Inconscient

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L'inconscient ou inconscience (de in-, préfixe privatif, et conscient, composé du préfixe con-, « avec », et de scientia, « le savoir ») est un concept de psychologie qui désigne l'activité psychique se déroulant hors de la sphère consciente dans l'esprit d'un individu.

Suivant les domaines et les points de vue théoriques, un désir subconscient, une perception subliminale, une attitude ou un préjugé implicite, un apprentissage procédural, pourraient être désignés comme « inconscient ».

L’inconscient est le concept central de la psychanalyse, son objet d’étude et de pratique.

Histoire[modifier | modifier le code]

Occurrence du terme[modifier | modifier le code]

La première occurrence du terme — en tant que non-conscient — que l'on puisse relever est en langue anglaise. Elle vient d'un juriste anglais, Henry Home Kames, en 1751[1]. Puis, c'est un écrivain suisse qui l’introduit dans la langue française, Henri-Frédéric Amiel aux alentours de 1860 au sens de vie psychique inconsciente[1].

Conceptualisation du terme[modifier | modifier le code]

La philosophie s'était dès l'Antiquité intéressée à une activité qui puisse échapper à la conscience mais c'est au XVIIe siècle Descartes qui, à travers le cogito, conceptualise l'opposition entre la conscience comme fondement de la raison et ce qui y échappe[2] — relégué par lui dans le domaine de la folie[3]. Leibniz, avec un texte concernant les « petites perceptions confuses » (ou théorie des petites perceptions) s'approche également d’un concept d'inconscient qui s'oppose à la conception cartésienne de la conscience. Il constate que nos pensées humaines sont continues à l'insu de nos consciences[4]. Dans le même temps, Pascal et Spinoza remettront en cause l’autonomie de la conscience à travers notamment l’importance des automatismes et des affects.

Au XVIIIe siècle apparaît sur ce présupposé la « première psychiatrie dynamique »[5] qui pratique une « thérapeutique fondée sur le magnétisme »[5] comme chez Franz Anton Mesmer, ce qui amène à voir l’inconscient « comme une dissociation de la conscience: subconscience ou automatisme mental »[5] et accessible à l'hypnose.

Au XIXe siècle, avec Schelling et Arthur Schopenhauer apparaît l'idée d’une psyché présente dans l’âme humaine et qui échappe au rationalisme, Von Hartmann publie en 1868 La philosophie de l'inconscient[6]. Et c'est dans ce siècle que se développe une « psychologie expérimentale », médicale et physiologique, avec Johan Friedrich Herbart, Hermann von Helmholtz, Gustav Fencher, Wilhelm Wundt ou Carl Gustav Carus qui fut le premier à noter le rôle éminent des fonctions sexuelles dans la vie psychique[5].

Puis au tournant du siècle, Sigmund Freud en développe une nouvelle conception, à partir de la synthèse de l'enseignement de Charcot, Bernheim et Breuer dans un premier temps puis de l’interprétation du rêve dans un second[7], donnant par là naissance à la psychanalyse où cette notion est centrale[7]. Au cours du XXe siècle, différents psychanalystes approfondiront le travail de Freud : Mélanie Klein insiste sur la relation archaïque avec la mère ; Jacques Lacan développe, à partir d'une théorie du signifiant, les liens entre inconscient et langage.

Dans le même temps, de nombreux travaux en psychologie sociale et en psychologie cognitive aborderont expérimentalement les processus inconscients et, plus récemment, les bases cérébrales de ces processus font l'objet de nombreux travaux de recherche en neurosciences cognitives, notamment grâce aux informations fournies par les études neuropsychologiques de phénomènes comme la « vision aveugle » ou la négligence, ainsi que par les études en neuroimagerie. Suivant les auteurs, ces travaux se placent dans une perspective compatible ou au contraire relativement disjointe des approches psychanalytiques mentionnées précédemment[8].

