Jim Morrison

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Jim Morrison
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Photo promotionnelle de Jim Morrison (juin 1969).
Informations générales
Surnom

The Lizard King

Mr Mojo Risin’
Nom de naissance James Douglas Morrison
Naissance
Drapeau : États-Unis Melbourne (États-Unis)
Décès (à 27 ans)
Drapeau : France Paris (France)
Activité principale Auteur-compositeur-interprète, poète
Activités annexes

Cinéaste

Acteur
Genre musical Rock psychédélique, blues rock
Instruments Voix
Maracas
Tambourin
Harmonica
Années actives 1965 - 1971
Labels Elektra
Influences Frank Sinatra[1]
Elvis Presley[1]
Arthur Rimbaud[réf. souhaitée]
Friedrich Nietzsche[réf. souhaitée]

James Douglas Morrison[a], dit Jim Morrison [ d͡ʒɪm ˈmɔɹɪsən][b], né le à Melbourne (Floride) et mort le à Paris, est un chanteur et poète américain, cofondateur du groupe de rock américain The Doors, dont il fut membre de 1965 à sa mort.

Sex-symbol provocant au comportement volontairement excessif, devenu une véritable idole du rock, mais aussi intellectuel engagé[2] dans le mouvement du protest song, en particulier contre la guerre du Viêt Nam, il ne revendique toutefois aucune idée politique. Attiré par le chamanisme, on lui attribue une réputation de « poète maudit » que sa mort prématurée, à Paris, dans des circonstances mal élucidées, transforme en légende, notamment fondatrice de ce qui est connu sous le nom de Club des 27.

Le culte que lui vouent ses fans éclipse cependant une œuvre poétique d'une grande richesse que Morrison lui-même a pu considérer comme sa principale activité, au moins à partir de l'été 1968[c].

Biographie[modifier | modifier le code]

Un enfant instable mais brillant (1943-1965)[modifier | modifier le code]

George Stephen Morrison, le père de Jim Morrison.

Jim Morrison est l'aîné des trois enfants issus du mariage entre George Stephen Morrison, officier de l'US Navy, et Clara Clarke, femme au foyer qui lui donne une éducation sévère et décrite comme une mère castratrice[3]. Il a une sœur, Anne et un frère, Andy. Il naît deux ans (presque jour pour jour) après l'attaque japonaise contre la base américaine de Pearl Harbor. La guerre du Pacifique fait rage entre troupes américaines et japonaises.

Jim Morrison vit entre les déménagements liés aux changements d'affectation de son père, de Washington à la Californie, en passant par Albuquerque au Nouveau-Mexique. En 1957, la famille Morrison en est déjà à son neuvième déménagement[4]. L'instabilité de Jim Morrison se développe très tôt par des jeux étranges, des facéties, de l'indiscipline, mais aussi dans ses dessins, mûrs pour son âge[4].

Une expérience mystique précoce[modifier | modifier le code]

À quatre ou cinq ans, lors d'un trajet familial en voiture de Santa Fe à Albuquerque, Jim Morrison est témoin d'un grave accident, qu'il décrira plus tard comme l'un des plus importants moments de sa vie. Il y fait allusion notamment dans la chanson Peace Frog : « Indians scattered on dawn's highway bleeding / Ghosts crowd the young child's fragile eggshell mind. » (« Indiens éparpillés sur la grande route à l'aube, sanguinolents/des fantômes qui s'attroupent dans l'esprit du jeune enfant, fragile comme une coquille d'œuf »). Tout petit et secoué par des sanglots hystériques, alors que son père s'est arrêté pour prêter son aide, il insiste pour aider lui aussi[4]. Il raconte, sur le disque posthume An American Prayer, que ces Indiens défunts ont sauté dans son âme[d]

Il est bien sûr permis de douter de la réalité de ce « transfert d'âme »[interprétation personnelle], d'autant que Jim Morrison n'a jamais hésité à mentir sur sa propre autobiographie (il avait ainsi affirmé être orphelin dans les fiches d'informations individuelles accompagnant la courte biographie du groupe destinée à leur maison de disques, Elektra Records, quelques semaines avant la sortie de The Doors, leur premier album, bien que plus tard, lors d'une interview, il avouera clairement avoir un frère qu'il n'a pas vu depuis un an et des parents, et n'en dira jamais autant sur sa vie privée), mettant à profit ses remarquables talents de conteur[réf. souhaitée]. Néanmoins, on peut trouver dans cette anecdote la source de deux inspirations majeures dans son comportement et dans sa poésie : d'une part, une attirance très marquée pour la mystique des Amérindiens et le chamanisme, ainsi que son jeu de scène proche de la transe ; d'autre part, le recours à l'autoroute et aux véhicules automobiles typiques de l'american way of life, comme métaphore morbide du technicisme moderne[interprétation personnelle].

Adolescent caractériel et génie incompris[modifier | modifier le code]

En , le père de Jim Morrison repart en mission, ce qui amène la famille à déménager à Los Altos. L'année suivante, naît le troisième enfant de la famille, un garçon baptisé Andrew (Andy) Lee. En 1951, Steve Morrison est nommé en poste à Washington, D.C., où la famille emménage pour la seconde fois. Elle n'y reste cependant que quelques mois, car Steve est envoyé en mission en Corée en 1952, la famille Morrison s'installe alors à Claremont en Californie. En 1955, Steve est nommé à nouveau à Albuquerque où les Morrison reviennent. Ces multiples déplacements et les missions fréquentes assignées à Steve Morrison (neuf environ), qui terminera amiral, réduisant sa présence auprès de sa famille, ont certainement joué un rôle dans la personnalité complexe de Jim Morrison, qui découvre son huitième domicile alors qu'il n'a que onze ans. En particulier, il se lie peu avec ses camarades de classe et présente un comportement de plus en plus instable, turbulent, voire asocial. Lecteur vorace, il se désintéresse de la vie familiale et s'évade dans les romans. Il martyrise volontiers son petit frère - il va jusqu'à lui jeter des pierres, à le réveiller en pleine nuit sans motif, à lui jouer toutes sortes de tours dangereux[4]. Il invente également des mensonges de plus en plus élaborés, ce qui lui permet de raffiner son talent de conteur et de « tester » les réactions de ses interlocuteurs. Il aime aussi agir de manière totalement inattendue, contrevenant aux codes sociaux les plus élémentaires, pour déstabiliser son entourage : ainsi, lors d'un repas de famille solennel, intime-t-il à sa mère, d'un ton très poli, de « faire moins de bruits répugnants en mangeant »[4]. Les parents de Jim Morrison sont d'autant plus déconcertés que leur fils réussit remarquablement en classe et maintient des moyennes excellentes dans toutes les matières.

En 1958, Jim Morrison lit le grand classique de la littérature beat, le roman de Jack Kerouac On the Road (Sur la route). Très impressionné par le personnage de Dean Moriarty, sorte de voyou terrifiant et magnifique, il s'identifie à lui et commence à imiter[réf. nécessaire] son ricanement caractéristique.

Jusqu'en 1962, Jim Morrison effectue ses années d'école secondaire en excellent élève, avec une moyenne de 88,32 %[4]. Très au-dessus de la moyenne nationale, son quotient intellectuel est évalué à 149[4]. Son appétit de lecture ne se dément pas, son intérêt va pour la littérature et la poésie, de James Joyce, William Blake, Arthur Rimbaud, aux « beat poets » Allen Ginsberg, Lawrence Ferlinghetti et surtout Michael McClure, avec qui il se liera d'amitié en 1968, mais également pour l'histoire antique (il se passionne pour les Vies parallèles de Plutarque) et pour la philosophie, surtout pour les écrits de Friedrich Nietzsche qui le marquent considérablement. Ses résultats, ses centres d'intérêt, mais aussi le statut de son père, lui valent d'être approché par plusieurs fraternités importantes, auxquelles il refusera toujours de se joindre, avec dédain. Il reste distant dans tous ses rapports sociaux, participe rarement aux fêtes, n'appartient à aucun club, mais cette froideur n'entame en rien sa popularité : beau garçon, volontiers charmeur, capable de tenir un auditoire en haleine avec des histoires invraisemblables mais narrées avec une grande force de conviction, il constitue, selon les témoignages de ses camarades d'école, un véritable pôle d'attraction au sein du lycée.

À cette même époque, il accomplit un acte inaugural : rassemblant tous les cahiers dans lesquels, depuis plusieurs années, il tenait son journal, prenait des notes de lecture, réalisait des croquis ou des esquisses, copiait des citations, élaborait des vers, il les jette à la poubelle. Il déclarera plus tard : « maybe if I'd never thrown them away, I'd never have written anything original […]. I think if I'd never gotten rid of them I'd never been free. »[5] : « Peut-être, si je ne les avais pas jetés à la poubelle, n'aurais-je jamais rien écrit d'original […]. Je pense que si je ne m'en étais pas débarrassé, je n'aurais jamais été libre. » Cette « libération » lui permet d'élaborer un style poétique très personnel, d'un abord obscur mais d'une grande force évocatrice. Il écrit dès cette époque le poème Horse Latitudes, qui figurera sur le deuxième album du groupe, Strange Days.

