Bien-pensance

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La bien-pensance est l'expression d'un certain « bien-penser » revendiqué tel et, par là-même, d'une certaine bonne conscience.

Le terme de bien-pensance est relativement récent. « Apparu sous la forme de trace dans les années 1970 (...) [il] a conquis le langage quotidien depuis 2005 »[1].

Elle est dérivée du mot de bien-pensant apparu au XIXème siècle.

Définitions du mot dans les dictionnaires[modifier | modifier le code]

Pour le Petit Larousse 2010[2] un bien pensant est une personne :

  1. « dont les convictions sont jugées traditionnelles et conservatrices » ;
  2. « qui se conforme à l'ensemble des opinions dominantes »

Pour le Petit Robert 2011 : un bien-pensant est une personne "dont les idées sont conformistes, traditionnelles"[3]

Historique[modifier | modifier le code]

Au XIXème siècle, le bien-pensant désigne celui qui pense en conformité avec un système traditionnel : religieux, social, politique.

On trouve en 1893 dans le Journal des Goncourt la citation suivante : "la lettre portait le timbre de la rue Bonaparte. Ne seraient-ce pas des élèves de l'école des Beaux-Arts, bien-pensants ?"[4]

En 1896, Marcel Proust utilise le mot dans le sens de la personne qui cale ses opinions sur la morale courante. "Elle était cousine des Buivres. (…) Elle avait reporté sur tous les Buivres ce qu'elle pouvait éprouver de sentiments de famille. Elle ressentait une honte personnelle des vilenies de celui qui avait un conseil judiciaire, et, autour de son front bien-pensant, sur ses bandeaux orléanistes, portait naturellement les lauriers de celui qui était général" — [5])

En 1899, on retrouve le terme chez Maupassant. « Employé au ministère de l’intérieur, correct, bien noté, bien-pensant, mais marié à une femme fort jolie, dont les dépenses semblaient un peu exagérées pour sa position modeste. » Voilà tout. — [6]

Durant la majeure partie du XXème siècle, le terme de bien-pensant désigne donc un conformiste qui fait siennes les idées dominantes, en définitive le bourgeois conservateur, défenseur de l'ordre établi.

"À l’époque de mon récit, c’est-à-dire au sommet de mes souvenirs, la maison de mes parents était redevenue catholique, plus catholique et bien-pensante qu’elle n’avait jamais été" (Gide) — [7].

Bernanos, en 1931, publie "La Grande peur des bien-pensants", un pamphlet dans lequel il fustige la bourgeoisie, la république et les puissances de l'argent à laquelle il associe les banquiers juifs contre lesquels il tient certains propos antisémites[8].

De nos jours[modifier | modifier le code]

Le terme revient au début des années 2000, chez le journaliste de France-Culture Jean-Marc Chardon[9]. Le but est de critiquer les notions de politiquement correct qui exercent de facto une censure des idées. Le terme est repris dans le vocabulaire politique par différents intervenants de droite et de gauche, pour dénoncer par exemple l'échec du modèle d'intégration à la française, modèle qui est selon eux trop conciliant[10]. Les contempteurs de la bien-pensance, du point de vue des couleurs politiques, sont classés à droite par leurs adversaires - les bien-pensants donc - mais si certains acceptent un tel classement de leurs opinions, d'autres, et nombreux sont-ils (Alain Finkielkraut est de ceux-là), disent avoir été de gauche et ne plus l'être ou disent se poser en tout cas la question de l'être encore : c'est donc une question très ouverte dans le champ politique. Elle relève d'ailleurs davantage, dans le débat public, de considérations et de positions politiques que philosophiques ou morales. Pour Alain Finkielkraut la bien-pensance cache « tout ce qu'on n'a pas le droit de savoir »[10]. Pour ce philosophe, la « bien-pensance ne résoudra pas les problèmes », notamment ceux liés à l'école et à la mixité sociale, il y faut aussi de l'autorité et des efforts: "Si tant de gens, souvent immigrés eux-mêmes, fuient la banlieue, c'est pour que leurs enfants puissent aller dans une école où le principal objectif des professeurs soit d'enseigner leur discipline et non de tenir leur classe. Cela, tout le monde le sait. Ce n'est pas en dissimulant la réalité sous le voile de la bien-pensance qu'on résoudra les problèmes[11].