Psychanalyse[modifier | modifier le code]

Pour la psychanalyse, et d'après Freud, l'inconscient est l’objet même de son étude et de sa pratique. Il peut-être conçu comme un maillage d'idées, de perceptions, d'émotions, de mots, de signifiants, de pulsions constituant le psychisme, influant sur nos conduites, et inaperçues par la conscience. Il ne s'agirait pas ici simplement de l'opposition à la notion de conscience mais d'une structure réactive et dynamique. Par exemple, un changement dans l'une des mailles provoqué par une perception pourrait entraîner des modifications sur une plus grande partie du psychisme. Ce qui se déroule dans l'inconscient n'est, en ce sens, pas soumis aux lois de la logique[9] bien que susceptible de compréhension : nos actes manqués (y compris les représentations, qui sont des « actes psychiques » selon Freud) répondent à des raisons, des désirs non formulés de façon intelligible, sans conscience de ces motifs. À partir de là, la psychanalyse se présente comme une méthode d'investigation des processus psychiques inconscients.

Sigmund Freud nomme « inconscient », dans la première topique de l’appareil psychique, l’« instance constituée d’éléments refoulés qui se sont vus refusés l’accès à l’instance préconscient-conscient »[10], ce sont des représentations des pulsions régies par les mécanismes du processus primaire[10].

Sigmund Freud[modifier | modifier le code]

Hypnose et association libre[modifier | modifier le code]

La pratique de l'hypnose, avait depuis longtemps mis en évidence l'existence de processus psychiques inconscients (Bernheim, Janet...) : « Je me souvins alors d'une expérience étrange et instructive que j'avais vue chez Bernheim, à Nancy ; Bernheim nous avait montré que les sujets qu'il avait mis en somnambulisme hypnotique et auxquels il avait fait accomplir divers actes n'avaient perdu qu'apparemment le souvenir de ce qu'ils avaient vu et vécu [...] Si on les interroge, une fois réveillés, sur ce qui s'est passé, si on les assure qu'ils le peuvent alors les souvenirs oubliés reparaissent sans manquer »[11].

Lorsque Freud abandonne l'hypnose et invente la technique d'association libre, il aboutit aux mêmes conclusions. L'inconscient n'existe pas seulement pour les personnes atteintes de pathologies psychiques, mais chez tout être humain. Cette hypothèse permet de rendre compte, selon lui, du rêve, des actes manqués et des mots d'esprit. Dans le rêve, le mot d'esprit ou les actes manqués, ce sont les lacunes ou les déformations du discours qui renseignent sur des désirs inconscients. Les psychanalystes peuvent donc dire que : l'inconscient dénote tout ce qui n'est pas conscient pour un sujet, tout ce qui échappe à sa conscience spontanée et réfléchie. Reste que, parmi eux, beaucoup diront que ceci est une définition pré-freudienne de l'inconscient, car Freud, comme il le montre pour le rêve, ne se préoccupe pas des processus dit cognitifs subconscients (comme la résolution d'un problème pendant le sommeil).[réf. nécessaire] L'inconscient, pour Freud, est lié au désir ou à la pulsion, et par voie de conséquence à l'interdit, au tabou, à la transgression[n 1].

Manifestations et accès à l’inconscient[modifier | modifier le code]

Pour Freud, il existe des moyens privilégiés d’accès à l'inconscient :

  • Les rêves : « la voie royale de connaissance de l'inconscient »[12]. Le fait que tout homme rêve est une preuve de l'existence d'un inconscient. L'analyse du rêve participe de la découverte des mécanismes de symbolisation d'un psychisme, et des mécanismes de déformations de la censure. Le rêve a donc un sens à déchiffrer en tant qu'il est la satisfaction déguisée d'un désir inconscient.
  • Le lapsus : des mots qui se substituent involontairement à d'autres sont entendus comme une expression de l'inconscient et compris comme n'étant pas dus au hasard mais à un sens refoulé qu'il est possible de comprendre.
  • L'acte manqué : Il existe des phénomènes quotidiens qui viennent rompre la continuité de nos actes (des oublis, des pertes d'objets, etc.). C'est également un des moyens pour la psychanalyse de pouvoir repérer des désirs ou des conflits inconscients.

