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Aufklärung

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Emmanuel Kant : Was ist Aufklärung?

L'Aufklärung [ˈaʊ̯fˌklɛːʀʊŋ][1] Écouter (en allemand : Aufklärung ; en français : les lumières ; en anglais : Enlightenment ; en italien : Illuminismo ; en espagnol : Ilustración) est un mouvement de pensée rationaliste qui se développe en Allemagne durant une période identifiée sommairement à l'Âge des lumières. Elle prend place dans le mouvement international dit des Lumières en Europe et s'étend approximativement des années 17201730 aux années 17751785.

Le terme Aufklärung est utilisé en Allemagne à partir de 1770 et recouvre des notions historiques, philosophiques et culturelles particulièrement complexes : ainsi, au contact de la Popularphilosophie (Nicolai, Mendelssohn, Lessing), les débats sur la question « Was ist Aufklärung? », aboutissant au célèbre écrit de Kant en 1784, vont-ils amener l'Aufklärung à devenir autre chose que le rationalisme de la philosophie savante proprement dite, ce sera également une idéologie dans le domaine pratique comme dans celui de l'éthique.

Parmi les correspondances et divergences (notamment dans les années 1775-1800) entre l'Aufklärung et les Lumières françaises, on peut relever que la radicalisation matérialiste au tournant du siècle en France a été peu prise en compte par les Allemands. Un homme de lettres et philosophe comme Hermann Samuel Reimarus défend la religion naturelle contre le matérialisme de La Mettrie, en même temps qu'il s'élève contre le panthéisme spinoziste. Beaucoup de wolffiens considèrent qu'il n'y a pas de contradiction entre la théologie dogmatique et la religion selon la raison. Pour le pasteur Johann Augustus Eberhard, nommé professeur à Halle par Frédéric II, le Christ apparaît comme le continuateur de Socrate. Lessing reprend cette conception selon laquelle la religion n'est qu'une étape d'un progrès de l'humanité vers les Lumières.

Avec l'Aufklärung, la religion se trouve historicisée ; l'Aufklärung défend la sécularisation de la raison. À cet égard, le siècle des Lumières serait aussi en Allemagne le « siècle de la révolution ».

Origine et définition du mot

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La formation de mot allemand « Aufklärung », substantif féminin (die Aufklärung), apparaît en tant que terme philosophique au XVIIIe siècle [2]. Dans le Vocabulaire européen des philosophies. Dictionnaire des intraduisibles (sous la direction de Barbara Cassin), Pascal David y voit « l'émergence d'un “terminus technicus” »[3]. Dès lors, Aufklärung correspond au pluriel français les lumières (1665), dont l'acception philosophique apparaît aussi au XVIIIe siècle ; le Dictionnaire historique de la langue française réfère à l'écrit de Voltaire intitulé les lumières d'un siècle éclairé (1761)[4]. Le terme allemand Aufklärung correspond également au terme anglais Enlightenment, tandis qu'en France, l'expression de siècle des lumières « pour désigner le XVIIIe siècle, ou philosophie des Lumières, s'est imposée par référence au programme laïc des philosophes et hommes de science qui travaillaient selon l'expression employée par Descartes à la “seule lumière naturelle” (non plus théologique et surnaturelle) »[4].

En allemand, Aufklärung provient de l'adjectif klar (du latin clarus, « clair » en français)[3]. L'expression (sans alternance vocalique pour le verbe aufklaren), souvent employée sous la forme réflexive, es klart sich auf, se dit pour le temps, le ciel qui s'éclaircit (« ça s'éclaircit »), et ce « par un emprunt de l'allemand au vocabulaire des marins néerlandais (cf. Duden). D'où le verbe intransitif aufklären, au sens du français éclairer »[3],[2]. David précise : « l'Aufklärer n'est pas seulement l'esprit éclairé ou le philosophe des Lumières, mais l'éclaireur au sens militaire de la reconnaissance »[3],[2]. Le dictionnaire Duden ajoute dans le vocabulaire du XXe siècle l'emploi du mot composé Aufklärungsflugzeug pour un « avion éclaireur »[2].

L'Aufklärung et « l'âge des lumières »

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D'après Olivier Juilliard, « l'Aufklärung » est « trop souvent identifiée sommairement à l'Âge des lumières »[5]. C'est une période assez mal délimitée et mal définie : elle commencerait avec Wolff (1679-1754), ou même avec Christian Thomasius (1655-1728) pour se terminer avec Kant, alors que ce dernier pourtant « semble en marquer l'apogée plutôt que la fin »[5].