Un étudiant atypique[modifier | modifier le code]

Photo d'identité judiciaire prise lors de son arrestation en 1963.

Sitôt sorti de l'école secondaire, Morrison s'installe chez ses grands-parents à Clearwater pour suivre des cours au Saint Petersburg Junior College. En particulier, il s'inscrit dans deux cursus qui le marqueront profondément : d'une part, un cours sur la « philosophie de la contestation », qui lui permet d'étudier Montaigne, Jean-Jacques Rousseau, David Hume, Jean-Paul Sartre et Friedrich Nietzsche ; d'autre part, un cours sur la « psychologie des foules » inspiré de l'ouvrage de Gustave Le Bon La Psychologie des foules.

Morrison se montre, dans ce cours, très brillant. Le professeur James Geschwender reste stupéfait devant ses connaissances. Il maitrise parfaitement non seulement l'ouvrage de Gustave Le Bon, mais aussi Sigmund Freud et Carl Gustav Jung[4]. Les autres étudiants, complètement dépassés, assistent, stupéfaits, à des dialogues entre le professeur et Morrison, lesquels tentent d'incorporer l'apport de la psychanalyse à la réflexion de Le Bon. Dans son mémoire final, s'appuyant sur l'idée jungienne de l'inconscient collectif, Morrison évoque l'idée de névroses touchant de nombreuses personnes dans un groupe (des « névroses sociales », si l'on ose dire) et spécule sur la possibilité de traiter ces névroses par des thérapies de groupe. James Geschwender déclarera plus tard que ce mémoire « aurait pu devenir une thèse solide »[4].

Pendant l'été 1963, Jim Morrison s'inscrit à un cours d'histoire médiévale européenne. Il écrit un mémoire s'efforçant de prouver que le peintre Jérôme Bosch avait fait partie des adamites. Les arguments présentés par Morrison ne sont pas suffisamment convaincants pour le professeur, qui n'en reste pas moins éberlué par la culture générale de son élève. Il est une première fois arrêté à Tallahassee, le , pour avoir fait une farce douteuse alors qu'il assiste, ivre, à un match de football américain[6].

À ce moment pourtant, Morrison désire depuis plusieurs mois changer d'université pour s'inscrire à l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA), la toute nouvelle faculté de cinéma. La famille Morrison s'oppose à cette nouvelle orientation, mais il maintient sa décision. En janvier 1964, alors que son père est promu capitaine de vaisseau, Jim Morrison entre à l'UCLA. Dès le début de l'année, tout en continuant à « tester » les gens (en particulier ses colocataires auprès de qui il se rend rapidement insupportable), il s'encanaille, s'enivre de manière de plus en plus régulière, fréquente les quartiers « chauds » des bas-fonds de Los Angeles, et touche sans doute dès cette époque aux drogues hallucinogènes, en particulier le LSD[7].

Il faut préciser qu'en 1964, et en particulier à UCLA, il est extrêmement facile de se procurer du LSD, cette drogue n'est réglementée que depuis 1962 aux États-Unis, et de nombreux programmes de recherche universitaires portent sur les propriétés du LSD ou d'autres substances psychoactives : il suffit donc aux étudiants aventureux de s'inscrire comme « volontaires » pour obtenir des doses non seulement quotidiennes, mais gratuites. De plus, Morrison se trouve doublement incité à « expérimenter » les drogues, d'un point de vue poétique d'abord, qui le rattache à des poètes comme Henri Michaux, Edgar Poe, Aldous Huxley, Thomas de Quincey et aux poètes de la beat generation, très admirés par Morrison. D'un point de vue mystique ensuite, la consommation de psychotropes le rapproche du chamanisme, dont la transe est souvent provoquée par des hallucinogènes naturels comme la mescaline ou encore l'ayahuasca.

À l'été 1964, Jim Morrison emmène son frère Andy - qui a 16 ans - pour un bref voyage jusqu'à la ville d'Ensenada, au Mexique. Andy est sidéré par l'assurance de son frère, qui roule à toute vitesse dans les rues de la ville, connaît bien les bars et discute en espagnol argotique avec les tenanciers et les prostituées[4].

Pendant l'automne 1964, poursuivant son cursus de cinéma, il prend des notes sur les techniques cinématographiques, sur l'histoire du cinéma et sur les réflexions philosophiques que ce média lui inspire. Ces notes, remaniées, ordonnées et compilées sous forme de brefs aphorismes, deviendront le premier « recueil » publié par Morrison (The Lords. Notes On The Vision, publié à compte d'auteur en 1969). Morrison consacre le premier semestre 1965 à tourner et à monter le film qu'il lui faut réaliser pour obtenir son diplôme. Son travail se solde malheureusement par une déception : il n'obtient son diplôme, en juin, qu'avec un médiocre « D ». Pourtant, ce résultat ne l'affecte guère : depuis le printemps, Morrison évalue les divers moyens dont il pourrait user pour toucher le public. Peut-être poursuit-il sa réflexion sur la psychologie des foules et sur la possibilité d'organiser de gigantesques séances de thérapie collective. Le cinéma lui apparaissait sans doute comme le moyen idéal mais, au début de l'été 1965, une autre idée se fait jour dans son esprit : la fondation d'un groupe de rock.

Un « frontman » charismatique et imprévisible (1965-1968)[modifier | modifier le code]

Au cours du mois de juillet 1965, Jim Morrison, alors sans emploi, vit sur le toit d'un entrepôt non loin de Venice Beach, à Los Angeles. Il raconte, dans un des poèmes du recueil Far Arden : « I left school & went down/to the beach to live./I slept on a roof./At night the moon became/a woman's face./I met the Spirit of Music. » (« Je quittai l'école et descendis/à la plage pour vivre./Je dormis sur un toit./La nuit la lune devint/un visage de femme./Je rencontrai l'Esprit de la Musique. ») L'allusion explicite au titre de Friedrich Nietzsche, The Birth Of Tragedy from the Spirit of Music (en français : La Naissance de la tragédie - Hellénisme et pessimisme) vaut presque programme : dans le cadre de la théorie esthétique nietzschéenne, la tragédie grecque provient des célébrations en l'honneur du dieu grec Dionysos.

La fondation du groupe The Doors[modifier | modifier le code]

Morrison commence à écrire des chansons, dont plusieurs figurent sur les trois premiers albums de The Doors. Un jour qu'il se promène sur la plage de Venice Beach, il croise Ray Manzarek, lui aussi fraîchement diplômé en cinéma. Les deux anciens élèves de l'UCLA discutent, en viennent à parler musique. Ray Manzarek qui joue de l'orgue dans un groupe de rock, demande à Morrison de lui chanter une de ses compositions. Morrison aurait alors chanté Moonlight Drive, un titre qui figurera sur Strange Days, le deuxième disque de The Doors. Immédiatement séduit par l'intensité lyrique des paroles, Ray Manzarek se serait exclamé : « Hey, man, let's form a rock band and make a million dollars ! »[8] (« Eh, mec, formons un groupe de rock et gagnons un million de dollars ! »). Jim Morrison propose alors immédiatement le nom de « The Doors », en le justifiant de cette façon : « Il y a le connu. Il y a l'inconnu. Et entre les deux, il y a la porte, et c'est ça que je veux être »[4]. Il fait ainsi référence au livre de Aldous Huxley, Les Portes de la perception, titre lui-même tiré d'une citation de William Blake : « If the doors of perception were cleansed everything/would appear to man as it is - infinite. » (« Si les portes de la perception étaient nettoyées toute chose/apparaîtrait à l'homme telle qu'elle est - infinie. », tiré de The Marriage of Heaven and Hell).

Plaque apposée sur la tombe de Jim Morrison, portant l'inscription en grec :
« ΚΑΤΑ ΤΟΝ ΔΑΙΜΟΝΑ ΕΑΥΤΟΥ » (« Fidèle à son propre démon »)[e].

Manzarek fréquente le groupe de Méditation transcendantale fondé par Maharishi Mahesh Yogi. Il y rencontre le batteur John Densmore qui quitte le groupe des Psychedelic Rangers pour rejoindre The Doors. Densmore est bientôt imité par le guitariste des Rangers, Robbie Krieger. The Doors désormais au complet enregistrent une première démo. À la fin de l'été, Jim Morrison rencontre Pamela Courson (1946–1974), étudiante en art et fille de militaire comme lui, ils s'installent ensemble, en , à Rothdell Trail dans le quartier de Laurel Canyon. Elle restera sa compagne et l'inspiratrice de certains de ses textes jusqu'à la fin de sa vie, malgré une relation tumultueuse alternant querelles violentes et retrouvailles passionnées. Ensemble, ils expérimentent LSD, amphétamines et mescaline, elle se pique à l'héroïne (Jim Morrisson qui déteste les piqûres y est plus réticent) et prend pour amant son dealer Jean de Breteuil[9]. En septembre, après une réunion de famille particulièrement ratée, Jim Morrison rompt toute relation avec ses parents. Il ne les reverra jamais[4].

