L'Utopie

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La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle Île d'Utopie
dit
l'Utopie
Image illustrative de l’article L'Utopie
Page de titre de la première édition

parue en décembre 1516

chez l'éditeur Thierry Martens à Louvain

(« Source : Gallica — Bibliothèque nationale de France »)


Auteur Thomas More
Pays Angleterre
Genre Dialogue philosophique
Version originale
Langue Latin
Titre Libellus vere aureus, nec minus salutaris quam festivus, de optimo reipublicae statu, deque nova Insula Utopia
Éditeur Dirk Martens (imprimeur)
Lieu de parution Louvain (Dix-Sept Provinces)
Date de parution Décembre 1516

L'Utopie, écrit en latin et publié en 1516, est un ouvrage de l'humaniste anglais Thomas More. Ce livre, séminal pour le genre littéraire utopique et la pensée utopiste, est à l'origine du mot « utopie », désormais entré dans le langage courant en référence à l'île d'Utopie[1],[n 1].

La page de titre de la première édition latine de 1516 annonce un Libellus vere aureus, nec minus salutaris quam festivus, de optimo reipublicae statu, deque nova Insula Utopia[n 2]. Entre décembre 1516 et novembre 1518, quatre éditions de l'Utopie furent composées par Érasme et Th. More[2]. Ces quatre éditions sont toutes différentes : le texte de Th. More n'est pas introduit de la même manière, l'île d'Utopie n'est pas abordée ni quittée dans les mêmes conditions. Le titre arrêté pour l'édition définitive de est De optimo reipublicae statu, deque nova insula Utopia (La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle Île d'Utopie)[n 3].

Adressé aux humanistes puis diffusé dans le cercle élargi des lettrés, à sa parution ce libelle est lu comme un appel à réformer la politique contemporaine et une invitation à observer sincèrement les préceptes chrétiens et aussi, pour les plus érudits d'entre eux, comme un serio ludere.

Au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, le livre de Th. More est lu la plupart du temps comme un récit utopique, parfois comme un traité politique, rarement comme un essai philosophique.

Aux XIXe siècle, XXe siècle et XXIe siècle, d'aucuns distinguent l'œuvre pour le communisme pratiqué en Utopie et consacrent son auteur comme un digne prédécesseur du communisme socialiste ; pour d'autres cet ouvrage, dont l'auteur fut béatifié en 1886 et canonisé en 1935 puis fait saint patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques en 2000, est réputé promouvoir la communauté de biens et renouer avec la parole du Christ.

Depuis le milieu du XXe siècle et au XXIe siècle, ce texte est présumé contenir des passages qui préfigurent les régimes totalitaires du XXe siècle ; aussi, élaborée à un moment charnière des réflexions sur l'esthétique littéraire au XVIe siècle, cette création est vue comme une tentative originale de penser la narration et de concevoir la fiction ; enfin, rédigé en marge d'une mission diplomatique durant une période de loisir, cet écrit est volontiers considéré comme une fantaisie d'humaniste.

Comme l'a noté un traducteur anglais : « Utopia is one of those mercurial, jocoserious writings that turn a new profile to every advancing generation, and respond in a different way to every set of questions addressed to them[3]. »

Contexte[modifier | modifier le code]

Un succès éditorial[modifier | modifier le code]

L'Utopie paraît en décembre 1516 chez l’éditeur Thierry Martens de Louvain en Brabant (Pays-Bas des Habsbourg). Thomas More participe alors pleinement au renouveau de la pensée qui caractérise la Renaissance, ainsi qu'à l'humanisme dont il est le plus illustre représentant anglais. Au début de l'année 1516, les accords préparés lors de la mission en Flandre de 1515 furent signés[5]. « À cette époque, More est le premier avocat de Londres, tenu en grande estime par le roi aussi bien que le peuple de la cité[6]. » Dorénavant, il est établi dans la bourgeoisie londonienne[7],[8].

Marque d'imprimeur de Thierry Martens, à la dernière page de la première édition du livre Utopie publié en 1516. (« Source : Bibliothèque Mazarine »)

L'ouvrage, auquel contribuèrent quelques humanistes de renom, connut un « succès fulgurant »[9] au sein de la République des Lettres. La diffusion de l'Utopie dans les milieux lettrés ou influents de l'époque fut dirigée de main de maître par Th. More, Érasme et Pierre Gilles : « Thomas Lupset, Cuthbert Tunstall, Lord Mountjoy, William Warham, Richard Pace, en Angleterre ; Jean le Sauvage, Guillaume Budé, Pierre le Barbier, Guy Morillon, Jean Ruelle, Guillaume Cop, en France ; Jean Desmarais, Jérôme de Busleyden, Cornelis de Schrijver, Gerhard Geldenhauer, en Flandres ; Martin Luther, Willibald Pirckheimer, Beatus Rhenanus, en Allemagne ; Antonio Bonvisi, Aloïs Mariano, en Italie, sont quelques-uns des érudits dont les noms paraissent, à propos de l'Utopie, dans les correspondances du temps[10]. »

Les humanistes qui se consacraient à la redécouverte de l’Antiquité et de ses savoirs, les clercs qui s’interrogeaient sur le présent et l’avenir de l’Église romaine, les magistrats au service du droit et des États, ainsi que les bourgeois instruits des villes marchandes, assurèrent la réputation de l'Utopie[11]. Rapidement, de nouvelles éditions furent publiées : en 1517 chez Gilles de Gourmont à Paris et en 1518 chez Johann Froben à Bâle. D'autres éditeurs entreprirent de publier l'Utopie, par exemple : les Giunta à Florence et l'imprimerie des Manuce à Venise en 1519.

T. Martens, l’éditeur brabançon qui en avait eu la primeur, tira huit rééditions de la première édition entre 1516 et 1520[11]. Quant au célèbre J. Froben de Bâle, il imprima deux éditions différentes de l'Utopie (mars et novembre), dont la version définitive.

L'Utopie fut rapidement traduit en langues vernaculaires : l'allemand à Basel en 1524[12], l'italien à Venise en 1548[13], le français à Paris en 1550[14], l'anglais à Londres en 1551[15] et le hollandais à Anvers en 1553[16].

Quatre éditions[modifier | modifier le code]

Le contexte de rédaction de l'Utopie est celui des découvertes de contrées inconnues ; celui où, grâce au développement de l'imprimerie[17], les récits de voyage rencontrent un grand succès ; celui, enfin, de la République des lettres et des échanges épistolaires soutenus entre humanistes. Thomas More, qui fut un lecteur de Lucien de Samosate dont il apprécia les Histoires vraies, conçu le projet d'une édition de l'Utopie qui singerait les éditions de récits de voyage[18]. De son vivant, assisté de Pierre Gilles (qui fut éditeur et correcteur chez T. Martens) et d'Érasme (qui édita et publia des livres chez T. Martens et chez J. Froben), Th. More composa quatre éditions de l'Utopie chez trois éditeurs différents.

Portrait de Pierre Gilles par Quentin Metsys peint en 1517[19]. Seconde partie du diptyque commandé à l'artiste par Érasme et P. Gilles, puis offert à Th. More lorsque ce dernier fut en mission à Calais en 1517. Aujourd'hui, ce portrait se trouve dans une collection particulière[20] ; le musée d'Anvers en possède une copie[21].
Portrait d'Érasme par Quentin Metsys peint en 1517. Première partie du diptyque commandé à l'artiste par Érasme et Pierre Gilles, puis offert à Th. More lorsque ce dernier fut en mission à Calais en 1517. Aujourd'hui, ce portrait est à Rome à la Galleria Nazionale[21], plus précisément au palais Barberini[20].

Il demanda à ses amis humanistes, Érasme, P. Gilles, J. Desmarais, G. Budé, J. de Busleyden, G. Geldenhauer et C. Schrijver[22], de rédiger des lettres, des poèmes et de faire graver des cartes pour authentifier son texte, dont une carte gravée par Ambrosius Holbein[23] ; deux frontispices furent gravés par Hans Holbein le Jeune ; enfin, plus d'une centaine de manchettes[n 4] attribuées[24] à. P. Gilles et/ou à Érasme parsèment le texte de la « Lettre-Préface » et les Livres I & II de l'Utopie[n 5] (ces documents forment un ensemble appelé paratextes[25] et parerga[n 6]).

Les quatre éditions, celle chez Thierry Martens[26], celle chez Gilles de Gourmont[27] et celles chez Johann Froben[28],[29], proposent des paratextes et des parerga différents et les ordonnent différemment[30]. Ce n'est qu'à la troisième édition chez J. Froben que l'ordonnancement et le nombre de ces paratextes et parerga furent arrêtés, et c'est la quatrième édition de l'Utopie, toujours chez Froben, qui scella définitivement la composition de l'œuvre. (Voir en fin d'article « Les quatre éditions latines de l'Utopie » pour le détail de chaque édition et des liens vers des reproductions numérisées)

Au gré des éditions postérieures et des traductions successives une partie seulement, la plupart du temps aucun, de ces paratextes et parerga furent repris[31] ; parfois pire, par exemple : dans la première traduction de l'Utopie en allemand en 1524, Claudius Cantiuncula ne traduisit que le Livre II afin de proposer l'organisation de l'île d'Utopie « comme solution concrète aux problèmes de la ville de Bâle[32]. » Le livre et le texte présentés ainsi, la lecture et la compréhension de l'Utopie furent complètement modifiées[33],[n 7]. Par ailleurs, ces éditions[34] et ces traductions postérieures[35],[36] ne s'appuyèrent pas toutes sur la même édition de l'Utopie en latin, pas sur la même œuvre ; ceci pourrait, en partie, expliquer les différentes réceptions de cette œuvre et les diverses interprétations qui en furent faites.

Aujourd'hui, exceptées les éditions de référence (voir la bibliographie), la plupart des éditions contemporaines de l'Utopie ne reprennent ni ne suivent la quatrième édition définitive de l'Utopie, ou alors elles proposent les paratextes et les parerga séparément[37].

Un livre adressé aux humanistes[modifier | modifier le code]

L'Utopie fut écrit dans un latin de lettrés[38] et pour des lettrés[39]. « À une époque où les langues vernaculaires acquièrent une pleine dignité, le latin devient la langue distinctive d’un groupe social et intellectuel restreint qui, à travers la maîtrise de ce dernier, revendique un rôle administratif et politique[40]. » La question de la réception de l'Utopie au sein de la communauté humaniste lors de sa parution reste toujours discutée : en pleine redécouverte de l'Antiquité, l'Utopie fut-il lu comme un livre mettant en balance l'otium, ou vita contemplativa, et le negotium, ou vita activa, dans la vie d'un humaniste[41],[42] ? Alors qu'Érasme publiait sa traduction du Nouveau Testament, l'Utopie, dont le texte véhicule un message chrétien, fut-il un appel à l'ailleurs, un écrit porteur d'une nouvelle spiritualité[43] ? Au vu des actions politiques des princes contemporains, l'Utopie fut-il lu comme une satire politique[44] ? Ou plutôt, au vu de l'engagement des humanistes auprès des princes, l'Utopie fut-il lu comme un livre de « miroir des princes »[45] ? Ou encore : lors même que le développement de l'imprimerie accélérait la diffusion des récits de voyage et que la littérature apparaissait comme un genre à part entière, l'Utopie fut-il lu comme une création littéraire novatrice[46] ? (Voir après le résumé du livre « Interprétations »)

Un titre non moins politique que plaisant[modifier | modifier le code]

Le livre de Th. More intitulé La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie est généralement connu par son titre abrégé Utopie.

« Sizain d'Anémolius, poète lauréat » (vraisemblablement écrit par Th. More[n 8]), édition de 1516 chez Thierry Martens. (« Source : Bibliothèque Mazarine »)

Ce mot « Utopie » est à l'origine un nom propre : celui de l'île dont le régime politique est décrit par le personnage « Raphaël Hythlodée ». Ce nom propre est construit à partir d'un mot de la langue grecque : « topos » (τοπος), un mot qui signifie « lieu » ou « région ». Th. More, latiniste et helléniste[47], associa à ce terme « topos » un préfixe négatif : « ou » (οὐ), qui peut se traduire « non » ou « ne… …pas » . Ceci donne le mot « ou-topos » (οὐ-τοπος) qui, « latinisé par le suffixe de nom de lieu ia »[48], devient « Utopia »[49],[50] ; et qui peut se traduire : « en aucun lieu », « lieu qui n'est nulle part » ou, à l'image de deux villes françaises nommées Nonville, « Nonlieu »[51],[n 9].

À l'origine, ce livre devait porter un titre latin : « Nusquama », dérivé du latin « nusquam » qui signifie « nulle part »[52],[53]. Ce n'est que peu de temps avant la première édition du livre[54] que Th. More inventa ce mot de toutes pièces, Utopia ; un mot qui est le premier indice donné au lecteur érudit (helléniste et latiniste) que ce dernier va parcourir des pages qui entremêlent le vrai et le faux sur un mode distrayant[n 10]. Mais il y a plus. Dès la première édition de l'Utopie, dans les paratextes et les parerga qui accompagnent le texte, Th. More et ses amis humanistes enrichirent et élargirent le sens du néologisme Outopos.

Dans le « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu d'Hythlodée par sa sœur », poème intitulé « L'île d'Utopie » (voir ci-contre à droite), le lecteur apprend que l'île d'Utopie devrait être nommée « Eutopie » (« Eutopia »), de εὐ-τοπος le « bon-lieu » ou « lieu-du-bien » (εὐ signifiant « bon » et/ou « bien » en grec). Ce n'est pas tout. Dans sa lettre adressée à Thomas Lupset, Guillaume Budé introduit une nouvelle variation au titre du livre : « Quant à l'île d'Utopie qui, à ce que j'entends, s'appelle même Udépotie, par une heureuse et singulière fortune, s'il faut en croire ce qu'on nous en rapporte, elle s'est imprégnée des usages chrétiens et de l'authentique et vraie sagesse dans la vie publique et dans la vie privée »[55]. Dans une note complémentaire, André Prévost précise : « "Udépotie", du mot grec, oὐδέποτε, jamais. Joignant le burlesque à la contrepèterie, Budé fait de l'Île-de-nulle-part, Oὐτοπος, l'Île-de-jamais[56]. »

Il faut ajouter que la question de la « meilleure forme de communauté », ou du « meilleur régime », est une question politique fortement présente dans la tradition philosophique convoquée par Th. More : de Platon[n 11] à Aristote[n 12] en passant par Cicéron[n 13]. D'ailleurs, Th. More rend hommage au début de La République de Platon[57] lorsque, au Livre I de l'Utopie, le personnage de Raphaël Hythlodée entre en scène : « Je me trouvais un jour dans l'église Notre-Dame, monument admirable et toujours plein de fidèles ; j'avais assisté à la messe, et, l'office terminé, je m'apprêtais à rentrer à mon logis, quand je vis Pierre Gilles en conversation avec un étranger, […] »[58].

Présentation du livre[modifier | modifier le code]

Composition

Marque d'imprimeur de Gilles de Gourmont, à la dernière page de la deuxième édition du livre Utopie publié en 1517. (« Courtesy of the John Carter Brown Library »)

Dès l'édition princeps de 1516, le texte de Thomas More est accompagné de paratextes et de parerga (page de titre et marque d'imprimeur, lettres et poèmes, une carte et un alphabet). Dans l'édition de 1517 cet ordonnancement éditorial est revu. Dans l'édition de mars 1518 aussi. Dans l'édition de novembre 1518, l'ordonnancement de l'édition de mars est repris, mais des modifications sont encore apportées. Tous ces éléments font partie de l'Utopie. Comme l'indique M. Madonna-Desbazeille, les lettres sont issues d'« une correspondance entre [des] humanistes de l'époque, pour la plupart amis d'Érasme et de More »[59],[n 14], ces « humanistes prennent l'Utopie au sérieux et la considèrent comme un modèle à suivre pour réformer l'Angleterre de leur époque[60]. » Quant au nouveau frontispice de 1518 et à la nouvelle carte de 1518, quant à l'alphabet, aux manchettes et à la marque d'imprimeur, toutes les personnes qui réalisèrent ces éléments prirent elles aussi l'Utopie et leur contribution au sérieux.

Concernant le texte de Th. More, le manuscrit de l'Utopie est perdu[61] ou comme le dit A. Prévost : « Le manuscrit de l'Utopie de More n'a pas été découvert[62]. » Néanmoins, l'établissement de la correspondance de Th. More et de celle d'Érasme au cours du XXe siècle[63], ainsi que de nouveaux établissements du texte latin accompagnés de nouvelles traductions, ont permis de découvrir les étapes de la rédaction du texte de l'Utopie. Succinctement : le Livre II de l'Utopie devait être le second volume d'un diptyque formé avec l'Éloge de la folie d'Érasme[64], il fut rédigé en 1515 lorsque More était en mission diplomatique aux Pays-Bas. Le Livre I fut rédigé par More à son retour en 1516 et la « Lettre » fut écrite en dernier[65].

La composition du livre est la suivante : au Livre I, après une brève présentation du contexte (la mission diplomatique de Th. More et la rencontre avec Raphaël Hythlodée), un dialogue auquel participent Th. More, Pierre Gilles et R. Hythlodée se tient dans le jardin de la résidence de Th. More à Anvers « assis sur un banc de gazon »[66], un second dialogue à la table du cardinal Morton (rapporté par R. Hythlodée) est enchâssé dans le premier, puis le dialogue dans le jardin reprend jusqu'au déjeuner ; au Livre II, après le repas du midi, R. Hythlodée décrit l'île d'Utopie à Th. More et P. Gilles, puis le dialogue dans le jardin reprend très brièvement avant le repas du soir et, pour finir, Th. More conclu sa relation « sur la République d'Utopie »[67]. Selon Michèle Madonna-Desbazeille, Th. More emploie une « technique dramatique » : « Unité de lieu, le jardin ; unité de temps, une journée ; unité d'action, la défense des institutions utopiennes[68]. »

Une collection d'illustres personnages

L'Utopie est un texte où il est fait référence à des personnes ayant existé (Platon, Sénèque, Cicéron ou le cardinal Morton), à des personnages de récits (Palinure, Ulysse, Harpyes ou Lestrygons), à des personnes alors en vie (Henri VIII, Georges de Temsecke, Cuthbert Tunstall ou John Clement), à des personnages inventés (le jurisconsulte, le bouffon, les Utopiens et les Utopiennes), enfin, à des entités intrinsèquement autres (Mythra, le Christ ou Dieu).

Parmi tous les personnages présents dans l'Utopie, les principaux sont : Pierre Gilles, Thomas More, Raphaël Hythlodée, Utopus, les Utopiens et les Utopiennes. Néanmoins, trois personnages se distinguent des autres par leur importance : Pierre Gilles, Thomas More et Raphaël Hythlodée. « Tous les trois appartiennent à leur époque et à un milieu bourgeois cossu, cultivé et curieux des choses de l'esprit[69]. » Ils viennent de trois pays différents, le premier des Pays-Bas, le deuxième d'Angleterre, le troisième du Portugal ; aussi, leur noms et prénoms ne sont pas anodins :

Page 17, première page de la « Lettre-Préface » de Th. More adressée à Pierre Gilles, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)
  • « Petrus Ægidio ». Pierre Gilles est celui qui édita, sous la supervision d'Érasme, l'édition princeps de l'Utopie ; il est celui qui est de mèche avec Th. More : c'est P. Gilles qui composa l'alphabet et le quatrain. Le dialogue ayant lieu à Anvers, qui mieux qu'un secrétaire de la ville d'Anvers pourrait attester de la véridicité des propos relatés par un marin portugais puis rapportés par un citoyen londonien. Son prénom, « Petrus », renvoie à l'apôtre Pierre, premier évêque de Rome[70]. Son nom de famille dans le texte latin, « Ægidio » parfois orthographié « Ægidius », évoque les mots grecs « ægèᾱdès » et « ægῑdès » qui signifient « Égéate, d'Égæ » et « fils ou descendant d'Égée »[71] ; aussi, suivant la traduction de Samuel Sorbière[72], ce nom pourrait renvoyer à l'Égide, un symbole de protection. Pour un lecteur latiniste, « -dio » et « -dius » peuvent évoquer « Dĭo » le tyran de Syracuse[73] et « divin, semblable aux dieux »[74] ;
  • « Thomas Morus ». Comme le rappellent nombre d'éditeurs et commentateurs de l'Utopie[75],[76],[77],[78],[79],[80], il ne faut pas confondre l'homme Thomas More avec : l'auteur Th. More, le narrateur Th. More, le rapporteur Th. More, l'interlocuteur Th. More, bref, avec le personnage de « Thomas More » dans le texte de l'Utopie. Th. More utilise son nom pour inscrire son propos dans la réalité, pour donner à son propos une véridicité et de l'autorité ; les traits d'ironie et les propos paradoxaux du texte, ainsi que les propos parfois contradictoires rapportés par le personnage « Thomas More » tout au long de l'Utopie sont là, entre autres, pour rappeler cet artifice. Son prénom, « Thomas », renvoie à l'apôtre Thomas, l'incrédule, qui est aussi surnommé « le sceptique ». Son nom de famille « More », dans le texte, est latinisé en « Morus » ; en latin, « morus » signifie « fou, extravagant »[81] ;
  • « Raphaël Hythlodaeus ». Le marin philosophe est celui qui rapporte l'existence de l'île d'Utopie (d'Utopus, des Utopiens et des Utopiennes) en Europe ; c'est son discours, et le sien seulement, qui donne vie à Utopie. Il est appelé Raphaël Hythlodée. Son prénom renvoie à l'archange Raphaël, et précisément à cet épisode du récit biblique : dans le livre de Tobit, Raphaël est envoyé par Dieu pour guérir la cécité de Tobit, le père de Tobie, et l’aider à rencontrer Sarah afin d’assurer la descendance d’Abraham ; il accompagne également le jeune Tobie dans son voyage. Aussi, ce prénom « Raphaël » renvoie aux expéditions maritimes et aux découvertes de nouvelles contrées : lorsque Vasco de Gama ouvrit la Route des Indes en 1498, l'un des quatre navires s'appelait San Rafaël. Le nom de famille « Hythlodée » s'écrit en latin « Hythlodaeus » ; ce nom est formé de deux racines grecques, « uthlos », « balivernes, bavardages » et « daios », « expert, habile ». Ainsi, ce marin philosophe est un « expert en bavardages » ou un « conteur de sornettes[82] », ou encore un « archange diseur de non-sens[83] » sur le témoignage de qui va se fonder le récit.

À partir de la « Lettre-Préface », pour rappeler qu'ils sont des personnages et évoquer ces significations, Thomas More est nommé Morus, Pierre Gilles est nommé Ægidio ; au Livre I, le marin philosophe est nommé Raphaël pour souligner l'atmosphère amicale de la discussion, il est nommé Hythlodée au Livre II afin de rappeler qu'il est un « expert en bavardages ».

De optimo reipublicae statu, deque nova insula Utopia dit l'Utopie (Édition de novembre 1518)[modifier | modifier le code]

Frontispice[modifier | modifier le code]

Page 1, frontispice de l'Utopie de Th. More réalisé par Hans Holbein le Jeune, quatrième édition ne varietur de novembre 1518 chez Johann Froben. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

À l'ouverture de l'Utopie imprimée en chez Johann Froben se trouve un frontispice qui déjà en [84] « apparaissait plus loin, […], pour encadrer le début de la lettre de More à P. Gilles[85]. » Celui-ci correspond plus au propos du livre : « La page de titre est encadrée par la composition au trait signée par Hans Holbein [le Jeune] dont le nom est gravé dans deux cartouches en haut du dessin, indique A. Prévost. Le décor architectural, inspiré par les colonnes torses de la Renaissance italienne, est animé par les mouvements ailés de neuf amours. Débarrassés des flèches de Vénus, leurs ébats évoquent l'atmosphère de jeu, de bienveillance et de grâce dans laquelle baigne l'Utopie[85]. » Aussi, précise A. Prévost : « Dans le bas-relief figurant le combat de cavaliers et de tritons, apparaît la marque d'imprimeur de Froben, le caducée[85]. » Dans cette édition de , ce frontispice est aussi réutilisé pour la « Lettre-Préface »[86].

Le titre du livre, modifié pour l'édition de , est ici repris : « DE OPTIMO REIP. STATU, deque noua insula Vtopia. Libellus uere aureus, nec minus salutaris quam festiuus, clarissimi disertissimique uiri THOMAE MORI inclytae ciuitatis Londinensis ciuis & Vicecomitis. » Titre qui peut être traduit ainsi : La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie. Un vrai livre d'or non moins salutaire qu'agréable, par le très éloquent Thomas More citoyen et shérif de l'illustre cité de Londres[87],[n 15].

A. Prévost apporte une précision : « Le "sheriff" est l'officier d'administration qui représente la Couronne dans chaque comté d'Angleterre et qui, en particulier, rend la justice au nom du souverain. Le titre de vicecomes donné à l'auteur de l'Utopie ne se justifie que par une courtoisie littéraire : rehausser les titres d'un écrivain pour en imposer au public[88]. » Voici pourquoi : « Les archives de la Cité, au , notent en effet l'élection de Thomas More non pas comme shérif, mais à l'une des deux charges de sous-shérif de la Cité de Londres. Il gardera cette office jusqu'au , date où il remettra sa démission, considérant ce poste, incompatible avec les obligations de Conseiller du Roi[88],[n 16]. »

La suite du titre annonce des épigrammes de l'auteur et d'Érasme (Epigrammata), ceux-ci sont joints à certaines éditions de Bâle (mars et novembre) et disposés après l'Utopie. J. Froben signe la préface des épigrammes d'Érasme ; Beatus Rhenanus adresse une lettre à Willibald Pirckheimer qui fait office de préface aux épigrammes de Th. More, dans cette lettre B. Rhenanus évoque brièvement l'Utopie (Voir plus bas « Annexes »). Selon A. Prévost, Th. More rédigea ces épigrammes entre 1497 et 1516 : « Les sujets choisis révèlent les idées qui retenaient alors l'attention de More : vingt-trois épigrammes prennent pour cible les rois et les gouvernements, treize évoquent la mort, onze visent les astrologues, cinq, enfin, critiquent les gens d'Église[89]. »

Lettre d'Érasme à Johann Froben[modifier | modifier le code]

Page 2, lettre d'Érasme adressée à Johann Froben, édition de novembre 1518 chez J. Froben. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

La nouvelle édition de l'Utopie de mars 1518 s'ouvre par une courte lettre d'Érasme dont le destinataire n'est autre que l'imprimeur même du livre, Johann Froben. Cette lettre est reprise à la même place dans l'édition de novembre 1518, avec une nouvelle lettrine et une composition typographique légèrement modifiée.

C'est par ces mots que débute la lettre : « Tout ce qui a paru de mon illustre More a été de mon goût que je ne puis l'exprimer[90]. » Érasme fait ici l'éloge de More, mais il n'est pas le seul : « tous les doctes pensent de même », « ils élèvent même beaucoup plus haut le génie de cet homme incomparable »[90]. Ces jugements objectifs, plus louangeurs que celui d'Érasme, permettent d'apporter du crédit à la personne de Th. More. En effet, lorsqu'il achète ou lit un livre, le lecteur ne connaît pas forcément son auteur. Aussi, Érasme inscrit Th. More dans une lignée : « Que n'aurait point pu produire cet esprit admirablement heureux, si l'Italie lui avait donné l'éducation ? Que n'aurait-on point dû espérer de lui s'il s'était consacré tout à fait au culte des Muses ; s'il avait mûri jusqu'à la saison des fruits et jusqu'à son automne[91] ? »

Johann Froben fut l'un des principaux imprimeurs et éditeurs de son temps, Érasme joue de cette célébrité pour asseoir l'autorité des propos rapportés par Th. More. « Vous êtes libraire d'une réputation fameuse ; et c'est assez qu'un livre soit connu comme frobénien pour être recherché avec empressement de tous les connaisseurs[92]. » Lui seul sera capable de donner à ce texte l'écrin qu'il mérite : « voyez si, par votre presse, vous voulez en faire présent au monde et, […] rendre durables [ces Progymnasmata et l'Utopie] dans les siècles futurs[93],[n 17]. »

Lettre de Guillaume Budé à Thomas Lupset[modifier | modifier le code]

Cette lettre de Guillaume Budé fut jointe à la deuxième édition du texte de l'Utopie en 1517, dont Thomas Lupset supervisa l'édition chez Gilles de Gourmont. Placée en ouverture du livre en 1517, elle est disposée après la lettre d'Érasme dans l'édition de mars 1518. Elle garde cette place dans l'édition de novembre 1518, la lettrine et la composition typographique sont identiques.

