Éthique animale

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L'éthique animale est la branche de l'éthique qui étudie la responsabilité morale de l'espèce humaine à l’égard des animaux. Cette discipline se penche sur les jugements moraux qui peuvent être portés sur le traitement actuel des animaux et pose les questions de nos devoirs envers eux ainsi que de leurs éventuels droits[1].

Cette branche de cette discipline philosophique qu'est l'éthique aborde ainsi de nombreux sujets : les droits des animaux, le droit animal, le bien-être animal, le spécisme, la cognition animale, la conservation de la faune sauvage, la souffrance des animaux sauvages, le statut moral des animaux non humains, le concept de personnalité non humaine, l'anthropocentrisme, l'histoire de l'utilisation des animaux ainsi que des théories de la justice[2].

Plusieurs approches théoriques différentes sont proposées dans l'étude de ce domaine, suivant les différentes théories actuellement défendues en philosophie morale et politique[3],[4],[5]. Il n'y a pas de théorie qui soit complètement acceptée en raison des différentes interprétations de ce que signifie l'éthique, mais certaines sont plus largement acceptées par la société, comme les droits des animaux et l'utilitarisme[6].

Histoire[modifier | modifier le code]

La mise en place d'une réglementation en expérimentation animale a été une étape fondamentale vers le développement de l'éthique animale, car c'est à ce moment que le concept a émergé en ces termes[7]. Auparavant, ce concept était uniquement associé à la problématique des actes de cruauté, ce qui n'a changé qu'à la fin du 20e siècle, lorsqu'il s'est avéré que les utilisations des animaux avaient changé[7]. La loi américaine de 1966 sur le bien-être animal (Animal Welfare Act of 1966) a tenté de s'attaquer aux problèmes de l'expérimentation animale.

Théories éthiques[modifier | modifier le code]

La pensée éthique a influencé la façon dont la société perçoit l'éthique animale d'au moins trois façons. D'une part, l'émergence initiale de l'éthique animale à propos de la manière dont les animaux devraient être traités. Deuxièmement, l'évolution de l'éthique animale au fur et à mesure que les gens ont commencé à se rendre compte que cette idéologie n'était pas aussi simple que celle proposée initialement. Enfin, elle l'influence à travers les défis auxquels les humains sont confrontés dans le cadre de cette éthique : cohérence de la morale et justification de certains cas[8].

Conséquentialisme[modifier | modifier le code]

Le conséquentialisme est un ensemble de théories éthiques qui jugent le bien-fondé ou le mal d'une action sur ses conséquences : schématiquement, si les actions apportent plus de bien que de mal, elles sont bonnes, et si elles apportent plus de mal que de bien, elles sont mauvaises[9]. Une des théories du conséquentialisme les plus connues est l'utilitarisme[10].

La publication du livre de Peter Singer, La Libération animale en 1975, a suscité un vif intérêt et lui a fourni une plate-forme pour s'exprimer sur les droits des animaux. En raison de l'attention particulière qu'il a reçue, ses opinions ont été les plus accessibles et sont donc les mieux connues du grand public. Il soutient la théorie de l'utilitarisme, qui est encore une base controversée mais très utilisée pour encadrer l'expérimentation animale. Cette théorie affirme qu'« une action est juste si et seulement si elle produit un meilleur équilibre des bénéfices et des préjudices que les actions alternatives disponibles », ainsi, cette théorie détermine si quelque chose est juste en évaluant le rapport entre le plaisir et la souffrance du résultat de cette chose. Elle ne s'intéresse pas au processus, seulement au poids de la conséquence, et tandis que la théorie du conséquentialisme suggère si une action est mauvaise ou bonne, l'utilitarisme se concentre uniquement sur le bénéfice du résultat. Bien que cela puisse être appliqué à certaines recherches sur les animaux et à l'élevage pour l'alimentation humaine, plusieurs défauts de cette théorie ont été soulevés[8].

Déontologie[modifier | modifier le code]

Le déontologisme est une théorie éthique qui évalue les actions morales en se basant uniquement sur l'accomplissement de son devoir, et non pas sur les conséquences de ses actions[11]. Cela signifie que s'il est de votre devoir d'accomplir une tâche, il est moralement juste de l'accomplir, quelles qu'en soient les conséquences, et si vous manquez à votre devoir, vous avez tort moralement. Il existe de nombreux types de théories déontologiques, cependant, la plus communément connue est souvent associée à Emmanuel Kant[12].