Mécanismes[modifier | modifier le code]

  • La condensation : « Cela consiste à représenter par un seul élément du contenu manifeste une multiplicité d'éléments (image, représentation...) du contenu latent. Inversement, un seul élément du contenu latent peut être représenté par plusieurs éléments du contenu manifeste. » [13][réf. insuffisante]. Il s'agit d'un travail de « compression » dont Freud dit qu'il est différent d'un simple résumé. Par exemple, une personne peut tout à coup revêtir l'apparence d'une autre et prendre le caractère d'une troisième. Il est possible de voir la condensation à l'œuvre dans le symptôme et d'une façon générale dans les diverses formes de productions de l'inconscient (lapsus, oublis...). Mais c'est dans le rêve qu'elle serait la mieux mise en évidence.
  • Le déplacement : « Fait que l'accent, l'intérêt, l'intensité d'une représentation est susceptible de se détacher d'elle pour passer à d'autres représentations originellement peu intenses, reliées à la première par une chaine associative. » :(Laplanche et Pontalis)[réf. insuffisante]. C'est le procédé par lequel un trait secondaire ou un détail insignifiant dans le récit prend dans l'interprétation psychanalytique une valeur centrale. Il n'y a pas de correspondance entre l'intensité psychique d'un élément donné du contenu manifeste et celle des éléments du contenu latent auquel il est associé.
  • Le refoulement : Il s'agit d'un mode de défense privilégié contre des pulsions. Le refoulement est l'opération par laquelle le Moi repousse et maintient à distance du conscient des représentations considérées comme désagréables, car inconciliables avec le réel.
  • La formation de compromis : C'est un conflit entre deux tendances, l'une inconsciente et d'ordinaire refoulée qui lutte pour la satisfaction d'un désir, et l'autre consciente qui désapprouve et réprime cette satisfaction. L'issue de ce conflit est une formation de compromis dans laquelle les tendances trouvent une expression complète. Un bon exemple de formation de compromis est l'acte manqué.

Appareil psychique : les topiques[modifier | modifier le code]

L'idée d'une « topique » psychique est présente dans la pensée de Freud dès 1895. Il élabore un appareil psychique constitué de systèmes doués de fonctions différentes et disposés dans un certain ordre les uns par rapport aux autres. On peut les considérer comme des lieux (topos =lieu en grec).

Première topique[modifier | modifier le code]

Il existe quatre systèmes décrits par Freud dans sa première topique. La première est le conscient (Cs) ; il est situé à la périphérie de l'appareil psychique, recevant à la fois les informations du monde extérieur et celles provenant de l'intérieur. C'est le lieu d'accès direct des représentations à la conscience et en lui ne s'inscrit aucune trace durable des excitations. Ce système respecte des règles (logique, temporalité...) pour se protéger et garantir sa survie en refoulant tout ce qui pourrait menacer l'adaptation du sujet.

La seconde est le préconscient (Pcs) ; il est situé entre le système inconscient et conscient. Il est le plus souvent rattaché au conscient et il est alors question de système perception-conscience, traduction littérale de l'allemand freudien « Wahrnehmungsbewusstsein », plus correctement traduit par : « la conscience dans sa fonction perceptive ». Il est séparé de l'inconscient par la censure qui cherche à interdire aux contenus inconscients la voie vers le conscient.

Troisième système, l'inconscient (Ics), est le siège des pulsions innées, des désirs et des souvenirs refoulés ; c'est la partie la plus archaïque de l'appareil psychique. Ce système ne comprend que des représentations de choses, il ne peut pas les verbaliser. Ces représentations ne connaissent ni négation ni doute, elles ne respectent ni les règles de la logique, ni de la temporalité ordonnée. Elles sont régies par le principe de plaisir. L'inconscient peut être représenté comme la partie immergée de l'iceberg.

La quatrième et dernière, la censure, est une instance particulière qui laisse passer uniquement ce qui lui est agréable et retient le reste. Ce qui se trouve alors écarté par la censure se trouve à l'état de refoulement et constitue le refoulé. Dans certains états comme le sommeil, la censure subit un relâchement de sorte que le refoulé puisse surgir dans la conscience sous forme d'un rêve. Mais comme la censure n'est pas totalement supprimée, le rêve devra subir des modifications. En effet le contenu latent (le sens caché du rêve) sera déformé par la censure pour devenir le contenu manifeste (c'est-à-dire le rêve tel qu'il apparaît au rêveur ou, au moins, le souvenir que le rêveur en a).

Seconde topique[modifier | modifier le code]

Freud restera fidèle à sa conception de la théorie première de l'appareil psychique. Il va cependant introduire la seconde topique en 1923. Cette seconde topique se superpose à la précédente et introduit trois nouvelles instances : le ça, le Surmoi et le Moi.

