Civilisation des loisirs

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Dans une civilisation des loisirs le terme même « loisir » (temps libre, le temps de la recréation) subit d’un glissement sémantique vers celui de « loisirs » (divertissements et sports).

Le Loisir : un concept en émergence lente[modifier | modifier le code]

Situation initiale : un équilibre relatif entre Loisirs et travail[modifier | modifier le code]

  • Le mythe de l'age d'or laisse à penser qu'au Paradis, Loisir et Travail sont réputés se confondre...
  • Mais un autre mythe fondateur («L'homme chassé du Paradis Terrestre») nous est rapporté par la Bible au chapitre de la Genèse :
    • L'Homme ayant mangé de l'«arbre de la connaissance» a en réalité découvert sa propre finitude au sein d'un univers limité .
    • Cette amère mais objective constatation lui fait découvrir le principe de réalité et, pour le coup, quitter l'Éden mythique.
    • L'espace, le temps et les biens sont devenus rares ...
    • Conséquence inévitable de la lutte contre la rareté : «Désormais tu travailleras à la sueur de ton front... »
  • L'épisode biblique du meurtre d'Abel par Caïn pourrait pointer le changement intervenu lors de la révolution néolithique

La période marque en effet un tournant important qui se produit dans les pays du Croissant fertile : Sous la pression démographique, les régimes de travail peu intensifs (chasseurs-cueilleurs dont l'archétype est le personnage d'Abel) sont remplacés - et l'on peut penser que ce changement s'est fait dans la douleur, d'où la narration par la Bible d'un «meurtre symbolique» - par d'autres plus productifs (agriculteurs-éleveurs-forgerons dont l'archétype est Caïn).

  • Georges Dumézil, avec sa société tri-fonctionnelle dans les sociétés Indo-Européennes [1] montre que l'activité se décompose en trois domaines : celui des activités de l'Esprit, celui des activités de la force, celui des activités logistiques et domestiques . ceci conduisant les individus à se spécialiser et à former des classes pour assurer les activités en question.
  • Sous l'Antiquité, si le nombre des travailleurs effectuant un travail prescrit excède largement celui de ceux qui disposent librement de leur temps, l'idée dominante que le Travail - activité bien sûr nécessaire - est dévolue aux "inférieurs" : l'homme "libre" ne peut être un "travailleur".
  • Quelques siècles plus tard, il reste acquis que l'Aristocratie vise des réalisations d'excellence et ne doit donc pas - sous peine de déchoir- se disperser dans des activités présentées comme "subalternes"

Renforcement de la primauté du travail sur un loisir considéré comme résidu[modifier | modifier le code]

La réflexion sur cette question dans l'histoire des Hommes (voir Georges LEFRANC [2]) , montre que s'est constituée de manière progressive une forte dépendance - sinon une quasi-subordination - de la sphère des Loisirs à la sphère du travail : Le domaine des Loisirs faisant souvent figure de résidu ou de sous-produit, face à celui du Travail .

  • Le Travail est présenté comme nécessité morale dans les sociétés judéo-chrétiennes
La genèse narre la fin du mythe de l'âge d'or et l'homme chassé du Paradis : « désormais, tu travailleras à la sueur de ton front »
Saint Paul : « Qui ne travaille pas ne mange pas » ( )
Jean de La Fontaine et ses nombreuses fables dont notamment :
La Cigale et la Fourmi : « Vous chantiez ... et bien dansez maintenant ! »
Le Laboureur et ses enfants : « D'argent, point de caché, mais le père fut sage, avant sa mort, de leur montrer que le travail est un trésor »
Marcel Pagnol dans Topaze fait répondre le bon élève de l'École primaire républicaine : « Le travail ne fatigue personne, ce qui fatigue, c'est l'oisiveté, la mère de tous les vices... »
  • Le Travail est présenté et valorisé comme la fonction sociale utile par excellence :
Le terme Négoce (Nec-otium), se définit en opposition à l'oisiveté (Otium), dont on sous-entend qu'il s'agit d'un état peu recommandable.
Les corporations valorisent, organisent et protègent le travail ( du moins avant leur abrogation par la Loi le Chapelier )
La bourgeoisie « laborieuse et conquérante » supplante l'aristocratie (Voir E.Beau de Loménie [3])