Au début de sa lettre G. Budé remercie T. Lupset de lui avoir procuré une traduction de Galien réalisée par Thomas Linacre, ainsi que l'Utopie. Il dit même avoir été touché par ce livre : « Tandis que j'étais aux champs et que j'avais ce livre en main, tout en allant et venant, prenant garde à tout, donnant des ordres aux ouvriers […], j'ai été tellement affecté à la lecture de ce livre, quand j'eus connu et pesé les mœurs et institutions des Utopiens, que j'ai quasi interrompu et même délaissé le soin de mes affaires domestiques, voyant que tout l'art et toute l'industrie économiques, qui ne tendent qu'à augmenter le revenu, sont chose vaine[94]. »

Page 3, première page de la lettre de Guillaume Budé adressée à Thomas Lupset, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

G. Budé poursuit sa réflexion en critiquant les « sciences juridiques et politiques »[95] qui, sous couvert d'instituer une « communauté établie par le droit civique »[95] ne font qu'exciter les passions des hommes ; quant aux « droits que l'on appelle civil et d'Église »[95], sous couvert d'équité ces droits sont manipulés par les uns, détournés par les autres[95]. Pour G. Budé, seul « Jésus Christ [lui] semble avoir abrogé, du moins entre les siens, tous ces volumes d'arguties qui composent nos droits civil et canonique, et que nous voyons aujourd'hui être tenus pour le refuge de la prudence et du gouvernement[96]. » Est-il le seul ?

G. Budé ajoute aussitôt : « Pourtant l'île d'Utopie, que j'entends aussi être appelée Udépotie, a par un merveilleux hasard, si nous croyons ce qu'on nous en rapporte, adopté dans la vie tant publique que privée les coutumes vraiment chrétienne et même la vraie sapience, et les a gardées jusqu'à aujourd'hui sans y rien gâter »[97]. Quelles sont ces coutumes ? D'abord, « l'égalité des biens ou des maux »[97] entre ses citoyens ; ensuite, « un constant et persévérant amour de la paix et de la tranquillité »[97] ; enfin, « le mépris de l'or et de l'argent[97]. » Ces coutumes, « ces trois piliers des lois utopiennes »[97], G. Budé aimerait les voir « fichés dans les sens de tous les hommes »[97] afin de voir disparaître l'orgueil et la convoitise, mais aussi le « grand amas de volumes de droit »[98]. Alors, invoquant Dieu, G. Budé espère le retour du « siècle doré de Saturne »[98],[n 18].

Après ces développements et ces louanges, G. Budé s'arrête sur un point délicat, abordé par Th. More et P. Gilles dans leurs lettres (parues avec l'édition de 1516), un point qui le chagrine : « je trouve, en y prenant garde de près, qu'Utopie est située hors des bornes du monde connu, et qu'elle est certes une île fortunée, proche par aventure des Champs Élysées — car Hythlodée, comme témoigne More, n'a point encore donné la situation de cette île[99]. » Et il poursuit : « Il a bien dit qu'elle était divisée en villes, lesquelles cependant tendent toutes à ne former qu'une seule cité, qui a pour nom Hagnopolis[n 19], se repose sur ses observances et ses biens, est heureuse par innocence, et mène une vie pour ainsi dire céleste »[100]. Où trouver l'île d'Utopie ?

C'est une question légitime, puisque : « Nous devons […] la connaissance de cette île à Thomas More »[100]. Certes, cette île fut découverte par Hythlodée « auquel [More] attribue tout ce qu'il en a appris »[100], pour autant : « À supposer que cet Hythlodée soit l'architecte qui a bâti la cité d'Utopie et composé les mœurs et les instituions »[100], il n'en reste pas moins que « More a grandement enrichi de son style et de son éloquence l'île et ses saintes ordonnances, […], et y a ajouté toutes les choses par lesquelles un ouvrage magnifique est décoré, embelli et autorisé »[100]. Quand bien même Hythlodée « déciderait un jour d'écrire lui-même ses aventures »[101], à qui attribuer la paternité de cette Utopie-ci ? G. Budé confesse : « c'est le témoignage de Pierre Gilles d'Anvers, que j'aime, bien que je ne l'aie jamais vu »[101] et le fait « qu'il est l'ami d'Érasme »[101], qui font qu'il accorde sa foi à More[101].

G. Budé termine sa lettre par des formules de politesse et des recommandations, dont une pour More : « homme que je crois et dis depuis longtemps déjà être enrôlé au nombre des plus savants disciples de Minerve, et que cette Utopie, île du Nouveau Monde, me fait souverainement chérir et honorer[102]. »

Page 11, « Sizain d'Anémolius, poète lauréat » (vraisemblablement écrit par Th. More), édition de novembre 1518 chez Johann Froben. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

Sizain d'Anemolius[modifier | modifier le code]

Le sizain d'Anemolius, « poète lauréat et fils de la sœur d'Hythlodée », accompagne le texte de l'Utopie depuis l'édition princeps. Placé après la carte et après l'alphabet et le quatrain utopiens dans l'édition de 1516, le sizain est placé au verso de la page de titre dans l'édition de 1517 ; il est placé après la lettre de G. Budé dans l'édition de mars 1518, précisément au recto de la carte de l'île d'Utopie. Le sizain conserve cette place dans l'édition de novembre 1518, il s'intitule toujours « L'île d'Utopie ».

« Utopie, je fus nommée par les Anciens à cause de mon isolement.
Aujourd'hui cependant je rivalise avec la cité platonicienne
Et peut-être la surpasse (la raison en est qu'avec des lettres
Il l'a dessinée tandis que moi, unique, je l'ai surpassée en montrant
Des hommes, des richesses et des lois excellentes).
Aussi bien Eutopie mériterais-je d'être appelée[103]. »

Après le titre du livre qui annonce La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie ; après les nouvelles significations (« siècle doré de Saturne », « Hagnopolis »…) et le néologisme (« Udépotie ») imaginés par G. Budé ; Anemolius forge un néologisme qui attribue une nouvelle signification au nom propre « Utopie » : « Eutopie ». Manifestement, le nom de cette île où prospère une république inconnue renferme des trésors de significations.

Carte de l'île d'Utopie[modifier | modifier le code]

Page 12, carte de l'île d'Utopie (de la main d'Ambrosius Holbein), édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). Cette carte apparut pour la première fois dans l'édition de mars 1518, chez le même éditeur.

La carte de l'île d'Utopie présente dans l'édition de Bâle en novembre 1518 est l'œuvre d'Ambrosius Holbein, le frère d'Hans Holbein le Jeune. Cette carte remplace celle présente dans l'édition de 1516 et qui disparut de l'édition de 1517 chez Gilles de Gourmont, elle figure déjà dans l'édition de mars 1518 avec un titre qui est ici supprimé (Voir plus bas « Annexes »). Cette nouvelle carte reprend certaines composantes de la première : représentation des détails géographiques donnés au début du Livre II (isolement de l'île, difficultés d'accès, circularité du fleuve, situation de la capitale, répartition équidistante des villes, leurs défenses et leurs fortifications, etc.), reprise du symbolisme et des embarcations[23].

Les cartouches soutenus par la guirlande portent ces mentions : « Ville d'Amaurote » pour celui du haut (« Amaurotum urbs »), « Source du fleuve Anydre » pour celui de gauche (« Fons Anydri »), « Embouchure du fleuve Anydre » pour celui de droite (« Ostium anydri »)[n 20]. Il faut noter que, tel un motif répétitif, la guirlande apparaît plusieurs fois dans cette édition ne varietur de 1518 : dès l'ouverture sur le frontispice (un amour sonne le clairon assis dessus, un autre amour semble terminer de l'accrocher), sur la carte-ci-contre, au début de la « Lettre-Préface » qui reprend le frontispice (voir plus haut la reproduction de la « Page 17 »), enfin, à l'ouverture du Livre I dans la gravure représentant la discussion au jardin (voir plus bas la reproduction de la « Page 25 »).

En haut de la carte, deux villes semblent établies de part et d'autre du détroit. Peut-être s'agit-il des peuples voisins d'Utopie dont il est fait mention au Livre II ? Peut-être que ces villes et ces terres apparaissant au lointain symbolisent les rivages du vieux continent européen vus depuis le nouveau monde ?

Sur le rivage, nommément désigné dans le coin inférieur gauche, Raphaël « Hythlodaeus » pointe apparement[n 21] l'île d'Utopie à un personnage qui pourrait être Thomas More (ce personnage pourrait être aussi un contemporain d'Hythlodée. Peut-être est-ce un lecteur ?). Le personnage dans le coin inférieur droit est un soldat, qui ne semble pas perdre une miette de la conversation. Sur la caravelle au mouillage devant l'île d'Utopie, un homme d'équipage regarde vers le continent, l'autre bateau à voile latine semble voguer vers l'île. Sur le pavillon de la caravelle, il est inscrit « N.O.R. »[104].

Alphabet utopien et quatrain en langue vernaculaire[modifier | modifier le code]

Page 13, « Utopiensium Alphabetum » et « Tetrastichon vernacula utopiensium lingua », édition de novembre 1518 chez Johann Froben. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). L'alphabet utopien et le quatrain en langue vernaculaire des Utopiens furent vraisemblablement réalisés par Pierre Gilles.

Dans l'édition princeps de l'Utopie, l'alphabet et le quatrain furent placés au tout début du livre, tous deux disparurent de l'édition de 1517 chez Gilles de Gourmont. Dans les éditions de Bâle, ils sont placés en regard de la carte de l'île d'Utopie ; aussi, l'alphabet des Utopiens est retouché : les lettres sont plus fines, mieux tracées et leur présentation est plus soignée. La page reprend la composition de 1516 : en haut de page, l'alphabet latin et sa correspondance en alphabet utopien ; en pleine page, le quatrain en langue vernaculaire transcrit en alphabet latin et légendé de son original en alphabet utopien ; en pied de page, le quatrain est traduit en latin.

Cet alphabet utopien « est une somme de formes géométriques simples, modulées par des segments de droites ou un point[105]. » Comme le remarque Sébastien Hayez, « l'alphabet n'est pas bicaméral, c'est-à-dire qu'il ne comporte pas de différenciation entre les majuscules et les minuscules[105]. »

Quant à la langue utopienne, des études menées sur sa morphologie indiquent une parenté avec le persan ; au Livre II, Hythlodée dit de la langue des Utopiens : « Leur langue en effet, très proche au surplus du persan, conserve quelques traces du grec dans les noms des villes et des magistratures[106]. » Ce quatrain en langue utopienne n'a pas de titre.

« Vtopos ha Boccas peula chama polta chamaan
Bargol he maglomi bacaan foma gymnofophaon
Agrama gymnofophon labarem bacha bodamilomin
Voluala barchin heman la lauoluola dramme pagloni[107]. »

Voici la traduction de ce quatrain en langue vernaculaire par Louis Marin :

« Utopus, mon prince, de la non-île que j'étais, a fait de moi une île.
Moi seule, parmi toutes les provinces du monde, non-philosophiquement
J'ai représenté pour les mortels la cité philosophique.
Libéralement, je partage ce que je possède ; sans difficulté, j'accepte [des autres] le meilleur[108]. »

Lettre de Pierre Gilles à Jérôme de Busleyden[modifier | modifier le code]

Cette lettre de Pierre Gilles accompagne l'Utopie depuis l'édition princeps. Toujours placée avant le texte, cette lettre forme comme un couple avec celle de Jérôme de Busleyden adressée à Th. More[n 22]. Cette lettre contient beaucoup d'éléments, écrite après la rédaction de l'Utopie P. Gilles prend soin de distiller des indications au lecteur : lignée philosophique, véracité, approche politique et ancrage dans le monde contemporain. Par exemple, au début de sa lettre, P. Gilles accuse réception de l'Utopie et poursuit la filiation platonicienne : « Cette bienheureuse île [d'Utopie] est encore étrangère à la plupart des mortels ; mais elle mérite que tout le monde la recherche avec beaucoup plus d'empressement que la République de Platon[109]. »

Page 14, première page de la lettre de Pierre Gilles adressée à Jérôme de Busleyden, placée avant la Lettre-Préface de Th. More dans l'édition de novembre 1518 chez Johann Froben.(« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

Secrétaire de la ville d'Anvers au moment de la parution de l'Utopie, P. Gilles témoigne de l'existence de Raphaël Hythlodée tout au long de sa lettre, il le présente comme un homme exceptionnel : « cet homme-là a une vaste connaissance — et connaissance expérimentale, qui plus est — des pays, des hommes et des choses »[110], « Vespuce était un aveugle en comparaison d'Hythlodée[110]. » Où rencontrer cet homme : « les uns disent qu'il est péri en chemin ; les autres prétendent qu'il est encore retourné dans son pays, mais qu'en partie dégoûté des mœurs de ses compatriotes, et en partie aussi ayant toujours l'Utopie bien avant dans le cœur, il était reparti pour y faire un nouveau voyage[111]. »

Autre question de véracité : P. Gilles répond à une demande formulée par Th. More dans sa « Lettre-Préface » (placée après cette lettre) quant à la position géographique de l'île d'Utopie. Contrairement au souvenir de Th. More, Raphaël a bien mentionné sa position, « mais malheureusement, dit P. Gilles, quelqu'un de l'équipage, qui, à ce que je crois, s'était enrhumé sur l'eau, toussa d'une si grande force, que cela me fit perdre quelques-unes des précieuses paroles d'Hythlodée[111]. » Et Th. More, pourquoi n'a-t-il rien entendu ? Un de ses valets lui « disait je ne sais quoi à l'oreille », écrit P. Gilles[111]. Mais pourquoi s'attarder sur ce détail, semble suggérer P. Gilles : « Si le nom de cette île fortunée ne se trouve point chez les cosmographes »[111], cela ne prouve pas son inexistence ; il rapporte alors une réflexion de Raphaël : « N'a-t-il donc pas pu arriver, [dit Hythlodée], que par le cours du temps, ce pays-là ait perdu son premier nom[111] ? » P. Gilles ajoute : « Il n'est pas non plus impossible que les Anciens aient ignoré cette île-là[111]. » Ou encore : « Combien découvre-t-on tous les jours de nouvelles terres que les géographes de l'Antiquité n'ont pas connu[112] ? »

Dès le début de sa lettre, P. Gilles joue avec cette question de la véracité des propos rapportés par Th More : « En vérité, toutes les fois que je la lis [l'Utopie], il me semble voir encore plus que je n'en entendais lorsque More et moi nous écoutions de toutes nos oreilles narrer et raisonner Raphaël Hythlodée »[109] ; plus troublant encore dit P. Gilles : « je crois que Raphaël lui-même n'a pas tant vu de choses dans cette île-là pendant les cinq ans qu'il y a passé, qu'on en peut voir dans la description de More[110]. » Au moment de conclure sa lettre il tranche : « Mais après tout, à quoi bon se fonder ici sur des raisonnements pour prouver l'existence de l'Utopie, puisque c'est More lui-même qui en est l'auteur[113],[n 23] ? »

À la fin de sa lettre, P. Gilles informe J. de Busleyden qu'il participa au livre en reproduisant le quatrain et l'alphabet utopiens que Raphaël Hythlodée lui montra à Anvers, ce après le départ de Th. More ; aussi, il signale qu'il inscrivit quelques notes dans les marges. Enfin, il sollicite J. de Busleyden : « Ce sera vous, Monsieur, qui contribuerez le plus à mettre ce petit livre en réputation[113]. » En effet, « personne n'est plus propre que vous à soutenir par de sages conseils une République, vous qui, depuis plusieurs années, vous y consacrez, digne de tous les éloges qu'on doit donner à une prudence éclairée et à une vraie probité[113]. »

Lettre de Thomas More à Pierre Gilles[modifier | modifier le code]

Page 20, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). La première manchette du livre apparaît ici dans la « Lettre-Préface », il est écrit : « Noter, en théologie, la distinction entre commettre un mensonge et dire un mensonge[114]. » Aux trois dernières lignes de la page, il est écrit en latin : « si quid sit in ambiguo, potius mendacium dicam quam mentiar, quod malim bonus esse quam prudens. »

Thomas Morus écrit à son ami Petrus Ægidio[n 24] pour l'informer qu'il a terminé la rédaction du livre relatant leur rencontre et leur discussion avec Raphaël Hythlodée : « je vous envoie ce petit livre sur la république d'Utopie »[67]. Ce livre, que le lecteur tient entre ses mains, doit être soumis à relecture. Morus s'excuse du retard de son envoi, alors même qu'il n'avait qu'à retranscrire ce que Hythlodée lui dit un an plus tôt[n 25] : « Vous saviez en effet que, pour rédiger, j'étais dispensé de tout effort d'invention et de composition, n'ayant qu'à répéter ce qu'en votre compagnie j'avais entendu exposer par Raphaël[115],[n 26]. » Puis Morus, s'adressant toujours à Ægidio, précise : « Je n'avais pas davantage à soigner la forme, car ce discours ne pouvait avoir été travaillé, ayant été improvisé au dépourvu par un homme qui, au surplus, vous le savez également, connaît le latin moins bien que le grec[116],[n 27]. »

Morus attribue ce retard à ses « affaires »[116] et à ses charges, ceci lui permet de montrer ou de rappeler au lecteur qu'il est engagé dans les affaires du monde, un citoyen au service de la chose public et un homme politique[116],[n 28]. « Quand arriver à écrire[117] ? » S'exclame-t-il. Toutefois ajoute-t-il : « j'ai terminé L'Utopie et je vous l'envoie, cher Pierre »[117]. Morus presse son ami Ægidio de demander à Raphaël Hythlodée de vérifier l'exactitude de la retranscription de leur discussion. En effet, John Clement[n 29] émet des doutes sur la largeur du fleuve Anydre qui traverse la capitale de l'île d'Utopie Amaurote. Morus de préciser : « S'il subsiste un doute, je préférerai une erreur à un mensonge, tenant moins à être exact qu'à être loyal[118]. » (Ci-contre en latin, page 20[n 30])

Autre embarras, autre malice, Morus ne se souvient plus où est située l'île d'Utopie[118]. C'est un problème : « un homme pieux, de chez nous, un théologien de profession, brûle, et il n'est pas le seul, d'un vif désir d'aller en Utopie[119]. » Morus relance alors Ægidio : « C'est pourquoi je vous requiers, mon cher Pierre, de presser Hythlodée, oralement si vous le pouvez aisément, sinon par lettres, afin d'obtenir de lui qu'il ne laisse subsister dans mon œuvre rien qui soit inexact, qu'il n'y laisse manquer rien qui soit véritable. Je me demande s'il ne faudrait pas mieux lui faire lire l'ouvrage[119]. »

Morus doute même de vouloir publier ce livre, que le lecteur tient pourtant entre ses mains. « À vrai dire, je ne suis pas encore tout à fait décidé à entreprendre cette publication[119]. » Pourquoi ? « Les hommes ont des goûts si différents ; leur humeur est parfois si fâcheuse, leur caractère si difficile, leurs jugements si faux qu'il est plus sage de s'en accommoder pour en rire que de se ronger de soucis à seule fin de publier un écrit capable de servir ou de plaire, alors qu'il sera mal reçu et lu avec ennui[120]. » Morus brosse alors le portrait acide des lecteurs contemporains qui, pour la plupart, sont des lettrés. Une dernière fois, il s'adresse à Ægidio : « Entendez-vous avec Hythlodée, mon cher Pierre, au sujet de ma requête, après quoi je pourrai reprendre la question depuis le début. S'il donne son assentiment, puisque je n'ai vu clair qu'après avoir terminé ma rédaction, je suivrai en ce qui me concerne l'avis de mes amis et le vôtre en premier lieu[121],[n 31]. »

Morus termine sa lettre par une formule de politesse.

Livre I[modifier | modifier le code]

Page 25, première page du Livre I, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). La gravure, qui serait de la main d'Hans Holbein le Jeune[122], représente Raphaël Hythlodée, Th. More et Pierre Gilles discutant dans un jardin : après s'être salués devant l'église Notre-Dame d'Anvers, tous trois se rendent dans le jardin de la résidence de Th. More à Anvers où ils tiennent la discussion du Livre I « assis sur un banc de gazon »[66]. Le page qui s'avance sur la gauche est John Clement, le secrétaire de Th. More. (La description de l'île d'Utopie par Hythlodée au Livre II se tient dans ce même jardin, toujours sur le banc mais sans J. Clement.)

Mission diplomatique

« L'invincible roi d'Angleterre, Henry, huitième du nom, remarquable par tous les dons qui distinguent un prince éminent, eut récemment avec le sérénissime prince Charles de Castille un différend portant sur des questions importantes. Il m'envoya en Flandre comme porte-parole, avec mission de traiter et de régler cette affaire. J'avais pour compagnon et pour collègue l'incomparable Cuthbert Tunstall, à qui le roi, au milieu de l'approbation générale, a récemment confié les archives de l'État[123]. »

C'est par ces mots que débute l'Utopie. Accompagné de Cuthbert Tunstall, il rencontra le Préfet de Bruges et Georges de Temsecke, deux envoyés du Prince Charles[124],[n 32]. Tandis que ces deux envoyés allèrent à Bruxelles « prendre l'avis du prince », Morus se rendit à Anvers pour ses « affaires »[124]. Les tractations, qui eurent lieu « une ou deux fois »[124], ne sont pas évoquées.

Rencontre avec Raphaël Hythlodée

Par hasard durant ce séjour il aperçoit Ægidio dans l'église Notre-Dame d'Anvers. Celui-ci converse avec « un étranger, un homme sur le retour de l'âge, au visage hâlé, à la barbe longue, un caban négligemment jeté sur l’épaule, sa figure et sa tenue me parurent celles d'un navigateur » dit Morus[58]. Reconnaissant Morus Ægidio le rejoint et, à propos de cet étranger, il lui dit : « s'il a navigué ce ne fut pas comme Palinure, mais comme Ulysse, ou plutôt encore comme Platon[58]. » Et Ægidio précise : il s'appelle Raphaël Hythlodée ; il connait bien le latin et surtout très bien le grec[125] ; il est Portugais[125] ; aussi, il « s'est joint à Améric Vespuce pour les trois derniers de ses quatre voyages, dont on lit aujourd'hui la relation un peu partout »[125] ; « il parcourut quantité de pays »[125] avant de rentrer au Portugal[66].

Après des salutations et un échange de « paroles qui conviennent à une première rencontre », Morus invite Ægidio et Raphaël Hythlodée à converser dans sa résidence anversoise[66].

Discussion au jardin

Ægidio pose la question suivante : « Je me demande vraiment, cher Raphaël, pourquoi vous ne vous attachez pas à la personne d'un roi, […] vous auriez de quoi le charmer par votre savoir, votre expérience des pays et des hommes, et vous pourriez aussi l'instruire par des exemples, le soutenir par votre jugement[126]. » Raphaël répond qu'il ne souhaite pas se « mettre en servage auprès des rois[126]. » Ægidio précise alors sa question : « Je souhaitais vous voir rendre service au roi, et non vous mettre à leur service[126]. » Raphaël réplique : « Petite différence[127]. »

Page 35, Livre I, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). La machette s'attache aux propos de Raphaël : « …l'inflexible justice que l'on exerçait chez vous… »[128] ; elle dit : « Des lois trop peu conformes à la justice[129]. » Ces lois, ce sont celles en vigueur dans le royaume d'Angleterre à l'époque.

Raphaël pointe le fait que les princes « concentrent leurs pensées sur les arts de la guerre » et non sur ceux de la paix[130]. Puis Raphaël éreinte les membres des conseils royaux, dans lesquels la nouveauté est mal vue et la tradition préférée aux améliorations. « C'est sur des préjugés de ce genre, dictés par l'orgueil, la sottise et l'entêtement, que je suis tombé souvent et, une fois, en Angleterre[131]. »

À la table du cardinal Morton

« J'étais par hasard à [la] table [de Morton] le jour où s'y trouva aussi un laïque très ferré sur le droit anglais, lequel, à propos de je ne sais quoi, se mit à louer de tout son cœur l'inflexible justice que l'on exerçait chez vous [en Angleterre] à cette époque contre les voleurs », dit Raphaël[128]. Puis il vilipende le moyen employé pour lutter contre ces voleurs, la pendaison[132] ; il évoque ensuite différents motifs de vol, jusqu'à cette tirade :

« Vos moutons, […]. Normalement si doux, si facile à nourrir de peu de chose, les voici devenus, […], si voraces, si féroces, qu'ils dévorent jusqu'aux hommes, qu'ils ravagent et dépeuplent les champs, les fermes, les villages[133]. »

Raphaël se tourne vers un peuple dont il loue la législation, les Polylérites : « ceux qui […] sont convaincus de vol restituent l'objet dérobé à son propriétaire et non, comme cela se fait le plus souvent ailleurs, au prince, car ils estiment que celui-ci n'y a pas plus droit que le voleur lui-même. Si l'objet a cessé d'exister, les biens du voleur sont réalisés [c'est-à-dire convertis en argent liquide, par une vente], la valeur est restituée, le surplus est laissé à la femme et aux enfants. Quant aux voleurs, ils sont condamnés aux travaux forcés[134]. »

Raphaël retient de cet échange avec le laïque le comportement des convives à la table du cardinal : chaque proposition et chaque exemple qu'il avance est soit moqué soit discrédité.

Reprise de la discussion au jardin

La discussion entre Raphaël, Ægidio et Morus reprend. Raphaël lance : « Mesurez par là le crédit que mes conseils trouveraient à la Cour[135]. » Morus est persuadé que Raphaël ferait un excellent conseiller : « votre cher Platon estime que les États n'ont chance d'être heureux que si les philosophes sont rois ou si les rois se mettent à philosopher[136]. »

Raphaël déplace la discussion, il la dépayse : il imagine qu'il siège au « Conseil » du roi de France et que, parmi d'autres, il conseille ce dernier au sujet des guerres qu'il mène en Italie[136]. Contrairement aux autres conseillers, Raphaël propose au roi de rester en son royaume[137]. Pour appuyer son argumentation, il prend exemple sur un peuple qui habite « au sud-est de l'île d'Utopie »[137], les Achoriens : le roi fut forcé par son peuple d'arrêter les guerres de conquête ou de succession et de se préoccuper de son royaume[138].

Page 63, Livre I, édition de chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). La manchette dit : « Les institutions des Utopiens[139]. » Elle souligne cette phrase du dialogue : « Ah ! si je venais proposer ce que Platon a imaginé dans sa République ou ce que les Utopiens mettent en pratique dans la leur, […][140]. » (Par ailleurs, il faut noter la taille et le choix des caractères typographiques du nom « CHRISTVS »).

Puis, revenu de France, Raphaël évoque d'autres conseils calamiteux prodigués à différents princes en divers temps et pays. De nouveau, pour appuyer son argumentation, il prend l'exemple d'un « autre peuple voisin de l'Utopie »[141], les « Macariens » : « le roi, le jour de son avènement, s'interdit par serment, après avoir offert de grands sacrifices, de jamais tenir dans son trésor plus de mille pièces d'or ou l'équivalent en argent »[141], ce afin d'empêcher une accumulation de ressources qui appauvrirait celles du peuple[141]. Raphaël se tourne vers Morus et lui demande si donner cet exemple au sein d'un Conseil ne serait pas comme « conter une histoire à des sourds[142] ? »

« À des sourds surdissimes, répond Morus, et cela n'aurait rien d'étonnant[142]. » Morus poursuit en critiquant la façon dont Raphaël donne ses conseils. Il trouve que ceux-ci sont des considérations théoriques qui n'ont « aucune place dans les conseils des princes »[142]. Mais Raphaël campe sur ses positions. Alors Morus objecte à Raphaël que c'est la philosophie telle qu'il la pratique qui ne peut avoir accès aux princes[n 33]. Il existe une autre philosophie dont Morus dit qu'elle est « instruite de la vie, qui connaît son théâtre, qui s'adapte à lui et qui, dans la pièce qui se joue, sait exactement son rôle et s'y tient décemment[142]. » Morus revient sur la façon dont Raphaël procède : au lieu d'être intransigeant, il faut savoir faire preuve d'à propos et de doigté. Aussi, Morus suggère une autre façon de procéder :

« Mieux vaut procéder de biais et vous efforcer, autant que vous le pouvez, de recourir à l'adresse, de façon que, si vous n'arrivez pas à obtenir une bonne solution, vous avez du moins acheminé la moins mauvaise possible[140]. »

Raphaël rétorque : « C'est me conseiller là, […], sous couleur de vouloir remédier à la folie des autres, de délirer en leur compagnie[140]. » Plus loin, Raphaël semble vouloir livrer le fond de sa pensée : « Mais en toute vérité, mon cher More, à ne vous rien cacher de ce que j'ai dans l'esprit, il me semble que là où existent les propriétés privées, là où tout le monde mesure toutes choses par rapport à l'argent, il est à peine possible d'établir dans les affaires publiques un régime qui soit à la fois juste et prospère »[143]. Cette vision, il la tient de son voyage autour du monde :

« C'est pourquoi je réfléchis à la Constitution si sage, si moralement irréprochable des Utopiens, chez qui, avec un minimum de lois, tout est réglé pour le bien de tous, de telle sorte que le mérite soit récompensé et qu'avec une répartition dont personne n'est exclu, chacun cependant ait une large part[144]. »

Tandis qu'en Europe : les lois se succèdent sans que les pays soit mieux gouvernés et les questions de propriété donnent lieu à des contestations interminables[144]. De la sorte, mettant en regard l'île d'Utopie et l'Europe, Raphaël donne raison à Platon : « ce grand sage avait fort bien vu d'avance qu'un seul et unique chemin conduit au salut public, à savoir, l'égale répartition des ressources[144]. »

Page 69, dernière page du Livre I, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

Alors que Morus rétorque : « il me semble au contraire impossible d'imaginer une vie satisfaisante là où les biens seraient mis en commun »[145] ; Ægidio manifeste son scepticisme à l'égard des propos de Raphaël : existe-t-il « dans le nouveau monde des peuples mieux gouvernés que dans celui qui nous est connu »[145] ? Ægidio ajoute que les hommes ne sont pas « moins intelligents » en Europe qu'en Utopie et que les États européens sont sans doute « plus anciens que les leurs »[145]. D'autre part, les savoirs accumulés en Europe, « sans compter les inventions dues au hasard », sont sans pareil dans le reste du monde[146].