Au XVIIIe siècle, la situation culturelle de l'Allemagne diffère de celles de l'Angleterre et de la France, dans la mesure où pour les intellectuels allemands de l'époque, il n'y a pratiquement pas d'« antagonisme entre philosophie et religion » : le renouveau philosophique, d'abord spéculatif, « s'inscrit à l'intérieur du christianisme », la logique et la métaphysique s'y trouvent privilégiées[5].

Aufklärung (Allemagne), Lumières (France), mouvement européen des « Lumières »

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Le germaniste et philologue allemand, Peter Pütz (de) intitule l'un de ses livres Die deutsche Aufklärung (« L'Aufklärung allemande »)[6]. Il y étudie comment l'Aufklärung devient un « concept » (Begriff) et un « problème », « le déploiement historique de ce problème » (die historische Entfaltung des Problems) au travers de l'histoire de la religion, de celle de la philosophie, de l'histoire spirituelle, de la culture, de l'histoire nationale et sociale, un dernier chapitre étant consacré à la « déconstruction [du concept] de l'Aufklärung en tant qu'il s'est radicalisé » (Dekonstruktion als radikalisierte Aufklärung)[6]. Dans son compte-rendu d'une autre publication de Pütz comme éditeur de trois séries d'études allemandes consacrées aux « Lumières » (avec parmi elles, Dialektik der Aufklärung de Max Horkheimer et de Theodor W. Adorno, en 1947), le romaniste belge Roland Mortier considère que les Lumières y sont « interprétées tantôt comme concept universel, tantôt comme concept historique, tantôt encore dans une perspective formelle (fonction des genres) »[7]. Dans son ouvrage Faire bouger l'Église catholique, qui cherche à « affronter les défis contemporains », le prêtre jésuite et théologien français Joseph Moingt parle, « sous horizon français », des « Lumières germaniques », des Lumières autrichiennes, « italiennes », « anglaises »[8],[9]... Moingt rappelle en effet que « le mouvement des Lumières ne s'est pas confiné uniquement en France », que « c'était un mouvement européen »[8]. Alors que « les Lumières françaises, avec Voltaire, etc. [...] a été, de fait, un mouvement assez antireligieux et antichrétien », les Lumières d'autres pays européens évoquées « n'ont pas du tout été marquées par un aspect antireligieux, antichrétien »[8].

Aufklärung en Autriche et dans le sud catholique de l'Allemagne

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Concernant l'Autriche, le germaniste autrichien Norbert Christian Wolf (de) utilise en allemand le terme österreichische Aufklärung (Aufklärung autrichienne)[10]. Au début de son étude, il cite l'historien Hans-Ulrich Wehler : « Bien que les territoires catholiques de l’empire soient restés politiquement arriérés, [...] et bien qu’ils aient également été caractérisés par un retard économique, scientifique et souvent – à l’exception de leur architecture captivante – une arriération culturelle, l'Aufklärung a pénétré même cette coquille incrustée »[note 1].

D'autres histoires littéraires récentes décrivent également « la “pénétration” de l'Aufklärung dans l'espace catholique sud-allemand »[note 2] avec de nettes réserves[10].

Le Saint Empire Romain Germanique en 1789

« Aufklärung catholique »

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Le terme « Aufklärung catholique (Katholische Aufklärung (de)) » désigne « un phénomène original dans l'histoire culturelle, philosophique et théologique du Saint Empire »[11]. Selon Sylvaine Reb-Gombeaud, il est à distinguer de l'Aufklärung dans les pays catholiques et du joséphisme, où s'exerce « un contrôle de l'Église par l'État » : il s'inscrit dans deux contextes différents à la fois : celui de « rivalité confessionnelle propre à l'Empire » et celui, européen, de « laïcisation progressive des idées et mentalités au XVIIIe siècle »[11].

Le couvent de Banz (par Cölestinus Stöhr (1766-1836). Le mouvement de l'Aufklärung catholique a été largement encouragé par les bénédictins.