La Civilisation des Loisirs : vers un Primauté du Loisir sur un travail-résidu ?[modifier | modifier le code]

Les Visions des précurseurs[modifier | modifier le code]

Rabelais (Abbaye de Thélème)
Thomas More (Utopia)
Tommaso Campanella (La cité du soleil)

Le questionnement de Joffre Dumazedier[modifier | modifier le code]

Publie en 1962 un ouvrage " Vers une civilisation du loisir ? " (Ed du seuil Paris 1962)

L'auteur précise ses intentions en Introduction (Ch 1 P 17)

Aujourd'hui, dans nos sociétés évoluées, le loisir est une réalité familière. Mais l'idée de loisir est loin d'être intégrée dans les systèmes de pensée qui guident la réflexion des intellectuels ou l'action des militants, qu'ils soient de gauche ou de droite, partisans ou adversaires des systèmes capitalistes ou socialistes. De bons esprits raisonnent sur la société comme si la notion de loisir n'existait pas. D'audacieux intellectuels l'écartent même délibérément dans leur quête de systèmes nouveaux qu'ils voudraient plus fidèles à la réalité d'aujourd'hui.
Nous nous proposons de montrer que cette sous estimation théorique du loisir risque d'enfanter des systèmes privés d'une part de vie dès la naissance.
.../...Découvert dans son ampleur, dans sa structure complexe, dans ses relations avec les autres aspects de notre civilisation machiniste et démocratique le loisir n'est plus un problème mineur, sorte de « poste divers » sans importance placé à la fin de l'inventaire des grands problèmes, si l'on a encore de la place, du temps ou de l'argent pour s'occuper de lui... Il apparaît comme élément central de la culture vécue par des millions de travailleurs, il a des relations subtiles et profondes avec tous les grands problèmes du travail, de la famille, de la politique qui, sous son influence, se posent en termes nouveaux. Nous voudrions prouver qu'au milieu du XXe siècle, il n'est plus possible d'élaborer des théories sur ces problèmes fondamentaux sans avoir réfléchi aux incidences du loisir sur eux. L'heure est venue de traiter sérieusement de cette futilité qui alarmait Valéry.''

Les courants de pensée alternatifs[modifier | modifier le code]

  • Paul Lafargue : Le Droit à la paresse, paru initialement en 1880, réédition : 1972, Maspero, Paris
  • Jean Rousselet : L'allergie au travail , 1974, Le Seuil, Paris coll. Points actuels
  • Adret (collectif) : Travailler deux heures par jour ,1977, Le Seuil, Paris coll. Points actuels
  • Jacques Ellul : Pour qui, pour quoi travaillons-nous ?, 2013, La Table ronde, coll. La Petite Vermillon

Les travaux de prospective[modifier | modifier le code]

  • Voir " Le travail dans vingt ans, rapport de la Commission du Commissariat général au Plan" , présidée par J Boissonnat. Edit O Jacob / la documentation française, Paris 1995.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Claude Rivière ,"Georges Dumézil, à la découverte des Indos-Européens " ,Edit Copernic,Paris 1979 .
  2. Georges Lefranc , Histoire du Travail et des travailleurs, Flammarion edit, Paris 1957
  3. E. Beau de Loménie , les responsabilités des dynasties bourgeoises , Denoel edit. ,Tomes 1 à 4, Paris 1943-1963

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Joffre Dumazedier, Vers une civilisation du loisir ?, Seuil, Paris, 1962
  • Jean Fourastié, «Pourquoi nous travaillons ?», PUF, Que sais-je, N° 818
  • Fermanian J.D , " Le temps de travail des Cadres " , 1999, Insee premiere, N° 671
  • Godechot O. Lurol M. et Méda D. , " Des Actifs à la recherche d'un nouvel équilibre entre travail et hors travail" , 1999, Premières Synthèses Dares N° 20.1
  • Gershuny J. , " Changing Times : Work and Leisure in Postindustrial Society " , 2000, Oxford University Press
  • Louis Henri Parias et alii , " Histoire générale du Travail" (4 tomes) , 1962, Nouvelle Librairie de France,