Au début de l'année 1966, The Doors gagnent un maigre salaire en animant un bar de Los Angeles, The London Fog, mais ils y acquièrent un grand professionnalisme qui jouera ensuite un rôle déterminant dans leur succès. Le groupe apprend en effet à se confronter à des publics parfois difficiles ou peu enthousiastes. Jim Morrison, d'abord très timide dans son rôle de chanteur, tourne le dos à la salle et chante à voix basse, presque inaudible, mais progressivement, il gagne en assurance, commence à se déhancher de manière suggestive, apprend à jouer avec le public, à obtenir des réponses, à plaisanter au bon moment, puis ose des cris, des sauts, des chutes, dans un style rappelant les danses amérindiennes ou la transe chamanique. Les mélodies du groupe mêlent des influences très diverses, musique classique de Ray Manzarek, jazz apporté par John Densmore, flamenco et musique indienne qu'affectionne Robbie Krieger, et servent beaucoup ces prestations scéniques et l'atmosphère à la fois tribale et religieuse des concerts.

Célébrité[modifier | modifier le code]

Jim Morrison sur scène en 1967.

The Doors, remarqués par Jac Holzman de la maison de disques Elektra, signent en juin 1966 un accord de production pour six albums. Le mois suivant, Jim Morrison commet son premier incident sérieux : lors d'un concert donné au Whiskey A Go Go, pendant la partie mélodique centrale d'une longue et mélancolique composition, The End, le chanteur improvise l'histoire d'un assassin qui traverse une maison puis parvient à la porte d'une salle où se trouvent ses parents. S'inspirant alors probablement du complexe d'Œdipe cher à Freud, Morrison déclare : « Father, I want to kill you. Mother, I want to fuck you all night long » (« Père, je veux te tuer. Mère, je veux te baiser toute la nuit. ») Le groupe ne pourra pas terminer la chanson : le patron du bar les jette dehors. Ils n'en ont pas moins créé l'événement : la chanson, qui paraîtra sur le premier disque (intitulé The Doors), conservera le texte audacieux et deviendra un morceau culte de l'histoire du rock.

The Doors enregistrent leur premier album au cours de l'automne 1966. Dans la notice biographique destinée à la presse, Morrison déclare que ses parents sont morts. En , la sortie du single Light My Fire, qui devient rapidement un tube, apporte un succès presque immédiat et fait décoller les ventes de l'album. Un deuxième album est enregistré au cours de l'été. Tandis que le groupe multiplie les apparitions scéniques, Morrison pose pour plusieurs magazines. Son physique d'éphèbe, son sourire désarmant, sa coupe de cheveux rappelant celle d'Alexandre le Grand (Morrison s'est peut-être souvenu de Plutarque) le transforment en sex-symbol aussi adulé que James Dean ou Marilyn Monroe.

La musique psychédélique des Doors nous plonge dans un univers étrange, proche de celui du chamanisme, dans lequel on alterne entre 'conscience endormie' et 'rêve éveillé'. On a le sentiment que Morrison, la plupart du temps en état modifié de conscience (rendu possible par l'absorption quasi-quotidienne de psychotropes divers), n'était jamais réellement réveillé, jamais réellement endormi. Cet état se reflète pleinement dans la musique du groupe.

L'année 1967 est également marquée par l'engagement progressif des États-Unis dans la guerre du Viêt Nam : 500 000 « boys » sont stationnés au Viêt Nam sur l'ordre du président Lyndon Johnson. Morrison écrit, à l'automne 1967, ses chansons les plus expressément engagées, en particulier Unknown Soldier qui figurera sur le troisième opus de The Doors, Waiting for the Sun.

Le succès fulgurant des Doors, leur notoriété soudaine et les avantages qui suivent déstabilisent pourtant rapidement Morrison, d'autant que les paroles de ses chansons, qui prônent l'amour libre, l'usage de la drogue, la consommation d'alcool, le rejet de la morale puritaine, la révolte contre l'autorité, le militantisme contre la guerre, en font un personnage remuant que les services de police décident de surveiller de près. Supportant très mal l'intrusion des agents en uniforme dans les concerts, Morrison profite souvent d'être sur la scène pour improviser quelques railleries, voire pour provoquer la foule à se rebeller. Un incident plus grave conduit, le , à New Haven, à une interpellation en plein milieu d'un concert. Morrison est arrêté pour « comportement immoral », « trouble à l'ordre public » et « refus d'obtempérer ».

Un désintérêt grandissant pour le rock[modifier | modifier le code]

Jim Morrison en concert à Copenhague en 1968.

Le comportement de Morrison, qui devient antisocial et agressif au cours de l'hiver 1967-1968, laisse supposer que le concert de New Haven et l'interpellation qui s'ensuivit ont marqué le chanteur. Il commence à comprendre que sa notoriété peut le piéger en l'entraînant dans une logique du « toujours plus » en matière de provocation, d'autre part, le public a laissé Morrison se faire arrêter. Personne n'a bougé.

Si, comme son adolescence et ses années d'étudiant peuvent amener à le croire, Morrison a pour ambition de remanier en profondeur les valeurs de la société américaine en s'appuyant sur les forces sociales actives du Flower Power et leur potentiel révolutionnaire, l'immobilisme du public, pourtant jeune et familiarisé avec l'idée de révolte, a dû surprendre et décevoir le chanteur. Morrison, nerveux, maussade, se réfugie dans l'alcool et ses beuveries prennent des proportions inquiétantes, au point que les autres membres du groupe décident d'engager Bobby Neuwirth pour le surveiller.

Les relations avec le groupe se tendent, lors de l'enregistrement du troisième album. Après réflexion, The Doors décident de couper la très longue composition, Celebration of the Lizard qui devait occuper une face entière du disque, pour n'en garder que le morceau central sous le titre Not to Touch the Earth. Morrison, qui travaillait le texte de Celebration depuis 1965, se démotive soudain. Il laisse à Robby Krieger le soin de composer les chansons restantes de l'album, finalement achevé en . Ce même mois, Jim Morrison rencontre Michael McClure, le poète de la beat generation dont il a lu et admiré l’œuvre depuis ses années de lycée. Cette rencontre marque un tournant dans la vie de Morrison, qui va progressivement prendre ses distances avec le monde du rock. Sitôt Waiting For The Sun enregistré, Morrison exprime d'ailleurs aux autres membres du groupe son intention d'interrompre sa carrière. Alarmé à l'idée de ce départ, Ray Manzarek parvient néanmoins à le convaincre de continuer pendant six mois[4].

Au cours de cette période de transition, les performances scéniques de Morrison gagnent encore en intensité, le , lors d'une apparition à Chicago, il transforme, pour la première fois, un concert en émeute. Il recommence plusieurs fois au cours de cette année, d'autant que le dernier vers de la chanson Unknown Soldier, « the war is over », est bientôt repris en slogan politique par les opposants à la guerre du Viêt Nam. La chanson a un effet d'autant plus violent sur le public que le groupe, dans une mise en scène élaborée, fait mine de fusiller le chanteur. Un jeu de lumière finement réglé rend l'effet frappant.

Après une tournée en Europe au cours du mois de septembre, Morrison prend quelques jours de repos à Londres en compagnie de Pamela Courson. Ils y sont rejoints par Michael McClure, qui, après avoir lu les poèmes de Morrison, incite le chanteur à les publier. Flatté par les encouragements de son aîné, Morrison se décide d'envoyer à l'éditeur, fin octobre, ses notes sur le cinéma rédigées en 1964 réunies sous le titre The Lords. Notes on the Vision, et un long poème en vers libres, The New Creatures.

Ce même mois, il visionne les ébauches du film d'un concert donné quelques mois plus tôt. Ce document le stupéfie. Il déclare : « voir une série d'événements que je croyais contrôler... Je me suis d'un seul coup rendu compte (...) que j'étais le jouet de nombreuses forces dont je n'avais qu'une vague notion »[10]. Par la suite, il devient de plus en plus prudent dans ses « manipulations » du public. Le , lors d'un concert à Los Angeles, il parvient à calmer une foule houleuse en quelques phrases seulement : « Nous sommes venus pour jouer de la musique, mais vous en voulez plus, pas vrai ? Vous voulez plus que de la musique, hein ? Eh bien, allez vous faire voir : nous, nous ne sommes là que pour jouer de la musique. » Et le groupe n'interprète qu'une seule chanson, Celebration of the Lizard et la fait durer trois quarts d'heure. Il n'y a aucun incident ; c'est à peine s'il y a des applaudissements. La foule se disperse en silence, matée[4].

