Fake news

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Icône de paronymie Cet article possède un paronyme, voir Fausses nouvelles.
Manifestation aux États-Unis en 2017 contre la prolifération des fake news[1].

Les fake news (informations fallacieuses, infox ou fausses nouvelles[2],[3]) sont des informations délibérément fausses[n 1], qui sont délivrées dans le but de manipuler ou tromper un auditoire. Elles peuvent émaner d'un ou plusieurs individus (par le biais de médias non institutionnels, tels les blogs ou les réseaux sociaux), d'un ou de plusieurs médias, d'un homme d'État ou d'un gouvernement.

Elles participent à des tentatives de désinformation, que ce soit via les médias traditionnels ou via les médias sociaux, avec l'intention d'induire en erreur dans le but d'obtenir un avantage (financier, idéologique, politique, etc.)[4]. Les articles de fake news emploient souvent des titres accrocheurs ou des informations entièrement fabriquées en vue d'augmenter le nombre de lecteurs et de partages en ligne.

Les débats sur les fake news ont pris une ampleur singulière en 2016, tout d'abord en Grande-Bretagne, avec la victoire des partisans du Brexit qui doit mener d'ici mars 2019 au retrait de la Grande-Bretagne hors de l'Union européenne, puis aux États-Unis, avec l'accession à la Maison-Blanche du milliardaire Donald Trump — homme d'affaires et ex-animateur d'une émission de téléréalité. De nombreux commentateurs, à commencer par la journaliste Katharine Viner, du Guardian[5], ont interprété ces résultats comme la conséquence du fait que de plus en plus de citoyens anglo-saxons s'informent non plus par l'intermédiaire de la presse institutionnelle mais via les réseaux sociaux, comme Twitter ou Facebook, dont les utilisateurs ne sont pas soumis à la déontologie journalistique, notamment à la règle de vérification des faits, et peuvent donc véhiculer impunément de grandes quantités de mensonges[6].

En multipliant de façon exponentielle les fake news, les réseaux sociaux ouvriraient une nouvelle ère de l'information, parfois baptisée « ère post-vérité ».

Le fait que, souvent, les rédacteurs ne soient pas identifiables rend difficiles les procédures pour diffamation ou calomnie[7],[8],[9],[10]. Quant à l'inverse les fake news sont reconnues et revendiquées par des instances officielles, comme celles propagées en mai 2018 par les autorités ukrainiennes, cela pose d'autant plus crûment la question de la crédibilité de toute information[11],[12].

Les réactions face aux « infox » ne sont pas unanimes. Les GAFAM[n 2], des journaux et des gouvernements sont favorables à la lutte contre les fake news. À l'opposé, des mouvements politiques et des intellectuels jugent ce combat liberticide et dangereux. Selon eux, ni les groupes informatiques (GAFAM)[13],[14] ni les gouvernements n'ont de légitimité à déterminer ce qui est vrai et ce qui est faux, d'autant moins qu'ils sont eux-mêmes susceptibles de diffuser des fake news[15],[16],[17],[18].

Histoire[modifier | modifier le code]

En France le , une nouvelle loi punit « la publication ou la reproduction faite de mauvaise foi de nouvelles fausses de nature à troubler la paix »[19].

Origine[modifier | modifier le code]

Journalistes propageant des fausses nouvelles. Dessin du caricaturiste américain Frederick Burr Opper, 1894

On distingue souvent les motivations idéologiques et mercantiles[20].

Théories du complot[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Théorie du complot.

Un des buts les plus classiques des fake news est la propagation de théories du complot. Si celles-ci sont relativement discrètes dans les grands médias, elles abondent sur les réseaux sociaux, forums, sites spécialisés (la complosphère d'Alain Soral par exemple) et sites de partage de vidéos comme YouTube. Elles sont parfois propagées simplement pour le plaisir, mais plus souvent pour un motif plus profond, politique ou mercantile.

Groupes extrémistes, terroristes et radicaux[modifier | modifier le code]

Selon un rapport d'Europol de 2012, l’utilisation d’Internet par les mouvements terroristes et extrémistes violents, déjà importante, est en voie d'intensification. Le succès et la vitalité des réseaux sociaux (ou des forums) permettant de pallier le faible accès aux médias traditionnels, de diffuser des messages à des publics ciblés, mais aussi de recruter de nouveaux militants par la publication massive d'éléments de désinformation et de propagande[21]

Extrême droite, Russie et conservateurs[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Extrême droite sur Internet.

Les sites de propagande russe RT (anciennement Russia Today) et Sputnik diffusent des fake news à la gloire de la Russie et des partis d'extrême droite européens[22], en « amplifiant ce qui illustre aux yeux de Moscou un malaise français : la crise identitaire, les réfugiés, l'immigration ou encore la fracture sociale »[23], ou en défendant le régime syrien de Bachar el-Assad[24].

La fachosphère française surfe sur la même vague d'hystérie islamophobe et paranoïaque, qui a par exemple rebaptisé Alain Juppé en « Ali Juppé »[25],[20].

La chaine Arte, dans un « désintox », analyse l'utilisation d'« infox » par l'extrême droite américaine et montre, par exemple, la transformation, par l'Alt-right, de la vidéo d'un défilé religieux chiite faussement présenté comme une manifestation de réfugiés réclamant la charia en Angleterre, pour donner l'impression que l'islam menace l'Europe et les États-Unis[26]. En France, Marine Le Pen, en plein débat présidentiel, fait part d'une rumeur sur un prétendu compte détenu par Emmanuel Macron au paradis fiscal des Bahamas. La fake news, qui est apparue sur le forum anonyme anglophone 4chan, est « relayée par des comptes américains pro-Trump, […] importée en France par des comptes proches de la propagande russe (RT/Sputnik) » et devient quasi « officielle » lorsque la candidate l'évoque en direct sur le plateau. Les faux documents sont publiés peu avant sur des forums de discussion privés « où les cybermilitants de Marine Le pen coordonnent leurs attaques numériques et partagent leurs "fausses informations" ». Militants qui d'ailleurs « émettent eux-mêmes des doutes sur la fiabilité du document »[27].

