André Comte-Sponville

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André Comte-Sponville
André Comte-Sponville - Salon du livre de Paris - 23 mars 2014.JPG
André Comte-Sponville au Salon du livre de Paris 2014.
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Œuvres principales
Petit traité des grandes vertus
Dictionnaire philosophique
Le capitalisme est-il moral ?
L'Esprit de l'athéisme

André Comte-Sponville, né le à Paris, est un philosophe français. Il fut membre du Comité consultatif national d'éthique de 2008 à 2016.

Biographie[modifier | modifier le code]

André Comte-Sponville a une enfance « plutôt malheureuse [...] entre une mère dépressive et un père autoritaire ». Il raconte :

« Je me suis découvert peu doué pour la vie, peu porté au bonheur, davantage doué pour l’angoisse, la mélancolie : raison pour laquelle j’ai [eu] besoin de philosopher[1]. »

Élevé dans une famille chrétienne, il devient athée à 18 ans, tout en gardant vis-à-vis de cette religion un « sentiment de gratitude »[2].

Ancien élève de l'École normale supérieure de Paris (promotion 1972 Lettres), institution où il a été l'élève et l'ami de Louis Althusser[3], et agrégé de philosophie, il soutient en 1983 une thèse de doctorat intitulée « Éléments pour une sagesse matérialiste » à l'université Paris-1 Panthéon-Sorbonne. C'est Marcel Conche qui est son directeur de thèse[4].

À sa sortie de Normale Sup', il enseigne une année la philosophie au lycée Adolphe-Chérioux de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), puis deux ans au lycée de Landrecies (Nord), deux ans au lycée Joseph Fourier d'Auxerre (Yonne), enfin trois ans à l'École normale d'instituteurs de Melun (Seine-et-Marne).

Il est ensuite pendant quatorze ans assistant puis maître de conférences à l'université Paris-1 Panthéon-Sorbonne[5]. Il y enseigne jusqu'en 1998, date à partir de laquelle il se consacre exclusivement à l'écriture et aux conférences qu'il donne en dehors de l'université.

Il est membre du comité d'honneur de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité[6], et déclare en 2007 : « La liberté de choix est une valeur plus haute que la vie[7]. » Il est docteur honoris causa de l'université de Mons-Hainaut, en Belgique. Il est membre du Comité consultatif national d'éthique de mars 2008 à mars 2016[8].

Famille et vie privée[modifier | modifier le code]

En 2012, il confie :

« En quarante ans de vie adulte, je n’ai vécu célibataire qu’un an. Je crois à l’amour conjugal. Ce que je partage avec ma femme depuis vingt-quatre ans est ce que j’ai pu vivre de meilleur[9]. »

Il pratique la méditation assise et silencieuse en tant qu'exercice « indissociablement corporel et spirituel »[10].

Dans L’Inconsolable et autres impromptus paru en 2018 et qui se compose de 12 articles, Comte-Sponville traite plusieurs sujets de façon intimiste : ce qu'il y a d’inconsolable dans la condition humaine, mais aussi la joie de vivre, l'ennui, Beethoven, Jules Laforgue, Louis Althusser, le droits des animaux, la solitude, le sort des chrétiens dans le monde, ainsi qu'un résumé de sa « métaphysique athée »[11],[12]. Le philosophe y aborde notamment son expérience de la perte de son premier enfant, une petite fille emportée à six semaines par une méningite foudroyante. Il indique dans une entrevue au sujet de son livre :

« Je voulais sortir de l'érudition : pour toucher le lecteur de manière plus profonde, être plus vrai. Quand on parle de sagesse les gens vous fantasment comme un sage, ce que je ne suis pas ! Je voulais philosopher sur ce que je suis vraiment, dire la vérité... en m’éloignant de la technique...[13] »

Prix[modifier | modifier le code]

Philosophie[modifier | modifier le code]

Ses philosophes de prédilection sont Épicure, les stoïciens, Montaigne et Spinoza. Parmi les contemporains, il se sent surtout proche de Claude Lévi-Strauss[17], Marcel Conche[18] et Clément Rosset, en Occident, et de Swami Prajnanpad[19] et Krishnamurti en Orient.

André Comte-Sponville tente de rapprocher les réponses des philosophes traditionnels des questions d'aujourd'hui. « Comment vivre ? », « Comment être heureux ? », « La vie a-t-elle un sens ? », « Comment trouver la sagesse sans se soumettre aux religions ? », « Comment être libre ? », « La vertu est-elle encore possible ? », « Jusqu’où va la tolérance ? »[20].