Le « poète maudit » (1969-1971)[modifier | modifier le code]

Morrison, l'anti-hippie ?[modifier | modifier le code]

Deux événements marquent le début de l'année 1969. D'une part, le « délai de six mois » arraché par Ray Manzarek après l'enregistrement de Waiting for the Sun touche à sa fin, et le rapprochement entre Morrison et Michael McClure mais aussi avec le Living Theatre, ainsi que son intérêt croissant pour la production cinématographique, paraît signaler sa volonté de quitter le star-system[Quoi ?]. D'autre part, il rencontre, à l'occasion d'une interview en , la journaliste du magazine Jazz&Pop Patricia Kennealy, avec qui il vivra une relation amoureuse très intense, allant jusqu'à « l'épouser » en 1970 au cours d'une cérémonie wicca[11]. Lors de cette interview, Jim Morrison déclare : « j'aime la musique, j'aime bien chanter sur scène, mais certaines choses que j'ai à dire ne peuvent être mises en musique et un livre serait mieux à même de les communiquer ».

L'enregistrement d'un quatrième album, The Soft Parade, retarde cependant le départ de Morrison. Son désintérêt pour The Doors paraît évident : il n'écrit que quatre des neuf chansons de l'album, passe le minimum de temps au studio et se conduit systématiquement en rustre. Une violente querelle éclate lorsqu'il découvre que les autres membres du groupe, sans l'en avertir, ont vendu la mélodie de Light My Fire, leur premier disque d'or, au constructeur automobile Buick.

La sensation de trahison que Jim Morrison a dû connaître à cette occasion a pu accentuer sa désillusion : s'il avait cru possible de modifier les valeurs américaines via le rock, il découvrait que ses proches les plus intimes cédaient aux puissances de l'argent. À ce stade, il faut poser la question du rattachement de Morrison au mouvement hippie. Il a embrassé explicitement certaines « grandes causes » du « Flower Power » comme la libération sexuelle et le pacifisme contre la guerre du Viêt Nam. Il y a même contribué activement, par ses chansons et sa conduite. Mais, lecteur assidu de Nietzsche, admirateur de Jérôme Bosch, fan de Kerouac fasciné par Dean Moriarty au point d'imiter son ricanement sadique, pouvait-il adhérer sans réserve au « peace and love », à l'idéologie de « l'harmonie universelle » et à la « spiritualité » New Age de la Méditation transcendantale, de la conscience cosmique et de l'Ère du Verseau ? Son pessimisme, son goût pour le cynisme, le second degré et les faux-semblants, sa fascination pour la criminalité et le chaos, pouvaient-ils se conjuguer avec l'hédonisme naïf des hippies ?

Ray Manzarek et John Densmore ont chacun, à leur manière, avoué que Morrison plaisantait volontiers, à l'occasion de manière cruelle, sur l'exotisme un peu factice de la philosophie hippie. L'organiste et le batteur, tous deux adeptes de la Méditation transcendantale, présentèrent Morrison à Maharishi Mahesh Yogi. Morrison composa ensuite, « en l'honneur » du gourou[réf. nécessaire], la chanson Take It As It Comes (figurant sur le premier album) (« Take it easy, babe/Take it as it comes/Don't move too fast/If you want your love to last/Oh, you've been movin' much too fast »« Détends-toi, chérie/Prend les choses comme elles viennent/Ne t'emballe pas/Si tu veux que ton amour dure/Oh, tu as été beaucoup trop vite »). John Densmore, qui s'affichait « flower child », se souvient également des moqueries ambiguës de Morrison à son égard : par exemple, il jetait, en plein concert, des marguerites sur la caisse claire de Densmore : « il riait comme un fou, parce qu'il savait que je ne pouvais pas m'arrêter, à moins d'interrompre le concert, alors mes baguettes faisaient éclater les pétales. »[12].

Le concert de Miami[modifier | modifier le code]

Cette perspective éclaire le sens du célèbre concert des Doors donné à Miami le . Pour la première fois, le groupe partait en tournée « longue » : 19 dates étaient prévues dans des villes comme Cleveland, Saint Louis, Providence ou encore Dallas. Pourtant, le premier concert vire à la catastrophe. Sugerman et Hopkins, entre autres biographes de Morrison, pointent du doigt l'incurie des organisateurs, qui avaient vendu beaucoup plus de tickets qu'il n'y avait de places, si bien que The Doors se présentèrent devant une salle bondée, surchauffée et déjà passablement nerveuse.

Cette tension s'accroît encore avec le retard de Morrison : éméché, il a raté son avion. Pendant le vol, il continue à boire. Lorsqu'il parvient enfin à la salle de concert, c'est un frontman ivre mort qu'on doit convaincre, contre son gré, d'entrer en scène. Incapable de chanter, Morrison interrompt les chansons, pour digresser, invectiver la foule, l'insulter. Au cours de la chanson Five To One, le discours de Morrison prend une tournure explicitement anarchiste et passablement agressive à l'égard des fans : « You're all a bunch of fuckin' idiots ! Lettin' people tell you what you're gonna do ! Lettin' people push you around ! How long d'ya think it's gonna last ? How long are you gonna let it go on ? [...] How long ? Maybe you like it, maybe you like being pushed around... Maybe you love it, maybe you love gettin' you face stuck in the shit... [...] You love it, don't ya ? You love it. You're all a bunch of slaves ! » (« Vous êtes tous une bande de putains d'idiots ! À laisser les gens vous dire quoi faire ! À laisser les gens vous bousculer ! Combien de temps ça va encore durer, à votre avis ? Combien de temps est-ce que vous allez laisser continuer ça ? [...] Combien de temps ? Peut-être que vous aimez ça, peut-être que vous aimez qu'on vous bouscule... Peut-être que vous adorez ça, peut-être que vous adorez qu'on vous mette la tête dans la merde... [...] Vous adorez ça, n'est-ce pas ? Vous adorez ça. Vous êtes tous une bande d'esclaves ! »[f])

Mais de toute évidence, cette diatribe ne suffit pas : le public applaudit, pousse des cris de joie à chaque insulte. Morrison pousse encore l'outrage : taquinant la salle, il annonce qu'il va montrer son pénis. L'a-t-il effectivement fait ? Un doute subsiste, même pour Morrison qui avouera plus tard au juge avoir été trop ivre pour se souvenir ; quant au principal témoin de l'accusation, Bob Jennings, il s'agit du fils d'un policier de Miami, ce qui jette un doute sur son impartialité, d'autant que plusieurs autres accusateurs se rétracteront avant ou pendant les audiences. En tout état de cause, le mal est fait : le concert finit dans un désordre incontrôlable et, le , un mandat d'arrêt est délivré contre Morrison sous quatre chefs d'accusation : « comportement indécent », « exhibition indécente », « outrage aux bonnes mœurs » et « ivresse publique ». Aussitôt, tous les concerts de la tournée sont annulés et The Doors devront attendre juin pour pouvoir se présenter à nouveau devant le public.

Les journaux, à l'époque, titrent : « Morrison dérape ». Telle est aussi la version de l'incident retenue par les principaux biographes de Morrison (notamment Hopkins et Sugerman, mais aussi John Densmore) et il paraît délicat de contester ces témoignages de première main. Pourtant, la question se pose : Morrison n'a-t-il pas « dérapé » au moment qui lui convenait ? N'a-t-il pas « dérapé » d'une manière très sincère, comme ses insultes à la foule semblent le suggérer ? Le rejet du mouvement hippie qu'il semble exprimer dans son comportement et dans ses textes (y compris des chansons pour The Doors comme The Soft Parade, voir ci-après) n'indique-t-il pas que Morrison a pu vouloir faire exploser The Doors en plein vol, au tout début d'une tournée aussi longue que prometteuse, en , c'est-à-dire trois mois après la fin du « délai de grâce » qu'il avait accordé après l'enregistrement de Waiting For The Sun ?

Une saturation nerveuse[modifier | modifier le code]

Si Morrison a effectivement voulu saborder The Doors, il a échoué. Sans doute, le fiasco de Miami a-t-il refroidi les organisateurs de concerts qui annulent de facto la tournée de The Doors ; mais dans un second temps, Morrison reçoit le soutien de son entourage et de nombreux fans, qui voient dans le procès intenté au chanteur une preuve de la persécution perpétrée par l'institution puritaine contre le mouvement hippie et les opposants à la guerre du Viêt Nam. Dès juin, seulement trois mois après Miami, The Doors jouent à nouveau en public. L'album The Soft Parade sort en juillet et devient disque d'or. En septembre, le groupe entame des répétitions pour un cinquième album.

Jim Morrison semble donc se résigner à « continuer » avec The Doors, bien que la poésie soit à ce moment sa préoccupation principale. En avril, il a reçu de la maison d'édition Western Lithographers les exemplaires de The Lords et de The New Creatures, publiés à compte d'auteur sous le nom « James Douglas Morrison ». Ce même mois, interviewé sur la chaîne de télévision PBS par Richard Goldstein et Patricia Kennealy, Morrison refuse de parler de The Doors et se contente de lire des extraits de The New Creatures. Le journal Rolling Stone publie, dans son numéro d', le texte intégral d'un long poème intitulé An American Prayer, et précise que les droits d'auteur sont attribués à James Douglas Morrison.