Toute « animée de la conscience d'un “retard” sur les régions protestantes » qu'elle soit, l'Aufklärung catholique entend « rester fidèle à l'orthodoxie catholique définie par le concile de Trente »[11]. C'est « moins un système philosophique ou idéologique » (avec des penseurs et des écrivains comme Kant et Lessing) « qu'une pratique réformatrice puisant ses références conjointement dans l'Aufklärung protestante (Wolff), dans le catholicisme réformateur italien (Benoît XIV, Muratori), dans l'antijésuitisme, dans le fébronianisme et dans le “jansénisme tardif” »[11]. En tant que « mouvement interne à l'Église catholique », l'Aufklärung catholique a été beaucoup encouragée par les bénédictins (couvent de Banz, université bénédictine de Salzbourg) et soutenue « par de grands prélats du Saint Empire romain germanique (Hiéronymus von Colloredo, Franz Ludwig von Erthal, Joseph Trautson) », en même temps que ce même mouvement s'est trouvé également « relayé par des revues (Oberallgemeine Literaturzeitung, Literatur des katholischen Deutschlands) »[11]. Selon Reb-Gombeaud, « l'Aufklärung catholique aspire à une synthèse entre foi et raison »[11].

Toutefois, en plus du problème posé par la réception du kantisme, l'Aufklärung catholique dut aussi « faire face à la résistance des populations et aux difficultés engendrées par la Révolution française, puis par les guerres napoléoniennes ». En 1803, le recès d'Empire mit un terme aux réformes[11]. Pour Sylvaine Reb-Combeaud, en dépit de la « tentative avortée de modernisation du catholicisme » qu'elle représente, « l'Aufklärung catholique n'en préfigure pas moins, à plus d'un titre, certaines décisions du concile Vatican II »[11].

Qu'est-ce que l'Aufklärung ? (Kant)

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Kant, Was ist Aufklärung ?, 1784

En 1784, Emmanuel Kant écrit cette phrase célèbre :

« L’Aufklärung, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de minorité dont il est lui-même responsable. L’état de minorité est l’incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d’un autre. On est soi-même responsable de cet état de minorité quand la cause tient non pas à une insuffisance de l’entendement mais à une insuffisance de la résolution et du courage de s’en servir sans la conduite d’un autre. Sapere aude ! [Ose savoir !] Aie le courage de te servir de ton propre entendement! Voilà la devise de l’Aufklärung. »

— Kant, 1784

Aline Le Berre[12] voit dans ces lignes un glissement du théocentrisme vers l'anthropocentrisme :

« Elles revalorisent l’homme, le rendent conscient de ses potentialités et constituent un appel à l’émancipation. L’homme doit se libérer de toute tutelle, notamment celle des autres hommes, surtout celle d’un guide spirituel, ou d’un directeur de conscience comme c’était la mode à l’époque. Il ne doit pas compter sur un Dieu intervenant dans les actions humaines et auquel il faut s’en remettre pour toute décision. »

— Aline Le Berre, Aufklärung (DITL sous la responsabilité de Jean-Marie Grassin)

Elle voit aussi apparaître chez Kant les premiers signes de l'abandon des principes optimistes de l'Aufklärung. Pour lui, l'homme est prisonnier de sa subjectivité et ne peut donc atteindre à la vérité. En cela il se démarque de l'optimisme leibnizien sur l'acquisition de la connaissance[12].

« Kant résume-t-il l'Aufklärung? », s'interroge le philosophe et germaniste français Gérard Raulet[13]. Pour Wilhelm Dilthey et Ernst Troeltsch, il est à la fois « celui qui la parachève » et « celui qui la surmonte »[13]. Dans cette introduction à l'article Aufklärung du Dictionnaire du Monde germanique, Gérard Raulet poursuit : « Dans les années 1780, alors qu'elle lutte encore contre une “philosophie populaire” profondément ancrée, la philosophie kantienne doit déjà faire face à des opposants de l'intérieur, comme Schiller ou Fichte »[13]. Il écrit :

« La version kantienne de l'Aufklärung fut dépassée avant même d'avoir été réellement reconnue[13]. »

Approche historique de l'Aufklärung

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Selon Gérard Raulet, l'histoire de l'Aufklärung pourrait s'écrire en commençant par l'étude des influences françaises et anglaises, telles que celles-ci « se sont introduites dans l'héritage wolffien » en le transformant « de l'intérieur »[13].

