Méritocratie

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Le mot méritocratie (du latin mereo : être digne, obtenir, et du grec κράτος (krátos) : État, pouvoir, autorité) établit un lien direct entre mérite et pouvoir.

Plusieurs significations pouvant être données au mot mérite ou à celui de pouvoir, le terme est dit polysémique[n 1]. Le mot « méritocratie » peut ainsi : être intériorisé comme un principe de justice[1](parfois qualifié d'utopique) ; et être, en même temps, critiqué comme l'outil idéologique permettant de légitimer un système politique inégalitaire[2],[3].

Un modèle méritocratique est un principe ou un idéal d'organisation sociale qui tend à promouvoir les individus — dans différents corps sociaux ; école ; université ; grandes écoles ; institutions civiles ou militaires ; monde du travail ; administrations ; État, etc. — en fonction de leur mérite (aptitude, travail, efforts, compétences, intelligence, vertu) et non d'une origine sociale (système de classe), de la richesse (reproduction sociale) ou des relations individuelles (système de « copinage »).

Sociologues, pédagogues, et philosophes discutent du « modèle méritocratique » que les individus, dans nos sociétés modernes « intériorisent et […] considèrent comme un modèle de justice sociale[4] ». Les chercheurs en soulignent les défauts et les insuffisances : en l'absence de réelle égalité des chances, sa capacité à résoudre, à lui seul, les inégalités (sociales, culturelles, sexuelles, etc.) est limitée, et son efficacité — en tant que principe de justice — est sujette à débat. Pour la plupart des chercheurs, la véritable méritocratie, qui offrirait à chacun ce qu'il s'est montré digne d'obtenir, n'a jamais existé, faute par exemple d'avoir prévu suffisamment de mesures efficaces pour compenser le désavantage des individus défavorisés.

Selon Duru-Bellat : la notion de mérite a un caractère consensuel ; la méritocratie s'est progressivement « imposée comme un principe de justice central notamment à l’école où elle est au cœur de son fonctionnement ». Pour François Dubet — qui estime « que ce modèle de justice et d'égalité a une force essentielle : c'est qu'il n'y en a pas d'autre ! » — la méritocratie est une « fiction nécessaire[5] ».

De nombreux chercheurs — constatant que l'ordre social créé ne correspond pas à une véritable méritocratie — la qualifient d« idéologie » méritocratique ou de « mystification », voire de « mythe » à l'effet nuisible quand : sans réflexion critique sur la nature des systèmes auxquels il s'applique (sociétés, État, école, monde du travail, etc.), sans définition claire de la notion de mérite, du mode de rétribution, et sans outils complémentaires de correction des inégalités, le modèle méritocratique aboutit à des effets éloignés de l'idéal qu'il est supposé promouvoir ; par exemple en reproduisant les inégalités sociales, tout en les rendant légitimes, renvoyant ainsi les « vaincus du système » à leur seule responsabilité.

Origine du terme[modifier | modifier le code]

Le mot de méritocratie est employé pour la première fois par Michael Young en 1958 dans son ouvrage The rise of the meritocraty[6] (L'ascension de la méritocratie). L'auteur de cette « sociologie-fiction » développe l'idée que loin d'être un idéal, ce modèle poussé à ses limites engendrerait « des situations invivables pour les « non-méritants », responsables alors de leur propre sort[7] ». Michael Young décrit une société dans laquelle le modèle rend les individus situés au bas de la pyramide sociale incapables de se protéger contre les abus d'une élite autocratique. L'application intégrale du modèle méritocratique ayant créé « une société cauchemardesque pour la population et nuisible pour le lien social[8] ».

Martine Lucchesi[n 2] écrit, dans son ouvrage À chacun selon son mérite ? (1996), « Michael Young n'avait donc pas tort de dénoncer la logique substantialiste et totalitaire de la méritocratie puisque tout en s'appuyant sur la liberté, elle n'a de cesse de la nier[10]. »

Discussions sur le concept[modifier | modifier le code]

Le concept est discuté par de nombreuses personnalités.

Agnès van Zanten, sociologue spécialiste des questions d'éducation — Directrice de recherche au CNRS — analyse ainsi la signification et la portée de l'expression :

« Si l’on entend par méritocratie un système dans lequel les positions sociales sont attribuées exclusivement en fonction de la valeur de chacun, celle-ci étant mesurée de façon objective par des instances et des acteurs incontestables que seraient, dans les sociétés où s’est imposé la forme scolaire, l’école et les enseignants, il est évident que la méritocratie n’a jamais existé ni en France, ni dans d’autres contextes nationaux.
Toutefois, si l’on considère de façon moins abstraite et plus sociologique que la méritocratie est principalement un principe de justification et un ensemble de dispositifs au travers desquels l’école en tant qu’institution et les enseignants en tant que groupe professionnel visent à exercer un pouvoir important sur la société en jouant un rôle important dans la sélection des meilleurs, il est possible d’étudier alors empiriquement l’étendue de son influence[11],[12]. »

Frédéric Gonthier — Maître de conférences en science politique — s'interroge sur la cohérence de l'articulation entre égalitarisme et méritocratie, sur la validité interne de l'expression, proposée par François Dubet (2004), d'« égalité méritocratique des chances » : « la combinaison entre égalité des chances sociales et mérite est-elle susceptible de composer un modèle normatif intrinsèquement cohérent ? »[13].

Selon Georges Felouzis — professeur de sociologie à l'université de Genève —, l'égalité des chances est une composante essentielle du mérite, auquel il ne s'oppose pas[14].

