Histoire des idées

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L'histoire des idées est un domaine de recherche en histoire qui traite de l'expression, de la préservation et du changement des idées humaines au fil du temps. C'est une discipline qui se rapproche de l'histoire intellectuelle. Elle se différencie de l'histoire des concepts en ce que cette dernière n'entend pas être séparée de l'histoire sociale, sur laquelle elle prend appuis[1]. Une recherche en histoire des idées peut impliquer d'utiliser d'autres disciplines historiques comme l'histoire de la philosophie, l'histoire de la science ou l'histoire de la littérature. Cette discipline historique possède une place connue et légitime dans les académies anglo-américaines et germaniques, ce qui n'est pas le cas dans les milieux francophones, où femme est supplantée par l'histoire intellectuelle[2]. Ses grands théoriciens sont Manheim, Lovejoy, Skinner ou encore Foucault. L'histoire des idées a été remplacée, dans les préoccupations historiennes, par l'histoire intellectuelle, mais certains chercheurs persistent à se revendiquer de cette branche de l'histoire, en particulier les historiens des idées politiques.

Origine[modifier | modifier le code]

Les termes "histoire des idées" sont employés pour la première fois par Giambattista Vico, au 18ème siècle. Cet auteur pensait que les idées n’appartiennent pas seulement au domaine des spéculations philosophiques ou des analyses psychologiques, mais concerne aussi la recherche historienne . Mais L’Allemagne du 19ème siècle est la première culture savante et philosophique d’Europe à avoir développé une forme de l’histoire des idées et de lui avoir donné un statut académique. Au 20ème siècle, Arthur Oncken Lovejoy (1837-1962), professeur à Baltimore durant la première moitié du 20ème siècle, est le fondateur américain de la discipline[3].

Toutefois, on retrouve l’expression "histoire des idées" avant lui, notamment avec l’Allemand Karl Mannheim dans son Ideologie und Utopie (1927)[4]. Ce dernier distinguait l'histoire des idées de l'histoire matérialiste de type marxiste, réactualisant ainsi l'opposition idéalisme/matérialisme et privilégiant le dernier terme de cette opposition. Représentant de l'historisme allemand, Mannheim accepte de concevoir une histoire des idées à condition que celles-ci soient envisagées dans leur contexte d'émergence socio-historique. Il parle alors non pas tant de relativisme, mais de « relationnisme », c'est-à-dire de la nécessité pour l'historien de mettre les idées en relation avec ce qui les rend possibles.

Dans cette optique, l'histoire n'est pas comprise en termes de continuité, mais bien en fonction de changements, de transformations, de renouvellements ou de dévoiements suivant les données spatio-temporelles des objets étudiés. Mais Lovejoy, avec son histoire des idées, établi une problématique précise et abondante. Il est également le fondateur de la plus vieille revue savante traitant de l’histoire des idées, le Journal of the History of Ideas. Et c’est dans son livre The Great Chain of Being : A Study of the History of an Idea, paru en 1936, qu’il développe la problématique et les objets de la discipline qu’il prétend fonder[5].

La discipline par le prisme de ses théoriciens[modifier | modifier le code]

Avec Lovejoy, l’histoire des idées est une entreprise interdisciplinaire, qui prend en compte la philosophie, mais aussi la littérature, les beaux-arts, les sciences, les savoirs canoniques ou encore les croyances collectives. Autrement dit, Lovejoy veut étudier la totalité d’une culture, en synchronie et en diachronie, afin d’y étudier l’évolution d’une idée[5]. Il existe deux thèmes dominants et distincts dans la pensée de Lovejoy : le premier de ces thèmes concerne le besoin d’études interdisciplinaires. Cette idée est liée à sa conviction que l’histoire des idées devrait être libre de traverser les frontières linguistiques, afin de développer des enquêtes coopératives qui permettront de développer la discipline. Le deuxième thème est à trouver dans le thème des « idées-unités[6] ».

Quentin Skinner a envisagé l’histoire des idées d’une autre façon. C’est un célèbre historien des fondements de la pensée politique moderne. Cette pensée politique se caractérise par l’importance de prendre en compte le contexte dans lequel un texte politique a été produit, de reconstituer les cadres cognitifs. Il applique cette théorie à l’histoire des idées, en expliquant les idées du passé sont des pensées à comprendre dans leur contexte historique respectif, qui est différent du nôtre[5].