  • Le ça : Il est dans l'inconscient et il est immuable. C'est l'instance la plus primitive. Le ça est le réservoir de la libido, du désir sexuel mais aussi d'autres désirs tels que : le désir de domination, de maîtrise, de jouissance et de savoir. Le « ça » cherche des satisfactions immédiates.
  • Le Surmoi : Il est la plupart du temps inconscient et immuable. Il refoule et censure de façon archaïque et infantile. C'est en partie l'intériorisation des désirs parentaux.
  • Le Moi : Il est en grande partie dans le conscient mais il n'est pas entièrement immuable. Le Moi s'efforce d'établir un équilibre entre les interdits et les refoulements du Surmoi, les désirs du ça et les nécessités de l'action sur le monde extérieur et de la vie sociale.

Il convient notamment de mentionner que Freud, dans son « Introduction à la psychanalyse », conçoit l’appareil psychique comme étant formé d’une grande antichambre qui est l’inconscient et où toutes les tendances prennent naissance. Quelques-unes d’entre elles arrivent à passer la censure, à quitter cette antichambre et à s’acheminer vers le conscient, encore faut-il que ce dernier s’y intéresse. Toutes les tendances commencent donc par être inconscientes.

Jacques Lacan[modifier | modifier le code]

Pour Jacques Lacan l'inconscient est « structuré comme un langage », il se rapporte fondamentalement à la parole et, dans les symptômes par exemple, il parle à un locuteur présumé, qu'il nomme le grand autre (noté Autre). Ce grand Autre prend sa source dans la philosophie hégelienne. L'analyste, supposé savoir, en position de grand Autre auquel s'adresse le sujet dit « patient » permet à Lacan d'avancer, phénoménologiquement, que l'inconscient est le discours de l'Autre. De ce sujet de l'inconscient Lacan pourra dire que « ça pense » : « Ça pense, ça pense que ça pense [...] Il faudra commencer à penser quelque chose qui rende compte de ceci qu’il peut y avoir des pensées inconscientes. Ça ne va pas de soi »[14], ça désire, aussi là où il ne semble pas y avoir de pensée, dans les rêves, les symptômes, etc. Là est la marque de l'inconscient, de l'insu, l’Unbewusst.

Psychologie analytique[modifier | modifier le code]

L’inconscient est également un concept chez jungienne, ou en psychologie analytique. Dans ce cadre il a sa définition propre. Ici, l'inconscient se composerait d'un inconscient personnel, d'un inconscient collectif et d'un inconscient spirituel qui nous préviendrait de dangers et trouverait la solution de certains conflits. Jung donne des exemples de rêves qui auraient une fonction d’avertissement[15]. Selon Carl, « la complexité de la psychanalyse jungienne tient au fait que toutes les instances psychiques sont en étroites relations les unes avec les autres. Décrire isolément un concept donne de lui une vision forcément partielle car ne tenant compte ni des rapports dynamiques avec les autres instances ni de l'ensemble du système psychique. Tout est lié, tout est en mouvement »[16].

Le concept moderne d'inconscient, peut être attribué à Freud. Celui-ci l'a appliqué à des cas individuels et a inventé des méthodes d'investigation pour des patients atteints de troubles psychiques.[réf. nécessaire] Le point de vue de Sigmund Freud se rapporte à l'idée d'un inconscient individuel et il s'est, à ce sujet aussi, opposé à l'idée du suisse Carl Gustav Jung d'un inconscient collectif. Dans un premier temps proche de la psychanalyse freudienne, il a par la suite créé sa propre école de psychologie analytique[17],[18].

Inconscient et neurosciences[modifier | modifier le code]

Lionel Naccache : "Nous sommes [...] passés en moins de quarante ans d'une conception scientifique d'un inconscient archaïque du point de vue de ses fondements anatomiques cérébraux, d'un inconscient stupide automatique et réflexe du point de vue de ses fonctions mentales, à celle d'un inconscient autrement plus riche et élaboré sur les plans fonctionnel et anatomique."[19]

Le système nerveux reçoit de très nombreuses informations du corps et du monde qui l'environne, mais seulement une infime portion de ces informations parviennent à notre conscience[20].

