Économie réelle

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L'« économie réelle » est une expression employée pour désigner l'activité économique locale et concrète pour les habitants, citoyens, des ménages, des entreprises, des collectivités qui produisent ou consomment réellement des biens et services (y compris par des échanges non marchands), en dehors de sa partie spéculative, c'est-à-dire hors de la finance et de la bourse.
Cette expression souligne une séparation forte qui a émergé au XXe siècle dans le monde entre des marchés financiers mondialisés et opaques et une activité économique localement concrétisée et plus transparente, plus simple à appréhender. Elle attire l'attention sur les liens nouveaux entre la finance, le capitalisme et l'économie, inspire des questions théoriques : « comment analyser les rapports entre finance et économie réelle et leur responsabilité dans la crise? » ou plus pratiques « quels sont les canaux de transmission de l’une à l’autre »[1] est souvent utilisée dans le contexte de l'analyse de crises économiques ou financière[2]. Selon Husson, il n'y a plus « de cloison étanche entre la finance et l’économie réelle »[1], et ce capitalisme peut alors devenir toxique pour l'économie réelle[3].

Éléments d'analyse sémiologique[modifier | modifier le code]

Cette expression a une valeur métaphorique parce que calquée sur les expressions qui oppose la vraie vie, le vrai monde (real-world) à un monde et une économie qui deviendraient virtuels ; elle fait appel à l'opposition réalité/virtualité[2].
Ainsi l'« économie réelle » serait du côté des prix d'actifs fixés sur la base de coûts et de productions réels et d'un travail réel, par opposition à des prix fixés par des motivations spéculatives[4] et certains jeux des acteurs bancaires quand ils s'éloignent trop du réel[5],[6],[7].

De la même manière, cette notion d'« économie réelle » n'implique pas une dichotomisation stricte, aux limites précises, entre deux formes distinctes de l'économie.
Elle sous-entend ou évoque cependant clairement l'existence d'une tendance à l'éloignement d'une économie encore concrète, logique et réelle, accessible et compréhensible aux citoyens, et un système de financiarisation globale de l'économie ou une économie de la théorie financière, éventuellement économiquement « toxique »[8] qui conduirait aux Krachs et à la crise de 2008[9], ainsi qu'aux bulles spéculatives du 8 mai 2015[10]. T Dallery voit un « divorce rentabilité/croissance » et une tendance pour le capitalisme à s'extraire petit à petit de l'économie réelle, qui peut être source d'instabilité et de conflits [11].

Prise au pied de la lettre, cette expression sous-entendrait que les échanges boursiers ou les opérations financières seraient virtuels, ce qui pourrait signifier qu'elles n'apporteraient rien à l'économie. Or pour ceux qui considèrent que le PIB est un indicateur de l'économie réelle, la finance contribue pour 6 à 7 % du produit intérieur brut des États-Unis. Cette distinction est pour certains détracteurs à mettre sur le compte d'un « biais industrialiste » : la plupart des gens admettent difficilement que le secteur tertiaire produit bien de la richesse[12]. On peut aussi souligner que cette expression signifie surtout « ce dont les gens se rendent compte que ça les concerne »[13].

Dans ce contexte, l'opposé de l'« économie réelle » n'est pas l'« économie virtuelle » mais la sphère financière dans ce qu'elle a de spéculatif, et l'explosions des bulles spéculatives ou le retour cyclique à une stagnation seraient un retour cyclique à l’« économie réelle »[14], certains économistes allant jusqu'à l'opposer à une « économie fictive »[15], due à l'inclusion des services dans le PIB avant la création du CAC 40.

D'autres comme J Bauvert (2006) s'intéressent aussi au lien entre « Économie réelle » et monnaie et « économie monétaire »[16]. La modélisation des interactions entre l'économie réelle et son pendant virtuel est un champ d'étude exploré par exemple par Bhaduri & al.[17], de même pour les effets des crises de confiance et de la contagion propres aux crises financières sur l'économie réelle[18],[19].

Certains auteurs utilisent aussi l'expression « économie réelle » pour mettre en exergue une partie de l'économie habituellement cachée (de l'économie informelle et souterraine à l'économie de la drogue et d'autres trafics)[20] ou pour l'opposer à une économie perçue ou ressentie par le grand-public ou les électeurs[21]

Références proches[modifier | modifier le code]

