Bien-pensance

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Le terme bien-pensance est un terme forgé par Georges Bernanos[1] et utilisé dans l'espace francophone par des auteurs de littérature, de politique ou de sociologie, pour qualifier la pensée ou les opinions de contradicteurs. Les auteurs critiquent un point de vue conformiste ou moraliste, qui selon eux reprend sans réflexion approfondie les valeurs présumées de l'ordre établi[2], ou « contient des sentiments altruistes, qui ne sont qu'affectations ou dont le bien-fondé d'origine s'est retourné en principe nuisible (raisonnement grossièrement proverbialisé par la formule : « l'enfer est pavé de bonnes intentions »).

Définitions du mot dans les dictionnaires[modifier | modifier le code]

Pour le dictionnaire Larousse, un bien-pensant est une « Personne dont les convictions religieuses ou politiques sont conformes à l'ordre (souvent péjoratif). »[2]

Pour le Petit Larousse 2010[3] un bien pensant est une personne :

  1. « dont les convictions sont jugées traditionnelles et conservatrices » ;
  2. « qui se conforme à l'ensemble des opinions dominantes »

Pour le Petit Robert 2011 : un bien-pensant est une personne « dont les idées sont conformistes, traditionnelles »[4]

Histoire du terme[modifier | modifier le code]

Les origines nationalistes et antisémites[modifier | modifier le code]

L'expression apparaît en 1931, sous la plume de l'écrivain catholique et royaliste Georges Bernanos, à l'époque ouvertement antisémite, dans l'ouvrage La Grande Peur des bien-pensants[5]. Les "bien-pensants" désignaient les démocrates libéraux, coupables selon lui d'intégrer des citoyens d'origine juive et de diluer l'identité française. Lors de la Seconde Guerre mondiale, Georges Bernanos décide cependant de rejoindre la Résistance estimant que « Hitler a déshonoré l’antisémitisme » [6].

Au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Le terme revient au début des années 2000, d'abord de la part du journaliste de France-Culture Jean-Marc Chardon[7]. Le but est de critiquer les notions de politiquement correct qui exercent de facto une censure des idées. Le terme est repris dans le vocabulaire politique par différents intervenants de droite et de gauche, pour dénoncer par exemple l'échec du modèle d'intégration à la française, modèle qui est selon eux trop conciliant[8] et fait la part belle au communautarisme, en montrant de la complaisance à l'égard de son principe et en faisant ainsi le jeu de l'anti-universalisme. Les contempteurs de la bien-pensance, du point de vue des couleurs politiques, sont classés à droite par leurs adversaires - les bien-pensants donc - mais si certains acceptent un tel classement de leurs opinions, d'autres, et nombreux sont-ils (Alain Finkielkraut est de ceux-là), disent avoir été de gauche et ne plus l'être ou disent se poser en tout cas la question de l'être encore : c'est donc une question très ouverte dans le champ politique. Elle relève d'ailleurs davantage, dans le débat public, de considérations et de positions politiques que philosophiques ou morales.

Pour Alain Finkielkraut la bien-pensance cache « tout ce qu'on n'a pas le droit de savoir »[8]. Pour ces adversaires la bien-pensance consiste en une « dictature de la pensée unique permanente » et repose d'une part sur le « refus de voir la réalité de ce qui se passe effectivement » en France. Une partie de l'intelligentsia, désignée souvent aussi comme réactionnaire par le camp d'en-face, dénonce les bien-pensants en disant qu'ils jettent « l'anathème sur ceux qui ne pensent ou ne s'expriment pas comme il faut » et en traitant leurs adversaires de « raciste, fasciste… »[8]. Pour ses opposants, la bien-pensance privilégie les émotions et reflète une certaine évolution de la gauche[8] et une certaine frange de celle-ci, qui a renoncé à la valeur de vérité (telle qu'elle la revendiquait au temps de l'affaire Dreyfus).

Pour le philosophe Alain Finkielkraut : la « bien-pensance ne résoudra pas les problèmes », notamment ceux liés à l'école et à la mixité sociale, pour lui, il y faut aussi de l'autorité et des efforts. Il note :

« Si tant de gens, souvent immigrés eux-mêmes, fuient la banlieue, c'est pour que leurs enfants puissent aller dans une école où le principal objectif des professeurs soit d'enseigner leur discipline et non de tenir leur classe. Cela, tout le monde le sait. Ce n'est pas en dissimulant la réalité sous le voile de la bien-pensance qu'on résoudra les problèmes[9]. »

Enjeu du terme[modifier | modifier le code]

L'éditorialiste Natacha Polony estime en 2014 que « Le bien-pensant, c’est toujours l’autre »[10]. Tout l'enjeu du débat est donc de définir, de façon mutuelle, la part de réalité et celle de fantasme dans la dénonciation de la bien-pensance et dans sa revendication par ceux qui se sentent ainsi ciblés.

En 2015, le sociologue Pierre-André Taguieff estime que « jamais l'expression "bien-pensants" ne s'est jamais appliquée avec autant de justesse aux prédicateurs de l'avenir toujours meilleur, en quête de "thèses nauséabondes" à dénoncer »[11].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ariane Chemin et Thomas Wieder, « Quand les polémistes supplantent les politiques », Le Monde, 27 et 28 septembre 2015, p. 12. Cf. Georges Bernanos, La Grande peur des bien pensants, Éditions Grasset, Paris, 1931.
  2. a et b Bien-pensant sur larousse.fr.
  3. Petit Larousse 2011, p.114
  4. Petit Robert 2011, p.251
  5. Georges Bernanos contre les bien-pensants Le Spectacle Du Monde, samedi 5 juillet 2008
  6. L’antisémitisme peut-il être honorable ? Luc Rozenzweig, Causeur, publié le 24 octobre 2008
  7. FRANCE: TRENTE-QUATRE AUTEURS DÉNONCENT LA BIEN-PENSANCE Le Quebécois Libre, Montréal, 15 mars 2003
  8. a, b, c et d Vincent Merle, « Débattre : le mot « bien-pensance » », sur lepoint.fr,‎ (consulté le 15 septembre 2012)
  9. Finkielkraut : " La bien-pensance ne résoudra pas les problèmes " Le Point, publié le 20/09/2012
  10. Le bien-pensant, c’est toujours l’autre 'Causeur', Publié le 11 juin 2014
  11. Pierre-André Taguieff, « Parc d'abstractions et gauche divine », Le Figaro, samedi 24 / dimanche 25 octobre 2015, page 16.