L'inconscient est désignés selon certains chercheurs sous les expressions d'« inconscient cognitif » ou d'« opération non consciente »[21],[22],[23] qui sont selon Stanislas Dehaene plus clairs et plus neutres pour éviter une confusion avec l'inconscient "freudien"[24]. En effet, l'inconscient freudien ne s'y assimile pas exactement d'après John F. Kihlstrom, Stanislas Dehaene : « de nombreux aspects de la théorie freudienne de l’inconscient ne trouvent pas d’échos dans la recherche contemporaine[24]. », ou encore Lionel Naccache : « À l'image de Colomb qui explorait les Amériques en étant persuadé de découvrir les Indes, Freud commit lui aussi une erreur. L'"erreur de Freud" fut de croire découvrir l'"inconscient", alors qu'il nous dévoilait l'essence profonde de notre conscience ! »[19]

Le traitement inconscient d'informations par le cerveau est largement exploré par de nombreuses expériences. Ces expériences se basent sur la dissociation entre une performance et l'absence de représentation introspective de cette performance : le sujet fait/perçoit/comprend quelque chose, puis le sujet nie avoir fait/perçu/compris cette chose. Par exemple nous n'avons pas conscience de toute la régulation neurologique en jeu lorsque nous exécutons un mouvement appris (conduire une voiture, marcher, jouer d'un instrument...), ou lorsque notre système nerveux autonome régule la pression artérielle, la digestion, la miction, la déglutition, la sudation, etc[22]... Les expériences explorant l'inconscient s'intéressent à des aspects de régulation que l'on pensait d'avantage sous l'emprise du contrôle conscient, comme la vue, la prise de décision, ou les opérations de cognition sociale[25].

L'une des expériences concerne la capacité de vision d'un humain ou d'un singe malgré l'absence de cortex occipital (région du cerveau qui traite les informations visuelles), appelée vision aveugle. Avant cette expérience en 1974[26], on aurait prédit que l'absence de cortex visuel pour traiter les informations visuelles, induirait une cécité totale. Or ces expériences montrent que malgré la perte de « vision focale », une certaine vision persiste : l'individu cligne les yeux à la menace, évite certains obstacles, témoignant d'une « vision d'ambiance ». Mais cette vision d'ambiance est non consciente. Les individus peuvent ainsi deviner l'expression émotionnelle d'un visage sans en avoir la moindre conscience[27].

Dans certaines conditions, les décisions prises sans réflexion consciente sont meilleures que celles prises après réflexion consciente[28].

On oppose souvent les traitements conscient et non conscient par leur caractéristiques respectives[29],[24],[30] :

traitement conscient traitement inconscient
plus lent plus rapide
capacité limitée (traitement exclusif de l'information) capacité moins limitée (traitement non exclusif de l'information)
à partir de moins d'informations à partir de plus d'informations
plus forte dépense métabolique plus faible dépense métabolique

Critiques philosophiques de l'inconscient freudien[modifier | modifier le code]

L'inconscient, pour Alain, n'est pas la sur-interprétation freudienne mythologique[31].

Pour Karl Jaspers, le pansexualisme de l'inconscient freudien est une psychologie littéraire critiquable[32].

Jean-Paul Sartre considère que l'inconscient freudien n'est pas autonome et psychique. Pour lui, l'inconscience est une modalité de la conscience qu'il nomme le « pour-soi » dans le langage phénoménologique.

Selon Michel Onfray, l’inconscient freudien est idéal, idéel, nouménal, immatériel et « phylogénétique »[33], c'est-à-dire lié à l’évolution de l'espèce. Freud a pour théorie l'évolution par transmission des caractères acquis, largement réfutée depuis que le darwinisme et la théorie synthétique de l'évolution se sont imposés, que l'inconscient psychique serait un caractère qui se transmettait de génération en génération depuis les premiers temps de l'espèce humaine[34].

Selon Michel Plon et Élisabeth Roudinesco, la phylogenèse chez Freud relève d'« hypothèses qu'il considère comme autant de "fantaisies"[35],[36] ».

