Bien-pensance

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La bien-pensance désigne l’opinion et le comportement des personnes bien-pensantes, « dont les idées sont conformistes » [1] et soumises au politiquement correct[2],[3]. Employé par les détracteurs du politiquement correct, ce terme prend une conntation péjorative et polémique. Selon eux, la bien-pensance porterait le sceau de la pensée unique. Elle serait l'expression d'un « bien-penser » revendiqué tel et d'une bonne conscience sûre d'elle, prônant la repentance, la culpabilité historique, la culture de l'excuse, les lois mémorielles et l'anti-discrimination[4]. Pensée moralisatrice, au nom des droits de l'homme [5] ou des bons sentiments, la bien-pensance du politiquement correct préconise des lois qui interdisent et pénalisent les propos racistes, homophobes, antisémites, négationnistes et autres, provoquant ainsi « des procès en blasphème théologico-politique » [6], « en sorcellerie »[7],[8]. Le bien-pensant édulcore son langage « pour éviter de nommer les choses parce que cette dénomination pourrarit choquer » [2] ou blesser les sentiments. Il se soumet aux usages sémantico-linguistiques du politiquement correct en parlant un genre de novlangue « orwellienne »[9]. Dans le combat politique, les adversaires du politiquement correct et les dissidents du courant dominant brandissent cette caractérisation de bien-pensance en tant qu'arme rhétorique[10]. Ceux-ci, « les mal-pensants, dont les idées vont à l'encontre du consensus idéologique majoritaire (celui des bien-pensants) » [1], reprochent aux bien-pensants de censurer par des « lois liberticides » [11] toute pensée déviante et, en créant le délit d'opinion, le "thoughtcrime" (délit de la pensée) [12] – expression connue par la dystopie d'Orwell –, de vouloir étouffer tout libre débat et d'ainsi porter atteinte à la liberté d'expression[13].

En Allemagne, l'expression « le bien-pensant » (all. "Gutmensch"), due à ses connotations péjorative, discriminatoire et polémique, a été déclarée « pire mot de l'année 2015 » [14],[15], pour qu'elle soit ainsi bannie du débat public – devenue mot tabou.

Historique[modifier | modifier le code]

Ce terme n'est entré en usage que récemment. « Apparu sous la forme de trace dans les années 1970 (...) [il] a conquis le langage quotidien depuis 2005 »[16]. Il est dérivé de bien-pensant, mot apparu en 1798[1].

Au XIXe siècle, le bien-pensant désigne celui qui pense en conformité avec un système traditionnel : religieux, social, politique. On trouve en 1893 dans le Journal des Frères Goncourt la citation suivante : « la lettre portait le timbre de la rue Bonaparte. Ne seraient-ce pas des élèves de l'école des Beaux-Arts, bien-pensants ? »[17]

En 1896, Marcel Proust utilise le mot dans le sens de la personne qui cale ses opinions sur la morale courante:
« Elle était cousine des Buivres. (…) Elle avait reporté sur tous les Buivres ce qu'elle pouvait éprouver de sentiments de famille. Elle ressentait une honte personnelle des vilenies de celui qui avait un conseil judiciaire, et, autour de son front bien-pensant, sur ses bandeaux orléanistes, portait naturellement les lauriers de celui qui était général. » — Proust, Les plaisirs et les jours, 1896.

En 1899, on retrouve le terme chez Maupassant:
« Employé au ministère de l’intérieur, correct, bien noté, bien-pensant, mais marié à une femme fort jolie, dont les dépenses semblaient un peu exagérées pour sa position modeste. » — Maupassant, Rouerie.

Durant la majeure partie du XXe siècle, le terme de bien-pensant désigne donc un conformiste qui fait siennes les idées dominantes, en définitive le bourgeois conservateur, défenseur de l'ordre établi:

« À l’époque de mon récit, c’est-à-dire au sommet de mes souvenirs, la maison de mes parents était redevenue catholique, plus catholique et bien-pensante qu’elle n’avait jamais été » — André Gide, Si le grain ne meurt, 1926.

Bernanos, en 1931, publie "La Grande peur des bien-pensants", un pamphlet [18] dans lequel il fustige la bourgeoisie, la république et les puissances de l'argent à laquelle il associe les banquiers juifs contre lesquels il tient certains propos antisémites[19].

De nos jours[modifier | modifier le code]

Le terme revient au début des années 2000, chez le journaliste de France-Culture Jean-Marc Chardon[20]. Le but est de critiquer les notions de politiquement correct qui exercent de facto une censure des idées.

Le terme est repris dans le vocabulaire politique par différents intervenants de droite et de gauche, pour dénoncer par exemple l'échec du modèle d'intégration à la française, modèle qui est selon eux trop conciliant[21].