Selon le quotidien Libération, Boulevard Voltaire, comme d'autres sites moins éminents de la fachosphère, s'est livré plusieurs fois à la désinformation par fake news, relayant par exemple une « intox » concernant une fausse nouvelle taxe sur les familles ou une citation inventée de Bernard Cazeneuve sur les racines chrétiennes de la France, et de nombreuses désinformations de droite et d'extrême droite comme l'affirmation que le « laxisme de Christiane Taubira » aurait « facilité la fuite » de 236 détenus (alors que la loi en question, sur les permissions, est antérieure au mandat de la ministre). Libération s'amuse, par ailleurs, que le site Boulevard Voltaire reconnaisse lui-même en 2017 que sa « famille de pensée » est « le groupe social qui diffuse le plus de fausses nouvelles ». Robin de La Roche, dans un article du site, déclare qu'il n’y a que dans les réseaux « de droite » que l’on trouve « un tel salmigondis d’idioties, de rumeurs infondées, de mélanges honteux, bref, de fausses informations ». Il cite par exemple « une rumeur complètement idiote sur l’ « oreillette » qu’aurait portée [Emmanuel Macron, lors] du débat présidentiel. Ridicule bêtise fondée sur une photo du cartilage de son oreille »[28].

Aux États-Unis, l'élection de Donald Trump s'est accompagnée de campagnes de désinformation massive soigneusement orchestrées par des « trolls » professionnels — la « Trump's Troll Army ». Parmi les exemples célèbres, Alex Jones et son site InfoWars, qui a participé à la théorie du complot du Pizzagate contre Hillary Clinton, ou le Breitbart News de Steve Bannon qui a diffusé des fausses informations sur des émeutes de réfugiés.

Lors de l'élection présidentielle brésilienne de 2018, des sites internets liés au candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro propagent de nombreuses fausses nouvelles sur le WEB, ciblant en particulier Fernando Haddad et le Parti des travailleurs[29],[30], [31]. Jair Bolsonaro lui-même en propage certaines, dénonçant par exemple « l'endoctrinement des enfants à l'homosexualité orchestré par le Parti des travailleurs ». À la télévision brésilienne, il brandit la version portugaise de l'album Le Guide du zizi sexuel (Zep, 2001) en affirmant qu'il fait partie d'un « kit gay » diffusé dans les écoles brésiliennes pour promouvoir l'homosexualité et constituerait « une porte ouverte vers la pédophilie ». Le manuel, destiné à expliquer la sexualité aux pré-adolescents, n'a en réalité jamais été distribué aux écoles[32].

Gouvernements ennemis[modifier | modifier le code]

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Les rivalités entre pays passent aussi par la diabolisation de l'ennemi, et donc bien souvent la désinformation à son égard.

Par exemple, d'après les spécialistes de la Corée du Nord Juliette Morillot et Dorian Malovic, « La Corée du Nord est l'un des rares pays pour lesquels faire fi de toute déontologie, affabuler ou ne pas vérifier ses sources et couramment accepté, même dans les grands titres de presse » : une ex-petite amie de Kim Jong-un exécutée avec onze musiciens pour avoir fait circuler des vidéos pornographiques (ou sinon une bible) ; l'oncle de Kim Jong-un dévoré par 120 chiens affamés ; la tante du leader nord-coréen empoisonnée sur ordre de ce dernier; le ministre nord-coréen de la Défense « explosé » au missile anti-aérien pour s’être assoupie lors d'un défilé ; l'architecte du nouvel aéroport de Pyongyang exécuté pour avoir déçu Kim-Jong un ; l’entraîneur de l'équipe de football nord-coréenne condamné aux travaux forcés pour les mauvais résultats de son équipe ; Kim Jong-un souffrant de « problèmes incontrôlés » d'alimentation et d'alcoolisme, etc. Ces fausses informations proviennent souvent des services secrets sud-coréens à des fins de propagande, ou sont inventées par des réfugiés qui reçoivent une rémunération pour cela[33].

Des fake news à propos de l'Amérique ou d'Israël circulent largement en Iran et dans de nombreux pays arabes, et inversement[réf. nécessaire].

Gouvernement[modifier | modifier le code]

Le contrôle des médias dans les dictatures a donné lieu à des politiques de fake news gouvernementales de longue date dans de nombreux pays, comme la Corée du Nord, mais on parlera plus volontiers dans ce genre de cas de propagande.

Donald Trump est parfois considéré par certains[Qui ?] comme le premier président d'un grand pays industrialisé à propager massivement des informations faussées trouvées sur internet[réf. nécessaire], notamment concernant les vaccins, qui selon lui sont la cause de l'augmentation dramatique du nombre de cas d'autisme[34], ou surtout sur le réchauffement climatique (qui serait, selon lui, « une invention des Chinois »[35]), obligeant parfois ses propres experts à publier des démentis[34]. Selon un décompte établi en août 2018 par The Washington Post, Donald Trump prononce en moyenne 7,5 fake news (contre-vérités, affirmations trompeuses ou exagérations) par jour (4 229 à cette date depuis le début de son mandat)[36]. Donald Trump et son administration accusent régulièrement les médias de répandre des fake news ; en janvier 2018, le président américain décide, sur Twitter, de décerner les « Fake news awards » aux journalistes qu’il juge malhonnêtes[36].

Dans le cadre du mouvement des gilets jaunes en 2018, des membres du gouvernement français, des députés et des militants LREM diffusent des fausses informations et des théories du complot[37]. C'est le cas de Gabriel Attal, Émilie Chalas, Aurore Bergé, Coralie Dubost et notamment Naïma Moutchou, rapporteure de la loi contre la manipulation de l’information[37],[38],[39].

Motifs mercantiles[modifier | modifier le code]

Une grande partie des fake news a un but mercantile : attirer des consommateurs vers une arnaque ou un marché parallèle, contrôlé par les auteurs de la rumeur.