Ce projet d'une histoire des idées « historicisées » sera poursuivi — dans une toute autre optique — par Michel Foucault qui affirmait, comme le rappelait Paul Veyne, que « l'histoire des idées commence vraiment quand on historicise l'idée philosophique de vérité[7] ». Pour ces deux auteurs, l'historien des idées doit tenir compte du caractère multiple de la « vérité » à travers l'histoire. Les idées varient en fonction des cultures et, pour en rendre compte, il faut prendre acte des effets de rupture de l'histoire, des diverses manières de penser des acteurs et des variations sémantiques du langage qui ne permettent pas de concevoir une histoire des idées homogène et continue.

Par ailleurs, Michel Foucault développe en 1969 l’archéologie du savoir, une problématique censée s’opposer en tout point à l’histoire des idées. Il voyait que certains historiens préféraient écrire sur de longues périodes au lieu de creuser plus profondément dans une histoire plus spécifique. Foucault soutient que les historiens devraient baser leur description historique à partir de perspectives différentes[5]. Sa méthode historique est différente de l’écriture historique traditionnelle, et divise en 4 point :

La première est qu’elle cherche à définir l'histoire par des moyens philosophiques, c'est-à-dire qu’elle aliment son discours entre la pensée, la représentation et les thèmes. La seconde est que la notion de discontinuité joue un grand rôle dans les différentes disciplines historiques. La troisième idée est qu’elle ne cherche pas à saisir le moment de l'histoire où l'individu et le social s'inversent l'un l'autre. Enfin, le quatrième point est qu’elle ne cherche pas la vérité de l’histoire, mais le discours qui y est contenu[8].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean C. Baudet, Les agitateurs d'idées en France, Paris, La Boîte à Pandore, 2014, 343 p.
  • Olivier Nay, Histoire des idées politiques, Paris, Armand Colin, 2007, 597 p.
  • M. Angenot, L’histoire des idées : problématique, objets, concepts, méthodes, enjeux, débats, Liège, Presse Universitaire de Liège, 2014.
  • J.J. Chevalier, Histoire des idées et idées sur l’histoire, Paris, Cujas, 1977.
  • S.L Kaplan et D. Lacapra, Modern European intellectual history: reappraisals and new perspectives, Ithaca, Cornell university press, 1982.
  • D. Lacapra, Rethinking intellectual history: texts, contexts, language, Ithaca-Londres, Cornell university press, 1983.
  • M. Foucault, L’archéologie du savoir, Gallimard, Paris, 1969.
  • N. Offenstadt, G. Dufaud et H. Mazurel, Les mots de l’historien, presse universitaire du Mirail, 2004.
  • D.R. Kelley « Ideas, History of” dans D.R. Woolf, A Global Encyclopedia of Historical Writing, Garland, New-York&London, 1998.
  • Q. Skinner, La vérité et l’historien, EHESS, 2012.
  • M. Mandelbaum, The history of ideas, intellectual history, and the history of philosophy, dans R.M. Burns, historiography: Critical Concepts in Historical Studies, Vol. III, Routledge, London & New-York.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nicolas Offenstadt, Les mots de l'historien, Paris, presse universitaire du Mirail,
  2. (en) Lacapra Dominick, Kaplan Steven Laurence, Modern European intellectual history. Reappraisals and new perspectives, Ithaca, Cornell university press,
  3. Kelley Donald R. « Ideas, History of” dans Woolf Daniel R., A Global Encyclopedia of Historical Writing, Garland, New-York&London, 1998, p.442-444.
  4. Voir sa préface à l'édition anglaise de 1936, Ideology & Utopia. An Introduction to the Sociology of Knowledge, San Diege-New York-London, Harcourt, 1985.
  5. a, b, c et d Angenot Marc, L’histoire des idées : problématique, objets, concepts, méthodes, enjeux, débats, Presse Universitaire de Liège, Liège, 2014.
  6. Mandelbaum Maurice, The history of ideas, intellectual history, and the history of philosophy, dans Burns Robert M., Historiography. Critical Concepts in Historical Studies, Vol. III, Routledge, London & New-York, 2006.
  7. Paul Veyne, Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?, Paris, Éditions du Seuil, Points-Essais, 1992, p. 39.
  8. Foucault Michel, L’archéologie du savoir, Gallimard, Paris, 1969.