Raphaël réplique que selon « les annales de ce nouveau monde »[146] leurs États sont vraisemblablement plus anciens, dont celui de l'île d'Utopie ; « il y avait chez eux des cités avant qu'il y eût des hommes chez nous[146]. » Quant aux savoirs accumulés et aux inventions, Raphaël objecte à Ægidio que « le génie humain » est commun à tous les hommes[146]. Pour preuve, il y a 1200 ans quelques « Romains » et quelques « Égyptiens » échouèrent sur l'île d'Utopie, les Utopiens surent tirer parti des savoirs transmis par ceux-ci : après cette unique rencontre « ils s'assimilèrent nos meilleures découvertes[147]. » En revanche note Raphaël : « Si par un hasard semblable, un Utopien a jamais débarqué chez nous, ce fait est tombé dans un oubli total[147]. » Et il conclut avec pessimisme :

« Il faudra longtemps au contraire, je le crains, avant que nous n'accueillions la moindre des choses par lesquelles ils nous sont supérieurs. Voilà précisément pourquoi, alors que notre intelligence et nos ressources valent les leurs, leur État cependant est administré plus sagement que le nôtre ; et il est plus florissant[147]. »

Sur ces mots, Morus prie Raphaël de décrire « cette île » ; il le presse de faire un « tableau complet » des cultures, des fleuves, des villes, des hommes, des mœurs, des institutions et des lois, « enfin de tout ce qu'à votre avis nous désirons connaître[147]. » Puis Morus déclare : « sachez que nous désirons connaître tout ce que nous ignorons[147]. » Raphaël se dit prêt : « tout cela m'est présent à l'esprit[147]. » Morus invite alors Raphaël et Ægidio à rentrer dans sa résidence pour manger. La discussion du Livre I s'arrête là.

Morus écrit qu'une fois le repas de midi terminé, ils revinrent s'asseoir « au même endroit, sur le même banc[147]. » Il précise qu'il demanda aux domestiques de ne pas les interrompre. « [Raphaël] resta un instant silencieux à réfléchir, puis, nous voyant attentifs et avides de l'entendre, il dit ce qui suit[147]. »

Le Livre I se clôt.

Livre II[modifier | modifier le code]

Page 70, première page du Livre II, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). La manchette dit : « Situation et forme de la nouvelle île d'Utopie[148]. »

« L'île d'Utopie, en sa partie moyenne, et c'est là qu'elle est la plus large, s'étend sur deux cent milles, puis se rétrécit progressivement et symétriquement pour finir en pointe aux deux bouts. Ceux-ci, qui ont l'air tracés au compas sur une longueur de cinq cent milles, donnent à toute l'île l'aspect d'un croissant de lune[149]. »

C'est sur ces mots que débute le Livre II de l'Utopie[n 34]. Hythlodée poursuit en décrivant le bras de mer qui sépare les deux cornes d'environ « onze milles »[149]. Le golfe formé par ce croissant « est comme un seul et vaste port accessible aux navires sur tous les points[149]. » Mais « l'entrée du port est périlleuse, à cause des bancs de sable d'un côté et des écueils de l'autre[149]. » D'après les traditions confirmées par la topographie du terrain, Utopie ne fut pas toujours une île : « Elle s’appelait auparavant Abraxa[150]. » Après avoir vaincu les Abraxanéens[n 35], « Utopus décida de couper un isthme de quinze milles qui rattachait la terre au continent et fit en sorte que la mer l'entourât de tous côtés[150]. » Utopus devint son roi et l'île prit son nom[150].

Occupation de l'île

L’île d’Utopie a cinquante-quatre villes spacieuses et magnifiques[151]. Le langage, les mœurs, les institutions, les lois y sont parfaitement identiques[151]. Les cinquante-quatre villes sont bâties sur le même plan, et possèdent les mêmes établissements, les mêmes édifices publics, modifiés suivant les exigences des localités[151] ; à l'extérieur se trouvent : les abattoirs[152] et les hôpitaux[153] ; les temples[154] des prêtres sont en nombre plus réduit. « La distance de l'une à l'autre est au minimum de vingt-quatre milles ; elle n'est jamais si grande qu'elle ne puisse être franchie en une journée de marche[151]. » Les champs sont répartis entre les cités[151].

Connaître l'une des villes d'Utopie, c'est les connaître toutes, « tant elles sont semblables »[155]. Les Utopiens attribuent à Utopus le plan de leurs cités[156]. Chaque maison possède un jardin[157], les portes n'ont pas de verrou[156] et, « par tirage au sort »[156], les habitants changent de maison tous les dix ans[156]. « Située comme à l'ombilic de l'île »[151], Amaurote est considérée comme la capitale de l’île ; sa position centrale favorisant un accès rapide à tous les délégués[151], c'est là que siège le « Sénat » de l'île d'Utopie[158]. Les délégués de chaque ville se rendent dans la capitale pour traiter des affaires communes[151]. Les citoyens désirant se rendre dans une autre cité que celle où ils résident doivent obtenir « l'autorisation des syphograntes et des tranibores[159]. »

Politique

Page 78, Livre II, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). Voici les manchettes qui accompagnent la description des procédures pour désigner les magistrats utopiens[160]. De haut en bas, les manchettes disent[161] : « Tranibore, dans la langue des Utopiens, signifie préfet de première classe. » « Merveilleuse façon de créer les magistrats. » « L'État bien organisé déteste les tyrans. » « Trancher au plus vite les controverses : ne pas les prolonger indéfiniment de propos délibéré comme on le fait aujourd'hui. » « Ne rien décréter à la hâte. »

La plus grande égalité règne entre tous les citoyens, les magistrats et les prêtres (tous élus par le peuple[154]) n'ont que très peu d'avantages. Les charges politiques sont : au plus bas niveau, les syphograntes ou philarques[162] (des "délégués de quartier") ; au niveau médian, les tranibores ou protophylarques[162] (des "gouverneurs") ; au niveau supérieur les princes[163] (des "maires") ; au sommet le roi de l'île d'Utopie ; sans oublier les prêtres, qui peuvent intervenir ou être sollicités à tous les niveaux[n 36]. L'organisation politique commence au quartier (ou « pâté de maisons »), l'échelon supérieur est un « sénat » pour chaque ville et son territoire, le tout est couronné par le « Sénat » d'Amaurote[158] ou « conseil général »[163] et par le Prince dit Barzanès ou Adèmus[164] (le "roi" de l'île d'Utopie[n 37]).

Les tranibores, les prêtres, les ambassadeurs et le Prince sont choisis et élus parmi les lettrés[164]. Les syphograntes sont dispensés de travail, néanmoins ils travaillent pour donner l'exemple[165]. Les lois sont peu nombreuses et compréhensibles par tous[166], ainsi chaque citoyen peut se défendre sans avocat[167] ; ces lois ne prescrivent pas de peine, c'est le sénat qui, dans chaque ville, s'en charge pour chaque cas[167].

Trente familles élisent chaque année le magistrat de leur quartier, le syphogrante[162]. Dix syphograntes et les familles qui dépendent d'eux obéissent à un tranibore[162]. « Les tranibores sont soumis chaque année à réélection ; leur mandat est souvent renouvelé. Toutes les autres charges sont annuelles[163]. » Les procédures électives des syphograntes et des tranibores ne sont pas relatées par Hythlodée.

À l'échelon "communal" : dans chaque cité se trouve un sénat, où siègent les tranibores[163],[n 38] ; pour élire le prince dans chaque cité : « Chacun des quatre quartiers de la ville propose un nom au choix du sénat »[163] (la procédure pour choisir ce nom n'est pas relatée par Hythlodée) ; ensuite : « Les deux cents syphograntes […], après avoir juré de fixer leur choix sur le plus capable, élisent le prince [ou "maire"] au suffrage secret, sur une liste de quatre noms désignés par le peuple[160]. » « Le principat est accordée à vie, à moins que l'élu ne paraisse aspirer à la tyrannie[163],[n 39]. »

À l'échelon "insulaire", la procédure est moins claire. Il semblerait que tout se passe à Amaurote, où siège le « Sénat » ou « conseil général » de l'île d'Utopie[n 40]. Le roi de l'île d'Utopie serait élu, mais cette procédure élective n'est pas relatée par Hythlodée[n 41].

Dans chaque sénat de chaque ville « tous les trois jours », en présence de deux syphograntes « convoqués par roulement à chaque séance du sénat », les tranibores débattent avec le prince (ou "maire"), ensemble ils délibèrent sur les affaires publiques et règlent les différends entre citoyens[163]. Discuter des affaires publiques, en dehors du sénat et des assemblées, est passible de la peine capitale ; ceci pour éviter qu'un prince et des tranibores n'établissent une tyrannie ou renverse le régime établi[163]. Par ailleurs, dans chaque cité : « toute question considérée comme importante est déférée à l'assemblée des syphograntes qui en donnent connaissance aux familles dont ils sont mandataires, en délibèrent entre eux, puis déclarent leur avis au sénat[163]. » Aussi : « Il arrive que le problème soit soumis au conseil général de l'île[163]. »

Société

Page 81, Livre II, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). De haut en bas, les manchettes disent[168] : « L'étude des belles-lettres. » « Les récréations aux repas. » « Mais aujourd'hui, les dés sont le jeu des princes ! » « Même les jeux sont utiles. »

De type patriarcal[169], chaque famille comprend les grands-parents, les parents, les ménages des fils mariés[151],[170]. Les prêtres donnent aux enfants leur première éducation[154]. Le mariage a lieu a vingt-deux ans pour les filles et vingt-six ans pour les garçons[171] ; les amours avant le mariage sont punis[171] ; les futurs conjoints doivent se montrer nus devant témoin avant de se marier[172]. Le mariage est indissoluble, sauf en cas d'adultères ; avec l'autorisation des sénateurs, le divorce par consentement mutuel est possible[173]. À l'organisation familiale se superpose une politique démographique : « Aucune cité ne doit voir diminuer excessivement sa population, ni davantage se trouver surpeuplée[174]. »

« La cité se compose de familles » et « chaque cité doit se composer de six mille familles[174]. » Chaque cité « se partage en quatre quartiers égaux »[169], dans chaque quartier est construit un « hôtel » où loge un syphogrante[152]. Les six mille familles sont réparties en « trente familles », celles-ci forment alors une syphograntie dépendant d'un hôtel attitré[152].

Chaque citoyen doit passer deux ans à la campagne[175]. Les habitants se considèrent comme des fermiers plutôt que comme des propriétaires[151]. Les repas sont pris en commun, à heure fixe[153] et au son du « clairon »[176]. Chaque famille confectionne ses vêtements : ils sont identiques et ne diffèrent que pour distinguer les hommes des femmes, « les gens mariés des célibataires[177]. » Tous les citoyens peuvent suivre des cours le matin avant le travail et se distraire le soir après le repas[178]. L'or est employé à faire « des vases de nuit », des chaînes pour les esclaves[n 42] et « des anneaux » d'or pour certains condamnés[179]. Les esclaves sont des Utopiens condamnés, des étrangers achetés parmi les condamnés, des « soldats capturés lors d'une guerre où Utopie fut attaquée » ou des émigrés venus travailler volontairement et temporairement[180]. Les Utopiens condamnés et devenus esclaves peuvent être libérés par les magistrats[181], ceux qui se révoltent son tués[182].

Page 103, Livre II, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). De haut en bas, les manchettes disent[183] : « Finalité des biens. Les Utopiens font consister le bonheur dans le plaisir honnête. » « Les principes de la philosophie doivent être demandés à la religion. » « La théologie des Utopiens. » « L'immortalité des âmes que nombre de personnes, même chrétiennes, mettent en doute aujourd'hui. » « Il ne faut pas aspirer à n'importe quel plaisir ni aimer la douleur si elle n'est pas justifiée par la vertu. »

Économie

L'économie s'organise principalement autour d'une ville et du territoire qui la nourrit[151] ; la production artisanale se fait dans les familles, chacune spécialisée dans un métier[177]. La journée de travail est limitée à six heures[184]. Tout le monde travaille, sauf les malades et les personnes âgées. Des esclaves accomplissent les travaux les plus pénibles et les plus repoussants[152],[176],[185]. Les paysans cultivent la terre, élèvent des bestiaux, procurent du bois[175], ils élèvent des volailles[175] ainsi que des chevaux mais « uniquement pour faire apprendre l'équitation aux jeunes gens[155]. » « L'ensemble du labourage et des transports est exécuté entièrement par des bœufs[155]. » Le grain récolté est utilisé pour faire du pain[155]. Les Utopiens boivent « du vin de raisin, du cidre, du poiré et de l'eau, souvent pure, parfois aussi mêlée à une décoction de miel et de réglisse qu'ils ont en abondance[155]. » Les produits, déposés d’abord dans des entrepôts, sont ensuite classés dans des magasins suivant leur espèce[169]. Des marchés procurent tout ce qu'il faut aux Utopiens[152]. Il y a des provisions pour « deux années »[186]. L'abondance des produits permet de constituer des réserves pour l'exportation[186]. Aussi, ils sèment et élèvent du bétail plus que nécessaire « afin d'avoir un surplus à donner à leurs voisins[155]. »

Les premières séances au Sénat d'Amaurote, où chaque année se rendent des déléguées de chaque cité, sont consacrées à dresser la statistique économique des diverses parties de l’île ; dès que sont identifiés les régions où il y a trop et celles où il n’y a pas assez, telle région « compense par ses surplus la pénurie d'une autre[186]. » Et cette compensation est gratuite[186]. Il n'existe pas de monnaie sur l'île d'Utopie[187],[188]. L'or et les pierres précieuses, obtenues par la vente de production agricole ou par tribut, servent de réserve en cas de guerre ou pour commercer avec des États voisins[189]. Les Utopiens n'hésitent pas à envahir les pays limitrophes qui laisseraient leurs terres inexploitées[174]. En effet, selon les lois utopiennes, la population de l'île ne doit pas excéder un certain seuil, dès que ce seuil est franchi des Utopiens sont envoyés à l'étranger fonder des « colonies », gouvernées « d'après les lois utopiennes », et ils « chassent du territoire » les « indigènes qui refusent d'accepter leurs lois », s'il le faut « ils luttent à main armée contre ceux qui leur résistent[174]. »

Guerre

Les Utopiens détestent la guerre, ils l'évitent autant que possible[190]. Pour autant, hommes et femmes pratiquent des exercices militaires régulièrement pour pouvoir se défendre[191] si le pays est attaqué[192] et si un pays allié est envahi ; mais parfois, par pitié envers un peuple tyrannisé, « et c'est pour l'amour de l'humanité qu'ils agissent dans ce cas »[191], les Utopiens n'hésitent pas à aller à la guerre. Aussi, ils n'hésitent pas à engager des mercenaires, les Zapolètes[193] ; parfois ils font assassiner les princes ennemis ou sèment la discorde parmi ses proches[193]. Les Utopiens se montrent humains envers les prisonniers ; dès que le prince ennemi est tué à la bataille le combat cesse, des prêtres utopiens présents (au nombre de sept) sur les champs de bataille s'assurent de l'arrêt du combat[194].

Tradition, Culture et Religion

Les citoyens utopiens pratiquent et adhèrent à différentes religions, mais ils partagent tous la même vertu fondamentale. Cette vertu est une vie conforme à la nature qui remplit l'âme de majesté divine et incline au plaisir en même temps qu'à aider les autres à l'obtenir[195]. En quelque sorte, les Utopiens ont une morale épicurienne, elle est fondée sur un calcul des plaisirs qui élimine tous les excès car ceux-ci causent les plus grands maux[196]. À côté des plaisirs de l'âme, à savoir : de l'intelligence et de la connaissance[197],[198], les Utopiens reconnaissent l'importance des plaisirs physiques comme la bonne chère et l'exercice corporel[199]. « Les Utopiens ignorent complètement les dés et les jeux de ce genre, absurdes et dangereux. Mais ils pratiquent deux divertissements qui ne sont pas sans ressemblance avec les échecs[178]. »

Les Utopiens croient en un Dieu (qu'ils nomment Mythra[200]) bon et créateur de toute chose, en l'immoralité de l'âme, aux châtiments et aux récompenses après la mort[201],[202]. Ceux qui ne partagent pas ces croyances sont exclus du vote et des magistratures[202] ; ils ne peuvent partager leurs idées avec leurs concitoyens, sauf avec les prêtres[202]. C'est Utopus qui décréta la liberté de religion[203]. Certains « Utopiens adorent le soleil, d'autres la lune ou quelques planètes »[200] ; d'autres ont comme dieu suprême « un homme qui a brillé »[200] ; d'autres encore un « dieu unique, inconnu, éternel, incommensurable, impénétrable, inaccessible à la raison humaine » et ils n'accordent « d'honneurs divins qu'à lui seul[200]. » Chaque Utopien est libre de célébrer les rites de sa religion dans sa maison. Étant donné la variété des religions, il n'y a aucune image de Dieu dans les temples présents dans chaque ville[204]. Les prêtres, appelés Buthresques[205], président aux cérémonies religieuses. Voyant que le Christ « avait conseillé aux siens de mettre toutes leurs ressources en commun »[206], beaucoup d'Utopiens commencent à adopter le christianisme[206].

Page 162, dernière page du Livre II, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). Th. More vient de prononcer ses dernières réflexions, le livre se clôt sur la formule suivante (en lettres capitales) : « Fin du discours d'après-midi de Raphaël Hythlodée sur les lois et les institutions de l'île d'Utopie, peu connue jusqu'à présent, par le très célèbre et très savant Thomas Morus, citoyen et vice-shérif de la cité de Londres[207]. »

Fin du discours

« Je vous ai décrit le plus exactement possible la structure de cette république où je vois non seulement la meilleure, mais la seule qui mérite ce nom. Toutes les autres parlent de l'intérêt public et ne veillent qu'aux intérêts privés. Rien ici n'est privé, et ce qui compte est le bien public[208]. »

C'est sur ces mots que Raphaël reprend la discussion au jardin. De suite, il compare la situation en Utopie et celle en Europe : « Quand je reconsidère ou que j'observe les États aujourd'hui florissants, je n'y vois, Dieu me pardonne, qu'une sorte de conspiration des riches pour soigner leurs intérêts personnels sous couleur de gérer l'État[209]. » Raphaël revient une dernière fois sur l'île d'Utopie : « je suis heureux de voir aux Utopiens la forme de Constitution que je souhaiterais à tous les peuples[210]. » Morus couche sur le papier les réflexions qui l'assaillirent : « Bien des choses me revenaient à l'esprit qui, dans les coutumes et les lois de ce peuple, me semblaient des plus absurdes, dans leur façon de faire la guerre, de concevoir le culte et la religion »[211]. Par-dessus tout, il y a un point qui lui sembla plus absurde que les tous les autres : « le principe fondamental de leur Constitution, la communauté de la vie et des ressources, sans aucune circulation d'argent, ce qui équivaut à l'écroulement de tout ce qui est brillant, magnifique, grandiose, majestueux, tout ce qui, d'après le sentiment généralement admis, constitue la parure d'un État[212]. » Morus laisse entendre qu'il aurait voulu poser des questions et débattre avec Raphaël ; mais ce dernier était fatigué et Morus ne sait pas si Raphaël aurait admis « la contradiction »[212]. Morus écrit qu'il se contenta de « louer les lois des Utopiens et l'exposé » de Raphaël et, « le prenant par le bras », il l'amena dans la salle à manger[212].

« Espérons que ce moment arrivera [de nous entretenir plus longuement avec Raphaël Hythlodée]. Entre-temps, sans pouvoir donner mon adhésion à tout ce qu'a dit cet homme [R. Hythtlodée], très savant sans contredit et riche d'une particulière expérience des choses humaines, je reconnais bien volontiers qu'il y a dans cette république utopienne bien des choses que je souhaiterais voir dans nos cités. Je le souhaite, plutôt que je ne l'espère[212]. »

Ces mots forment le dernier paragraphe par lequel Morus rapporte la description de l'île d'Utopie par Raphaël Hythlodée.

Lettre de Jérôme de Busleyden à Thomas More[modifier | modifier le code]

Placée juste avant le texte de l'Utopie dans l'édition princeps chez Thierry Martens, cette lettre de Jérôme de Busleyden sera placée à la suite du texte dans l'édition de 1517 chez Gilles de Gourmont ; elle conserve cette place dans les éditions de 1518 chez J. Froben.

Page 163, première page de la lettre de Jérôme de Busleyden adressée à Th. More qui est placée après le Livre II, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

Après avoir rendu hommage à Th. More pour son écrit, J. de Busleyden inscrit la République d'Utopie dans une lignée fameuse, et même plus : « Il ne s'est jamais vu plan de politique ni si salutaire, ni plus achevé, ni plus souhaitable. Ce dessein-là l'emporte infiniment au-dessus de ces anciennes Républiques qu'on a tant vantées ; une Lacédémone, une Athènes, une Rome, ce dessein, dis-je, les laisse bien loin derrière soi[213]. » Du reste, si ces Républiques avaient suivi les mêmes principes, elles seraient toujours debout et l'on n'en verrait pas les ruines[214].

Puis, J. de Busleyden aborde deux points qui lui semblent importants pour une République. Le premier est qu'il ne s'agit pas tant de faire des lois « qu'à travailler principalement à former les meilleurs magistrats possibles[214]. » S'appuyant sur Platon, il ajoute : « C'est avant tout sur l'image de tel magistrats, sur l'exemple de leur probité, de leur justice et de leurs bonnes mœurs, que doit se modeler tout l'État et le gouvernement de toute République parfaite[214]. »

Le second point revient sur le principe politique cardinal de l'île d'Utopie : « toute propriété est abolie, et avec elle tout litige sur ce que chacun possède. Dans votre État tout généralement est commun, en vue du bien commun lui-même[215]. » Et J. de Busleyden d'insister : « N'est-ce pas la possession en propre, la soif brûlante d'avoir, et surtout cette ambition qui est dans le fond le plus misérable chose qu'il y ait chez les hommes, n'est-ce pas tout cela qui entraîne les mortels, même malgré eux, dans l'abîme d'un malheur inexprimable[215] ? » Pour étayer et conclure sur ce point, il rappelle l'exemple des Républiques citées plus haut : « Que sont-ils devenus, ces ouvrages des hommes ? Hélas ! À peine en voit-on aujourd'hui quelques matériaux, quelques vestiges ; disons plus : l'histoire la plus ancienne ne saurait en certifier les noms[216]. »

Pour finir, J. de Busleyden espère : « Il ne tiendrait qu'à nos Républiques (si on peut donner ce beau titre-là à aucun État) de prévenir ces pertes, ces désolations, ces ruines, et toutes les horreurs de la guerre : elles n'ont qu'à embrasser le gouvernement des Utopiens, et qu'à s'y attacher avec l'exactitude la plus scrupuleuse[216]. »

Poème de Gerhard Geldenhauer[modifier | modifier le code]

Page 167, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). Sous les dernières lignes de la lettre de Jérôme de Busleyden adressée à Th. More, se trouvent le poème de Gerhard Geldenhauer puis celui de Cornelis de Schrijver. En lettres capitales (extérieures au poème), « FINIS » indique la « fin » de l'Utopie.

Apparaissant avant le texte de l'Utopie dans l'édition princeps, ce poème de Gerhard Geldenhauer sera placé après le texte dans l'édition suivante de 1517, à la suite de la lettre de J. de Busleyden ; il conserve cette place dans les éditions de 1518. Le titre de ce poème est : « L'Utopie ».

« Aimes-tu, lecteur, les choses agréables ? — Toutes les plus agréables sont ici.
Si c'est l'utile que tu recherches, rien ne peut lire de plus utile.
Si l'un et l'autre tu désires, les deux en cette île abondent,
De quoi parfaire la langue, de quoi instruire l'esprit.
Ici les sources du bien et du mal sont révélées par l'éloquence
De More, gloire suprême de son Londres natal[217]. »

Poème de Cornelis de Schrijver[modifier | modifier le code]

Disposé avant le texte de l'Utopie dans l'édition princeps, ce poème de Cornelis de Schrijver sera placé après le texte dans l'édition suivante de 1517, à la suite de la lettre de J. de Busleyden ; il conserve cette place dans les éditions de 1518. Le titre de ce poème est en fait une adresse au lecteur : « Au lecteur ».

« Veux-tu voir des prodiges nouveaux, maintenant qu'un nouveau monde vient d'être découvert ?
Veux-tu connaître des façons de vivre de nature différente ?
Veux-tu savoir quelles sont les sources des vertus ? Veux-tu savoir d'où viennent de nos maux
Les principes ? et déceler l'inanité cachée au fond des choses ?
Lis tout cela qu'en différentes couleurs More nous a donné,
More, l'honneur de la noblesse de Londres[217]. »

Marque d'imprimeur de Johann Froben[modifier | modifier le code]

La marque d'imprimeur de Johann Froben fut apposée aux deux éditions du texte de l'Utopie que son atelier imprima en mars puis en . Ici, elle apparaît en arrière-plan des colonnes.

Page 168, au verso des poèmes de Gerhard Geldenhauer et Cornelis de Schrijver, la marque d'imprimeur de Johann Froben clôt l'œuvre dans son édition ne varietur de novembre 1518. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

Pour S.Gély, la marque de J. Froben témoigne « d'un ésotérisme dérivé de symbolismes antiques, métamorphosés sous l'influence de la méditation de textes bibliques »[218]. De fait, les maximes ou adages qui entourent « l'image d'inspiration hermétique, sont empruntés on le voit à l'Ancien et au Nouveau Testament dans les trois langues, hébraïque, grecque et latine par lesquelles ils ont été transmis[219]. » Elle rappelle au lecteur d'aujourd'hui : « La présence d'éléments ou de connotations ésotériques ne devrait pas trop surprendre dans une œuvre pourtant marquée au coin du bon sens le plus pragmatique lors même qu'elle s'élève au-dessus du monde comme il va[220]. »

En grec, au-dessus et en dessous de l'emblème de J. Froben : « Soyez avisés comme les serpents, simples comme des colombes[219]. » La phrase latine, à gauche, se traduit : « Prudente simplicité, et amour de ce qui est droit[221]. » L'hébreu, à droite, se traduit : « Fais du bien, Seigneur, aux gens de bien et à ceux qui ont au cœur la droiture[221]. »

A. Prévost apporte quelques précisions sur la phrase grecque. Concernant le mot « avisés » : la « traduction traditionnelle » par « prudence » correspond à la « prudentia » latine, « une vertu cardinale que Thomas d'Aquin définit : la vertu à la fois intellectuelle et pratique qui dirige l'action vers sa fin[222]. ». La « traduction mystique », poursuit A. Prévost, insiste sur la connotation de « contemplation » et se traduit par sagesse. « Avisé est donc celui qui voit à l'avance et devant soi et qui prend les moyens d'atteindre son but[222]. » Concernant le mot « simple » : « Simple » dans le sens « qui n'est pas mélangé » est une âme simple, « celle qui a gardé sa vertu originelle », « intègre, intacte »[222].

Sinon, plus généralement : « L'observation de la gravure révèle que le caducée de Mercure a été transformé, remarque A. Prévost. Pour avoir séparé deux serpents qui se battaient, la verge devint l'emblème de la concorde. Fait de bois d'olivier ou de laurier, le caducée rendait inviolable ceux qui le portaient : ambassadeurs, héraults, ici, Froben, porte-parole de la connaissance par le livre[222]. » Et A. Prévost ajoute : « La couronne royale qui coiffe les serpents symbolise la ville royale "basilea", Bâle[222]. »

Interprétations[modifier | modifier le code]

Le livre de Th. More cinq siècles plus tard[modifier | modifier le code]

Utopia. Dos de l'exemplaire conservé à la Folger Shakespeare Library. Il est indiqué sur la pièce de titre ; « MORI UTOPIA 1518 ». (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

Interpréter La meilleure communauté politique et la nouvelle île d'Utopie de Thomas More au XXIe siècle c'est rencontrer deux difficultés. D'abord, la variété et la stratification des interprétations passées (pour ne pas dire leur empilement [223],[224],[225]), sans oublier les interprétations contemporaines[n 43] : « Il n'est pas un colloque sur le sujet sans que surgissent des interprétations nouvelles, des études inédites, des interrogations contradictoires, et bien sûr des comparaisons audacieuses avec telle ou telle entreprise utopique, tel plan de ville inspiré de L'Utopie[226]. » La seconde difficulté, outre l'éloignement temporel et culturel, réside dans ces quelques faits : le manuscrit de Th. More est manquant, les jugements de Th. More sur son œuvre sont difficiles à jauger, ses prises de positions et ses actions politiques semblent parfois entrer en contradiction avec le texte de l'Utopie.