Un des thèmes les plus touchés par la propagation de fake news est celui de la santé et du bien-être, secteurs extrêmement lucratifs et dans lesquels il est facile d'embrigader des naïfs pour leur proposer toutes sortes de recettes miracle. Ainsi, des youtubeurs comme le « chaman » Christian Tal Schaller multiplient les vidéos virales où il relaie toutes sortes de fake news sur la vaccination ou des maladies graves (cancer, sida), pour ensuite vendre ses livres et traitements « miracle » faits maison - pour lesquels il a déjà été plusieurs fois condamné[40].

Autre exemple, pendant l'élection américaine de 2016, les jeunes d'une ville de Macédoine en ont fabriqué pour s'attirer des revenus publicitaires[41].

Une enquête des « décodeurs » du journal Le Monde a identifié fin 2018 un informaticien français du nom de Johann Fakra comme la tête d'un réseau d'une trentaine de sites « piège à clics » de désinformation comprenant des sites et comptes Facebook de fausses informations à tendance sensationnaliste (Paye ton smile, Tranche de rire...), des sites complotistes (Cadoitsesavoir.fr, Onsaitcequonveutquonsache.com - supprimé en 2018 suite à des enquêtes -, La vérité sur notre monde, Réveillez-vous, Libre info, Esprits libres...) ou encore des sites de fausses informations de santé (Alter santé, Le Mag Santé, A ta bonne santé, Osons rêver d'un monde meilleur...)[42].

Sur Amazon de nombreux livres diffusant de fausses informations sur la vaccination ou l'oncologie par exemple, figurent parmi les meilleurs ventes ou en tête des recommandations. Début 2019, l'Organisation mondiale de la Santé et le Centers for Disease Control and Prevention dénoncent l'impact de la désinformation anti-vaccin sur la santé publique[43].

Discrédit des médias mainstream[modifier | modifier le code]

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Pour l'écrivain et éditeur australien Jeff Sparrow, les fake news ont pris une ampleur nouvelle entre le 11 septembre 2001 et l'invasion de l'Irak[44] ; cette période a connu plus d'un million de morts, des déplacements massifs de réfugiés dans le monde, l'apparition de l'État islamique et a coûté plus de mille milliards de dollars. Elle représente, selon le journaliste Gary Kamiya, l'« une des plus grandes défaillances de l'histoire des médias américains »[45]. Selon Sparrow, « la plupart des gens ont depuis reconnu le cynisme et la malhonnêteté sans pareils par lesquels l'opération Iraqi Freedom a ainsi été imposée à la nation américaine »[44]. Selon Kamiya, « toutes les branches des médias ont échoué » et « les mensonges […] de l'administration Bush, Blair et des autres pays impliqués n'ont pas été contestés, voire ont été activement promus »[44], et la révélation des mensonges d’État orchestrés par l'administration Bush a entraîné un mouvement de défiance du public à l'égard des médias mainstream, et donc le succès de certains médias alternatifs. Selon Jeff Sparrow, contrairement à ce qui est souvent supposé, les lecteurs ne confondent pas les fake news avec les nouvelles « grand-public ». Selon lui, une partie de l'audience de ces sites conspirationnistes, comme Infowars.com, ne les consulte pas par accident mais précisément parce que ce sont des médias non officiels[44].

Alain Finkielkraut dénonce les Fake News colportées par des organes de lutte contre la désinformation. Il cite en particulier les Décodeurs du journal Le Monde. « La désintox devient le ministère de la vérité orwellien qu'elle prétend combattre »[46].

Selon Marcel Gauchet, la post-vérité est une conséquence du politiquement correct. Il faut concevoir les fake news comme une réaction aux « euphémismes lénifiants et aux interdits sournois dictés par le moralisme officiel ». Les fake news seraient une réaction à la censure insidieuse des aspects de la réalité sur lesquelles la bienséance a commandé de jeter le voile[47].

Affaiblissement du discours des experts[modifier | modifier le code]

L'affaiblissement du discours des experts laisse le champ-libre aux fake news. La défiance généralisée à l'égard des experts trouve son origine dans l'utilisation de ces même experts pour produire des fake news comme par exemple l’utilisation du discours scientifique par l'industrie du tabac ou des pesticides pour nier les dangers de leurs produits[46].

L'utilisation des expertises économiques pour servir de garants à des discours politiques participe également à la fragilisation des experts[46].

Propagation des fake news[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ère post-vérité.

Les fake news ont toujours existé[48]. Cependant, leur diffusion et par conséquent leur influence est aujourd'hui plus importante grâce à leur viralité et le mode de fonctionnement de certains des moyens de communication modernes.[49] Bien que les médias d'actualité classiques restent prédominants sur les autres médias, les médias développés sur internet occupent aujourd'hui une place dans le rapport à l'actualité du public[50]. Parmi ces médias, on retrouve des versions numériques de la presse écrite, des sites spécialement dédiés à l’actualité ou encore les réseaux sociaux (par exemple Facebook, Twitter, Instagram,... ) [51]. Les réseaux sociaux n'ont pas été initialement conçus dans l'objectif de devenir un média d'actualité. Cependant, l'évolution de la consommation du public en termes d'actualité ainsi que la facilité de partage de l'information ont fait des réseaux sociaux une importante source d'information pour le public[51]. Les réseaux sociaux se caractérisent par la vitesse de circulation des contenus ainsi que la non-vérification des informations par les réseaux. Ces spécificités font des réseaux sociaux un média où il est relativement simple de partager des fake news [52].

Pourquoi les fake news se propagent[modifier | modifier le code]

Une première raison à la diffusion des fake news est la surabondance d'information. Les propos mensongers auxquels les individus sont soumis se perdent dans le flux d'informations[53]. Les fakes news, bien qu'elles aient été identifiées comme fausses, deviennent donc banales et plutôt que de susciter la polémique, elles tendent à accroître la méfiance envers les instances et les experts[53]. Or, la diffusion des fake news croît particulièrement lorsque la confiance vis à vis des élites dirigeantes diminue. En effet, la méfiance entraine une altération des repères qui permettent à l'individu de juger de la véracité des faits. Il s'ensuit un climat de doute qui pousse certaines personnes enclines à la naïveté ou au complotisme à diffuser des contenus pourtant démentis par les experts [53].

