Les Époux Arnolfini

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Les Époux Arnolfini
Van Eyck - Arnolfini Portrait.jpg
Artiste
Date
1434
Type
scène d'intérieur avec double portrait
Technique
huile sur panneau de chêne
Mouvement
Dimensions
(H × L)
82.2 × 60 cm
Localisation
Numéro d’inventaire
NG186 +

Les Époux Arnolfini est le nom donné à une peinture sur bois (82,2 × 60 cm) du peintre primitif flamand Jan van Eyck datant de 1434, conservé à la National Gallery de Londres.

Histoire[modifier | modifier le code]

Réalisé peu de temps avant la mort de l'artiste, le tableau a été donné à Marguerite d'Autriche qui le possède en 1516. En 1530, hérité par sa nièce Marie d'Autriche qui vit en Espagne, le tableau fait partie de l'inventaire, en 1700, de la collection royale espagnole après la mort de Charles II et placé au Palacio Nuevo en 1794. Il est volé par l'armée française pendant la guerre d'Indépendance. En 1842, par le marché des antiquités, le tableau parvint à la National Gallery de Londres, qui l'a acquis pour 730 livres.

Sujet[modifier | modifier le code]

Le tableau représenterait Giovanni Arnolfini, riche marchand toscan établi à Bruges et son épouse Giovanna Cenami, un petit chien aux pieds, car le sujet exact du tableau est un sujet de discussion pour les historiens de l'art. Selon Erwin Panofsky, il s'agirait du mariage des deux personnages, célébré en secret, et dont Van Eyck serait le témoin et le peintre. Cependant, cette théorie est aujourd'hui assez controversée. Il n'en reste pas moins que cette peinture est considérée comme une des œuvres majeures de l'artiste. Il s'agit de l'un des plus anciens portraits non hagiographiques conservés. En outre, par son réalisme, la peinture livre de nombreux détails sur les conditions de vie matérielle de l'époque. Le tableau représente le couple en pied dans la chambre, l'homme tenant la main de la femme. La pose est hiératique et solennelle, ce qui se comprenait lorsque l'hypothèse du mariage avait cours ; certaines critiques y ont plutôt vu une marque d'ironie de la part du peintre.

Aspects formels et stylistiques[modifier | modifier le code]

Spécificités matérielles[modifier | modifier le code]

Ce portrait est une peinture à l’huile sur panneau de bois de chêne. La peinture à l’huile utilise des pigments naturels, minéraux ou végétaux réduits en poudre, comme colorants, de l'essence de térébenthine comme solvant et de l’huile de lin comme liant. L’avantage de la peinture à l’huile est sa résistance et sa facilité d’utilisation.

Les frères van Eyck perfectionnèrent cette technique souple dont Jan démontre ici toute la richesse chromatique, créant de grandes surfaces de couleurs vives, notamment les tentures et le dessus de lit ou le manteau vert de l’épouse. L’huile présente plusieurs avantages sur la peinture à l’eau ou à tempera utilisée jusque là par les peintres. Étant plus lumineuse et transparente, elle permet un meilleur rendu de la perspective, de l’air et de la lumière; plus consistante, elle permet une finition plus minutieuse; séchant plus lentement, elle peut se travailler de façon plus méticuleuse.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Une foule de symboles entourent le couple :

  • Des oranges placées sur la table basse et sur l'appui de fenêtre : rappel de l'innocence d'avant le Péché originel.
  • Le lustre porte une bougie allumée : au-dessus du couple, elle se pose en flamme nuptiale.
  • Le petit chien au premier plan : pour la fidélité conjugale.
  • Le lit conjugal aux tentures d'un rouge vif : l'acte physique d'amour pour l'union parfaite de l'homme et de la femme (principe religieux).
  • Les sandales d'extérieur  : les chaussures que l'on enlève dans les lieux sacrés.

Analyse stylistique[modifier | modifier le code]

Détail du miroir. Van Eyck montre le peintre à travers le miroir.
Johannes de eyck fuit hic. 1434.

L’œuvre est le fidèle reflet des caractéristiques stylistiques des primitifs flamands, mais surtout illustre parfaitement le style de son auteur. On notera particulièrement :