Pour Marie Duru-Bellat[n 3], « la méritocratie […] s’est progressivement imposée comme principe de justice central, notamment à l’école où elle est au cœur de son fonctionnement. » Le succès et le caractère « consensuel » de la notion de mérite est dû en partie à sa « capacité à concilier l'idéal égalitaire des sociétés démocratiques et les inégalités de fait des positions sociales ». L'auteure — observant les insuffisances et notant qu'il demeure un lien fort entre milieu social et réussite scolaire —, considère que l’égalité des chances n'est pas suffisamment valorisée, et que des mesures comme la discrimination positive « ne corrigent le système qu'à la marge et nient l’existence d’inégalités sociales fortes ayant un impact important sur le développement des enfants[15] ». Marie Duru-Bellat conclut ; « qu’il ne faut pas rejeter la méritocratie, mais l’usage exclusif ou excessif du mérite comme principe de justice. Il s’agit de l’articuler avec d’autres logiques, moins individualisées, comme celle d’égalité[15] ». Soutenant que l’absence de la notion de mérite dans le système éducatif risquerait de nourrir un « sentiment d’injustice », elle propose d'adopter une position de compromis entre égalité et mérite et note ; « Ainsi, il ne faut pas une trop grande égalité car cela reviendrait à ignorer les mérites de chacun, pas plus qu’il ne faut laisser trop d’influence au mérite, car alors c’est une lutte sans merci qui l’emporte, trop cruelle pour les plus faibles »[16],[14].

Éric Charbonnier[n 4] pointe quelques facteurs qui — dans certains pays (Australie, Canada, Finlande, Japonetc.) — permettent d'aboutir à de meilleurs résultats éducatifs ; formation exigeante des enseignants (qui bénéficient par ailleurs d'une réelle reconnaissance sociale), cohésion des équipes, méthodes pédagogiques adaptées aux élèves, moins d'heures de cours, groupes de rattrapage, redoublements moins fréquents qu'en France, etc.[15]

Pour Vincent Dupriez — professeur de sciences de l'éducation à l'Université de Louvain —, la notion générale de méritocratie « [renvoie] au principe qu’une société juste est une société qui octroie à chacun la place qu’il mérite, en fonction de ses efforts et de ses talents, plutôt qu’une place abusivement héritée[17]. »

Élise Tenret, sociologue, note — dans Les 100 mots de l'éducation — que le « modèle méritocratique apparaît particulièrement valorisé dans les sociétés modernes dans la mesure où il est censé permettre une meilleure allocation des postes en fonction des compétences des prétendants. », et relève qu'une utilisation idéologique du terme a pu être soulignée : « elle permettrait aux sociétés démocratiques et inégalitaires, de justifier les inégalités sociales […] En effet, si les meilleures places sont occupées par les plus méritants, cela implique que ceux qui n'y parviennent pas doivent assumer la responsabilité de leur échec[18]. »

Histoire[modifier | modifier le code]

Grèce[modifier | modifier le code]

D'après Francis Danvers, qui écrit qu'« aucune société humaine dans l'histoire n'est véritablement méritocratique » ; « L'utopie de confier le pouvoir aux plus compétents trouve sa source chez Platon (428 - 347 av. J.-C.) avec la théorie du philosophe roi »[19].

Chine impériale et méritocratie[modifier | modifier le code]

Mandarins à Canton, 1902

Un système d'examens impériaux existait pour le recrutement des mandarins, les étudiants s'y préparaient grâce à l'étude obligatoire d'ouvrages classiques dont les plus anciens sont attribués à Confucius (551 - 479 av. J.-C.) — maître des lettrés, il privilégiait l’enseignement et les rites pour la formation de l’« homme de bien » destiné à servir l’État. La méthode, utilisée par exemple à l’Académie Hanlin, était méritocratique dans le principe : elle consistait en la sélection des « talents » plutôt par l'effort personnel que par l’origine sociale des candidats[20]. Ce système, généralisé au XIVe siècle sous la dynastie Ming pour lutter contre l’aristocratisme, a été aboli en 1905, vers la fin des Qing. Certains chercheurs soutiennent que la méthode aurait directement inspiré la mise en place des « procédures docimologiques de sélection et d’évaluation des fonctionnaires, en Angleterre et dans d’autres pays européens[20] ».

En France, le recrutement par concours dans la fonction publique et les grandes écoles est inspiré du système des examens impériaux, ramené de Chine par les Jésuites, qui l'avaient adopté dans leurs écoles[21]. De 1704 à 1711, Voltaire est élève chez les jésuites, au collège Louis-le-Grand. Il écrit en 1770 : « l’esprit de l’homme ne peut imaginer un meilleur gouvernement que celui de la Chine où tous les pouvoirs sont entre les mains d’une bureaucratie dont les membres ont été admis après de très difficiles examens » ; « la Chine est un pays qui récompense la vertu et qui encourage le mérite : un honnête et pauvre paysan y est fait Mandarin ». Pour Murat Lama, auteur de l'ouvrage Lee Kuan Yew, Singapour et le renouveau de la Chine (2016), c'est par son attachement à la méritocratie mandarinale que Voltaire a le plus influencé la révolution française[22].

En 1794, s'ouvrent le Conservatoire national des arts et métiers, l'École normale, et l'École polytechnique, créée par la Convention pour « le recrutement par concours sur la base des mérites individuels ». Afin d'être « conforme à l'idéal républicain[22] ».

Benjamin Elman — professeur d'histoire de l'Asie de l'Est[23] —, s'inspirant de l'analyse de Bourdieu et Passeron, commente la méritocratie impériale chinoise, comme les sociologues l'ont fait pour la période contemporaine : « [elle] était aussi la source de profondes inégalités sociales ». Dans la présentation de l'ouvrage de B. Elman (Civil Examinations and Meritocracy in Late Imperial China[24]), Pablo Ariel Blitstein écrit : « derrière une façade institutionnelle d’égalité de chances, l’inégalité de capital culturel et symbolique faisait de la méritocratie de l’empire chinois un simple mécanisme de reproduction sociale […] une forme particulière de complicité aristocratique[20] ».

Différence avec l'aristocratie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : aristocratie.

Étymologiquement, « aristocratie »[n 5] est synonyme de « méritocratie ». Toutefois, historiquement et politiquement, l'aristocratie renvoie à un système d'ordre privilégié de nature héréditaire qui diffère de l'origine individuelle de la réussite méritocratique.

L'homo novus à Rome, qui crée sa place par le cursus honorum s'intègre dans l'ordre sénatorial déjà pré-constitué par les lignées de la nobilitas.

Dès l'antiquité, le souverain royal peut agréger à l'aristocratie des individus de mérite pour le bien de son service (Jules Mazarin, Colbert étaient des roturiers). C'est la fonction de l'anoblissement.