Première difficulté : la variété et la profusion des interprétations de l'Utopie, qui résultent de sa réception (c'est-à-dire : des personnes par qui elle fut lue et des époques où elle fut lue[227]), ne peuvent être présentées ni résumées ni mêmes esquissées ici. Par exemple, dès sa parution la réception de l'Utopie ne fut pas la même dans le cercle des humanistes proche de Th. More[n 44] et dans le cercle élargi des humanistes[228]. Cette réception fut différente en France aux XVIe siècle, XVIIe siècle, XVIIIe siècle et au XIXe siècle. Autre exemple, cette réception est contrastée au sein du marxisme : à la fin du XIXe siècle, distinguant le communisme de Th. More de celui de Platon, l'allemand Karl Kautsky réserve une place d'honneur à l'auteur anglais dans l'histoire du socialisme[229] ; en 1918 à Moscou, le nom de Th. More est inscrit sur l'Obélisque dédiés aux penseurs désignés comme précurseurs de l'idéologie socialiste[n 45] ; en pleine vogue marxiste en France au milieu du XXe siècle, les Éditions sociales rééditèrent l'Utopie[230] précédée d'une introduction réaffirmant le socialisme de Th. More[n 46] ; au début du XXIe siècle, Ellen Meiksins Wood biffa cet auteur de la lignée[231]. Dernier exemple, la réception et la lecture de l'Utopie sont loin d'être uniforme au sein de la communauté catholique (les croyants, le clergé, la curie et les papes, les penseurs, les critiques et les commentateurs)[232],[n 47].

Utopia. Plat de l'exemplaire conservé à la Folger Shakespeare Library. (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

Concernant la seconde difficulté, la découverte et l'établissement de la correspondance de Th. More et de celle d'Érasme (ou d'autres humanistes) offrent parfois un substitut à l'absence du manuscrit[n 48], parfois cette correspondance garde les traces des jugements de Th. More sur son Utopie : à Antonio Bonvisi il écrit « C'est par amitié que vous me dites du bien de l'Utopie : ce livre n'aurait pas dû quitter son île » ; à William Warham il écrit « c'était un ouvrage qui m'a échappé avant qu'il n'eût été vraiment retravaillé »[233]. Quant aux opinions de Th. More et à ses agissements au cours de sa carrière politique, ceux-ci sont diversement interprétés par les commentateurs lorsqu'ils sont comparés au texte de l'Utopie. Pour n'évoquer qu'une controverse qui divise toujours la critique : l'instauration par Utopus d'une certaine tolérance religieuse sur l'île d'Utopie mise en regard avec l'intransigeance de Th. More dans les faits. Deux exemples : lors de l'« affaire Hunne » à Londres en 1514[n 49], Th. More assista au déroulement du procès et approuva le verdict ; après la publication des 95 thèses de Martin Luther, Th. More lutta avec acharnement contre le protestantisme et les hérétiques, dont plusieurs furent brûlés vifs lorsqu'il était chancelier.

Enfin, comme le rappelle Edward L. Surtz, il ne faut pas oublier l'originalité de cette œuvre : « Utopia, as a typical product of the English Renaissance, strives not only to profit readers by its teaching, but also to amuse them by its humor, irony, and cleverness. The fact that it is a subtle and imaginative piece of literature and not a mere sober political, social, or economic treatise must never be forgotten[234]. » Pour James Colin Davis, toutes ces difficultés expliquent en partie pourquoi « controversy has raged unabated about the correct interpretation of the text and, for many, Utopia has come to seem a question without an answer[235]. » En ce début de XXIe siècle, cette phrase de J. C. Davis résume la position majoritaire des critiques et des commentateurs après avoir lu La meilleure communauté politique et la nouvelle île d'Utopie ; néanmoins, même pour ces critiques, ces commentateurs et ces spécialistes, cette position ne clôt nullement les supputations sur le livre[n 50]. Ci-après, sont exclusivement citées et mentionnées des interprétations de l'Utopie formulées au XXe siècle et au XXIe siècle : certaines sont devenues incontournables, certaines tentèrent de renouveler la lecture du livre et certaines, bien que contestées, marquent toujours la réception de ce texte au XXIe siècle.

Exégèses religieuses[modifier | modifier le code]

Th. More fut un fervent chrétien. Il est vénéré comme saint par l'Église catholique (saint Thomas More), béatifié, en 1886, par le pape Léon XIII et canonisé, en 1935, par le pape Pie XI[236]. Dans le calendrier liturgique, à partir de 1970, son culte et sa fête sont étendus à l'Église universelle par le pape Paul VI. En l'an 2000, le pape Jean-Paul II le fait saint patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques[237],[238]. Parmi ses écrits et ses ouvrages qui témoignent d'une spiritualité profonde, on peut citer son Dialogue du réconfort dans les tribulations[239].

L'Utopie, sans être un écrit proprement religieux, est un texte qui fourmille de référence aux écrits religieux, notamment à la Bible. Dans son édition de l'Utopie[240], André Prévost recense toutes ces références (voir ses notes complémentaires), et il propose une exégèse religieuse du texte de Thomas More dans son introduction au texte.

Lectures politiques[modifier | modifier le code]

La discussion au jardin (détail de la page 25). (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

Quelle est la politique, quelle est la visée politique ou quel est le propos politique de Th. More[241] ? Peut-on réellement y voir les prémices du socialisme ou du communisme ? S'adressait-il directement au peuple ? Les lectures politiques faites de l'Utopie se sont attardées sur l'une ou plusieurs de ces questions, certains commentateurs ne s'attardèrent que sur le Livre I ou sur le Livre II, certains commentateurs s'attardèrent sur un point politique précis traversant tout l'Utopie, quand d'autres commentateurs s'attardèrent à la manière dont l'Utopie fut rédigée et présentée au lecteur. Schématiquement, il y a deux façons d'aborder politiquement l'Utopie : la présentation des propos et des propositions politiques (écriture, éditions, formulations, etc.) ; les propos, les propositions et les réalisations politiques en elle-même (leurs principes, leurs contenus, leurs faisabilités, etc).

Une écriture politique

Pour commencer, il faut peut-être s'attarder sur la rhétorique qui innerve ce livre. Selon Laurent Cantagrel :

« Si le lettré de la Renaissance, homme du livre et de l'écrit autant, sinon davantage, qu'homme du discours public, continue à considérer son travail d'écriture comme une variante de l'art oratoire, c'est parce qu'il le pense comme destiné à un public sur lequel il veut exercer une action (et non pas seulement une émotion esthétique). Rappelons que les débats de l'époque sur la rhétorique et l'éloquence impliquent la question de savoir si le philosophe doit participer activement à la vie de la cité[242]. »

Pour Miguel Abensour, c'est l'écriture même de l'Utopie qui est politique, pas simplement sa forme ni la tradition dans laquelle elle s'inscrit[241].

Des propositions politiques

Dans l'Utopie, les personnages Th. More et Raphaël Hythlodée tiennent un grand nombre de propos politiques et ils exposent un nombre impressionnant de réalisations politiques. Tout ou partie de ces propos et réalisations politiques furent questionnés par les commentateurs.

Observations philosophiques[modifier | modifier le code]

Th. More étudia à Oxford, il y eut comme maîtres William Grocyn et Thomas Linacre. Ce dernier forma le Cercle d'Oxford, une brillante coterie de lettrés qui comptait parmi ses membres John Colet, William Latimer et Grocyn. Auprès de ce dernier, More reçu des leçons de philologie, de critique et d'exégèse ; tandis que Linacre lui enseigna et lui expliqua Aristote[243]. Le clin d'œil à Platon dans le « Sizain d'Anémolius » signale que More fut familier de ses écrits, et quelques allusions dans L'Utopie signalent que More lut les écrits d'Augustin. Sans être un écrit proprement philosophique, il y a de la philosophie dans le texte de l'Utopie, certains interprètes de ce texte firent quelques observations philosophiques à ce sujet. (Marie Delcourt, Simone Goyard-Fabre, Jean-Yves Lacroix).

Approches littéraires[modifier | modifier le code]

L'Utopie a donné naissance à un genre littéraire à part entière, le genre utopique. Ce genre naquit de l'essor de la littérature au XVIe siècle, au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, un essor permis, entre autres, par le développement de l'imprimerie et l'augmentation progressive de la diffusion des livres dans les différentes couches de la société. Par ses caractères singuliers et pluriels (au croisement des récits de voyage, des propos et propositions politiques, de la vérité et de la fausseté, du sérieux et du futile), le genre utopique, l'Utopie, sont étudiés aujourd'hui sous le genre littéraire narratif. L'Utopie est alors abordée comme une fiction : l'épopée d'Utopus qui conquiert Abraxa ou le récit de voyage de Raphaël Hythlodée.

Toutefois, la composition et l'écriture de l'Utopie emprunte à d'autres genres littéraires : épistolaire (la simple correspondance exemplifiée par la lettre d'Érasme à J. Froben, le genre épistolaire avec l'échange entre P. Gilles et J. de Busleyden, enfin l'épître avec la lettre-préface de G. Budé), poétique (les épigrammes conclusifs de l'édition de 1518), argumentatif (nombre de paraboles sont présentes dans l'Utopie, l'influence des fabliaux ne peut être exclue). Pour finir, une autre branche des études littéraires s'est penchée sur une composante importante de l'Utopie : la rhétorique. Et il ne faut pas oublier la satire ou le dialogue philosophique.

Pages 12 et 13 de l'Utopie dans l'édition de novembre 1518 chez Johann Froben. À gauche se trouve la carte de l'île d'Utopie (de la main d'Ambrosius Holbein), à droite se trouve l'« Utopiensium Alphabetum » et le « Tetrastichon vernacula utopiensium lingua » (vraisemblablement composés par Pierre Gilles). (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »)

Traditions et inspirations

Lorsqu'il rédige l'Utopie, Th. More emprunte et singe de nombreuses forme d'écrits dont il avait connaissance, par exemple : l'épopée, le fabliau, le récit de voyage, le dialogue philosophique ou la satire. Il met à profit toutes les dimensions de l'art rhétorique : sa tradition, ses composantes et la façon dont il est enseigné dans les écoles d'alors. Une dimension essentielle de l'art rhétorique est présente dans l'Utopie : l'oralité. À l'époque les livres sont lus à voix haute, ainsi chaque lecteur de l'Utopie lisait ce texte à voix haute.

Novations

L'Utopie est un livre fondateur pour la pensée utopiste. Cette œuvre, ce livre, sont devenus la matrice littéraire d'un genre littéraire : l'utopie. Différentes formes d'écrits sont articulés différemment et créent ainsi une nouvelle forme d'écrit. C'est cette articulation qui fait le noyau d'un écrit utopique : la description d'un pays autre et la discussion de ses institutions. Rétrospectivement, ce sont ces deux éléments qui forment le genre utopique, ces deux éléments qui font d'une fiction littéraire : une utopie.

Ainsi, Raymond Trousson dans son Voyages au pays de nulle part, sous-titré : Histoire littéraire de la pensée utopique.

Abords de l'imagination et de l'imaginaire[modifier | modifier le code]

Dans l'Utopie, Th. More semble faire preuve d'une inventivité sans limite. Mais il ne fut pas le seul auteur à décrire une cité idéale, d'autres le firent avant lui et d'autres après lui. Aussi, certains interprètent ont vu dans cette récurrence des descriptions de cités idéales (certes fort diverses) une constante de l'imagination, une sorte de schème réflexif. (Claude Gilbert Dubois, Jean-Jacques Wunenburger).

D'autres interprètes se sont attachés à étudier cet imaginaire à l'œuvre dans l'Utopie (Louis Marin).

Influence[modifier | modifier le code]

Perspective générale[modifier | modifier le code]

Pour le dire vite, esquisser l'histoire des œuvres influencées par l'Utopie au cours des siècles, c'est retracer l'histoire de différentes interprétations et réceptions des quatre éditions de La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie réalisées par Thomas More en compagnie d'un groupe d'humanistes de 1516 à 1518. Aussi faut-il rappeler quelques faits : imprimée après l'affichage des 95 thèses de Martin Luther dans un contexte social, politique et religieux européen totalement différent, l'édition ne varietur de l'Utopie vit la réception et l'interprétation de son message chrétien irrémédiablement altérées (la décapitation de son auteur fit le reste) ; diffusé hors des cercles humanistes proches des centres de pouvoir, le texte de l'Utopie tomba dans les mains d'un lectorat auquel il ne fut pas adressé (les siècles suivants accentuèrent cet écart) ; enfin, traduit dès le XVIe siècle dans plusieurs langues vernaculaires, les qualités et les singularités du texte latin de l'Utopie furent inévitablement perdues, sans parler des motivations des traducteurs successifs ni de la composition des éditions dans lesquelles ces traductions furent publiées (avec tout ou partie des Livres I et II, avec ou sans les parerga et les paratextes originels[31])[n 51].

L'Utopie de Th. More influença un grand nombre d'auteurs : certains mentionnèrent l'île d'Utopie dans leurs textes ou rendirent grâce à son auteur ; d'autres s'en inspirèrent librement, ne retenant qu'une idée ou qu'un détail de l'Utopie ; d'autres encore imitèrent tout ou partie de la composition de l'Utopie ; d'autres enfin prirent l'Utopie à la lettre et tentèrent de passer du texte à l'action. Depuis notre XXIe siècle, il est possible de distinguer deux sortes d'œuvres influencées par l'Utopie de Th. More : celles qui sont listées dans les histoires ou les dictionnaires de l'utopie et les autres.

Quelques dernières précisions en forme de chronologie synthétique : avec le temps, l'influence du texte et du livre La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie diminue jusqu'à presque disparaître au XXIe siècle ; depuis le XVIIe siècle l'influence de l'utopie comme genre littéraire prend le relais[n 52] ; depuis le XVIIIe siècle le concept philosophique d'utopie ne cesse d'être raffiné et critiqué ; enfin, depuis le XVIIIe siècle l'idée sociale-politique d'utopie ne cesse de se répandre et d'influencer nombre d'auteurs, de penseurs et de citoyens[n 53].

Sinon, le texte et les personnages d'Utopie ont inspiré de nombreuses créations et improvisations, non seulement cinématographiques (ou télévisées), mais aussi musicales et théâtrales ; enfin, de nombreuses œuvres homonymes Ce lien renvoie vers une page d'homonymie ont repris son nom paradoxal.

L'Utopie en France au XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Frontispice de Pantagruel (1525-1535), livre écrit par François Rabelais. (« Source : Gallica — Bibliothèque Nationale de France »)

Pour faire court, Th. More est connu en France au XVIe siècle. Claire Pierrot rappelle que « More [eut] maille à partir avec un érudit, Germain de Brie, qui publi[a] l'Antimorus, libelle qui s'attaque à la fois au goût de More pour le comique, son maniement libre du latin et sa façon de concevoir le genre de l'éloge[244]. » Mais, comme l'indique Jean Céard, « c'est au chancelier d'Angleterre, martyr de la foi, que vont la plupart des mentions[245]. » Il ajoute : « fugitives ou détaillées, ces mentions sont le plus souvent silencieuses sur l'Utopie[245]. »

Toutefois, quelques livres montrent que l'Utopie est connu et lu. Ainsi, un pamphlet contre les théologiens de la Sorbonne publié aux alentours de 1526 est intitulé Misocacus ciuis utopiensis Philaletis ex sorore nepotis Dialogi tres, l'adresse de l'imprimeur est Apud Utopiæ Aurotum et « l'explicit précise : Amauroti in metropoli Utopiæ[246]. » J. Céard souligne : « Pour que l'on ait choisi d'accumuler ainsi les références à l'Utopie de More dans un texte polémique, on devait être bien certain qu'elles seraient tout de suite perçues des lecteurs et qu'ils étaient assez bien informés du livre pour en saisir la portée[246]. » Dans l'article qu'il consacre aux premiers lecteurs français de l'Utopie au XVIe siècle, J. Céard observe que le livre de Th. More rencontra « un certain intérêt en France et [que] l’ouvrage y a été vraiment lu[247]. » Parmi les noms relevés par J. Céard, on trouve : Guillaume Budé, Jean Le Blond, Barthélemy Aneau, Jean Bodin, Guillaume de la Perrière, Loys Le Roy et Jean de Serres[248], ainsi que Gratien du Pont et Agrippa d'Aubigné[246]. De son côté, C. Pierrot note : « C'est Rabelais qui favoris[a] la vulgarisation de l'Utopie par le succès de ses romans et des productions autour de la geste gargantuine[249]. »

En effet, dans son livre intitulé Pantagruel[250] (1532), François Rabelais fait deux clin d'œil à l'ouvrage de Th. More[251] : la mère de Pantagruel est « fille du roi des Amaurotes en Utopie » ; aussi, Gargantua signe sa fameuse lettre dressant un programme éducatif idéal, qu'il adresse à Pantagruel, depuis « Utopie »[252]. Pour Verdun-Louis Saulnier : « On a le droit de penser que l'Utopie fut parmi les livres qui stimulèrent la pensée de Rabelais. Il n'en est que plus remarquable que Morus ne soit jamais cité dans son œuvre, accueillante aux noms de ses maîtres[253]. » Parfois, un lieu du livre Gargantua est considéré comme une utopie (une micro-société utopique), il s'agit de l'Abbaye de Thélème.

« Lettres Vtopiques & Voluntaires », planche réalisée par Geoffroy Tory pour son livre Champ fleury paru en 1529. (« Source : Gallica — Bibliothèque Nationale de France »)

À comparer les dates, c'est l'imprimeur et libraire Geoffroy Tory qui fit entrer le premier dérivé du mot latin Utopia dans la langue française en 1529 dans son traité de dessin de caractères intitulé Champ fleury. Au quel est contenu L'art & Science de la deue & vraye Proportion des Lettres Attiques, qu'on dit autrement Lettres Antiques, & vulgairement Lettres Romaines proportionnées selon le Corps & Visage humain[254] (graphie légèrement modernisée). En hommage à Th. More, G. Tory publia sur une page entière le dessin des lettres de l'alphabet utopien légèrement reprises et nommées « Lettres Utopiques & Voluntaires » (voir ci-contre à gauche). G. Tory rajouta même une lettre à cet alphabet utopien : le « z ». En guise de présentation de ces lettres, G. Tory écrit : « j'appelle Utopiques pource que Morus L'anglois les a baillées & figurées en son Livre qu'il a faict & intitule Insula Vtopia, L'isle Utopique. Ce sont Lettres que nous pouvons appeller Lettres volutnaires /& faictes à plaisir » (Feuil. LXXIII, verso ; graphie légèrement modernisée).

Sinon, un autre livre publié en France au XVIe siècle comporte une utopie (un passage utopique), il s'agit d'un « roman fort peu connu »[255] de Barthélemy Aneau intitulé Alector. Kirsti Sellevold remarque que B. Aneau rédigea Alector alors qu'il fut en pleine révision et correction de la première traduction française de l'Utopie réalisée par Jean Le Blond[256] (Voir dans les annexes « Les traductions françaises de l'Utopie / XVI »). V.-L. Saulnier observe : « Si le XVIe siècle français a peu connu, à la suite de More, de créations authentiquement utopiques, c'est qu'il préfère ordinairement le voyage imaginaire, et à l'occasion le contraire de l'utopie, à savoir la position satirique positive, procédant par une représentation allégorique et critique du réel (là où l'utopie donne un négatif flatteur)[257]. »

Pour finir, un avocat du Parlement de Paris, René Choppin, loua Th. More et son Utopie dans son ouvrage intitulé De Privilegiis Rusticorum Libri Tres. C'est au sud de Paris dans sa propriété de Cachan que R. Choppin tenta d'appliquer une loi utopienne qu'il affectionnait tout particulièrement : celle selon laquelle tout Utopien et Utopienne doit tous les deux ans travailler aux champs. Cependant, comme le résume Natalie Zemon Davies : « One lawyer dreamed of a society in which peasants would be more effectively exploited than before ; the other of a society in which both ''peasants'' and exploiters had disappeared[258]. » Le premier fut R. Choppin, le second Th. More. N. Zemon Davies écrit : « More described a society in which the separation between rural and urban life was broken down for everyone and in which agricultural tasks were not despised. Choppin intended a society in which the separation between rural and urban life was broken down for wealthy townsmen, lawyers and magistrates and in which agricultural administration was taken more seriously[259]. » Il n'en reste pas moins que R. Choppin appliqua la loi utopienne dans sa propriété ; malheureusement, lorsqu'il s'absentait les serfs et les contremaîtres songeaient plus à le voler qu'à travailler pour lui[260].

Première traduction en langue française

En 1550 paraît la première traduction de l'Utopie en langue française qui est due à l'humaniste normand Jehan Le Blond, voici son titre : La description de l'isle d'Utopie, où est comprins le miroer des républicques du monde, & l'exemplaire de vie heureuse[14] (à Paris, édition de C. L'Angelier, un in-8 de 112 feuillets). Cette traduction est précédée de l'épître de Guillaume Budé parue dans l'édition de 1517 chez Gilles de Gourmont (les autres parerga et paratextes ne furent pas repris), un portrait gravé de Th. More suit la page de titre et le traducteur joint un poème de sa main, la « Lettre-Préface » de Th. More adressée à P. Gilles a disparu et est remplacée par une présentation de R. Hythlodée[261].

Annexes[modifier | modifier le code]

Paratextes et parerga éliminés[modifier | modifier le code]

Le livre résumé dans cet article correspond à la dernière édition de l'Utopie à laquelle participa Th. More. Aujourd'hui, cette édition est considérée comme celle qui fixe, pour toujours, à la fois le texte définitif et la présentation définitive du livre intitulé La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie. Comme il est expliqué plus haut (« Quatre éditions »), les première et deuxième éditions du texte Utopie publiées en 1516 et en 1517 ne furent pas présentées de la sorte, ni composées des mêmes parerga et paratextes. Ci-dessous, les paratextes et les parerga qui furent publiés dans ces deux éditions mais non reproduits par la suite sont brièvement présentés et résumés. (Pour le détail de ces éditions voir en fin d'annexe « Les quatre éditions latines de l'Utopie »)

Après ces paratextes et parerga, un passage d'une lettre de Beatus Rhenanus adressée à Willibald Pirckheimer est résumé en quelques mots ; des noms de lieux et de personnages de l'Utopie sont succinctement explicités ; enfin, l'extrait d'une lettre de Th. More envoyée à Érasme, dans laquelle il se rêve en prince d'Utopie, est rapporté.

La page de titre de 1516

Dans l'édition princeps supervisée par Érasme et P. Gilles chez T. Martens, la page de titre est une longue phrase présentant le titre de l'œuvre, le nom de son auteur, le nom de l'éditeur, celui de l'imprimeur et celui du lieu d'édition. La composition typographique met en avant les premiers mots de cette phrase (« Libellus vere aureus… ») qui, telle une formule liminaire, sont peut-être destinés « à solliciter chalands curieux ou lecteurs décidés[262]. » Voici la traduction de cette page de titre :

Page de titre de la première édition parue en 1516 chez Thierry Martens. (« Source : Bibliothèque Mazarine »)

« Un vrai Livre d'Or,
UN PETIT OUVRAGE, NON MOINS SALUTAIRE QU'AGRÉABLE,
relatif à la meilleure forme de communauté politique et à la nouvelle île d'Utopie.
L'auteur est le très illustre Thomas More, citoyen
et shérif de l'illustre cité de Londres. Édité
par les soins de Maître Pierre Gilles d'Anvers,
sur les presses de Théodore Martens d'Alost,
Imprimeur de la souveraine Académie de Louvain,
il paraît aujourd'hui pour la première fois
et avec la plus scrupuleuse
exactitude.
Avec permission et privilège[263]. »

Ainsi, la formule « libellus uere aureus » occupe « la première ligne en belles grasses gothiques »[264]. S. Gély rappelle la définition de « Libellus » : c'est un petit livre, « de dimensions, voire de prétentions modestes » ; mais ce peut être aussi un « bref écrit de combat », un « libelle »[264].

De son côté, J.-F. Vallée relève une coïncidence qui n'est sans doute pas fortuite : « Le début de l’édition Froben de 1515 de L’Éloge de la folie (Moria encomium) se lit comme suit : Stulticiaelaus, libellus vere aureus, nec minus eruditus, & salutaris, quam festivus[265]. Tandis que le titre de l’édition de Louvain de L’Utopie commence ainsi : Libellus vere aureus nec minus salutaris quam festivus. Seule l’absence de l' ''érudition'' distingue donc le livre de More de celui de son ami Érasme…[266] » Par ailleurs, Il faut noter que ce frontispice de 1515 est utilisé comme frontispice aux Epigrammata de Th. More dans l'édition de l'Utopie de novembre 1518 (voir plus bas « 1518 La lettre de Beatus Rhenanus à Willibald Pirckheimer (Extrait) »).

La page de titre de 1517

Imprimée à Paris chez Gilles de Gourmont en 1517, la deuxième édition de l'Utopie supervisée par T. Lupset (en suivant les instructions d'Érasme) propose une nouvelle page de titre. La phrase est devenue un paragraphe, outre le nom de l'auteur deux nouveaux noms apparaissent : Érasme (à qui des annotations son attribuées), Budé (dont une lettre est ajoutée à cette édition). Ce nom de Guillaume Budé figurant sur la page de titre : « quel meilleur garant pour un public français de la ''République des Lettres''[218] ? »

Mais il n'y a pas que la page de titre qui est modifiée, c'est la composition même du livre qui est revue : « Les deux amis [More et Érasme] décidèrent de donner à l'édition de Paris un ton plus sévère, écrit A. Prévost. Le mot festivus du titre de Louvain serait remplacé par celui d'elegans ; les jeux de l'alphabet utopien, du poème en langue utopienne, de la carte disparaîtraient[267]. » En sus, Th. More ajouterait une seconde lettre annoncée à la fin de cette nouvelle page de titre. Voici la traduction de cette page de tire :

Page de titre de la deuxième édition parue en 1517 chez Gilles de Gourmont. (« Courtesy of the John Carter Brown Library »)

« Au lecteur.
VOICI, AMI LECTEUR,
ce fameux opuscule de Thomas More, un vrai livre
d'or, non moins remarquable par son utilité que par son
style, relatif à la meilleure forme de communauté poli-
tique et à la nouvelle Île d'Utopie, imprimé de nouveau
mais beaucoup plus correctement que la première
fois ; comme tu le vois, il est édité sous forme de manuel,
à l'instigation de nombreux notables et de personnes
d'excellent conseil ; je pense, en effet, que tu dois vrai-
ment l'apprendre par cœur et non pas seulement le
prendre en main chaque jour. En plus de la correction
d'innombrables fautes en maints endroits, on y
trouve des annotations d'Érasme et une
lettre de Budé, érudits de notre temps,
dont le talent ne doit rien au hasard.
S'y ajoute également une
lettre fort savante de
More lui- même.
Porte-toi
bien.
+
₵ Avec permission et privilège[268]. »

Dans cette nouvelle formulation, S. Gély remarque ceci : « Libellus, s'est ici neutralisé en opusculum, en troisième ligne et en minuscules, cependant toujours accompagné de l'épithète qui lui attribue l'éclat d'or[218]. » Peut-être faudrait-il rapprocher cette remarque de celle d'A. Prévost : « L'édition a été faite sous forme de manuel. Budé est l'un de ces notables qui ont recommandé le format maniable[268]. » En latin, « opusculum » signifie « petit ouvrage ».