Le côté souvent extravagant et bruyant que les fake news comportent joue également un rôle dans leur propagation. Au milieu de l'abondance des informations, la valeur émotionnelle que celles-ci comportent les fait se démarquer au milieu des autres informations. Finalement, bien que l'information soit fausse, l'extravagance de celle-ci fait plus parler d'elle et supplante la véracité des faits.


Le public est également responsable de la propagation des fake news. En effet, en raison de facteurs tels que la naïveté ou la paresse cognitive, le public partage des informations non vérifiées[53]. Ces informations sont la plupart du temps partagées dans un le objectif positif ; le partage d'informations jugées importantes par l'individu aux personnes de son entourage. Cependant, cette approche affective ainsi que la recherche de reconnaissance a pour effet le partage de mauvaises informations et finalement, désinforme le public plutôt que de l'informer[53].

La diffusion des fake news influence également la propension du public à les croire. La répétition de l'information dans le temps ainsi que la variété des sources (officielles ou non) relayant l'information provoquent un effet boule de neige. En effet, plus l'information est relayée, plus le public estime que celle-ci doit être vraie. La diffusion massive des fake news influence donc de manière négative la capacité du public à identifier une information comme étant fausse[53].

Comment les fake news se propagent[modifier | modifier le code]

L'objectif des concepteurs des fake news est d'atteindre la viralité afin qu'un maximum d'individus et de plateformes partagent le contenu. Ainsi, le succès des fake news adopte la forme d'une trompette[54] : au départ, le nombre de partages est modéré (le tuyau), essentiellement cantonné à des groupes fermés, puis avec l'implication d'individus ou de plates-formes (groupes Facebook, comptes Twitter influents...) celle-ci grandit de manière exponentielle, et atteint un succès avec lequel les éventuelles pages démentant l'information sur la base des faits ne pourront jamais espérer : la fake news fait alors irrémédiablement partie de l'opinion d'une partie du public, et influe sur leurs comportements[54].



De nos jours, certains sites internet peuvent facilement se présenter visuellement comme des organes de presse de grande ampleur alors qu'ils ne sont en réalité que des blogs[55]. Leurs articles se donnant toutes les apparences formelles d'une enquête journalistique sérieuse peuvent ainsi se diffuser rapidement sur les réseaux sociaux selon le principe du marketing viral[56]. C'est par exemple le cas aux États-Unis d'un site conspirationniste comme NSBC International, et ses émanations canadienne Globalresearch.ca et française Réseau international. Ceux-ci publient régulièrement de faux articles journalistiques « prouvant » à chaque fois que les vaccins sont des inventions diaboliques, en citant des études scientifiques imaginaires ou falsifiées[57]. L'emploi du terme « international » dans le nom de ces sites est utilisé dans un but de mystification quant à leur ampleur réelle, généralement géré par une poignée de personnes sans qualification professionnelle (avec un recours récurrent au pseudonyme ou au faux-nez pour augmenter artificiellement le nombre apparent de journalistes[58]). Une des figures argumentatives caractéristiques de ces sites est l'usage systématique de l'« appel à la peur »[59],[60].

Les abonnements à des « fils » Facebook ou Twitter sont particulièrement efficace pour diffuser des fake news : ainsi, il suffit de créer un compte qui va publier régulièrement des articles d'apparence anodine et consensuelle, souvent sur le thème de la santé, afin d'obtenir un maximum de « likes », de partages et d'abonnés. Une fois acquise la confiance d'un large public, des informations de plus en plus douteuses pourront y être distillées, faisant la promotion d'une « médecine alternative » ou l'apologie d'une position politique ou idéologique particulière. Par exemple, Florian Gouthière, journaliste scientifique et chroniqueur santé sur France 5, analyse le très populaire fil Facebook francophone santeplusmag dans ces termes :

« cet engouement repose sur l'intuition du public. Les articles flattent envies, besoins et préjugés du lecteur. Et puis au pire, cela ne fera pas de mal [...] Ce genre d'article présente un ton séduisant, divertissant, complice. "L'article dialogue avec nous comme un collègue à la machine à café, analyse Florian Gouthière. On a envie de connaître l'anecdote qu'il va nous livrer." Mais au fond, on s'accoutume à ces idées. Et lorsqu'on va les rencontrer sur d'autres sites, petit à petit, on les remet moins en cause, et voire même les intègre. "Jusqu'à ce que nous même les colportions à la machine à café"[58]. »

Influence[modifier | modifier le code]

Sur l'opinion[modifier | modifier le code]

Les fake news (traduction littérale : « informations fausses ou truquées ») font partie d'un phénomène mondial et leur impact est planétaire[61]. La capacité des fausses nouvelles à induire en erreur entraîne une perception erronée de la vérité et, conséquemment, des jugements erronés relativement aux actions et aux politiques appropriées. Les fausses nouvelles sont répandues par les médias sociaux et les sites de fausses nouvelles, qui se spécialisent dans la création de contenu attirant l'attention et imitant le format de sources fiables[62],[63], mais aussi par des hommes politiques[64] ou par les plus grands médias[65] avec des visées politiques. Elles sont parfois utilisées dans les pièges à clics et l'hameçonnage par courriel, présentant du contenu sensationnaliste pour inciter les utilisateurs à cliquer sur un lien, ce qui permet à l'envoyeur d'infecter leur ordinateur avec un logiciel malveillant[66].

Lors des élections[modifier | modifier le code]

Des études anciennes, réalisées dès 1940, montrent que les informations n'ont généralement que peu d'influence directe sur le résultat des élections[67].

Pour des chercheurs de l'université de New York ou de Stanford qui ont étudié les fake news durant la campagne présidentielle américaine de 2016, elles ont eu peu d'influence sur l'opinion et n'ont pas modifié le résultat au profit de Donald Trump[68]. Les fake news ont beaucoup de portée mais peu d’impact[67].