Sous Louis Philippe la chambre des pairs intégrait des hommes de talent, de même l'actuel système de la chambre des lords intègre les anciens premiers ministres par exemple. Dans le langage courant et historique, la notion d'aristocratie renvoie donc à un ordre plus ou moins fermé issu du système féodal et de l'ancien régime des privilèges.

Toutefois, dans l'aristocratie, la notion de mérite existe : vivre noblement passe en effet par la vertu du « mérite ». Les moralistes de cour (Saint-Simon, François de La Rochefoucauld…) insistent sur le couple mérite/envie. Les mérites (le plus souvent au pluriel) sont les vertus et les actes personnels qui permettent d'ajouter de l'honneur à sa lignée. Leur reconnaissance est source de gloire pour le titré, et de promotion pour le roturier. Leur absence est source de « bassesse ».

C'est justement au nom du mérite qu'est contestée l'aristocratie (notamment par la bourgeoisie vue comme une classe d'initiative par Karl Marx). C'est le sens de la tirade du Figaro de Beaumarchais :

« Parce que vous êtes un grand Seigneur, vous vous croyez un grand génie !… Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela vous rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de bien ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus ; du reste homme assez ordinaire ; tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m’a fallu déployer plus de sciences et de calculs pour subsister seulement, qu’on en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes. »

Déclaration des droits de l'Homme, et articles de Constitution


La déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 affirme donc que « Tous les citoyens, étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. »

Cette égalité de principe ôte précisément à l'ordre aristocrate le privilège héréditaire du rang, et passe à un système théorique qui affirme l'égalité des chances à la naissance et la possibilité à atteindre par le mérite individuel les places dominantes donnant du pouvoir. Pour les tenants de la méritocratie[Qui ?], une fois mise en place l'égalité des chances par l'égalité des droits, la hiérarchisation sociale est organisée en fonction du mérite (de l'effort des individus), et produit ainsi un système hiérarchique donc inégalitaire mais équitable[réf. nécessaire].

Après la révolution, Napoléon Ier essaye d'instaurer une méritocratie en Europe. Mais, en réalité, il s'agit de fusionner l'ancienne aristocratie et l'idée nouvelle d'égalité et de mérite en particulier en créant l'Ordre national de la Légion d'honneur.

Points de vue sur la notion de méritocratie[modifier | modifier le code]

Divers[modifier | modifier le code]

Walter Benn Michaels considère qu'un certain nombre de « faux débats » masquent celui qui doit porter avant tout sur les inégalités de revenus et de patrimoine. Il écrit par exemple : « le problème de la discrimination positive, ce n'est pas qu'elle viole (comme on le dit souvent) les principes de la méritocratie ; le problème c'est qu'elle génère l'illusion qu'il existe vraiment une méritocratie[25]. »

Olivier Ihl analyse une « inflation honorifique » et note à propos de l'autorité des maîtres depuis le XIXe siècle dans les démocraties libérales, « la fonction de surveillance est dorénavant associée au système méritocratique lui même[26] ».

François de Closets note que « tous les mécanismes par lesquels les puissants consolident leur position et se mettent à l'abri de la concurrence se dissimulent derrière les procédures méritocratiques[27] ».

Économie[modifier | modifier le code]

Thomas Piketty dans Le Capital au XXIe siècle écrit « L’extrémisme méritocratique peut ainsi conduire à une course poursuite entre les super-cadres et les rentiers, au détriments de tous ceux qui ne sont ni l'un ni l'autre[28] ».

Épistémologie[modifier | modifier le code]

Khen Lampert (en) soutient[29] que la méritocratie scolaire n'est qu'une version post-moderne du darwinisme social[citation nécessaire].

Philosophes[modifier | modifier le code]

Pour Raymond Aron ; toute société à hiérarchie technico-administrative se veut théoriquement méritocratique mais n'atteint jamais cet idéal[30],[31], car les inégalités sociales sont pour lui « inévitables »[32].

Yves Michaud étudie les métamorphoses de la notion de mérite, un concept « épais », complexe, alourdi par « certains des problèmes philosophiques les plus difficiles, comme ceux de la liberté, de la responsabilité ou de la chance ». La méritocratie établit une relation entre la valeur individuelle et l'attribution d'une position sociale, et les idéaux égalitaires — qui ont suivi la Révolution française — en ont assuré la promotion sur la base de la reconnaissance des vertus et des talents. Pour l'auteur, le mérite n’est plus lié aux valeurs de la république (« res publica » : « chose commune ») mais à celles de l’utilitarisme ou du néolibéralisme : la notion de mérite a subi une « dénaturation » ; elle s'est transformée et les sociétés libérales, plutôt qu'à évaluer les actes vertueux ou les qualités personnelles d'exception, cherchent à mesurer la performance ou le rendement[33],[34].

Martine Lucchesi écrit que « Mises bout à bout, les objections contre la méritocratie peuvent conduire à bannir le critère du mérite de toute considération sur la justice sociale[35] ».

Sociologues[modifier | modifier le code]

Pierre Bourdieu (ainsi que de nombreux sociologues) critique fortement le concept de méritocratie, en introduisant les notions de capital économique, capital social, capital culturel (sous les trois formes bourdieusiennes) et capital symbolique dont sont inégalement dotés les individus, les familles et les réseaux. Pour Bourdieu, le « méritocratisme » est un principe de légitimation, associé à la croyance aux dons qui participe à la reproduction des positions sociales des familles les mieux dotées. En expliquant et en justifiant l’organisation de la société bourgeoise (une sociodicée des dominants), la méritocratie lui assure une relative stabilité[2].