Aujourd'hui la bien-pensance reste associée à une forme d'ostracisme de la pensée aux effets pervers. "L'un des principaux problèmes suscités par le rouleau compresseur de la bonne conscience tient au fait qu'il invite à ne plus réfléchir. Ou du moins à ne plus s'interroger face à des vérités préétablies... (…). Ce que risquent les réfractaires ? Au mieux de voir leur parole discréditée, au pire, d'être purement et simplement inaudibles. (…) Or le mécanisme de découverte de l'opinion dépend de cette liberté d'expression que l'on ne cesse de réduire au nom des grands principes républicains". ”La dictature de la bien-pensance" par Caroline Castets [12]

Selon Jean-François Kahn : si "ce sont les turpitudes, les oppressions et les trahisons de la droite qui grossirent après guerre les rangs de l'extrême gauche", aujourd'hui, "c'est le terrorisme intellectuel d'une certaine gauche bourgeoise et bien pensante, cette insupportable tendance à criminaliser le moindre écart, à diaboliser la moindre sortie de route, cette chasse obsessionnelle à la petite phrase incorrecte" qui posent problème[13].

Et pourquoi ne pas prendre le contrepied pour se revendiquer tel: "Contre Zemour, Finkielkraut et Onfray... Oui, on est bien-pensants. Et alors ?" [14].

Enjeu du terme[modifier | modifier le code]

L'éditorialiste Natacha Polony estime en 2014 que « Le bien-pensant, c’est toujours l’autre »[15]. Tout l'enjeu du débat est donc de définir, de façon mutuelle, la part de réalité et celle de fantasme dans la dénonciation de la bien-pensance et dans sa revendication par ceux qui se sentent ainsi ciblés.

En 2015, le sociologue Pierre-André Taguieff estime que « jamais l'expression "bien-pensants" ne s'est jamais appliquée avec autant de justesse aux prédicateurs de l'avenir toujours meilleur, en quête de "thèses nauséabondes" à dénoncer »[16].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bien-pensance Le Point, Vincent Merle, sur lepoint.fr, 12 mai 2011
  2. Petit Larousse 2011, p. 114
  3. Petit Robert 2011, p. 251
  4. E. et J. de Goncourt, Journal, 1893, p. 417.
  5. (Proust, Les plaisirs et les jours, 1896
  6. Maupassant, Rouerie, in Le père Milon, éd. 1899
  7. Gide, Si le grain ne meurt, 1926
  8. Bernanos, "La Grande Peur des bien-pensants"
  9. FRANCE: TRENTE-QUATRE AUTEURS DÉNONCENT LA BIEN-PENSANCE Le Quebécois Libre, Montréal, 15 mars 2003
  10. a et b Vincent Merle, « Débattre : le mot « bien-pensance » », sur lepoint.fr,‎ (consulté le 15 septembre 2012)
  11. Finkielkraut : " La bien-pensance ne résoudra pas les problèmes " Le Point, publié le 20/09/2012
  12. in Nouvel économiste Par Caroline Castets 15 juin 2011.
  13. in le Huffington Post Jean-François Kahn 28 mai 2013
  14. Libération 5 octobre 2015
  15. Le bien-pensant, c’est toujours l’autre 'Causeur', Publié le 11 juin 2014
  16. Pierre-André Taguieff, « Parc d'abstractions et gauche divine », Le Figaro, samedi 24 / dimanche 25 octobre 2015, page 16.

Articles connexes[modifier | modifier le code]