L'Utopie

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L'Utopie
ou
La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie
Image illustrative de l’article L'Utopie
Gravure de la carte de l'île d'Utopie par Ambrosius Holbein, pour les éditions imprimées en 1518 chez Johann Froben.

Dans le coin en bas à gauche, le voyageur Raphaël Hythlodée pointe l'île d'Utopie à Thomas More.


Auteur Thomas More
Pays Angleterre
Genre Satire
Version originale
Langue Latin
Titre De Optimo Reipublicæ Statu, deque nova insula Utopia
Éditeur Dirk Martens (imprimeur)
Lieu de parution Louvain (Dix-Sept Provinces)
Date de parution 1516

L'Utopie est un ouvrage de Thomas More écrit en latin et publié en 1516. Thomas Morus (latinisé) fut un chanoine, juriste, historien, philosophe, humaniste, théologien et homme politique anglais.

La page de titre de la première édition en 1516 indique Libellus vere aureus, nec minus salutaris quam festivus. De optimo rei publicae statu, deque nova insula Utopia[1]. Le titre arrêté pour l'édition ne varietur en novembre 1518 est De Optimo Rei Publicae Statu, deque nova Insula Utopia (La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie)[2].

Il s'agit d'un livre fondateur pour la pensée utopiste. Désormais entré dans le langage courant, le mot « utopie » provient du titre abrégé de cet ouvrage, qui connut un succès particulier en France au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle sous le titre Utopie.

Pour comprendre cette œuvre qu'est L'Utopie, il faut d'abord s'intéresser à la vie de son auteur, puis replacer ce livre dans son époque et son cercle humaniste, ensuite il faut lire et relire ce livre, regarder comment il fut écrit et, surtout, ne jamais oublier son titre originel Un vrai livre d'or, non moins salutaire qu'agréable, sur la meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie.

Sommaire

L'auteur[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Thomas More.

Une biographie de l'auteur jusqu'au moment de la publication de L'Utopie est nécessaire pour saisir comment Th. More entremêle le vrai et le faux dans le texte de son Utopie[3].

Né à Londres le 7 février 1478, Th. More est le fils de l'homme de loi londonien John More (c. 1451-1530)[4], et d'Agnes More[5]. En 1490, Th. More entre en qualité de page dans la maison de John Morton[6], nommé archevêque de Cantorbéry en 1486 grand chancelier du royaume en 1490 et Cardinal en 1493. Th. More n'a que douze ans lorsqu'il commence son initiation politique auprès de cet homme. Il reçoit une formation intellectuelle de qualité et apprend les règles du savoir vivre : le page devait servir à table[7].

More part étudier à l'université d'Oxford à partir de 1491[8], au Cantorbéry College dont Morton est le protecteur. Il y étudia le Grec auprès de William Grocyn et Thomas Linacre[9]. En 1494, « à son grand regret, son père le rappela à Londres pour apprendre le droit[9] » à New Inn ; puis en 1496, à dix-huit ans, il entre comme étudiant à Lincoln's Inn, « où il obtient le grade de utter barrister, bachelier en droit en 1498, il est inscrit au barreau avec le titre de barrister[10]. » Parmi ses maîtres John Colet et Érasme, qu'il rencontre en 1499 chez Lord Mountjoy, deviendront ses amis. En 1501, More est nommé bencher, membre du conseil des avocats et élu par ses pairs, reader, professeur de droit à Lincoln's Inn[10]. Il donne des conférences publiques sur le De Civitate Dei de Saint Augustin (La Cité de Dieu) et, inscrit à vingt-et-un ans au barreau des avocats, il devient l'avocat des marchands de la City. « Entre 1501 et 1505, More prend pension à la Chartreuse de Londres et y mène une vie de prière et d'étude où il acquiert une connaissance approfondie de la Bible[10]. » À partir de 1504 il devint Membre du Parlement et entra à la Chambre des Communes, il s'éleva contre les taxes demandées par le roi Henri VII « à l'occasion du mariage de la princesse Marguerite avec le roi d'Écosse[9]. »

Entre 1507-1508 : « Son père qui s'est élevé contre les exigences de Henri VII en matière de taxation et d'impôts est enfermé dans la Tour de Londres. Th. More qui tolère mal l'intransigeance tyrannique d'Henri VII s'éloigne de l'Angleterre et dans sa lettre à Dorp (1515) il parle de son voyage d'études sur le continent. Il séjourne à Louvain et à Paris, cherchant à mieux connaître la vie des universités dont il observe l'organisation et les méthodes d'enseignement[11]. »

En 1509 « Henri VIII, qui se pique d'humanisme et d'amitié pour les humanistes, monte sur le trône au milieu d'un indicible enthousiasme et Th. More salue l'évènement d'une élégie latine où une espérance sincère se lit sous les hyperboles habituelles[12]. » Th. More revient à Londres, et reprend sa profession d'avocat. Débute la seconde partie d'une brillante activité politique de plus de vingt ans. D'abord, « Henri VIII, lors d'une audience, remarque More et le prie d'entrer à son service[11]. » Puis, Th. More fut élu juge (under-sheriff, ou vice-shérif) en 1510 par les habitants de Londres, il redevient l'avocat des marchands de la cité[11] et, en 1512, il est élu au Parlement[13]. Ensuite, en 1514 : il entra au service du tout-puissant cardinal Thomas Wolsey, comme administrateur de ses biens ; il fut nommé par le roi maître des requêtes ; il atteignit le sommet de l'échelle académique : il devint Lent Reader à Lincoln's Inn. « En 1515, les négociants de la ville lui demandent de se joindre à une mission commerciale qu'ils envoient aux Pays-Bas[14]. » Le roi, officiellement, l'envoya en missions diplomatiques et commerciales aux Pays-Bas à Bruges puis à Anvers de mai à octobre 1515, où il rédigea L'Utopie[15], puis à Calais (1517) ; enfin, en 1517, Henri VIII le nomma à son Conseil Privé[16],[17].

Après L'Utopie, plus brièvement : Henri VIII conviera Th. More au Camp du Drap d'Or en juin 1520 ; il l'anoblira en 1521 ; en 1523, Th. More deviendra président de la Chambre des Communes ; le roi l'enverra à Amiens en 1527[18] et à Cambrai en 1529 pour la signature des traités de paix entre la France et l'Angleterre[14]. En octobre 1529, Henri VIII lui offrira la succession de Wolsey et le nommera chancelier d'Angleterre[14]. En 1534, Th. More refusera de prêter serment à l'acte du Parlement anglais validant le mariage d'Henri VIII et Anne Boleyn, après un second refus il sera envoyé à la Tour de Londres puis mis au secret à la fin de l'année ; Th. More sera jugé le 1er juillet 1535, le 6 juillet du même mois Henri VIII fera décapiter Th. More[19].

Contexte[modifier | modifier le code]

Repères historiques[modifier | modifier le code]

Quelques dates d'évènements et de faits historiques permettront de comprendre quelques références et quelques allusions présentes dans le texte de L'Utopie :

  • 1300 (autour de), en Angleterre, réalisation de la carte de Hereford, une mappa mundi représentant la totalité du monde connu ;
  • 1412, en Angleterre, la tour de l'horloge de St Albans est achevée ;
  • 1450, en Angleterre, Révolte paysanne de John Cade, dont les rangs sont grossis de soldats en attente de leur solde ;
  • 1451, parution du premier livre européen imprimé avec des caractères mobiles, il s'agit de la grammaire latine de Donatus publiée par Gutenberg[20] ;
  • 1455, en Angleterre, la bataille de Saint Albans, qui oppose le clan royal des Lancastre (dont l’emblème est une rose rouge) au clan York (qui arbore une rose blanche), ouvre la Guerre des Deux-Roses ;
  • 1465, De officiis de Cicéron est le premier ouvrage au monde imprimé en latin, par Johann Fust et Peter Schoeffer à Mayence ;
  • 1469 (à 1475), le Portugais Fernão Gomes explore la côte occidentale de l’Afrique équatoriale. Par la suite, les Portugais découvrent la Côte-de-l'Or (Ghana actuel) et avancent jusqu'à la côte du Gabon[21] ;
  • 1476, en Angleterre, William Caxton installe dans une dépendance de l’abbaye de Westminster la première presse à imprimer d’Angleterre ;
  • 1485, en Angleterre, le 22 août : fin de la Guerre des Deux-Roses, victoire d'Henri Tudor ; le 7 novembre le Parlement d'Angleterre reconnaît Henri VII comme roi d'Angleterre ;
  • 1489, en Angleterre, le 28 avril : soulèvement du Yorkshire ; aussi : premières mesures pour restreindre l'« enclosure », qui entraîne le développement de pâturages clos aux dépens des biens communaux ;
  • 1492, découverte de l'Amérique par Christophe Colomb ;
  • 1496, en Angleterre, le 5 mars : Henri VII s'attache les services du navigateur vénitien Jean Cabot par lettre patente pour découvrir des terres inconnues[22] ;
  • 1497, le 10 mai : départ du « Premier voyage » d'Amerigo Vespucci sous pavillon espagnol, retour en octobre 1498 (La participation de Vespucci à ce voyage est discutée) ;
  • 1497, en Angleterre, 14 juin : révolte anti-fiscale de Cornouailles, bataille de Guildford ; le 17 juin, les rebelles de Cornouailles, conduit par Michael An Gof, sont écrasés à la bataille de Deptford Bridge ou de Blackheath.
  • 1499, le 16 mai : départ de Cadix de l'expédition d’Alonso de Ojeda, Juan de la Cosa et d’Amerigo Vespucci le long des côtes du Venezuela et de Guyane, dit « Deuxième voyage » (La participation de Vespucci à ce voyage est attestée). Ils atteignent la côte Nord du Brésil (retour le 8 septembre 1500)[23] ;
  • 1501, Érasme rédige une préface pour le De officiis de Cicéron ;
  • 1503, Érasme publie Enchiridion militis christiani ;
  • 1503, en mars-avril, dans sa lettre Mundus Novus, le navigateur Amerigo Vespucci émet l'hypothèse que les terres découvertes par Christophe Colomb ne sont pas les Indes mais un nouveau continent ;
  • vers 1504-1508, l'horloger Peter Henlein, de Nuremberg fabrique des montres portatives.
  • 1507, parution d'un petit ouvrage en latin intitulé Cosmographiae Introductio, accompagné de deux cartes imprimées ; le cartographe allemand Martin Waldseemuller et le lettré alsacien Matthias Ringmann y nomment le Nouveau Monde America (Amérique), dérivé du prénom d'Amerigo Vespucci ;
  • 1508, début de la guerre de la Ligue de Cambrai ;
  • 1511, Érasme publie l'Éloge de la Folie ;
  • 1512, en Angleterre, le 6 février : à Londres le doyen de la cathédrale Saint-Paul, John Colet, dénonce dans un sermon « la manière séculière et mondaine de vivre du clergé » et exhorte les prélats à « (faire) que soient respectées les lois contre la faute de simonie » ou celles qui « commandent la résidence personnelle des curés dans les paroisses » ;
  • 1516, Érasme propose sa traduction du Novum Testamentum.

Le royaume d'Angleterre au début du XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Associés aux repères historiques mentionnés ci-dessus, ce bref tour d'horizon du royaume d'Angleterre permettra de saisir comment L'Utopie s'inscrit dans son temps.

Entre féodalité et modernité[modifier | modifier le code]

Portrait d'Henri VII tenant une Rose Tudor et portant un collier de l'Ordre de la Toison d'Or, datant de 1505, par un artiste inconnu, National Portrait Gallery, Londres.

Thomas More naît en 1478 durant la Guerre des Deux-Roses. En 1485, Richard III (du clan York) est vaincu et tué à la bataille de Bosworth. La couronne est offerte à Henri Tudor (du clan Lancastre, descendant de Catherine de Valois) ; il prend le nom d’Henri VII, épouse Elisabeth d’York (fille d’Édouard IV) et choisit pour emblème la rose Tudor (rose double : rouge au cœur blanc), qui symbolise la réconciliation entre Lancastriens et Yorkistes. La guerre des Deux Roses est terminée. En cette fin de XVe siècle, l'Angleterre ne compte que quatre millions et demi d’habitants, à peine plus que l'Écosse, et elle se retrouve exsangue des suites de la guerre des Deux Roses. Toutefois, Henri VII, par une politique mercantiliste, s’emploie à développer l’industrie et le commerce, il favorise l’expansion maritime et laisse à sa mort en 1509 un royaume prospère et pacifié. En 1509 débute le règne d'Henri VIII, âgé de 18 ans ; il est ce prince idéal, intelligent et cultivé que Th. More espérait pour le royaume. Henri VIII deviendra par la suite un tyran ventripotent et sanguinaire, non sans avoir posé les bases de l’Angleterre moderne.

Parmi ces bases, on trouve les prodromes d'une nouvelle forme d'organisation politique : l'État moderne[24]. Certes, nombre d'éléments du régime féodal sont encore présents au début du XVIe siècle, néanmoins le régime anglais se transforme. Une nouvelle conception du souverain apparaît : « La transition décisive est celle du passage de l'idée du souverain "défendant son état" (c'est-à-dire ni plus ni moins que préservant sa place) à celle de l'existence d'un ordre légal et constitué séparé, celui de l'État, que le souverain à le devoir de défendre[25]. » Au Livre I de L'Utopie, des propos mis dans la bouche du personnage « Raphaël Hythlodée » par Th. More expriment ce changement de perspective sur les devoirs du souverain[26].

Aussi, lorsque cette nouvelle conception du souverain commence à être formulée au cours du XVe siècle, un organe du pouvoir voit sa place confortée : « le gouvernement des grandes principautés et des monarchies d’Europe associe au pouvoir personnel des princes l’aristocratie féodale et les élites urbaines tandis que s’affirme une bureaucratie en voie d’intégration nobiliaire. […]. Au sommet de la pyramide gouvernementale, le Conseil est l’organe qui gouverne et qui, en premier et en dernier ressort, lie le prince aux territoires sur lesquels il exerce sa souveraineté[27]. » Au début du XVIe siècle, Th. More fait partie de ces élites urbaines ; il sera l'un des rares « clercs laïcs » présent au conseil du roi et figurera parmi ses membres les plus actifs[28].

Th. More fut un membre actif de cette autre institution du pouvoir anglais qui gagnera en importance par la suite, le Parlement anglais. Th. More commence sa carrière politique en étant élu membre de la Chambre des Communes en 1504, avec fermeté il vote contre une demande de 113 000 Livres que réclame Henri VII pour le mariage de la Princesse Margaret avec le roi d'Écosse[11]. En 1512 Strode, membre du Parlement, est condamné à une amende qu’il refuse de payer, il est conduit en prison et empêché de défendre un texte législatif. Le Parlement annule la décision de la juridiction locale, consacrant ainsi l’immunité du parlementaire (avec l’adoption du Privilege of Parliament Act 1512)[29] et affirmant, par la même, son rôle dans la politique du royaume. Plus tard en 1523, Th. More prononcera une Petition for Freedom of Free Speech lors de son premier discours comme Speaker de la Chambre des Communes : il défendra la liberté du Parlement de discuter des affaires publiques sans intrusion de la Couronne ou de ses mandataires[30].

Une économie qui redémarre[modifier | modifier le code]

Autre base de l'Angleterre moderne plongeant ses racines au XVe siècle, le redressement de l'économie après une longue dépression qui débute peu avant le milieu du XIVe siècle. Cette dépression fut caractérisée par une baisse de la production agricole résultant de la baisse des surfaces cultivées, par une diminution du commerce (notamment international) et par le déclin de la prospérité urbaine. « Le développement de l'industrie rurale du textile ne suffit pas à contrebalancer le déclin des villes et la baisse des exportations, dont le produit principal, dans la période antérieure, avait été la laine brute, destinée aux industries flamandes, brabançonnes et italiennes[31]. »

Carte du monde Universalis Cosmographia (1507, Martin Waldseemüller). Le nom "America" apparaît dans la partie basse du continent sud-américain.

Pire, cette industrie rurale du textile, qui « était l'industrie anglaise la plus importante du bas moyen âge »[32], fut celle « qui excita le mouvement d'enclosure au XVe siècle »[32] ; à tel point que des troubles sociaux dus à l'enclosure eurent lieu avant le milieu XVe siècle et que ce mouvement d'enclosure devient un scandale public au XVIe siècle[33]. Pour synthétiser : certains nobles « voyant que l'industrie textile fournissait un marché de la laine constant et tendant à s'élargir — sans que les prix de la laine subissent des variations —, se rendaient compte que les frais d'élevage étaient inférieurs à ceux de la culture et plus profitables que la perception des loyers auprès d'une paysannerie intransigeante »[34]. Ainsi, il fut plus rentable d’élever des moutons et de vendre la laine à l’industrie que de travailler la terre. Certains nobles usèrent même de leur autorité pour passer outre les lois et prirent possession de terres communales que, jusqu'à lors, les paysans se partageaient et cultivaient pour leur propre consommation. Ce mouvement d'enclosure amplifia la raréfaction des terres cultivables et par suite celle de la nourriture et, par contrecoup, l'augmentation du prix des denrées et, autre conséquence, ce mouvement jeta sur les routes nombre d'ouvriers agricoles qui se retrouvèrent au chômage. Henri VII prit des mesures pour lutter contre ce mouvement à la fin du XVe siècle ; mais, sous le règne d'Henri VIII, l'expansion des enclosures reprend de plus belle.

Tandis que la situation dans les campagnes se dégrade, Londres confirme sa place de premier foyer commercial et de principal centre financier de l'Angleterre en ce début de XVIe siècle. À cette époque, le Palais de Westminster est encore la résidence royale, et les membres de la cour du roi résident à Londres ou dans ses environs. La Merchants of the Staple et la Company of Merchant Adventurers of London fleurissent grâce au commerce extérieur, qu'Henri VIII s'efforce de soutenir. De Londres partent différentes marchandises destinées au continent : de la laine et des draps, des produits alimentaires (poisson, blé et bière), ainsi que d'autres produits divers (charbon et tuiles par exemple). Le principal port d'arrivée de ces marchandises sur le continent est celui de la ville d'Anvers.

Henri VIII après son couronnement en 1509. (Portrait attribué à Meynnart Wewyck)

Guerres et religion[modifier | modifier le code]

Au début du XVIe siècle Henri VIII entreprend différentes guerres, soit pour reconquérir des territoires perdus durant le Guerre de Cent Ans, soit pour gagner d'autres territoires sur le royaume de France. En 1511, il rejoint la Ligue catholique dirigée contre la France. En 1513 il rejoint la ligue de Malines, avec ses troupes ils battent une armée française à Guinegatte dans le Pas-de-Calais et s'emparent de Tournai lors de la célèbre bataille des Éperons. Le Traité de Londres du 14 octobre 1518 entérine la restitution de Tournai à la France contre 600 000 couronnes.

Un dernier point important doit être mentionné : « Au début du XVIe siècle, l’Angleterre appar[aît] comme un royaume catholique modèle. Les rois Tudor, qui exhib[ent] leur piété de manière théâtrale, pourv[oient] leur épiscopat d’administrateurs de talent, d’humanistes érudits, et — à l’occasion — d’hommes possédant une réelle envergure spirituelle[35]. » À l'exception des dissidents chrétiens appelés Lollards, dont le nombre d'adeptes ne cesse de décroître, et à l'exception d'une petite communauté juive, « tous les habitants des îles étaient des chrétiens baptisés[35]. » En 1516 lorsque paraît L'Utopie, les 95 thèses de Martin Luther ne sont pas encore affichées (1517) et Henri VIII, depuis son mariage avec Catherine d'Aragon en 1509, apporte un soutien sans faille à la papauté. À cette époque, Th. More est toujours optimisme quant à la diffusion du christianisme.

L'humanisme[modifier | modifier le code]

Thomas More inscrit ses activités et ses œuvres au sein de la République des Lettres. Cette « res publica literaria » est un réseau informel de lettrés constitué par des hommes qui appartiennent à la « res publica christiana » et dont les activités sont diverses (philologie, traduction, édition, etc.). La République des Lettres « est d’emblée animée d’un idéal d’accomplissement moral, intellectuel et politique qui s’identifie dans l’image idéalisée de l'orator cicéronien et s’incarne dans des offices — chancelier ou secrétaire, ambassadeur, conseiller du prince — permettant de mettre un savoir-faire au service de la chose publique[36]. »

Cette « image idéalisée » fut modelée lorsque l'humanisme prit son essor dans l'Italie du XIVe siècle. L'humanisme est un mouvement culturel fondé sur un retour aux auteurs de l’Antiquité : il prône le renouveau des études des humanités (les studia humanitatis) et il propose une nouvelle vision de la place de l’homme dans le monde[37]. Progressivement, l'humanisme s'impose comme un modèle culturel dominant à l’échelle européenne, il réévalue et réinterprète l'héritage européen : les manuscrits copiés et conservés au fil du temps qui ont transmis les œuvres des « autorités » (Platon, Aristote, Cicéron, etc.), les vestiges monumentaux qui jonchent les cités (à Rome par exemple), ou encore les figures des grands hommes représentées dans l’iconographie ou évoquées dans la littérature[38]. « Mais cette mémoire survit aussi, plus profondément, dans le langage (grâce au latin surtout) et dans les systèmes de représentation politique et sociale. De tels legs constituent un réservoir d’idées, de formes et de valeurs communes, en somme, qui fait l’objet de multiples réemplois. C’est sur ce terreau que se développe l’humanisme et, avec lui, une conscience nouvelle du rapport des Européens à leur passé, appelée à s’imposer avec le terme de "Renaissance"[38]. »

Lors de leur première rencontre en 1499 chez Lord Mountjoy, c'est Érasme qui introduisit et présenta à Th. More cette République des Lettres[39]. Ainsi, dans la lignée humaniste, Th. More et son ami William Lilly traduisent des épigrammes grecques en latin en 1501, et en 1506 il publie sa traduction des Dialogues de Lucien de Samosate ; dans une perspective nouvelle, il écrit des poèmes en anglais et il rédige des épigrammes (dont certains seront compilés dans les éditions de L'Utopie parues en 1518). En 1511, Th. More publie sa traduction de la vie et de quelques écrits de Jean Pic de la Mirandole, qu'il traduit du latin sous le titre The Life of Pico della Mirandola, The Writings of the Same[13]. Aussi, Th. More participe activement aux discussions qui animent l'humanisme contemporain en rédigeant de longues lettres.