Dans une Histoire de la littérature de langue allemande française de base des années 1980, comme celle de Chassard et Weil, les auteurs écrivent à propos des « Origines et caractéristiques » du « Siècle des Lumières » : « Le mouvement des “Lumières”, qui s'étend à toute l'Europe, n'est pas d'origine allemande. Il est issu du rationalisme français (Descartes) et de l'empirisme anglais (Bacon, Locke, Hume). »[14]

Christian Thomasius

Christian Thomasius

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Christian Thomasius (1655-1728), semble « la figure initiatrice de l'Aufklärung ». Théologien, philosophe, juriste et pédagogue, il allie piétisme et éclectisme : l'homme ne peut pas se passer de l'aide de Dieu pour découvrir le vrai et « suivre la vertu ». Toutefois, il « admet une lumière naturelle et sépare le droit et la morale de la théologie »[5]. Sa pensée inaugure « la thématique de l'Aufklärung : tolérance religieuse, liberté de pensée et de dispute, lutte contre l'autorité traditionnelle et les préjugés, abolition de la torture »[5].

Christian Wolff

Christian Wolff

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Christian Wolff (1679-1754) s'inscrit dans une pensée directement issue de celle de Leibniz concernant la perfection de Dieu et l'existence du mal. Dans sa Theologia naturalis de 1736, il écrit : « Le mal physique et le mal moral sont, dans cette série, inclus de telle sorte dans le bien que si l’on en retirait le mal on en retirerait en même temps le bien »[12]. Leibniz « célèbre l'harmonie préétablie par Dieu dans le monde » : causes et effets s'enchaînent comme dans une machinerie parfaitement réglée d'avance ; sa théorie « optimiste » d'un « meilleur des mondes possibles » est confirmé par la science, soit les découvertes des physiciens, naturalistes, mathématiciens, astronomes (Copernic, Galilée, Kepler, Newton)[14].

Les Popularphilosophen

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Dans l'Aufklärung berlinoise, Christoph Friedrich Nicolai, Moses Mendelssohn et Gotthold Ephraim Lessing « sont des Popularphilosophen », du fait de leur réception de l'influence anglaise et « par leur participation à la création d'une opinion publique philosophiquement éclairée »[13]. Il faut tenir compte aussi d'« une pléiade d'auteurs mineurs intermédiaires, regroupés sous l'appellation de Popularphilosophen ». C'est ainsi que s'accomplit « la transition du rationalisme du XVIIe siècle à l'Aufklärung ». Et c'est ainsi, complète Gérard Raulet, que l'Aufklärung a cette qualité « qu'on lui reconnaît spontanément d'être non seulement un phénomène philosophique mais le reflet d'une mutation profonde de la culture politique »[15].

Lessing (1729-1781) est, d'après Édouard Sans, « le principal représentant de l'Aufklärung, la Philosophie des Lumières » : il est « rationaliste de croyance et de tempérament autant qu'artiste créateur » (G. Bianquis)[16]. Issu du protestantisme, il est « l'exemple de ces écrivains et penseurs allemands », influencés par le rationalisme français en même temps que par le sensualisme anglais, qui auront préparé « l'émancipation philosophique de l'Allemagne »[16]. C'est « un ardent polémiste religieux », dont la réflexion se rattache au piétisme[16]. Le mouvement des Lumières demande en effet à la raison des philosophes d'« éclairer les hommes : Sapere aude, ose faire usage de ton jugement, dit Kant », telle est « la devise de l'Aufklärung »[16].

Également « très influencé par l'idéalisme maçonnique », Lessing pense que « la foi religieuse prend sa source dans une activité morale tournée vers la vérité ou vers le bien »[16]. Il prône la tolérance (Nathan le Sage, 1779 ; Dialogues maçonniques, 1778-1780) ; L'Éducation du genre humain, 1780)[16].

C'est dans la Berlinische Monatsschrift qu'eurent lieu en 1783-1784 les débats sur la question Was ist Aufklärung ?

Kant et la Popularphilosophie : Qu'est-ce que l'Aufklärung ? (1783-1784)

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Une question va motiver l'essai de Kant : Was ist Aufklärung ?. Elle se rapporte à « l'impact de l'Aufklärung sur la société et la culture politique : celle de l'usage ou de l'abus des Lumières »[15].

Pasteur Zöllner : Qu'est-ce que l'Aufklärung ? (décembre 1783)

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En 1783 paraît dans le numéro de septembre de la Berlinische Monatsschrift l'écrit d'un auteur anonyme en faveur du mariage civil, « question alors brûlante en Prusse »[15]. En décembre, le pasteur et Popularphilosoph Johann Friedrich Zöllner, en prenant la défense du mariage religieux, pose la question : « Qu'est-ce que les Lumières ? » Cette question, « presque aussi importante que de savoir ce qu'est la vérité », montre « les doutes des Popularphilosophen quant à l'usage de la raison dont ils sont les vulgarisateurs ». Et ce sont ces doutes des Popularphilosophen qui déclenchent la parution de deux « réponses » à cette question, celle de Mendelssohn et celle de Kant[15].