C'est un philosophe se décrivant comme matérialiste, rationaliste et humaniste. Il propose une métaphysique matérialiste, une éthique humaniste et une spiritualité sans Dieu, présentées comme « une sagesse pour notre temps[21] ».

Selon Luc Ferry, il serait proche du bouddhisme[22]. Michel Onfray le définit comme « un chrétien athée[23] ». Lui-même se définit comme « athée fidèle[24] ». Il se positionne plus précisément comme « athée non dogmatique et fidèle[25] » : « athée » car il ne croit en aucun dieu, « non dogmatique » car il intègre le fait que l'athéisme est une croyance et non pas un savoir, « fidèle » car restant attaché à un certain nombre de valeurs morales, culturelles et spirituelles, tronc commun de l'humanité, transmises historiquement par les grandes religions.

Il dit avoir perdu la foi à 18 ans, mais il reste de cette foi, chez lui, une morale helléno-chrétienne et une spiritualité laïque, qui débouche sur une mystique de l’immanence : « Nous sommes déjà dans le Royaume ; l’éternité, c’est maintenant[26]. »

Politiquement, Comte-Sponville se définit comme social-démocrate ou libéral de gauche[27]. A l'occasion des élections présidentielles de 2017, Comte-Sponville affirme au journal Le Parisien avoir voté pour Emmanuel Macron au premier et au second tour, car le candidat était « le seul à être résolument pro-européen » et réalisait, à ses yeux, « l'union nationale », sur une base « et de droite et de gauche »[28].

Médias, conférences publiques et privées[modifier | modifier le code]

Comte-Sponville, en 2013 au forum annuel du CBRE.

André Comte-Sponville a beaucoup écrit dans la presse grand public (Le Monde, Libération, Le Nouvel Observateur, L’Événement du jeudi, L’Express, Psychologies, Le Monde des religions, Challenges), mais a aussi dirigé trois numéros de la Revue internationale de philosophie, consacrés respectivement à Montaigne (no 181, 1992), Pascal (no 199, 1997) et Alain (no 215, 2001). Cette même revue lui a aussi consacré un numéro (no 258, 2011 : « André Comte-Sponville »).

Il est souvent invité sur les plateaux télévisés, notamment chez Michel Polac, Bernard Pivot, Guillaume Durand, Frédéric Ferney, François Busnel, Christine Ockrent, Patrick Poivre d'Arvor, Serge Moati, Catherine Ceylac et Frédéric Taddeï.

Tout aussi régulièrement, des entreprises privées et structures patronales l'invitent à tenir des conférences, pour lesquelles elles le rétribuent confortablement [29],[30],[31].

Critiques[modifier | modifier le code]

Jean-François Raguet, écrivain contestataire, pamphlétaire, en guerre contre la philosophie contemporaine et issu de la nébuleuse trotskiste, a eu pour cible notamment André Comte-Sponville dans les années 2000[32].

Jacques Bouveresse, philosophe français, lui reproche, en 2009, de faire partie de ces confrères contemporains, comme Luc Ferry et Alain Finkielkraut, devenus des « obligés du pouvoir, quasiment[33] ».

Louis Cornellier, écrivain québécois, écrit qu’« André Comte-Sponville sait combiner la rigueur et l'accessibilité », et note que « ses qualités de style en font un des écrivains les plus lumineux de la francophonie actuelle [en 2005][34]. »

Michel Meyer, philosophe belge, directeur de la Revue internationale de philosophie, le considère comme « l'un des plus grands philosophes français depuis Sartre[35]. »

Publications[modifier | modifier le code]

Œuvres écrites[modifier | modifier le code]