Le frontispice de mars 1518

Frontispice de la troisième édition parue en mars 1518 chez Johann Froben. (« Source e-rara.ch / Universitätsbibliothek Basel »)

Les éditions de l'Utopie imprimées chez Johann Froben sont regardées par les critiques et les commentateurs contemporains comme les plus abouties, l'édition de mars 1518 fut utilisée par E. L. Surtz et J. H. Hexter pour établir l'édition de référence anglaise[269], tandis que l'édition de novembre 1518 fut utilisée par A. Prévost pour établir l'édition de référence française[240]. La supervision de ces deux éditions fut confiée par Érasme à Beatus Rhenanus : l'ordonnancement des paratextes et des parerga fut revu pour l'édition de mars puis conservé dans celle de novembre ; de nouvelles lettrines font leur apparitions, la mise en page du texte n'est pas identique dans l'édition de mars et celle de novembre ; Th. More eut l'occasion de revoir son texte et d'effectuer quelques corrections pour les deux impressions. Quant à la présentation extérieure du livre, « elle fait entrer l'Utopie dans la classe des éditions de luxe, écrit A. Prévost. Grâce à la présence d'Ambrosius Holbein et de Hans Holbein [le Jeune] à Bâle, Froben fait exécuter pour les titres et les grandes divisions du texte : frontispices, illustrations de scènes typiques, initiales, des gravures sur bois qui rehaussent singulièrement le charme de l'œuvre[270]. »

Ainsi, dans l'édition de mars 1518 un frontispice[271] remplace les pages de titre des précédentes éditions. Ce frontispice, remarque A. Prévost, n'a « aucun rapport avec le texte[270]. » En fait, ce frontispice dessiné par Hans Holbein le Jeune « avait déjà servi de page de titre à d'autres œuvres d'Érasme publiées l'année précédente[270]. » A. Prévost décrit brièvement ce frontispice : dans le haut, « une "Véronique" »[270] avec, au sommet, « une tête de Christ couronné d'épines »[85] ; dans le bas, « une scène tragique, le suicide de Lucrèce », le tout « encadré d'amours et de grotesques divers[270]. »

En mars 1518, le titre de l'ouvrage change de nouveau. S. Gély relève que « le terme libellus qui figurait en première place dans le titre de l'édition de Louvain » passe définitivement au second plan[272]. En effet, voici le nouveau titre : DE OPTIMO REIP. STATU, deque noua insula Vtopia. Libellus uere aureus, nec minus salutaris quam festiuus, clarissimi disertissimique uiri THOMAE MORI inclytae ciuitatis Londinensis ciuis & Vicecomitis. Ce titre est repris tel quel dans l'édition de novembre 1518.

1516 La première carte de l'île d'Utopie

La gravure de la carte présente dans l'édition princeps est attribuée à un « peintre éminent » par Gerhard Geldenhauer dans une lettre à Érasme datée du [104] ; A. Prévost, suivant en cela Edward L. Surtz, attribue le dessin de la carte à G. Geldenhauer lui-même[122]. Selon E. L. Surtz, les lettres « NO » inscrites sur le pavillon de la caravelle sont celles de l'alias que G. Geldenhauer utilise pour signer sa correspondance : « No. », soit « Noviomagus »[104],[n 54]. Dès la première édition, la carte est placée en regard de l'alphabet utopien ; plus exactement : la carte de l'île d'Utopie, l'alphabet et le poème utopien forment une double-page ; cette composition est voulue et recherchée, elle est reprise dans les deux éditions de 1518.

Carte de l'île d'Utopie gravée pour la première édition chez Thierry Martens en 1516, titrée « VTOPIAE INSVLAE FIGVRA ». Elle disparut de l'édition de 1517 imprimée chez Gilles de Gourmont. (« Source : Bibliothèque Mazarine »)
Carte de l'île d'Utopie gravée pour l'édition de mars 1518 chez Johann Froben, elle est reprise dans l'édition de novembre sans le titre « VTOPIAE INSVLAE TABVLA ». (« Source e-rara.ch / Universitätsbibliothek Basel »)

Concernant la gravure (ci-contre à gauche), la carte représente certains des détails rapportés au début du Livre II de l'Utopie : l'isolement de l'île est représenté (l'isthme est déjà creusé), la forme de croissant est suggérée, les difficultés d'accès sont indiquées (le rocher qui se dresse à l'entrée de la baie), la circularité du fleuve est respectée, la répartition équidistante des villes est symbolisée, la capitale est située au centre de l'île (bien que son nom soit écrit juste au-dessus), les défenses et les fortifications sont représentées (la tour de défense qui se dresse sur le rocher, les murailles de la capitale), le commerce maritime est rappelé (un bateau est au mouillage, un autre arrive ou quitte l'île, tandis qu'on aperçoit des voiles à l'horizon en haut à droite de la carte). La composition et la représentation de cette première carte sont plus ou moins reprises dans la carte de 1518 (voir ci-contre à droite).

Quelques brèves remarques sur les différences entre ces deux cartes : les trois bateaux présents sur la carte de 1516 (la caravelle, le bateau à voile latine et la barque masquée par la caravelle) sont reproduits comme en miroir sur celle de 1518 (sur la caravelle le personnage fait désormais face au lecteur, alors qu'en 1516 il semblait regarder l'île d'Utopie) ; sur la carte de 1518, des personnages sont présents sur le rivage (Hythlodée, possiblement Th. More, un soldat) ; la ville imposante visible en arrière plan sur la carte de 1516 a disparu de celle de 1518 ; comme accrochée au cadre qui ceint la gravure, une guirlande passe au devant de l'île d'Utopie sur la gravure de 1518 ; dernière remarque : des croix sont visibles sur les clochers des églises sur la carte de 1518. Quant à l'image de l'île d'Utopie, est-elle véritablement inversée ? Les noms de la source et de l'embouchure du fleuve Anydre n'ont pas changé de place, mais leur sites oui. Sinon, l'entrée de la mer intérieure semble désormais s'effectuer par l'Ouest, où se dirige le bateau à voile latine, et non plus par l'Est.

Première page de la lettre de Jean Desmarais, édition de 1517 chez Gilles de Gourmont (« Courtesy of the John Carter Brown Library »).

1516 La lettre et le poème de Jean Desmarais

Cette lettre et ce poème de Jean Desmarais figurent dans les deux premières éditions de l'Utopie, la princeps de 1516 chez Thierry Martens et celle de 1517 chez Gilles de Gourmont ; ces deux parerga seront supprimées des éditions de Bâle en 1518. J. Desmarais, originaire de Cassel, fut « rhéteur et secrétaire général de l'Académie de Louvain[273]. »

Dans sa lettre adressée à Pierre Gilles, J. Desmarais tisse des liens entre les cultures passées et présentes en évoquant de grands écrivains du passé et ceux du présent. Ainsi, « les Grecs et les Romains n'ont pas eu tout l'honneur. L'érudition a brillé aussi dans d'autres régions. L’Espagne a quelques noms célèbres desquels elle s’enorgueillit. La sauvage Scythie a son Anacharsis[n 55]. Le Danemark a son Saxo[n 56]. La France a son Budé. L’Allemagne aussi a nombre d’hommes célébrés pour leurs écrits, l’Angleterre également, et des notables[274]. » Alors, J. Desmarais s'attache à louer les mérites de Th. More et à le distinguer : « Mais est-il besoin de parler des autres ? Tenons-nous en à More, car c'est lui qui excelle au suprême degré. Toujours dans la fleur de l'âge, et alors même qu'il fut distrait par les affaires publiques aussi bien que domestiques, il achève tout ce qu'il entreprend plus facilement que ses écrits[274]. »

Ensuite, J. Desmarais prend du recul, puis il se met en retrait face au talent de Th. More ; aussi, il évoque les mécènes Charles de Castille et Jean le Sauvage. Pour finir, J. Desmarais s'adresse directement à P. Gilles et le presse de publier l'Utopie rapidement : « je vous demande, savantissime Pierre Gilles, de veiller, dès que possible, à ce que l'Utopie soit publiée. Car dans ce travail, comme dans un miroir, on y verra tout ce qui sera nécessaire pour fonder une République parfaitement ordonnée. Daignât vouloir le Ciel que comme les Utopiens ont commencé d'embrasser notre religion, nous pussions, en échange, emprunter d'eux la forme d'un bon et heureux Gouvernement[274] ! » Dans le poème (sans titre) qui suit sa lettre, Jean Desmarais s'intéresse aux vertus, un aspect essentiel de l'éthique des Utopiens.

Poème de Jean Desmarais, édition de 1517 chez Gilles de Gourmont (« Courtesy of the John Carter Brown Library »). (En haut de la page se trouvent les dernières lignes de la lettre de J. Desmarais.)

« Rome donna des hommes courageux, et l'honorable Grèce donna des hommes éloquents,
Des hommes stricts donnèrent la renommée Sparte.
Marseille donna des hommes honnêtes, et l’Allemagne, elle, des hommes robustes.
Des hommes courtois et charmants, l'Attique donna.
L'illustre France, un temps, donna des hommes pieux, l’Afrique des hommes prudents.
Des hommes munificents, autrefois, les Britanniques donnèrent.
Des exemples d’autres vertus sont recherchés chez différents peuples,
et ce qui est absent chez l’un, abonde chez l’autre.
Une seule région du monde donna la totalité des vertus aux hommes, l’île d’Utopie[274]. »

1517 La seconde lettre de Thomas More à Pierre Gilles

La seconde lettre de Th. More, aussi nommée « Impendio », fut jointe à l'édition imprimée en 1517 chez Gilles de Gourmont et supervisée par Thomas Lupset[n 57]. Tandis que furent retirés de cette édition la carte de l'île d'Utopie, l'alphabet des Utopiens et le quatrain en langue vernaculaire, la lettre de G. Budé adressée à T. Lupset fit son apparition ; quant au texte de l'Utopie, il prit place au centre de la publication (la lettre de J. de Busleyden, le poème de G. Geldenhauer et celui de C.de Schrijver furent déplacés après le texte de l'Utopie).

Cette seconde lettre fut placée juste après la fin du Livre II. Sur la forme : après avoir lu l'Utopie un lecteur (non nommé) a formulé des critiques, P. Gilles (Ægidio) les a faites parvenir à Th. More (Morus) qui prend la plume pour y répondre. Sur le fond : nombre de passages font échos à la « Lettre-Préface », ainsi au sortir du texte de l'Utopie Th. More prend soin d'accompagner le lecteur. Voici, cité par Morus, ce qu'a écrit le lecteur anonyme : « Si la chose est rapportée comme vraie, j'y vois quelques absurdités ; mais si elle est fictive, alors je regrette en certains endroits de ne pas y retrouver toute l'exactitude du jugement de More[275]. » À cette critique, Morus répond d'abord qu'il ne voit pas en quoi « on devrait s'estimer clairvoyant en découvrant qu'il y a quelques absurdités dans les institutions des Utopiens, ou qu'en façonnant [sa] République [il n'a] pas toujours inventé les solutions les plus expédiantes : ne voit-on rien d'absurde nulle part ailleurs dans le monde ? Et quel philosophe a-t-il jamais organisé une République, gouverné un prince ou dirigée une maisonnée sans qu'il y ait rien à améliorer dans ses institutions[276] ? »

Première page de la seconde lettre (dit « Impendio ») de Th. More adressée à P. Gilles, édition de 1517 chez Gilles de Gourmont. (« Courtesy of the John Carter Brown Library »)

Puis, Morus poursuit sa défense sur le terrain de l'écriture : « si j'avais pris la décision d'écrire sur la République, et qu'une telle fable me fût venue à l'esprit, je n'aurais peut-être pas répugné à cette fiction qui, enveloppant le vrai comme du miel, lui permet de s'insinuer un peu plus suavement dans les esprits[277]. » N'est-ce pas, justement, ce qu'il fit ? Ensuite, Morus devient plus explicite quant à l'invention et à la fabulation qui parcourt le texte de l'Utopie : « j'aurais […] semé pour les plus lettrés quelques indices qu'il eût été aisé de suivre à la trace pour percer mon dessein[277]. » Quels types d'indices ? Par exemple, il aurait donné au prince, au fleuve, à la ville et à l'île des noms singuliers. « Cela n'aurait pas été difficile à faire, et aurait été bien plus spirituel que ce que j'ai fait ; car, si je n'y avais pas été contraint par la fidélité historique, je n'aurais pas poussé la stupidité jusqu'à choisir d'employer ces noms barbares et qui ne signifient rien : Utopie, Anydre, Amaurote, Adèmus[278]. » N'est-ce pas, précisément, ce qu'il fit ?

Enfin, Morus termine sa défense en parlant de Raphaël Hythlodée. D'abord, il répète ce qu'il écrivit dans sa « Lettre-Préface » : « je n'ai fait que reproduire par écrit, en homme simple et crédule que je suis »[278]. Après, il déclare que Raphaël raconta son histoire à « beaucoup d'hommes d'une extrême honnêteté et du plus grand sérieux »[279]. Pour finir, Morus affirme que des voyageurs tout juste revenus du Portugal ont croisé Raphaël et qu'il était « aussi vivant et en bonne santé qu'il fut jamais[280]. » Ainsi : « Que [les incrédules] aillent donc s'enquérir de la vérité auprès de lui en personne, ou qu'ils aillent la lui arracher en le soumettant, s'il leur plaît, à un interrogatoire serré — pourvu qu'ils comprennent que je ne saurais répondre que de mon œuvre, et non de la bonne foi d'un autre[280]. »

1518 La lettre de Beatus Rhenanus à Willibald Pirckheimer (Extrait)

Cette lettre de Beatus Rhenanus apparaît pour la première fois dans l'édition de mars 1518 chez Johan Froben, elle fut reprise dans l'édition de novembre 1518. Adressée à Willibald Pirckheimer, cette lettre fait office de préface aux Epigrammata de Th. More ; de fait, elle n'apparaît que dans les éditions de 1518 auxquelles furent reliés ces Epigrammata. (Voir les liens vers les reproductions numérisées dans « Les quatre éditions en latines de l'Utopie ») Dans les éditions de référence de l'Utopie en langue anglaise, un extrait de cette lettre évoquant le livre de Th. More est souvent proposé car B. Rhenanus y rapporte la réception du texte Utopie par certains lecteurs contemporains. Cet extrait est brièvement résumé ci-dessous.

Page 169, édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). Frontispice des Epigrammata de Th. More[n 58].
Page 169 (en fait : 173), édition de novembre 1518 chez Johann Froben (« Courtesy of the Folger Shakespeare Library »). Passage de la lettre de Beatus Rhenanus adressée à Willibald Pirckheimer dans lequel il est question de l'Utopie. (Dans la marge, un lecteur a écrit « budeus ».)

B. Rhenanus introduit les propos qu'il va rapporter en comparant les Epigrammata qu'il préface avec le texte de l'Utopie : « tout comme ces [épigrammes] permettent de montrer l’esprit de More et sa noble érudition, ainsi la vivacité de son jugement dans les affaires pratiques devient lumineuse dans l'Utopie[281]. » B. Rhenanus ne s'étend point sur le sujet, il rappelle que Budé a déjà salué ce livre « dans une splendide préface » et il écrit : « Le livre de More contient des principes tels qu'on ne les trouve pas dans Platon, ni Aristote, ni même dans les Pandectes de Justinien. Son enseignement est peut-être moins philosophique que ces derniers, mais il est plus chrétien[281]. »

Sur ces brèves remarques, B. Rhenanus rapporte « une bonne histoire » qui eut lieu lorsque l'Utopie « fut mentionnée lors d'un rassemblement de divers hommes importants »[281]. Au cours d'une discussion, alors que B. Rhenanus louait l'Utopie, « un fou dit que More ne méritait pas plus de crédit qu’un scribe, qui écrit simplement ce que les autres disent tel un gratte-papier […], qui peut assister à une réunion, mais qui n’exprime pas ses propres idées[281]. » Ce « fou » ajouta : « Dans le livre tout vient de la bouche d'Hythlodée ; More ne fit que l’écrire. À ce titre More ne mérite pas plus de crédit que celui accordé à une bonne retranscription[281]. »

Ensuite B. Rhenanus rapporte que, parmi les hommes présents, « nombreux sont ceux qui donnèrent leur approbation au jugement de cet homme comme s’il eut parlé le plus correctement[281]. » B. Rhenanus termine sa « bonne histoire » par ces mots écrits en grec (voir ci-dessus à droite) : « N’admirez-vous pas à présent l’esprit rusé de More qui conduit ces hommes égarés, pas seulement des imbéciles ordinaires mais des hommes importants, et des théologiens à ces jugements[281] ? »

Les noms en Utopie[modifier | modifier le code]

Par antiphrase, dans sa seconde lettre adressée à P. Gilles, Thomas More reconnaît qu'il a semé « pour les plus lettrés quelques indices » dans son texte. Ainsi, outre les références littéraires et historiques, Th. More a forgé des « noms barbares et qui ne signifient rien ». Ci-dessous, ces noms sont très brièvement présentés[282],[283].

Thomas More se rêve en prince d'Utopie[modifier | modifier le code]

Lors des mois qui précédèrent la publication de l'édition princeps de l'Utopie, Thomas More n'était pas sûr de la qualité de son texte, ainsi ouvre-t-il une lettre qu'il envoie à Érasme : « Je t'envoie notre Nulle-part, qui n'est nulle part bien écrite, je la fais précéder d'une lettre à mon cher Peter[284]. » Pour le rassurer, Érasme lui écrit : « Pierre Gillis est vraiment épris de toi. Tu es constamment en notre présence. C'est fou, l'intérêt qu'il porte à ta Nusquama et il t'envoie mille salutations ainsi qu'à tous les tiens[285]. » Th. More lui répond : « Je me réjouis d'apprendre que notre Nusquama, mon cher Pierre l'approuve ; si elle plaît à des gens de cette qualité, elle va commencer à me plaire à moi aussi[286]. »

Ses soucis écartés, Th. More raconte à Érasme un étrange rêve dans une lettre datée du 4 décembre 1516 : « Je ne saurais dire combien j'exulte à présent, à quel point je me sens grandi, à quel point je me fais de moi-même une plus haute idée. J'ai constamment devant les yeux la preuve que le premier rang m'est à jamais réservé par mes Utopiens ; bien plus, j'ai déjà aujourd'hui l'impression de m'avancer, couronné de cet insigne diadème de froment, attirant les regards par ma bure franciscaine, tenant en guise de spectre auguste la gerbe de blé, entouré d'une insigne escorte d'Amaurates[287]. » Et il poursuit : « en grande pompe je marche au-devant des ambassadeurs et des princes des autres nations, qui nous font vraiment pitié avec leur sot orgueil, j'entends, de s'en venir parés comme des gamins, alourdis de toilettes efféminées, enchaînés avec cet or méprisable, et prêtant à rire avec leur pourpre, leurs pierres précieuses et autres babioles creuses[288]. »

Arrivé à la fin de sa lettre Th. More écrit : « J'allais poursuivre plus longtemps ce très doux rêve, mais l'aurore qui se lève, hélas ! a dissipé mon rêve et m'a dépouillé de ma souveraineté et me ramène à mon pétrin, c'est-à-dire au tribunal. Une chose me console pourtant : c'est que les royaumes réels, je le constate, ne durent pas beaucoup plus longtemps. Porte-toi bien, très cher Érasme[289]. »

Les quatre éditions latines de l'Utopie[modifier | modifier le code]

Ci-dessous sont présentées en détail les quatre compositions de l'Utopie. L'édition princeps de 1516 imprimée à Louvain fut supervisée par Érasme assisté de Pierre Gilles ; Érasme prépara l'édition de 1517 qui fut supervisée par Thomas Lupset à Paris ; pour les éditions de mars et de novembre 1518 à Bâle, Érasme après avoir préparé les deux éditions délégua leur supervision à Beatus Rhenanus. Il est parfois fait mention d'une cinquième édition chez Johan Froben datée de décembre 1518, en réalité il s'agit d'une nouvelle mise sous presse de l'édition de novembre 1518. D'après Reginald Walter Gibson, au moins 100 exemplaires des quatre premières éditions revues par More ou ses collaborateurs directs sont parvenus jusqu'à nous (voir l'inventaire qui'l propose dans son livre St Thomas More : A preliminary bibliography of his works and of Moreana to to the year 1750). Certains de ses exemplaires appartiennent à des collectionneurs privés ou à des fondations, la majeure partie se trouve dans des bibliothèques nationales, municipales et universitaires ou dans des bibliothèques rattachées à des institutions publiques. À titre d'exemple : la Bibliothèque nationale de France et la Bibliothèque Sainte-Geneviève possèdent chacune un exemplaire de l'édition princeps et un exemplaire de l'édition de novembre 1518, tandis que la Bibliothèque Diderot de Lyon possède un exemplaire de l'édition de 1517.

Des liens vers des reproductions numérisées réalisées par différentes institutions sont proposés sous le détail de chaque édition. (Certaines éditions de mars et de novembre 1518 contenaient à la suite du texte Utopie des Epigrammata de Th. More et d'Érasme ; parmi les liens ci-après, se trouvent des reproductions numérisées avec ou sans ces Epigrammata.)

Le texte latin est librement disponible ici : Thomas More, « De optimo reipublicae statu… », sur The Essential Works of Thomas More, . Il est édité par Mary Taneyhill, William Farris et Jacquelyn Lee ; il comprend tous les parerga (exceptés la carte, l'alphabet utopien et son poème).

Chronologie des traductions et des éditions de l'Utopie en langue française[modifier | modifier le code]

XVIe siècle

  • Thomas More (trad. Jean Le Blond), La description de l'isle d'Utopie, ou est comprins le miroer des republicques du monde, & l'exemplaire de vie heureuse, Paris, L'Angelier, (lire en ligne). 
  • Thomas More (trad. Jean Le Blond, revue par Barthélémy Aneau), La republique d'Utopie, Lyon, Jean Saugrain, (lire en ligne). 
  • Thomas More (trad. Gabriel Chappuys), De la Republique d'Utopie. Estat & Gouvernement d'icelle, Paris, Regnault Chaudiere, (1re éd. 1585) (lire en ligne). , il s'agit du « Livre XXIIII », débutant p. 298, de l'ouvrage de G. Chappuys intitulé L'Estat, Description et Gouvernement des royaumes et republiques du monde, tant anciennes que modernes

XVIIe siècle

  • Thomas More (trad. F.N.D.), Du Gouvernement et administration de la Republique d'Utopie, Paris, Jean Milot, (lire en ligne). , il s'agit du « Livre vingt et deuxième » (f. 159) de l'ouvrage de Francesco Tatti da Sansovino intitulé Du Gouvernement et administration de divers estats, Royaume & Republiques, tant anciennes que modernes
  • Thomas More (trad. Samuel Sorbière), L'Utopie, Amsterdam, Jean Blaeu, (lire en ligne). 

XVIIIe siècle

  • Thomas More (trad. Nicolas Gueudeville), L'Utopie, Leide, Pierre Vander Aa, (lire en ligne). 
  • Thomas More (trad. Nicolas Gueudeville), L'Utopie, Amsterdam, R. & G. Wetstein, (lire en ligne)
  • Thomas More (trad. Nicolas Gueudeville), Idée d'une république heureuse ou l'Utopie, Amsterdam, François l'Honoré, (lire en ligne)
  • Thomas More (trad. Thomas Rousseau), Tableau du meilleur gouvernement possible, ou L'Utopie, Paris, L. Cellot, (lire en ligne). 
  • Thomas More (trad. Thomas Rousseau revue par Jacques-Pierre Brissot de Warville), Fragmens de l'Utopie, Berlin, (lire en ligne). , ces « Fragmens… » sont édités par J.-P. Brissot de Warville dans le tome IX (p. 2-66) d'une série de livres intitulés Bibliothèque philosophique du législateur, du politique, du jurisconsulte
  • Thomas More (trad. Thomas Rousseau), Du meilleur gouvernement possible, ou La nouvelle isle d'Utopie, Paris, J. Blanchon, (lire en ligne)

XIXe siècle

  • Thomas More (trad. Victor Stouvenel), L'Utopie, Paris, Paulin, (lire en ligne). 
  • Thomas More (trad. Thomas Rousseau, revue par Eugène Muller), Voyage à l'île d'Utopie, Paris, Charles Delagrave, (lire en ligne). 

XXe siècle

  • Thomas More (trad. Victor Stouvenel), L'Utopie, Paris, L'Enseigne du Pot Cassé, . 
  • Thomas More (trad. Paul Grunebaum-Ballin), Le Planisme au XVIe siècle. L'Ile d'Utopie ou la Meilleure des républiques, Paris, Albin Michel, . 
  • Thomas More (trad. Victor Stouvenel), L'Utopie, Bruxelles, Éditions Terres latines, . 
  • Thomas More (trad. Victor Stouvenel), L'Utopie, Paris, Nouvel office d'édition, coll. « Poche Club », . 
  • Thomas More (trad. Marie Delcourt), L'Utopie, Paris, La Renaissance du livre, 1966a. 
  • Thomas More (trad. Victor Stouvenel, revue par Marcelle Bottigelli-Tisserand), L'Utopie : Discours du très excellent homme Raphaël Hythloday sur la meilleure constitution d'une république, Paris, Éditions sociales, coll. « Les classiques du peuple », 1966b. , nouvelle édition en 1982
  • Thomas More (trad. Jean Le Blond), La description de l'isle d'Utopie, Yorkshire / New York / Paris / The Hague, S. R. Publishers / Johnson Reprint Corporation / Mouton & Co, . , fac similé de l'édition de 1550
  • Thomas More (trad. André Prévost), La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie, Lille, Mame, 1978
  • Thomas More (trad. Marie Delcourt), L'Utopie ou Le traité de la meilleure forme de gouvernement, Paris, Renaissance du livre, 1983b
  • Thomas More (trad. Marie Delcourt), L'Utopie ou Le traité de la meilleure forme de gouvernement, Genève, Droz, coll. « Les Classiques de la pensée politique », 1983a
  • Thomas More (trad. Marie Delcourt), L'Utopie ou Le traité de la meilleure forme de gouvernement, Paris, Flammarion, coll. « GF », 1987
  • Thomas More (trad. Victor Stouvenel), L'Utopie, dans Francis Lacassin (éd.), Voyages aux pays de nulle part, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », . 
  • Thomas More (trad. Victor Stouvenel), L'Utopie, Paris, Librio, coll. « Philosophie », 1999

XXIe siècle

  • Érasme et Thomas More (trad. Pierre de Nolhac / Marie Delcourt), Éloge de la folie / L'Utopie, Paris, Flammarion, coll. « Le Monde de la Philosophie »,
  • Thomas More (trad. Jean Leblond, revue par Barthélémy Aneau, révisée et modernisée par Guillaume Navaud) L'Utopie, Paris, Gallimard, coll. « Folio classique », 2012
  • Thomas More (trad. Victor Stouvenel, revue par Marcelle Bottigelli-Tisserand), L'Utopie, Bruxelles, Aden,

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce sont les auteurs qui s'inspirèrent du livre de Th. More au fil des siècles, les commentateurs et les critiques, ainsi que les traductions successives en langues vernaculaires, sans oublier les lecteurs, qui abrégèrent le titre sous ce nom Utopie ou L'Utopie, et dans la langue de Shakespeare : Utopia. Aujourd'hui, au XXIe siècle, même les éditions de référence continuent à abréger le titre du livre de Th. More, du moins sur la couverture. Dans l'article, suivant l'usage courant dans les études consacrées à cet ouvrage, le livre de Th. More est nommé « Utopie » ou « l'Utopie ». Par contre, il n'est pas touché au titre du livre tel qu'il apparaît dans les citations.
  2. Traduction : Un vrai livre d'or, un petit ouvrage, non moins salutaire qu'agréable, relatif à la meilleure forme de communauté politique et à la nouvelle Île d'Utopie (André Prévost, L'Utopie de Thomas More, 1978, p. 218).
  3. Aujourd'hui, la quatrième et dernière édition de l'Utopie arrêtée par Th. More et Érasme de leur vivant (novembre 1518), et dont l'impression fut suivie par Beatus Rhenanus auprès de l'imprimeur Johann Froben à Bâle, est considérée comme la version finale et définitive du livre de Th. More intitulé De optimo reipublicae statu, deque nova insula Utopia, dit l'Utopie. Pour lire cette quatrième édition en langue française contemporaine (XXe siècle), il faut consulter l'ouvrage d'André Prévost : L'Utopie de Thomas More, Paris, Mame, 1978. Cette édition étant épuisée et difficilement accessible en bibliothèque, cet article utilise autant que possible d'autres traductions : celles disponibles en format de poche et celles proposées en reproductions numérisées par différentes institutions (bibliothèques et fondations).
  4. C'est-à-dire : des notes placées non pas en bas de page, mais dans la marge du texte à la hauteur de l'appel de note (voir plus bas les illustrations qui accompagnent le résumé du livre « De optimo reipublicae statu… »). Dans les études consacrées à l'Utopie, ces notes sont aussi nommées « gloses », « notes marginales » ou « marginalia ».
  5. Certaines de ces manchettes sont capitales pour saisir le sens du texte rédigé par Th. More. Malheureusement, aucune édition contemporaine de l'Utopie en format de poche ne reprend ces manchettes.
  6. Dans les études consacrées à l'ouvrage de Th. More, l'usage des termes « paratexte » et « parerga » est parfois imprécis. Venu des études anglophones sur l'Utopie, le terme « parerga » (qui peut se traduire par « compléments ») s'applique aux divers documents qui accompagnent le texte Utopie : les lettres, les poèmes, les cartes et l'alphabet. Le terme « paratexte », d'abord utilisé au sein des études littéraires hexagonales puis diffusé internationalement, s'applique aux divers matériaux textuels qui accompagnent le texte Utopie : les deux pages de titres et les deux frontispices, les envois des lettres, les titres des deux cartes, les titres des Livres I & II, les titres des chapitres du Livre II, les manchettes, les lettrines, les deux pages d'errata de l'édition de 1517 et les marques d'imprimeurs. Outils critiques propres aux études littéraires, ces mots « paratexte » et « parerga » sont aussi employés pour étudier les compositions des éditions postérieures à 1518, qu'il s'agisse des éditions latines ou des traductions en langues vernaculaires. En effet, les éditeurs et traducteurs successifs reprirent tout ou partie des compositions originales de l'Utopie, surtout ils ajoutèrent leurs propres paratextes et parerga. (Voir à ce propos le livre édité par Terence Cave, Thomas More's Utopia in early modern Europe. Paratexts and contexts, 2012)
  7. Voir les liens vers les premières traductions en langues vernaculaires proposés juste au-dessus, « Un succès éditorial » (1524 en allemand, 1548 en italien, 1550 en français, 1551 en anglais et 1553 en hollandais).
  8. Voici la traduction du poème (A. Prévost, L'Utopie…, op. cit., 1978, p. 330) :