Dans un registre plus ou moins proche :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Husson, M. (2008). Globale Krise / Crise de la finance ou crise du capitalisme ?, voir pages 22 et suivantes.
  2. a et b Reutenauer, C., Valette, M., & Jacquey, E. (2009, December). De l'annotation sémique globale à l'interprétation locale: environnement et image sémiques d'«économie réelle» dans un corpus sur la crise financière. In Colloque ARCo'09 Interprétation et problématiques du sens (pp. 29-39).
  3. Husson M (2008) Le capitalisme toxique. Inprécor, septembre-octobre.
  4. Really “Production-based” Asset Pricing. selon J Cochrane J (2005) in Financial markets and the real economy (No. w11193). National Bureau of Economic Research, PDF, 182 pp. Voir notamment le paragraphe 5.1.3 p 56/182
  5. Disyatat P (2004) Currency crises and the real economy: The role of banks. European Economic Review, 48(1), 75-90.
  6. Jokipii T & Monnin P (2013) The impact of banking sector stability on the real economy. Journal of International Money and Finance, 32, 1-16.
  7. Buch C.M & Neugebauer K (2011) Bank-specific shocks and the real economy. Journal of Banking & Finance, 35(8), 2179-2187.
  8. Pezzuto, I. (2008). Miraculous Financial Engineering or Toxic Finance? The genesis of the US subprime mortgage loans crisis and its consequences on the global financial markets and real economy. The Genesis of the US Subprime Mortgage Loans Crisis and its Consequences on the Global Financial Markets and Real Economy (October 7, 2008).
  9. Bourguinat, H., & Briys, É. (2009). L'arrogance de la finance : comment la théorie financière a produit le krach. la Découverte.
  10. Nouvelle Solidarité - Deuxième quinzaine de Mai 2015, Agora Vox TV 9 mai 2015.
  11. Dallery T (2010). Le divorce rentabilité/croissance dans le capitalisme financiarisé: changements de régimes, équilibres, instabilités et conflits (Doctoral dissertation, Lille 1) (résumé).
  12. Augustin Landier, David Thesmar, Vive la finance !, Les Échos, 2 octobre 2008
  13. Didier Pourquery, Économie réelle, Libération, 11 octobre 2008
  14. Foster J.B & Magdoff F (2008) Financial implosion and stagnation: back to the real economy. Monthly Review, 60(7), 1.
  15. Junmin L & Chaoming W (2004) A Model of Fictitious Economy and Real Economy——An Explanation of Chinese Stock Market Deviating from Real Economy [J]. Economic Research Journal, 4, 006.
  16. Bauvert, J. (2006). La théorie pure de Léon Walras: économie réelle ou économie monétaire? Discussion à propos d’une controverse fondamentale. In The fifth conference of the International Walras Association (pp. 87-101)
  17. Bhaduri, A., Laski, K., & Riese, M. (2006). A model of interaction between the virtual and the real economy. Metroeconomica, 57(3), 412-427.
  18. Baur D.G (2012) Financial contagion and the real economy. Journal of Banking & Finance, 36(10), 2680-2692 (résumé).
  19. Claessens S, Tong H & Wei S.J (2012) From the financial crisis to the real economy: Using firm-level data to identify transmission channels. Journal of International Economics, 88(2), 375-387.
  20. Ex : MacGaffey J (1991) The Real Economy of Zaire: the contribution of smuggling and other unofficial activities to national wealth. University of Pennsylvania Press, 1 nov. 1991 - 175 pages (présentation Google livre)
  21. ex : Sanders, D. (2000). The real economy and the perceived economy in popularity functions: how much do voters need to know ?: A study of British data, 1974–97. Electoral Studies, 19(2), 275-294.
  22. a et b Béatrice Hibou (CNRS-CERI/Sciences Po). Global Outlaws. Crime, Money, and Power in the Contemporary World ; Berkeley, University of California Press, 234 p. voir p 8

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Aglietta, M., Coudert, V., & Mojon, B. (1995). Actifs patrimoniaux, crédits et économie réelle. Cahiers économiques et monétaires, 2.
  • Barrère A (1985) Économie réelle-Économie monétaire. Économie appliquée, 38(1) (résumé JSTOR).
  • Cochrane J.H (2005) Financial markets and the real economy. Foundations and Trends in Finance 1:1–101
  • Cochrane J.H (2005) Financial markets and the real economy (No. w11193). National Bureau of Economic Research, PDF, 182 pp.
  • Cochrane J.H (2006) Financial markets and the real economy, in J. H. Cochrane, ed., Financial Markets and the Real Economy, Volume 18 of the International Library of Critical Writings in Financial Economics, Edward Elgar, London: pages xi–lxix
  • Estrella A and G Hardouvelis (1991) The term structure as a predictor of real economic activity. Journal of Finance 46 : 555–576
  • Greenstone M, Mas A & Nguyen H.L (2014) Do credit market shocks affect the real economy ? Quasi-experimental evidence from the Great Recession and ‘normal’economic times (No. w20704). National Bureau of Economic Research.
  • Gros D & Alcidi C (2010) The impact of the financial crisis on the real economy. Intereconomics, 45(1), 4-20.
  • Husson, M. (2008). La finance et l’économie réelle.
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