Impromptus (1996).
  • Traité du désespoir et de la béatitude (tome 1, Le mythe d’Icare, tome 2, Vivre), PUF, 1984 et 1988
  • Une éducation philosophique, PUF, 1989
  • L’Amour la solitude, Paroles d'Aube, 1992
  • « Je ne suis pas philosophe » : Montaigne et la philosophie, Honoré Champion, 1993
  • Valeur et vérité. Études cyniques, PUF, 1994
  • Camus, de l’absurde à l’amour (en collaboration), Paroles d'Aube, 1995
  • Petit traité des grandes vertus, PUF, 1995
  • Arsène Lupin, gentilhomme philosopheur (avec François George), L'Aiguille Preuve, 1995
  • Impromptus, PUF, 1996
  • De l’autre côté du désespoir. Introduction à la pensée de Svâmi Prajnânpad, Jean-Louis Accarias L'Originel, 1997
  • La Sagesse des Modernes (avec Luc Ferry), Robert Laffont, 1998
  • L’Être-temps, PUF, 1999
  • Le Gai Désespoir, Alice Éditions (Liège), 1999
  • Chardin ou La matière heureuse, Adam Biro, 1999
  • Le Bonheur, désespérément, Pleins Feux, 2000
  • Présentations de la philosophie, Albin Michel, 2000
  • Lucrèce, poète et philosophe, La Renaissance du Livre, 2001
  • Dictionnaire philosophique, PUF, 2001
  • Le capitalisme est-il moral ? Albin Michel, 2004
  • La Philosophie, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2005
  • Dieu existe-t-il encore ? (entretien avec Philippe Capelle), Cerf, 2005
  • La Vie humaine, Hermann, 2005
  • L'Esprit de l'athéisme. Introduction à une spiritualité sans Dieu, Albin Michel, 2006
  • Le Miel et l’Absinthe. Poésie et philosophie chez Lucrèce, Hermann, 2008
  • Du corps, PUF, 2009
  • Le Goût de vivre et cent autres propos, Albin Michel, 2010
  • Le Sexe ni la Mort. Trois essais sur l’amour et la sexualité, Albin Michel, 2012
  • Du tragique au matérialisme (et retour), PUF, 2015
  • C'est chose tendre que la vie, entretiens avec François L'Yvonnet, Albin Michel, 2015
  • Sous le signe de la philosophie, entretien écrit et vidéo interprété en LSF avec Frédéric Amauger, Eyes éditions, 2018
  • L’Inconsolable et autres impromptus, PUF, 2018

Contribution à des ouvrages collectifs[modifier | modifier le code]

  • 1991 : Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens (en collaboration), Grasset
  • 2003 : A-t-on encore besoin d’une religion ?, André Comte-Sponville, Bernard Feillet, Alain Rémond, et Alain Houziaux, éditions de l'Atelier (ISBN 978-2708236950)
  • 2004 : La Plus Belle Histoire du bonheur (en collaboration), Seuil
  • 2006 : Aimer désespérément, Albin Michel, avec Étienne Klein, Jean-Yves Leloup, Marie de Solemne (ISBN 978-2226172808)
  • Le Management relationnel : Manager et Managé sont dans un bateau…, Philippe Van Den Bulke, Ivan Monème, Luc Doublet et André Comte-Sponville, rééd. chez Dunod, coll. « Progrès du management » (ISBN 978-2100497768)
  • 2006 : Écologie et Spiritualité, Albin Michel, avec, entre autres, Jacques Brosse, Eugen Drewermann, Albert Jacquard, Jacques Lacarrière, Théodore Monod, Jean-Marie Pelt, Pierre Rabhi, Annick de Souzenelle(ISBN 2226172823)
  • 2009 : L’Art, de Platon à Deleuze : Éric Oudin, Cyril Morana, préface d'André Comte-Sponville (ISBN 978-2212544589)
  • 2009 : L’Amour, de Platon à Comte-Sponville, par Catherine Merrien, préface d'André Comte-Sponville, éd. Eyrolles
  • 2010 : La Liberté, d’Épicure à Sartre, Éric Oudin, Cyril Morana, préface d'André Comte-Sponville (ISBN 978-2212547337)
  • 2010 : Regards sur le sport, collectif, dirigé par Benjamin Pichery et François L'Yvonnet, Le Pommier/INSEP 2010, 256 p. (ISBN 978-2-7465-0484-4)

Discographie[modifier | modifier le code]

  • 2005 : Petit traité des grandes vertus, Livraphone
  • 2007 : Le Bonheur, conceptions orientales et occidentales (3 CD audio), avec François Jullien, éd. Frémeaux & Associés
  • 2008 : L’Amour (3 CD audio), éd. Frémeaux & Associés
  • 2008 : Qu’est-ce qu'une spiritualité sans Dieu ? (3 CD audio), éd. Frémeaux & Associés
  • 2009 : André Comte-Sponville (DVD 100 min), en compagnie de François L'Yvonnet, conception et réalisation Benjamin Pichery, éd. INSEP, coll. « Regards sur le sport »
  • 2010 : Le Mal : le Méchant, le Salaud, le Pervers, le Médiocre (3 CD audio), avec Michel Terestchenko, éd. Frémeaux & Associés