    « Utopie, pour mon isolement par les anciens nommée,
    Émule à présent de la platonicienne cité,
    Sur elle, peut-être l'emportant (car, ce qu'avec des lettres
    Elle dessina, moi seule je l'ai montré
    Avec des hommes, des ressources et d'excellentes lois)
    Eutopie, à bon droit, c'est le nom qu'on me doit. »

    À la note n°1 « Anémolius » (p.330), A. Prévost écrit : « L'auteur du sizain est selon toute vraisemblance Thomas More lui-même. Le ton et la forme sont ceux de l'épigramme, genre où More excellait. »

  9. Pour bien saisir la singularité du nom propre de l'île, cette comparaison avec les deux villes françaises s'impose : ces deux villes qui sont nommées « Nonville » existent réellement, bien que leur nom ("non-ville") fasse penser le contraire. De la même manière, lorsqu'on met de côté le fait que le texte de Th. More est une fabulation, cette île d'Utopie bien qu'elle soit dénommée « Nonlieu » existe bel et bien : comme « Nonville » ce nom « Utopie » ne signifie pas que l'île n'existe pas mais qu'elle se nomme "non-lieu". Louis Marin est le commentateur qui, à de nombreuses reprises, insista avec vigueur pour que ce nom soit d'abord reconnu pour ce qu'il est : un toponyme. (Quitte à ce que, par la suite, il soit proposé une interprétation plus large de ce toponyme.)
  10. D'autres mots inventés par Th. More apparaissent au fil de l'ouvrage et livrent au lecteur de nouveaux indices. Par exemple : « Amaurote », ville d'Utopie où siège le Sénat, est une « cité-mirage » ; « Anydre », fleuve qui coule à Amaurote, est un fleuve « sans eau ». (Voir, dans l'annexe de cet article Wikipedia, la section « Les noms en Utopie »)
  11. Trois dialogues de Platon traitent directement et sous différentes approches la question du « meilleur régime » ou la « meilleure forme de gouvernement » : La République, Le Politique et Les Lois.
  12. Chez Aristote les questions politiques sont abordées dans la « science pratique », l'ouvrage Politique traite directement la question du « meilleur régime » ou de la « meilleure forme de gouvernement » en décrivant les différentes sortes de politeia, tandis que la Constitution des Athéniens décrit le régime politique dans l'Athènes antique.
  13. C'est dans ses écrits politiques, De Republica et De legibus, que Cicéron abordent les questions liées au « meilleur régime » et à la « meilleure forme de gouvernement ».
  14. Pierre Gilles envoya sa lettre à Jérôme de Busleyden avec un exemplaire de l'Utopie ; Guillaume Budé et J. De Busleyden écrivirent leur lettres après avoir lu l'Utopie.
  15. L'édition de Yale donne ce titre : The Best State of a Commonwealth and the New Island of Utopia. A Truly Golden Handbook, No Less Beneficial than Entertaining, by the Distinguished and Eloquent Author THOMAS MORE Citizen and Sheriff of the Famous City of London.
  16. André Prévost ajoute : « Grâce à cette fonction de sous-shérif More entre de plain-pied dans l'existence des petites gens : leur dur labeur, leur salaire insuffisant, les injustices dont ils sont victimes de la part des puissants et des initiés à la chicane des lois. C'est dans ce contact avec la misère des humbles que l'Utopie a puisé les accents véhéments de ses appels en faveur des laborieux et des opprimés. » (L'Utopie…, op. cit., p.310, note n°1 « La meilleure… »)
  17. Les Progymnasmata sont les épigrammes rédigées par Th. More qui furent publiées à la suite de l'Utopie dans certaines éditions de Bâle (ou « Epigrammata » sur le frontispice). (Voir en fin d'article, dans la section « Les quatre éditions latines de l’Utopie », les liens proposés vers des reproductions numérisées des éditions de mars et novembre 1518 contenant ces « Epigrammata »)
  18. C'est-à-dire : le mythe de l'Âge d'Or.
  19. « Hagnopolis » : de ἁγνός, pur et πόλις, cité. Pour A. Prévost : « Hagnopolis, c'est une Cité-de-l'Innocence. » (L'Utopie…, op. cit., p. 48)
  20. Sur la carte de 1518, le cartouche « Ostium anydri » censé indiquer l'embouchure du fleuve est placé à sa source ; tandis que le cartouche « Fons Anydri », censé indiquer la source du fleuve, est placé à son embouchure. Est-ce une ''anomalie voulue'' ?
  21. Cette interprétation du geste du personnage représentant R. Hythlodée est la plus répandue parmi les critiques et les commentateurs. Néanmoins, il ne faut pas oublier que cette carte forme avec l'alphabet et le quatrain utopiens une double-page (voir plus bas « Utopie l'utopie » pour une reproduction de cette double-page). Cette composition en forme de double-page est réfléchie et voulue par les éditeurs (l'édition de 1516 comportait déjà cette présentation). Partant, il n'est pas exclu de penser que R. Hythlodée pointe en réalité la page de droite. De la sorte, prenant en compte la composition éditoriale des pages 12 et 13, une analyse picturale des lignes de la composition de cette carte à la page 12 pourrait proposer l'hypothèse suivante : lorsqu'on tire une droite depuis le bras de R. Hythlodée, celle-ci se prolonge dans le gréement du navire (grâce à la grand-voile carguée), puis elle termine sa course à la page 13 sur le nom « Utopiensium Alphabetum ».
  22. Ce dernier rencontra J. de Busleyden lorsqu'il se rendit à Anvers en 1515.
  23. Ici, le mot « auteur » doit être compris dans sa polysémie latine (« auctor ») : autorité, garant, auteur. Th. More se porte garant des propos de Raphaël Hythlodée : il est l'auteur du texte Utopie et, comme l'indique le titre, il est une autorité reconnue « shérif de la Cité de Londres ».
  24. Cette lettre accompagne depuis le début le texte de l'Utopie. Pour l'impression à Louvain, Th. More fit parvenir à Pierre Gilles cette « Lettre-Préface », le Livre I & le Livre II.
  25. Th. More écrivit effectivement une partie du livre en 1515 lors d'un séjour aux Pays-Bas . C'est lors de ce séjour pour une réelle et authentique mission diplomatique qu'il place la rencontre (inventée) avec Hythlodée, ainsi que le dialogue et la description que le lecteur va lire dans les pages qui suivent cette « Lettre-Préface ». Le vrai et le faux commence déjà à s'entremêler.
  26. Morus suggère que la rédaction ne lui a demandé aucun effort, or la découverte des étapes de la rédaction du texte montre le contraire. P. Gilles, Érasme et quelques lecteurs de l'Utopie étaient au courant de la longue gestation de ce livre.
  27. Ces mots valent avertissement au lecteur : cette langue dans laquelle est écrit le livre, le latin, est truffé de néologismes grecs latinisés, à commencer par l'un des mots du titre de l'œuvre « Utopia ». Le lecteur doit donc prêter attention à l'usage qu'il est fait du latin et du grec dans ce livre, ainsi qu'aux jeux terminologiques distillés au fil du texte et au style même de l'écriture (les nombreuses formules orales directement rapportées par écrit).
  28. Dans sa note complémentaire n°2, S. Goyard-Fabre indique : « Il faut rappeler l'importance de la vie professionnelle de More, avocat et sous-shérif, mais aussi professeur à l'École de droit de Lincoln's Inn et conseiller juridique en matière économique à Londres. » (Édition « GF », p. 239)
  29. Ce dernier, qui fut réellement le secrétaire de Th. More lors de sa mission aux Pays-bas en 1515, rencontra lui aussi Raphaël Hythlodée. John Clement assista à une partie du dialogue rapporté au Livre I comme domestique ; mais non à la description au Livre II : « […] nous revînmes nous asseoir au même endroit, […], en disant aux domestiques que nous ne voulions pas être interrompus. » (Dernier paragraphe du Livre I, Édition « GF », p. 133) Voir aussi la note « John Clement » de Marie Delcourt. (Édition « GF », p. 76)
  30. C'est un point capital de cette « Lettre-Préface » : dans l'édition latine, la première manchette du livre apparaît ici. Il est écrit dans la marge : « Noter, en théologie, la distinction entre commettre un mensonge et dire un mensonge. » Dans sa note n°5 associée à cette manchette (L'Utopie…, op. cit., p. 349), André Prévost précise : « "Faire un mensonge", mentiri, relève de l'ordre moral. "Dire un mensonge", mendacium dicere, appartient au style, "l'art de dire". » Ainsi, Thomas More/Morus ne ment-il pas : « mendacium dicam », il se livre à un exercice de style, un exercice d'écriture. Cette « Lettre-Préface » avertit le lecteur au seuil d'entrer en Utopie : certes le vrai et le faux sont entremêlés dans les pages de ce livre, More/Morus reconnaît et annonce ce fait ; mais cet entremêlement n'a pas pour but de tromper le lecteur, ce qui serait un péché et un fait ou un acte moralement condamnable ; plutôt : More/Morus signale au lecteur que cet entremêlement du vrai et du faux relève de l'art du discours. Depuis le début de sa lettre, More/Morus distille des indices sur cet « art de dire » : un mot du titre « Utopia » est le premier indice ; le prénom du marin-philosophe, « Raphaël », est le deuxième ; l'insistance sur l'importance de la langue grecque est le troisième ; le nom du marin-philosophe, « Hythlodée », suivi de deux noms utopiens « Amaurote » et « Anydre », sont le quatrième indice ; « mendacium dicam » est un cinquième indice. (Aussi, en lisant cette « Lettre-Préface », le lecteur doit penser aux indices déjà distillés dans les parerga et les paratextes qui précèdent : le frontispice ; les lettres d'Érasme, de G. Budé et P. Gilles ; le « Sizain », la carte et l'alphabet.)
  31. Pour la troisième fois dans cette « Lettre-Préface », Morus enjoint Ægidius d'authentifier et de faire préciser les propos et les descriptions rapportés dans ce livre par Raphaël Hyhtlodée ; par un « archange diseur de non-sens ». La récurrence des demandes de précisions et d'authentification dans cette « Lettre-Préface » est un autre indice distillé par More/Morus.
  32. Voici les noms des personnes composant les deux ambassades, pour celle de Charles de Castille : Guillaume de Croy, Michel de Croy, Jean le Sauvage, Jacques de Halewin, Georges de Temsecke et Philippe Wielant ; pour celle d'Henri VIII : Sir Edward Poynings, Cuthbert Tunstall, William Knight, Richard Sampson, Thomas Spynelly, John Clifford et Thomas More.
  33. S. Goyard-Fabre indique : « Le texte latin parle ici de Philosophia scolastica, désignant une pensée d'école tout opposée aux critères pratiques de l'action politique. » (Édition « GF », note n°34, p. 241)
  34. Dans l'édition de novembre 1518 imprimée chez Johann Froben le Livre II commence à la page 70, il comporte des intertitres répartis ainsi : « Les villes et, en particulier, Amaurote » (p. 74), « Les magistrats » (p. 77), « Les professions » (p. 79), « La vie en société » (p. 86), « Les serviteurs » (p. 119), « L'art de la guerre » (p. 129), « Les religions des Utopiens » (p. 140). (A. Prévost, L'Utopie…, op. cit.)
  35. Dans l'Éloge de la folie, Érasme fait allusion aux Abraxasiens en LIV ; ces derniers appartiennent à une secte gnostique. Dans l'Utopie, Th. More supprime le "s" final d'Abraxas pour « Abraxa » (Voir, dans cet article Wikipedia, la section « Les noms en Utopie »).
  36. "Délégués de quartier", "gouverneurs" et "maires" sont les dénominations et les fonctions qui, aujourd'hui, se rapprocheraient le plus des responsabilités afférentes aux charges des magistrats utopiens.
  37. M. Delcourt remarque : Th. More « ne dit à peu près rien du rôle du roi dans les affaires courantes et dans la vie du peuple. » (Édition « GF », note « Le Prince » p. 152)
  38. A. Prévost les compte au nombre de « vingt ». (L'Utopie, op. cit., note n°2 « choisir le candidat », p.678)
  39. Voir le schéma explicatif de L. Marin, Utopiques : jeux d'espaces, op. cit., p. 167.
  40. Pour S. Goyard-Fabre : « Il s'agit du Sénat confédéral de l'Île. » (Édition « GF », note n°44, p. 241)
  41. M. Delcourt remarque : « More néglige d'exposer les modalités de l'élection royale, qu'il faut imaginer semblable à celle des autres magistrats, c'est-à-dire résultant d'un choix du peuple tempéré par l'influence des plus expérimentés. » (Édition « GF », note « Le Prince » p. 152)
  42. « Dans la pensée de More, la connotation du mot servus est plus proche de service que d'esclavage. […]. Ici servus est mis en opposition à liber qui désigne les Utopiens qui jouissent des droits de pleine citoyenneté. » (A. Prévost, L'Utopie…, op. cit., p. 698, note°6 « la servitude »)
  43. Au XXIe siècle, pour bien lire l'Utopie, il faut aussi lire une partie conséquente de la littérature académique consacrée à l'Utopie et à Thomas More (sans oublier les biographies).
  44. Les paratextes et les parerga de La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie (exceptés ceux rédigés par l'auteur) témoignent des diverses interprétations et réceptions de l'Utopie dans le cercle humaniste proche de Th. More.
  45. Voici les noms inscrits sur cet Obélisque (de bas en haut) : Gueorgui Plekhanov, Nikolaï Mikhaïlovski, Piotr Lavrov, Nikolaï Tchernychesvki, Mikhaïl Bakounine, Pierre-Joseph Proudhon, Jean Jaurès, Charles Fourier, Édouard Vaillant, Claude Henri de Rouvroy de Saint-Simon, Thomas More, Gerrard Winstanley, Jean Meslier, Tommaso Campanella, August Bebel, Ferdinand Lassalle, Wilhelm Liebknecht, Friedrich Engels et Karl Marx.
  46. Ainsi, Marcelle Bottigelli-Tisserand voit dans l'abolition de la propriété privée « l'idée maîtresse de L'Utopie qui situe cette œuvre dans la lignée des théories socialistes » (1982 ; p. 54). Elle écrit plus loin (1982 ; p. 68-69) : « Dans la longue et fertile tradition anglaise de l'utopie, l'ouvrage de Thomas More apparaît comme l'anticipation la plus audacieuse, la plus passionnée et la plus raisonnée à la fois. L'essentiel de cette œuvre, qui reste si jeune après plus de quatre siècles et demi, c'est l'analyse des causes de la pauvreté et la construction d'une société sans classes reposant sur une vaste économie communiste. » Déjà présents dans l'édition de 1966, ces mots constituent le paragraphe conclusif de l'introduction à la nouvelle édition de 1982. (Pour l'anecdote : en 1966 le film A Man For All Seasons, qui présentait l'auteur de l'Utopie sous un autre jour, reçu l'Oscar du meilleur film)
  47. Outre l'exégèse du texte même abordé plus bas, ce sont aussi la lecture et l'usage de l'Utopie dans certains contextes qui doivent être relevés. Par exemple en Pologne au cours du XXe siècle : alors que Th. More est érigé en penseur du socialisme par le régime soviétique (pour son Utopie seulement), les lecteurs catholiques polonais réfléchissent, eux, sur les écrits d'un saint de l'Église catholique ; par suite, insistant sur le message chrétien de l'Utopie, ces lecteurs interprètent le « communisme » de Th. More comme étant fidèle au message du Christ prônant la « communauté de biens » et ils le dissocient de la lignée socialiste constituée par la pensée marxiste.
  48. Occasionnellement citées dans cet article, certaines lettres échangées entre Th. More et Érasme permettent de retracer la rédaction de l'Utopie et de connaître l'état d'esprit de son auteur.
  49. Richard Hunne, lors de l'enterrement de son bébé, refusa de faire un « cadeau mortuaire » au prêtre qui organisa la cérémonie (une pratique alors traditionnelle mais de plus en plus contestée). Il fut enfermé en prison et retrouvé pendu dans sa cellule avant son procès, un suicide fut annoncé mais tout indiqua qu'il ne se pendit pas. Malgré tout, le procès (relevant d'une cour ecclésiastique) se poursuivit et R. Hunne fut condamné pour hérésie de manière posthume.
  50. Comme l'indique M.-C. Phélippeau (rédactrice en chef de la revue Moreana), de nouvelles études consacrées à l'Utopie paraissent régulièrement et parfois certaines affirment avoir trouvé réponse à la question ''Quelle fut l'intention de Thomas More lorsqu'il rédigea La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie ?'' (i.e. : ''Quelle est la signification de l'Utopie ?'') Ainsi, dans son long article paru en 2016 « The Prince of Utopia. Thomas More's "Utopia" and the Low Countries » (voir la bibliographie), Maarten Vermeir suggère de replacer l'Utopie aux Pays-Bas et de lire le texte de Th. More dans une perspective hollandaise. Certes, de nombreux commentateurs et spécialistes ont déjà souligné qu'il fallait placer le texte de Th. More dans le cercle humaniste érasmien (ainsi qu'avoir les textes d'Érasme sous la main pendant la lecture de l'Utopie) ; M. Vermeir va plus loin, il considère que Th. More a composé un texte ''continental'' : ainsi, bien qu'il fasse allusion à la politique du royaume d'Angleterre dans son Utopie, ce serait la politique menée par les humanistes continentaux aux Pays-Bas qui innerverait l'intégralité de La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie. Par exemple : l'organisation du régime politique de l'île d'Utopie en différents comtés (chacun possédant une assemblée élective) surplombés par un sénat serait directement inspirée de l'organisation politique des Pays-Bas. Pour supporter sa thèse, M. Vermeir s'appuie sur les nombreuses mentions et allusions faites à la personne et aux idées de Jean le Sauvage (chancelier du Brabant) dans les parerga et le texte de l'Utopie. M. Vermeir écrit à la page 423 de son article (traduction depuis l'anglais) : « Nous pouvons dire que les plans de le Sauvage regardant l'avenir des royaumes espagnols s'inscrivent dans le programme de promotion et de diffusion de la culture et du système politique du Brabant via l’Utopie dans toute la Respublica Christiana et aussi, conséquemment, dans les deux royaumes espagnols où saboter la réunion dynastique et politique de la Castille et de l’Aragon avec les Pays-Bas bourguignons soutiendrait le souhait politique exprimé par Érasme dans son Institutio Principis Christiani, écrit à l’invitation de Jean le Sauvage, de ne pas agréger les états européens en empires menaçants au moyen de réunions dynastiques royales. »
  51. Ceci étant rappelé, cela n'enlève rien à l'originalité ni aux qualités des œuvres trop brièvement présentées dans cette section « Influence ». Th. More lui-même interpréta l'œuvre de Platon à la lumière du christianisme, quant à sa réception des textes de Platon elle fut tributaire des ses maîtres oxfordiens et des traductions de Marcile Ficin. De fait, le ''Platon'' de Th. More n'est pas notre ''Platon'' du XXIe siècle (et encore moins Platon lui-même). Bref, pour être clair : lorsqu'un auteur crée une œuvre qui procède d'une interprétation et d'une réception plus ou moins fidèles du travail d'autrui, cela ne disqualifie pas l'œuvre nouvellement créée. Cela vaut pour l'Utopie comme pour toutes les œuvres mentionnées ci-après.
  52. Le succès de genres littéraires comme la contre-utopie, l'anti-utopie, la dystopie ou la science-fiction prouvent que l'utopie littéraire influence toujours certains auteurs, ne serait-ce que négativement (c'est-à-dire comme genre littéraire à ne pas ou ne plus suivre).
  53. Depuis le XXe siècle la diffusion, les emplois et les contextes d'usage du mot « utopie » sont si variés qu'ils sont le plus souvent fort éloignés du livre et du texte de Th. More.
  54. De l'édition princeps de 1516 à l'édition ne varietur de novembre 1518, le poème de G. Geldenhauer est signé du nom de « Gerardus Noviomagus ».
  55. Anacharsis fut un sage scythe renommé du VIe siècle.
  56. « Saxo » est vraisemblablement Saxo Grammaticus, qui rédigea la première histoire du Danemark au XIIe siècle.
  57. C'est une « lettre réputée écrite après la première édition et destinée à la fois à affirmer le caractère original de la deuxième [édition] et à répondre aux questions soulevées par l'authenticité du personnage Hythlodée. » (A. Prévost, L'Utopie…, op. cit., p. 225)
  58. Ce frontispice fut déjà utilisé par Johan Froben en 1515 : lorsqu'il imprima l'Éloge de la folie d'Érasme. (Voir la reproduction dans l'article de Jean-François Vallée, « Le livre utopique »)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Thomas More 1983a, À la page 43 de son édition du texte latin, Marie Delcourt écrit à la note n°1 : « On remarquera combien, dans les titres des éditions contemporaines de More, le mot d'Utopie joue un rôle peu important. Les mots importants sont De Optimo Rei Publicae Statu (Sermo ou Libellus aureus) ».
  2. André Prévost 1978, p. 215 à 240, « Les premières éditions de l'Utopie ».
  3. Thomas More 2011, p. ix. Traduction : « L'Utopie est l'un de ces écrits versatiles, à la fois sérieux et facétieux, qui présentent un autre visage à chaque nouvelle génération et qui répondent différemment aux questions qui leur sont adressées. » Ce sont les premiers mots de la Préface signée par Robert M. Adams.
  4. Marie-Claire Phélippeau 2016a, p. 160 : Th. More « figure dans sa fonction prestigieuse, portant manteau de fourrure et vêtement de velours rouge, avec le fameux collier d'esses Tudor autour des épaules. Le portrait se veut une représentation officielle de son personnage, mais il livre une vision bien personnelle de l'homme. Le regard a une intensité qui dérange, que la fixité de la pose a sans doute alourdie. Sous le crâne coiffé du bonnet de velours noir semblent s'agiter des inquiétudes ».
  5. Marie Delcourt 1936, p. 14 : « En 1515, les négociants de la ville lui demandent de se joindre à une mission commerciale qu'ils envoient aux Pays-Bas. » Officiellement, c'est le roi qui l'envoie en missions diplomatique et commerciale aux Pays-Bas, à Bruges puis à Anvers de mai à octobre 1515 (où il rédige l'Utopie, pour être exact : le Livre II de l'Utopie. Ce n'est qu'à son retour, et l'année suivante, que Th. More rédige le Livre I).
  6. Marie Delcourt 1936, p. 14.
  7. Bernard Cottret 2012, p. 100 : « More, l’humaniste fervent, More, l’helléniste distingué, le fort en thème, la coqueluche d’Érasme, le dédicataire de l’Éloge de la folie, More fut d’abord pour ses contemporains un bourgeois, un grand juriste d’affaires, l’un des meilleurs défenseurs des intérêts commerciaux de Londres et de l’Angleterre dans la compétition internationale ».
  8. Norbert Elias 2014, p. 139-140. Pour une approche et une mise en perspective sociologiques de l'Utopie, voir le chapitre « La critique de l'État chez Thomas More » (p. 31-102). Pour une mise en parallèle du contenu du texte Utopie avec la place occupée par Th. More dans la société anglaise de l'époque, voir aux pages 45 à 59.
  9. Marie-Claire Phélippeau 2016a, p. 75.
  10. André Prévost 1978, p. 650, note n°5 « souscrire unanimement ».
  11. a et b Claude Mazauric 1999, p. 5.
  12. (de) Thomas More (trad. Claudius Cantiuncula), Von der wunderbarlichen Innsel Utopia genant das ander Buch, Basel, Bebelius, (lire en ligne)
  13. (it) Thomas More (trad. Ortensio Lando), La republica nouvamente ritrovata, Vinegia, (lire en ligne)
  14. a et b Thomas More 1550.
  15. (en) Thomas More (trad. Ralph Robynson), A fruteful, and pleasaunt worke of the beste state of a publyque weale, and of the newe yle called Vtopia, London, Abraham Vele, (lire en ligne)
  16. (nl) Thomas More (trad. Hans die Laet), De Utopie, Thantwerpen, (lire en ligne)
  17. Nicole Morgan 1995, p. 44, note n°4 : « À l'aube du XVIe siècle, dix millions de livres ont déjà été imprimés, créant ainsi une autre enclave extra-féodale — celle du savoir non religieux. Le narratif, le copiste religieux, la lenteur, l'unicité et le secret des bibliothèques des monastères, la cristallisation du rêve humain sur un mystère à peine dévoilé, sont remplacés par l'imprimé, la production en masse, la rapidité, l'universalité, la démystification et l'ouverture à ces nouvelles couches de population laïque, avides de mots pour se dire, se vendre et donc exister ».
  18. Marie Delcourt 1936, p. 18, « De ces récits, il se moque, parce qu'il y trouve trop pour l'imagination et trop peu pour la raison ».
  19. Pour Lisa Jardine, le livre que désigne P. Gilles de sa main droite pourrait être l'Utopie. (L. Jardine, Erasmus, Man of Letters : The Construction of Charisma in Print, Princeton, Princeton University Press, 1993, p. 40-41)
  20. a et b Bernard Cottret 2012, p. 417, note n° 417.
  21. a et b Thomas More 1987, p. 73. Note « Pierre Gilles » de Marie Delcourt.
  22. Peter R. Allen 1963, p. 92-99, pour une courte présentation des rédacteurs et une brève mise en perspective. « The supporters are experts not only in the humanist fields of grammar, rhetoric, poetry, and the classics, but in theology, philosophy, and, above all, law. Most of them are important public figures as well as scholars. They represent two generations of humanism and stem from all the major countries of northern Europe. » (p. 99) Traduction : « Les contributeurs sont non seulement experts dans les studia humanitatis (la grammaire, la rhétorique, la poésie et les classiques), mais aussi en théologie, en philosophie et, surtout, en droit. La plupart d’entre eux sont des personnalités publiques importantes ainsi que des universitaires. Ils représentent deux générations d’humanisme et proviennent de tous les grands pays d’Europe du Nord ».
  23. a et b Paul-Augustin Deproost et Jean Schumacher, « Thomas More, Utopia », Les deux cartes sont présentées en miroir et brièvement décrites (Voir aussi, dans l'annexe de cet article Wikipedia, la section « Paratextes et parerga éliminés »), sur Université catholique de Louvain
  24. Jean-François Vallée 2013, p. 17 (pagination du PDF) ; §1 de la version en ligne.
  25. Philippe Lane 1991, Dans son article P. Lane s'attache, d'une part, à éclairer la notion de « paratexte » forgée par Gérard Genette et, d'autre part, à montrer l'importance des paratextes pour les productions éditoriales contemporaines dans le domaine des sciences humaines. (Voir la note suivante quant à l'usage du mot « paratexte » dans les études consacrées à l'Utopie).
  26. Thomas More, Libellus vere aureus nec minus salutaris quam festivus, de optimo reip. statu deque nova Insula Utopia, Lovaniensium, Theodorici Martini Alustensis, (lire en ligne)
  27. Thomas More, Ad lectorem. HABES CANDIDE LECTOR opusculum illud vere aureum Thomæ Mori non minus utile quam elegans, de optimo reipublice statu, deque nova Insula Utopia, Paris, Gilles de Gourmont, (lire en ligne)
  28. Thomas More, De Optimo Reip. Statu, deque nova insula Utopia, Basileam, Johannes Froben, (lire en ligne)
  29. Thomas More, De Optimo Reip. Statu, deque nova insula Utopia, Basileam, Johannes Froben, (lire en ligne)
  30. Jean-François Vallée 2013, p. 4 (pagination du PDF) et §3 de la version en ligne : « La structure éditoriale des premières éditions de L'Utopie (1516-1518) ».
  31. a et b Terence Cave (ed.) 2012.
  32. Federica Greco 2018, p. 8 (pagination du PDF) ; §18 de la version en ligne.
  33. Jean-François Vallée 2013, p. 2-3 (pagination du PDF) ; §1 de la version en ligne.
  34. (la) Thomas More, Utopia, a mendis vindicata, Amsterodami, Apud Joannem Jansonium, (lire en ligne)
  35. (en) Thomas More (trad. Gilbert Burnet), Utopia, London, Richard Chiswell, (lire en ligne)
  36. (es) Thomas More (trad. Don Geronimo Antonio de Madinilla y Porres), La Utopia, Madrid, Don Mateo Repullés, (lire en ligne)
  37. Thomas More 2012, p. 229-273. Cette édition de poche présente quelques-uns de ces parerga et paratextes.
  38. André Prévost 1978, p. 241-252, « La langue latine de l'Utopie ».
  39. Laurent Cantagrel 2012, p. 8 : « ces gens de lettres qui écrivent d'abord en latin, sont le plus souvent hors de l'Église et de l'université, et [leurs] activités ont pour noyau dur leur travail de philologues, éditeurs, traducteurs et commentateurs de textes anciens. » Ces activités sont celles d'Érasme, de Pierre Gilles, Guillaume Budé ou Cornelis de Schrijver. Dans une moindre mesure, celles de Thomas More aussi : il traduisit et édita des textes de Lucien de Samosate.
  40. Fulvio Delle Donne 2015.
  41. Nicole Morgan 1995, p. 51-67 « Negotium » et « L'otium » p. 69-85.
  42. Quentin Skinner 2009, p. 306 à 310.
  43. André Prévost 1978, p. 127-162, « L'Utopie, expérience existentielle ».
  44. Charles Béné 2002.
  45. Laurent Cantagrel 2012, p. 47-100, « L'Utopie de Thomas More, paradigme des descriptions de société humanistes ».
  46. Raymond Trousson, Voyages au pays de nulle part. Histoire littéraire de la pensée utopique, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles,
  47. André Prévost 1978, p. 36 et 39.
  48. Jean-Yves Lacroix 2004, p. 9.
  49. Pierre Macherey 2011, p. 57. Et tout le reste de la page, où P. Macherey indique l'existence du terme grec « atopia ».
  50. Guillaume Navaud 2012, p. 13 à 23, « Non-lieu, atopie, Utopie ».
  51. Louis Marin 1991, p. 109 : « Ne tombons pas dans une interprétation naïve de la formation étymologique de ce nom qui nous ferait entrer dans l'allégorie. Non-lieu, un nom qui contient sa propre négation veut dire que la réalité de l'île est désignée par un nom qui efface lui-même sa capacité propre de nommer. La négation n'affecte pas la référent du nom, mais le nom lui-même qui désigne, dès lors, un référent "autre". Et c'est cet "autre" référent que More pose et affirme avec le jeu d'une négation interne au nom ».
  52. André Prévost 1978, p. 66. Voir plus largement : « La genèse de l'œuvre », p. 61-82.
  53. Thomas More 2012, p. 325-327. « Rédaction et titre ».
  54. André Prévost 1978, p. 217.
  55. André Prévost 1978, p. 322.
  56. André Prévost 1978, p. 653, note n°4 « Udépotie ».
  57. Platon, La République, Paris, Flammarion, « GF », , p. 73.
    Page 73 : « J'étais descendu hier au Pirée, en compagnie de Glaucon, fils d'Ariston, pour faire mes prières à la déesse, et j'étais en même temps désireux d'assister à la fête. »
  58. a b et c Thomas More 1987, p. 85.
  59. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 13.
  60. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 16.
  61. Marie Delcourt 1936, p. 26.
  62. André Prévost 1978, p. 265.
  63. Érasme de Rotterdam et Thomas More 1985.
  64. André Prévost 1978, p. 67.
  65. Thomas More 1979, p. XV à XXXIII, « The composition of Utopia ».
  66. a b c et d Thomas More 1987, p. 87.
  67. a et b Thomas More 1987, p. 73.
  68. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 49.
  69. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 44.
  70. Dictionnaire Gaffiot, « PETRARIUM, 1169, PHÆDIMUS », sur LEXILOGOS
  71. Dictionnaire Gaffiot, « ÆGÆON, 71, ÆGINA », (Voir des pages 70 à 71 les mots dont les racines sont « Ægæ, æga, æge, ægi ». Les lecteurs hellénistes à qui L'Utopie était adressé ne pouvaient ignorer ces termes.), sur LEXILOGOS
  72. Thomas More 1643, Première page de la « Lettre-Préface » : Préface de Thomas Morus à Pierre Égide.
  73. Dictionnaire Gaffiot, « DINOSCO, 531, DIOPHANES », sur LEXILOGOS
  74. Dictionnaire Gaffiot, « DISTRIBUTUS, 547, DIUTURNUS », sur LEXILOGOS
  75. André Prévost 1978, p. 77, note n°1 ; puis aux pages : 92 ; 96 ; 141, note n°2 ; 182 et 261, note n°8 (voir aussi les notes complémentaires accompagnant le texte lui-même).
  76. Miguel Abensour 2009, p. 34.
  77. Elizabeth McCutcheon 1983, p. 17.
  78. Laurent Cantagrel 2012, p. 52.
  79. Emmanuelle Lacore-Martin 2008, p. 124 et 125, par exemple (pagination du PDF) ; aux §3 et §4 de la version en ligne.
  80. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 44 à 49.
  81. Dictionnaire Gaffiot, « MORSICATIM, 996, MOS », sur LEXILOGOS
  82. Miguel Abensour 2009, p. 35.
  83. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 244. Article « Utopia ».
  84. Thomas More, De Optimo Reip. Statu, deque nova insula Utopia, Basileam, Johannes Froben, (lire en ligne), p. 17
  85. a b c et d André Prévost 1978, p. 310, note n°1 « La meilleure… ».
  86. Germaine Aujac 2006, Dans cet article, G. Aujac étudie brièvement la façon dont les frontispices sont pensés et conçus. Elle rappelle que ces frontispices ne font pas qu'habiller ou présenter un texte.
  87. André Prévost 1978, p. 311.
  88. a et b André Prévost 1978, p. 310, note n°4 « shérif (vicecomes) ».
  89. André Prévost 1978, p. 310, note n°5 « Les Épigrammes de More ».
  90. a et b Thomas More 2012, p. 271.
  91. Thomas More 2012, p. 272.
  92. Thomas More 2012, p. 273.
  93. Thomas More 2012, p. 272-273.
  94. Thomas More 2012, p. 255.
  95. a b c et d Thomas More 2012, p. 256.
  96. Thomas More 2012, p. 259-260.
  97. a b c d e et f Thomas More 2012, p. 260.
  98. a et b Thomas More 2012, p. 261.
  99. Thomas More 2012, p. 262-263.
  100. a b c d et e Thomas More 2012, p. 263.
  101. a b c et d Thomas More 2012, p. 264.
  102. Thomas More 2012, p. 265.
  103. Louis Marin 1973, p. 123, note n°9.
  104. a b et c Thomas More 1979, p. 276-277, note « 16/1 », « Vtopia insvla tabvla [Map…Utopia] ».
  105. a et b Sébastien Hayez 2018.
  106. Thomas More 1987, p. 187.
  107. Stephen Duncombe, « Listen », Sur cette page, la première piste sonore (intitulée « Four Verses in the Utopian Tongue ») est une lecture orale du poème en langue vernaculaire des Utopiens, sur The Open Utopia, 2010-2019
  108. Louis Marin 1973, p. 126, note n°10, crochets de L. Marin.
  109. a et b Thomas More 2012, p. 237.
  110. a b et c Thomas More 2012, p. 238.
  111. a b c d e et f Thomas More 2012, p. 240.
  112. Thomas More 2012, p. 240-241.
  113. a b et c Thomas More 2012, p. 241.
  114. André Prévost 1978, p. 349.
  115. Thomas More 1987, p. 73-74.
  116. a b et c Thomas More 1987, p. 74.
  117. a et b Thomas More 1987, p. 75.
  118. a et b Thomas More 1987, p. 76.
  119. a b et c Thomas More 1987, p. 77.
  120. Thomas More 1987, p. 77-78.
  121. Thomas More 1987, p. 79.
  122. a et b André Prévost 1978, p. 332.
  123. Thomas More 1987, p. 83-84.
  124. a b et c Thomas More 1987, p. 84.
  125. a b c et d Thomas More 1987, p. 86.
  126. a b et c Thomas More 1987, p. 90.
  127. Thomas More 1987, p. 91.
  128. a et b Thomas More 1987, p. 94-95.
  129. André Prévost 1978, p. 378.
  130. Thomas More 1987, p. 92.
  131. Thomas More 1987, p. 93.
  132. Thomas More 1987, p. 95.
  133. Thomas More 1987, p. 99.
  134. Thomas More 1987, p. 107.
  135. Thomas More 1987, p. 115.
  136. a et b Thomas More 1987, p. 116.
  137. a et b Thomas More 1987, p. 118.
  138. Thomas More 1987, p. 119.
  139. André Prévost 1978, p. 434.
  140. a b et c Thomas More 1987, p. 126.
  141. a b et c Thomas More 1987, p. 124.
  142. a b c et d Thomas More 1987, p. 125.
  143. Thomas More 1987, p. 128.
  144. a b et c Thomas More 1987, p. 129.
  145. a b et c Thomas More 1987, p. 131.
  146. a b c et d Thomas More 1987, p. 132.
  147. a b c d e f g et h Thomas More 1987, p. 133.
  148. André Prévost 1978, p. 448.
  149. a b c et d Thomas More 1987, p. 137.
  150. a b et c Thomas More 1987, p. 138.
  151. a b c d e f g h i j et k Thomas More 1987, p. 139.
  152. a b c d et e Thomas More 1987, p. 157.
  153. a et b Thomas More 1987, p. 158.
  154. a b et c Thomas More 1987, p. 222.
  155. a b c d e et f Thomas More 1987, p. 141.
  156. a b c et d Thomas More 1987, p. 144.
  157. Thomas More 1987, p. 143.
  158. a et b Thomas More 1987, p. 142.
  159. Thomas More 1987, p. 162.
  160. a et b Thomas More 1987, p. 145-146.
  161. André Prévost 1978, p. 465.
  162. a b c et d Thomas More 1987, p. 145.
  163. a b c d e f g h i et j Thomas More 1987, p. 146.
  164. a et b Thomas More 1987, p. 152.
  165. Thomas More 1987, p. 151-152.
  166. Thomas More 1987, p. 196-197.
  167. a et b Thomas More 1987, p. 197.
  168. André Prévost 1978, p. 470.
  169. a b et c Thomas More 1987, p. 156.
  170. Thomas More 1987, p. 154-155.
  171. a et b Thomas More 1987, p. 191.
  172. Thomas More 1987, p. 192.
  173. Thomas More 1987, p. 193.
  174. a b c et d Thomas More 1987, p. 155.
  175. a b et c Thomas More 1987, p. 140.
  176. a et b Thomas More 1987, p. 159.
  177. a et b Thomas More 1987, p. 147.
  178. a et b Thomas More 1987, p. 149.
  179. Thomas More 1987, p. 166.
  180. Thomas More 1987, p. 189-190.
  181. Thomas More 1987, p. 195.
  182. Thomas More 1987, p. 194.
  183. André Prévost 1978, p. 514.
  184. Thomas More 1987, p. 148.
  185. Thomas More 1987, p. 190.
  186. a b c et d Thomas More 1987, p. 163.
  187. Thomas More 1987, p. 156-157.
  188. Thomas More 1987, p. 165.
  189. Thomas More 1987, p. 164.
  190. Thomas More 1987, p. 200-201.
  191. a et b Thomas More 1987, p. 201.
  192. Thomas More 1987, p. 212.
  193. a et b Thomas More 1987, p. 205.
  194. Thomas More 1987, p. 223-224.
  195. Thomas More 1987, p. 174.
  196. Thomas More 1987, p. 180-181.
  197. Thomas More 1987, p. 180.
  198. Thomas More 1987, p. 186.
  199. Thomas More 1987, p. 182.
  200. a b c et d Thomas More 1987, p. 213.
  201. Thomas More 1987, p. 172-173.
  202. a b et c Thomas More 1987, p. 217.
  203. Thomas More 1987, p. 216.
  204. Thomas More 1987, p. 225.
  205. Thomas More 1987, p. 221.
  206. a et b Thomas More 1987, p. 214.
  207. Thomas More 1987, p. 235.
  208. Thomas More 1987, p. 229.
  209. Thomas More 1987, p. 231.
  210. Thomas More 1987, p. 233.
  211. Thomas More 1987, p. 233-234.
  212. a b c et d Thomas More 1987, p. 234.
  213. Thomas More 2012, p. 248-249.
  214. a b et c Thomas More 2012, p. 249.
  215. a et b Thomas More 2012, p. 250.
  216. a et b Thomas More 2012, p. 251.
  217. a et b André Prévost 1978, p. 642.
  218. a b et c Suzanne Gély 2000b, p. 4.
  219. a et b Suzanne Gély 2000b, p. 6.
  220. Suzanne Gély 2000b, p. 7 (Voir l'ensemble du paragraphe).
  221. a et b Suzanne Gély 2000b, p. 7.
  222. a b c d et e André Prévost 1978, p. 644.
  223. Simone Goyard-Fabre 1987, p. 59 à 61, « La querelle des interprétations ».
  224. Miguel Abensour 2009, p. 25 à 29, « La crise de l'interprétation ».
  225. Marie-Claire Phélippeau 2016c, p. passim.
  226. Marie-Claire Phélippeau 2016a, p. 65.
  227. Gregory Claeys et Lyman Tower Sargent (eds) 1999, p. 77 : « Utopia and More have been many things to many people. As a result, many layers of commentary overwhelm the little book, which is almost lost under the essays and books (many longer than the original) written about it. » Traduction : « L'Utopie et More ont été plein de choses pour plein de monde. Par conséquent, de nombreuses vagues de commentaires submergent ce petit livre, qui est presque noyé sous tant d'essais et de livres (beaucoup plus long que l’original) écrits à son sujet ».
  228. Dominic Baker-Smith 1991, p. 231 : « It is fair to say that those of More's contemporaries who approached Utopia from a humanist perspective saw it as an exposure of both perennial and particuliar abuses and thus a provocation to thought about reform. But an increasingly literal reading resulted in a division between those, […], who quarried the text for their special enthusiasms and those who viewed the book as an improbable fantasy. » Traduction : « Il est juste de dire que ceux parmi les contemporains de More qui abordèrent l’Utopie d’un point de vue humaniste la virent comme une dénonciation des abus perpétuels et particuliers et ainsi une incitation à réfléchir comment réformer. Mais une lecture de plus en plus littérale aboutit à une division entre ceux, […], qui utilisèrent le texte pour leurs propres luttes et ceux qui considérèrent le livre comme une improbable fantaisie ».
  229. Karl Kautsky 1959.
  230. Thomas More 1966b.
  231. Ellen Meiksins Wood 2014, p. 419 : « Ce chef-d'œuvre [l'Utopie] a donné lieu à de nombreuses interprétations, tantôt perçu comme pure imagination, sans motif politique, tantôt qualifié de texte fondateur du socialisme moderne. Impossible évidemment de trancher, bien qu'il semble improbable, à première vue, que More ait réellement cru à la propriété collective. Il est lui-même propriétaire, possède des terres encloses, et rien n'indique que dans sa vie politique active il ait souscrit à des principes égalitaires, encore moins à des principes collectivistes, pas plus d'ailleurs qu'il ait manifesté beaucoup de compassion envers les classes défavorisées ».
  232. Germain Marc'hadour 1998, p. 116-119, « Utopia embarrassing to Catholics ? ».
  233. André Prévost 1978, p. 223-224, passages traduits et cités par A. Prévost.
  234. Edward L. Surtz 1952, p. 156-157. Traduction : « L’Utopie, comme produit typique de la Renaissance anglaise, s’efforce non seulement de profiter aux lecteurs par son enseignement, mais aussi de les amuser par son humour, son ironie, et son intelligence. Le fait qu’il s’agisse d’un texte littéraire subtil et imaginatif et non d’un simple et sobre traité politique, social ou économique ne doit jamais être oublié ».
  235. James Colin Davis 2010, p. 29. Traduction : « la controverse a fait rage sur l’interprétation correcte du texte et, pour beaucoup, l’Utopie en est venue à paraître comme une question sans réponse ».
  236. Keith Watson, Sir Thomas More, dans Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée (Paris, Unesco : Bureau international d’éducation), vol. XXIV, no 1-2, 1994, p. 191 [lire en ligne].
  237. Motu proprio du pape Jean-Paul II pour la proclamation de saint Thomas More comme patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques le 31 octobre 2000.
  238. Saint Thomas More, patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques.
  239. Voir sur livres-mystiques.com.
  240. a et b André Prévost 1978.
  241. a et b Miguel Abensour 2009, p. 37-61, « L'articulation du Livre I et du Livre II ».
  242. Laurent Cantagrel 2012, p. 11.
  243. Marie Delcourt 1936, p. 10.
  244. Claire Pierrot 2003, p. 109.
  245. a et b Jean Céard 1996, p. 43.
  246. a b et c Jean Céard 1996, p. 56.
  247. Jean Céard 2012, p. 27, première phrase du « Résumé ».
  248. Jean Céard 2012, p. 27. Dans cet article, J. Céard s'intéresse aux lectures de l'Utopie faites par G. Budé, J. Le Blond, B. Aneau et, plus brièvement, à celles de Jean Bodin, de Guillaume de la Perrière et de Loys Le Roy. Jean de Serres est mentionné en passant.
  249. Claire Pierrot 2003, p. 111.
  250. François Rabelais, Les horribles et espoventables faictz et prouesses du très renommé Pantagruel, roy des Dipsodes, filz du grand géant Gargantua, composez nouvellement, Lyon, C. Nourry, 1525-1535 (lire en ligne)
  251. Emmanuelle Lacore-Martin 2008, p. 141-147 (pagination du PDF), voir la partie intitulée « Lucien, More et Rabelais » ; où E. Lacore-Martin étudie brièvement les ressemblances et les différences de l'utopie rabelaisienne avec l'œuvre de Th. More.
  252. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 234. Article « Thélème ».
  253. Verdun-Louis Saulnier 1963, p. 159. À la page 158, V.-L. Suanier écrit : « Sans parler des points importants où les pensées s'opposent, évoquer ici une communauté de pensée entre (au moins) Érasme, Morus et Rabelais, paraît un parti plus juste que l'affirmation d'une influence sur Rabelais de l'auteur de l'Utopie ».
  254. Geoffroy Tory, Champ fleury, Paris, Gilles de Gourmont, (lire en ligne)
    La planche se trouve au « Feuil. LXXVIII », c'est-à-dire au « feuillet/folio 78 ». (Pour une recherche rapide dans la visionneuse de Gallica, il faut taper « 78r » dans la fenêtre « Folio » en bas à droite.)
  255. Jean Céard 1996, p. 60.
  256. Kirsti Sellevold 2012, p. 76.
  257. Verdun-Louis Saulnier 1963, p. 151.
  258. Natalie Zemon Davies 1968, p. 94. Traduction : « Un avocat rêvait d’une société dans laquelle les paysans seraient plus efficacement exploités qu’auparavant ; l’autre d’une société dans laquelle "les paysans" et les exploiteurs avaient disparu ».
  259. Natalie Zemon Davies 1968, p. 94 (italiques de l'auteur). Traduction : « More décrivit une société dans laquelle la séparation entre la vie rurale et la vie urbaine était supprimée pour tous et dans laquelle les tâches agricoles n'étaient pas méprisées. Choppin visait une société dans laquelle la séparation entre la vie rurale et la vie urbaine fut supprimée pour les citadins riches, avocats et magistrats et dans laquelle l’administration agricole était prise plus au sérieux ».
  260. Natalie Zemon Davies 1968, p. 93.
  261. Kirsti Sellevold 2012.
  262. Suzanne Gély 2000b, p. 2.
  263. André Prévost 1978, p. 218.
  264. a et b Suzanne Gély 2000b, p. 3.
  265. (la) Erasmi Roterodami, Moria encomium, Basileam, J. Frobenius, (lire en ligne)
  266. Jean-François Vallée 2013, p. 23, note n°16 (pagination du PDF) ; §6 de la version en ligne (note n°16).
  267. André Prévost 1978, p. 225.
  268. a et b André Prévost 1978, p. 226.
  269. Thomas More 1979.
  270. a b c d et e André Prévost 1978, p. 237.
  271. Germaine Aujac 2006, Cet article décrit le travail et l'engagement de certains graveurs auprès des humanistes : Hans Holbein le Jeune, Simon de Colines et John Day. Aussi, cet article rappelle que le livre, moyen de diffusion des idées à la Renaissance, était un objet véritablement pensé de bout en bout : les frontispices y tiennent une place importante.
  272. Suzanne Gély 2000b, p. 5.
  273. André Prévost 1978, p. 221.
  274. a b c et d Stephen Duncombe, « John Desmarais to Peter Giles », Traduction depuis l'anglais par Kefaire, sur The Open Utopia, 2010-2019
  275. Thomas More 2012, p. 266.
  276. Thomas More 2012, p. 267.
  277. a et b Thomas More 2012, p. 268.
  278. a et b Thomas More 2012, p. 269.
  279. Thomas More 2012, p. 269-270.
  280. a et b Thomas More 2012, p. 270.
  281. a b c d e f et g (en) Stephen Duncombe, « Beatus Rhenanus to Willibald Pirckheimer », Traduction depuis l'anglais par Kefaire, sur The Open Utopia, 2010-2019
  282. Thomas More 1979, p. 1 à 253. Pour chaque nom, des précisions sur son étymologie et sa polysémie sont données lors de sa première apparition dans le texte.
  283. André Prévost 1978, p. 342 à 632. Pour chaque nom, des précisions sur son étymologie et sa polysémie sont données lors de sa première apparition dans le texte.
  284. Érasme de Rotterdam et Thomas More 1985, p. 33. Lettre M3 (A 461), Londres, le 3 septembre 1516. Cette « lettre », c'est la « Lettre-Préface », « Peter », Pierre Gilles et, « notre Nulle-part » (« Nusquama »), c'est l'Utopie.
  285. Érasme de Rotterdam et Thomas More 1985, p. 39. Lette E5 (A 474), Anvers, 2 octobre 1516.
  286. Érasme de Rotterdam et Thomas More 1985, p. 42. Lettre M6 (A 481), Londres, 31 octobre 1516.
  287. Érasme de Rotterdam et Thomas More 1985, p. 46, Lettre M7 (A 499), Londres, 4 décembre 1516. Les « Amaurates » sont les habitants d'Amaurote.
  288. Érasme de Rotterdam et Thomas More 1985, p. 46, Lettre M7 (A 499), Londres, 4 décembre 1516.
  289. Érasme de Rotterdam et Thomas More 1985, p. 47, Lettre M7 (A 499), Londres, 4 décembre 1516.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Éditions recommandées[modifier | modifier le code]