« En effet, l’un des principaux vecteurs de cohésion de cette communauté de savants est l’échange de lettres grâce auxquelles sont partagées, puis relayées à plus large échelle encore, les découvertes de textes ou de monuments antiques, les nouveautés sur les traductions et les œuvres à la mode, les informations sur les possibles patrons, sur les amitiés, mais aussi sur les conflits et les polémiques entre pairs partageant, sinon le même statut social, du moins des pratiques et des goûts communs[36]. »

Ces échanges épistolaires sont souvent accompagnés d'échanges de livres : « la "République des lettres" se confond en réalité avec le patrimoine commun des belles lettres (literae humaniores), grâce auxquelles les hommes pratiquant les "humanités" peuvent acquérir la vertu et s’employer au bien commun[36]. » Dès la première édition de L'Utopie, Érasme et Th. More jouent avec ces codes propres à la communauté humaniste : des lettres d'amis humanistes précèdent le texte de L'Utopie. Dans les autres éditions qu'ils supervisent, Érasme et Th. More ajoutent et suppriment des lettres jusqu'à, finalement, entourer le texte Utopie de lettres.

Un succès éditorial[modifier | modifier le code]

Marque d'imprimeur de Thierry Martens, à la dernière page de la première édition du livre Utopia publié en 1516. (« Source gallica.bnf.fr / BNF »)

L'Utopie paraît à la fin de l'année 1516 chez l’éditeur Thierry Martens de Louvain en Brabant (Pays-Bas des Habsbourg). Thomas More participe alors pleinement au renouveau de la pensée qui caractérise la Renaissance, ainsi qu'à l'humanisme dont il est le plus illustre représentant anglais. « À cette époque, More est le premier avocat de Londres, tenu en grande estime par le roi aussi bien que le peuple de la cité[14]. » Au début de l'année 1516, les accords préparés lors de la mission en Flandre de 1515 furent signés ; Th. More est désormais établi dans la bourgeoisie londonienne[40].

L'ouvrage, auquel contribuèrent quelques humanistes de renom, connut un succès immédiat au sein de la République des Lettres. La diffusion de L'Utopie dans les milieux lettrés ou influents de l'époque fut dirigée de main de maître par Th. More, Érasme et Pierre Gilles : « Thomas Lupset, Cuthbert Tunstall, Lord Mountjoy, William Warham, Richard Pace, en Angleterre ; Jean le Sauvage, Guillaume Budé, Pierre le Barbier, Guy Morillon, Jean Ruelle, Guillaume Cop, en France ; Jean Desmarais, Jérôme de Busleyden, Cornelis de Schrijver, Gerhard Geldenhauer, en Flandres ; Martin Luther, Willibald Pirckheimer, Beatus Rhenanus, en Allemagne ; Antonio Bonvisi, Aloïs Mariano, en Italie, sont quelques-uns des érudits dont les noms paraissent, à propos de l'Utopie, dans les correspondances du temps[41]. »

Les humanistes qui se consacraient à la redécouverte de l’Antiquité et de ses savoirs, les clercs qui s’interrogeaient sur le présent et l’avenir de l’Église romaine, les magistrats au service du droit et des États, ainsi que les bourgeois instruits des villes marchandes, assurèrent la réputation de L'Utopie[42]. Rapidement, de nouvelles éditions furent publiées : en 1517 chez Gilles de Gourmont à Paris et en 1518 chez Johann Froben à Bâle. D'autres éditeurs entreprirent de publier L'Utopie, par exemple : les Giunta à Florence et l'imprimerie des Manuce à Venise en 1519.

T. Martens, l’éditeur brabançon qui en avait eu la primeur, tira huit rééditions de la première édition entre 1516 et 1520[42]. Quant au célèbre J. Froben de Bâle, il imprima deux éditions différentes de L'Utopie (mars et novembre), dont la version définitive.

L'Utopie fut rapidement traduit en langues vernaculaires : l'allemand à Basel en 1524[43], l'italien à Venise en 1548[44], le français à Paris en 1550[45], l'anglais à Londres en 1551[46] et le hollandais à Anvers en 1553[47].

Entrer en Utopia[modifier | modifier le code]

Quatre éditions[modifier | modifier le code]

Page 19 de l'édition de novembre 1518 chez Johann Froben. C'est la page de la « Lettre-Préface » où Th. More nomme pour la première fois son livre Utopia. Au deux dernières lignes, il s'adresse à son ami Pierre Gilles : « j'ai terminé L'Utopie et je vous l'envoie, cher Pierre ». (Édition « GF », p. 75)

Le contexte de rédaction de L'Utopie est celui des découvertes de contrées inconnues ; celui où, grâce au développement de l'imprimerie, les récits de voyage rencontrent un grand succès ; celui, enfin, de la République des lettres et des échanges épistolaires soutenus entre humanistes. Thomas More, qui fut un lecteur de Lucien de Samosate dont il apprécia les Histoires vraies, conçu le projet d'une édition de L'Utopie qui singerait les éditions de récits de voyage[48]. De son vivant, assisté de Pierre Gilles (qui fut éditeur et correcteur chez T. Martens) et d'Érasme (qui édita et publia des livres chez T. Martens et chez J. Froben), Th. More composa quatre éditions de L'Utopie chez trois éditeurs différents.

Il demanda à ses amis humanistes, Érasme, P. Gilles, J. Desmarais, G. Budé, J. de Busleyden, G. Geldenhauer et C. Schrijver, de rédiger des lettres, des poèmes et de faire graver des cartes pour authentifier son texte, dont une carte gravée par Ambrosius Holbein[49] ; deux frontispices furent gravés par Hans Holbein le Jeune ; enfin, plus d'une centaine de manchettes[50] attribuées[51] à. P. Gilles et/ou à Érasme parsèment le texte de la « Lettre-Préface » et les Livres I & II de L'Utopie[52]. (Ces documents forment un ensemble appelé paratextes, ou parerga).

Les quatre éditions, celle chez Thierry Martens[53], celle chez Gilles de Gourmont[54] et celles chez Johann Froben[55],[56], proposent des paratextes différents et les ordonnent différemment[57]. Ce n'est qu'à la troisième édition chez J. Froben que l'ordonnancement et le nombre de ces paratextes furent arrêtés, et c'est la quatrième édition de L'Utopie, toujours chez Froben, qui scella définitivement la composition de l'œuvre. (Voir en annexe pour le détail de chaque édition)

Au gré des éditions postérieures et des traductions successives une partie seulement, la plupart du temps aucun, de ces paratextes furent repris ; parfois pire, par exemple : dans la première traduction de L'Utopie en allemand en 1524, Claudius Cantiuncula ne traduisit que le Livre II afin de proposer l'organisation de l'île d'Utopie « comme solution concrète aux problèmes de la ville de Bâle[58]. » Le livre et le texte présentés ainsi, la lecture et la compréhension de L'Utopie furent complètement modifiées[59],[60]. Par ailleurs, ces éditions[61] et ces traductions postérieures[62],[63] ne s'appuyèrent pas toutes sur la même édition de L'Utopie en latin, pas sur la même œuvre ; ceci pourrait, en partie, expliquer les différentes réceptions de cette œuvre et les diverses interprétations qui en furent faites.

Aujourd'hui, exceptées les éditions de référence (voir la bibliographie), la plupart des éditions contemporaines de L'Utopie ne reprennent ni ne suivent la quatrième édition définitive de L'Utopie, ou alors elles proposent des paratextes séparément[64]. « Ces coupures et reconfigurations des éditions originales paraissent extrêmement significatives : elles nous semblent étroitement liées à une lecture de L’Utopie qui paraît déformée par notre conception moderne du livre et de l’auteur[65]. » Aussi, ôter ses paratextes à L'Utopie, c'est effacer son intention et son ambition d'occuper les discussions des humanistes en Europe : « lettres d'Érasme le Hollandais à Froben le Suisse, de Budé le Parisien à Lupset le Londonien, de Pierre Gilles d'Anvers à Busleyden de Malines, de Busleyden à Thomas More ; pièces en vers de Geldenhauer [le Hollandais], de Schryver [le Flamand], Desmarais ; lettre de ce dernier, qui est orateur de l'université de Louvain ; enfin, et peut-être surtout, alphabet Utopien, dont l'exécution obligea Thierry Martens à une dépense considérable, indice de son importance mystérieuse[66]. »

Un livre adressé aux humanistes[modifier | modifier le code]

L'Utopie fut écrit dans un latin de lettrés[67] et pour des lettrés[68]. « À une époque où les langues vernaculaires acquièrent une pleine dignité, le latin devient la langue distinctive d’un groupe social et intellectuel restreint qui, à travers la maîtrise de ce dernier, revendique un rôle administratif et politique[69]. » La question de la réception de L'Utopie au sein de la communauté humaniste lors de sa parution reste toujours discutée[70],[71] : en pleine redécouverte de l'Antiquité, L'Utopie fut-il lu comme un livre mettant en balance l'otium, ou vita contemplativa, et le negotium, ou vita activa, dans la vie d'un humaniste[72],[73] ? Alors qu'Érasme publiait sa traduction du Nouveau Testament, L'Utopie, dont le texte est émaillé de références à la Bible, fut-il un appel à l'ailleurs, un écrit porteur d'une nouvelle spiritualité[74] ? Au vu des actions politiques des princes contemporains, L'Utopie fut-il lu comme une satire politique ? Ou plutôt, au vu de l'engagement des humanistes auprès des princes, L'Utopie fut-il lu comme un livre de « miroir des princes »[75] ? Ou encore : lors même que le développement de l'imprimerie accélérait la diffusion des récits de voyage et que la littérature apparaissait comme un genre à part entière, L'Utopie fut-il lu comme une création littéraire novatrice[76] ?

Lettre de Pierre Gilles à Jérôme de Busleyden, édition de 1516 chez Thierry Martens. (« Source gallica.bnf.fr / BNF »)
En bas de cette page figure le début de la lettre de Jérôme de Busleyden à Pierre Gilles, édition de 1516 chez Thierry Martens. Au-dessus, se trouvent la fin du poème de Jean Desmarais, puis les poèmes de Gerhard Geldenhauer et de Cornelis de Schrijver. (« Source gallica.bnf.fr / BNF »)

Pour comprendre la singularité de L'Utopie, il faut mentionner quelques livres célèbres qui furent rédigés et publiés en même temps ou peu après. Thomas More publia L'Utopie en 1516, Érasme publia son Institutio principis christiani en 1516[77], Guillaume Budé publia De l'institution du prince en 1547 et Nicolas Machiavel publia Le Prince, rédigé en 1513, en 1531[78]. L'Utopie est entouré de « miroirs des princes » et de « livres de conseils »[79], c'est-à-dire de livres dont la portée et la visée politiques sont manifestes ; des livres adressés à des princes : Érasme adresse son livre au futur Charles Quint, G. Budé adresse son livre à François Ier et Machiavel adresse le sien à Laurent II de Médicis.

Au premier abord, L'Utopie semble emprunter au canon du miroir des princes : le prince y est mentionné dès la première page, Henry VIII ; ensuite, la portée et la visée politiques sont manifestes, la question des enclosures ou celle des inégalités sociales sont abordées sans détour. Pour autant, au second abord, L'Utopie ne s'y conforme pas : le livre n'est pas adressé ni même dédicacé au prince ; aussi, le Livre I est une discussion entre conseillers du prince et le Livre II décrit une république lointaine, l'île d'Utopie. Enfin, le fait que cette discussion et cette description soient rapportées avec perplexité par Th. More éloigne ce texte des certitudes et des conduites d'habitude suggérées par les miroirs des princes.

Plus vraisemblablement, L'Utopie serait destinée aux humanistes[80],[81],[82] qui se retrouvent, ou souhaitent être en position de conseiller le prince[83]. Ainsi, deux lettres significatives entourent le texte L'Utopie[84] : la lettre de P. Gilles à Jérôme de Busleyden et la lettre de J. de Busleyden à Th. More. En 1516, lors de la publication de L'Utopie, J. de Busleyden est membre du Grand Conseil de Malines puis, en 1517, il devient le conseiller du Prince Charles, ou Charles de Castille et futur Charles Quint[85]. Aussi, au Livre I, le dialogue entre Raphaël Hythlodée, P. Gilles et Th. More tourne autour de la manière de conseiller un prince et des difficultés rencontrées lorsque des conseils sont avancés[86] ; tandis que le héros de L'Utopie R. Hythlodée refuse de conseiller un prince[87] Th. More est, dans la réalité, déjà approché pour devenir conseiller du roi. Quant au Livre II, la description de l'île d'Utopie par R. Hythlodée présente des exemples qui, apparemment, devraient être suggérés au prince. Le personnage More dit au dialogue du Livre I :

« Il est bien évident, cher Raphaël, que vous n'êtes altéré ni de richesse, ni de puissance ; un homme qui pense comme vous m'inspire, à moi, autant de respect que le plus grand seigneur. Il me semble toutefois que vous feriez une chose digne de vous, de votre esprit si noble, si vraiment philosophe, en acceptant, fût-ce au prix de quelque inconvénient personnel, d'utiliser votre intelligence et votre savoir-faire au bénéfice de la chose publique. Et vous ne pourriez le faire plus efficacement qu'en entrant dans le conseil de quelque grand prince, auquel, j'en suis sûr d'avance, vous donneriez des avis conformes à l'honneur et à la justice. Car c'est du prince que ruissellent sur le peuple entier, comme d'une source intarissable, les biens et les maux[88]. »

Dans une note pour éclairer ce passage, Marie Delcourt rappelle que « More entra au Conseil du Roi en octobre 1517, au moment où paraissait à Paris, un an après la première, la seconde édition de L'Utopie »[89]. Et elle ajoute : « Il décrit ici, en les mettant dans la bouche de son contradicteur [R. Hythlodée], les difficultés qu'il est sûr de rencontrer mais qu'il accepte d'avance[89]. » Entre la première édition de 1516 et l'édition finale de novembre 1518, Th. More ne changea pas un seul mot de son texte.

Cette brève mise en contexte du livre ne clôt pas la question de son interprétation : la « Lettre-Préface », le Livre I et le Livre II sont riches de sens et abordent d'autres questions (politiques, éthiques, philosophiques, économiques…) ; par ailleurs, il ne faut pas oublier que l'ensemble des paratextes ajoutent et superposent d'autres couches de sens à L'Utopie. (Voir plus bas « Interprétations »)

Un titre non moins politique que plaisant[modifier | modifier le code]

Ce titre, L'Utopie, est construit à partir d'un mot de la langue grecque : « topos » (τοπος), un mot qui signifie « lieu » ou « région ». Thomas More, latiniste et helléniste[90], associa à ce terme « topos » un préfixe négatif : « ou » (οὐ), qui peut se traduire « non » ou « ne… …pas » . Ceci donne le mot « ou-topos » (οὐ-τοπος) qui, latinisé, devient « Utopia »[91],[92] ; et qui peut se traduire : « en aucun lieu » ou « lieu qui n'est nulle part » [93]. À l'origine, ce livre devait porter un titre latin : « Nusquama », dérivé du latin « nusquam » qui signifie « nulle part »[94],[95]. Ce n'est que peu de temps avant la première édition du livre[96] que Th. More inventa ce mot de toute pièce, Utopia ; un mot qui est le premier indice donné au lecteur érudit (helléniste et latiniste) que ce dernier va parcourir des pages qui entremêlent le vrai et le faux sur un mode distrayant[97]. Mais il y a plus. Dès la première édition de L'Utopie, dans les paratextes qui accompagnent le texte, Th. More et ses amis humanistes enrichirent et élargirent le sens du néologisme Outopos. Dans le « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu d'Hythlodée par sa sœur », poème intitulé « L'île d'Utopie » (voir ci-contre à droite), le lecteur peut lire :

« Sizain d'Anémolius, poète lauréat » (vraisemblablement écrit par Th. More), édition de 1516 chez Thierry Martens. (« Source gallica.bnf.fr / BNF »)

« Utopie, pour mon isolement par les anciens nommée,
Émule à présent de la platonicienne cité,
Sur elle, peut-être l'emportant (car, ce qu'avec des lettres
Elle dessina, moi seule je l'ai montré
Avec des hommes, des ressources et d'excellentes lois)
Eutopie, à bon droit, c'est le nom qu'on me doit[98]. »

Ainsi : « Outopos, le non-lieu, peut se lire aussi eutopos, le lieu du bonheur. Paradoxe : lieu d'un bonheur prétendu de nulle part, mais ce nulle part est un topos. Utopia est une cité de discours qui établit les fondements d'une cité égalitaire avec des exemples concrets[99]. » Ce n'est pas tout. Dans sa lettre à Thomas Lupset, Guillaume Budé introduit une nouvelle variation dans le titre de ce livre : « Quant à l'île d'Utopie qui, à ce que j'entends, s'appelle même Udépotie, par une heureuse et singulière fortune, s'il faut en croire ce qu'on nous en rapporte, elle s'est imprégnée des usages chrétiens et de l'authentique et vraie sagesse dans la vie publique et dans la vie privée »[100]. Dans sa note complémentaire, André Prévost précise : « "Udépotie", du mot grec, oὐδέποτε, jamais. Joignant le burlesque à la contrepèterie, Budé fait de l'Île-de-nulle-part, Oὐτοπος, l'Île-de-jamais[101]. »

Dans son invention, dans son vocable grec, ce mot recèle une ambiguïté : « Utopia, lieu de nulle part, ou bien Udetopia, lieu d'aucun temps, ou bien Eudetopia, lieu de félicité où tout est bien ; pluralité de sens, pluralité d'inspirations, pluralité de formes comme si, à travers le jeu introduit par cette pluralité, L'Utopie parvenait à conquérir son unicité et l'auteur à préserver sa liberté[102]. » Pour Simone Goyard-Fabre ce mot Utopia doit être bien compris : « Sous le signe du négatif et de l'anti-réalité, le pays de Nulle-Part est tout ensemble u-topie et u-chronie. Mais, en fabriquant à plaisir un vocabulaire ésotérique et provoquant, More ne cède nullement aux sortilèges de la fantasmagorie : l'apparemment impossible est pour lui plus prégnant et plus vrai que le réel en sa platitude. Il ne s'égare pas dans un rêve mais s'attache à une logique de l'ailleurs qui n'a rien de chimérique[103]. »

En effet, il ne faut pas oublier que le titre définitif arrêté par Th. More en 1518 est : De Optimo Rei publicae Statu, deque nova insula Utopia. Le propos de Th. More est aussi politique, selon les traductions ce titre est rendu ainsi : Jean Bodin, dans Les Six Livres de la République, désigne l'ouvrage comme la République de Thomas More ou comme la République d'Utopie[95] ; dans son édition Marie Delcourt propose la traduction : Le Traité de la meilleure forme de gouvernement ou L'Utopie[104],[105] ; dans son édition André Prévost traduit par : La Meilleure Forme de Communauté Politique et la Nouvelle Île d'Utopie, selon lui : « le mot "république" a perdu depuis la Révolution de 1789, son sens de "chose publique" pour évoquer désormais une forme de régime politique, différent de la monarchie et de l'empire. Il semble donc indiqué de traduire respublica par l'expression "communauté politique". Quant au mot "status" du texte latin, il ne saurait se traduire par "État", mot qui a pris, lui aussi, une acception spéciale et désigne communément l'appareil politique qui incarne les pouvoirs souverains de la communauté. La traduction qui répond le mieux à ce mot "status" est celle de "forme" prise par une certaine communauté politique. La version "la meilleure forme de communauté politique" se trouve singulièrement illustrée par son apposition à "la nouvelle île d'Utopie"[106],[107]. » En anglais, le titre peut être traduit ainsi : Concerning the Best State of a Commonwealth and the New Island of Utopia[108] ; dans les œuvres complètes publiées chez Yale, le titre est le suivant : The Best State of a Commonwealth and the New Island of Utopia[109].

Il faut ajouter que la question de la « meilleure forme de communauté », ou du « meilleur régime », est une question politique fortement présente dans la tradition philosophique convoquée par Th. More[110] : de Platon[111] à Aristote[112] en passant par Cicéron[113]. D'ailleurs, Th. More rend hommage au début de La République de Platon[114] lorsque, au Livre I de L'Utopie, le personnage de Raphaël Hythlodée entre en scène : « Je me trouvais un jour dans l'église Notre-Dame, monument admirable et toujours plein de fidèles ; j'avais assisté à la messe, et, l'office terminé, je m'apprêtais à rentrer à mon logis, quand je vis Pierre Gilles en conversation avec un étranger, […] »[115].

Le titre de ce livre, De Optimo Rei publicae Statu, deque nova insula Utopia. Libellus uere aureus, nec minus salutaris quam festivus, avertit ainsi le lecteur : dans les pages qui suivent, il sera profondément question de politique, sur un mode agréable et distrayant[116]. Cette courte explicitation du titre ne clôt pas, là non plus, la question de l'interprétation du livre.

Présentation du livre[modifier | modifier le code]

Page 17, première page de la « Lettre-Préface » de Th. More adressée à Pierre Gilles, édition de novembre 1518 chez Johann Froben.