Les contempteurs de la bien-pensance, du point de vue des couleurs politiques, sont classés à droite par leurs adversaires - les bien-pensants donc. Mais si certains acceptent un tel classement de leurs opinions, d'autres disent avoir été de gauche et ne plus l'être ou disent se poser en tout cas la question de l'être encore : c'est donc une question très ouverte dans le champ politique. Elle relève d'ailleurs davantage, dans le débat public, de considérations et de positions politiques que philosophiques ou morales.

Pour Alain Finkielkraut la bien-pensance cache « tout ce qu'on n'a pas le droit de savoir »[21]. Pour ce philosophe, la « bien-pensance ne résoudra pas les problèmes », notamment ceux liés à l'école et à la mixité sociale, il y faut aussi de l'autorité et des efforts :

« Si tant de gens, souvent immigrés eux-mêmes, fuient la banlieue, c'est pour que leurs enfants puissent aller dans une école où le principal objectif des professeurs soit d'enseigner leur discipline et non de tenir leur classe. Cela, tout le monde le sait. Ce n'est pas en dissimulant la réalité sous le voile de la bien-pensance qu'on résoudra les problèmes[22]. »

Aujourd'hui la bien-pensance reste associée à une forme d'ostracisme de la pensée aux effets pervers:

« L'un des principaux problèmes suscités par le rouleau compresseur de la bonne conscience tient au fait qu'il invite à ne plus réfléchir. Ou du moins à ne plus s'interroger face à des vérités préétablies... Ce que risquent les réfractaires ? Au mieux de voir leur parole discréditée, au pire, d'être purement et simplement inaudibles... Or le mécanisme de découverte de l'opinion dépend de cette liberté d'expression que l'on ne cesse de réduire au nom des grands principes républicains. »

— Caroline Castets, La dictature de la bien-pensance [23]

Ce qui pose problème selon Jean-François Kahn:

« Ce sont les turpitudes, les oppressions et les trahisons de la droite qui grossirent après guerre les rangs de l'extrême gauche, aujourd'hui, c'est le terrorisme intellectuel d'une certaine gauche bourgeoise et bien-pensante, cette insupportable tendance à criminaliser le moindre écart, à diaboliser la moindre sortie de route, cette chasse obsessionnelle à la petite phrase incorrecte »

— Jean-François Kahn, Quand la gauche bien-pensante fait le lit de la réaction mal-pensante, sur : Huffington Post, le 28 mai 2013.

Enjeu du terme[modifier | modifier le code]

L'éditorialiste Natacha Polony estime en 2014 que « Le bien-pensant, c’est toujours l’autre »[2]. Tout l'enjeu du débat est donc de définir, de façon mutuelle, la part de réalité et celle de fantasme dans la dénonciation de la bien-pensance et dans sa revendication par ceux qui se sentent ainsi ciblés.

En 2015, le sociologue Pierre-André Taguieff estime que « jamais l'expression "bien-pensants" ne s'est appliquée avec autant de justesse aux prédicateurs de l'avenir toujours meilleur, en quête de "thèses nauséabondes" à dénoncer »[24]. Selon le Dictionnaire de Novlangue [25] l'adjectif « nauséabond », dans son acception politiquement correcte, représente:

« Nauséabond: Mot sidérant en général associé à des propos critiques relatifs à des personnes issues de l'immigration...On dit par exemple « idées nauséabondes », « relents nauséabonds »... »

— Dictionnaire de Novlangue, p. 133

Par contre, Laurent Joffrin, ancien directeur du Nouvel Observateur, dans un article paru dans la Revue des Deux Mondes, prend la défense de la bien-pensance:

« Parlons net : si être « bien-pensant », c’est se fonder sur des valeurs universelles d’égalité et de justice pour juger des situations contemporaines, alors nous en sommes ! [26] »

« Bien-pensant » désigné « pire mot de l'année 2015[modifier | modifier le code]

En Allemagne, depuis 1991, un jury composé de quatre linguistes et de deux autres personnalités , en coopération avec l'Association pour la langue allemande, choisit annuellement le "Unwort des Jahres" [27], littéralement « le non-mot de l'année », c'est-à-dire « le pire mot de l'année », vilain mot à éviter, donc à bannir des débats publics politiquement corrects, expression ainsi stigmatisée en mot indésirable, en « mot tabou »[28].

L'idée de l'élection du « pire mot de l'année » est de sensibiliser l'opinion publique aux connotations discriminatoires de certains mots qui ont marqué le débat idéologico-politique d'une année. Ainsi après le mot à bannir de l'année 2014, "Lügenpresse" (presse à mensonges) [29] , [30] , [31] ,[32], le jury a choisi en 2015 le mot "Gutmensch" (« le bien-pensant ») comme « non-mot de l'année »[14].

