Jean de Salisbury

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Jean de Salisbury
Image illustrative de l'article Jean de Salisbury
Plaque commémorative à Chartres.
Biographie
Naissance 1115
Salisbury
Ordination sacerdotale avant 1164
Décès
Chartres[1]
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale 1176
Fonctions épiscopales Évêque de Chartres
1176 – 1180

Jean de Salisbury (Joannis Saresberiensis) né vers 1115 à Salisbury, dans le comté du Wiltshire en Angleterre et mort en 1180, est un philosophe et historien anglais, grand voyageur membre de l’École de Chartres.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean de Salisbury fait ses études en France où il bénéficie du patronage du comte Thibaut le Grand. Étudiant à Paris, il y prend des leçons de logique, dès 1136, avec Abélard. Il poursuit ses études à la prestigieuse école cathédrale de Chartres, approfondissant la logique sous la direction de Robert de Melun, et la grammaire sous celle de Guillaume de Conches jusqu'en 1148. Dans cette cité, Jean de Salisbury a pu disposer de plusieurs traductions d'ouvrages savants, entre autres celle de l’Isagogè de Porphyre de Tyr, et celles du médecin syriaque Hunayn ibn Ishaq, ainsi que, probablement, d'une bonne partie de la logique d'Aristote[2].

Il traverse dix fois les Alpes pour s'enquérir des avancées des universités italiennes, mais aussi pour se rendre à Rome en pèlerinage et surtout en diverses missions pour son pays natal. Il remplit de nombreuses missions à Rome auprès d’Eugène III et d’Adrien IV.

Secrétaire et ami de Thomas Becket, alors chancelier d’Angleterre, il est notamment chargé des relations de l'archevêché avec la papauté. Il a rendu, dans sa Vie de Thomas Becket, un hommage posthume à celui qu’il conseilla de nombreuses fois.

Pendant le conflit et l'exil de 1164 de Thomas Becket, il réside dans l'abbaye Saint-Rémi de Reims, dont l'abbé était alors Pierre de Celle.

Il enseigne à Oxford au terme de sa vie diplomatique, avant 1170.

Il succède à Guillaume aux Blanches Mains sur le siège épiscopal de Chartres de 1176 à 1180.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Jean de Salisbury peut apparaître comme un grand étudiant, participant actif d'une période soucieuse de l'éveil de l'esprit et de l'apprentissage des mondes abstraits. Il croît à un langage universel et aux lois universelles, justifiant un monde rationnel, accessible par la recherche. Peut-on (re)trouver les multiples sources de la vérité positive ou science ?

Il est un des hommes de son temps qui connurent le mieux l’Antiquité et l'ancienne culture classique gréco-romaine. Son principal ouvrage, très célèbre au Moyen Âge et un des premiers livres imprimés, est intitulé : Policraticus, de Nugis curialium et vestigiis philosophorum, une sorte d’encyclopédie morale, en huit livres, où l’auteur, avec plus d’érudition que de grâce, oppose aux frivolités du monde et de la cour les solides enseignements de la philosophie.

En tête des amusements qu’il attaque se trouve la chasse, moyen de vexation contre les faibles. Le jeu de dés, la musique et les musiciens, les acteurs, les ménestrels, les jongleurs, ne sont pas épargnés. L’auteur montre la vanité de la magie, de la sorcellerie, bien qu’il ne repousse pas toutes sortes de présages.

Le troisième livre, dirigé contre les flatteurs et les parasites, se termine par un chapitre contre les tyrans. Le tyrannicide y est approuvé, mais à l’Église seule il appartient de déclarer qu’un prince est tyran. Pour l’ami de Thomas Becket, la royauté n’est que la servante de l’Église. Tout cet examen de la société a pour conclusion une théorie des devoirs empruntée aux philosophes anciens, et l’auteur termine en revenant sur le tyrannicide et le devoir de tuer les tyrans.

Achevé en 1156, le Policraticus est adressé, dans une introduction poétique, à Thomas Becket. Sous le titre peu différent d’Entheticus, Jean de Salisbury fit, en vers élégiaques, une sorte de résumé de son grand ouvrage, rempli d’allusions satiriques, aujourd’hui fort difficiles à comprendre.

Enfin, pour défendre la philosophie, c’est-à-dire les lettres anciennes, contre les attaques des gens du monde, Jean de Salisbury écrivit son Metalogicon en six livres. À ces ouvrages, il faut ajouter ses Lettres, qui sont très importantes pour l’histoire de son époque.