Didier Eribon note le caractère hétérocentriste et homophobe de l'inconscient légitimé par la psychanalyse comme fondement à prétention scientifique qui est un principe idéologique hétéronormatif[37].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce que Lacan appellera la Loi

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, coll. « La Pochotèque »,‎ (1re éd. 1997) (ISBN 978-2-253-08854-7) p. 731
  2. « S’instaure alors une dichotomie essentielle : conscience, raison, intuition, intellect, psychique sont mis d’un côté tandis qu’inconscient, sensibilité, imagination, physique, demeurent de l’autre. Cette conception cartésienne de la rationalité fondée sur la conscience établit et pose le statut du savant. Purgé de tout ce qui encombre le psychisme connaissant — « anticipations, préjugés, idoles » —, il est alors à même de questionner la nature et d’obtenir des réponses directes. La genèse de la raison réduite à la pure intellectualité doit nous ramener à des vérités premières. On peut parler de rationalité désincorporée. Le « cogito », la première de toutes les vérités, le lieu de la vérité et son modèle » in Hélène Mialet « À propos d'invention : reconfiguration d'un sujet philosophique saisi dans ses pratiques », Rue Descartes, 1/2001 (no 31), p. 87-103, DOI:10.3917/rdes.031.0087
  3. « Descartes dans la première des Méditations métaphysiques qui ne peut douter que « ces mains et ce corps-ci soient à [lui] », « si ce n’est peut-être [qu’il se] compare à ces insensés (« insanis »), de qui le cerveau est tellement troublé et offusqué par les noires vapeurs de la bile », ceux-là dont il faut dire : « Mais quoi ? Ce sont des fous, et je ne serais pas moins extravagant, si je me réglais sur leurs exemples » cf. Méditations métaphysiques, Paris, Librairie générale française, 1990, p. 14, cité dans Pierre Sauvêtre, « Folie / non-folie », Tracés. Revue de Sciences humaines [En ligne], 6 | 2004, mis en ligne le 22 janvier 2009, consulté le 13 avril 2013. DOI:10.4000/traces.2993
  4. L'inconscient de Descartes à Freud: Redécouverte d'un parcours. Par Michel Parahy, L'Harmattan, 2010 [présentation en ligne]
  5. a, b, c et d Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, coll. « La Pochotèque »,‎ (1re éd. 1997) (ISBN 978-2-253-08854-7) p. 732
  6. "Histoire de la psychologie", de Évelyne Pewzner et Jean-François Braunstein, Armand Colin, 2000
  7. a et b Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, coll. « La Pochotèque »,‎ (1re éd. 1997) (ISBN 978-2-253-08854-7), p. 733
  8. Lionel Naccache, Le nouvel inconscient, Odile Jacob, 2006 (ISBN 978-2-7381-1828-8)
  9. « Les règles de la pensée logique ne jouent pas à l’intérieur de l’inconscient et l’on peut appeler ce dernier le royaume de l’illogique.» S.Freud, Abrégé de psychanalyse. Puf, 2001.
  10. a et b Chemama et Vandermersch 2009, p. 270.
  11. Freud.S, Cinq leçons de psychanalyse, Payot 1924, p. 25
  12. Sigmund Freud, Cinq leçons sur la psychanalyse, (1909), Payot, Paris, 1966, p. 38
  13. Laplanche et Pontalis
  14. Jacques Lacan Mon Enseignement, Seuil, 2005, p. 9-73
  15. Jung C. G. L’homme à la découverte de son âme, 1987, Albin Michel, Paris, p. 219 et 261
  16. La psychanalyse jungienne, Collection Essentialis, ED. Bernet-Danilot, avril 2002
  17. C.G. Jung, L'homme et ses symboles, Robert Laffont,‎ , p. 31 :

    « La psychologie est une science des plus jeunes et parce qu'elle s'efforce d'élucider ce qui se passe dans l'inconscient, elle se heurte à une forme extrême de misonéisme. »

  18. C.G. Jung, Sur l’Interprétation des rêves, Albin Michel,‎ , p. 218 :

    « ...la psychologie n’est pas uniquement un fait personnel. L’inconscient, qui possède ses propres lois et des mécanismes autonomes, exerce sur nous une influence importante, qui pourrait être comparé à une perturbation cosmique. L’inconscient a le pouvoir de nous transporter ou de nous blesser de la même façon qu’une catastrophe cosmique ou météorologique »