Cette théorie éthique peut être mise en œuvre depuis des parties adverses, par exemple, un chercheur peut penser qu'il est de son devoir de faire souffrir un animal pour trouver un remède à une maladie qui affecte des millions d'humains, ce qui, selon la déontologie, est moralement correct. Tandis que d'un autre côté, un activiste de la cause animale pourrait penser que sauver ces animaux d'expérimentation est son devoir, créant ainsi une contradiction. Un autre aspect contradictoire de cette théorie est lorsqu'un individu doit choisir entre deux devoirs moraux, par exemple si un activiste de la cause animale devrait décider s'il doit mentir sur l'endroit où se trouve un poulet échappé d'un élevage, ou s'il doit dire la vérité et condamner le poulet. Mentir est immoral, mais condamner un poulet l'est aussi.

Un défaut mis en évidence dans la théorie de Kant est qu'elle ne s'appliquait pas aux animaux non humains, mais uniquement aux humains[11]. Cette théorie s'oppose à l'utilitarisme en ce sens qu'au lieu de se préoccuper de la conséquence, elle se concentre sur le devoir.

Éthique de la vertu[modifier | modifier le code]

L'éthique de la vertu ne se fonde ni les conséquences ni si sur le devoir d'une action, mais sur l'acte de se comporter comme une personne vertueuse[2]. Elle revient ainsi à se demander si une action provient d'une personne vertueuse ou d'une personne vicieuse. Si elle provient d'une personne vertueuse, on dit que c'est moralement juste, et si elle provient d'une personne vicieuse, on dit que c'est un comportement immoral. Une personne vertueuse possède des qualités telles que le respect, la tolérance, la justice et l'égalité. Un avantage de cette théorie sur les autres, est qu'elle prend en compte les émotions humaines, affectant la décision morale, ce qui est absent dans les deux autres théories. Cependant, un inconvénient est que les opinions des gens sur une personne vertueuse sont très subjectives et peuvent donc affecter considérablement la boussole morale de la personne. Avec ce problème sous-jacent, cette théorie éthique ne peut pas être appliquée à tous les cas.

Lien avec l'éthique environnementale[modifier | modifier le code]

Des conceptions différentes du traitement et des devoirs envers les animaux, en particulier ceux qui vivent à l'état sauvage, peuvent s'opposer entre l'éthique animale et l'éthique environnementale. Elles ont été une source de conflit, certains philosophes ont fait valoir que les deux positions sont incompatibles[13] tandis que d'autres ont soutenu que de tels désaccords peuvent être surmontés[14].

Voir également[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, « Les principaux courants en éthique animale », sur jbjv.com (consulté le 13 octobre 2020)
  2. a et b (en) Tom L. Beauchamp et R. G. Frey, The Oxford Handbook of Animal Ethics, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-994013-4, lire en ligne)
  3. (en) Scott Wilson, « Animals and Ethics », sur Internet Encyclopedia of Philosophy, James Fieser & Bradley Dowden, (consulté le 6 octobre 2020)
  4. (en) Susan J. Armstrong et Richard G. Botzler, The Animal Ethics Reader, New York, Routledge, (ISBN 978-1-138-91801-6, lire en ligne)
  5. (en) « Ethical theories and nonhuman animals », sur animal-ethics.org, Animal Ethics (consulté le 27 avril 2020)
  6. (en) M. Ideland, « Different views on ethics: how animal ethics is situated in a committee culture », Journal of Medical Ethics, vol. 35, no 4,‎ , p. 258–261 (lire en ligne, consulté le 6 octobre 2020)
  7. a et b (en) Bernard E. Rollin, « The Regulation of Animal Research and the Emergence of Animal Ethics: A Conceptual History », Theoretical Medicine and Bioethics, vol. 27, no 4,‎ , p. 285–304 (lire en ligne, consulté le 6 octobre 2020)
  8. a et b (en) Russow, « Bioethics, Animal Research, and Ethical Theory », ILAR Journal, vol. 40, no 1,‎ , p. 15–21 (lire en ligne)
  9. (en) Walter Sinnott-Armstrong, « Consequentialism », sur plato.stanford.edu, (consulté le 6 octobre 2020)
  10. (en) « Ethics Explainer: What is Consequentialism? », sur ethics.org.au, The Ethics Center, (consulté le 26 juillet 2020)
  11. a et b (en) Misselbrook, « Duty, Kant, and Deontology », The British Journal of General Practice, vol. 63, no 609,‎ , p. 211 (lire en ligne)
  12. (en) Secker, « The appearance of Kant's deontology in contemporary Kantianism: concepts of patient autonomy in bioethics », The Journal of Medicine and Philosophy, vol. 24, no 1,‎ , p. 43–66 (lire en ligne)
  13. (en) Faria et Paez, « It's Splitsville: Why Animal Ethics and Environmental Ethics Are Incompatible », American Behavioral Scientist, vol. 63, no 8,‎ , p. 1047–1060 (lire en ligne)
  14. (en) Callicott, « Animal Liberation and Environmental Ethics: Back Together Again », Between the Species, vol. 4, no 3,‎ (lire en ligne)

Lectures complémentaires[modifier | modifier le code]