Il convient d'insister sur ce point : bien qu'utilisant le prénom « Jim » comme nom de scène avec The Doors, Morrison a toujours insisté pour que son travail poétique soit publié sous son patronyme complet. Il souhaitait, de toute évidence, sanctuariser son travail poétique par rapport à son image de star pop ; mais ce souci de « catégoriser » ses activités va bien au-delà du domaine professionnel. Morrison appartenait simultanément à plusieurs « cercles sociaux » différents qu'il s'efforçait de ne jamais mélanger. Ainsi Michael McClure ne fit-il jamais partie de la petite « cour » qui gravitait autour de The Doors. Il en alla de même pour Patricia Kennealy[13], que Morrison avait pourtant « épousée » au cours d'une cérémonie wicca mais non légalement. Du reste, Jim Morrison continuait à entretenir des relations suivies avec plusieurs anciens élèves de la faculté de cinéma d'UCLA sans jamais les présenter à ses autres amis.

Ces séparations entre divers groupes d'amis avaient sans doute pour but, aux yeux de Morrison, de protéger en partie sa vie privée : d'un groupe à l'autre, il pouvait exprimer toutes les facettes de sa personnalité sans pourtant s'ouvrir complètement à quiconque. Or deux conséquences suivent de cette attitude. D'une part, à dissimuler toujours une partie de lui-même à ses interlocuteurs, Morrison était forcément toujours « en représentation », en train de jouer un rôle qui ne correspondait pas exactement à ce qu'il était ; cette timidité, voire cette dissimulation, allant de pair avec une vive inventivité, un indéniable talent de conteur et un certain degré d'hypocrisie, constitue sans doute l'un des principaux traits de caractère de Morrison. Il n'est jamais complètement sincère, sauf peut-être dans quelques moments exceptionnels (voir ci-dessous le témoignage de Michael McClure à propos de la réception de The Lords and The New Creatures) et lorsqu'il s'avoue, précisément, menteur, trompeur, calculateur. Ainsi dans les chansons The Changeling (« I'm a changeling/See me change » : « Je suis un changeforme/Regarde-moi me transformer ») et la très dérangeante The Spy (« I'm a spy in the house of love/I know the dream that you're dreaming of/[...] I know your deep and secret fears/I know everything/Everything you do/Everywhere you go/Everyone you know »« Je suis un espion dans l'antre de l'amour/Je connais le rêve que tu rêves/[...] Je connais tes terreurs secrètes/Je connais tout/Tout ce que tu fais/Tous les endroits où tu vas/Tous les gens que tu connais »). Aussi tous les témoins directs de la vie de Morrison ont-ils une vision nécessairement biaisée de Jim/James Douglas, non seulement parce qu'ils sont subjectifs, mais aussi (surtout) parce que Morrison lui-même entretenait la confusion, mentait sans vergogne, promettait ce qu'il savait ne pas vouloir tenir.

D'autre part, au cours de l'année 1969, cette stratégie de séparation entre divers groupes d'amis commence à montrer ses limites et même son caractère pervers : menant de front sa carrière de chanteur, son travail de poète et une activité de réalisateur-producteur de cinéma, Morrison se trouve tiraillé entre plusieurs impératifs inconciliables, d'où un stress professionnel intense aggravé par la peur d'un procès et l'éventualité d'une condamnation à de la prison ferme. À cela s'ajoute la dissimulation dont il fait preuve à l'égard de sa compagne, Pamela Courson, car depuis , Morrison entretient une relation avec Patricia Kennealy[14] ; or cette jeune journaliste n'a rien de la « groupie ». Fière militante féministe, elle ne se laisse pas impressionner par le statut de « star », et sa solide culture générale lui permet de rivaliser intellectuellement avec Morrison, lequel se montre par ailleurs fasciné par le fait que Patricia Kennealy pratique la sorcellerie wicca[11]. Mais en même temps, Morrison souhaite ménager Pamela dans la mesure où elle l'encourage dans sa carrière de poète (en , elle lui demande même d'interrompre sa carrière avec The Doors) -C'est d'ailleurs par l'intermédiaire de la sœur de Pamela que Morrison a pu rencontrer Michael McClure[4].Ce sera néanmoins avec Pamela qu'il quittera les États-Unis pour Paris.

Une telle tension nerveuse épuise lentement Morrison : il cherche à la dissiper dans l'alcool. À cette époque, il ne dessaoûle presque jamais. Il écrit de manière lapidaire : « I drink so that I can talk to assholes./This includes me. » (« Je bois pour pouvoir parler aux cons./Moi compris. »)

À cette même époque Pamela Courson lui conseille d'aller consulter un psychiatre. Il ne se rendra qu'à une seule séance. Selon plusieurs proches du chanteur il présentait tous les symptômes d'une personnalité dite borderline tels que le sentiment d'être abandonné, l'abus de substances (alcool, stupéfiants), des relations interpersonnelles instables, des comportements à risques ou encore une tendance certaine à l'auto-destruction.

Le début de l'année 1970 semble pourtant favoriser Morrison. Une série de concerts réussis à New York, l'enregistrement et la sortie du cinquième album de The Doors, Morrison Hotel (qui reçoit des critiques élogieuses), la signature de contrats pour l'adaptation cinématographique du roman de Michael McClure The Adept, redonnent un élan à Morrison. Ces succès se complètent, en avril, par la publication, à compte d'éditeur, du double recueil The Lords and The New Creatures (chez Simon & Schuster). Même si le volume avait été publié, contre ses indications, sous le nom de « Jim Morrison » (Morrison avait expressément demandé « James Douglas »), il télégraphia le jour même à ses éditeurs : « Merci à vous [...]. Le livre dépasse toutes mes espérances » ; le poète Michael McClure, ami de Morrison qui l'avait encouragé à publier ses poèmes, le vit ce jour-là. Il raconte : « Je trouvai Jim dans sa chambre. Il pleurait. Il était assis là, le livre à la main, en larmes, et il me dit « C'est la première fois qu'on ne m'a pas baisé ». Il le répéta deux fois[15] ». Patricia Kennealy écrit, dans le numéro de mai de Jazz&Pop, une critique favorable au recueil.

Fin de vie et entrée dans la légende[modifier | modifier le code]

Les derniers mois[modifier | modifier le code]

Photos d'identité judiciaire prise par le Department of Public Safety de Miami, Floride, le 20 septembre 1970.

Le procès du concert de Miami s'ouvre le . Morrison a décidé de plaider non coupable. Le 14, Patricia Kennealy, présente à ses côtés, lui annonce qu'elle est enceinte. Après une discussion tendue, la journaliste accepte d'avorter. Morrison lui promet d'être présent lors de l'opération. Il ne tiendra pas sa promesse : en novembre, Patricia Kennealy subira seule l'intervention[11].

Le , les juridictions de Floride émettent une sentence curieuse : les chefs de « comportement indécent » et « d'ivresse publique » sont écartés (alors que Morrison admettait avoir été ivre), mais Morrison est reconnu coupable « d'outrage aux bonnes mœurs » et « d'exhibition indécente ». Il écope de huit mois de prison ferme et de 500 dollars d'amende. L'avocat de Morrison, Max Fink, engage aussitôt une procédure d'appel et obtient la libération de Morrison moyennant une caution de 50 000 dollars[16].

Une ambiance macabre domine alors le monde du rock : Brian Jones meurt le (Un poème sera écrit par Morrison à ce sujet : "Ode à L.A., en songeant à feu Brian Jones"), Jimi Hendrix le , et Janis Joplin le de la même année. Morrison plaisante : à ses compagnons de beuverie, il déclare, mi-figue mi-raisin : « Vous êtes en train de boire avec le no 4 ».

Le , pour son anniversaire, Jim Morrison se rend seul au studio. Il passe la journée à enregistrer une lecture de certains poèmes, notamment le long travail An American Prayer déjà publié par le magazine Rolling Stone, mais également d'autres poèmes divers qui seront plus tard publiés sous le titre Far Arden. The Doors donnent des concerts à Dallas et à La Nouvelle-Orléans les 11 et  : ce seront les dernières apparitions publiques de Morrison.

Au printemps 1971, juste après avoir fini l'enregistrement du sixième album de The Doors, L.A. Woman, Jim Morrison quitte Los Angeles pour Paris, où il rejoint Pamela Courson. Il semble avoir l'intention de se consacrer à la poésie et de réduire sa consommation d'alcool. Épuisé par le star-system, il voudrait aussi prendre de longues vacances. Au cours du printemps, Jim Morrison et Pamela Courson visitent la France, l'Espagne, le Maroc, la Corse[4]. Pendant ce temps, aux États-Unis, l'album LA Woman, sorti en avril, est reçu par une critique unanime comme « le meilleur » des Doors. À Paris, il fréquente l'actrice Zouzou et le journaliste Hervé Muller.