Le , dans le contexte de l'Affaire du Russiagate, Rod Rosenstein, Procureur général adjoint des États-Unis invite les Américains à « faire preuve de prudence avant d'accorder de la crédibilité à des informations attribuées à des fonctionnaires non identifiés ». Il a ajouté que « Le ministère de la Justice a depuis longtemps adopté une politique de ne pas confirmer ou nier de telles allégations »[69].

Lors de la campagne présidentielle de 2017, quatre chercheurs, Oscar Barrera et Ekaterina Zhuravskaya de la Paris School of Economics et Sergei Guriev et Emeric Henry de Sciences Po Paris, établissent, à partir d'une étude menée auprès de 2 500 électeurs, que « le fact-checking échoue complètement à contrecarrer l'effet persuasif des arguments populistes fondés sur les faits alternatifs »[70].

Dans le domaine de la santé[modifier | modifier le code]

L'un des terrains de prédilection des fake news est la santé, marché énorme et thème très facilement viral sur les réseaux sociaux. Ainsi, la généralisation des réseaux comme Facebook a vu l'émergence d'une véritable industrie de la fake news médicale, avec des sites suivis par plusieurs millions de personnes et énumérant sur un ton sensationnaliste et toujours affirmatif, voire autoritaire, toutes sortes de fausses informations médicales, comme des « remèdes miracles » contre l'obésité, le cancer ou d'autres maladies complexes, relayant des idées conspirationnistes et anti-scientifiques contre la médecine, et nourrissant leur flux d'informations fantaisiste sur toutes sortes d'aliments ou de traitements, sans nom d'auteur ni source ou référence médicale[71]. Les plus populaires sont Santé+Magazine (site détenu par un ancien cuisinier marocain reconverti dans l'e-business, devenu Santé Plus Mag) avec plus de 7 millions d'abonnés, mais aussi Santenatureinnovation.com, Sante-nutrition.org, Topsante.org ou encore Altersante.fr (détenu par un informaticien français professionnel des pièges à clics)[42], tous massivement partagés par des internautes naïfs[71]. Aucun de ces sites n'est tenu par des médecins diplômés (ou même un quelconque personnel médical qualifié), et une grande partie appartiennent à des officines opaques utilisant de fausses identités et de fausses adresses de siège social[71].

L'un des fils les plus actifs sur le Facebook francophone, Santeplusmag (738 178 abonnés sur Facebook et plusieurs millions de partages, géré par l'homme d'affaires marocain Othman Kabbaj), diffuse essentiellement des informations exagérées ou fausses, aux titres racoleurs et bien souvent dénichées sur des sites qui colportent des rumeurs : « On y trouve pèle-mêle des révélations sur l'existence d'un vaccin contre le cancer, d'aliments bien plus efficaces que n'importe quel antidépresseur, de potions magiques pour maigrir, mais aussi des faits divers sordides ou des conseils sexualité farfelus et sexistes. [...] les articles sont écrits par une petite dizaine d'auteurs signant sous des pseudos qui laissent rêveur tels que "Noam Thérapie", "Jad Thérapeute" ou "Adam Yoga" »[58].

Les fake news virales sur les réseau sociaux sont considérées comme un des principaux vecteurs de la « controverse sur la vaccination » et de celle concernant le réchauffement climatique, ainsi que de la propagation de pseudo-médecines.

Sur la mémoire[modifier | modifier le code]

Une étude démontre que les articles de journaux ou les reportages télévisés qui contiennent des détails exagérés sont plus susceptibles de mener à des souvenirs erronés que les articles ou les reportages corrects. Afin d'expliquer cela, les résultats de cette étude supposent que les détails exagérés encouragent le cerveau à créer des pensées et des images qui vont au-delà des informations transmises par les médias, et que ce sont ces pensées qui empêchent aux individus de se rappeler correctement de ce qu'ils ont lu dans le journal ou vu à la télévision.[72]

Vulnérabilité face aux fake news[modifier | modifier le code]

Lorsque les individus sont confrontés à des fake news, leurs croyances et attitudes par rapport à l'objet de celles-ci peuvent être influencées. Cette vulnérabilité dépend de facteurs individuels et s'explique par différents mécanismes.

Différences individuelles[modifier | modifier le code]

Différents facteurs individuels peuvent influer la vulnérabilité d'un individu face aux fakes news.

Concernant le facteur âge, les résultats d'une première étude démontrent que, selon les conditions, les plus jeunes et les personnes âgées commettent autant d'erreurs de désinformation[73]. Les résultats d'une seconde étude orientée sur le partage de faux articles lors de la campagne présidentielle américaine de 2016 démontrent que, les personnes âgées de plus de 65 ans ont partagé près de sept fois plus d'articles qui concernent de la fausse actualité que les personnes plus jeunes[74].

Concernant les facteurs de personnalité, une étude menée sur 436 étudiants universitaires en Chine démontre que certaines dimensions qui proviennent du test de personnalité TCI-R influencent la relation qu'ont les individus avec les fake news.

  • La première de ces dimensions est l'évitement du danger. Le fait d'être anxieux protège des fake news. À l'inverse, être moins anxieux rend plus vulnérable aux fake news.
  • La seconde de ces dimensions est la coopération, la dépendance à la récompense. Le fait d'être coopératif, doté d'empathie ou en constante recherche d'approbation sociale n'aide pas à remettre en question les fake news et augmente la tendance à y croire.
  • La dernière de ces dimensions est l'autodétermination. Les individus à haut niveau d'auto-détermination seraient plus vulnérables. Le fait pour un individu d'avoir une perception trop positive de sa capacité à se souvenir des informations lui ferait généralement préférer se fier à des suggestions provenant d'autrui plutôt que de donner l'impression de ne pas avoir une bonne mémoire[75].

Processus qui favorisent la vulnérabilité[modifier | modifier le code]

Certains travaux fondateurs en Psychologie Sociale nous alertent sur notre "tendance à croire" toute information qui est dite argumentée.