Choukri Ben Ayed[n 6] adopte une analyse comparable : « Dans les faits ce principe a été fortement critiqué par les sociologues. Le mérite ne dissimule en effet que très difficilement la réalité des ressources différentielles initiales de l'héritage culturel et des modalités de reproduction sociale par le biais de l'école (Bourdieu et Passeron 1964). La méritocratie ne serait qu'une mystification qui participe ouvertement à la logique de domination[37]. »

Pour Elise Tenret : « Bourdieu et Passeron ont plus critiqué la méritocratie dans son application que dans son principe même […] », les inégalités sociales toujours prégnantes à l’école n'autorisant pas une réelle égalité des chances. L'auteure écrit, dans sa thèse de sociologie[38] ; « Ils ne suggèrent pas cependant que la méritocratie ne soit pas un principe légitime ou qu’elle doive se faire autrement que par l’école (à condition que l’école récompense des qualités réellement méritoires, et non des qualités sociales)[3] », « Bourdieu et Passeron manifestent à leur façon un attachement très fort à l'idéal méritocratique quand il est associé à l'égalité des chances devant l'école. Ces premières observations nous montrent également la polysémie du terme de méritocratie, qui tantôt désigne une société basée sur la récompense de l'effort et du travail […] tantôt une société fondée sur la reconnaissance des capacités. En réalité c'est la notion même de mérite qui paraît polysémique[39] ». Élise Tenret cherche à rompre avec le sens commun de la méritocratie et dévoile une « inépuisable polysémie » dans l'abondance de l'acception du terme par les individus[40].

Selon Philippe Besnard[n 7], le terme « équivoque » est « d'un usage peu fréquent » et se fonde sur ce proverbe : à chacun selon ses dons et ses mérites. Une méritocratie parfaite (avec pour postulat : l'égalité des chances) est « une utopie »[42].

Pour Philippe Coulangeon, les sociologues considèrent la méritocratie comme une mystification idéologique[43][citation nécessaire].

Alain Caillé et Philippe Chanial[n 8] écrivent : « les fondements symboliques utilitaristes et méritocratiques de la démocratie se retournent contre elle à mesure qu'ils triomphent en évinçant tout autre principe de légitimité démocratique. » ; et « Il faudrait faire l'histoire de la dégradation de l'idéal démocratique qui a résulté de sa réduction à sa seule composante méritocratique »[45].

Chine et méritocratie[modifier | modifier le code]

Pour Daniel A. Bell — professeur de philosophie politique, auteur de China's New Confucianism[46] — ; après avoir été un « ennemi réactionnaire », Confucius retrouve au XXIe siècle une légitimité politique. Le parti communiste chinois accorde progressivement plus d'importance à la méritocratie en encourageant les meilleurs étudiants à le rejoindre. De nombreux projets pédagogiques favorisent l'enseignement des classiques. Ce renouveau confucéen témoigne de la volonté des réformistes qui considèrent que « la valeur essentielle à la réalisation d'objectifs politiques mondiaux est la méritocratie, autrement dit l'égalité des chances dans l'enseignement et à la tête de l'État, avec la désignation aux postes dirigeants des membres de la communauté les plus vertueux et les mieux qualifiés [47] ».

Dans une chronique, Brice Couturier de France Culture, s'appuyant sur l'ouvrage de Daniel A. Bell, estime : « Dans la propagande du régime, les fameuse « valeurs asiatiques » - méritocratie confucéenne comprise – servent surtout à légitimer le monopole du parti unique sur le pouvoir […] Le véritable modèle méritocratique asiatique est bien mieux incarné par le régime installé par Lee Kuan Yew à Singapour. Il est généralement crédité d’avoir combiné autoritarisme mesuré et bonne gouvernance, stabilité politique et efficacité économique[48]. »

En 2015, Evan Osnos (en) note « De plus, l'écart qui existe entre le mythe de la société méritocratique et la réalité quotidienne d'une société oligarchique devient de plus en plus évident[49] »

Pour Minxin Pei (en), en 2012, les scandales politiques comme l'affaire Bo Xilai provoquent l'effondrement du mythe selon lequel les règles du Parti communiste chinois « reposeraient sur la méritocratie », « c’est le favoritisme, et non le mérite, qui est devenu le facteur le plus essentiel dans le processus des nominations ». La presse officielle chinoise est remplie de scandales de corruption, avec par exemple « l'achat de poste ». Peu de chinois « croient encore être gouvernés par les grands de ce monde. Pourtant, étrangement, le mythe de la méritocratie chinoise demeure très présent chez les occidentaux ayant rencontré des responsables aux parcours académique impressionnant, comme Bo. Il est grand temps aujourd’hui d’enterrer cette légende[50]. »

France et méritocratie[modifier | modifier le code]

Article connexe : Élitisme en France.

Les réseaux saint-simonien (XIXe siècle) sont les premiers en France à théoriser la méritocratie comme individualisme radical en pensant le refus de l'héritage et le rôle des sociabilités familiales[51].

Le Général de Gaulle créé, en 1963, l'Ordre national du Mérite qui récompense les « mérites distingués »[n 9]. Est ainsi institué le second ordre national après la Légion d'honneur. Il a une triple vocation : « Traduire le dynamisme de la société » ; « Donner valeur d’exemple » ; « Reconnaître la diversité »[52].

Michel Pébereau déclare : « Je suis fondamentalement favorable à la méritocratie. Et j’ai essayé de la promouvoir dans toutes mes responsabilités. L’égalité des chances est indispensable à l’école. Une des faiblesses de notre école aujourd’hui et de ne plus donner le sentiment de l’assurer[53] »

Pour le sociologue François Dubet, la méritocratie est une « fiction nécessaire ». Une fiction, ajoute Maryline Baumard, du Monde, qui autorise les enfants de milieux défavorisés à rêver d'un avenir meilleur. Régulièrement des personnalités se définissent comme étant des « purs produits de l'élitisme à la française » ou de l'école républicaine, par exemple Claude Bartolone ou Najat Vallaud-Belkacem[54].

Méritocratie égalitariste, méritocratie libérale[modifier | modifier le code]

Pierre Bataille (Laboratoire de Sociologie, Lausanne) distingue deux grandes tendances dans les travaux critiques sur le système méritocratique français : alors qu'un axe de recherche s'inspire de l'analyse marxiste, et s'attache à relever la reproduction des inégalités sociales ; une autre tendance, d'orientation plutôt libérale, « pointe » l'incapacité du modèle — jugé trop égalitariste — à « déceler et faire émerger les talents individuels »[55].