Le , cependant, une rumeur court à Los Angeles selon laquelle Jim Morrison serait mort. Rien de bien alarmant : au cours des années 1967-1968, il s'était rarement écoulé un mois sans que de telles rumeurs ne courussent[4]. Néanmoins dépêché à Paris le , le manager des Doors, Bill Siddons, ne peut que constater la mort du chanteur, retrouvé sans vie dans la baignoire du petit appartement qu'il occupait au troisième étage du 17-19, rue Beautreillis (4e arrondissement de Paris). En présence de cinq personnes, l'inhumation a lieu le , au cimetière du Père-Lachaise, où se trouve toujours la tombe de Morrison.

Incertitudes sur les circonstances de la mort de Jim Morrison[modifier | modifier le code]

Tombe de Jim Morrison au cimetière du Père-Lachaise en 2014.
Une autre photo plus ancienne.

Les circonstances de la mort de Morrison ont donné lieu à de nombreuses spéculations, d'autant plus qu'à son arrivée, Bill Siddons n'a pas vu le corps de Jim Morrison mais le cercueil censé le contenir. Aucune autopsie ni examen n'ont été pratiqués sur le cadavre, la cause officielle du décès étant une simple crise cardiaque. La vie d'excès menée par Morrison pendant six ans (il abusait de l'alcool, participait volontiers à des orgies et se vantait d'avoir pris deux cents fois de l'acide[4]) accrédite cette version des faits. Des témoins, notamment son ami Alan Ronay, ont rapporté qu'il était suivi de près par un cardiologue et qu'il démontrait des signes d'insuffisance cardiaque et d'œdème pulmonaire et de profonde dépression la veille de sa mort (difficulté à respirer, toux avec rejets sanguinolents, hoquets). La version officielle (entretenue par la succession Morrison et par Patricia Kennaely) de la crise cardiaque dans son bain est la plus répandue, car elle correspond à ce que les pompiers et le médecin légiste ont finalement conclu.

Cependant, des témoins affirment avoir vu Morrison ce soir-là dans un bar parisien branché, le Rock 'n' Roll Circus. Selon cette version, Morrison, venu chercher de l'héroïne pour Pamela Courson auprès de deux hommes travaillant pour Jean de Breteuil[9], dealer alors connu des services de police, aurait délibérément pris de l'héroïne pure et serait mort d'une surdose dans les toilettes du bar. Par crainte du scandale et de la fermeture administrative du club, il aurait été ramené en voiture déjà mort jusqu'à l'appartement de la rue Beautreillis qu'il partageait avec Pamela Courson. D'après Sam Bernett, à l'époque gérant du Rock 'n' Roll Circus, les deux dealers qui lui avaient vendu l'héroïne l'auraient emmené eux-mêmes dans son appartement parisien du 17-19 rue Beautreillis après qu'un médecin, présent dans la boite de nuit, eut constaté le décès, et l'y auraient mis dans un bain froid dans l'espoir de le ranimer. Cette histoire est confirmée en 2019 par Philippe Manœuvre, qui explique qu'Agnès Varda aurait ensuite été appelée pour maquiller l'histoire avec un médecin[17]. Cette version tend vers celle d'un suicide par overdose préméditée[18],[19],[20].

Une troisième version, développée dans la biographie de Stephen Davis[21], explique que Jim Morrison a bu toute la journée du en compagnie d'Alain Ronay. En fin de journée, le journaliste le laisse dans un café et prend le métro pour aller rejoindre la chanteuse Marianne Faithfull avec qui il doit dîner. Il se retourne une dernière fois vers son ami, il ne le reverra jamais. Il aurait ensuite emmené sa compagne, Pamela Courson, dîner au restaurant puis voir au cinéma le film La Vallée de la peur. De retour dans leur petit appartement du 17-19 rue Beautreillis très tard dans la nuit, ils dansent sur des disques de The Doors, ils prennent de l'héroïne ramenée de Chine par Jean de Breteuil, de la China White.

Vers 3 heures du matin, le couple s'endort et, deux heures plus tard, Jim Morrison se réveille, souffrant. Il décide de prendre un bain et se met à vomir des bouts d'ananas et l'alcool ingérés la veille. Pamela Courson se réveille en sursaut pour lui porter secours mais se rendort aussitôt. Vers 6 heures, Jim appelle Pamela toujours endormie, ce sera sa dernière phrase : « Are you still there ? » (« Es-tu toujours là ? »), puis il meurt dans la baignoire. Deux heures plus tard, Pam se réveille précipitamment et constate que Jim n'est pas avec elle. Elle se rue vers la salle de bains, mais s'aperçoit que la porte est fermée à clé. Elle contacte son ami, Jean de Breteuil, pour lui demander de l'aider à appeler la police car Pam ne parle pas français. Jean arrive chez elle une demi-heure plus tard, appelle les pompiers, puis repart rapidement et quitte le sol français. Jim Morrison aurait été trouvé mort dans sa baignoire, le corps couvert d'hématomes. Pensant qu'il souffre d'une hémorragie interne, ils essayent de le ranimer, en vain. Le décès sera constaté environ 45 minutes plus tard, par le Dr Max Vassille, médecin requis par les services de police prévenus par les pompiers, qui conclut en accord avec les services de police à une mort naturelle par crise cardiaque. Aucune autopsie ne sera ordonnée.

En 2014, Marianne Faithfull qui était au moment des faits la compagne de Jean de Breteuil, fournisseur en héroïne et cocaïne du couple Morrison[22], accuse Jean de Breteuil d'avoir tué Morrison en lui fournissant une dose trop forte provoquant son overdose[23]. On s'étonne du caractère très sommaire de l'enquête de police alors que la mort de Jim Morrison pouvait facilement être associée aux importants réseaux de trafic de cocaïne et d'héroïne à Paris, et de la fuite concomitante au Maroc de Jean de Breteuil, là où ce fils de notable bénéficiait de facilités diplomatiques grâce à son père Charles de Breteuil.

La mort de Jim Morrison aurait été étouffée sur ordre du ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin pour ne pas faire de scandale médiatique et ne pas susciter de désordres comparables à ceux arrivés lors de la mort de Brian Jones ou de Jimi Hendrix, et également ne pas envenimer les relations avec les États-Unis et ne pas compromettre la famille de Breteuil[g] si l'on apprenait que leur fils Jean avait partie liée avec la célèbre french connection de Marseille qui inondait le marché américain, cette affaire de stupéfiants faisant alors l'objet d'un important litige entre la France et les États-Unis. L'enquête officielle bâclée, sans autopsie, avait commencé vers 7 h du matin pour durer deux heures avant l'octroi du permis d'inhumer alors que, selon le scenario (l'overdose accidentelle au Rock'n Roll Circus), sa mort serait intervenue la veille vers 23 h. Jean de Breteuil aurait eu alors largement le temps d'intervenir entretemps pour sauvegarder ses intérêts via les nombreuses relations politiques de son père et éviter le scandale.

En juillet 1986 pour célébrer l’anniversaire des 15 ans de sa disparition un concert sauvage fut organisé par des musiciens parisiens avec à leur tête le bassiste Marco le Gaucher, le seul qui sera interpellé par la police à la fin du happening. On estime à 20 000 personnes présentes devant les grilles principales du Père Lachaise pour une série de concerts sur une scène montée dans un temps record pour que les premiers groupes jouent dès la fin de l'après midi et se succédèrent jusqu'à 22 h 30 heure à laquelle la préfecture ordonna la dispersion sans heurts et la soirée se finit au Gibus.

De nombreux fans pensent plutôt que Morrison aurait préparé un « départ définitif » depuis plusieurs mois, et lui-même orchestré un « faux décès » destiné à couvrir sa fuite. Il serait donc en fait toujours vivant. On n'hésite guère, dans cette version, à comparer Morrison à Arthur Rimbaud, qui cessant toute activité littéraire, partit vivre en Afrique à vingt-quatre ans. Cette idée, pourtant, semble relever davantage de la légende — voire du fantasme — que de la piste sérieuse. Quoi qu'il en soit, ce décès prématuré, dans des circonstances peu claires, en France de surcroît, n'a pu qu'auréoler la figure fascinante de Morrison et lui conférer une dimension légendaire. Il reste aujourd'hui une icône majeure de l'histoire du rock, dont on souligne volontiers les provocations, les excès et le destin tragique. Telle a été, en particulier, l'optique retenue par les premiers biographes de Morrison, Jerry Hopkins et Danny Sugerman, dans leur livre No One Here Gets Out Alive (Personne ne sortira d'ici vivant, publié en 1980), dont Oliver Stone s'est inspiré pour son film The Doors sorti en 1991, le rôle de Jim Morrison étant tenu par Val Kilmer. En parallèle, l'œuvre proprement poétique de Morrison commence, à son tour, à être reconnue. À la fin des années 1970, les membres restants de The Doors se reforment brièvement pour composer des mélodies destinées à servir de fond musical aux poèmes enregistrés par Morrison le 8 décembre 1970. Il en résulte l'album An American Prayer, sorti en 1978, mais il faut attendre 1988 pour que le premier volume des poèmes inédits de Morrison soit publié sous le titre Wilderness, suivi, en 1990, d'un second volume intitulé The American Night. Jim Morrison est entré dans le mythique Club des 27 regroupant les figures du rock'n'roll décédées à vingt-sept ans, comme Janis Joplin, Robert Johnson, Brian Jones, Jimi Hendrix, Alan Wilson, Pete Ham du groupe Badfinger ; Kurt Cobain et Amy Winehouse.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