Composition[modifier | modifier le code]

Le manuscrit de L'Utopie rédigé par Thomas More est perdu[117] ou, comme le dit A. Prévost : « Le manuscrit de l'Utopie de More n'a pas été découvert[118]. » Néanmoins, l'établissement de la correspondance de Th. More et de celle d'Érasme au cours du XXe siècle, ainsi que de nouveaux établissements du texte latin accompagnés de nouvelles traductions, ont permis de découvrir les étapes de la rédaction du texte de L'Utopie. Succinctement : le Livre II de L'Utopie devait être le second volume d'un diptyque formé avec l'Éloge de la Folie d'Érasme[119], il fut rédigé en 1515 lorsque More était en mission diplomatique au Pays-Bas. Le Livre I fut rédigé par More à son retour en 1516 et la « Lettre » fut écrite en dernier[120].

La composition des livres I & II est la suivante : après une brève présentation du contexte (la mission diplomatique et la rencontre), un dialogue se tient dans le jardin de la résidence de Th. More à Anvers « assis sur un banc de gazon »[121], un second dialogue à la table du cardinal Morton est enchâssé dans le premier, puis le dialogue dans le jardin reprend ; après le repas du midi Hythlodée décrit l'île d'Utopie, enfin, le dialogue dans le jardin reprend très brièvement avant le repas du soir et Th. More conclu la relation « sur la République d'Utopie »[122]. Selon Michèle Madonna-Desbazeille, Th. More emploie une « technique dramatique » : « Unité de lieu, le jardin ; unité de temps, une journée ; unité d'action, la défense des institutions utopiennes[123]. »

Dans l'édition ne varietur de novembre 1518 le texte de L'Utopie est précédé et suivi de paratextes (lettres et poèmes, une carte et un alphabet). Comme l'indique M. Madonna-Desbazeille, les lettres sont issues d'« une correspondance entre [des] humanistes de l'époque, pour la plupart amis d'Érasme et de More »[124],[125] ; et ces « humanistes prennent l'Utopie au sérieux et la considèrent comme un modèle à suivre pour réformer l'Angleterre de leur époque[126]. »

Précisions sur le résumé du livre[modifier | modifier le code]

Proposé ci-après, le résumé du livre intitulé De Optimo Reipublicae, deque nova insula Utopia suit l'édition ne varietur de novembre 1518 chez Johann Froben[56]. Les paratextes sont proposés dans l'ordre, ils sont présentés et résumés le plus fidèlement possible :

  • la lettre écrite par Th. More et adressée à P. Gilles offre au lecteur toutes les clés pour lire L'Utopie. Elle fait véritablement office de préface : Th. More y guide son lecteur au moment d'entrer en Utopia. Ci-après, cette « Lettre-Préface » est brièvement résumée, les clés de lectures sont mises en avant ;
  • le Livre I met en scène une question fort débattue au sein de la communauté humaniste contemporaine, une question que Th. More se pose (à) lui-même : servir le prince ou non et si tel est le cas comment conseiller ? Ci-après ce Livre I est résumé de façon séquencée, en suivant les faits et les propos tels qu'ils sont rapportés ;
  • le Livre II fit la postérité littéraire de L'Utopie. Raphaël Hythlodée décrit dans les moindres détails tout ce qu'il a vu, entendu et lu sur l'île d'Utopie ; il décrit cette île comme s'il la découvrait au cours d'un voyage d'exploration ; parfois, Hythlodée se répète ou revient sur un sujet déjà évoqué. Afin de rendre plus saillantes les différences entre les propos de Th. More et les lectures qui furent faites de L'Utopie, ce Livre II est résumé de façon thématique : « Occupation de l'île », « Société », « Économie », « Tradition, Culture et Religion », « Politique », « Guerre ».

Question(s) de traduction(s) : « Le texte latin a plusieurs niveau d'écriture, d'où les difficultés rencontrées dans les traductions[99]. » Diverses traductions sont utilisées dans ces résumés : ceci permet de souligner l'importance du latin de Th. More et sa richesse polysémique.

Une collection d'illustres personnages[modifier | modifier le code]

L'Utopie est un texte où il est fait référence à des personnes ayant existé (Platon, Sénèque, Cicéron ou le cardinal Morton), à des personnages de récits (Palinure, Harpyes ou Lestrygons), à des personnes actuellement en vie (Georges de Temsecke, Cuthbert Tunstall ou John Clement), à des personnages inventés (le jurisconsulte, le bouffon, les Utopiens et les Utopiennes), enfin, à des entités intrinsèquement autres (Mythra, le Christ ou Dieu).

Parmi tous les personnages présents dans L'Utopie, les principaux sont : Pierre Gilles, Thomas More, Raphaël Hythlodée, Utopus, les Utopiens et les Utopiennes. Néanmoins, trois personnages se distinguent des autres par leur importance : Pierre Gilles, Thomas More et Raphaël Hythlodée. « Tous les trois appartiennent à leur époque et à un milieu bourgeois cossu, cultivé et curieux des choses de l'esprit[127]. » Aussi, ils viennent de trois pays différents, le premier des Pays-Bas, le deuxième d'Angleterre, le troisième du Portugal :

  • « Petrus Ægidio ». Pierre Gilles est celui qui supervisa l'édition princeps de L'Utopie, il est aussi celui qui est de mèche avec Th. More (il composa l'alphabet et le quatrain). En outre, le dialogue ayant lieu à Anvers, qui mieux qu'un secrétaire de la ville d'Anvers pourrait attester de la véridicité des propos relatés par un marin portugais puis rapportés par un citoyen londonien ;
  • « Thomas Morus ». Comme le rappellent nombre d'éditeurs et commentateurs de L'Utopie[128],[129],[130],[131],[132], il ne faut pas confondre Thomas More avec : l'auteur Th. More, le narrateur Th. More, le rapporteur Th. More, l'interlocuteur Th. More ; bref, avec le personnage de « Thomas More » dans le texte de L'Utopie. Th. More utilise son nom pour inscrire son propos dans la réalité, pour donner à son propos une véridicité et de l'autorité. Les traits d'ironie et les propos paradoxaux, voire contradictoires, que tient le personnage « Thomas More » tout au long de L'Utopie sont là (entre autre) pour rappeler cet artifice ;
  • « Raphaël Hythlodaeus ». Le marin philosophe est celui qui rapporte l'existence de l'île d'Utopie (d'Utopus, des Utopiens et des Utopiennes) en Europe ; c'est son discours, et le sien seulement, qui donne vie à Utopie. Il est appelé Raphaël Hythlodée. Son prénom renvoie à l'archange Raphaël, et précisément à cet épisode du récit biblique : dans le livre de Tobit, Raphaël est envoyé par Dieu pour guérir la cécité de Tobit, le père de Tobie, et l’aider à rencontrer Sarah afin d’assurer la descendance d’Abraham ; il accompagne également le jeune Tobie dans son voyage. Dans L'Utopie, Raphaël Hythlodée est envoyé par Th. More pour dessiller et accompagner le lecteur dans son voyage en Utopie. Son nom de famille « Hythlodée » s'écrit, en latin, Hythlodaeus ; ce nom est formé de deux racines grecques, « uthlos », balivernes, bavardages et « daios », expert, habile. Ainsi, ce marin philosophe est un « expert en bavardages » ou un « conteur de sornettes[133] », ou encore un « archange diseur de non-sens[134] » sur le témoignage de qui va se fonder le récit.

À partir de la « Lettre-Préface », pour rappeler qu'ils sont des personnages, Thomas More est nommé Morus, Pierre Gilles est nommé Ægidio ; au Livre I, le marin philosophe est nommé Raphaël pour souligner l'atmosphère amicale de la discussion, il est nommé Hythlodée au Livre II afin de rappeler qu'il est un « expert en bavardages ».

De Optimo Reip. Statu ou L'Utopie (Édition ne varietur de novembre 1518 chez Johann Froben)[modifier | modifier le code]

Frontispice[modifier | modifier le code]

Page 1, frontispice de L'Utopie de Th. More réalisé par Hans Holbein le Jeune, quatrième et dernière édition ne varietur de novembre 1518 chez Johann Froben.

À l'ouverture de l'Utopia imprimée en novembre 1518 chez Johann Froben se trouve un frontispice qui déjà en mars 1518 « apparaissait plus loin, […], pour encadrer le début de la lettre de More à P. Gilles[135]. » (Voir plus bas « Le frontispice de mars 1518 ») Celui-ci correspond plus au propos du livre : « La page de titre est encadrée par la composition au trait signée par Hans Holbein [le Jeune] dont le nom est gravé dans deux cartouches en haut du dessin, indique A. Prévost. Le décor architectural, inspiré par les colonnes torses de la Renaissance italienne, est animé par les mouvements ailés de neuf amours. Débarrassés des flèches de Vénus, leurs ébats évoquent l'atmosphère de jeu, de bienveillance et de grâce dans laquelle baigne l'Utopie[135]. » Aussi, précise A. Prévost : « Dans le bas-relief figurant le combat de cavaliers et de tritons, apparaît la marque d'imprimeur de Froben, le caducée[135]. » Dans cette édition de novembre 1518, ce frontispice est aussi réutilisé pour la « Lettre-Préface ».

Le titre du livre, modifié pour l'édition de mars 1518, est ici repris : « DE OPTIMO REIP. STATU, deque noua insula Vtopia. Libellus uere aureus, nec minus salutaris quam festiuus, clarissimi disertissimique uiri THOMAE MORI inclytae ciuitatis Londinensis ciuis & Vicecomitis. » Titre qui peut être traduit ainsi : La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle île d'Utopie. Un vrai livre d'or non moins salutaire qu'agréable, par le très éloquent Thomas More citoyen et shérif de l'illustre cité de Londres[136],[note 1].

A. Prévost apporte une précision : « Le "sheriff" est l'officier d'administration qui représente la Couronne dans chaque comté d'Angleterre et qui, en particulier, rend la justice au nom du souverain. La titre de vicecomes donné à l'auteur de l'Utopie ne se justifie que par une courtoisie littéraire : rehausser les titres d'un écrivain pour en imposer au public[137]. » Voici pourquoi : « Les archives de la Cité, au 3 septembre 1510, notent en effet l'élection de Thomas More non pas comme shérif, mais à l'une des deux charges de sous-shérif de la Cité de Londres. Il gardera cette office jusqu'au 23 juillet 1518, date où il remettra sa démission, considérant ce poste, incompatible avec les obligations de Conseiller du Roi[137],[note 2]. »

La suite du titre annonce des épigrammes de l'auteur et d'Érasme (Epigrammata), ceux-ci sont joints aux éditions de Bâle (mars et novembre) et disposés après l'Utopia ; Beatus Rhenanus signe l'introduction à ces épigrammes, dans laquelle il évoque brièvement l'Utopia[138]. Selon A. Prévost, Th. More rédigea ces épigrammes entre 1497 et 1516 : « Les sujets choisis révèlent les idées qui retenaient alors l'attention de More : vingt-trois épigrammes prennent pour cible les rois et les gouvernements, treize évoquent la mort, onze visent les astrologues, cinq, enfin, critiquent les gens d'Église[139]. »

Lettre d'Érasme à Johann Froben[modifier | modifier le code]

Page 2, première page de la lettre d'Érasme adressée à Johann Froben, édition de novembre 1518 chez J. Froben.

Pour les éditions de 1518 Érasme rédige une lettre dont le destinataire est l'imprimeur même du livre, Johann Froben. C'est par ces mots que débute la lettre : « Tout ce qui a paru de mon illustre More a été de mon goût que je ne puis l'exprimer[140]. » Érasme fait ici l'éloge de More, mais il n'est pas le seul : « tous les doctes pensent de même », « ils élèvent même beaucoup plus haut le génie de cet homme incomparable »[140]. Ces jugements objectifs, plus louangeurs que celui d'Érasme, permettent d'apporter du crédit à la personne de Th. More. En effet, lorsqu'il achète ou lit un livre, le lecteur ne connaît pas forcément son auteur. Aussi, Érasme inscrit Th. More dans une lignée : « Que n'aurait point pu produire cet esprit admirablement heureux, si l'Italie lui avait donné l'éducation ? Que n'aurait-on point dû espérer de lui s'il s'était consacré tout à fait au culte des Muses ; s'il avait mûri jusqu'à la saison des fruits et jusqu'à son automne[141] ? »

Johann Froben fut l'un des principaux imprimeurs et éditeurs de son temps, Érasme joue de cette célébrité pour asseoir l'autorité des propos rapportés par Th. More. « Vous êtes libraire d'une réputation fameuse ; et c'est assez qu'un livre soit connu comme frobénien pour être recherché avec empressement de tous les connaisseurs[142]. » Seul lui sera capable de donner à ce texte l'écrin qu'il mérite : « voyez si, par votre presse, vous voulez en faire présent au monde et, […] rendre durables [ces Progymnasmata et l'Utopia] dans les siècles futurs[143],[note 3]. »

Lettre de Guillaume Budé à Thomas Lupset[modifier | modifier le code]

Cette lettre de Guillaume Budé fut jointe à la deuxième édition du texte de l'Utopia en 1517, dont Thomas Lupset supervisa l'édition chez Gilles de Gourmont. Au début de sa lettre G. Budé remercie T. Lupset de lui avoir procuré une traduction de Galien réalisée par Thomas Linacre, ainsi que l'Utopia. Il dit même avoir été touché par ce livre : « Tandis que j'étais aux champs et que j'avais ce livre en main, tout en allant et venant, prenant garde à tout, donnant des ordres aux ouvriers […], j'ai été tellement affecté à la lecture de ce livre, quand j'eus connu et pesé les mœurs et institutions des Utopiens, que j'ai quasi interrompu et même délaissé le soin de mes affaires domestiques, voyant que tout l'art et toute l'industrie économiques, qui ne tendent qu'à augmenter le revenu, sont chose vaine[144]. »

Page 3, première page de la lettre de Guillaume Budé adressée à Thomas Lupset, édition de novembre 1518 chez Johann Froben.

G. Budé poursuit sa réflexion en critiquant les « sciences juridiques et politiques »[145] qui, sous couvert d'instituer une « communauté établie par le droit civique »[145] ne font qu'exciter les passions des hommes ; quant aux « droits que l'on appelle civil et d'Église »[145], sous couvert d'équité ces droits sont manipulés par les uns, détournés par les autres[145]. Pour G. Budé, seul « Jésus Christ [lui] semble avoir abrogé, du moins entre les siens, tous ces volumes d'arguties qui composent nos droits civil et canonique, et que nous voyons aujourd'hui être tenus pour le refuge de la prudence et du gouvernement[146]. » Est-il le seul ?

G. Budé ajoute aussitôt : « Pourtant l'île d'Utopie, que j'entends aussi être appelée Udépotie, a par un merveilleux hasard, si nous croyons ce qu'on nous en rapporte, adopté dans la vie tant publique que privée les coutumes vraiment chrétienne et même la vraie sapience, et les a gardées jusqu'à aujourd'hui sans y rien gâter »[147]. Quelles sont ces coutumes ? D'abord, « l'égalité des biens ou des maux »[147] entre ses citoyens ; ensuite, « un constant et persévérant amour de la paix et de la tranquillité »[147] ; enfin, « le mépris de l'or et de l'argent[147]. » Ces coutumes, « ces trois piliers des lois utopiennes »[147], G. Budé aimerait les voir « fichés dans les sens de tous les hommes »[147] afin de voir disparaître l'orgueil et la convoitise, mais aussi le « grand amas de volumes de droit »[148]. Alors, invoquant Dieu, G. Budé espère le retour du « siècle doré de Saturne »[148],[note 4].

Après ces développements et ces louanges, G. Budé s'arrête sur un point délicat, abordé par Th. More et P. Gilles dans leurs lettres (parues avec l'édition de 1516), un point qui le chagrine : « je trouve, en y prenant garde de près, qu'Utopie est située hors des bornes du monde connu, et qu'elle est certes une île fortunée, proche par aventure des Champs Élysées — car Hythlodée, comme témoigne More, n'a point encore donné la situation de cette île[149]. » Et il poursuit : « Il a bien dit qu'elle était divisée en villes, lesquelles cependant tendent toutes à ne former qu'une seule cité, qui a pour nom Hagnopolis[note 5], se repose sur ses observances et ses biens, est heureuse par innocence, et mène une vie pour ainsi dire céleste »[150]. Où trouver l'île d'Utopie ?

C'est une question légitime, puisque : « Nous devons […] la connaissance de cette île à Thomas More »[150]. Certes, cette île fut découverte par Hythlodée « auquel [More] attribue tout ce qu'il en a appris »[150], pour autant : « À supposer que cet Hythlodée soit l'architecte qui a bâti la cité d'Utopie et composé les mœurs et les instituions »[150], il n'en reste pas moins que « More a grandement enrichi de son style et de son éloquence l'île et ses saintes ordonnances, […], et y a ajouté toutes les choses par lesquelles un ouvrage magnifique est décoré, embelli et autorisé »[150]. Quand bien même Hythlodée « déciderait un jour d'écrire lui-même ses aventures »[151], à qui attribuer la paternité de cette Utopia-ci ? G. Budé confesse : « c'est le témoignage de Pierre Gilles d'Anvers, que j'aime, bien que je ne l'aie jamais vu »[151] et le fait « qu'il est l'ami d'Érasme »[151], qui font qu'il accorde sa foi à More[151].

G. Budé termine sa lettre par des formules de politesse et des recommandations, dont une pour More : « homme que je crois et dis depuis longtemps déjà être enrôlé au nombre des plus savants disciples de Minerve, et que cette Utopie, île du Nouveau Monde, me fait souverainement chérir et honorer[152]. »

Page 11, « Sizain d'Anémolius, poète lauréat » (vraisemblablement écrit par Th. More), édition de novembre 1518 chez Johann Froben.

Sizain d'Anémolius[modifier | modifier le code]

Le « Sizain d'Anémolius, poète lauréat et fils de la sœur d'Hythlodée » accompagne le texte de l'Utopia depuis l'édition princeps (1516). Dans les éditions de Bâle ce « Sizain » apparaît après la lettre de G. Budé : de la sorte, après le néologisme forgé par G. Budé (« Udépotie ») et les nouvelles significations ajoutées au mot Utopie (« siècle doré de Saturne », « Hagnopolis »…), Anémolius forge un autre néologisme (« Eutopie ») qui attribue une nouvelle signification au mot Utopie. Le nom de l'île où prospère une République dont les institutions sont décrites dans ce livre renferme des trésors de significations. Le poème est intitulé : « Sur l'île d'Utopie ».

« Utopie, je fus nommée par les Anciens à cause de mon isolement.
Aujourd'hui cependant je rivalise avec la cité platonicienne
Et peut-être la surpasse (la raison en est qu'avec des lettres
Il l'a dessinée tandis que moi, unique, je l'ai surpassée en montrant
Des hommes, des richesses et des lois excellentes).
Aussi bien Eutopie mériterais-je d'être appelée.[153] »

Carte de l'île d'Utopie[modifier | modifier le code]

Page 12, carte de l'île d'Utopie (de la main d'Ambrosius Holbein), édition de novembre 1518 chez Johann Froben. Cette carte apparut pour la première fois dans l'édition de mars 1518, chez le même éditeur.

La carte de l'île d'Utopie présente dans les éditions de Bâle en 1518 est l'œuvre d'Ambrosius Holbein, le frère d'Hans Holbein le Jeune. Cette carte remplace celle présente dans l'édition de 1516 et qui disparut de l'édition de 1517 chez Gilles de Gourmont. Cette nouvelle carte reprend certaines composantes de la première : reproduction des détails géographiques donnés au début du Livre II (situation de la capitale, circularité du fleuve, isolement de l'île, difficultés d'accès, etc.), reprise du symbolisme et des embarcations[49]. (Voir plus bas, « 1516 La première carte de l'île d'Utopie », pour une brève comparaison des deux cartes)

Pour A. Prévost, « La gravure beaucoup plus symbolique de l'édition de Bâle [montre] une Utopie qui atteint son équilibre par la rencontre avec le Christianisme : les pinacles y [sont] surmontés de croix[154]. » Les cartouches soutenus par la guirlande portent ces mentions : « Ville d'Amaurote » pour celui du haut, « Source du fleuve Anydre » pour celui de gauche, « Embouchure du fleuve Anydre » pour celui de droite. Selon A. Prévost : « Les guirlandes qui soutiennent le médaillon suggèrent la distance esthétique qui maintient l'Utopie dans le monde "surréel" de l'Ailleurs[155]. »

Nommément désigné, dans le coin inférieur gauche, Hythlodée pointe l'île d'Utopie à un personnage qui pourrait être Thomas More (peut-être est-ce aussi un lecteur ?). Le personnage dans le coin inférieur droit est un soldat, qui ne semble pas perdre une miette de la conversation. Pour A. Prévost : « Les personnages sont ceux qui paraissent dans la gravure de la page 25 [La 1ère page du Livre I] : More se tourne vers Hythlodée pour lui exposer ses problèmes ; Hythlodée montre du doigt l'île d'Utopie, clé des solutions[155]. » Toujours selon A. Prévost : « Le dessin est de la même main que celui de la page 25, signé Hans Holbein [le Jeune][155]. »

Pour Suzanne Gély : « Les deux caravelles […] nous transportent bien vers les nouvelles îles et le Nouveau Monde découverts par Colomb et Vespucci[156]. » Sur la caravelle au mouillage devant l'île d'Utopie, un homme d'équipage regarde vers le continent, l'autre bateau à voile latine semble voguer vers l'île. Sur le pavillon de la caravelle, il est inscrit « N.O.R. »[157] : « Le "R" ajouté à N.O. selon l'épigraphie du temps, serait la première lettre de Restauro, dit A. Prévost. L'énigme des trois lettres réunies indiquerait un Ambrosius Holbein refaisant la carte d'Utopie dessinée une première fois par Gerhard Geldenhauer pour l'édition de 1516[155]. »

Alphabet utopien et quatrain en langue vernaculaire[modifier | modifier le code]

Page 13, Alphabet utopien et quatrain en langue vernaculaire des Utopiens (vraisemblablement réalisé par Pierre Gilles), édition de novembre 1518 chez Johann Froben.