Une étude démontre qu'il suffit de fournir aux individus un simple placebo de justification sans aucune validité pour obtenir d'eux de les dépasser dans la file du photocopieur universitaire, à même titre que si l'information fournie était réelle. Selon cette étude, il s'agit du principe d'économie cognitive qui prend le relais et qui épargne à l'interlocuteur le coût du traitement sémantique de ces informations en le plongeant dans une légère torpeur. Elle baptise cet état celui d'"abêtissement".

Cette paresse cognitive se retrouve dans l'ensemble de la vie sociale. Elle se traduit à travers la tendance à juger le bien-fondé d'une information sur base de la structure argumentaire qui l'accompagne et non sur son contenu. En d'autres termes, une fake news est rapidement perçue comme plus valide qu'elle ne l'est vraiment dès lors qu'une connexion se présente entre un objet controversé qui doit être légitimé et une source de légitimité. La paresse cognitive pousse à la confiance, un individu préfère ainsi postuler qu'une information est vraie plutôt que de vérifier par lui-même[52].

Malgré cette tendance à croire, les individus ont du mal à admettre leur vulnérabilité face aux fake news.

Non seulement l'individu a tendance à croire aux fake news, mais il a aussi tendance à croire que les autres sont plus naïfs que lui face à elles.

Le processus que l'on appelle "l'effet troisième personne" est un phénomène qui consiste à penser que les autres sont plus vulnérables que nous le sommes à l'influence persuasive des médias sociaux[76]. Si vous ne croyez pas aux fake news, mais que vous êtes persuadés que d'autres individus peuvent y croire, alors vous êtes sensible à cet effet.

L'effet troisième personne se retrouve plus particulièrement dans les situations qui peuvent avoir un impact social négatif, par exemple dans les informations, les campagnes politiques, et les médias sociaux. Des chercheurs ont d'ailleurs démontré que l'appartenance à un parti politique y joue un rôle. En effet, on aura plus tendance à croire que les membres de l'exogroupe sont plus vulnérables que les membres de l'endogroupe. Par exemple, dans le contexte politique belge, un membre du Parti Socialiste serait susceptible de penser que les membres du Mouvement Réformateur (parti rival) sont plus vulnérables aux fake news que ceux de leur propre parti.

Une seconde étude menée par des chercheurs américains démontre que l'identification à un parti, les effets sociaux indésirables, et l'efficacité de la politique, augmentent l'effet troisième personne[77].

Lutte contre les fake news[modifier | modifier le code]

Visuel réalisé par le site FactCheck.org

Par les GAFAM[modifier | modifier le code]

First Draft et Google News Lab ont lancé le projet CrossCheck[78] de contrôle des fake news auquel se sont associées des rédactions françaises et américaines. Claire Wardle de First Draft « établit une typologie de "fake news", qui va du mauvais journalisme à la propagande en passant par la parodie ou le contenu politique orienté »[79]. En réalité, lutter contre les fake news est difficile car en parler, même pour démentir, c'est contribuer à les répandre[79].

De même, Facebook tente des mesures pour endiguer la propagation de fake news sur le réseau social, par exemple en pénalisant les médias suspectés d'en être les vecteurs[80].

Lors de l'élection présidentielle française de 2017, Facebook a annoncé avoir supprimé plus de 30 000 comptes[81].

Les mesures prises par les GAFAM ont attiré de nombreuses critiques en particulier après les incidents du rassemblement « Unite the Right » à Charlottesville en 2017. Ce que ces mesures ont mis en lumière, est qu'Internet est dans les faits un ensemble de services de base. La plupart de ces services sont détenus et gérés par des sociétés privées, qui hébergent le contenu et donnent aux utilisateurs la possibilité de le consulter ou d’en créer de nouveaux. Si ces fournisseurs de services de base ne veulent pas de quelque chose sur Internet, ils peuvent le censurer et le faire disparaître d'internet dans le monde entier[82]. Ce contrôle d'Internet est dans les faits concentré dans les mains de quelques entreprises massives qui font tout pour que le public n'en soit pas conscient[82]. Suite à la mise en place de cette censure, l’éditorialiste Tucker Carlson s’est inquiété de l’absence de contrôle de ces opérateurs de services Web et a proposé que les autorités publiques s'assurent que Google n’entrave plus la libre circulation de l'information[83]. Selon Carlson, « Google est en 2017 la société la plus puissante de l'histoire du monde. Google contrôle la réalité et a déjà démontré une volonté troublante de fausser cette réalité à des fins idéologiques »[84]. Réagissant à un blocage des revenus grâce aux contenus publicitaires de centaines de vidéos sur Youtube, SkyNews écrit « c'est de l'intimidation. Le débat n'existe plus »[85] (voir aussi Censure de l'Internet#Principaux opérateurs de services Web).

Les fake news peuvent être aussi diffusées sous forme de messages sponsorisés sur les médias sociaux. En , Facebook indique qu'aux États-Unis, les publicités politiques seront clairement labellisées, l’identité de l’annonceur apparaîtra avec des informations complètes sur les campagnes de publicité qu'il a financé[86]. Un moteur de recherche permet aussi de connaitre les publicités politiques sur Facebook et Instagram par annonceur ou par mot-clé. Cet outil est disponible en France, mais seules les contenus destinés au public américain sont indexés[86].

Pour lutter contre les fausses nouvelles, Facebook s'est aussi associé avec une trentaine de médias dont Libération, le Monde et l'AFP en France[87]. En novembre 2018, ce partenariat concernait quatre langues et dix pays dont les États-Unis, le Mexique, le Nigeria, la Turquie, le Pakistan, l'Inde, les Philippines, le Brésil, le Canada et la France. Le réseau de surveillance doit encore être agrandi mais une étude des Décodeurs du « Monde » montre que le nombre d’engagements suscités par un éventail de 630 sites francophones avec des contenus douteux a diminué de moitié entre 2015 et 2018[88]. En février 2019, le site web d'information Snopes annonce qu'il quitte le programme de vérification des données de Facebook car certains journalistes doutent de son efficacité[89].

UE[modifier | modifier le code]

En 2017, Mariya Gabriel, commissaire au numérique de la Commission européenne, annonce le lancement d'une consultation publique et la mise en place d'un groupe d'expert afin d'en tirer des recommandations et des bonnes pratiques[90].