  19. a et b Lionel Naccache, Nouvel inconscient (Le): Freud, le Christophe Colomb des neurosciences, Editions Odile Jacob,‎ (ISBN 9782738199713, lire en ligne)
  20. Moti Salti, Simo Monto, Lucie Charles et Jean-Remi King, « Distinct cortical codes and temporal dynamics for conscious and unconscious percepts », eLife, vol. 4,‎ (ISSN 2050-084X, PMID 25997100, PMCID 4467230, DOI 10.7554/eLife.05652, lire en ligne)
  21. « Psychological Unconscious 3e », sur ist-socrates.berkeley.edu (consulté le 26 juillet 2015)
  22. a et b J. F. Kihlstrom, « The cognitive unconscious », Science (New York, N.Y.), vol. 237,‎ , p. 1445-1452 (ISSN 0036-8075, PMID 3629249, lire en ligne)
  23. (en) Stanislas Dehaene, Conscious and Nonconscious Processes:Distinct Forms of Evidence Accumulation?, Springer Basel, coll. « Progress in Mathematical Physics »,‎ (ISBN 978-3-0346-0427-7 et 978-3-0346-0428-4, lire en ligne), p. 141-168
  24. a, b et c Stanislas Dehaene, « Psychologie cognitive expérimentale », L’annuaire du Collège de France. Cours et travaux,‎ , p. 343-369 (ISSN 0069-5580, DOI 10.4000/annuaire-cdf.357, lire en ligne)
  25. « The four horsemen of automaticity: Awareness, intention, efficiency, and control in social cognition », sur ResearchGate (consulté le 26 juillet 2015)
  26. N. K. Humphrey, « Vision in a monkey without striate cortex: a case study », Perception, vol. 3,‎ , p. 241 – 255 (DOI 10.1068/p030241, lire en ligne)
  27. B. de Gelder, J. Vroomen, G. Pourtois et L. Weiskrantz, « Non-conscious recognition of affect in the absence of striate cortex », Neuroreport, vol. 10,‎ , p. 3759-3763 (ISSN 0959-4965, PMID 10716205, lire en ligne)
  28. Ap Dijksterhuis, Maarten W. Bos, Loran F. Nordgren et Rick B. van Baaren, « On making the right choice: the deliberation-without-attention effect », Science (New York, N.Y.), vol. 311,‎ , p. 1005-1007 (ISSN 1095-9203, PMID 16484496, DOI 10.1126/science.1121629, lire en ligne)
  29. « Théories de la conscience d'accès », sur www.college-de-france.fr (consulté le 26 juillet 2015)
  30. (en) Marcus E. Raichle, Julie A. Fiez, Tom O. Videen et Ann-Mary K. MacLeod, « Practice-related Changes in Human Brain Functional Anatomy during Nonmotor Learning », Cerebral Cortex, vol. 4,‎ , p. 8-26 (ISSN 1047-3211 et 1460-2199, PMID 8180494, DOI 10.1093/cercor/4.1.8, lire en ligne)
  31. « Un animal redoutable », Alain, Éléments de philosophie, Livre 2.
  32. Jaspers, La Situation spirituelle de notre temps.
  33. Michel Onfray, Les Freudiens hérétiques : contre-histoire de la philosophie, volume 8, chapitre 13 : Misère de la psychanalyse, Grasset, Paris, 2013.
  34. Michel Onfray. "Apostille au crépuscule. Pour une psychanalyse nonfreudienne." Grasset et Fasquelle, 2010. Chapitre 4 partie 2. L'ontogenèse contre la phylogenèse. p. 117 et suivantes
  35. Freud parle de « fantaisie phylogénétique » ; voir S. Freud et S. Ferenczi, Correspondance, 1914-1919, Paris, Calmann-Lévy, 1996, p. 79.
  36. Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, coll. « La Pochotèque »,‎ (1re éd. 1997) (ISBN 978-2-253-08854-7), p. 997.
  37. Didier Eribon, Réflexions sur la question gay, Paris, Fayard, 1999. (ISBN 2213600988) p. 129-130.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie de Freud[modifier | modifier le code]

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Auteurs critiques[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Inconscient : « L’inconscient psychanalytique ne se laisse nullement confondre avec l’inconscient psychologique ou philosophique, ni même avec le sens courant que l’on peut parfois lui attribuer » (Christophe Bormans, article « Inconscient »).