Dans l'édition princeps de l'Utopia, l'alphabet et le quatrain furent placés au tout début du livre, tout deux disparurent de l'édition de 1517 chez Gilles de Gourmont. Dans les éditions de Bâle, ils sont placés en regard de la carte de l'île d'Utopie ; aussi, l'alphabet des Utopiens est retouché : les lettres sont plus fines, mieux tracées et leur présentation est plus soignée. La page reprend la composition de 1516 : en haut de page, l'alphabet latin et sa correspondance en alphabet utopien ; en pleine page, le quatrain en langue vernaculaire transcrit en alphabet latin et légendé de son original en alphabet utopien ; en pied de page, le quatrain est traduit en latin.

Cet alphabet utopien « est une somme de formes géométriques simples, modulées par des segments de droites ou un point[158]. » Comme le remarque Sébastien Hayez, « l'alphabet n'est pas bicaméral, c'est-à-dire qu'il ne comporte pas de différenciation entre les majuscules et les minuscules[158]. »

Quant à la langue utopienne, des études menées sur sa morphologie indiquent une parenté avec le persan ; au Livre II, Hythlodée dit de la langue des Utopiens : « Leur langue en effet, très proche au surplus du persan, conserve quelques traces du grec dans les noms des villes et des magistratures[159]. » Ce quatrain en langue utopienne n'a pas de titre.

« Vtopos ha Boccas peula chama polta chamaan
Bargol he maglomi bacaan foma gymnofophaon
Agrama gymnofophon labarem bacha bodamilomin
Voluala barchin heman la lauoluola dramme pagloni[160]. »

Voici la traduction de ce quatrain en langue vernaculaire par Louis Marin :

« Utopus, mon prince, de la non-île que j'étais, a fait de moi une île.
Moi seule, parmi toutes les provinces du monde, non-philosophiquement
J'ai représenté pour les mortels la cité philosophique.
Libéralement, je partage ce que je possède ; sans difficulté, j'accepte [des autres] le meilleur[161]. »

Lettre de Pierre Gilles à Jérôme de Busleyden[modifier | modifier le code]

Cette lettre de Pierre Gilles accompagne l'Utopia depuis l'édition princeps. Toujours placée avant le texte, cette lettre forme comme un couple avec celle de Jérôme de Busleyden adressée à Th. More[note 6]. Cette lettre contient beaucoup d'éléments, écrite après la rédaction de l'Utopia P. Gilles prend soin de distiller des indications au lecteur : lignée philosophique, véracité, approche politique et ancrage dans le monde contemporain. Par exemple, au début de sa lettre, P. Gilles accuse réception de l'Utopia et poursuit la filiation platonicienne : « Cette bienheureuse île [d'Utopie] est encore étrangère à la plupart des mortels ; mais elle mérite que tout le monde la recherche avec beaucoup plus d'empressement que la République de Platon[162]. »

Page 14, première page de la lettre de Pierre Gilles adressée à Jérôme de Busleyden, placée avant la Lettre-Préface de Th. More dans l'édition de novembre 1518 chez Johann Froben.

Secrétaire de la ville d'Anvers au moment de la parution de l'Utopia, P. Gilles témoigne de l'existence de Raphaël Hythlodée tout au long de sa lettre, il le présente comme un homme exceptionnel : « cet homme-là a une vaste connaissance — et connaissance expérimentale, qui plus est — des pays, des hommes et des choses »[163], « Vespuce était un aveugle en comparaison d'Hythlodée[163]. » Où rencontrer cet homme : « les uns disent qu'il est péri en chemin ; les autres prétendent qu'il est encore retourné dans son pays, mais qu'en partie dégoûté des mœurs de ses compatriotes, et en partie aussi ayant toujours l'Utopie bien avant dans le cœur, il était reparti pour y faire un nouveau voyage[164]. »

Autre question de véracité : P. Gilles répond à une demande formulée par Th. More dans sa Lettre-Préface (placée après cette lettre) quant à la position géographique de l'île d'Utopie. Contrairement au souvenir de Th. More, Raphaël a bien mentionné sa position, « mais malheureusement, dit P. Gilles, quelqu'un de l'équipage, qui, à ce que je crois, s'était enrhumé sur l'eau, toussa d'une si grande force, que cela me fit perdre quelques-unes des précieuses paroles d'Hythlodée[164]. » Et Th. More, pourquoi n'a-t-il rien entendu ? Un de ses valets lui « disait je ne sais quoi à l'oreille », écrit P. Gilles[164]. Mais pourquoi s'attarder sur ce détail, semble suggérer P. Gilles : « Si le nom de cette île fortunée ne se trouve point chez les cosmographes »[164], cela ne prouve pas son inexistence ; il rapporte alors une réflexion de Raphaël : « N'a-t-il donc pas pu arriver, [dit Hythlodée], que par le cours du temps, ce pays-là ait perdu son premier nom[164] ? » P. Gilles ajoute : « Il n'est pas non plus impossible que les Anciens aient ignoré cette île-là[164]. » Ou encore : « Combien découvre-t-on tous les jours de nouvelles terres que les géographes de l'Antiquité n'ont pas connu[165] ? »

Dès le début de sa lettre, P. Gilles joue avec cette question de la véracité des propos rapportés par Th More : « En vérité, toutes les fois que je la lis [l'Utopia], il me semble voir encore plus que je n'en entendais lorsque More et moi nous écoutions de toutes nos oreilles narrer et raisonner Raphaël Hythlodée »[162] ; plus troublant encore dit P. Gilles : « je crois que Raphaël lui-même n'a pas tant vu de choses dans cette île-là pendant les cinq ans qu'il y a passé, qu'on en peut voir dans la description de More[163]. » Au moment de conclure sa lettre il tranche : « Mais après tout, à quoi bon se fonder ici sur des raisonnements pour prouver l'existence de l'Utopie, puisque c'est More lui-même qui en est l'auteur[166],[note 7] ? »

À la fin de sa lettre, P. Gilles informe J. de Busleyden qu'il participa au livre en reproduisant le quatrain et l'alphabet utopiens que Raphaël Hythlodée lui montra à Anvers, ce après le départ de Th. More ; aussi, il signale qu'il inscrivit quelques notes dans les marges. Enfin, il sollicite J. de Busleyden : « Ce sera vous, Monsieur, qui contribuerez le plus à mettre ce petit livre en réputation[166]. » En effet, « personne n'est plus propre que vous à soutenir par de sages conseils une République, vous qui, depuis plusieurs années, vous y consacrez, digne de tous les éloges qu'on doit donner à une prudence éclairée et à une vraie probité[166]. »

Lettre de Thomas More à Pierre Gilles (ou Préface)[modifier | modifier le code]

Page 20 de L'Utopie, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. La première manchette du livre apparaît ici dans la « Lettre-Préface », il est écrit : « Noter, en théologie, la distinction entre commettre un mensonge et dire un mensonge[167]. » Aux trois dernières lignes de la page, il est écrit en latin : « si quid sit in ambiguo, potius mendacium dicam quam mentiar, quod malim bonus esse quam prudens. »

Thomas Morus écrit à son ami Petrus Ægidio[note 8] pour l'informer qu'il a terminé la rédaction du livre relatant leur rencontre et leur discussion avec Raphaël Hythlodée : « je vous envoie ce petit livre sur la république d'Utopie »[122]. Ce livre, que le lecteur tient entre ses mains, doit être soumis à relecture. Morus s'excuse du retard de son envoi, alors même qu'il n'avait qu'à retranscrire ce que Hythlodée lui dit un an plus tôt[note 9] : « Vous saviez en effet que, pour rédiger, j'étais dispensé de tout effort d'invention et de composition, n'ayant qu'à répéter ce qu'en votre compagnie j'avais entendu exposer par Raphaël[168],[note 10]. » Puis Morus, s'adressant toujours à Ægidio, précise : « Je n'avais pas davantage à soigner la forme, car ce discours ne pouvait avoir été travaillé, ayant été improvisé au dépourvu par un homme qui, au surplus, vous le savez également, connaît le latin moins bien que le grec[169],[note 11]. »

Morus attribue ce retard à ses « affaires »[169] et à ses charges, ceci lui permet de montrer ou de rappeler au lecteur qu'il est engagé dans les affaires du monde, un citoyen au service de la chose public et un homme politique[169],[note 12]. « Quand arriver à écrire[170] ? » S'exclame-t-il. Toutefois ajoute-t-il : « j'ai terminé L'Utopie et je vous l'envoie, cher Pierre »[170]. Morus presse son ami Ægidio de demander à Raphaël Hythlodée de vérifier l'exactitude de la retranscription de leur discussion. En effet, John Clement[note 13] émet des doutes sur la largeur du fleuve Anydre qui traverse la capitale de l'île d'Utopie Amaurote. Morus de préciser : « S'il subsiste un doute, je préférerai une erreur à un mensonge, tenant moins à être exact qu'à être loyal[171]. » (Ci-contre en latin, page 20[note 14])

Autre embarras, autre malice, Morus ne se souvient plus où est située l'île d'Utopie[171]. C'est un problème : « un homme pieux, de chez nous, un théologien de profession, brûle, et il n'est pas le seul, d'un vif désir d'aller en Utopie[172]. » Morus relance alors Ægidio : « C'est pourquoi je vous requiers, mon cher Pierre, de presser Hythlodée, oralement si vous le pouvez aisément, sinon par lettres, afin d'obtenir de lui qu'il ne laisse subsister dans mon œuvre rien qui soit inexact, qu'il n'y laisse manquer rien qui soit véritable. Je me demande s'il ne faudrait pas mieux lui faire lire l'ouvrage[172]. »

Morus doute même de vouloir publier ce livre, que le lecteur tient pourtant entre ses mains. « À vrai dire, je ne suis pas encore tout à fait décidé à entreprendre cette publication[172]. » Pourquoi ? « Les hommes ont des goûts si différents ; leur humeur est parfois si fâcheuse, leur caractère si difficile, leurs jugements si faux qu'il est plus sage de s'en accommoder pour en rire que de se ronger de soucis à seule fin de publier un écrit capable de servir ou de plaire, alors qu'il sera mal reçu et lu avec ennui[173]. » Morus brosse alors le portrait acide des lecteurs contemporains qui, pour la plupart, sont des lettrés. Une dernière fois, il s'adresse à Ægidio : « Entendez-vous avec Hythlodée, mon cher Pierre, au sujet de ma requête, après quoi je pourrai reprendre la question depuis le début. S'il donne son assentiment, puisque je n'ai vu clair qu'après avoir terminé ma rédaction, je suivrai en ce qui me concerne l'avis de mes amis et le vôtre en premier lieu[174],[note 15]. »

Morus termine sa lettre par une formule de politesse.

Livre I (ou Dialogue de conseil)[modifier | modifier le code]

Page 25, première page du Livre I, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. La gravure, qui serait de la main d'Hans Holbein le Jeune[155], représente Raphaël Hythlodée, Th. More et Pierre Gilles discutant dans un jardin : après s'être salués devant l'église Notre-Dame d'Anvers, tous trois se rendent dans le jardin de la résidence de Th. More à Anvers où ils tiennent la discussion du Livre I « assis sur un banc de gazon »[121]. Le page qui s'avance sur la gauche est John Clement, le secrétaire de Th. More. (La description de l'île d'Utopie par Hythlodée au Livre II se tient dans ce même jardin, toujours sur le banc mais sans J. Clement.)

Mission diplomatique[modifier | modifier le code]

« L'invincible roi d'Angleterre, Henry, huitième du nom, remarquable par tous les dons qui distinguent un prince éminent, eut récemment avec le sérénissime prince Charles de Castille un différend portant sur des questions importantes. Il m'envoya en Flandre comme porte-parole, avec mission de traiter et de régler cette affaire. J'avais pour compagnon et pour collègue l'incomparable Cuthbert Tunstall, à qui le roi, au milieu de l'approbation générale, a récemment confié les archives de l'État[175]. »

C'est par ces mots que débute l'Utopia. Accompagné de Cuthbert Tunstall, il rencontra le Préfet de Bruges et Georges de Temsecke, deux envoyés du Prince Charles[176],[note 16]. Tandis que ces deux envoyés allèrent à Bruxelles « prendre l'avis du prince », Morus se rendit à Anvers pour ses « affaires »[176]. Les tractations, qui eurent lieu « une ou deux fois »[176], ne sont pas évoquées.

Rencontre avec Raphaël Hythlodée[modifier | modifier le code]

Par hasard durant ce séjour il apperçoit Ægidio dans l'église Notre-Dame d'Anvers. Celui-ci converse avec « un étranger, un homme sur le retour de l'âge, au visage hâlé, à la barbe longue, un caban négligemment jetée sur l’épaule, sa figure et sa tenue me parurent celles d'un navigateur » dit Morus[115]. Reconnaissant Morus Ægidio le rejoint et, à propos de cet étranger, il lui dit : « s'il a navigué ce ne fut pas comme Palinure, mais comme Ulysse, ou plutôt encore comme Platon[115]. » Et Ægidio précise : il s'appelle Raphaël Hythlodée ; il connait bien le latin et surtout très bien le grec[177] ; il est Portugais[177] ; aussi, il « s'est joint à Améric Vespuce pour les trois derniers de ses quatre voyages, dont on lit aujourd'hui la relation un peu partout »[177] ; « il parcourut quantité de pays »[177] avant de rentrer au Portugal[121].

Après des salutations et un échange de « paroles qui conviennent à une première rencontre », Morus invite Ægidio et Raphaël Hythlodée à converser dans sa résidence anversoise[121].

Discussion au jardin[modifier | modifier le code]

Ægidio pose la question suivante : « Je me demande vraiment, cher Raphaël, pourquoi vous ne vous attachez pas à la personne d'un roi, […] vous auriez de quoi le charmer par votre savoir, votre expérience des pays et des hommes, et vous pourriez aussi l'instruire par des exemples, le soutenir par votre jugement[178]. » Raphaël répond qu'il ne souhaite pas se « mettre en servage auprès des rois[178]. » Ægidio précise alors sa question : « Je souhaitais vous voir rendre service au roi, et non vous mettre à leur service[178]. » Raphaël réplique : « Petite différence[88]. »

Raphaël pointe le fait que les princes « concentrent leurs pensées sur les arts de la guerre » et non sur ceux de la paix[179]. Puis Raphaël éreinte les membres des conseils royaux, dans lesquels la nouveauté est mal vue et la tradition préférée aux améliorations. « C'est sur des préjugés de ce genre, dictés par l'orgueil, la sottise et l'entêtement, que je suis tombé souvent et, une fois, en Angleterre[180]. »

Page 35, Livre I, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. La machette s'attache aux propos de Raphaël : « …l'inflexible justice que 'on exerçait chez vous… »[181] ; elle dit : « Des lois trop peu conformes à la justice[182]. » Ces lois, ce sont celles en vigueur dans le royaume d'Angleterre à l'époque. (Un lecteur a souligné une phrase et porté une annotation.)

À la table du cardinal Morton[modifier | modifier le code]

« J'étais par hasard à [la] table [de Morton] le jour où s'y trouva aussi un laïque très ferré sur le droit anglais, lequel, à propos de je ne sais quoi, se mit à louer de tout son cœur l'inflexible justice que l'on exerçait chez vous [en Angleterre] à cette époque contre les voleurs », dit Raphaël[181]. Puis il vilipende le moyen employé pour lutter contre ces voleurs, la pendaison[183] ; il évoque ensuite différents motifs de vol, jusqu'à cette tirade :

« Vos moutons, […]. Normalement si doux, si facile à nourrir de peu de chose, les voici devenus, […], si voraces, si féroces, qu'ils dévorent jusqu'aux hommes, qu'ils ravagent et dépeuplent les champs, les fermes, les villages[184]. »

Raphaël se tourne vers un peuple dont il loue la législation, les Polylérites : « ceux qui […] sont convaincus de vol restituent l'objet dérobé à son propriétaire et non, comme cela se fait le plus souvent ailleurs, au prince, car ils estiment que celui-ci n'y a pas plus droit que le voleur lui-même. Si l'objet a cessé d'exister, les biens du voleur sont réalisés [c'est-à-dire convertis en argent liquide, par une vente], la valeur est restituée, le surplus est laissé à la femme et aux enfants. Quant aux voleurs, ils sont condamnés aux travaux forcés[185]. »

Raphaël retient de cet échange avec le laïque le comportement des convives à la table du cardinal : chaque proposition et chaque exemple qu'il avance est soit moqué soit discrédité.

Reprise de la discussion au jardin[modifier | modifier le code]

La discussion entre Raphaël, Ægidio et Morus reprend. Raphaël lance : « Mesurez par là le crédit que mes conseils trouveraient à la Cour[186]. » Morus est persuadé que Raphaël ferait un excellent conseiller : « votre cher Platon estime que les États n'ont chance d'être heureux que si les philosophes sont rois ou si les rois se mettent à philosopher[187]. »

Raphaël déplace la discussion, il la dépayse : il imagine qu'il siège au « Conseil » du roi de France et que, parmi d'autres, il conseille ce dernier au sujet des guerres qu'il mène en Italie[187]. Contrairement aux autres conseillers, Raphaël propose au roi de rester en son royaume[188]. Pour appuyer son argumentation, il prend exemple sur un peuple qui habite « au sud-est de l'île d'Utopie »[188], les Achoriens : le roi fut forcé par son peuple d'arrêter les guerres de conquête ou de succession et de se préoccuper de son royaume[189].

Puis, revenu de France, Raphaël évoque d'autres conseils calamiteux prodigués à différents princes en divers temps et pays. De nouveau, pour appuyer son argumentation, il prend l'exemple d'un « autre peuple voisin de l'Utopie »[190], les « Macariens » : « le roi, le jour de son avènement, s'interdit par serment, après avoir offert de grands sacrifices, de jamais tenir dans son trésor plus de mille pièces d'or ou l'équivalent en argent »[190], ce afin d'empêcher une accumulation de ressources qui appauvrirait celles du peuple[190]. Raphaël se tourne vers Morus et lui demande si donner cet exemple au sein d'un Conseil ne serait pas comme « conter une histoire à des sourds[191] ? »

Page 63, Livre I, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. La manchette dit : « Les institutions des Utopiens[192]. » Elle souligne cette phrase du dialogue : « Ah ! si je venais proposer ce que Platon a imaginé dans sa République ou ce que les Utopiens mettent en pratique dans la leur, […][193]. »

« À des sourds surdissimes, répond Morus, et cela n'aurait rien d'étonnant[191]. » Morus poursuit en critiquant la façon dont Raphaël donne ses conseils. Il trouve que ceux-ci sont des considérations théoriques qui n'ont « aucune place dans les conseils des princes »[191]. Mais Raphaël campe sur ses positions. Alors Morus objecte à Raphaël que c'est la philosophie telle qu'il la pratique qui ne peut avoir accès aux princes[note 17]. Il existe une autre philosophie dont Morus dit qu'elle est « instruite de la vie, qui connaît son théâtre, qui s'adapte à lui et qui, dans la pièce qui se joue, sait exactement son rôle et s'y tient décemment[191]. » Morus revient sur la façon dont Raphaël procède : au lieu d'être intransigeant, il faut savoir faire preuve d'à propos et de doigté. Aussi, Morus suggère une autre façon de procéder :

« Mieux vaut procéder de biais et vous efforcer, autant que vous le pouvez, de recourir à l'adresse, de façon que, si vous n'arrivez pas à obtenir une bonne solution, vous avez du moins acheminé la moins mauvaise possible[193]. »

Raphaël rétorque : « C'est me conseiller là, […], sous couleur de vouloir remédier à la folie des autres, de délirer en leur compagnie[193]. » Plus loin, Raphaël semble vouloir livrer le fond de sa pensée : « Mais en toute vérité, mon cher More, à ne vous rien cacher de ce que j'ai dans l'esprit, il me semble que là où existent les propriétés privées, là où tout le monde mesure toutes choses par rapport à l'argent, il est à peine possible d'établir dans les affaires publiques un régime qui soit à la fois juste et prospère »[194]. Cette vision, il la tient de son voyage autour du monde :

« C'est pourquoi je réfléchis à la Constitution si sage, si moralement irréprochable des Utopiens, chez qui, avec un minimum de lois, tout est réglé pour le bien de tous, de telle sorte que le mérite soit récompensé et qu'avec une répartition dont personne n'est exclu, chacun cependant ait une large part[195]. »

Tandis qu'en Europe : les lois se succèdent sans que les pays soit mieux gouvernés et les questions de propriété donnent lieu à des contestations interminables[195]. De la sorte, mettant en regard l'île d'Utopie et l'Europe, Raphaël donne raison à Platon : « ce grand sage avait fort bien vu d'avance qu'un seul et unique chemin conduit au salut public, à savoir, l'égale répartition des ressources[195]. »

Alors que Morus rétorque : « il me semble au contraire impossible d'imaginer une vie satisfaisante là où les biens seraient mis en commun »[196] ; Ægidio manifeste son scepticisme à l'égard des propos de Raphaël : existe-t-il « dans le nouveau monde des peuples mieux gouvernés que dans celui qui nous est connu »[196] ? Ægidio ajoute que les hommes ne sont pas « moins intelligents » en Europe qu'en Utopie et que les États européens sont sans doute « plus anciens que les leurs »[196]. D'autre part, les savoirs accumulés en Europe, « sans compter les inventions dues au hasard », sont sans pareil dans le reste du monde[197].

Page 69, dernière page du Livre I, édition de novembre 1518 chez Johann Froben.