En France[modifier | modifier le code]

Situation générale[modifier | modifier le code]

Lors de ses vœux à la presse, en janvier 2018, le Président français Emmanuel Macron annonce un projet de loi visant à lutter contre les fake news en donnant notamment la possibilité de saisir un juge et de déréférencer ou bloquer certains sites concernés. Les pouvoirs du CSA devraient également être accrus afin de lutter contre toute ingérence de médias étrangers[91]. La proposition a suscité de nombreuses réactions, notamment de Olivier Auguste de L'Opinion, qui souligne que plusieurs affaires, comme celle du Rainbow Warrior ou du nuage de Tchernobyl, ont démontré que « la puissance publique n’est pas par nature garante de la vérité »[17]. Pour le chef du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, « Seuls les régimes autoritaires prétendent au contrôle de la vérité. On sait ce qu‘il peut en coûter »[17]. Pour Clémentine Autain, personnalité politique classée à gauche, la liberté de la presse et la démocratie sont en jeu[92].

À l'instar de nombreux sites de « debunking », les « décodeurs » du Monde.fr signalent régulièrement différents sites web et pages Facebook populaires qui relaient massivement des fake news, par exemple à caractère médical comme Santé+Magazine (« remèdes miracles » contre l'obésité, le cancer ou d'autres maladies complexes, déclarations conspirationnistes et anti-scientifiques contre la médecine, informations fantaisistes sur toutes sortes d'aliments ou de traitements, etc.)[71]. On peut également citer « Checknews » (mis en place par Libération) ou « Les Observateurs » de France 24[93].

L'Agence France Presse a également mis en service fin 2017 un service baptisé « AFP Factuel », animé par le journaliste Guillaume Daudin et défini comme un « blog de fact-checking, qui tente de démonter toutes ces rumeurs infondées qui polluent le débat public »[93]. Ce service a signé un contrat avec Facebook France, qui fait remonter les informations douteuse à l'AFP et en diminue la promotion s'il s'agit de fake news. Ce service est désormais présent dans 13 pays, et dans quatre langues : en français, en anglais, en espagnol et en portugais[93].

Propositions de lois relatives à la lutte contre les fausses informations[modifier | modifier le code]

Le , l'Assemblée nationale française adopte deux propositions de loi — une loi organique visant l'élection présidentielle et une loi ordinaire pour les autres scrutins[94]. La procédure envisagée devrait permettre de demander à la justice, par voie de référé, le retrait de « toute allégation ou imputation d’un fait dépourvue d’éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable [qui serait diffusée] de manière délibérée, de manière artificielle ou automatisée [et] de nature à altérer la sincérité du scrutin[94] ». Le Sénat est appelé à examiner le projet dans le cadre de la procédure législative habituelle. L'expression « fake news » peut être remplacée par « infox »[95], compression de « information » et « intoxication »[96]. Ainsi, la recommandation de la Commission d'enrichissement de la langue française[97] a été publiée ce jeudi 4 octobre 2018 au Journal officiel[98].

Après examen en commissions des lois et de la culture, le Sénat vote en faveur de motions « tendant à opposer la question préalable » et rejette par deux fois les propositions —  le 26 juillet et le 6 novembre 2018. L'Assemblée nationale, quant à elle, adopte de nouveau les textes, le 9 octobre et le 20 novembre. Le 21 novembre, le Conseil constitutionnel enregistre deux saisines[n 3] « l'une présentée par plus de 60 sénateurs, et l'autre par le Premier ministre »[100].

Fausse nouvelle et fake news[modifier | modifier le code]

Pour l'avocat Emmanuel Pierrat il n'y aurait pas besoin d'une loi sur les fake news puisqu'il existe déjà un délit de fausse nouvelle en France et que de nombreux textes encadrent le délit de fausses nouvelles. Lors d'une interview diffusée sur une chaîne d'information le , il pose la question de savoir « Quelle est l’utilité de créer un délit de fake news qui ressemble peu ou prou au délit de fausse nouvelle ? »[101].

Les défenseurs de cette thèse considèrent le terme anglais de fake news comme la stricte traduction du terme français de fausses nouvelles, le mot anglais « fake » se traduisant par les mots français « faux » falsifié, truqué[102].

Le sens de ces appellations serait donc que (et elles disent que) le législateur « a déjà prévu tout cela depuis fort longtemps, avec le délit de fausse nouvelle et le délit de diffamation qui encadrent correctement aujourd'hui les choses »[103] notamment via :

  • l'article 27 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse[104],[19].
  • l'article 322-14 du code pénal (modifié par l'ordonnance du 19 septembre 2000) lié à la Loi no 92-685 du 22 juillet 1992.
  • l’article L.97 du Code électoral[105].
  • l’article L465-1 du code monétaire et financier, modifié par la Loi no 2016-819 du 21 juin 2016[106].

En Allemagne[modifier | modifier le code]

En Allemagne, une nouvelle législation contre les discours haineux est entrée en vigueur le . Le nouveau dispositif législatif suscite des critiques notamment du journal allemand Bild qui dénonce une législation qu‘il juge liberticide[107].

Dans les domaines scientifiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Junk science.

Le phénomène des fake news s'étend de plus en plus au domaine de la recherche : selon plusieurs études concordantes, la communauté scientifique internationale compterait à ce jour près de 140.000 tricheurs dans ses rangs, soit 2 % au moins de ses membres. Dans la littérature scientifique biomédicale indexée dans Medline, la principale base de données bibliographiques dans le domaine, le taux de rétractation d'articles pour fraude a été multiplié par dix depuis 1975. Selon une analyse sociologique portant sur plusieurs milliers de chercheurs, 2 % des scientifiques, toutes disciplines confondues, admettent avoir falsifié des résultats pendant leur carrière et 14 % déclarent connaître des collègues fraudeurs. Les fraudes biomédicales sont en tête (43,4 %) des rétractations d'articles scientifiques constatées entre 1977 et 2012, selon « PNAS » : sur 2.047 articles publiés et rétractés dans le secteur, plus de la moitié (53,2 %) l'ont été pour fraude ou plagiat. Dans une étude publiée en 2015 dans « BMC Medecine », deux chercheurs de la Hanken School of Economics d'Helsinki ont estimé à environ 8.000 le nombre de revues scientifiques douteuses ou de piètre réputation. Selon leurs calculs, la quantité d'articles suspects publiés par ces titres aurait dépassé 400.000. Ils auraient été multipliés par huit en quatre ans[108].