En fait, pense Gérard Raulet, « Zöllner ne posait rien de moins que la question du criticisme » : ce qui importait à Kant, c'était de « marquer la rupture de ce dernier avec l'épistémè traditionnelle marquée par Leibniz et Wolff qui dominait encore la pensée »[15].

Réponse de Mendelssohn : Qu'entend-on par éclairer ? (septembre 1784)

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La réponse de Moses Mendelssohn montre les limites d'une Aufklärung restée tributaire de la Schulphilosophie, c'est-à-dire de ce courant rationnel du wolffianisme. Tandis qu'il défend « la liberté inconditionnelle de la philosophie spéculative et de la Bildung », il « admet finalement que l'Aufklärer doit “mettre sa main devant sa bouche” lorsque cette exigence risque de porter atteinte à l'équilibre atteint par la Kultur »[15].

Réponse de Kant : Qu'est-ce que l'Aufklärung ? (décembre 1784)

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Kant « borne a priori les prétentions de la pensée, de façon en somme prophylactique, afin qu'elle soit à tout le moins assurée de son territoire et ne risque pas de devoir abdiquer face au dogmatisme »[15]. « Au lieu de devoir reconnaître a posteriori les bornes de la raison et de pratiquer une censure dogmatique des résultats acquis pour se cantonner ensuite dans une attitude sceptique » [attitude des Popularphilosophen], « la Critique de la Raison pure distingue rigoureusement principes constitutifs et principes régulateurs ». C'est en effet « leur confusion qui conduit la raison spéculative à dépasser de façon illégitime les possibilités effectives de la connaissance et à devenir une métaphysique dogmatique »[15]. Ainsi, la raison transcendantale peut-elle « accéder à des connaissances pures a priori », Kant va se dédouaner de l'accusation d'athéisme, car « seule la critique, en refondant le statut de la métaphysique, rend un vrai service à la foi ; c'est le non-usage des lumières qui est néfaste », néfaste « avant tout sur le plan éthique[15].

Gérard Raulet considère que « Sociale et idéologique » : la Popularphilosophie a fait son travail, l'Aufklärung est devenue autre chose que le rationalisme de la philosophie savante — une idéologie pratique, une exigence éthique »[15].

Johann Georg Hamann (1730–1788), dit « le Mage du Nord »

Situation politique : limites du despotisme éclairé et réaction irrationaliste

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Frédéric II est vieux, et la modernisation que représentait le despotisme éclairé atteint ses limites. Vers 1786-1787, un retour de l'absolutisme et de l'obscurantisme est à craindre[15].

Au niveau épistémologique, l'Aufklärung populaire s'épuise et se montre incapable de répondre à la question « du bon usage ou de l'abus des Lumières », ce qui suscite un repliement sur la foi[15].

On assiste à une réaction irrationaliste, Johann Georg Hamann en est le porte-parole, à Königsberg même. S'y ajoutent celle de Johann Gottfried Herder et « l'historicisme d'un Justus Möser... »[17].

Correspondances et divergences entre l'Aufklärung et les Lumières françaises

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Correspondances et divergences chronologiques

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Bien que le terme d'Aufklärung se soit imposé seulement à partir de 1770, on peut dire, globalement, en y intégrant le leibniziano-wolffisme, que « l'Aufklärung va de 1690 au tournant du siècle suivant. D'un point de vue strictement chronologique, elle correspond en gros aux Lumières françaises », propose Gérard Raulet[17].

Christian Wolff (Aufklärer)
Montesquieu (Lumières françaises)

1720-1750 (Aufklärung) / 1700-1740 (Lumières françaises)

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Si 1720-1750 correspond à l'apogée de Wolff au « temps de l'Aufklärung » (Aufklärungszeit[note 3]), les années 1700-1740 sont, pour les Lumières françaises (à l'« Âge des lumières »[note 4]), celles de l'apogée de Montesquieu[17].