Raphaël réplique que selon « les annales de ce nouveau monde »[197] leurs États sont vraisemblablement plus anciens, dont celui de l'île d'Utopie ; « il y avait chez eux des cités avant qu'il y eût des hommes chez nous[197]. » Quant aux savoirs accumulés et aux inventions, Raphaël objecte à Ægidio que « le génie humain » est commun à tous les hommes[197]. Pour preuve, il y a 1200 ans quelques « Romains » et quelques « Égyptiens » échouèrent sur l'île d'Utopie, les Utopiens surent tirer parti des savoirs transmis par ceux-ci : après cette unique rencontre « ils s'assimilèrent nos meilleures découvertes[198]. » En revanche note Raphaël : « Si par un hasard semblable, un Utopien a jamais débarqué chez nous, ce fait est tombé dans un oubli total[198]. » Et il conclut avec pessimisme :

« Il faudra longtemps au contraire, je le crains, avant que nous n'accueillions la moindre des choses par lesquelles ils nous sont supérieurs. Voilà précisément pourquoi, alors que notre intelligence et nos ressources valent les leurs, leur État cependant est administré plus sagement que le nôtre ; et il est plus florissant[198]. »

Sur ces mots, Morus prie Raphaël de décrire « cette île » ; il le presse de faire un « tableau complet » des cultures, des fleuves, des villes, des hommes, des mœurs, des institutions et des lois, « enfin de tout ce qu'à votre avis nous désirons connaître[198]. » Puis Morus déclare : « sachez que nous désirons connaître tout ce que nous ignorons[198]. » Raphaël se dit prêt : « tout cela m'est présent à l'esprit[198]. » Morus invite alors Raphaël et Ægidio à rentrer dans sa résidence pour manger. La discussion du Livre Premier s'arrête là.

Morus écrit qu'une fois le repas de midi terminé, ils revinrent s'asseoir « au même endroit, sur le même banc[198]. » Il précise qu'il demanda aux domestiques de ne pas les interrompre. « [Raphaël] resta un instant silencieux à réfléchir, puis, nous voyant attentifs et avides de l'entendre, il dit ce qui suit[198]. »

Le Livre I se clôt.

Livre II (ou Discours de Raphaël Hythlodée sur la meilleure forme de communauté politique)[modifier | modifier le code]

Page 70, première page du Livre II, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. La manchette dit : « Situation et forme de la nouvelle île d'Utopie[199]. »

« L'île d'Utopie, en sa partie moyenne, et c'est là qu'elle est la plus large, s'étend sur deux cent milles, puis se rétrécit progressivement et symétriquement pour finir en pointe aux deux bouts. Ceux-ci, qui ont l'air tracés au compas sur une longueur de cinq cent milles, donnent à toute l'île l'aspect d'un croissant de lune[200]. »

C'est sur ces mots que débute le Livre II de l'Utopia[note 18] Hythlodée poursuit en décrivant le bras de mer qui sépare les deux cornes d'environ « onze milles »[200]. Le golfe formé par ce croissant « est comme un seul et vaste port accessible aux navires sur tous les points[200]. » Mais « l'entrée du port est périlleuse, à cause des bancs de sable d'un côté et des écueils de l'autre[200]. » D'après les traditions confirmées par la topographie du terrain, Utopie ne fut pas toujours une île : « Elle s’appelait auparavant Abraxa[201]. » Après avoir vaincu les Abraxasiens[note 19], « Utopus décida de couper un isthme de quinze milles qui rattachait la terre au continent et fit en sorte que la mer l'entourât de tous côtés[201]. » Utopus devint son roi et l'île prit son nom[201].

Occupation de l'île[modifier | modifier le code]

L’île d’Utopie a cinquante-quatre villes spacieuses et magnifiques[202]. Le langage, les mœurs, les institutions, les lois y sont parfaitement identiques[202]. Les cinquante-quatre villes sont bâties sur le même plan, et possèdent les mêmes établissements, les mêmes édifices publics, modifiés suivant les exigences des localités[202] ; à l'extérieur se trouvent : les abattoirs[203] et les hôpitaux[204] ; les temples[205] des prêtres sont en nombre plus réduit. « La distance de l'une à l'autre est au minimum de vingt-quatre milles ; elle n'est jamais si grande qu'elle ne puisse être franchie en une journée de marche[202]. » Les champs sont répartis entre les cités[202].

Page 81, Livre II, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. De haut en bas, les manchettes disent[206] : « L'étude des belles-lettres. » « Les récréations aux repas. » « Mais aujourd'hui, les dés sont le jeu des princes ! » « Même les jeux sont utiles. »

Connaître l'une des villes d'Utopie, c'est les connaître toutes, « tant elles sont semblables »[207]. Les Utopiens attribuent à Utopus le plan de leurs cités[208]. Chaque maison possède un jardin[209], les portes n'ont pas de verrou[208] et, « par tirage au sort »[208], les habitants changent de maison tous les dix ans[208]. « Située comme à l'ombilic de l'île »[202], Amaurote est considérée comme la capitale de l’île ; sa position centrale favorisant un accès rapide à tous les délégués[202], c'est là que siège le « Sénat » de l'île d'Utopie[210]. Les délégués de chaque ville se rendent dans la capitale pour traiter des affaires communes[202]. Les citoyens désirant se rendre dans une autre cité que celle où ils résident doivent obtenir « l'autorisation des syphograntes et des tranibores[211]. »

Société[modifier | modifier le code]

De type patriarcal[212], chaque famille comprend les grands-parents, les parents, les ménages des fils mariés[202],[213]. Les prêtres donnent aux enfants leur première éducation[205]. Le mariage a lieu a vingt-deux ans pour les filles et vingt-six ans pour les garçons[214] ; les amours avant le mariage sont punis[214] ; les futurs conjoints doivent se montrer nus devant témoin avant de se marier[215]. Le mariage est indissoluble, sauf en cas d'adultères ; avec l'autorisation des sénateurs, le divorce par consentement mutuel est possible[216]. À l'organisation familiale se superpose une politique démographique : « Aucune cité ne doit voir diminuer excessivement sa population, ni davantage se trouver surpeuplée[217]. »

« La cité se compose de familles » et « chaque cité doit se composer de six mille familles[217]. » Chaque cité « se partage en quatre quartiers égaux »[212], dans chaque quartier est construit un « hôtel » où loge un syphogrante[203]. Les six mille familles sont réparties en « trente familles », celles-ci forment alors une syphograntie dépendant d'un hôtel attitré[203].

Chaque citoyen doit passer deux ans à la campagne[218]. Les habitants se considèrent comme des fermiers plutôt que comme des propriétaires[202]. Les repas sont pris en commun, à heure fixe[204] et au son du « clairon »[219]. Chaque famille confectionne ses vêtements : ils sont identiques et ne diffèrent que pour distinguer les hommes des femmes, « les gens mariés des célibataires[220]. » Tous les citoyens peuvent suivre des cours le matin avant le travail et se distraire le soir après le repas[221]. L'or est employé à faire « des vases de nuit », des chaînes pour les esclaves[note 20] et « des anneaux » d'or pour certains condamnés[222]. Les esclaves sont des Utopiens condamnés, des étrangers achetés parmi les condamnés, des « soldats capturés lors d'une guerre où Utopie fut attaquée » ou des émigrés venus travailler volontairement et temporairement[223]. Les Utopiens condamnés et devenus esclaves peuvent être libérés par les magistrats[224], ceux qui se révoltent son tués[225].

Économie[modifier | modifier le code]

Page 103, Livre II, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. De haut en bas, les manchettes disent[226] : « Finalité des biens. Les Utopiens font consister le bonheur dans le plaisir honnête. » « Les principes de la philosophie doivent être demandés à la religion. » « La théologie des Utopiens. » « L'immortalité des âmes que nombre de personnes, même chrétiennes, mettent en doutent aujourd'hui. » « Il ne faut pas aspirer à n'importe quel plaisir ni aimer la douleur si elle n'est pas justifiée par la vertu. »

L'économie s'organise principalement autour d'une ville et du territoire qui la nourrit[202] ; la production artisanale se fait dans les familles, chacune spécialisée dans un métier[220]. La journée de travail est limitée à six heures[227]. Tout le monde travaille, sauf les malades et les personnes âgées. Des esclaves accomplissent les travaux les plus pénibles et les plus repoussants[203],[219],[228]. Les paysans cultivent la terre, élèvent des bestiaux, procurent du bois[218], ils élèvent des volailles[218] ainsi que des chevaux mais « uniquement pour faire apprendre l'équitation aux jeunes gens[207]. » « L'ensemble du labourage et des transports est exécuté entièrement par des bœufs[207]. » Le grain récolté est utilisé pour faire du pain[207]. Les Utopiens boivent « du vin de raisin, du cidre, du poiré et de l'eau, souvent pure, parfois aussi mêlée à une décoction de miel et de réglisse qu'ils ont en abondance[207]. » Les produits, déposés d’abord dans des entrepôts, sont ensuite classés dans des magasins suivant leur espèce[212]. Des marchés procurent tout ce qu'il faut aux Utopiens[203]. Il y a des provisions pour « deux années »[229]. L'abondance des produits permet de constituer des réserves pour l'exportation[229]. Aussi, ils sèment et élèvent du bétail plus que nécessaire « afin d'avoir un surplus à donner à leurs voisins[207]. »

Les premières séances au Sénat d'Amaurote, où chaque année se rendent des déléguées de chaque cité, sont consacrées à dresser la statistique économique des diverses parties de l’île ; dès que sont identifiés les régions où il y a trop et celles où il n’y a pas assez, telle région « compense par ses surplus la pénurie d'une autre[229]. » Et cette compensation est gratuite[229]. Il n'existe pas de monnaie sur l'île d'Utopie[230],[231]. L'or et les pierres précieuses, obtenues par la vente de production agricole ou par tribut, servent de réserve en cas de guerre ou pour commercer avec des États voisins[232]. Les Utopiens n'hésitent pas à envahir les pays limitrophes qui laisseraient leurs terres inexploitées[217]. En effet, selon les lois utopiennes, la population de l'île ne doit pas excéder un certain seuil, dès que ce seuil est franchi des Utopiens sont envoyés à l'étranger fonder des « colonies », gouvernées « d'après les lois utopiennes », et ils « chassent du territoire » les « indigènes qui refusent d'accepter leurs lois », s'il le faut « ils luttent à main armée contre ceux qui leur résistent[217]. »

Tradition, Culture et Religion[modifier | modifier le code]

Les citoyens utopiens pratiquent et adhèrent à différentes religions, mais ils partagent tous la même vertu fondamentale. Cette vertu est une une vie conforme à la nature qui remplit l'âme de majesté divine et incline au plaisir en même temps qu'à aider les autres à l'obtenir[233]. En quelque sorte, les Utopiens ont une morale épicurienne, elle est fondée sur un calcul des plaisirs qui élimine tous les excès car ceux-ci causent les plus grands maux[234]. À côté des plaisirs de l'âme, à savoir : de l'intelligence et de la connaissance[235],[236], les Utopiens reconnaissent l'importance des plaisirs physiques comme la bonne chère et l'exercice corporel[237]. « Les Utopiens ignorent complètement les dés et les jeux de ce genre, absurdes et dangereux. Mais ils pratiquent deux divertissements qui ne sont pas sans ressemblance avec les échecs[221]. »

Les Utopiens croient en un Dieu (qu'ils nomment Mythra[238]) bon et créateur de toute chose, en l'immoralité de l'âme, aux châtiments et aux récompenses après la mort[239],[240]. Ceux qui ne partagent pas ces croyances sont exclus du vote et des magistratures[240] ; ils ne peuvent partager leurs idées avec leurs concitoyens, sauf avec les prêtres[240]. C'est Utopus qui décréta la liberté de religion[241]. Certains « Utopiens adorent le soleil, d'autres la lune ou quelques planètes »[238] ; d'autres ont comme dieu suprême « un homme qui a brillé »[238] ; d'autres encore un « dieu unique, inconnu, éternel, incommensurable, impénétrable, inaccessible à la raison humaine » et ils n'accordent « d'honneurs divins qu'à lui seul[238]. » Chaque Utopien est libre de célébrer les rites de sa religion dans sa maison. Étant donné la variété des religions, il n'y a aucune image de Dieu dans les temples présents dans chaque ville[242]. Les prêtres, appelés Buthresques[243], président aux cérémonies religieuses. Voyant que le Christ « avait conseillé aux siens de mettre toutes leurs ressources en commun »[244], beaucoup d'Utopiens commencent à adopter le christianisme[244].

Politique[modifier | modifier le code]

Page 78, Livre II, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. Voici les manchettes qui accompagnent la description des procédures pour désigner les magistrats utopiens[245]. De haut en bas, les manchettes disent[246] : « Tranibore, dans la langue des Utopiens, signifie préfet de première classe. » « Merveilleuse façon de créer les magistrats. » « L'État bien organisé déteste les tyrans. » « Trancher au plus vite les controverses : ne pas les prolonger indéfiniment de propos délibéré comme on le fait aujourd'hui. » « Ne rien décréter à la hâte. »

La plus grande égalité règne entre tous les citoyens, les magistrats et les prêtres (tous élus par le peuple[205]) n'ont que très peu d'avantages. Les charges politiques sont : au plus bas niveau, les syphograntes ou philarques[247] (des "délégués de quartier") ; au niveau médian, les tranibores ou protophylarques[247] (des "gouverneurs") ; au niveau supérieur les princes[248] (des "maires") ; au sommet le roi de l'île d'Utopie ; sans oublier les prêtres, qui peuvent intervenir ou être sollicités à tous les niveaux[note 21]. L'organisation politique commence au quartier (ou "pâté de maison"), l'échelon supérieur est un « sénat » pour chaque ville et son territoire, le tout est couronné par le « Sénat » d'Amaurote[210] ou « conseil général »[248] et par le Prince dit Barzanès ou Adèmus[249] (le "roi" de l'île d'Utopie[note 22]).

Les tranibores, les prêtres, les ambassadeurs et le Prince sont choisis et élus parmi les lettrés[249]. Les syphograntes sont dispensés de travail, néanmoins ils travaillent pour donner l'exemple[250]. Les lois sont peu nombreuses et compréhensibles par tous[251], ainsi chaque citoyen peut se défendre sans avocat[252] ; ces lois ne prescrivent pas de peine, c'est le sénat qui, dans chaque ville, s'en charge pour chaque cas[252].

Trente familles élisent chaque année le magistrat de leur quartier, le syphogrante[247]. Dix syphograntes et les familles qui dépendent d'eux obéissent à un tranibore[247]. « Les tranibores sont soumis chaque année à réélection ; leur mandat est souvent renouvelé. Toutes les autres charges sont annuelles[248]. » Les procédures électives des syphograntes et des tranibores ne sont pas relatées par Hythlodée.

À l'échelon "communal" : dans chaque cité se trouve un sénat, où siègent les tranibores[248],[note 23] ; pour élire le prince dans chaque cité : « Chacun des quatre quartiers de la ville propose un nom au choix du sénat »[248] (la procédure pour choisir ce nom n'est pas relatée par Hythlodée) ; ensuite : « Les deux cents syphograntes […], après avoir juré de fixer leur choix sur le plus capable, élisent le prince [ou "maire"] au suffrage secret, sur une liste de quatre noms désignés par le peuple[245]. » « Le principat est accordée à vie, à moins que l'élu ne paraisse aspirer à la tyrannie[248],[note 24]. »

À l'échelon "insulaire", la procédure est moins claire. Il semblerait que tout se passe à Amaurote, où siège le « Sénat » ou « conseil général » de l'île d'Utopie[note 25]. Le roi de l'île d'Utopie serait élu, mais cette procédure élective n'est pas relatée par Hythlodée[note 26].

Dans chaque sénat de chaque ville « tous les trois jours », en présence de deux syphograntes « convoqués par roulement à chaque séance du sénat », les tranibores débattent avec le prince (ou "maire"), ensemble ils délibèrent sur les affaires publiques et règlent les différents entre citoyens[248]. Discuter des affaires publiques, en dehors du sénat et des assemblées, est passible de la peine capitale ; ceci pour éviter qu'un prince et des tranibores n'établissent une tyrannie ou renverse le régime établi[248]. Par ailleurs, dans chaque cité : « toute question considérée comme importante est déférée à l'assemblée des syphograntes qui en donnent connaissance aux familles dont ils sont mandataires, en délibèrent entre eux, puis déclarent leur avis au sénat[248]. » Aussi : « Il arrive que le problème soit soumis au conseil général de l'île[248]. »

Guerre[modifier | modifier le code]

Les Utopiens détestent la guerre, ils l'évitent autant que possible[253]. Pour autant, hommes et femmes pratiquent des exercices militaires régulièrement pour pouvoir se défendre[254] si le pays est attaqué[255] et si un pays allié est envahi ; mais parfois, par pitié envers un peuple tyrannisé, « et c'est pour l'amour de l'humanité qu'ils agissent dans ce cas »[254], les Utopiens n'hésitent pas à aller à la guerre. Aussi, ils n'hésitent pas à engager des mercenaires, les Zapolètes[256] ; parfois ils font assassinés les princes ennemis ou sèment la discorde parmi ses proches[256]. Les Utopiens se montrent humains envers les prisonniers ; dès que le prince ennemi est tué à la bataille le combat cesse, des prêtres utopiens présents (au nombre de sept) sur les champs de bataille s'assurent de l'arrêt du combat[257].

Page 162, dernière page du Livre II, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. Th. More vient de prononcer ses dernières réflexions, le livre se clôt sur la formule suivante (en lettres capitales) : « Fin du discours d'après-midi de Raphaël Hythlodée sur les lois et les institutions de l'île d'Utopie, peu connue jusqu'à présent, par le très célèbre et très savant Thomas Morus, citoyen et vice-shérif de la cité de Londres[258]. »

Fin du discours[modifier | modifier le code]

« Je vous ai décrit le plus exactement possible la structure de cette république où je vois non seulement la meilleure, mais la seule qui mérite ce nom. Toutes les autres parlent de l'intérêt public et ne veillent qu'aux intérêts privés. Rien ici n'est privé, et ce qui compte est le bien public[259]. »

C'est sur ces mots que Raphaël reprend la discussion au jardin. De suite, il compare la situation en Utopie et celle en Europe : « Quand je reconsidère ou que j'observe les États aujourd'hui florissants, je n'y vois, Dieu me pardonne, qu'une sorte de conspiration des riches pour soigner leurs intérêts personnels sous couleur de gérer l'État[260]. » Raphaël revient une dernière fois sur l'île d'Utopie : « je suis heureux de voir aux Utopiens la forme de Constitution que je souhaiterais à tous les peuples[261]. » Morus couche sur le papier les réflexions qui l'assaillirent : « Bien des choses me revenaient à l'esprit qui, dans les coutumes et les lois de ce peuple, me semblaient des plus absurdes, dans leur façon de faire la guerre, de concevoir le culte et la religion »[262]. Par dessus tout, il y a un point qui lui sembla plus absurde que les tous les autres : « le principe fondamental de leur Constitution, la communauté de la vie et des ressources, sans aucune circulation d'argent, ce qui équivaut à l'écroulement de tout ce qui est brillant, magnifique, grandiose, majestueux, tout ce qui, d'après le sentiment généralement admis, constitue la parure d'un État[263]. » Morus laisse entendre qu'il aurait voulu poser des questions et débattre avec Raphaël ; mais ce dernier était fatigué et Morus ne sait pas si Raphaël aurait admis « la contradiction »[263]. Morus écrit qu'il se contenta de « louer les lois des Utopiens et l'exposé » de Raphaël et, « le prenant par le bras », il l'amena dans la salle à manger[263].

« Espérons que ce moment arrivera [de nous entretenir plus longuement avec Raphaël Hythlodée]. Entre-temps, sans pouvoir donner mon adhésion à tout ce qu'a dit cet homme [R. Hythtlodée], très savant sans contredit et riche d'une particulière expérience des choses humaines, je reconnais bien volontiers qu'il y a dans cette république utopienne bien des choses que je souhaiterais voir dans nos cités. Je le souhaite, plutôt que je ne l'espère[263]. »

Ces mots forment le dernier paragraphe par lequel Morus rapporte la description de l'île d'Utopie par Raphaël Hythlodée.

Lettre de Jérôme de Busleyden à Thomas More[modifier | modifier le code]

Page 163, première page de la lettre de Jérôme de Busleyden adressée à Th. More qui est placée après le Livre II, édition de novembre 1518 chez Johann Froben.

Placée juste avant le texte de l'Utopia dans l'édition ptinceps chez Thierry Martens, cette lettre de Jérôme de Busleyden sera placée à la suite du texte dans l'édition de1517 chez Gilles de Gourmont ; elle conserve cette place dans les éditions de 1518 chez J Froben.

Après avoir rendu hommage à Th. More pour son écrit, J. de Busleyden inscrit la République d'Utopia dans une lignée fameuse, et même plus : « Il ne s'est jamais vu plan de politique ni si salutaire, ni plus achevé, ni plus souhaitable. Ce dessein-là l'emporte infiniment au-dessus de ces anciennes Républiques qu'ont a tant vantées ; une Lacédémone, une Athènes, une Rome, ce dessein, dis-je, les laisse bien loin derrière soi[264]. » Du reste, si ces Républiques avaient suivi les mêmes principes, elles seraient toujours debout et l'on n'en verrait pas les ruines[265].

Puis, J. de Busleyden aborde deux points qui lui semblent importants pour une République. Le premier est qu'il ne s'agit pas tant de faire des lois « qu'à travailler principalement à former les meilleurs magistrats possibles[265]. » S'appuyant sur Platon, il ajoute : « C'est avant tout sur l'image de tel magistrats, sur l'exemple de leur probité, de leur justice et de leurs bonnes mœurs, que doit se modeler tout l'État et le gouvernement de toute République parfaite[265]. »

Le second point revient sur le principe politique cardinal de l'île d'Utopie : « toute propriété est abolie, et avec elle tout litige sur ce que chacun possède. Dans votre État tout généralement est commun, en vue du bien commun lui-même[266]. » Et J. de Busleyden d'insister : « N'est-ce pas la possession en propre, la soif brûlante d'avoir, et surtout cette ambition qui est dans le fond le plus misérable chose qu'il y ait chez les hommes, n'est-ce pas tout cela qui entraîne les mortels, même malgré eux, dans l'abîme d'un malheur inexprimable[266] ? » Pour étayer et conclure sur ce point, il rappelle l'exemple des Républiques citées plus haut : « Que sont-ils devenus, ces ouvrages des hommes ? Hélas ! À peine en voit-on aujourd'hui quelques matériaux, quelques vestiges ; disons plus : l'histoire la plus ancienne ne saurait en certifier les noms[267]. »

Pour finir, J. de Busleyden espère : « Il ne tiendrait qu'à nos Républiques (si on peut donner ce beau titre-là à aucun État) de prévenir ces pertes, ces désolations, ces ruines, et toutes les horreurs de la guerre : elles n'ont qu'à embrasser le gouvernement des Utopiens, et qu'à s'y attacher avec l'exactitude la plus scrupuleuse[267]. »

Poème de Gerhard Geldenhauer[modifier | modifier le code]

Page 167, dernière page de paratextes de L'Utopie, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. Sous les dernières lignes de la lettre de Jérôme de Busleyden adressée à Th. More, se trouvent le poème de Gerhard Geldenhauer puis celui de Cornelis de Schrijver. En lettres capitales (extérieures au poème), « FINIS » indique la « fin » de l'Utopia.