Les différentes formes utilisées dans les fake news posent de nombreuses difficultés à la diffusion et la reconnaissance des avancées scientifiques aujourd'hui. La science est régulièrement la cible de campagnes de fake news[109], en particulier la controverse sur la vaccination, le réchauffement climatique ou encore le créationnisme, et bien sûr la santé.

La science n’est pas exempte d’erreurs et d’approximations, d’autant plus que les faits sont souvent issus d’expériences complexes. Les auteurs de fake news utilisent souvent des cas particuliers pour contredire des faits scientifiques étayés par de très nombreux travaux, ou publient de fausses études scientifiques dans des revues peu regardantes (« junk science »).

Pour lutter contre ces désinformations propagées par les réseaux sociaux, les scientifiques doivent trouver et pratiquer d'autres formes de communication[109].

Prévalence de la diffusion de fake news[modifier | modifier le code]

Une étude menée par des chercheurs en science politique américains, publiée dans Science Advances en 2019, caractérise les profils de personnes qui diffusent de fausses informations sur Facebook. La grande majorité des utilisateurs ne partage pas d'article provenant de sites diffusant des fake news[110]. L'âge est le principal critère permettant de déterminer la propension à partager des fake news. Au États-Unis, les seniors diffusent plus facilement de fausses informations que les autres Américains. Ils partagent près de sept fois plus d'articles provenant de faux sites d'actualités que ceux appartenant au groupe d'âge le plus jeune. Pour éviter le développement des fake news, l'éducation aux médias ne doit donc pas seulement concerner les jeunes générations mais l'ensemble de la population[111].

Tous les pays à fort développement des réseaux sociaux semblent touchés par le phénomène des fake news. Les plus sinistrés sont les pays démocratiques très peuplés où la population est peu éduquée : Inde, Brésil, Nigeria... Mais même des pays comme le Canada sont profondément touchés[93].

Les questions autour des fake news[modifier | modifier le code]

Peut-on utiliser la lutte contre les Fake News à d'autres finalités ?[modifier | modifier le code]

Pour Pascal Froissart[79] de l'Université Paris VIII, les fake news permettent surtout « de détourner l'attention sur un non sujet », non sujet souvent beaucoup plus propice au débat que des sujets plus sérieux sur des questions de fonds. Certains gouvernements utilisent la lutte contre les Fake News comme prétexte pour réduire au silence des forces politiques d'opposition comme au Cameroun fin 2016[112].

Les Fake News et la question de la vérité[modifier | modifier le code]

L'identification des fake news soulève la question importante de qui peut objectivement déterminer ce qui est vrai de ce qui est faux[68]. Le spécialiste américain des médias Edward Herman a ironisé en 2017 sur la façon dont The New York Times, parmi d'autres médias mainstream, « ont exprimé bruyamment leur consternation face à la diffusion grandissante des "fake news" » alors même que ces journaux « diffusent régulièrement leurs propres formes de fake news, en relayant des informations fausses ou biaisées fournies par la sécurité nationale ou d'autres branches du gouvernement »[15]. De même en France, selon Charlotte d'Ornellas journaliste au journal d'extrême-droite Valeurs actuelles, tous les médias « classiques » dont l'audiovisuel publique propagent des fake news comme la dénégation du risque d'infiltration de la vague migratoire liée à la guerre en Syrie par l'État islamique qui s'est révélée vraie par la suite[113].

Pour Pascal Froissart, enseignant-chercheur, spécialiste de la rumeur, « Le grand danger, c'est de donner la responsabilité à l’État de dire le vrai du faux »[67].

Atteintes à la liberté d’expression[modifier | modifier le code]

Pour Jacob Mchangama, un avocat danois et fondateur d'un groupe de réflexion qui défend la liberté d'expression, la lutte contre les fake news sur les réseaux sociaux est comparable à la lutte des inquisiteurs religieux qui publièrent un index des travaux interdits, mis à jour régulièrement jusqu'au vingtième siècle. L'église justifiait alors l'existence de cette liste en arguant que « la liberté de croyance » était pernicieuse à la fois pour l'individu errant et, par extension, pour la société. Selon Jacob Mchangama, la meilleure réponse au fake news est « de débattre et non de brandir une paire de menottes »[114].

Pour Emmanuel Todd, la menace n’est pas celle des Fake news mais l’autoritarisme d’État et sa volonté de contrôler les opinions. Les élites « ne comprennent plus la réalité qu’elles ont elles-mêmes créée, le comportement des électorats, Trump, le Brexit…, elles veulent interdire. Non content d’avoir le monopole de la violence légitime, l’État voudrait s’assurer le monopole des Fake news » [...] « s’il y a bien un producteur de Fake news à contrôler c’est l’État »[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La langue anglaise différencie false, que l'on traduit par « faux » et qui sous-entend la notion d'erreur, et fake, qui signifie « truqué » et sous-entend l'intention (délibérée) d'induire en erreur.
  2. GAFAM est un acronyme formé de l'initiale des cinq grandes firmes américaines qui dominent le marché du numérique : Google ; Apple ; Facebook ; Amazon et Microsoft.
  3. La saisine suspend le délai de promulgation de la loi[99].

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Essai[modifier | modifier le code]

Roman[modifier | modifier le code]

Ouvrages historiques

  • David Colon, La manipulation de masse dans le monde contemporain, Paris, Belin, 2019.
  • Philippe Bourdin et Stéphane Le Bras (dir.), Les fausses nouvelles : un millénaire de bruits et de rumeurs dans l'espace public français, Clermont-Ferrand, PUBP, 2018.