Période intermédiaire

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Tandis que du côté de l'Aufklärung », « fleurit la Popularphilosophie, les Français marquent des points dans tous les domaines : Condillac, Charles Bonnet, Vauvenargues, Diderot, d'Alembert et les encyclopédistes, Buffon, La Mettrie, Maupertuis, Voltaire, Rousseau. »[17]

1775-1800 : divergences

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Dans les années 1775-1800, « les destins philosophiques français et allemand divergent à nouveau » : selon Gérard Raulet, il n'y a « rien de commun entre d'une part la période critique de Kant, l'historicisme herdérien, la philosophie de l'histoire de Lessing, et d'autre part Quesnay, Turgot et les physiocrates, Lavoisier,Volney, les idéologues »[17].

En effet, « la radicalisation matérialiste », qu'on peut observer en France au tournant du siècle, n'a été prise en compte par les Allemands, « de façon atténuée et surtout différente, que dans la mesure où ils assimilaient le paradigme empiriste puis sensualiste anglais »[17].

Hermann Samuel Reimarus défend la religion naturelle.

La religion selon la raison

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Tandis que Hermann Samuel Reimarus (1694-1768) défend la religion naturelle « à la fois contre le panthéisme spinoziste et contre le matérialisme de La Mettrie », de nombreux wolffiens font en sorte de montrer qu'« il n'y a aucune contradiction entre la théologie dogmatique et la religion naturelle ou religion selon la raison » : on les appelle des « harmonisateurs »[17].

En revanche, des théologiens « néologues », dont Reimarius n'est pas sans faire partie, « anticipent la critique de la Bible », qui culminera au XIXe siècle avec David Friedrich Strauss. Johann Salomo Semler, professeur de théologie à Halle, est le plus radical : le christianisme étant à ses yeux issu de la théologie de Saint Paul, lequel n'avait pas connu le Christ en personne, il « doit être considéré comme une forme transitoire des efforts de l'humanité vers la moralité ». Le pasteur Johann Augustus Eberhard (1739-1809), quant à lui, quoique exclu du ministère luthérien, mais nommé professeur à Halle par Frédéric II, « prône une intégration du christianisme dans la marche rationnelle de l'humanité : le Christ apparaît comme le continuateur de Socrate ». Lessing reprend « cette conception d'un progrès de l'humanité vers les Lumières, dans lequel la religion n'est qu'une étape »[17].

Candide de Voltaire « est le document de l'incompréhension française »[17] face aux Lumières allemandes.

La raison historique : l'Église invisible

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D'après Gérard Raulet, « le Candide de Voltaire est le document de l'incompréhension française face à la façon dont les Lumières allemandes vont faire évoluer la tradition de l'histoire du salut vers une téléologie mondaine dans laquelle l'homme va jouer son rôle ». Et c'est ainsi que les Allemands, en faisant la part de l'Église visible, vont « s'intéresser avant tout à l'Église invisible » en tant que celle-ci, « sous les espèces mêmes du dogme », se constitue en « communauté rationnelle » :

« La religion est historicisée et contribue à la raison historique[17] »

Sur le plan de l'histoire, Voltaire « reste loin en arrière, avec sa conception statique des passions éternelles de l'humanité qui vient de la tradition antique », au regard d'une « mutation radicale de l'épistémè » comme celle que produisent alors les Allemands « avec leur “retard” »[17].

Du droit naturel chrétien au droit naturel rationnel

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Raulet rappelle que le passage du droit naturel chrétien au droit naturel rationnel a été accompli dès que Leibniz et Wolff ont remplacé la volonté de Dieu par la raison divine. Chez Thomasius, les devoirs envers Dieu sont des prolongements des devoirs envers les hommes, tandis que la suppression du droit divin donne au prince des devoirs dont il est aussi responsable « devant l'ensemble du corps social ». L'opinion publique peut désormais s'ériger en « censeur du souverain »[17].

L'Aufklärung, le « siècle de la Révolution » en Allemagne ?

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Dans le Dictionnaire du monde germanique, Gérard Raulet conclut l'article Aufklärung en observant qu'« à sa façon, le “siècle des Lumières” est aussi en Allemagne le “siècle de la révolution” » et qu'« il ne le cède en rien en radicalité aux Lumières françaises »[18]. Avec la raison en lutte contre les dogmes, l'Allemagne « prend à sa manière le problème à la racine » : elle défend la sécularisation de la raison. Raulet est d'avis que « cette “stratégie” [...] a produit des effets sociaux, politiques et épistémologiques d'une portée globalement plus grande que celle qu'a pu avoir par exemple le matérialisme français qui à l'époque représentait la pointe extrême de la modernité philosophique »[18].