Sous la présidence de Nicolas Sarkozy (2007-2012), les convictions libérales façonnent l'idée méritocratique et les « internats d'excellence » servent à offrir un cycle d'étude privilégié aux quelques élèves travailleurs repérés et « extraits » des collège défavorisés, sans pour autant que l'enseignement général soit amélioré. Le député socialiste Jérôme Guedj centre son propos sur l'égalité des chances, et affirme : « il ne faut pas oublier la différence d’approche essentielle entre la droite et la gauche : la droite fait du mérite le point cardinal de sa politique et oublie la lutte contre les inégalités. La gauche, elle, tente de mener les deux combats de front. C’est tout à fait possible : l’un n’est pas exclusif de l’autre[54]. »

Méritocratie scolaire[modifier | modifier le code]

Depuis 2012, l'évolution du système éducatif est fondée sur le principe de l'égalité des chances. Marie Duru-Bellat estime que la gauche œuvre dans la bonne direction en s'attardant sur les premières années d'étude : « On sait [que les inégalités] s’installent très tôt, souligne-t-elle. En mettant l’accent sur le primaire, le gouvernement travaille ce sujet en profondeur. Il part du principe que l’égalité des chances n’est pas réelle et qu’en intervenant précocement, on peut l’améliorer ». Le problème explique Maryline Baumard, du Monde, c'est que les moyens n'ont pas été à la hauteur et que « beaucoup d’espoirs ont été déçus[54]. »

Elise Tenret note que si la méritocratie scolaire est bien une composante de la méritocratie systémique globale, elle ne doit pas être confondue avec elle[56].

Selon Denis Kambouchner, auteur de L’école, question philosophique (2013), « Mais, dans l'ordre scolaire, [..] "la méritocratie" n'a jamais eu qu'une existence très problématique. Elle n'a pu en avoir une que comme idéologie institutionnelle plutôt que comme régime effectif; et cette idéologie est depuis longtemps caduque[57]. »

Béatrice Mabilon-Bonfils note que « l'école est politique » et que les sciences sociales ont une « mission de désacralisation de la méritocratie[58] »

Christian Maroy (chercheur canadien en politiques éducatives), discutant d'un ouvrage de Marie Duru-Bellat (Le Mérite contre la justice[59], 2009), considère que la visée principale du livre est de « relativiser ce discours du mérite et de montrer, dans le domaine scolaire comme dans le domaine professionnel, qu’un principe de justice méritocratique est non seulement loin d’être réalisé pratiquement mais qu’il est, sur le plan de la philosophie et de la pratique politique, clairement insuffisant, voire conservateur ». Pour lui, l'auteure « nous invite à accepter la méritocratie (comme une sorte de mal nécessaire) tout en la modérant » par une attention accrue aux vaincus du système, par l'obligation de moins lier le monde du travail à l'éducation, en limitant l'emprise du diplôme sur l'accès aux responsabilités. Pour lui, « la charge contre la méritocratie de Marie Duru-Bellat prend sens dans un contexte politique et scolaire français » fragmenté. Il pense qu'« en définitive, on peut se demander si la charge contre la méritocratie est encore le chantier prioritaire à mener, à partir du moment où, de facto, on voit des pans entiers de la politique éducative s’en distancier » et que « la lutte pour la justice passe d’abord par une réduction des inégalités sociales dans la société en général […] quel que soit d’ailleurs le principe de justice dont elle s’inspire : méritocratie, égalité des acquis de base, inclusion sociale, capabilités[1]. »

Pour Raymond Boudon, les familles d'origine sociale élevée favorisent les études longues et donc la position sociale : « l'effet de dominance » est supérieur à « l'effet de méritocratie » lié aux diplômes[60].

C'est à partir de la Troisième République que "l'élitisme républicain" —  ou le “républicanisme méritocratique” — en particulier à l'école de Jules Ferry grâce aux examens et aux concours des bourses - permit de donner une base à un recrutement de l'élite par la méritocratie dite "républicaine". La France, avec son système de concours d'entrée dans les Grandes Écoles, la fonction publique et les corps de l'État, est un des pays qui a mis en place la logique de méritocratie dans ses institutions.

P. Cabin note : « Ainsi, derrière le mythe de la méritocratie, les grandes écoles sont instrumentalisées au service des stratégies de reproduction des dominants[61]. ». Jules Naudet exprime son point de vue : « Il est donc fascinant de voir que les quelques personnes qui passent à travers les mailles du filet servent d’alibi pour entretenir le mythe selon lequel nous vivons dans une société méritocratique, une société dans laquelle “quand on veut, on peut”[62]. »

Pour Camille Peugny, le système éducatif reste très élitiste ; avec des conditions initiales (naissance, patrimoine, groupe social, etc.) qui déterminent trop tôt le destin des individus, il ne parvient pas à diminuer le phénomène de reproduction sociale[n 10]. Le sociologue considère que « Pour parvenir à desserrer l’étau de la reproduction sociale, il faut en terminer avec le mythe d’une école « méritocratique» et rendre l’école plus démocratique. »[64]. Estimant que l'origine sociale complexifie la relation entre niveau de diplôme et accès à l'emploi, il ajoute : « Même une démocratisation parfaite ne transformerait pas la société française en un paradis de la méritocratie et de la fluidité sociale[65] ».

Philippe Watrelot, recensant en 2006 un livre de Marie Duru-Bellat[66] écrit : « Il remet en effet en question un des mythes fondateurs de notre démocratie : l’idéal méritocratique et le mythe de l’égalité des chances[67]. »

Synthétisant la sociologie française de l'éducation, François Dubet et Danilo Martuccelli écrivent (en 1996) : « le principe méritocratique, faux dans les faits, opère comme un principe de légitimation des positions sociales, la politique des "dons" permettant de masquer tout ce que les positions "acquises" doivent aux positions "transmises"[68]. »

Patrick Champagne note : « En dépit des discours «méritocratiques» et des idéologies généreuses qui font de l'école de la République un instrument majeur de promotion sociale, force est de reconnaître que l'école, en fait, occupe une place centrale dans les mécanismes de reproduction sociale[69] ».

« Selon Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, le discours méritocratique porté par l'école n'est qu'une «idéologie» et l'ordre social légitimé ne correspond pas à une véritable méritocratie »[70].

