/f/index.php?sp=liv&livre_id=2017
  24. les cours datent de 1982 à 1984 à écouter sur a voix de Deleuzehttp://www2.univ-paris8.fr/deleuze/
  25. Logique de la sensation, 2 tomes, éd. de la Différence, 1981 ; réédité sous le titre Francis Bacon : logique de la sensation. Paris, Éditions du Seuil (coll « L'ordre philosophique»), 2002, 158 p.
  26. Les cours de Gilles Deleuze "La peinture et la question des concepts" sont en ligne sur le site la voix de Deleuze http://www2.univ-paris8.fr/deleuze/
  27. Préface de Alain Badiou et Barbara Cassin, in Gilles Deleuze, Francis Bacon, Logique de la sensation, Seuil, 1981 réédition 2002 ISBN 2-02-050014-0
  28. voir son cours en ligne précédemment cité
  29. voir Percept, affect et concept, chap 7 in Gilles Deleuze et Felix Guattari, Qu'est-ce que la philosophie, les éditions de Minuit, Paris, 1991 p. 154 à 1988 (ISBN 2-707-31386-6)
  30. voir avant propos de la troisième édition de l'éditeur in Proust et les signes
  31. On se reportera également à la critique de Philippe Sollers paru en 1964 dans Telquel et reprise ici http://www.pileface.com/sollers/spip.php?article599 par Philippe Soles sur son blog
  32. in Gilles Deleuze, Proust et les signes p. 219
  33. "A Gilles Deleuze, l'inventeur, l'innocent, le rieur, le fugueur: l'adieu des philosophes" dans Libération du 7 novembre 1995
  34. Le 19 janvier 1995, Michel Serres répondait à un interview de Hari Kunzru pour la revue Wired à l’occasion de la sortie de son livre La Légende des anges. Cette interview a été publié sur le blog de Jari Kunzru.
  35. « Webdeleuze : cours de Deleuze, en français, anglais, espagnol, etc. »
  36. Michel Foucault, In: « Theatrum philosophicum », Critique numéro 282, novembre 1970, page 885
  37. Magazine littéraire, no 406, février 2002, pages 26-28
  38. Cf. l'ouvrage polémique de Sokal & J. Bricmont, Impostures intellectuelles, Paris, Odile Jacob, 1997.
  39. a et b Gilles Deleuze, Felix Guattari, Qu'est ce que la philosophie ?, Ed de Minuit, 1989, page 111.
  40. Jacques Bouveresse, Rationalité et Cynisme, III, 2, Paris, 1984.
  41. "Nous sommes à l'âge de la communication, mais toute âme bien née fuit au loin chaque fois qu'on lui propose une petite discussion, un colloque, une simple conversation" Deleuze in Qu'est-ce que la philosophie ?, op. cit., page 139.
  42. Jean Bimbaum, « Chomsky à Paris, chronique d'un malentendu », In: Le Monde, du 6 juin 2010.
  43. Libération, du 30 janvier 1997.
  44. Michel Onfray, Le Magnétisme des solstices, Journal hédoniste V, Paris, Flammarion, 2013[Où ?]https://books.google.fr/books?id=rZHFAQAAQBAJ&pg=PT206&dq=CSo+michel+onfray&hl=fr&sa=X&ved=0CCMQ6AEwAWoVChMIqoDK9uP2yAIVxtUUCh1NLw8p#v=onepage&q=CSo%20michel%20onfray&f=false
  45. Article Deleuze In: Stanford Encyclopedia, op. cit.
  46. « George qui ? »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie critique[modifier | modifier le code]

Les ouvrages traitant de Deleuze sont nombreux, en France comme dans le monde anglo-saxon. Parmi eux :