Devant « le spectacle de la Terreur » en France, et même s'il en appelle aux « vertus de la Réforme contre les risques de la révolution », Emmanuel Kant « “invente” pour la préséance de la morale un nouveau statut dans Le conflit des facultés (1798), celui de spectateur esthétique (et donc a priori désintéressé) participant affectivement à la lutte terrifiante et sublime pour la liberté ». La différence entre Kant et les Jacobins (« qui s'inspirent de lui ») est la suivante : « pour Kant, l'existence d'un ordre légal est essentielle, et un pouvoir légal dont la légitimité est déficiente ne peut être changé que de façon légale »[18].

Héritages, réception et critiques de l'Aufklärung au vingtième siècle

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Ernst Cassirer

Ernst Cassirer

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Selon Philippe Choulet, Ernst Cassirer (1874-1945) est un Aufklärer, autant par son existence que par sa façon de philosopher[19]. Michel Foucault rappelle qu'il publie Philosophie der Aufklärung au moment même où les nazis prennent le pouvoir en Allemagne, en mettant fin à la République de Weimar[19]. Connu pour son cosmopolitisme, de multiples sources sont perceptibles chez lui de « la pensée des Lumières (Angleterre, Allemagne, France, Italie, Hollande...) »[19]. On y retrouve une « diversité baroque bien [dans] l'esprit des Lumières » qui lui font élaborer « une synthèse audacieuse et inégale autour d'axes intangibles » comme « le privilège de la raison sur la foi, de la connaissance sur l'ignorance [...] », la tolérance, des formes démocratiques de gouvernement, la philosophie de l'histoire, etc[19] Il est disciple de Hermann Cohen et Paul Natorp à l'école de Marburg, « dont le mot d'ordre [est] “Retour à Kant” »[19]..

Hannah Arendt

L'analyse d'Hannah Arendt de l'Aufklärung

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Hannah Arendt (1906-1975), dans son article « L'Aufklärung et la question juive » (1932) interroge les liens entre le développement de l'idée d'assimilation juive et la nouvelle conception de la vérité qui prévaut dans le mouvement de l'Aufklärung. Elle montre ainsi comment avec Lessing s'opère une distinction capitale entre vérités historiques et vérités de la raison, les premières étant contingentes, les secondes nécessaires. Comme l'explique Arendt, « Cette séparation est éminemment décisive parce qu'elle est en mesure de légitimer l'assimilation au-delà de ses aspects historiquement contingents »[20].

Impression-pirate de Dialektik der Aufklärung (Dialectique de la raison en français), de Max Horkheimer et Theodor W. Adorno, parue aux éditions : Zerschlagt das bürgerliche copyright (« Coupez en morceaux le copyright bourgeois »)

Horkheimer et Adorno : Dialektik der Aufklärung

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Dans un extrait de Dialektik der Aufklärung (1947) de Max Horkheimer (1895-1973) et de Th. W. Adorno (1903-1969), intitulé « Odysseus, oder Mythos und Aufklärung », les deux chefs de file de l'école sociologique de Francfort montrent que « la dialectique séculaire de la rationalité s'ouvrirait avec Ulysse, dont la victoire remportée sur Polyphème [...] représenterait l'émancipation de l'individu par rapport à un monde encore dominé par le mythe »[7]. D'après Roland Mortier, « les auteurs estiment que si la rationalité se dégage ici du mythe, elle semble réintégrer le mythique lorsqu'elle se prend pour sa propre fin (Sade, Nietzsche), en se coupant ainsi des idées de justice et de liberté ». Mortier conclut son compte-rendu ainsi : « Reste à voir si cette coupure n'est pas, précisément, la négation absolue du véritable esprit des « lumières ». Mais, on l'a vu, le propos des auteurs se place dans une perspective nettement a- historique »[7].

Notes et références

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  1. Traduction modifiée pour Aufklärung que la traduction automatique en français remplace par « les Lumières » : « Obwohl die katholischen Territorien des Reiches politisch rückständig geblieben waren, [...] und obwohl sie ebenfalls ökonomische, wissenschaftliche und häufig — mit der Ausnahme ihrer bestechenden Architektur kulturelle Rückständigkeit kennzeichnete, drang doch die Aufklärung auch in dies verkrustete Gehäuse ein ».
  2. Das 'Vordringen' der Aufklärung in den katholisch-süddeutschen Raum (la traduction automatique en français, ici modifiée, remplace Aufklärung par « [les] Lumières »).
  3. Variantes en allemand : Zeitalter der Aufklärung, Aufklärungszeitalter.
  4. Variantes : « Siècle des Lumières » en français ; Enlightenment en anglais, etc.