Élite dirigeante[modifier | modifier le code]

La sociologue Monique Dagnaud écrit « L’élite dirigeante qui, de manière générale, a bénéficié pour elle-même et souvent pour ses propres enfants de cette sélection dans le secondaire, pense que ce système est le meilleur, le plus méritocratique, l’incarnation des vertus républicaines. Les réformes qu’elle pose sur la table, constituent alors plutôt des inflexions correctrices […] qu’un dynamitage de la logique dominante de l’école. En entretenant dans toutes les familles l’espoir de voir son enfant dans « une classe préparatoire » (à un avenir radieux), elle est ainsi prosélyte de sa propre cause. Aux 90 % autres jeunes qui n’appartiennent pas à ce sérail de se débrouiller au mieux[71] ».

Violence symbolique[modifier | modifier le code]

Pour Daniel Frandji, l'un des acquis de la sociologie de l'éducation est « d’avoir mis l’accent sur les effets délétères et la violence symbolique (Bourdieu & Passeron, 1964, 1970) qu’installe cette école méritocratique : une école qui « privatise les biographies » (Terrail, 1997), et qui irait même jusqu’à contribuer, bien plus qu’à la simple reproduction des inégalités sociales, à la « destruction des subjectivités » (Dubet & Martucelli, 1996) »[72].

Frédéric Blondel, Vincent de Gaulejac et Isabel Taboada-Leonetti notent que « La violence symbolique accentue sa force d'aliénation chez les individus historiquement socialisés à la culture de la méritocratie et qui s'appliquent à eux-mêmes l'idéologie de la responsabilité individuelle. »[73].

États-Unis et méritocratie[modifier | modifier le code]

Aux pays du rêve américain, la notion de méritocratie reste une idée forte ; un sondage, réalisé en 2012, révèle que 58 % de la population interrogée estime que « les riches méritent leur patrimoine »[74]. Dans le secteur éducatif, le taux de réussite aux tests et l'accès aux études supérieures sont de plus en plus déterminés par l'origine sociale, et « selon certaines études récentes, l’idée d’une réelle méritocratie aux Etats-Unis tiendrait plus du mythe que d’une quelconque réalité[75]. »

Selon l'« idéologie du rêve américain », la progression individuelle est fondée sur le mérite, considéré comme la combinaison de différents facteurs (capacités innées, efforts, intégrité, etc.). Stephan J. McNamee et Robert K. Miller, de l'Association de sociologie de Caroline du nord, relèvent un écart entre le rêve et la réalité, constitutif de ce qu'ils appellent The Meritocracy Myth (Le mythe de la méritocratie)[76]. Les auteurs soulignent qu'une grande variétés de facteurs suppriment, neutralisent ou même annulent les promesses de la méritocratie ; les ressources ne sont pas distribuées en fonction du mérite individuel, mais réparties par l'effet de facteurs d'inégalité — comme l'héritage, les déséquilibres socioculturels, le système éducatif, la structure changeante des possibilités d'emploi et la discrimination sous toutes ses formes. L'observation de cette réalité sociologique les amènent à soutenir que « le mythe de la méritocratie » est devenu « nuisible » en ce qu'il entretient les causes de l'inégalité et conduit à « l'exaltation injustifié des riches et la condamnation injustifiée des pauvres »[77].

Plus de cinquante ans après que Michael Young ait averti, dans son essai de « sociologie-fiction », que le principe de méritocratie poussé à l'extrême pouvait avoir des effets pernicieux, des penseurs et universitaires de gauche arrivent à des conclusions semblables et s'inquiètent de l'auto-perpétuation d'une élite issue des classes privilégiées. Lani Guinier, enseignante à l'école de droit de Harward[78], résume le sentiment de beaucoup d'entre eux en parlant de la testocracy — une forme de gouvernance dominée par ceux qui ont le plus de testostérone — qui régit les États-Unis[79].

En ce qui concerne le système judiciaire, le National Center for State Court (Centre National pour la Cour d'État) — considérant que les nominations par les gouverneurs ou le système électif n'offrent pas suffisamment de garanties d'indépendance — « soutient fermement » un système de sélection au mérite des juges d'État. L'association affirme ainsi travailler à « maintenir l'indépendance et l'intégrité des tribunaux et accroître la compréhension du public dans le système judiciaire[80] »[81].

D'après Ben Bernanke, si le « système méritocratique est probablement le meilleur » il connaît plusieurs limites. Ainsi il affirme qu'« une méritocratie est un système dans lequel les personnes les plus chanceuses, en termes de santé physique, de patrimoine génétique, de soutien familial et de revenus, les plus chanceuses en termes d'éducation et d'opportunités de carrières, en retirent le plus de bénéfices »[82].

Suisse et méritocratie[modifier | modifier le code]

Pour le quotidien la Tribune de Genève ; « la méritocratie reste relative en Suisse : l'ascenseur social ne fonctionne pas aussi bien que l'on pourrait penser ». Les analyses de la sociologue Julie Falcon, s’appuyant sur plusieurs enquêtes réalisées entre 1972 et 2013, révèlent que « même si l’expansion du système éducatif a favorisé l’égalité d’accès à l’éducation[83] », les inégalités sociales demeurent et risquent de s'aggraver. Pour les personnes nées entre 1965 et 1978 : une femme sur trois de la classe moyenne supérieure est allée à l'université, contre 11% de la classe intermédiaire, et 5% de la classe populaire ; en ce qui concerne les hommes, ces pourcentages sont de 39% pour la classe moyenne supérieure, 14% pour la classe intermédiaire et 9% pour la classe populaire. « Le système éducatif reste très sélectif, relève la sociologue. Et le système des bourses, par exemple, n'est pas très développé ». La chercheuse évoque la Suède, où les résultats sont plus satisfaisants ; « Les inégalités entre les habitants sont moins fortes au départ. Et les enfants vont tôt à la crèche, ce qui permet un travail en amont, gommant ainsi les écarts culturels »[84].