Apparaissant avant le texte de l'Utopia dans l'édition princeps, ce poème de Gerhard Geldenhauer sera placé après le texte dans l'édition suivante de 1517, à la suite de la lettre de J. de Busleyden ; il conserve cette place dans les éditions de 1518. Le titre de ce poème est : « L'Utopie ».

« Aimes-tu, lecteur, les choses agréables ? — Toutes les plus agréables sont ici.
Si c'est l'utile que tu recherches, rien ne peux lire de plus utile.
Si l'un et l'autre tu désires, les deux en cette île abondent,
De quoi parfaire la langue, de quoi instruire l'esprit.
Ici les sources du bien et du mal sont révélées par l'éloquence
De More, gloire suprême de son Londres natal[268]. »

Poème de Cornelis de Schrijver[modifier | modifier le code]

Disposé avant le texte de l'Utopia dans l'édition princeps, ce poème de Cornelis de Schrijver sera placé après le texte dans l'édition suivante de 1517, à la suite de la lettre de J. de Busleyden ; il conserve cette place dans les éditions de 1518. Le titre de ce poème est en fait une adresse au lecteur : « Au lecteur ».

« Veux-tu voir des prodiges nouveaux, maintenant qu'un nouveau monde vient d'être découvert ?
Veux-tu connaître des façons de vivre de nature différente ?
Veux-tu savoir quelles sont les sources des vertus ? Veux-tu savoir d'où viennent de nos maux
Les principes ? et déceler l'inanité cachée au fond des choses ?
Lis tout cela qu'en différentes couleurs More nous a donné,
More, l'honneur de la noblesse de Londres[268]. »

Marque d'imprimeur de Johann Froben[modifier | modifier le code]

La marque d'imprimeur de Johann Froben fut apposée aux deux éditions du texte de l'Utopia que son atelier imprima en mars puis en novembre 1518. Ici, elle apparaît en arrière-plan des colonnes.

Page 168, au verso des poèmes de Gerhard Geldenhauer et Cornelis de Schrijver, la marque d'imprimeur de Johann Froben clôt l'œuvre Utopia dans son édition ne varietur de novembre 1518.

Pour S.Gély, la marque de J. Froben témoigne « d'un ésotérisme dérivé de symbolismes antiques, métamorphosés sous l'influence de la méditation de textes bibliques »[269]. De fait, les maximes ou adages qui entourent « l'image d'inspiration hermétique, sont empruntés on le voit à l'Ancien et au Nouveau Testament dans les trois langues, hébraïque, grecque et latine par lesquelles ils ont été transmis[270]. » Elle rappelle au lecteur d'aujourd'hui : « La présence d'éléments ou de connotations ésotériques ne devrait pas trop surprendre dans une œuvre pourtant marquée au coin du bon sens le plus pragmatique lors même qu'elle s'élève au-dessus du monde comme il va[271]. »

En grec, au-dessus et en dessous de l'emblème de J. Froben : « Soyez avisés comme les serpents, simples comme des colombes[270]. » La phrase latine, à gauche, se traduit : « Prudente simplicité, et amour de ce qui est droit[272]. » L'hébreu, à droite, se traduit : « Fais du bien, Seigneur, aux gens de bien et à ceux qui ont au cœur la droiture[272]. »

A. Prévost apporte quelques précisions sur la phrase grecque. Concernant le mot « avisés » : la « traduction traditionnelle » par « prudence » correspond à la « prudentia » latine, « une vertu cardinale que Thomas d'Aquin définit : la vertu à la fois intellectuelle et pratique qui dirige l'action vers sa fin[273]. ». La « traduction mystique », poursuit A. Prévost, insiste sur la connotation de « contemplation » et se traduit par sagesse. « Avisé est donc celui qui voit à l'avance et devant soi et qui prend les moyens d'atteindre son but[273]. » Concernant le mot « simple » : « Simple » dans le sens « qui n'est pas mélangé » est une âme simple, « celle qui a gardée sa vertu originelle », « intègre, intacte »[273].

Sinon, plus généralement : « L'observation de la gravure révèle que le caducée de Mercure a été transformé, remarque A. Prévost. Pour avoir séparé deux serpents qui se battaient, la verge devint l'emblème de la concorde. Fait de bois d'olivier ou de laurier, le caducée rendait inviolable ceux qui le portaient : ambassadeurs, héraults, ici, Froben, porte-parole de la connaissance par le livre[273]. » Et A. Prévost ajoute : « La couronne royale qui coiffe les serpents symbolise la ville royale "basilea", Bâle[273]. »

Retour d'Utopia[modifier | modifier le code]

Paratextes éliminés[modifier | modifier le code]

Page de titre de L'Utopie de Th. More, première édition de 1516 chez Thierry Martens. (« Source gallica.bnf.fr / BnF »)

1516, 1517 et mars 1518 Les pages de titre et le premier frontispice[modifier | modifier le code]

Comme le rappelle S. Gély, les différentes éditions et impressions de l'Utopia doivent être replacées dans le développement continu de l'imprimerie en Europe. Ainsi, « la plasticité des titres, la faculté, pour les auteurs et leurs éditeurs, d'adapter davantage l'écriture et la présentation des énoncés titulaires » correspondent « non seulement à la réception qu'ils souhaitent pour un livre en fonction des temps, des lieux, des personnes, mais aussi au développement conjugué d'un ars cogitandi et d'un ars dicendi, lesquels, à dessein, voilent ou enrichissent ou resserrent, font, défont, refont[274]. » Les deux pages de titres et les deux frontispices successifs portent la trace de la façon dont fut pensée et conçue l'Utopia[275],[276],[277].

Dans son édition, A. Prévost avertit le lecteur du XXe siècle : « Le titre d'Utopie donné aujourd'hui à l'ouvrage néglige les nuances que More avait mises dans le titre complet[278]. » Il ajoute : « Noter que le mot "Utopie" ne figure pas dans le titre qui constitue le liminaire du "corpus utopien" dégagé des parerga[278]. »

Par ailleurs, point qui n'est pas abordé dans cet article : « Faut-il rappeler que pour More et les artistes de la Renaissance les gravures de lettrines ne sont pas un enjolivement gratuit comme elles le seront aux époques décadentes ? Toutes évoquent les éléments fluides, l'air ou l'eau qui permettent de passer de la matière au vivant et à l'invisible »[279]. Comme l'attestent les pages qui illustrent cet article, ces lettrines changent d'une édition à l'autre.

La page de titre de 1516[modifier | modifier le code]
Page de titre de L'Utopie de Th. More, deuxième édition de 1517 chez Gilles de Gourmont. (« Courtesy of the John Carter Brown Library »)

Pour cette page de titre de l'édition princeps, supervisée par P. Gilles chez T. Martens, c'est la première phrase, ou les premiers mots, qui occupent toute la place et qui composent une formule liminaire peut-être destinée « à solliciter chalands curieux ou lecteurs décidés[274]. » Ici la formule « libellus uere aureus » occupe « la première ligne en belles grasses gothiques »[280]. S. Gély rappelle la définition de « Libellus » : c'est un petit livre, « de dimensions, voire de prétentions modestes » ; mais ce peut être aussi un « bref écrit de combat », un « libelle »[280]. Pour S. Gély ces deux significations se conjuguent à la condition de bien saisir leur association : cet « "illustre citoyen londonien" qui en est l'auteur ne saurait vanter "l'excellence" de "l'île nouvelle, Utopie", autrement que par comparaison avec la cité dont il est le "shériff"[280]. »

De son côté, A. Prévost note : « Il est remarquable que le titre de l'édition A [1516], met en relief l'idée du livre de sagesse et laisse au second plan la parabole utopique destinée plus tard à susciter le principal intérêt[154]. » Plus loin, A. Prévost constate : « Ce titre sera fidèlement préservé à la même place dans l'édition de Paris [1517]. Il ne fait nulle mention du mot "Utopie" alors que les frontispices placés par les éditeurs [postérieurs] en tête de leur fabrication, prendront des distances à l'égard du premier témoin de la pensée originelle de More[281]. »

La page de titre de 1517[modifier | modifier le code]

« Cette édition de Paris, ou de 1517, se présente comme un livre élégant », dit André Prévost[282]. Pour ce dernier : « Les deux amis [More et Érasme] décidèrent de donner à l'édition de Paris un ton plus sévère. Le mot festivus du titre de Louvain serait remplacé par celui d'elegans ; les jeux de l'alphabet utopien, du poème en langue utopienne, de la carte disparaîtraient[283]. »

S. Gély, quant à elle, relève ceci : « L'édition parisienne qui suit en 1517 celle de Louvain efface les aspects de la fiction satirique sous-jacents au titre de 1516 au profit des principes de sagesse politique offerts par l'auteur à un "lecteur de bonne foi" »[269]. En effet, la formule « libellus uere aureus » entre « dans le rang », « non sans une passagère modification de vocabulaire dans l'édition parisienne »[280]. S. Gély précise : « Libellus, s'est ici neutralisé en opusculum, en troisième ligne et en minuscules, cependant toujours accompagné de l'épithète qui lui attribue l'éclat d'or[269]. » Peut-être faudrait-il rapprocher cette vue de S. Gély d'une remarque d'A. Prévost : « L'édition a été faite sous forme de manuel. Budé est l'un de ces notables qui ont recommandé le format maniable[282]. »

Frontispice de L'Utopie de Th. More, troisième édition de mars 1518 chez Johann Froben. (« Source e-rara.ch / Universitätsbibliothek Basel »)

Sinon, A. Prévost constate : « Le titre de cette édition de Paris rejette plus loin encore que celle de Louvain, A [1516], la mention de l'île d'Utopie et ne relève pas le ton humoristique de l'œuvre. L'éditeur est tout attentif au principe de sagesse qu'elle contient et refuse les détails de l'affabulation utopique[282]. »

Le frontispice de mars 1518[modifier | modifier le code]

Le frontispice qui apparaît dans l'édition de mars 1518 n'a « aucun rapport avec le texte[284]. » En fait, ce frontispice dessiné par Hans Holbein le Jeune « avait déjà servi de page de titre à d'autres œuvres d'Érasme publiées l'année précédente[284]. » A. Prévost décrit brièvement ce frontispice : dans le haut, « une "Véronique" »[284] avec, au sommet, « une tête de Christ couronné d'épines »[135] ; dans le bas, « une scène tragique, le suicide de Lucrèce », le tout « encadré d'amours et de grotesques divers[284]. »

S. Gély relève que « le terme libellus qui figurait en première place dans le titre de l'édition de Louvain » passe définitivement au second plan[285] ; désormais, la formule du titre « donne le plus grand relief à l'idée de "l'excellence et de l'utilité" (cette dernière notion annoncée dans l'édition parisienne [de 1517] : "non minus utile") »[285], passe ainsi au premier plan et en majuscules « DE OPTIMO REIP. STATU ». Ceci afin de souligner l'excellence et l'utilité de « l'exemplaire communauté politique illustrée dans l'île Utopie[285]. »

Quant à la présentation extérieure du livre, signale A. Prévost, « elle fait entrer l'Utopie dans la classe des éditions de luxe. Grâce à la présence d'Ambrosius Holbein et de Hans Holbein [le Jeune] à Bâle, Froben fait exécuter pour les titres et les grandes divisions du texte : frontispices, illustrations de scènes typiques, initiales, des gravures sur bois qui rehaussent singulièrement le charme de l'œuvre[284]. »

1516 La première carte de l'île d'Utopie[modifier | modifier le code]

La gravure de cette carte est attribuée à un « peintre éminent » par Gérhard Geldenhauer dans une lettre à Érasme datée du 12 novembre 1516[157] ; A. Prévost, suivant en cela Surtz, attribue le dessin de la carte à G. Geldenhauer lui-même[155]. Selon Surtz, les initiales « N.O. » inscrites sur le pavillon de la caravelle sont celles de l'alias que G. Geldenhauer utilise pour signer sa correspondance : « No. », soit « Noviomagus »[157],[note 27].

Sinon, concernant la gravure : « le "Figure de l'île d'Utopie" reproduit les détails pittoresques donnés au début du Livre II de l'Utopie, dit A. Prévost. Elle situe notamment Amaurote, la capitale, l'Anydre, sa source et son embouchure. L'orientation de la carte est révélée par un trait particulier : la forme même de l'île qui est celle d'un croissant d'une nouvelle lune, une lune "re-naissante" ; l'entrée de la mer est donc tournée vers l'Est, au bas de la carte[154],[286]. » Effectivement, en latin, Th. More a inventé une expression : « in lunae speciem renascentis ».

Carte de l'île d'Utopie gravée pour la première édition chez Thierry Martens en 1516, titrée « Vtopiæ Insvlæ Figvra ». Elle disparut de l'édition de 1517 imprimée chez Gilles de Gourmont. (« Source gallica.bnf.fr / BnF »)
Carte de l'île d'Utopie gravée pour l'édition de mars 1518 chez Johann Froben, elle est reprise dans l'édition de novembre sans le titre « Vtopiæ Insvlæ Tabvla » (« Source e-rara.ch / Universitätsbibliothek Basel »)

L'image du croissant se prolonge dans la circularité de l'île : « Cette circonférence intérieure protège la capitale dans une sorte de "matrice" ; après la lune "renaissante", le vocabulaire de la description géographique de l'île au début du Livre II souligne, du reste, cette anthropologie : "les flots font du sein de cette terre, presque tout entier, un port", où l'étonnant terrae alvus évoque l'image du ventre maternel bientôt confirmée par le mot sinus ; l'entrée dans ce golfe est protégée par de dangereuses fauces, qui sont la "gorge" de ce corps, et la capitale se trouve tamquam in umbilico terrae, "comme au nombril de la terre"[49]. » Ou, chez Louis Marin : « l'île en son centre est un alvus, un ventre, une matrice ou un estomac »[287] ; L. Marin rend « fauces » ainsi : « le goulet du port intérieur (mais aussi, la gorge, le cratère étroit) est source d'effroi et de terreur[287]. »

Sinon, comme le rappelle S. Gély : « On n'a pas manquer de noter une analogie entre la description ainsi que les illustrations successives de l'Utopie (surtout l'insulae Utopiae figura de 1516), et la carte, ou plutôt le schème de la Grande-Bretagne — Albion, l'île blanche des symboles primordiaux, dont en quelque manière l'ouvrage morien figurerait une renaissance rêvée[288]. » S. Gély poursuit : « Or quant à l'évolution de l'insulae figura, qu'il s'agisse seulement d'Utopia ou de la grande île Angleterre, ou encore des deux à la fois, le texte et les illustrations qui, successivement, l'enrichissent, de l'édition de Louvain (1516) à celle de Bâle (1518), ces "figurae" la dessinent, au sein même et à l'appui d'un ludus révolutionnaire, dans une vision englobante qui inclut des allers-retours entre l'ancien et le nouveau, le même et l'autre[288]. »

Pour finir, quelques brèves remarques sur les différences entre ces deux cartes : les trois bateaux présents sur la carte de 1516 (la caravelle, le bateau à voile latine et la barque masquée par la caravelle) sont reproduits comme en miroir sur celle de 1518 (sur la caravelle le personnage fait désormais face au lecteur, alors qu'en 1516 il regardait l'île d'Utopie) ; sur la carte de 1518, des personnages sont présents sur le rivage (Hythlodée, possiblement Th. More, un soldat) ; la ville imposante visible en arrière plan sur la carte de 1516 a disparu de celle de 1518 ; curieusement, et comme accrochée au cadre qui ceint la gravure, une guirlande passe au devant de l'île d'Utopie sur la gravure de 1518 ; dernière remarque : des croix sont visibles sur les clochers des églises sur la carte de 1518.

Première page de la lettre de Jean Desmarais adressée à P. Gilles, édition de 1517 chez Gilles de Gourmont. (« Courtesy of the John Carter Brown Library »)

Quant à l'île d'Utopie, est-elle véritablement inversée ? La source et l'embouchure du fleuve Anydre n'ont pas changé de site. Par contre, l'entrée de la mer intérieure semble désormais s'effectuer par l'Ouest, où se dirige le bateau à voile latine, et non plus par l'Est.

1516 La lettre et le poème de Jean Desmarais[modifier | modifier le code]

Cette lettre et ce poème de Jean Desmarais figurent dans les deux premières éditions de l'Utopia, la princeps de 1516 chez Thierry Martens et celle de 1517 chez Gilles de Gourmont ; ces deux paratextes seront supprimées des éditions de Bâle en 1518. J. Desmarais, originaire de Cassel, fut « rhéteur et secrétaire général de l'Académie de Louvain[289]. »

Dans sa lettre adressée à Pierre Gilles, J. Desmarais tisse des liens entre les cultures passées et présentes en évoquant de grands écrivains du passé et ceux du présent. Ainsi, « les Grecs et les Romains n'ont pas eu tout l'honneur. L'érudition a brillé aussi dans d'autres régions. L’Espagne a quelques noms célèbres desquels elle s’enorgueillit. La sauvage Scythie a son Anacharsis[note 28]. Le Danemark a son Saxo[note 29]. La France a son Budé. L’Allemagne aussi a nombre d’hommes célébrés pour leurs écrits, l’Angleterre également, et des notables[290]. » Alors, J. Desmarais s'attache à louer les mérites de Th. More et à le distinguer : « Mais est-il besoin de parler des autres ? Tenons-nous en à More, car c'est lui qui excelle au suprême degré. Toujours dans la fleur de l'âge, et alors même qu'il fut distrait par les affaires publiques aussi bien que domestiques, il achève tout ce qu'il entreprend plus facilement que ses écrits[290]. »

Poème de Jean Desmarais, édition de 1517 chez Gilles de Gourmont. (En haut de la page se trouvent les dernières lignes de la lettre de J. Desmarais.) (« Courtesy of the John Carter Brown Library »)

Ensuite, J. Desmarais prend du recul, puis il se met en retrait face au talent de Th. More ; aussi, il évoque les mécènes Charles de Castille et Jean le Sauvage. Pour finir, J. Desmarais s'adresse directement à P. Gilles et le presse de publier l'Utopia rapidement : « je vous demande, savantissime Pierre Gilles, de veiller, dès que possible, à ce que l'Utopie soit publiée. Car dans ce travail, comme dans un miroir, on y verra tout ce qui sera nécessaire pour fonder une République parfaitement ordonnée. Daignât vouloir le Ciel que comme les Utopiens ont commencé d'embrasser notre religion, nous pussions, en échange, emprunter d'eux la forme d'un bon et heureux Gouvernement[290] ! » Dans le poème (sans titre) qui suit sa lettre, Jean Desmarais s'intéresse aux vertus, un aspect essentiel de l'éthique des Utopiens.

« Rome donna des hommes courageux, et l'honorable Grèce donna des hommes éloquents,
Des hommes stricts donnèrent la renommée Sparte.
Marseille donna des hommes honnêtes, et l’Allemagne, elle, des hommes robustes.
Des hommes courtois et charmants, l'Attique donna.
L'illustre France, un temps, donna des hommes pieux, l’Afrique des hommes prudents.
Des hommes munificents, autrefois, les Britanniques donnèrent.
Des exemples d’autres vertus sont recherchés chez différents peuples,
et ce qui est absent chez l’un, abonde chez l’autre.
Une seule région du monde donna la totalité des vertus aux hommes, l’île d’Utopie[290]. »

1517 La seconde lettre de Thomas More à Pierre Gilles[modifier | modifier le code]

La seconde lettre de Th. More, aussi nommée « Impendio », fut jointe à l'édition imprimée en 1517 chez Gilles de Gourmont et supervisée par Thomas Lupset[note 30]. Tandis que furent retirés de cette édition la carte de l'île d'Utopie, l'alphabet des Utopiens et le quatrain en langue vernaculaire, la lettre de G. Budé adressée à T. Lupset fit son apparition ; quant au texte de l'Utopia, il prit place au centre de la publication (la lettre de J. de Busleyden, le poème de G. Geldenhauer et celui de C.de Schrijver furent déplacés après le texte de l'Utopia).