En 1372, le frère franciscain Denis Foulechat achève sa traduction française du Policraticus, effectuée à la demande du roi de France Charles V.

Citations de Jean de Salisbury[modifier | modifier le code]

  • « Un roi illettré n’est qu’un âne couronné »
  • « La profession des armes, d'autant plus digne d'être approuvée qu'elle est plus nécessaire, a été instituée par Dieu lui-même »
  • « Nous sommes des nains assis sur des épaules de géants ». Ce n'est pas Jean de Salisbury qui est l'auteur de cette formule, mais il en est la source écrite, qu'il rapporte à Bernard de Chartres :
    • « Bernard de Chartres disait que nous sommes des nains assis sur les épaules des géants, afin de pouvoir voir plus loin qu'eux, non que cela nous soit permis de toute manière par l'acuité de notre vision ou par la hauteur de notre taille, mais parce que nous sommes soulevés et enlevés vers les hauteurs par la grandeur des géants. » (Metalogicon III ). En latin : Dicebat Bernardus Carnotensis nos esse quasi nanos, gigantium humeris insidentes, ut possimus plura eis et remotiora videre, non utique proprii visus acumine, aut eminentia corporis, sed quia in altum subvenimur et extollimur magnitudine gigantea.
  • Jean, encore étudiant chartrain, est de retour de Paris, il écrit « Il me fut agréable de rendre visite sur la montagne Sainte Geneviève à ces anciens compagnons que j'avais quittés et que la dialectique retenait encore et de reparler avec eux de nos vieux sujets de débats (...). Je les trouvais au même point que jadis. Ils ne semblaient pas avoir atteint leur but, en débrouillant les vieilles questions, ni même ajouté à leurs connaissances l'ombre d'une proposition. Ils n'avaient progressé que d'une manière : ils avaient désappris la modération et ne connaissait plus la modestie, de sorte qu'il fallait désespérer de leur guérison. Ainsi l'expérience m'enseigna une vérité certaine, c'est que, si la dialectique peut aider aux autres études, au contraire, si elle prétend se suffire à elle-même, elle demeure stérile et morte »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Opera omnia, éd. J. A. Giles, Oxford 1848, in Patrologia Latina, 199 lire en ligne
  • Policraticus (1156), éd. K. S. Keats-Rohan, Turnhout, Brepols, 1993.
  • Metalogicon, (v. 1175), éd. J.B. Hall & Katharine S.B. Keats-Rohan, Corpus Christianorum Continuatio Mediaevalis (CCCM 98), Turnhout, Brepols 1991. Trad. an. D. D. McGarry, The Metagogicon, Berkeley, University of California Press, 1955.
  • Metalogicon. Présentation, Introduction, Index et Notes, traduction en français par François Lejeune. Presses de l'Université Laval (Québec, Canada ) / Librairie Philosophique J. Vrin (Paris), 2009. Collection "Zêtêsis". 413 pages. (ISBN 2763784828).
  • Lettres, trad. an. W. J. Millor et alii, The letters of John of Salisbury, Oxford, Clarendon Press, 1986, 2 t.

Études sur Jean de Salisbury[modifier | modifier le code]

  • Ronald E. Pepin (trad.), Anselm & Becket. Two Canterbury Saints' Lives by John of Salisbury, Turnhout, 2009, (ISBN 978-0-88844-298-7)
  • Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des littératures, Paris, Hachette, 1876, p. 1096
  • Laurence Moulinier, « Jean de Salisbury, un réseau d'amitiés continentales », Culture politique des Plantagenêt (1154-1204), colloque international, 2002, [lire en ligne].
  • Christophe Grellard, Jean de Salisbury et la renaissance médiévale du scepticisme, Éditions Les Belles Lettres, Paris, 2013 (ISBN 978-2-251-38122-0) p. 338
  • Christophe Grellard et Frédérique Lachaud (éd.), A Companion to John of Salisbury (coll. « Brill's Companions to the Christian Tradition », 57), Leyde, Brill, 2014, 480 p. (ISBN 9789004265103)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. McCormick, Stephen J. (1889). The Pope and Ireland. San Francisco: A. Waldteufel. p. 44.1180
  2. Sylvain Gouguenheim, Aristote au Mont Saint-Michel, Éditions du Seuil, p. 117.

Liens externes[modifier | modifier le code]