« Le terme "bien-pensant" utilisé par l'extrême droite pour dénigrer ceux qui s'engagent pour les réfugiés, a été désigné pire expression de 2015 en Allemagne, où le débat autour de l'accueil des migrants prend un tour virulent, a annoncé mardi un jury de linguistes. Ce terme de « personne bien-pensante (Gutmensch) » "outrage ceux qui s'engagent bénévolement dans l'aide aux réfugiés ou qui se dressent contre les attaques envers les centres de réfugiés", justifie dans un communiqué la porte-parole du jury, Nina Janich. L'utilisation de cette expression dans les milieux d'extrême droite ou dans les médias revient à considérer "globalement la tolérance et l'aide comme naïves, bêtes et hors du temps, comme le syndrome de l'infirmière ou comme un impérialisme moral", a-t-elle ajouté[14]. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Le Grand Robert de la langue française, version numérique 3.0, 2013, entrée « bien-pensant »
  2. a, b et c Le bien-pensant, c’est toujours l’autre. Entretien avec Natacha Polony, sur Causeur.fr, Publié le 11 juin 2014
  3. « courant de pensée conformiste, moraliste qui est un peu le "politiquement correct" », dictionnaire reverso.net
  4. La culture de l’excuse
  5. Jean-Louis Harouel: Les Droits de l'homme contre le peuple, Paris, Desclée de Brouwer, , 146 p. (ISBN 978-2-220-08144-1, notice BnF no FRBNF45040155)
  6. Anastasia Colosimo , Le blasphème est un instrument plus politique que religieux, sur ‘’l’Arche’’. Le site d'information et de débat du judaïsme français, Par Noémie Halioua, 8 février 2016.
  7. Caroline Castets, La dictature de la bien-pensance. Ses totems, ses tabous, ses indignations sélectives. Et son incapacité à voir traiter les vrais sujets, dans Le Nouvel Économiste, le 15/06/2011.
  8. Anastasia Colosimo, Les bûchers de la liberté. Paris, Stock, 2016 (ISBN 978-2234080508), p. 133
  9. "Newspeak"
  10. Qui sont les bien-pensants ?, Mediapart 26 janvier 2016.
  11. Robert Ménard et Emmanuelle Duverger, La Censure des bien-pensants, Albin Michel, 2003 (ISBN 978-2226136145), p. 73
  12. (en) thoughtcrime
  13. Les adversaires de la loi Pléven: le mélange des haines, sur le site de la LICRA
  14. a, b et c le terme "bien-pensant" désigné pire mot de l'année en Allemagne, Le Sud Ouest, publié le 12/01/2016
  15. Réfugiés : Les "bien-pensants" désigné pire expression de l'année en Allemagne, dans : L’Orient-Le Jour, le 13 janvier 2016
  16. Bien-pensance Le Point, Vincent Merle, sur lepoint.fr, 12 mai 2011
  17. E. et J. de Goncourt, Journal, 1893, p. 417.
  18. Philippe Lançon, Bernanos et les bien-pensants, dans: Libération, 2 septembre 2008
  19. Bernanos, La Grande Peur des bien-pensants
  20. FRANCE: TRENTE-QUATRE AUTEURS DÉNONCENT LA BIEN-PENSANCE Le Quebécois Libre, Montréal, 15 mars 2003
  21. a et b Vincent Merle, « Débattre : le mot « bien-pensance » », sur lepoint.fr,‎ (consulté le 15 septembre 2012)
  22. Finkielkraut : " La bien-pensance ne résoudra pas les problèmes " Le Point, publié le 20/09/2012
  23. Dans: Le Nouvel économiste 15 juin 2011.
  24. Pierre-André Taguieff, « Parc d'abstractions et gauche divine », Le Figaro, samedi 24 / dimanche 25 octobre 2015, page 16.
  25. Jean-Yves Le Gallou, Michel Geoffroy et Polémia, Dictionnaire de Novlangue, Via Romana, Versailles 2015, (ISBN 978-2372710183)
  26. « Vive la bien-pensance ! », dans : La Revue des deux Mondes , février-mars 2016. Titre : Les bien-pensants de Rousseau à la gauche « morale » - l’histoire du camp du bien.
  27. (de) Unwort des Jahres
  28. Marilyn Epée, Döner Morde : le « Non mot » de l’année 2011, Dans: La Gazette de Berlin, 20.01.2012
  29. Et le «non-mot» allemand de l'année est... «Lügenpresse», Annabelle Georgen, dans : Magazine Slate, 17 janvier 2015.
  30. http://www.lagazettedeberlin.com/10043/lugenpresse-non-mot-de-lannee-2014/ « Lügenpresse », non-mot de l’année 2014
  31. (de)Liste des « Pires mots de l'année » de 1991 à 2015
  32. La presse allemande sur la sellette ?

Articles connexes[modifier | modifier le code]