Références

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  1. Prononciation en allemand standard retranscrite selon la norme API.
  2. a b c et d (de) Duden. Etymologie (Der Grosse Duden, Band 7), « klar », Bibliographisches Institut Mannheim, Dudenverlag, 1963, p. 329.
  3. a b c et d Pascal David et Barbara Cassin (dir.), Lumière ; Lumières (all. Licht, Aufklärung, angl. light ; Enlightenment) dans le Vocabulaire européen des philosophies : dictionnaire des intraduisibles, éditions du Seuil et Dictionnaires Le Robert, (ISBN 978-2-02-143326-5), p. 742-746
  4. a et b Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, t. 2, Dictionnaires Le Robert, (réimpr. 2000), p. 2066 (Lumière)
  5. a b c d et e Olivier Juilliard, « Aufklärung », sur www.universalis.fr (consulté le ).
  6. a et b Peter Pütz (de), Die deutsche Aufklärung, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft (de), coll. « Erträge der Forschung (volume 81) », (1re éd. 1979), Extraits (sommaire) : [lire en ligne].
  7. a b et c Roland Mortier, « Peter Pütz e.a., Erforschung der deutschen Aufklärung. In: L'antiquité classique » [compte-rendu], Tome 49, 1980, p. 317, [lire en ligne]
  8. a b et c Joseph Moingt, Faire bouger l’Église catholique, Desclée de Brouwer, (lire en ligne)
  9. Moingt 2012, p. 49.
  10. a et b Norbert Christian Wolf (de), « Für eine Literaturgeschichte der österreichischen Aufklärung. Überlegungen zu einem immer noch vernachlässigten Thema ». In: Austriaca : Cahiers universitaires d'information sur l'Autriche, no 44, 1997. Aspects de la philosophie en Autriche, p. 95-123, [lire en ligne]
  11. a b c d e f g et h Sylvaine Reb-Gombeaud, « Aufklärung catholique », dans Dictionnaire du monde germanique, sous la direction de Élisabeth Décultot, Michel Espagne et Jacques Le Rider, Paris, Bayard, 2007, p. 76-77.
  12. a b et c Aline Le Berre, « Aufklärung », sur ditl.info (consulté le )
  13. a b c d e et f Gérard Raulet, « Aufklärung », dans Dictionnaire du monde germanique, sous la direction de Élisabeth Décultot, Michel Espagne et Jacques Le Rider, Paris, Bayard, 2007, p. 73.
  14. a et b Jean Chassard et Gonthier Weil, Histoire de la littérature de langue allemande, Paris, Hachette, 1981, p. 54-68.
  15. a b c d e f g h i j k et l Gérard Raulet, « Aufklärung », dans Dictionnaire du monde germanique, sous la direction de Élisabeth Décultot, Michel Espagne et Jacques Le Rider, Paris, Bayard, 2007, p. 74.
  16. a b c d e et f Édouard Sans, « Lessing, Gotthold Ephraïm », dans Dominique Folscheid (dir.), La philosophie allemande — de Kant à Heidegger , Paris, PUF, Collection Premier Cycle, 1993, p. 387-388
  17. a b c d e f g h i j k et l Gérard Raulet, « Aufklärung », dans Dictionnaire du monde germanique, sous la direction de Élisabeth Décultot, Michel Espagne et Jacques Le Rider, Paris, Bayard, 2007, p. 75.
  18. a b et c Gérard Raulet, « Aufklärung », dans Dictionnaire du monde germanique, sous la direction de Élisabeth Décultot, Michel Espagne et Jacques Le Rider, Paris, Bayard, 2007, p. 76.
  19. a b c d et e Philippe Choulet, « Cassirer, Ernst, 1874-1945 », dans Dominique Folscheid (dir.), La philosophie allemande — de Kant à Heidegger , Paris, PUF, 1993, p. 346-349
  20. Hannah Arendt (trad. de l'anglais), Écrits juifs. Article "L'Aufklärung et la question juive", Paris, Ouvertures Fayard, 752 p. (ISBN 978-2-213-64258-1), p. 117

Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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