En anglais
  • Celebration of the Lizard, , (morceau initialement prévu pour figurer sur l'album Waiting for the Sun, seules les paroles figureront sur la pochette du disque, devenant ainsi le premier texte publié par Morrison).
  • Jim Morrison raps, revue Eye, numéro d'.
  • The Lords. Notes On The Vision, à compte d'auteur, 100 exemplaires, Western Lithographers, 1969.
  • The New Creatures, à compte d'auteur, 100 exemplaires, Western Lithographers, 1969.
  • An American Prayer, revue Rolling Stone, numéro d'.
  • Ode To LA, while thinking of Brian Jones, Deceased, (poème imprimé sous forme de tract et distribué lors d'un concert de The Doors à Los Angeles, ).
  • An American Prayer, compte d'auteur, 500 exemplaires, Western Lithographers, 1970.
  • The Lords and The New Creatures, Simon & Schuster, .
  • The Lost Writings of Jim Morrison - volume I - Wilderness, Vintage Books, 1988 (ce volume inclut également Far Arden et As I Look Back).
  • The Lost Writings of Jim Morrison - volume II - The American Night, Vintage, 1990.
Éditions bilingues
  • Écrits, traducteurs divers, Christian Bourgois, 1993, 1.182 p. Contient tout ce qui a été écrit par Jim Morrison, incluant les textes des chansons des Doors, ainsi que les pièces de l'album An American Prayer. La page de gauche est en anglais alors que celle de droite est la traduction française.
  • Wilderness, trad. Patricia Devaux, C. Bourgois, 1991, dern. rééd. 2010.
  • La Nuit américaine, trad. Patricia Devaux, C. Bourgois, 1992, dern. rééd. 2010.
  • Arden lointain, trad. Sabine Prudent et Werner Reimann, C. Bourgois, 1988, rééd. 1992.
  • Une prière américaine et autres écrits, trad. Hervé Muller, C. Bourgois, 1978, dern. rééd. 1997.
  • Seigneurs et nouvelles créatures (Lords and the New Creatures), trad. Yves Buin et Richelle Dassin, C. Bourgois, 1976, dern. rééd. 2001.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • HWY, an american pastoral, 1970. Durée : 50 minutes. Western métaphysique contemporain dont le personnage principal, interprété par Morrison, barbu, cheveux longs, portant une canadienne, un pantalon de cuir noir et des bottes, descend depuis un lac primordial les encaissements de collines désertiques (littéralement « préhistoriques »), rejoint une highway. Puis, après avoir longtemps fait du stop, réussi à trouver son conducteur, et enfin traversé une série d'épreuves et de rencontres, il arrive seul au volant à l'orée de Los Angeles, ville qui devient alors, pendant un travelling d'une vingtaine de minutes, le nouveau personnage principal dans lequel celui joué par Morrison s'est fondu. Il réapparaît vers la fin du film, la nuit, entre un motel et une boîte de jazz. Le film s'achève sur un panorama nocturne de Los Angeles où l'on devine un instant le reflet mouvant du pantalon de cuir, sur fond de sirènes hurlantes et de bruits de guerre.

Références dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Films et séries[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Horizon Motel, ouvrage bilingue d'Estelle Valls de Gomis, paru en 2007 aux éditions Le Calepin Jaune, est un hommage au poète et à l'artiste, en photos, poèmes et nouvelles.
  • Dans Le roi Lézard, polar de Dominique Sylvain le fantôme de Jim Morrison est très présent.
  • Stephen King conte, dans Le Fléau, la rencontre de l'un des protagonistes, Stu Redman, avec Jim Morrisson (lequel était censé être décédé au moment de cette rencontre).

Musique[modifier | modifier le code]

  • Bernard Lavilliers a écrit une chanson à sa mémoire, Plus dure sera la chute, sur son album Les Barbares (1976), et elle figure sur deux de ses albums live.
  • Serge Gainsbourg a écrit une chanson, interprétée par Jane Birkin, dans laquelle il cite de grands noms d'artistes disparus. Parmi eux, Jim (chanson et album Ex-fan des sixties, 1978).
  • Le chanteur Renaud fait allusion à Jim Morrison dans sa chanson P'tite conne, en 1985. Chanson dénonçant les drogues « dures », en particulier la cocaïne (« P'tite conne, allez, repose-toi tout près de Morrison et pas trop loin de moi »).
  • Thom Yorke, du groupe Radiohead, a écrit la chanson Anyone Can Play Guitar, sortie en , dans laquelle il rend hommage à Morrison en écrivant : « Grow my hair... grow my hair I'm Jim Morrison, grow my hair..., I wanna be wanna be Jim Morrison... ».
  • Francis Lalanne a écrit et chanté Ode to Jim, sur une musique des Doors (sur son album Les inédits, 1994).
  • Alain Souchon fait référence à Jim Morrison dans le dernier vers de sa chanson Chanter, c'est lancer des balles, sur son album C'est déjà ça (1993) (« Des blagues au téléphone / Pour faire rire les personnes / Et la mère de Jim Morrison »). Il fait également allusion à la courte passion entre Jim Morrison et la chanteuse Nico dans la chanson Rive gauche, sur son album Au ras des pâquerettes (1999) (« Miles Davis y sonne sa Gréco / Tous les Morrison leur Nico »).
  • Jonny Greenwood, guitariste du groupe Radiohead, fait explicitement référence à Morrison dans les paroles de la chanson Anyone can play guitar (1993), quand il écrit: « Grow my hair, grow my hair, I am Jim Morrison. Grow my hair, I wanna be Jim Morrison » (« Laisser pousser mes cheveux, laisser pousser mes cheveux, je suis Jim Morrison. Laisser pousser mes cheveux, je veux être Jim Morrison. »).
  • L'influence de Jim Morrison est très importante dans les textes de Damien Saez et notamment dans sa chanson Voici la mort, sur l'album God blesse (2002).
  • Dans son premier album, Back to Bedlam (2004), James Blunt lui rend hommage avec la chanson So Long, Jimmy, dont certains phrasés musicaux sont quasiment ceux de Riders on the Storm.
  • Le groupe écossais Mogwai commence son album The Hawk Is Howling, paru en 2008, par une chanson intitulée I'm Jim Morrison, I'm dead.
  • En 2010, la chanson sur Kurt Cobain La Crasse américaine du groupe français Les Rois de la Suède fait référence à Jim Morrison : « t'as rejoins les morts à 27 ans, les partis avant l'heure, Jim Morrison, Janis Joplin et Cindy Sander ».
  • En 2014, le collectif de rap « l'Entourage » intitule une de ses chansons Jim Morrison.
  • Le chanteur Hubert-Félix Thiéfaine fait référence à Jim Morrison dans sa chanson Rock Autopsie : « Grand-mère va plus au Père Lachaise pleurer sur Morrison. Avec ses melody maker elle fait des paillassons ».
  • Dans sa chanson Wasting the Down, le groupe de rock finlandais The 69 Eyes fait référence au Lizard symbolisant le chanteur dans le vers « Where the lizard lingers long under the sun » suivi immédiatement de la date et du lieu de sa mort, avec « under the sun forgettin' the night darkest July Paris '71 ».
  • À la fin de la saison 1 de Nerdz, la chanson The End accompagne le générique jusqu'à la fin du premier couplet.
  • Le groupe israélien Infected Mushroom a repris plusieurs morceaux du groupe, comme Light my fire ou Riders on the storm.
  • La chanteuse américaine Lana Del Rey l'évoque dans sa chanson Gods & Monsters : "No one's gonna take my soul away I'm living like Jim Morrison"
  • Francis Ford Coppola a utilisé The End comme thème musical principal, dans son film Apocalypse Now.