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bernard Roisin, « André Comte-Sponville "Pas besoin de philosophie quand on est doué pour la vie" », sur Echo.be, (consulté le 28 décembre 2015).
  2. Christine Aulenbacher, Spiritualités et théologie. 2e édition revue et augmentée, LIT Verlag Münster, (ISBN 978-3-643-90251-1, lire en ligne), p. 176.
  3. Revue Perspectives critiques, n° 1, 2006, p. 7 à 27 : « L'autre maître (Souvenirs concernant Louis Althusser) ».
  4. Source : Catalogue SUDOC.
  5. Sur le site de la Sorbonne.
  6. Liste des membres du Comité de parrainage Site de l'ADMD.
  7. « L’euthanasie en accusation » - Pétition, 15 000 signatures contre la dépénalisation, Fabrice Madouas, Valeurs Actuelles n° 3668, 16 mars 2007.
  8. Sur le site du CCNE.
  9. Élodie Maurot, « André Comte-Sponville, un philosophe amoureux », sur la-croix.com, (consulté le 28 décembre 2015).
  10. Anastasia Vécrin, « André Comte-Sponville «Se désencombrer pour retrouver ce qui compte» », sur Libération.fr, (consulté le 28 décembre 2015).
  11. « Comte-Sponville, ontologiquement inconsolable », sur Le Soir (consulté le 5 janvier 2019)
  12. « André Comte-Sponville - L'inconsolable : et autres impromptus », sur Librairie Mollat Bordeaux (consulté le 5 janvier 2019)
  13. « La philosophie doit être traversée par l’inconsolable », sur Public Sénat, (consulté le 18 décembre 2018).
  14. Vendu en France à 300 000 exemplaires (hors poche).
  15. Daniel Bougnoux, Andre Comte-sponville et Regis Debray, Marcel Gauchet, Yves Michaud, Des intellectuels jugent les médias, MORDICUS, (ISBN 978-2-918414-19-3, lire en ligne), p. 31-32.
  16. « André Comte-Sponville, Petit traité des grandes vertus (Paris, Presses universitaires de France, 1995), réédition en format de poche : 2011 » [PDF], sur dogma.lu (consulté le 1er janvier 2016).
  17. Sponville sur Lévi-Strauss
  18. Dialogue avec M Conche
  19. Auquel il a consacré un livre : "De l'autre côté du désespoir (Introduction à la pensée de Svâmi Prajnânpad)", Editions Accarias L'Originel, 1997.
  20. Sur Radio Canada
  21. Traité du désespoir et de la béatitude, PUF, avant-propos
  22. Luc Ferry, dans le livre qu’ils ont écrit ensemble, « La sagesse des Modernes »
  23. Traité d’athéologie, Grasset, 2005, p. 84
  24. L'esprit de l'athéisme, chap. 1
  25. Europe 1, Au cœur de l'Histoire du 09/12/2013, animée par Franck Ferrand.
  26. L'esprit de l’athéisme, Albin Michel, 2006, p. 217
  27. « Le capitalisme est-il moral ? », p. 154 à 159
  28. « Présidentielle 2017 : 32 personnalités s'engagent pour le second tour », sur leparisien.fr,
  29. (...) « le très médiatique agrégé de philo André Comte-Sponville (reçoit un cachet de) (35000 F.) pour une causerie chez Vivendi Environnement. » Les « ménages » des «stars» du journalisme (selon Capital d’octobre 2001)
  30. Caroline Michel, "De 3000 à 10000 euros la conférence : le lucratif business des intellectuels", Nouvel Obs, 10 février 2016
  31. Jacques Monin, "Les conférences : un marché à prix d'or", Secrets d'Info, France Inter 18 septembre 2015
  32. J-F. Raguet, De la pourriture, article « Comte-Sponville »; voir aussi Roland Jaccard, « Polémistes dans l’âme », Le Monde des livres, 23 juin 2000, et « Le traqueur des ripoux philosophes » L’Express, 1er juin 2000.
  33. Voir sur cahiers.kingston.ac.uk.
  34. Revue canadienne Spirales, no 204, [1]
  35. Revue internationale de philosophie, no 258, 2011, p. 7).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • 2005 : Revue la Matière et l’Esprit, no 1, « Problèmes du matérialisme (autour d’André Comte-Sponville) », Université de Mons-Hainaut, Mons, Belgique
  • 2008 : Jean Tellez, Être moderne (Introduction à la pensée d'André Comte-Sponville), éd. Germina
  • 2011 : Revue internationale de philosophie, no 258, « André Comte-Sponville » (articles de Laurent Bove, Daniel Cohen, Charles Larmore, Michel Meyer, Martin Seel, Bertrand Vergely ; réponses d'André Comte-Sponville)

Liens externes[modifier | modifier le code]