  • La minutie : dans cette peinture à usage privé, qui permet une vision très rapprochée, les détails sont rendus avec une précision microscopique, permise par l’utilisation de la peinture à l’huile et de pinceaux spécialement adaptés. Par exemple, dans le miroir suspendu sur le mur du fond, dont le cadre est décoré de médaillons représentant la passion du Christ, toute la pièce, avec son mobilier, le couple des époux vus de dos et le peintre lui-même, se reflète à l’envers dans une mise en abyme qui a rendu le tableau célèbre. On y aperçoit également deux autres personnages qui n’apparaissent pas dans le premier plan du tableau et une vue de Bruges à travers la fenêtre.
  • Signature ou acte de témoin  : si le tableau porte le nom du peintre (ce qui est encore rare pour l'époque) la phrase au centre du tableau « Johannes de eyck fuit hic » (« Jan Van Eyck fut ici ») sur le mur au-dessus du miroir, pose le peintre comme témoin et invité de l'événement (« était là » plutôt que les « a fait » ou « a composé » traditionnels pinxit ou pingebat des signatures de peintre)[1],[2].
  • La richesse de la représentation des objets qui composent le décor : les Flamands s’enorgueillissaient du confort de leurs intérieurs, de leurs meubles et de leurs bibelots, et ils n’hésitaient pas à les faire figurer dans les tableaux, comme ici le chandelier, les meubles finement sculptés et décorés, les tissus etc. D’autres objets, dont la présence est plus problématique (comme les socques en bois), apparaissent également dans le tableau et c’est sur cela qu'Erwin Panofsky s’est appuyé pour élaborer sa thèse d’une cérémonie de mariage privée.
  • Le réalisme : van Eyck souhaitait représenter la réalité le plus fidèlement possible, mais pour un spectateur moderne la scène paraît très artificielle en raison de la pose hiératique des personnages, y compris celle du chien. Aucun mouvement dans ce tableau dont les formes ont quelque chose de sculptural et dont l’atmosphère reste très théâtrale et dépourvue de spontanéité.
  • La perspective et de la lumière : elles caractérisent l’art de Van Eyck qui est un précurseur dans ce domaine. La lumière qui traverse la vitre modèle les formes avec délicatesse et crée la sensation d’espace ; le cadre architectonique et le recours au miroir au fond de la pièce donne l’illusion de la profondeur. Diego Velasquez saura s’en souvenir lorsqu’il peindra les Ménines.
Si la perspective de Van Eyck n'a pas la rigueur géométrique[3] des pratiques albertiennes qui apparaissent à la même époque en Italie[4], elle dit autre chose plus symbolique que naturaliste[5], ainsi plusieurs points de fuite coexistent dans la représentation spatiale : celle de la fenêtre aboutit sur le cœur de l'épouse, celle du lit sur le cœur de l'époux, celle du peintre et de l'observateur (et du reste du décor, planche, meuble...) sur le miroir, une démonstration en somme en épanorthose de l'affirmation des Florentins (et d'Alberti en particulier) qui se disent alors « inventeurs de la perspective »[6].

Le commanditaire[modifier | modifier le code]

Portrait de Giovanni Arnolfini.

Il existe un portrait en buste de Giovanni Arnolfini peint en 1438 par van Eyck et conservé à la Gemäldegalerie de Berlin.

Giovanni, fils d'Arrigo Arnolfini, né à Lucques vers 1400, s’installa à Bruges vers 1421, les archives de Bruges contiennent la trace d’une grande vente de soie et chapeaux qu’il y effectua le . Vers 1423 il vendit au duc de Bourgogne une série de six tapisseries avec des scènes de Notre Dame pour un cadeau au pape. En 1431, il devint conseiller aulique de Philippe le Bon, puis chambellan et majordome de Charles le Téméraire. Il fut anobli en 1462. En 1446, il accorda un prêt au duc et celui-ci en contrepartie lui accorda la ferme des droits de douanes sur les marchandises importées d’Angleterre par la suite renouvelée pour six années supplémentaires.

Il épousa Giovanna Cenami (morte en 1480[réf. nécessaire]) d’une famille de banquiers de Lucques installée à Paris. Le tableau pourrait représenter les fiançailles ou le mariage et correspondre ainsi au principe du tableau de mariage.

Les Arnolfini habitaient à Paris, rue de la Verrerie, dans le quartier Saint-Jacques-de-la-Boucherie. Giovanni entretint des relations cordiales avec le Dauphin, futur Louis XI, qui s’assura la collaboration de Giovanni dès sa montée sur le trône. Louis XI nomma Giovanni conseiller et garde des finances de Normandie et accorda en 1465 la nationalité française à Giovanni, ce qui facilita les relations avec la République de Lucques, qui prêta d’importantes sommes au Roi. Il mourut le et fut enterré dans la chapelle des marchands lucquois à Bruges. Sa femme et lui léguèrent tous leurs biens à Jean Cename, seigneur de Luzarches, leur neveu[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nella Arambasin, « Les Époux Arnolfini de Van Eyck, une écriture critique contemporaine », p. 88 in Aspects de la critique : colloque des Universités de Birmingham et de Besançon
  2. Michel Butor, Les Mots dans la peinture, 1969
  3. Elkins, John, On the Arnolfini Portrait and the Lucca Madonna: Did Jan van Eyck Have a Perspectival System?, The Art Bulletin, Vol. 73, No. 1, 1991, p. 53–62
  4. Alberti peaufine son traité Della pittura qui sera édité l'année suivant la réalisation du portrait.
  5. Erwin Panofsky, La Perspective comme forme symbolique et Les Primitifs flamands p. 325-371 et 366-371
  6. Anne Surgers, Et que dit ce silence ? : la rhétorique du visible, Presses Sorbonne Nouvelle, 2007
  7. Léon Mirot, Études lucquoises, 1930, t. 91, p. 100-160 la famille Cename Société de l’école des chartes. Bibliothèque de l’École des Chartes.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Minguet, L'Art dans l'histoire, 1964 (réédition : Bruxelles, éditions Labor, 1987), appendice I : Le mariage des Arnolfini, p. 251-259.
  • Erwin Panofsky, « Jan Van Eyck's Arnolfini Portrait » in The Burlington Magazine, t. LXIV, 1934. [lire en ligne]
  • L. Seidel, Jan Van Eyck’s Arnolfini Portrait, Cambridge University Press, 1993.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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