Première page de la seconde lettre (ou Impendio) de Th. More adressée à P. Gilles, édition de 1517 chez Gilles de Gourmont. (« Courtesy of the John Carter Brown Library »)

Cette seconde lettre fut placée juste après la fin du Livre II. Sur la forme : après avoir lu l'Utopia un lecteur (non nommé) a formulé des critiques, P. Gilles (Ægidio) les a faites parvenir à Th. More (Morus) qui prend la plume pour y répondre. Sur le fond : nombre de passages font échos à la « Lettre-Préface », ainsi au sortir du texte de l'Utopia Th. More prend soin d'accompagner le lecteur. Voici, cité par Morus, ce qu'a écrit le lecteur anonyme : « Si la chose est rapportée comme vraie, j'y vois quelques absurdités ; mais si elle est fictive, alors je regrette en certains endroits de ne pas y retrouver toute l'exactitude du jugement de More[291]. » À cette critique, Morus répond d'abord qu'il ne voit pas en quoi « on devrait s'estimer clairvoyant en découvrant qu'il y a quelques absurdités dans les institutions des Utopiens, ou qu'en façonnant [sa] République [il n'a] pas toujours inventé les solutions les plus expédiantes : ne voit-on rien d'absurde nulle part ailleurs dans le monde ? Et quel philosophe a-t-il jamais organisé une République, gouverné un prince ou dirigée une maisonnée sans qu'il y ait rien à améliorer dans ses institutions[292] ? »

Puis, Morus poursuit sa défense sur le terrain de l'écriture : « si j'avais pris la décision d'écrire sur la République, et qu'une telle fable me fût venue à l'esprit, je n'aurais peut-être pas répugné à cette fiction qui, enveloppant le vrai comme du miel, lui permet de s'insinuer un peu plus suavement dans les esprits[293]. » N'est-ce pas, justement, ce qu'il fit ? Ensuite, Morus devient plus explicite quant à l'invention et à la fabulation qui parcourt le texte de l'Utopia : « j'aurais […] semé pour les plus lettrés quelques indices qu'il eût été aisé de suivre à la trace pour percer mon dessein[293]. » Quels types d'indices ? Par exemple, il aurait donné au prince, au fleuve, à la ville et à l'île des noms singuliers. « Cela n'aurait pas été difficile à faire, et aurait été bien plus spirituel que ce que j'ai fait ; car, si je n'y avais pas été contraint par la fidélité historique, je n'aurais pas poussé la stupidité jusqu'à choisir d'employer ces noms barbares et qui ne signifient rien : Utopie, Anydre, Amaurote, Adèmus[294]. » N'est-ce pas, précisément, ce qu'il fit ?

Enfin, Morus termine sa défense en parlant de Raphaël Hythlodée. D'abord, il répète ce qu'il écrivit dans sa « Lettre-Préface » : « je n'ai fait que reproduire par écrit, en homme simple et crédule que je suis »[294]. Après, il déclare que Raphaël raconta son histoire à « beaucoup d'hommes d'une extrême honnêteté et du plus grand sérieux »[295]. Pour finir, Morus affirme que des voyageurs tout juste revenus du Portugal ont croisé Raphaël et qu'il était « aussi vivant et en bonne santé qu'il fut jamais[296]. » Ainsi : « Que [les incrédules] aillent donc s'enquérir de la vérité auprès de lui en personne, ou qu'ils aillent la lui arracher en le soumettant, s'il leur plaît, à un interrogatoire serré — pourvu qu'ils comprennent que je ne saurais répondre que de mon œuvre, et non de la bonne fois d'un autre[296]. »

Les noms en Utopia[modifier | modifier le code]

Par antiphrase, dans sa seconde lettre adressée à P. Gilles, Thomas More reconnaît qu'il a semé « pour les plus lettrés quelques indices » dans son texte. Ainsi, outre les références littéraires et historiques, Th. More a forgé des « noms barbares et qui ne signifient rien ». Ci-dessous, ces noms sont très brièvement présentés[297],[298] :

  • «Abraxa » : nom forgé par le gnostique Basilide d'Alexandrie ; suivant la numérotation grecque, la somme des lettres du mot Abraxas donne 365, comme le nombre de jours d'une année calendaire (α, 1 ; β, 2 ; ρ, 100 ; α, 1 ; ξ, 60 ; α, 1 ; σ, 200) ;
  • « Achorien » : du grec χωρἰoν, chôrion, lieu ; les Achoriens sont un peuple sans pays ;
  • « Adèmus » : du grec δἦμoς, dèmos, peuple ; précédé du α privatif, l'Adèmus est le chef sans peuple ;
  • « Alaopolite » : du grec λαός, laόs, peuple et, πoλἰτης, polἰtès, habitant de la cité ; précédé du α privatif, les Alaopolites sont les citoyens d'une ville inhabitée ;
  • « Amaurote » : du grec άμαυρωτόν, amaurôton, signifiant qui est rendu obscur ; Amaurote est la Ville-mirage ou la Ville-invisible ;
  • « Anémolien » : du grec ἄνεμoς, anemos, vent ; les Anémoliens sont un peuple léger comme le vent, vaniteux (Anémolius, l'auteur du « Sizain », est un anémolien) ;
  • « Anydre » : du grec ὒδωρ, hudôr, eau ; précédé du α privatif, l'Anydre est le fleuve sans eau ;
  • « Barzanès » : de l'araméen Bar, qui signifie « fils de » et de Ζάνoς, Zànos, forme dorique et poétique de Zeus ; au temps d'Abraxa, le chef était nommé Fils de Zeus ;
  • « Buthresque » : du grec βoυ, Bou, énorme et θρῆσχος, religieux ; le mot signifie ainsi le religieux par excellence, il est uniquement appliqué au grand prêtre d'Utopie ;
  • « Macarien » : du grec μάκρ, makar, bienheureux ; dans la pensée grecque, les morts habitent les îles des Bienheureux ;
  • « Néphélogète » : du grec νεφέλη, néphelé, nuage et, γενέτς, genétês, engendré ; les Néphélogètes seraient les Fils des nuages ;
  • « Phylarque » : du grec φύλαρκος, phylarkos, chef de tribu, pouvant s'entendre φἰλαρκος, ami du pouvoir ;
  • « Polylérite » : du grec πολύς, polys, beaucoup et λἦρος, lêros, radotage ; les Polylérites seraient un peuple qui parle beaucoup, qui divague ;
  • « Protophylarque » : « Proto- » du grec πρωτο, prôto, premier ; le Protophylarque est le chef de plusieurs Phylarques ;
  • « Syphogrante » : du grec σoφός, sophόs, sage, s'écrivant en dialecte éolien σύφός, syphos, et du grec γέρων, vieillard ou ancien ; le Syphogrante est un sage d'âge mûr ;
  • « Tranibore » : du grec θρἄνος, thrânos, le siège le plus haut et βορέας, Borèas, le vent du nord ; un Tranibore serait un chef aussi insaisissable que le vent ;
  • « Utopia/Utopie » : du grec οὐ, ou, et τοπος, topos, lieu ; Utopie est un lieu de nulle part (Utopus est le nom du fondateur de l'île d'Utopie) ;
  • « Zapolète » : du grec ζα, za, une particule d'intensité et πωλητής, pôletis, trafiquant ; les Zapolètes sont les trafiquants par excellence, ceux auxquels font appels les Utopiens.

La découverte des étapes de la rédaction de L'Utopie[modifier | modifier le code]

Au milieu du XXe siècle, la découverte des étapes de la rédaction de L'Utopie a relancé la question du propos de Thomas More[299].

L'Utopie est un livre écrit en deux temps[120],[300],[95]. À l'origine, le Livre II fut un texte composé par Th. More tel un exercice de rhétorique répondant au texte l'Éloge de la Folie de son ami Érasme[300] (que ce dernier lui a d'ailleurs dédié, extraits de l'Éloge de la Folie). Ce texte fut rédigé en 1515 alors que Th. More fut en mission diplomatique aux Pays-Bas pour son roi Henry VIII. Au retour de cette mission, Th. More rédigea un dialogue entre un marin imaginaire et sa personne. Érasme le relate dans sa correspondance : « Mettant à profit une période de loisir [lors de sa mission diplomatique], il avait d'abord écrit ce qui est le second livre ; bientôt il jugea opportun d'y ajouter le premier livre : la hâte avec laquelle il dut l'improviser explique une certaine inégalité de style[301]. » Th. More assembla le tout et peaufina l'ensemble : une mise en contexte du dialogue, des rappels thématiques entre le Livre I et le Livre II, la « Lettre-Préface » pour parachever le texte[300].

La découverte des étapes de la rédaction de L'Utopie a permis de jeter un nouveau regard sur l'écriture du texte, sur l'écriture humaniste et sur l'écriture propre de Th. More[302]. Au Livre II, la description de l'île d'Utopie par Raphaël Hythlodée est un éloge paradoxal[303] qui correspond à un style rhétorique précis : la declamatio[304],[305]. Cette declamatio correspond à un genre particulier : non au genre judiciaire qui « porte sur le passé », ni au genre délibératif qui « porte sur l'avenir », mais au genre épidictique qui « porte sur le présent », où « l'orateur se propose à l'admiration des spectateurs, tout en tirant argument du passé et de l'avenir[306]. » C'est pourquoi le lecteur a l'impression que la description de l'île d'Utopie se déroule sous ses yeux, au présent. Dans une première version, tout comme la folie parle en son nom dans le livre écrit par Érasme, la sagesse (à savoir : l'île d'Utopie) parlait en son nom propre. Ce n'est que lorsque le Livre I fut écrit, et que le personnage de Raphaël Hythlodée apparut, que cette declamatio devint un discours qui fut mis dans la bouche du marin-philosophe.

Au Livre I l'écriture procède autrement : « Le dialogue est la formulation écrite d'un débat autour d'une question théorique ou pratique[307]. » Servir le prince ou non ? Dans sa forme, ce dialogue emprunte aux modèles platonicien et cicéronien[308]. Outre le fait que More/Morus soit présent comme Socrate et qu'il utilise l'ironie, un ton singulier et des figures de styles ciselés[309], Th. More suit les dialogues de Platon sur un point particulier : « Ce n'est […] pas l'échange avec un autre qui est constitutif du dialogue : le dialogue de l'âme avec elle-même est le dialogue originaire et ce qui lui est essentiel est le mouvement de l'interroger-répondre. Cela seul mérite le nom de "pensée", et c'est cela qui impose à Platon son écriture dialoguée[310]. » Morus-Ægidio-Raphaël : trois personnages qui s'interrogent et se répondent sur le futur engagement de Th. More comme conseiller du prince. À Cicéron[311], Th. More emprunte une conception différente du dialogue : « D'abord la discussion des idées prend un tour plus libre et varié, plus animé aussi ; au lieu de la lourdeur didactique, c'est l'allure souple et l'aisance de la conversation familière ; au lieu de la sécheresse d'une théorie abstraite, l'intérêt et la vie qui naissent de la mise en scène, des acteurs et de la lutte, même courtoise, des personnages aux prises : un petit drame se joue sous nos yeux[312]. » La discussion au jardin prend un tour dramatique à la table du cardinal Morton ; de retour au jardin, le ton de la discussion et la lutte des arguments deviennent plus enlevés. Aussi, dans un dialogue de la Renaissance, « il faut que les interlocuteurs aient assez d'autorité pour que leur propos soient écoutés avec attention[313]. » Dans ce Livre I, un « citoyen et shérif de l'illustre cité de Londres » accompagné d'un secrétaire de la ville d'Anvers dialoguent avec un marin-philosophe qui voyagea avec Amerigo Vespucci.

Ainsi, L'Utopie est un texte d'une riche densité[314],[315],[316], les sources d'inspiration sont variées et la rhétorique architecture le propos. Mais, pour Simone Goyard-Fabre : « Comme Machiavel, dont il est l'exact contemporain, [Th. More] est sensible au réalisme des situations politiques et économiques, au caractère dramatique de la condition sociale. Aussi bien L'Utopie n'est-elle pas — pas davantage en tout cas que l'Éloge de la Folie ou Le Prince — un simple exercice de rhétorique[317]. »

Interprétations[modifier | modifier le code]

La variété et la profusion des interprétations de L'Utopie, qui résultent de sa réception (c'est-à-dire : des personnes par qui elle fut lue et des époques où elle fut lue), ne peuvent être présentées ni résumées ni mêmes esquissées ici. Par exemple, dès sa parution la réception de L'Utopie ne fut pas la même dans le cercle des humanistes proche de Thomas More et dans le cercle élargi des humanistes. Autre exemple, cette réception fut différente dans le public français au XVIe siècle et au XVIIe siècle, au XVIIIe siècle et au XIXe siècle. Dernier exemple : cette réception fut différente au sein même du communisme au XXe siècle. Certaines de ces interprétations, et d'autres, seront mentionnées plus bas dans la partie « Influence ». Par contre, ne seront pas mentionnés ici des interprétations étudiées aux articles « utopie » ou « dystopie ».

Portrait d'Érasme par Quentin Metsys peint en 1517. Première partie du diptyque commandé à l'artiste par Érasme et Pierre Gilles, puis offert à Th. More lorsque ce dernier fut en mission à Calais en 1517. Aujourd'hui, ce portrait est à Rome à la Galleria Nazionale[318].
Portrait de Pierre Gilles par Quentin Metsys peint en 1517[319]. Seconde partie du diptyque commandé à l'artiste par Érasme et P. Gilles, puis offert à Th. More lorsque ce dernier fut en mission à Calais en 1517. Aujourd'hui, ce portrait se trouve à Longford Castle, en Angleterre[320] ; le musée d'Anvers en possède une copie[318].

Aujourd'hui, le mot « utopie » est généralement employé pour désigner « ce qui appartient au domaine du rêve, de l'irréalisable[321]. » Ce mot est alors employé au sens figuré. Th.More, dans son Utopia, ne convoqua jamais le domaine du rêve ; quant à « l'irréalisable », il n'en fut pas question dans son livre. Dans le domaine socio-politique une « utopie » désigne soit un « plan imaginaire de gouvernement pour une société future idéale, qui réaliserait le bonheur de chacun »[321], soit un « système de conceptions idéalistes des rapports entre l'homme et la société, qui s'oppose à la réalité présente et travaille à sa modification[321]. » Dans son Utopia, Th. More n'écrivit ni l'un, ni l'autre. Par métonymie, on peut appeler « utopies » des « idées qui participent à la conception générale d'une société future idéale à construire, généralement jugées chimériques car ne tenant pas compte des réalités[321]. » Aussi par métonymie, un « ouvrage qui conceptualise une société idéale à construire »[321] peut être qualifié d'« utopie ». Mais là encore, Th. More n'écrivit ni les unes, ni l'autre. En revanche, toutes ces définitions conviennent peu ou prou aux œuvres influencées par l'Utopia.

Ci-dessous, seront mentionnées des interprétations formulées au XXe siècle. Elles ne sont pas canoniques, mais elles tentèrent de rester au plus près du texte de Th. More. C'est-à-dire qu'elles prirent en compte l'ensemble de l'œuvre (avec ses paratextes) ou l'ensemble du livre («Lettre-Préface », Livre I et Livre II). Aussi, la plupart de ces interprétations prirent appuis sur de nouveaux travaux d'établissement du texte de L'Utopie (nouvelles éditions latines, nouvelles traductions) ou, mieux, ces interprétations bénéficièrent de la découverte des étapes de la rédaction du livre.

Exégèses religieuses[modifier | modifier le code]

Th. More fut un fervent chrétien. Il est vénéré comme saint par l'Église catholique (saint Thomas More), béatifié, en 1886, par le pape Léon XIII et canonisé, en 1935, par le pape Pie XI[4]. Dans le calendrier liturgique, à partir de 1970, son culte et sa fête sont étendus à l'Église universelle par le pape Paul VI. En l'an 2000, le pape Jean-Paul II le fait saint patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques[322],[323]. Parmi ses écrits et ses ouvrages qui témoignent d'une spiritualité profonde, on peut citer son Dialogue du réconfort dans les tribulations[324].

L'Utopie, sans être un écrit proprement religieux, est un texte qui fourmille de référence aux écrits religieux, notamment à la Bible. Dans son édition de L'Utopie[325], André Prévost recense toutes ces références (voir ses notes complémentaires), et il propose une exégèse religieuse du texte de Thomas More dans son introduction au texte.

Observations philosophiques[modifier | modifier le code]

Th. More étudia à Oxford, il y eut comme maîtres William Grocyn et Thomas Linacre. Ce dernier forma le Cercle d'Oxford, une brillante coterie de lettrés qui comptait parmi ses membres John Colet, William Latimer et Grocyn. Auprès de ce dernier, More reçu des leçons de philologie, de critique et d'exégèse ; tandis que Linacre lui enseigna et lui expliqua Aristote[326]. Le clin d'œil à Platon dans le « Sizain d'Anémolius » signale que More fut familier de ses écrits, et quelques allusions dans L'Utopie signalent que More lut les écrits d'Augustin. Sans être un écrit proprement philosophique, il y a de la philosophie dans le texte de l'Utopia, certains interprètes de ce texte firent quelques observations philosophiques à ce sujet. (Marie Delcourt, Simone Goyard-Fabre, Jean-Yves Lacroix).

Lectures politiques[modifier | modifier le code]

Quelle est la politique, quelle est la visée politique ou quel est le propos politique de Th. More[327] ? Peut-on réellement y voir les prémisses du socialisme ou du communisme ? S'adressait-il directement au peuple ? Les lectures politiques faites de L'Utopie se sont attardées sur l'une ou plusieurs de ces questions, certains commentateurs ne s'attardèrent que sur le Livre I ou sur le Livre II, certains commentateurs s'attardèrent sur un point politique précis traversant tout L'Utopie, quand d'autres commentateurs s'attardèrent à la manière dont L'Utopie fut rédigée et présentée au lecteur. Schématiquement, il y a deux façons d'aborder politiquement L'Utopie : la présentation des propos et des propositions politiques (écriture, éditions, formulations, etc.) ; les propos, les propositions et les réalisations politiques en elle-même (leurs principes, leurs contenus, leurs faisabilités, etc).

Une écriture politique[modifier | modifier le code]

Pour commencer, il faut peut-être s'attarder sur la rhétorique qui innerve ce livre. Selon Laurent Cantagrel :

« Si le lettré de la Renaissance, homme du livre et de l'écrit autant, sinon davantage, qu'homme du discours public, continue à considérer son travail d'écriture comme une variante de l'art oratoire, c'est parce qu'il le pense comme destiné à un public sur lequel il veut exercer une action (et non pas seulement une émotion esthétique). Rappelons que les débats de l'époque sur la rhétorique et l'éloquence impliquent la question de savoir si le philosophe doit participer activement à la vie de la cité[328]. »

Pour Miguel Abensour, c'est l'écriture même de L'Utopie qui est politique, pas simplement sa forme ni la tradition dans laquelle elle s'inscrit[327].

Des propositions politiques[modifier | modifier le code]

Dans L'Utopie, les personnages Th. More et Raphaël Hythlodée tiennent un grand nombre de propos politiques et ils exposent un nombre impressionnant de réalisations politiques. Tout ou partie de ces propos et réalisations politiques furent questionnés par les commentateurs.

Marque d'imprimeur de Gilles de Gourmont, à la dernière page de la deuxième édition du livre Utopia publié en 1517. (« Courtesy of the John Carter Brown Library »)

Abords de l'imagination et de l'imaginaire[modifier | modifier le code]

Dans L'Utopie, Th. More semble faire preuve d'une inventivité sans limite. Mais il ne fut pas le seul auteur à décrire une cité idéale, d'autres le firent avant lui et d'autres après lui. Aussi, certains interprètent ont vu dans cette récurrence des descriptions de cités idéales (certes fort diverses) une constante de l'imagination, une sorte de schème réflexif. (Claude Gilbert Dubois, Jean-Jacques Wunenburger).

D'autres interprètes se sont attachés à étudier cet imaginaire à l'œuvre dans L'Utopie (Louis Marin).

Approches littéraires[modifier | modifier le code]

L'Utopie a donné naissance à un genre littéraire à part entière, le genre utopique. Ce genre naquit de l'essor de la littérature au XVIe siècle, au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, un essor permis, entre autres, par le développement de l'imprimerie et l'augmentation progressive de la diffusion des livres dans les différentes couches de la société. Par ses caractères singuliers et pluriels (au croisement des récits de voyage, des propos et propositions politiques, de la vérité et de la fausseté, du sérieux et du futile), le genre utopique, L'Utopie, sont étudiés aujourd'hui sous le genre littéraire narratif. L'Utopie est alors abordée comme une fiction : l'épopée d'Utopus qui conquiert Abraxa ou le récit de voyage de Raphaël Hythlodée.

Toutefois, la composition et l'écriture de L'Utopie emprunte à d'autres genres littéraires : épistolaire (la simple correspondance exemplifiée par la lettre d'Érasme à J. Froben, le genre épistolaire avec l'échange entre P. Gilles et J. de Busleyden, enfin l'épître avec la lettre-préface de G. Budé), poétique (les épigrammes conclusifs de l'édition de 1518), argumentatif (nombre de paraboles sont présentes dans L'Utopie, l'influence des fabliaux ne peut être exclue). Pour finir, une autre branche des études littéraires s'est penchée sur une composante importante de L'Utopie : la rhétorique. Et il ne faut pas oublier la satire ou le dialogue philosophique.

Traditions et inspirations[modifier | modifier le code]

Lorsqu'il rédige L'Utopie, Th. More emprunte et singe de nombreuses forme d'écrits dont il avait connaissance, par exemple : l'épopée, le fabliau, le récit de voyage, le dialogue philosophique ou la satire. Il met à profit toutes les dimensions de l'art rhétorique : sa tradition, ses composantes et la façon dont il est enseigné dans les écoles d'alors. Une dimension essentielle de l'art rhétorique est présente dans L'Utopie : l'oralité. À l'époque les livres sont lus à voix haute, ainsi chaque lecteur de L'Utopie lisait ce texte à voix haute.

Novations[modifier | modifier le code]

L'Utopie est un livre fondateur pour la pensée utopiste. Cette œuvre, ce livre, sont devenus la matrice littéraire d'un genre littéraire : l'utopie. Différentes formes d'écrits sont articulés différemment et créent ainsi une nouvelle forme d'écrit. C'est cette articulation qui fait le noyau d'un écrit utopique : la description d'un pays autre et la discussion de ses institutions. Rétrospectivement, ce sont ces deux éléments qui forment le genre utopique, ces deux éléments qui font d'une fiction littéraire : une utopie.

Ainsi, Raymond Trousson dans son Voyages au pays de nulle part, sous-titré : Histoire littéraire de la pensée utopique.

Influence[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Utopie.