En langue anglaise[modifier | modifier le code]

Édition de référence

  • (en) Thomas More, The Complete Works of Saint Thomas More, IV : Utopia, New Haven, Yale U.P., ed. Edward L. Surtz & Jack H. Hexter, (1re éd. 1965). . Cette édition se présente ainsi : aux pages XV à CXCIV une « Introduction » conséquente où J. H. Hexter et Edward Surtz étudient la composition d'Utopie, ils contextualisent le texte, établissent ses sources et filiations, enfin, ils retracent les éditions du livre et abordent les problèmes du texte latin et les questions de traduction. Ensuite, des pages 1 à 253, le texte de l'Utopie est présenté en latin avec sa traduction anglaise en regard, les manchettes sont présentes. Après, suit un cahier iconographique : gravures, lettrines, marques d'imprimeur, portraits d'humanistes. Enfin, des pages 267 à 570 des notes détaillées apportent des éclairages sur le texte (question de traduction, contexte historique , références littéraires, etc.). Le texte latin est établi en comparant les éditions de 1516, 1517 et .
    Voici le détail de la composition du livre l'Utopie proposée dans cette édition, d'ans l'ordre : lettre d'Érasme à J. Froben ; lettre de G. Budé à T. Lupset ; la carte de 1518 et celle de 1516 présentées en regard ; l'alphabet utopien et son quatrain ; le « Sizain » ; la lettre de P. Gilles à J. de Busleyden ; la lettre de J. Desmarais à P. Gilles et le poème de J. Desmarais ; les poèmes de G. Geldenhauer et de C. de Schrijver ; la lettre de J. de Busleyden à Th. More ; la « Lettre-Préface », les livres I & II, ainsi que les manchettes ; la seconde lettre de Th. More à P. Gilles ; un extrait de la lettre de B. Rhenanus où il est question de l'Utopie.

Autres éditions

  • (en) Thomas More (trad. David Wootton), Utopia : With Erasmus's : The Sileni of Alcibiades, Indianapolis, Hackett Publishing Company, . , Edited and Translated by David Wootton
  • (en) Thomas More (trad. Clarence H. Miller), Utopia, New Haven, Yale University Press, coll. « Yale Nota Bene »,
  • (en) Thomas More (trad. Robert M. Adams), Utopia, New York, W. W. Norton & Co, coll. « Norton Critical Editions », (1re éd. 1975). , A revised translation, backgrounds, criticism ; edited and with a revised translation by George M. Logan
  • (en) Thomas More (trad. Robert M. Adams), Utopia, Cambridge, Cambridge University Press, coll. « Cambridge Texts in the History of Political Thought », (1re éd. 1989), Edited by George M. Logan

En format de poche

  • (en) Thomas More (trad. Dominic Baker-Smith), Utopia, London, Penguin Books, coll. « Penguin Classics », , A new translation by Dominic Baker-Smith

En langue française[modifier | modifier le code]

Édition de référence

  • André Prévost, L'Utopie de Thomas More, Paris, Mame, . . Ce livre de presque 800 pages se présente ainsi : 1) une reproduction d'un portrait de Thomas More (celui d'H. Holbein le J.) et une courte « Préface » de Maurice Schumann (p.17-21) ; 2) une longue présentation d'A. Prévost dans laquelle il retrace la formation de More, il détaille les étapes de la rédaction du texte, il étudie la composition et le propos de l'Utopie, il propose son interprétation du texte, il résume l'histoire et la composition de chacune des quatre éditions latines (p. 49-306) ; 3) l'Utopie est éditée avec l'ensemble des parerga et paratextes de l'édition de chez J. Froben dans le bon ordre, le texte original en latin est donné en fac-similé et la traduction française est donnée en regard, des notes sont données pour le texte latin et pour le texte français (p. 307-645) ; 4) après l'Utopie, A. Prévost propose un corpus de notes complémentaires détaillées : explicitation des références à la Bible, explicitation des références et des allusions à d'autres ouvrages, explicitation des adages parsemant le texte, aussi il donne les contextes et les repères historiques nécessaires à la bonne compréhension du texte, il présente chaque humaniste et chaque personnalité historique (p. 649-723.), enfin, une bibliographie, un index et des définitions achèvent cette publication (p. 726-776).
    Cette publication reproduit en fac-similé l'édition ne varietur imprimée par Johann Froben en . C'est la seule édition en français qui reprend et reproduit, dans le bon ordre et intégralement, le texte latin (avec sa traduction française en regard) et tous les parerga, à savoir : le frontispice réalisé par Hans Holbein le Jeune ; la lettre d'Érasme à Johann Froben ; la lettre de Guillaume Budé à Thomas Lupset ; le « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu de Hythlodée par sa sœur » vraisemblablement de Thomas More ; la carte de l'île d'Utopie gravée par Ambrosius Holbein ; le quatrain en langue vernaculaire des Utopiens & l'alphabet utopien vraisemblablement de Pierre Gilles ; la lettre de Pierre Gilles à Jérôme de Busleyden ; la « Lettre-Préface » de Thomas More adressée à Pierre Gilles, le Livre I & le Livre II, ainsi que toutes les manchettes ; la lettre de Jérôme de Busleyden adressée à Thomas More ; le poème de Gerhard Geldenhauer ; le poème de Cornelius Schrijver ; la marque d'imprimeur de J. Froben qui clôt l'œuvre.