  • Pierre Boutang, Apocalypse du désir, II, 3, Grasset, 1979.
  • Éric Alliez, La Signature du monde, ou Qu'est-ce que la philosophie de Deleuze et Guattari, Éditions du Cerf, 1993.
  • François Zourabichvili, Deleuze. Une philosophie de l'événement, PUF, 1994.
  • Alan Sokal et Jean Bricmont, Impostures intellectuelles, Odile Jacob, 1997.
  • Alain Badiou, Deleuze. La clameur de l'être, Hachette, 1997.
  • Alberto Gualandi, Deleuze, Les Belles Lettres, coll. Figures du Savoir, 1998.
  • Tiziana Villani, Gilles Deleuze. Un filosofo dalla parte del fuoco, Costa & Nolan, 1998.
  • Arnaud Villani, La guêpe et l'orchidée : essai sur Gilles Deleuze, Belin, Paris, 1999, 137 p.
  • François Zourabichvili, Le vocabulaire de Deleuze, Ellipses, Paris, 2003, 95 p.
  • Jacques Derrida, « Il me faudra errer tout seul », in Chaque fois unique, la fin du monde, Galilée, 2003. Disponible ici
  • François Zourabichvili, Anne Sauvagnargues, Paola Marrati, La philosophie de Deleuze, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 2004.
  • Anne Sauvagnargues, Deleuze et l'art, PUF, coll. « Lignes d'art », 2005.
  • Anne Sauvagnargues, Deleuze. L'empirisme transcendantal, Paris, P.U.F., 2009.
  • Claude Jaeglé, Portrait oratoire de Gilles Deleuze aux yeux jaunes, Paris, PUF, 2005.
  • Jean-Philippe Cazier, « Littérature : la pensée et le dehors » (Deleuze-Foucault), Inculte, no 9, 2006.
  • Arnaud Bouaniche, Gilles Deleuze, une introduction, Pocket/La Découverte, coll. « Agora », 2007.
  • François Dosse, Gilles Deleuze Félix Guattari, Biographie croisée, La Découverte, 2007.
  • Jean-Christophe Goddard, Violence et subjectivité - Derrida, Deleuze, Maldiney, Vrin, « Moments philosophiques », 2008.
  • Jean-Clet Martin, La philosophie de Gilles Deleuze, Préface Gilles Deleuze, Paris, Payot, réed. 2005
  • Jean-Clet Martin, Deleuze, Éditions de L'éclat, Paris, 2012
  • Richard Pinhas, Les larmes de Nietzsche. Deleuze et la musique, Flammarion
  • Éric Marty, Pourquoi le XXe siècle a-t-il pris Sade au sérieux ?, Seuil, 2011 (chapitre "Sacher-Masoch, la ruse deleuzienne")
  • David Lapoujade, Deleuze, les mouvements aberrants, éd. de Minuit, Paris 2015
Ouvrages collectifs
  • Rue Descartes : Gilles Deleuze. Immanence et vie, PUF, 1998 [réédité en 2006], 158 p.
    Publication d'un colloque organisé au Collège international de philosophie.
  • Yannick Beaubatie (dir.), Tombeau de Gilles Deleuze , Tulle, Mille Sources, 2000.
  • Revue Concepts, hors série, Gilles Deleuze 1, Éditions Sils Maria, 2002.
  • Revue Concepts, hors série, Gilles Deleuze 2, Éditions Sils Maria, 2003.
  • Les Cahiers de Noesis, no 3 : Le vocabulaire de Gilles Deleuze, 2003.
  • Revue Concepts no 8, Gilles Deleuze, Michel Foucault - Continuité et disparité, Éditions Sils Maria, Mars 2004, 119 p.
  • Alain Beaulieu (dir.), Gilles Deleuze. Héritage philosophique, PUF, 2005.
  • Stéfan Leclercq (dir.), Aux sources de la pensée de Gilles Deleuze, Éditions Sils Maria, 2006, 250 p.
  • Benoît Timmermans (dir.), Perspective. Leibniz, Whitehead, Deleuze, Vrin, 2006.

Liens externes[modifier | modifier le code]