Venezuela[modifier | modifier le code]

La méritocratie était dans le Venezuela chaviste de 2001, un groupe d'agitation politique de droite lié à l'industrie pétrolière et à la CIA (et aux intérêts des États-Unis)[85]

Informatique[modifier | modifier le code]

Plusieurs organisations développant des logiciels libres ou en Open source — comme par exemple The Document Foundation[86], Mozilla[87], GNOME[88], Apache[89] — revendiquent ouvertement un fonctionnement méritocratique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Un mot qui peut signifier une chose et son contraire est un énantiosème.
  2. M. Lucchesi, titulaire d'une agrégation de philosophie, enseigne la philosophie politique à l’Institut d'études politiques de Paris[9].
  3. Marie Duru-Bellat est professeure de sociologie à Sciences Po Paris, chercheur à l’Observatoire Sociologique du Changement et à l’Institut de Recherche en Education[15].
  4. Eric Charbonnier est analyste à la Division des indicateurs et analyses de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques)[15].
  5. Aristocratie vient du grec ancien et signifie le pouvoir des meilleurs.
  6. C. Ben Ayed, professeur de sociologie à l'Université de Limoges, membre du réseau « Sociologie de l’Éducation et de la formation » [36].
  7. P. Besnard (1942-2003), sociologue français, Directeur de recherche au CNRS[41].
  8. P. Chanial, maître de conférence en sociologie à l'Université Paris-Dauphine, secrétaire de la Revue du MAUSS[44].
  9. De nombreux pays — ou institutions — sont dotés d'un Ordre du Mérite, afin d'honorer les services exceptionnels rendus dans différents domaines.
  10. La reproduction sociale est un phénomène notamment étudié par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron[63].

Références[modifier | modifier le code]