Autres éditions

  • Thomas More (trad. Marie Delcourt), L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement, Genève, Droz, coll. « Les Classiques de la pensée politique », 1983a. . Cette édition réunit : le texte latin de l'Utopie édité par Marie Delcourt, avec des notes explicatives et critiques, paru chez Droz en 1936 ; la traduction en français par M. Delcourt (du texte latin édité en 1936), accompagné de commentaires, paru chez La Renaissance du livre en 1966. En outre, l'édition de 1983 reprend l'« Introduction » au texte latin de 1936 et l'« Introduction » au texte français de 1966. (Cette édition ne contient aucun parerga)

En format de poche

  • Thomas More (trad. Marie Delcourt), L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement, Paris, Flammarion, coll. « GF », . , repères chronologiques, introduction, bibliographie sélective, historiques des éditions de l'Utopie et notes complémentaires par Simone Goyard-Fabre. Cette édition reprend la traduction de M. Delcourt de 1966, avec ses commentaires. S. Goyard-Fabre signe une introduction, « Thomas More et L'Utopie », à laquelle il est fait renvoi dans cet article. (Cette édition ne comporte aucun parerga)
  • Thomas More (trad. Jean Leblond, revue par Barthélémy Aneau, révisée et modernisée par Guillaume Navaud), L'Utopie, Paris, Gallimard, coll. « Folio classique », . . Cette édition est accompagnée d'une préface « Platon au nouveau monde » de G. Navaud, d'une chronologie, d'une notice sur la rédaction du texte et sa traduction, d'une bibliographie et de notes sur le texte. Un dossier en annexe réunit différents parerga composés pour les éditions successives de 1516, 1517 et 1518, soit : quasiment toutes les lettres (T. More à P. Gilles, J. Busleyden à T. More, G. Budé à T. Lupset, la seconde lettre de T. More à P. Gilles, celle d'Érasme à J. Froben, il manque celle de J. Desmarais), l'alphabet, le sizain, deux poèmes de G. Geldenhauer et C. Schrijver (il manque le poème de J. Desmarais), ainsi que les deux versions de la carte de l'île d'Utopie (1516 et 1518) ; des extraits de la correspondance entre Th. More et Érasme sont proposés, ainsi que des extraits d'Amerigo Vespucci.

Sur la vie et la pensée de Th. More[modifier | modifier le code]

  • (en) Robert W. Chambers, Thomas More, Londres, J. Cape, (1re éd. 1935)
  • Germain Marc'hadour, L'univers de Thomas More : Chronologie critique de More, Érasme et leur époque (1477-1536), Paris, Vrin,
  • Germain Marc'hadour, Thomas More et la Bible : La place des livres saints dans son apologétique et sa spiritualité, Paris, Vrin,
  • André Prévost, Thomas More (1478-1535) et la crise de la pensée européenne, Paris, Mame, . 
  • (en) Martin Fleisher, Radical Reform and Political Persuasion in the Life and Writings of Thomas More, Genève, Droz,
  • (en) Richard S. Sylvester et Germain Marc'hadour (eds.), Essential Articles for the Study of Thomas More, Hamden, Archon Books,
  • Bernard Cottret, Thomas More : La face cachée des Tudors, Paris, Tallandier, coll. « Biographies », . 
  • Marie-Claire Phélippeau, Thomas More, Paris, Gallimard, coll. « Folio Biographie », 2016a. 

Correspondance

  • Érasme de Rotterdam et Thomas More (trad. Gérard Marc'hadour et Roland Galibois), Correspondance, Québec, Éditions de l'Université de Sherbrooke/Centre d'études de la Renaissance, . 

Sur l'Utopie de Th. More[modifier | modifier le code]

Première approche de l'Utopie, des utopies et de l'utopie[modifier | modifier le code]

  • Jean Servier, L'utopie, Paris, P.U.F., coll. « Que sais-je ? »,
  • Michèle Madonna-Desbazeille, Première Leçon sur Utopia, Thomas More, Paris, Ellipses, . 
  • (en) Germain Marc'hadour, Thomas More : Utopia, Paris, Didier Érudition - CNED, . 
  • Micheline Hugues, L'utopie, Paris, Nathan, coll. « 128 »,
  • Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.), Dictionnaire des Utopies, Paris, Larousse, coll. « In extenso », .  :
« An 2440 (l') », Christophe Cave, pages 2-3 ;
« anabaptismes », Olivier Christin, pages 3-6 ;
« Aventures de Télémaque (les) », François Trémolières, pages 14-16 ;
« Babeuf », Philippe Riviale, pages 17-19 ;
« Bacon », Jean-Luc Baudras, pages 19-20 ;
« Cabet », François Fourn, pages 32-34 ;
« Campanella », Vittorio Frajese, pages 34-38 ;
« Diderot », Georges Benrekassa, pages 87-89 ;
« Fourier », Franck Malécot, pages 108-111 ;
« fouriéristes américains », Carl J. Guarneri, pages 111-112 ;
« Leroux », Georges Navet, pages 138-140 ;
« Owen », Gregory Claeys, pages 170-171 ;
« Saint-Simon », Philippe Régnier, pages 203-205 ;
« Thélème », Michèle Clément, pages 234-235 ;
« Utopia », Michèle Madonna-Desbazeille, pages 243-247.
  • Jean-Marc Stébé, Qu'est-ce qu'une utopie ?, Paris, Vrin, coll. « Chemins Philosophiques »,
  • Frédéric Rouvillois, L'utopie, Paris, Flammarion, coll. « GF Corpus », (1re éd. 1998). 
  • Nathalie Roland, L'Utopie, Thomas More, Paris, LePetitLittéraire.fr, coll. « Fiche de lecture », . 
  • Thierry Paquot, Utopies et utopistes, Paris, La Découverte, coll. « Repères », (1re éd. 2007). 

Études sur l'Utopie[modifier | modifier le code]

Articles

  • (en) Edward L. Surtz, « Interpretations of Utopia », The Catholic Historical Review, vol. 38, no 2,‎ , p. 156-174 (lire en ligne). 
  • (en) Edward L. Surtz, « St. Thomas More and His Utopian Embassy of 1515 », The Catholic Historical Review, vol. 39, no 3,‎ , p. 272-297 (lire en ligne). 
  • (en) Peter R. Allen, « Utopia and European Humanism : the Function of the Prefatory Letters and Verses », Studies in the Renaissance, vol. 10,‎ , p. 91-107 (lire en ligne). 
  • (en + la) Edward L. Surtz, « Aspects of More's Latin Style in Utopia », Studies in the Renaissance, vol. 14,‎ , p. 93-109 (lire en ligne). 
  • (en) R. S. Sylvester, « "Si Hythlodaeo Credimus" : Vision and Revision in Thomas More's Utopia », Soundings : An Interdisciplinary Journal, vol. 51, no 3,‎ fall 1968, p. 272-289 (lire en ligne). 
  • (en) Natalie Zemon Davies, « René Choppin on More’s Utopia », Moreana, vol. 5, nos 19-20,‎ , p. 91–96 (lire en ligne). 
  • Germain Marc'hadour, « More (Thomas). L' Utopie, texte traduit et commenté par Marie Delcourt », Revue belge de philologie et d'histoire, vol. 46, no 3,‎ , p. 871 (lire en ligne). 
  • André Prévost, « L'Utopie comme genre littéraire », Moreana, vol. 8, nos 31-32,‎ , pp.161-168 (lire en ligne). 
  • Louis Marin, « À propos de l'Utopie de Th. More : Espace dans le texte et espace du texte », Notes méthodologiques en architecture et en urbanisme, Centre de Mathématiques, Méthodologie, Informatique / Institut de l'Environnement Paris, nos 3-4 « Sémiotique de l'espace »,‎ , p. 119-141 (lire en ligne).  [PDF]
  • André Prévost, « Une rétrospective : le facsimilé de l'Utopie éditée par Marie Delcourt », Moreana, vol. 22, no 85,‎ , p. 67-82 (lire en ligne). 
  • Louis Marin, « Voyages en utopie », L'Esprit Créateur, vol. 25, no 3,‎ , p. 42-51 (lire en ligne). 
  • André Prévost, « Thomas More, L’Utopie, ou Le traité de la meilleure forme de gouvernement, tr. Marie Delcourt », Moreana, vol. 24, no 94,‎ , p. 71-73 (lire en ligne). 
  • Louis Marin, « Frontières, limites, limes : les récits de voyage dans L'Utopie de Thomas More », Frontières et limites, Paris, Centre Georges Pompidou,‎ , p. 105-130 (lire en ligne). 
  • Jean Céard, « La fortune de l'Utopie de Thomas More en France au XVIe siècle », La fortuna dell'Utopia di Thomas More nel dibattito europeo del '500 : II Giornata Luigi Firpo, 2 marzo 1995, Firenze, L.S. Olschki,‎ , p. 43-74. 
  • Suzanne Gély, « Thomas More, témoin d'humanité. Fiction, Figure et Sens dans l'Utopie », Vita Latina, no 155,‎ 1999a, p. 2-7 (lire en ligne). 
  • Suzanne Gély, « Thomas More, témoin d'humanité. Fiction, Figure et Sens dans l'Utopie II (suite) », Vita Latina, no 156,‎ 1999b, p. 2-7 (lire en ligne). 
  • Suzanne Gély, « Thomas More, témoin d'humanité. Fiction, Figure et Sens dans l'Utopie (III) », Vita Latina, no 157,‎ 2000a, p. 2-8 (lire en ligne). 
  • Suzanne Gély, « Thomas More, témoin d'humanité. Fiction, Figure et Sens dans l'Utopie (IV) », Vita Latina, no 158,‎ 2000b, p. 2-9 (lire en ligne). 
  • Charles Béné, « Dialogue et satire dans l'Utopie de Thomas More », Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la réforme et la renaissance, no 54,‎ , p. 19-29 (lire en ligne). 
  • Claire Pierrot, « La Fortune de l'Utopie de Thomas More, en France, à la Renaissance », Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la réforme et la renaissance, no 56,‎ , p. 109-112 (lire en ligne). 
  • Emmanuelle Lacore-Martin, « L'utopie de Thomas More à Rabelais : sources antiques et réécritures », Kentron, no 24,‎ , p. 123-148 (lire en ligne). 
  • (en) Damian Grace, « Utopia », A Companion to Thomas More, Madison-Teaneck, Fairleigh Dickinson Univesity Press,‎ , p. 178-207. 
  • (en) James Colin Davis, « Thomas More’s Utopia : sources, legacy and interpretation », The Cambridge Companion to Utopian Literature, Cambridge, Cambridge University Press,‎ , p. 28-50. 
  • Jean Céard, « Premiers lecteurs français de l'Utopie de Thomas More », Morus - Utopia e Renascimento, vol. 8,‎ , p. 27-39 (lire en ligne). 
  • (en) Kirsti Sellevold, « The French Versions of Utopia : Christian and Cosmopolitan Models », Thomas More's Utopia in early modern Europe : Paratexts and contexts, Manchester / New York, Manchester University Press,‎ , p. 67-86. 
  • Jean-François Vallée, « Le livre utopique », Mémoires du livre, vol. 4, no 2,‎ (lire en ligne). 
  • (en) Maarten Vermeir, « The Prince of Utopia, Thomas More’s Utopia and the Low Countries », Morus - Utopia e Renascimento, vol. 11, no 2,‎ , p. 371-488 (lire en ligne). 
  • (en) Marie-Claire Phélippeau, « The French Translations of Thomas More's Utopia », Utopian Studies, vol. 27, no 2 « SPECIAL ISSUE : On the Commemoration of the Five Hundredth Anniversary of Thomas More's Utopia »,‎ 2016b, p. 300-307 (lire en ligne). 
  • (en) Marie-Claire Phélippeau, « Controversial More and Puzzling Utopia : Five Hundred Years of History », Utopian Studies, vol. 27, no 3 « SPECIAL ISSUE : On the Commemoration of the Five Hundredth Anniversary of Thomas More's Utopia — Part II »,‎ 2016c, p. 569-585 (lire en ligne). 
  • Sébastien Hayez, « Utopie & langage : naissance, Renaissance », Yellow Submarine, no 138,‎ (lire en ligne). 

Introductions

  • Marie Delcourt, « Introduction », Thomas More, L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement,‎ , p. 9 à 33 dans l'édition de 1983. 
  • Marie Delcourt, « Introduction », Thomas More, L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement,‎ , p. I à XII dans l'édition de 1983. 
  • Simone Goyard-Fabre, « Thomas More et L'Utopie », Thomas More, L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement,‎ , p. 13-65. 
  • Claude Mazauric, « Préface », Thomas More, L'Utopie,‎ , p. 5-9. 
  • (en) David Wootton, « Utopia : An Introduction », Thomas More, Utopia,‎ , p. 1-34. 
  • Guillaume Navaud, « Platon au Nouveau Monde », Thomas More, L'Utopie,‎ , p. 7-41. 

Chapitres d'ouvrages

  • Pierre Mesnard, L'Essor de la Philosophie Politique au XVIe siècle, Paris, Vrin, coll. « Bibliothèque d'histoire de la philosophie », (1re éd. 1936) (« Thomas Morus ou l'utopie d'un humaniste », pages 141 à 177)
  • Louis Marin, Utopiques : jeux d'espaces, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Critiques », .  (« Moreana », pages 51 à 245)
  • Henri Weber, Histoires d'idées et des combats d'idées aux XIVe et XVe siècles, de Ramon Lull à Thomas More, Paris, Honoré Champion, coll. « Études et essais sur la Renaissance », (« Thomas More (1477-1535) », pages 851 à 877)
  • Jean-Yves Lacroix, Utopie et philosophie : Un autre monde possible ?, Paris, Bordas, coll. « Philosophie présente », .  (« Chapitre III. L'essence par l'existence » pages 95 à 129 et « Chapitre V. Les principes de l'harmonie » pages 217 à 248)
  • Miguel Abensour, L'Utopie de Thomas More à Walter Benjamin, Paris, Sens & Tonka, .  (« Thomas More ou la voie oblique », pages 21 à 62)
  • Quentin Skinner, Les fondements de la pensée politique moderne, Paris, Fayard, coll. « Bibliothèque de l'Évolution de l'Humanité », .  (Outre divers traits de la pensée politique de Th. More évoqués dans différents chapitres, Q. Skinner consacre quelques pages au livre de Th. More : « L'Utopie et la critique de l'humanisme », pages 357 à 367)
  • Pierre Macherey, De l'utopie !, Le Havre, De l'incidence éditeur, .  (« Radieux tropiques ? L'Utopie de More », pages 117 à 181)
  • Laurent Cantagrel, Discours lettré et transformations sociopolitiques au début du XVIe siècle, Paris, Classiques Garnier, coll. « Études et essais sur la Renaissance », .  (« L'Utopie de Thomas More, paradigme des descriptions de société humanistes », pages 47 à 100)
  • Norbert Elias, L'utopie, Paris, La Découverte, coll. « Laboratoire des sciences sociales », .  (« La critique de l'État chez Thomas More », pages 31 à 102 et « Thomas More et l'utopie », pages 133 à 150)

Ouvrages et revues

  • (en) Jack H. Hexter, More's Utopia : The Biography of an Idea, Princeton, Princeton University Press,
  • (en) Edward L. Surtz, The Praise of Pleasure : Philosophy, Education and Communism in More's Utopia, Cambridge, Harvard University Press, 1957a
  • (en) Edward L. Surtz, The Praise of Wisdom : A Commentary on the Religious and Moral Problems and Backgrounds of St. Thomas More's Utopia, Chicago, Loyola University Press, 1957b
  • (en) Karl Kautsky, Thomas More and his Utopia, New york, Russell & Russell, (1re éd. 1888) (lire en ligne). 
  • (en) Reginald Walter Gibson, St Thomas More : A preliminary bibliography of his works and of Moreana to to the year 1750, London, Yale University Press,
  • (en + it + fr) Germain Marc'hadour (ed.), « A Festschrift on More’s Utopia in honour of Edward Surtz », Moreana, vol. 8, nos 31-32,‎ (lire en ligne)
  • (en) George M. Logan, The Meaning of More's Utopia, Princeton, Princeton University Press,
  • (en) Elizabeth McCutcheon, My Dear Peter : The ars poetica and hermeneutics for More's Utopia, Angers, Elizabeth McCutcheon - Moreana, (lire en ligne).  [PDF]
  • (en) John C. Olin (ed), Interpreting Thomas More's Utopia, New York, Fordham University Press,
  • (en) Dominic Baker-Smith, More's Utopia, London/New-York, Harper Collins Academic, coll. « Unwin Critical Library », . 
  • (en + it + fr) Elizabeth McCutcheon et Clarence H. Miller (eds), « Utopia revisited », Moreana, vol. 31, nos 118-119,‎ (lire en ligne)
  • Nicole Morgan, Le sixième continent, L’Utopie de Thomas More. Nouvel espace épistémologique, Paris, Vrin, coll. « De Pétrarque à Descartes », . 
  • Jean-Marie Maguin et Charles Whitworth (dir.), Thomas More, Utopia : Nouvelles perspectives critiques, Montpellier, Publications de l'université Paul-Valéry, Montpellier 3, coll. « Astræa »,
  • Jean-Yves Lacroix, L'Utopia de Thomas More et la tradition platonicienne, Paris, Vrin, coll. « De Pétrarque à Descartes »,
  • (en) Terence Cave (ed.), Thomas More's Utopia in early modern Europe : Paratexts and contexts, Manchester / New York, Manchester University Press, (1re éd. 2008). 
  • (en) Marie-Claire Phélippeau (ed.), « Liber Amicorum : A Collection of Essays by Elizabeth McCutcheon », Moreana, vol. 52, nos 201-202,‎ (lire en ligne)
  • (en) Fátima Vieira et Lyman T. Sargent (eds), « On the Commemoration of the Five Hundredth Anniversary of Thomas More's Utopia », Utopian Studies, vol. 27, no 2,‎ 2016a (lire en ligne). 
  • (en) Fátima Vieira et Lyman T. Sargent (eds), « On the Commemoration of the Five Hundredth Anniversary of Thomas More's Utopia — Part II », Utopian Studies, vol. 27, no 3,‎ 2016b (lire en ligne). 

Sites internets

  • (en) « Home of The Center for Thomas More Studies », sur The Center for Thomas More Studies, (consulté le 2 mai 2020). , Site de référence consacré aux études sur l'œuvre de Thomas More (hébergé par The University of Dallas)
  • (en) Thomas More, « Title Page of Utopia », sur Open Utopia, 2010-2019 (consulté le 2 mai 2020). , sur ce site, Stephen Duncombe a réalisé une édition complète de l'Utopie en anglais. (Cependant : la disposition des paratextes qu'il propose est arbitraire et injustifiée.)

Autres sources[modifier | modifier le code]

Articles

  • Louis Marin, « Le maintenant utopique », Stratégies de l'utopie, Paris, Galilée,‎ , p. 246-252 (lire en ligne).  [PDF]
  • Philippe Lane, « Seuils éditoriaux », Espaces Temps, nos 47-48 « La fabrique des sciences sociales. Lectures d'une écriture »,‎ , p. 91-108 (lire en ligne). 
  • Françoise Lavocat, « Fictions et paradoxes. Les nouveaux mondes possibles à la Renaissance », Usages et théories de la fiction. Le débat contemporain à l'épreuve des textes anciens (XVI-XVIIIe siècles), Rennes, Presses Universitaires de Rennes,‎ , p. 87-111 (lire en ligne). 
  • Nicole Schwartz-Morgan, « L'Utopie 9/11. Plaidoyer pour un monde nouveau », Diogène, no 209,‎ , p. 50-68 (lire en ligne). 
  • Germaine Aujac, « À propos d’un frontispice : la science grecque dans l’Angleterre du XVIe siècle », Anabases, no 3,‎ , p. 27-54 (lire en ligne). 
  • Federica Greco, « Utopie révolutionnaire et utopie conservatrice : la réception politique des textes utopiques italiens de la Renaissance », ILCEA, no 30,‎ (lire en ligne). 

Livres

  • Pierre-François Moreau, Le récit utopique : Droit naturel et roman de l'État, Paris, P.U.F., coll. « Pratiques théoriques »,
  • Raymond Ruyer, L'utopie et les utopies, Brionne, Gérard Monfort Éditeur, coll. « Imago Mundi », (1re éd. 1950). 
  • (en) Gregory Claeys et Lyman Tower Sargent (eds), The Utopia Reader, New York and London, New York University Press, . 
  • Raymond Trousson, Voyages au pays de nulle part : Histoire littéraire de la pensée utopique, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles, . 
  • Lyman Tower Sargent et Roland Schaer (dir.), Utopie : La quête de la société idéale en Occident, Paris, Bibliothèque nationale de France / Fayard, . 
  • (en) Vita Fortunati et Raymond Trousson (ed.), Dictionary of literary utopias, Paris, Honoré Champion, coll. « Dictionnaires et Références », . 
  • Bronislaw Baczko, Lumières de l'utopie, Paris, Payot, coll. « Critique de la politique », (1re éd. 1978). 
  • Louis Marin, Politiques de la représentation, Paris, Kimé, coll. « Collège International de Philosophie », . 
  • Vita Fortunati, Raymond Trousson et Paola Spinozzi (dir.), Histoire transnationale de l'utopie littéraire et de l'utopisme, Paris, Honoré Champion, coll. « Bibliothèque de littérature générale et comparée », . 
  • Jean-Louis Fournel, La cité du soleil et le territoire des hommes : Le savoir du monde chez Campanella, Paris, Albin Michel, coll. « L'Évolution de l'Humanité », . 
  • Ellen Meiksins Wood, Liberté et propriété : Une histoire sociale de la pensée politique occidentale de la Renaissance aux Lumières, Montréal, Lux Éditeur, coll. « Humanités », . 
  • (en) Thomas More, The Essential Works of Thomas More, New Haven and London, Yale University Press,

Site internet

Documentation complémentaire[modifier | modifier le code]

Dossiers en ligne sur l'Utopie

Revues consacrées à Th. More ou à l'utopie

  • Moreana, revue internationale publiée par l'association Amici Thomae Mori, c'est une revue plurilingue accueillant des recherches sur Th. More, l'Humanisme et la Renaissance.
  • Utopian Studies, revue internationale publiée par la Society for Utopian Studies, c'est une revue de langue anglaise accueillant des recherches sur l'utopie sous différentes approches (littéraire, sociologique, politique, philosophique, etc.), consacrant des numéros à des auteurs (Ernst Bloch ou Octavia E. Butler par exemple) et d'autres à des thématiques (utopie et architecture, utopie et mode, etc.).
  • Morus - Utopia e Renascimento, site d'une revue brésilienne plurilingue consacrée à l'utopie.

Conférence vidéo

Émissions de radio

  • Franck Ferrand et Bernard Cottret, « L’ennemi intime d’Henri VIII, Thomas More », sur Youtube.com, Europe 1, émission « Au cœur de l'histoire », . (D'une durée de quarante cinq minutes, cette émission retrace la vie de Th. More ; l'Utopie est très brièvement abordée.)
  • Gilles Lapouge et André Prévost, « L'utopie, une fête ou une caserne ? 2/4 : Thomas More », sur FranceCulture.fr, émission diffusée le 10 juin 1980, rediffusée le 13/11/2014. (D'une durée de trente minutes, cette émission est consacrée à l'Utopie de Th. More ; un document rare : A. Prévost, auteur de l'édition de référence utilisée dans cet article, expose son interprétation du livre de Th. More.)
  • Raphaël Enthoven et Miguel Abensour, « L’utopie en philosophie politique, et chez Thomas More », sur FranceCulture.fr (La philosophie avec Raphaël Enthoven), . (D'une durée de cinquante minutes, cette émission est la première d'une série de cinq émissions consacrées à l'utopie ; interrogé par R. Enthoven, M. Abensour expose son interprétation de l'Utopie de Th. More.)

Bibliographies supplémentaires

  • Bibliothèque de la Fondation Maison des Sciences de l'Homme, « 500 ans d'utopie. L'Utopie de Thomas More, 1516-2016 », sur Calameo.com,  ;
  • (en) Center for Thomas More Studies, « Bibliographies », sur The Essential Works of Thomas More (Cette page regroupe des bibliographies sur tous les écrits de Th. More. Les bibliographies consacrées à l'Utopie sont divisées en deux groupes principaux : « Utopia Part A : Editions and Translations » et « Utopia Part B : Studies ».)
  • (en) Romuald I. Lakowski, « International Thomas More Bibliography », sur Site personnel de Romuald Lakowski (Docteur en Littérature anglaise), (Cette bibliographie approche l'exhaustivité, elle recense des travaux : sur l'Utopie, sur des points précis du texte, sur les parerga et les paratextes, sur les traductions de l'Utopie, sur les éditions de l'Utopie, sur la famille et les amis de Thomas More, etc.)

Crédits pour les illustrations des éditions latines de l'Utopie[modifier | modifier le code]

Éditions de 1516 :

  • Thomas More, Libellus vere aureus nec minus salutaris quam festivus de Optimo reip. statu deque nova insula Utopia, authore clarissimo viro Thoma Moro, inclytae civitatis Londinensis cive et vicecomite, cura M. Petri Aegidii Antverpiensis et arte Theodorici Martini Alustensis, typographi almae Lovaniensium Academiae nunc primum accuratissime editus, 1516, Bibliothèque Mazarine, cote : Bibliothèque Mazarine, 4° A 10840-2 [Res], permalien : https://mazarinum.bibliotheque-mazarine.fr/idurl/1/2457 ;
  • Thomas More, Libellus vere aureus nec minus salutaris quam festivus de Optimo reip. statu deque nova insula Utopia, authore clarissimo viro Thoma Moro, inclytae civitatis Londinensis cive et vicecomite, cura M. Petri Aegidii Antverpiensis et..., 1516, Bibliothèque nationale de France, permalien : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30976104g.

Édition de 1517 :

  • Thomas More, Ad lectorem. Habes candide lector opusculum illud vere aureu[m] Thomæ Mori no[n] min[us] vtile q[uam] elega[n]s de optimo reipublic[a]e statu, deq[ue] noua insula Vtopia, iam iteru[m], sed multo correcti[us] q[uam] pri[us], hac enchiridij forma vt vides multo[rum] tu[m] senatoru[m] tu[m] alioru[m] grauissimoru[m] viro[rum] suasu æditu[m], quod sane tibi [a]edisce[n]dum no[n] modo in manib[us] quotidie habendu[m] ce[n]seo. : Cui quide[m] ab innumeris me[n]dis vndequaq[ue] purgatio p[rae]ter Erasmi annotatio[n]es ac Budæi ep[isto]lam: viroru[m] sane qui hoc sæculo nostro extra omnne[m] ingenij aleam positi sunt: addita est etia[m] ipsius Mori ep[isto]la eruditissima., 1517, Brown University Library, permalien : http://josiah.brown.edu/record=b2220232~S7.

Éditions de 1518 :

  • Thomas More, De optimo reip. statu deque nova insula Utopia libellus vere aureus, nec minus salutaris quam festivus, clarissimi disertissimique viri Thomae Mori inclytae civitatis Londinensis civis & vicecomitis : Epigrammata clarissimi disertissimique viri Thomae Mori, pleraque e Graecis versa. Epigrammata / Des. Erasmi Roterodami, 1518, Universitätsbibliothek Basel, cote : VD16 M 6299, permalien : https://doi.org/10.3931/e-rara-30626 ;
  • Thomas More, De optimo reip. statu, deque noua insula Vtopia : libellus uere aureus, nec minus salutaris quàm festiuus, clarissimi disertissimiq[ue] uiri Thomae Mori inclytae ciuitatis Londinensis ciuis & vicecomitis ; Epigrammata clarissimi disertissimiq[ue] uiri Thomae Mori, pleraq[ue] è Graecis uersa. Epigrammata Des. Erasmi Roterodami., 1518, Hamnet Folger Library, permalien : http://hamnet.folger.edu/cgi-bin/Pwebrecon.cgi?BBID=263464.

Chacune des ces notices propose un lien vers la reproduction numérisée de l'ouvrage catalogué. (Ces liens sont proposés ci-dessus dans « Les quatre éditions latines de l'Utopie »)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Thomas More, « L'Utopie », Une édition électronique réalisée par Jean-Marie Tremblay, à partir de la traduction française de Victor Stouvenel (1842), sur Les classiques des sciences sociales (Université du Québec à Chicoutimi), (consulté le 18 octobre 2019)
  • Roland Schaer (Commissariat général) et Françoise Juhel (L'exposition sur Internet), « Utopie, la quête de la société idéale en Occident », Exposition virtuelle proposée à l'occasion de l'exposition « Utopie, la quête de la société idéale en Occident » qui se tint à la Bibliothèque Nationale de France en 2000. Ce site contient de nombreuses informations et pistes de réflexion sur l'utopie, sur Bibliothèque Nationale de France, (consulté le 22 octobre 2019)
  • Gallica, « Utopie », Dossier thématique sur l'utopie (Définitions, sources, iconographie, récits, liens internets, etc.). Depuis la refonte du site Gallica en 2015, les liens internes renvoyant aux livres numérisés et disponibles sur le site Gallica ne fonctionnent plus. Il faut effectuer les recherches (par titre et auteur) dans un nouvel onglet sur la nouvelle mouture du site Gallica (où les versions numérisées sont accessibles). Enfin, l'« Exposition virtuelle », dont le lien est brisé, correspond au lien juste au-dessus (Roland Schaer et Françoise Juhel « Utopie, la quête de la société idéale en Occident »), sur Gallica (ancienne version) (consulté le 22 octobre 2019)
  • Humour, utopie, science (en archive), par Gilbert Boss (professeur de philosophie à l'Université Laval, Québec).