Sports[modifier | modifier le code]

  • Le catcheur américain John Hennigan lui rend hommage depuis en changeant son allure de star hollywoodienne pour celle de rock star. Il se fait appeler « John Morrison », a la même coupe de cheveux que Jim et a nommé sa prise de finition le « Moonlight Drive », du même nom que la chanson des Doors.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Son acte de décès le nomme James DOUGLAS MORRISON
  2. Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API.
  3. « J'aime la musique, j'aime bien chanter sur scène, mais certaines choses que j'ai à dire ne peuvent être mises en musique et seraient communiquées au mieux par le biais d'un livre » déclare Morrison en janvier 1969, lors d'une interview accordée au magazine Jazz&Pop. Il dit aussi, sur l'album posthume An American Prayer : « I'll always be a word man better than a bird man » (« Je serai toujours un homme de mots plus qu'un homme oiseau », ce qui semble signifier qu'il se sent plus écrivain que chanteur).
  4. « [We] were driving through the desert, at dawn, and a truck load of Indian workers had either hit another car, or just - I don't know what happened - but there were Indians scattered all over the highway, bleeding to death. […] That was the first time I tasted fear. […] The reaction I get now thinking about it, looking back - is that the souls or the ghosts of those dead Indians… maybe one or two of 'em… were just running around freaking out, and just leaped into my soul. And they're still in there. »
    (« Nous roulions à travers le désert, à l'aurore, et un camion plein d'ouvriers indiens avait soit percuté une autre voiture soit seulement - enfin, je ne sais pas ce qui s'était passé - mais il y avait des Indiens qui gisaient, éparpillés sur la route, agonisant, perdant du sang.[…] Ce fut la première fois que je goûtais la peur. […] Ma réaction aujourd'hui en y repensant, en les revoyant - c'est que les âmes ou les esprits de ces Indiens défunts... peut-être d'un ou deux d'entre eux… étaient en train de courir dans tous les sens, paniqués, et ils ont tout simplement sauté dans mon âme. Et ils sont toujours là. »)
  5. Le dictionnaire Bailly donne la traduction «comme il plaît aux dieux » de l’expression « κατά δαίμονα »
  6. Ces paroles ont été immortalisées : on les entend sur le disque Without A Safety Net, disponible dans The Doors Box Set.
  7. connue dans le milieu de la presse (cofondatrice du magazine L'Express) et politiquement influente tant à Paris qu'à Rabat auprès du roi du Maroc Mohammed V.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Stephen Davis, Jim Morrison. Life, Death, Legend, Random House, , p. 154.
  2. Interview de Jim Morisson - Ben Fong-Torres, Rolling Stone, printemps 1971
  3. Steven Jezo-Vannier, The Doors. Ship of fools, Le Mot et le Reste, , p. 11.
  4. a b c d e f g h i j k l m n o p q et r Jerry Hopkins et Danny Sugerman, No One Here Gets Out Alive
  5. Self-Interview prologue du recueil Wilderness
  6. (en) « FSU Arrest », sur American Legends (consulté le 23 juillet 2011)
  7. (en) Stephen Davis, Jim Morrison. Life, Death, Legend, Random House, , p. 51.
  8. Interview de Ray Manzarek figurant sur le DVD The Doors - No One Here Gets Out Alive.
  9. a et b Sam Bernett, Jim Morrison, 1971-2011 : La vérité, éd. Du Rocher, 2011
  10. Interview de Jim Morrison disponible sur le DVD The Doors 30 Years Commemorative Edition.
  11. a b et c Patricia Kennealy, My Life With And Without Jim Morrison. Hopkins et Sugerman, op. cit..
  12. John Densmore, Riders On The Storm.
  13. Dixit Patricia Kennealy elle-même, My Life With And Without Jim Morrison.
  14. Hopkins et Sugerman, op. cit.. John Densmore, op. cit..
  15. James Riordan et Jerry Prochnicky, Break On Through, The Life And Death Of Jim Morrison.
  16. Interview de Jim Morisson - Salli Stevenson, Circus, hiver 1970
  17. « Philippe Manoeuvre raconte comment Jim Morrison est vraiment mort » (consulté le 4 mai 2019)
  18. (en) The shocking truth about how my pal Jim Morrison REALLY died - The Daily Mail, 7 juillet 2007
  19. Sam Bernett, The End : Jim Morrison, Éditions Privé, 2007 (ISBN 2-3507-6052-9)
  20. Voir également le documentaire « Jim Morrison, le Poète Maudit » sur YouTube. Consulté le 4 février 2013.
  21. Jim Morrison : vie, mort, légende, traduit par Cécile Pournin, Flammarion, 2005.
  22. L'Obs, « Marianne Faithfull livre sa vérité sur la mort de Jim Morrison », L'Obs,‎ (lire en ligne, consulté le 9 août 2020).
  23. « Jim Morrison : la déclaration fracassante de Marianne Faithfull », sur lefigaro.fr,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

En français
  • Sam Bernett, The End, Jim Morrison, Privé, 2007. (ISBN 2-3507-6052-9)
  • Sam Bernett et Jean-Marie Gessat, "Jim Morrison, ailleurs", Roymodus, 2011. (ISBN 978-2-36363-000-1)
  • Frédéric Bertocchini et Jef, Jim Morrison, Poète du Chaos (bande dessinée), EP Éditions, 2010, 120 p. (ISBN 978-2-84810-307-5)
  • Patricia Butler, trad. Emmanuel dazin. Préface Jerry Hopkins.La tragique romance de Pamela et Jim Morrison, Castor Austral, 2001.
  • Stephen Davis, trad. Cécile Pournin, Jim Morrison : vie, mort, légende, Flammarion, 2005, 478 p. + 16 p. de photos N&B.
  • Christophe Dauphin, Préface de Rem, James Douglas Morrison ou la nuit du lézard, l'Acanthe (coll. L'or du temps), 2001.
  • John Densmore, trad. Lénaïk Le They. The Doors, les cavaliers de l'orage : Ma vie avec Jim Morrison et les Doors, Camion Blanc, 2005, 415 p. Autre version du titre (même éditeur, même année) : The Doors, le vaisseau de cristal : Ma vie avec Jim Morrison et les Doors, 411 p.
  • Gérald et Ralph Faris, trad. François Tétreau. Janis Joplin et Jim Morrison face au gouffre, Le Castor astral, 2007.
  • Frank Lisciandro, trad. François Tétreau. Morrison : un festin entre amis, Le Castor astral & Triptyque, 1996.
  • Frank Lisciandro, trad. François Tétreau. James Douglas Morrison, photojournal, Le Castor astral, 2005.
  • Ray Manzarek, trad. Jacques Collin, The Doors : la véritable histoire, Hors collection, 1999, 384 p.
  • Jacob Thomas Matthews, préface de Gilles Yepremian. Communication d'une star : Jim Morrison, L'Harmattan (coll. Communication sociale), 2003, 261 p.
  • Hervé Muller, Jim Morrison au-delà des Doors, Albin Michel (coll. Rock & Folk), 1973.
  • Hervé Muller, Jim Morrison mort ou vif, Ramsay, 1991.
  • Romain Renard, The End, Jim Morrison (bande dessinée), Casterman, 2007, 48 p.
  • Jean-Yves Reuzeau, Jim Morrison et les Doors : la vie en accéléré, Librio musique, 2005.
  • Jean-Yves Reuzeau, Jim Morrison, Folio, 2012.
  • Tracey Simpson, Le dernier poème du dernier poète : la poésie de Jim Morrison, Grasset/Le Monde de l'Éducation, 1998, 374 p.
  • Wallace Folie, trad. Anne-Marie Caquot-Pietri et Fredaine Combet, Rimbaud et Jim Morrison : Portrait du poète en rebelle, Hors Commerce (coll. Hors Bleu), 30 aout 2007, 199p.

En anglais[modifier | modifier le code]

  • David Dalton, Mr. Mojo Risin Jim Morrison: the Last Holy Fool, St. Martin's, 1991.
  • Stephen Davis, Jim Morrison, life, death, legend, Gotham, 2004.
  • John Densmore, Riders On The Storm: My Life with Jim Morrison and The Doors, Dell, 1990, 319 p. + 32 p. de photos N&B.
  • Wallace Fowlie, Rimbaud & Jim Morrison: The Rebel as Poet, Duke University Press, 1994. 132 p. Double biographie de Rimbaud et Morrison proposée par un universitaire américain.
  • Jerry Hopkins, The Lizard King: the Essential Jim Morrison, Plexus, 1992.
  • Jerry Hopkins et Danny Sugerman, No One Here Gets Out Alive, Plexus, 1980, 388 p.
  • Patricia Kennealy-Morrison, Strange Days: My Life with and without Jim Morrison, HarperCollins, 1992.
  • Frank Lisciandro, Morrison: a Feast of Friends, Warner, 1991.
  • James Riordan et Jerry Prochnicky, Break On Through: The Life And Death Of Jim Morrison, William Morrow, 1991, 544 p. + 33 p. de photos N&B.

En allemand[modifier | modifier le code]

  • Philip Steele, City of Light: Die letzten Tage von Jim Morrison: Heyne Verlag/Random House, 2008.

Films[modifier | modifier le code]

Documentaires
  • The Doors - No One Here Gets Out Alive, Hollywood Heartbeat Production, 1981 (DVD 196 802 9)
  • The Doors - 30 Years Commemorative Edition, Universal Studios, 2001 (DVD 902 589 2)
  • When You're Strange, Tom DiCillo, 2009
  • Les derniers jours de Jim Morrison, Michaëlle Gagnet, sur une idée d'Arnaud Hamelin, pour la série de documentaires Infrarouge, diffusé par France 2 en
Fictions

Liens externes[modifier | modifier le code]