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  2. a et b Pierre Bourdieu, La noblesse d'État : grandes écoles et esprit de corps, Paris, Les Éditions de Minuit, coll. « Le sens commun », (ISBN 2707312789), pp. 480, 545-546
  3. a et b Élise Tenret (thèse, 2008), p. 50
  4. Carole Daverne‑Bailly, « A propos de Elise Tenret, L'école et la méritocratie », Sociologie-Comptes rendus,‎ (lire en ligne)
  5. http://www.lemonde.fr/societe/article/2006/12/18/francois-dubet-l-egalite-des-chances-le-pire-des-systemes-mais-il-n-y-en-a-pas-d-autres_840608_3224.html
  6. (en) Michael Young, The rise of the meritocraty, Londres, Thames and Hudson, coll. « Pelican book »,
  7. Compte rendu de lecture par Clémence Nicolaidis, « Elise Tenret, Les étudiants et le mérite », sur lectures.revues.org, (consulté le 12 octobre 2016)
  8. Carole Daverne‑Bailly, « Comptes rendus : L’école et la méritocratie », Sociologie,‎ (lire en ligne)
  9. Fiche auteur, « Martine Lucchesi Belzane », sur babelio.com (consulté le 12 mars 2017)
  10. «À chacun selon son mérite ?» De Martine Lucchesi, Ellipses, Paris, 1996, Collection Polis, page 19, 978-2-7298-9620-1
  11. Agnès van Zanten, « La Fin de la méritocratie ? Les stratégies éducatives des classes moyennes et supérieures », (consulté le 12 octobre 2016)
  12. Jean-Louis Derouet (dir.) et Marie-Claude Derouet-Besson (dir.), Repenser la justice dans le domaine de l'éducation et de la formation, Peter Lang/INRP, , 385 p. (ISBN 3039118005), « La fin de la méritocratie ? Les stratégies éducatives des classes moyennes »
  13. Frédéric Gonthier, « L’égalité méritocratique des chances : entre abstraction démocratique et réalisme sociologique », L'année sociologique, Paris, PUF, no 57,‎ (présentation en ligne) pp. 151-176)
  14. a et b Georges Felouzis, « Le modèle scolaire français contre la justice sociale », sur sociologies.revues.org,
  15. a, b, c, d et e Marie Duru-Bellat et Éric Charbonnier, « Qu’est-ce qu’une école juste ? », sur inegalites.fr, (consulté le 29 décembre 2016)
  16. Le Mérite contre la justice (2009), p. 132
  17. Vincent Dupriez, « Notes critiques : Élise Tenret, L’école et la méritocratie », Revue française de pédagogie, no 180,‎ , p. 151-176 (lire en ligne)
  18. Patrick Rayou (dir.), Agnès Van Zanten (dir.), Élise Tenret et al., Les 100 mots de l'éducation, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? » (no 3926), (réimpr. 2015), 128 p. (ISBN 9782130653554, présentation en ligne, lire en ligne), art. 37 : « Méritocratie »
  19. Francis Danvers, Dictionnaire de sciences humaines, t. 2 : S’orienter dans la vie : la sérendipité au travail ?, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, (ISBN 2757403966), p. 873
  20. a, b et c Pablo Ariel Blitstein, « La méritocratie, une affaire aristocratique »,
  21. Jean-Pierre Duteil, Le Mandat du ciel : le rôle des jésuites en Chine, de la mort de François-Xavier à la dissolution de la Compagnie de Jésus, 1552-1774, Paris, Arguments, 1994. (ISBN 9782909109114)
  22. a et b Murat Lama, Lee Kuan Yew, Singapour et le renouveau de la Chine, Manitoba, , 368 p. (ISBN 2251890203, lire en ligne)
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  24. (en) Benjamin A. Elman, Civil Examinations and Meritocracy in Late Imperial China, Harvard University Press, (ISBN 9780674724952)
  25. Walter Benn Michaels, La diversité contre l'égalité, Liber, coll. « Raisons d'agir », , 155 p. (ISBN 2912107458), p. 85 compte rendu d'Igor Martinache (sur Lectures/liens socio)
  26. Le mérite et la république. Olivier Ihl, éditions Gallimard, Paris, 2007, page 309
  27. Toujours plus ! François de Closets, Grasset, Paris, 1982, page 192
  28. Le Capital au XXIe siècle , Thomas Piketty, le seuil, Paris, 2013, chapitre 11, sous-partie : «L'extrémisme méritocratique», la citation est page 664
  29. (en) Khen Lampert, Meritocratic Education and Social Worthlessness, Palgrave,
  30. «Les Désillusions du progrès: Essai sur la dialectique de la modernité», Raymond Aron, Calmann-Lévy, 1994, passage sur la comparaison entre idéal méritocratique soviétique et occidental
  31. L'opium des intellectuels, Raymond Aron, postface à édition russe, 1979
  32. Politique française Articles 1944-1977. Raymond Aron, Éditions de Fallois, 2016
  33. Nour el houda Ismaïl-Battikh, « Yves Michaud : Qu’est-ce que le mérite ? », sur actu-philosophia.com,
  34. Qu'est-ce que le mérite ? (Gallimard, 2011)
  35. A chacun selon son mérite ? De Martine Lucchesi, Ellipses, Paris, 1996, Collection Polis, page 50, 978-2-7298-9620-1
  36. « Choukri Ben Ayed », sur univ-poitiers.fr
  37. Choukri Ben Ayed, La mixité sociale à l'école : Tensions, enjeux, perspectives, Armand Colin, , 224 p. (ISBN 978-2200275341, présentation en ligne, lire en ligne), « La mixité sociale à l'école pour quel projet sociétal »
  38. Élise Tenret (thèse, 2008)
  39. Élise Tenret (thèse 2008), p. 16
  40. Anne Barrère, L’Éducation buissonnière : Quand les adolescents se forment par eux-mêmes, Pariséditeur=Armand Colin, , 226 pages p.
  41. « Besnard Philippe », sur universalis.fr
  42. Raymond Boudon, Philippe Besnard, Mohamed Cherkaoui et Bernard-Pierre Lecuyer, Dictionnaire de sociologie, Larousse, coll. « Les référents », (ISBN 2037203438), « Méritocratie », p. 147
  43. Philippe Coulangeon, Les métamorphoses de la distinction. Inégalités culturelles dans la France d'aujourd'hui, Grasset, coll. « Mondes vécus », , 165 p. (ISBN 9782246769712, présentation en ligne), introduction
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  45. La société du mérite. de Dominique Girardot, Lormont, éditions Bord de l'eau, 2011 - préface par Caillé et Chanial, première citation page 11, seconde page 13.
  46. (en) Daniel A. Bell, China's New Confucianism : Politics and Everyday Life in a Changing Society, Princeton University Press, (1re éd. 2008) (ISBN 0691145857)
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  63. Jean-Claude Passeron et Pierre Bourdieu, Les héritiers : Les étudiants et la culture, Les éditions de Minuit, coll. « Le sens commun », , 192 p. (ISBN 2707300810, présentation en ligne).
  64. Camille Peugny, « Le destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale », sur halshs.archives-ouvertes.fr, (consulté le 23 novembre 2016)
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  66. L’inflation scolaire. Les désillusions de la méritocratie Marie Duru-Bellat, Éditions du Seuil, 2006
  67. http://www.cahiers-pedagogiques.com/L-inflation-scolaire-Les-desillusions-de-la-meritocratie
  68. A l'école. Sociologie de l'expérience scolaire. de François Dubet et Danilo Martuccelli, Le Seuil, 1996
  69. Patrick Champagne, La sociologie, éditions Milan, Toulouse, 1998, page 50
  70. La théorie de Pierre Bourdieu et ses usages sociologiques. de Anne Jourdain et Sidonie Naulin, Armand Colin, 2011, page 49
  71. Dagnaud Monique, « La teuf : ethnographie de soirées débridées », Psychotropes, 4/2009 (Vol. 15), p. 41-62. URL : http://www.cairn.info/revue-psychotropes-2009-4-page-41.htm DOI : 10.3917/psyt.154.0041
  72. Les politiques d’éducation prioritaire en Europe. Tome II: Quel devenir pour l’égalité scolaire ? Sous la direction de : Marc Demeuse, Daniel Frandji, David Greger et Jean-Yves Rochex, ENS Éditions, 2011 (mise en ligne 2014 : http://books.openedition.org/enseditions/1365)
  73. La lutte des places. Vincent de Gaulejac, Frédéric Blondel, Isabel Taboada-Leonetti, (première édition, Desclée de Brouwer, 1994), Artège, 2015
  74. (en) « Public Remains Concerned Over Wealth Inequalities: Global Poll » [PDF], , p. 2
  75. Nicolas Goetzmann, « Les américains découvrent l'ampleur du naufrage de la méritocratie… et ce n'est pas mieux chez nous », sur atlantico.fr,
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  77. (en) Stephen J. McNamee et Robert K. Millert,Jr, « The Meritocracy Myth », Sociation Today, vol. 2, no 1,‎ (lire en ligne)
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  88. (en) « FoundationBoard/Resources/Charter - GNOME Wiki! », sur live.gnome.org
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Olivier Ihl, Le mérite et la République : Essai sur la société des émules, Gallimard, , 409 p..
  • Juliette Rennes, Le mérite et la nature. Une controverse républicaine : l'accès des femmes aux professions de prestige. 1880-1940, Paris, Fayard, .
  • Patrick Savidan, Repenser l’égalité des chances, Grasset, .
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  • Élise Tenret, Thèse doctorante en sociologie : L'école et la croyance en la méritocratie, , 410 p. (lire en ligne [PDF])
  • Marie Duru-Bellat, Le Mérite contre la justice, Presses de Sciences Po, coll. « Nouveaux débats », , 168 p. (ISBN 9782724611304, présentation en ligne)
  • Yves Michaud, Qu'est-ce que le mérite ?, Gallimard, coll. « Folio essais », (1re éd. François Bourin, 2009), 352 p. (ISBN 2070438554, présentation en ligne)
  • Élise Tenret, L'école et la croyance en la méritocratie : Représentations sociales et socialisation scolaire, Presses universitaires de France, coll. « Éducation et société », , 191 p. (ISBN 9782130581222, présentation en ligne)
  • Dominique Girardot, La Société du mérite. : Idéologie méritocratique et violence néolibérale, Lormont, Le Bord de l’eau, (ISBN 978-2-35687-108-4)
  • Salvador Parrado et Miquel Salvador, « L’institutionnalisation de la méritocratie dans les organismes de régulation d’Amérique latine », Revue Internationale des Sciences Administratives, vol. 77, no 4,‎ , p. 715-741 (DOI 10.3917/risa.774.0715, lire en ligne)
  • Jérome Krop, La méritocratie républicaine : élitisme et scolarisation de masse sous la IIIe République, Presses universitaires de Rennes, (ISBN 978-2-7535-3403-2).

Liens externes[modifier | modifier le code]