L'Utopie de Thomas More influença un grand nombre d'auteurs : certains mentionnèrent l'île d'Utopie dans leurs textes ou rendirent grâce à son auteur ; d'autres imitèrent la composition d'Utopia pour rédiger leur propre utopie ; d'autres encore s'en inspirèrent librement, ne retenant qu'une idée, que la trame littéraire ou qu'un détail de L'Utopie.

Ces écrits sont si nombreux que l'utopie est devenu un genre littéraire à part entière ; en parallèle, une autre littérature vit le jour où le récit, au lieu de décrire un ailleurs idyllique, décrit un ailleurs dramatique : la « dystopie ». Enfin, il faut mentionner qu'à l'instar du Prince de Machiavel, L'Utopie de Th. More suscita des « anti-utopies » et des « contre-utopies ».

Seulement quelques utopies et utopistes sont évoqués ci-après, celles et ceux relevant du champ politique sont privilégiés.

« Lettres Utopiques & Voluntaires », typographie réalisée par Geoffroy Tory pour son ouvrage Champ fleury paru en 1529. On peut remarquer que Geoffroy a légèrement redessiné quelques lettres. (« Source gallica.bnf.fr / BNF »)

Au XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Parmi les auteurs qui convoquèrent l'île d'Utopie, on peut mentionner François Rabelais (auteur de l'Abbaye de Thélème) qui cite L'Utopie à deux reprise dans Pantagruel en 1532 : la mère de Pantagruel est « fille du roi des Amaurotes en Utopie » et la fameuse lettre de Gargantua à Pantagruel dressant un programme éducatif idéal est signée « de Utopie »[329],[330].

Un imprimeur et libraire nommé Geoffroy Tory, dans son traité de dessin de caractères intitulé Champ fleury[331], publie sur une page entière le dessin des lettres de l'alphabet utopien légèrement reprises, nommé « Lettres Utopiques & Voluntaires », en hommage à Thomas More.

Parmi les premières utopies rédigées à la manière de L'Utopie de Th. More au XVIe siècle, certaines furent italiennes. Anton Francesco Doni, écrivain et polygraphe, édita en 1548 la première traduction italienne de L'Utopie et il fut l'auteur d'une « fiction utopique, à la fois ludique et substantielle, qui va influencer la production ultérieure[332]. » Cette fiction s'appelle « Monde sage, Monde fou » (1552). Dans la cité qui y est décrite, il n'y a pas de véritable gouvernement, pas d'armée, ni guerre, ni famille, ni hiérarchie. L'égalité est complète, la liberté sexuelle totale, la religion sans mystique. De cette fiction, Adelin Charles Fiorato dit : « Les Mondes de Doni, qui abordent les principaux thèmes de l'utopie antique et "moderne", laissent transparaître la "folie" d'Érasme et les renversements ironiques de Thomas More, […], dans un dialogue entre deux fous/sages, qui ne semblent être que les deux faces de l'auteur[333]. »

Francesco Patrizi, philosophe italien, composa son utopie en 1551 (publiée en 1553). « Sa Cité heureuse s'éloigne sensiblement des utopies à caractère égalitaire et communautaire, qui fleurissent au XVIe siècle, dit A. C. Fiorato. Entendant ordonner sa république selon la raison, et tout imbu des conceptions platoniciennes et aristotéliciennes, Patrizi propose en effet une Cité-État aristocratique et élitaire, organisée en une pyramide sociale des plus rigides : au sommet, les magistrats, les hommes de guerres et les prêtres, qui peuvent accéder à la spéculation et à la contemplation divine ; cependant qu'au bas de l'échelle, les marchands, les artisans et les paysans, voués à satisfaire les biens matériels des premiers, sont privés de tout droit politique, puisqu'ils représentent, selon le schéma des philosophes grecs, la partie irrationnelle et mécanique de la cité[334]. »

Sinon, certaines révoltes et certains soulèvements, contemporains de la publication de L'Utopie, sont parfois qualifiés d'utopies ou d'être utopiques ; par exemple : l'anabaptisme. Cependant, il n'est pas établi que leurs protagonistes aient lus ou eus accès à L'Utopie, ni qu'ils prirent L'Utopie comme modèle ou qu'ils s'en inspirèrent.

Carte de l'île d'Utopie dessinée par Abraham Ortelius entre 1595 et 1596.

Première traduction en langue française[modifier | modifier le code]

La première traduction de L'Utopie en langue française est due à l'humaniste normand Jehan Le Blond : La description de l'isle d'Utopie, où est comprins le miroer des républicques du monde[45] (Paris, édition de C. L'Angelier, 1550, un in-8 de 112 feuillets).

Cette traduction est précédée d'une épître de Guillaume Budé, (les autres paratextes ne furent pas repris), un portrait gravé de Thomas More suit la page de titre et le traducteur joint un poème de sa main. La « Lettre-Préface » de Th. More adressée à Pierre Gilles a disparu et est remplacée par une présentation de Rapahël Hythlodée.

Quant à sa réception en France, Claire Pierrot indique : « les textes montrent que More est connu en France, notamment par l'Antimorus de De Brie, et les feuilles qui circuleront à Paris, après son exécution. […]. L'édition française se démarque par son caractère didactique et la présence d'une lettre critique de Budé. Les traductions (Leblond, Aneau, Chappuys) font preuve d'une certaine fidélité, même si elles censurent les attaques contre la religion et le politique. […]. Les reprises littéraires, l'œuvre de Rabelais et le roman Alector de B. Aneau permettent de définir l'utopie comme un genre qui se caractérise par la complexité des stratégies énonciatives (contradiction, ironie), par la remise en cause de la notion d'idéalité (présence du mal, rapport au christianisme), et cela en opposition au didactisme d'Antangil, où l'utopie n'est qu'un prétexte[335]. »

Au XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

« Les ambassadeurs [anémoliens] — des grands seigneurs dans leur pays, dit Hythlodée — portaient des manteaux tissés d'or, de lourds colliers aux bras et aux oreilles et des chaînettes suspendues à leurs chapeaux resplendissants de perles et de pierreries, ornés enfin de tout ce qui, en Utopie, sert à punir les esclaves, à marquer le déshonneur, à amuser les enfants[336]. » (Gravure de l'édition française de L'Utopie de 1715, trad. Gueudeville. Source : Numelyo / Bibliothèque numérique de Lyon)

Ce siècle est le premier où L'Utopie commence véritablement à influencer d'autres auteurs et à toucher d'autres lecteurs. D'une part, le texte latin est définitivement sorti des cercles et des lectures humanistes ; d'autre part ce texte, traduit avant la fin du XVIe siècle dans diverses langues vernaculaires européennes (allemand, italien, français et anglais), voit sa diffusion géographique s'élargir et ses lecteurs augmenter. Désormais et pour toujours, L'Utopie touche un lectorat auquel ce texte n'était pas destiné.

Parmi les auteurs qui reprirent la composition d'Utopia, on peut mentionner Tommaso Campanella dont l'ouvrage La Cité du Soleil (1604) décrit ce que pourrait être une société idéale : « la Cité du soleil est une œuvre messianique ou, si l'on préfère, le lieu dans lequel la tradition prophétique-messianique se transforme en genre utopique[337]. » Le texte de Tommaso Campanella reprend le modèle de L'Utopie de Thomas More : « c'est le récit d'un navigateur qui a découvert une cité parfaite, bâtie sur une île perdue dans l'océan. Le voyageur est "un Génois marin de Colomb", et la cité est à juste titre un nouveau monde[338]. » Pour Adelin Charles Fiorato : « Si La Cité du soleil est la plus accomplie des utopies italiennes, ce n'est pas seulement parce que Campanella est un philosophe dont l'envergure dépasse de loin celle des autres utopistes polygraphes, mais aussi parce que ce dominicain calabrais, […], a sublimé en elle les ambitions avortées d'un mouvement révolutionnaire qu'il avait lui-même inspiré et en partie organisé[339]. »

La trame de La Nouvelle Atlantide (1622) peut être considérée comme la « seule utopie au sens littéraire du terme[340] » rédigée par Francis Bacon. Scientifique et philosophe, grand chancelier d'Angleterre sous Jacques Ier, il souhaitait « donner à la science un espace théorique indépendant de l'espace sacré[340]. » Son utopie se différencie grandement de L'Utopie de Thomas More et de La Cité du Soleil de Campanella : « L'utopie de de Bacon se situe […] à un double niveau, épistémologique et politico-institutionnel. D'une part, l'espérance devient une vertu scientifique qui [lui] permet de faire éclater le monde clos et statique de savoirs obscurcis par les préjugés, et de penser la science en mouvement. […]. D'autre part, le projet baconien pose explicitement la question du centre d'impulsion de la réforme et l'encadrement politique des progrès scientifiques. C'est à l'État que le grand chancelier assigne cette nouvelle fonction, […] »[340].

En France, L'Utopie eut un retentissement particulier avec une nouvelle traduction publiée en 1643, due à Samuel Sorbière[341]. Un livre, devenu classique, porte quelques traces de L'Utopie dans sa composition au XVIIe siècle : la Suite du quatrième livre de l'Odyssée d'Homère ou les Aventures de Télémaque fils d'Ulysse (1699), de Fénelon. « Pour les spécialistes de l'utopie en tant que genre littéraire (suivant le canon de L'Utopie de Thomas More), seuls quelques épisodes de l'ouvrage méritent d'être qualifiés d'utopiques : principalement les tableaux de la Bétique (livre VII) et de Salente — avec des traits caractéristiques, comme à Salente, livre X […], le port d'un même vêtement pour toutes les classes sociales, distinguées seulement par une marque de couleur[342]. »

Sinon, des révoltes à la fois sociales et religieuses retinrent de L'Utopie sa présentation de la communauté des biens en accord avec les Écritures (son communisme) ; ainsi, les Diggers ou les Levellers essayèrent de traduire en actes leur lecture "communiste" de l’Évangile en collectivisant les terres.

Au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

« En partant pour le quatrième expédition, j'avais embarqué, en guise de pacotille, un honnête bagage de livres, décidé à ne revenir que le plus tard possible, dit Hythlodée. C'est ainsi qu'ils me doivent la plupart des traités de Platon, quelques-uns d'Aristote, l'ouvrage de Théophraste sur les plantes, malheureusement mutilé en plusieurs endroits[343]. » (Gravure de l'édition française de L'Utopie de 1715, trad. Gueudeville. Source : Numelyo / Bibliothèque numérique de Lyon)

Au XVIIIe siècle, de nouvelles traductions, éditions et rééditions de L'Utopie en 1715[344], 1730[345], 1780[346] et 1789[347] firent de cette œuvre l’un des livres les plus lus de la littérature européenne moderne pendant les Lumières, au point que de nombreux auteurs écrivirent leur utopie[348],[349],[350]. « Jean Michel Racault constate pour les années 1675-1765 la parution de 88 utopies en France et de 72 utopies en Angleterre[351]. Les chiffres correspondants de Raymond Trousson sont de 37 pour la France et de 8 pour l'Angleterre[76],[352] et Hans-Gunter Funke constate la parution de 9 utopies entre 1600-1700 et de 83 entre 1700 et 1800[353]. Pour les voyages imaginaires, Philip Babcock Gove avance le chiffre de 67 parutions pour l'Angleterre, de 65 pour la France et de 59 pour l'Allemagne entre 1700 et 1800[354],[355]. »

Voltaire, dans son conte philosophique Candide (1759), reprend l'idée du voyage dans un pays autre. Au sein de quelques chapitres (I, XVIII et XXX[356]) le lecteur trouve des descriptions (celle de L'Eldorado par exemple) qui s'inscrivent dans le genre littéraire de l'utopie : ces descriptions de mœurs différents et d'autres sociétés ne font, par décalages, que pointer les dysfonctionnements de la société du XVIIIe siècle.

L'An 2440, rêve s'il en fut jamais est un roman publié par Louis-Sébastien Mercier en 1771, il s'agit de la première utopie qui se situe ailleurs dans un autre temps et non plus ailleurs dans un autre espace. « Précisons : de l'utopie, Mercier refuse le rapport à un espace exotique et imaginaire, ainsi que la constitution d'une société parfaite, conçue et exposée sous la forme d'un système. L'An 2440 est d'abord l'histoire d'un homme du XVIIIe siècle qui se réveille en perruque poudrée en plein Paris du XXVe siècle[357]. »

Écrit en 1772 et publié pour la première fois en 1796, le Supplément au Voyage de Bougainville de Denis Diderot peut, dans une certaine mesure, être lié au genre utopique. « Le point de départ, ce sont les chapitres IX et X de la relation de ses voyages par un parfait homme des Lumières, militaire valeureux, mathématicien de qualité, "philosophe" de belle prestance, passablement libertin, qui avait redécouvert la "Nouvelle Cythère" : Tahiti. Diderot a sciemment gauchi, stylisé, idéalisé la relation de Bougainville, à partir d'un compte rendu qu'il en avait fait pour la Correspondance littéraire. Mais il faut être circonspect : non seulement il utilise ici "la voix de Tahiti" d'abord comme dénonciation de notre monde, comme La Hontan dans ses Mémoires et non dans l'esprit de l'idylle, mais il signale lui-même son "utopie" comme fiction transitoire et, en passant, met en doute, mezza voce, la possibilité de l'harmonie insulaire heureuse[358]. »

Un acteur de la Révolution française est aujourd'hui parfois associé à l'utopie : Babeuf. « L'utopie de Gracchus Babeuf, celui qui est considéré par Karl Marx comme le premier communiste agissant, mort sur l'échafaud à trente-six ans, est de vouloir réaliser le bonheur commun[359]. » Qu'est-ce que le bonheur commun pour Babeuf ? « Il entend par là une société (non une communauté sectaire !) garante pour tous d'une vie décente, au moyen de la mise en commun des biens, d'un partage égale des richesses, quelque talent particulier qu'ils apportent avec eux : car les hommes sont ensemble souverains[359]. »

Au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Après la Révolution française, L'Utopie voit sa réception et son influence sur les auteurs d'alors changer. À la littérature utopique du XVIIIe siècle qui jouait avec L'Utopie (ses codes et ses possibilités), succède une littérature sociale et politique du XIXe siècle qui, souvent, n'est pas tendre avec L'Utopie, l'utopie et l'idée même d'utopie[360]. Pour autant : certains auteurs reprendront ce mot à leur compte et feront de L'Utopie leur source d'inspiration, certains iront même jusqu'à réaliser concrètement des utopies qui ne furent au départ que suggérées et imprimées sur du papier.

« Le choix d'un conjoint comporte chez eux une coutume absurde à nos yeux et des plus risibles, dit Hythlodée, mais qu'ils observent avec le plus grand sérieux. La femme, qu'elle soit vierge ou veuve, est montrée nue au prétendant par une femme honnête ; un homme également digne de confiance montre à la jeune fille le prétendant nu[215]. » (Gravure de l'édition française de L'Utopie de 1715, trad. Gueudeville. Source : Numelyo / Bibliothèque numérique de Lyon)

Charles Fourier, philosophe français et fondateur de l’École sociétaire, écrit dans ses Manuscrits (manuscrits publiés par la Phalange, Revue de la science sociale, IV, 1857-1858) : « Qu'est-ce que l'utopie ? C'est le rêve du bien sans moyen d'exécution, sans méthode efficace »[361]. Auteur de nombreux ouvrages, ce sont les plans du Phalanstère, les réalisations de phalanstères indirectement inspirées de ses écrits et la qualification a posteriori de « socialiste critico-utopique » par Karl Marx et Friedrich Engels qui rangèrent Fourier parmi les utopistes. Franck Malécot écrit : « l'épithète utopie ne peut être attribuée à la pensée de Fourier que par un retournement de sens relativement à son acception la plus courante, comme à l'usage qu'il en fait lui-même[361]. » Charles Fourier, qui déconsidère l'utopie, réfléchit dans ses écrits à l'émancipation des sociétaires des multiples phalanstères qui doivent voir le jour. C'est pourquoi, employant le mot « utopie » dans son sens positif, F. Malécot décrit ainsi le projet de Fourier : « Rendre présentes, actuelles, les potentialités de chacun ; recomposer l'ordre social sur la base d'une variation libre des intensités passionnelles : voilà l'utopie[362] ! » Les projets de phalanstère de Fourier, plus que ses idées, eurent un écho important hors de France : « Vers le milieu du XIXe siècle, les théories de rénovation sociale de Fourier se répandirent dans toute l'Europe, mais ce fut aux États-Unis qu'elles rencontrèrent la plus grande adhésion. Entre 1840 et 1860, les fouriéristes y lancèrent plus de vingt expériences communautaires, influencèrent le mouvement ouvrier, et intervinrent dans le débat qui déboucha sur la guerre de Sécession[363]. »

Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon, philosophe, économiste et militaire français, publia de nombreux écrits ; ses idées eurent une postérité et une influence sur la plupart des philosophes du XIXe siècle. Philosophe de l'industrialisme, il est considéré comme le penseur de la société industrielle française, société qui était alors en train de supplanter la société d’Ancien Régime. Dans ses écrits, « Le seul tableau à la Thomas More, la "totalité du sol français" transformée en "un superbe parc à l'anglaise", est […] rédigé au futur et mis à distance dans une note de bas de page[364]. » Comme Charles Fourier, c'est une lecture a posteriori de son œuvre et de son influence qui permet de ranger Saint-Simon parmi les utopistes. Car ses idées sur la sociétés industrielles, qui ne furent pas pour Saint-Simon des idées utopiques, eurent une grande influence par la suite. Ainsi : « Quoi de plus banal au XIXe siècle, dira-t-on (mais après-coup), que l'apologie de la société industrielle, de la méthode positive et de la reconstitution du lien social[365] ? » remarque Philippe Régnier qui ajoute : « mobiliser la propriété foncière, enlever aux oisifs les instruments du travail pour les remettre entre des mains compétentes, c'est, comme le refus de l'héritage, un point fondamental du futur programme saint-simonien[364]. » En effet, les Saint-simoniens au XIXe siècle, puis les tenants de la doctrine du saint-simonisme au XXe siècle, s'attachèrent à promouvoir les idées de Saint-Simon sur la société industrielle qui était réellement en train d'advenir.

Robert Owen, fondateur du socialisme britannique, fut un industriel du coton qui chercha à améliorer les conditions de travail de ses ouvriers dans les usines qu'il possédait à New Lanark ; aussi, il entreprit de loger des travailleurs dans des communautés coopératives (inspirant d'autres tentatives communautaires dans l'Indiana ou en Écosse). « La composante "utopique" de ses idées ne réside pas seulement dans des plans communautaires, reliés aux projets de propriété commune discutés depuis Platon. Elle tient à son optimisme égalitaire, à sa ferme croyance selon laquelle le succès d'une communauté prouverait l'insuffisance fondamentale de la vieille société[366]. »

En 1840 paraît un ouvrage intitulé Voyage et aventures de lord William Carisdall en Icarie, Étienne Cabet y « expose la possibilité pour une grande nation de procéder au partage égalitaire des richesses, de s'organiser en communauté des biens[367]. » François Fourn ajoute : « Il soutient que sa propre conversion au communisme est survenue en lisant Thomas More, comme une illumination[367]. »

Au milieu du XIXe siècle, Pierre Leroux (éditeur, philosophe, homme politique français et théoricien du socialisme) donne un nouveau souffle à l'utopie : il opère une relecture des œuvres de Fourier, Saint-Simon et Owen en les considérant comme des utopistes. Chacun d'entre eux focalise la propre doctrine de Leroux : « l'Égalité pour Saint-Simon, la Liberté pour Fourier, la Fraternité pour Owen[368]. » Sa pensée de l'utopie se distingue d'autres auteurs socialistes : « Loin de considérer, comme Proudhon, qu'il existe une antinomie entre l'histoire et l'utopie […], Leroux tien qu'elles sont intimement mêlées. Comme l'histoire est pour lui celle de l'humanité, cela signifie que les utopies sont ces coups d'audace par lesquels l'humanité se précède elle-même dans son mouvement d'émancipation, s'oriente et éclaire sa propre route[369]. »

Sinon, plus brièvement, le terme d’utopie fut aussi repris par certains auteurs à la sensibilité socialiste. Certains, comme Jean-Baptiste André Godin (fondateur du Familistère de Guise), s'inspirèrent librement de L'Utopie et/ou de l'utopie dans leurs théories économiques et sociales ; à ce titre, peuvent aussi être mentionnés Pierre-Joseph Proudhon, Karl Marx et Friedrich Engels (Engels oppose toutefois, pour s'en démarquer, socialisme utopique et socialisme scientifique[370]).

Enfin, signalons que Victor Stouvenel donna une nouvelle traduction de L'Utopie[371] en 1842 ; tandis qu'en 1888 l'éditeur C. Delagrave regroupa L'Utopie de Th. More et L'Arcadie de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre dans un même livre[372], publié au sein d'une collection intitulée « Voyages dans tous les mondes. Nouvelle bibliothèque historique et littéraire ».

Au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Le XXe siècle fut mouvementé pour L'Utopie. Le début du siècle vit son éclipse ; hormis de nouvelles traductions du texte de Thomas More, du latin à l'anglais en 1923 et 1949, du latin au français en 1935 (dont le titre indique assez la façon dont il fut lu : Le Planisme au XVIe siècle. L'Île d'Utopie ou la meilleure des républiques[373]). Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, et pour le reste du siècle, L'Utopie de Thomas More influença peu d'auteurs dans le champ de la philosophie politique[374] ; en revanche, l'idée d'utopie et les utopies telles qu'elles furent formulées à travers les époques intéressèrent de nombreux auteurs. Ce regain d'intérêt pour l'utopie (en général) impulsa des études tous azimuts[375] sur l'œuvre qui en forgea le vocable : L'Utopie.

Ainsi, bien qu'il ne s'agisse pas de travaux influencés par L'Utopie, mais de travaux de recherches et d'entreprises d'établissement du texte de L'Utopie, il faut souligner : la publication en 1965 du volume 4 (Utopia) des The Complete Works of Saint Thomas More par Edward Surtz et Jack H. Hexter[376], la traduction du texte latin en français par Marie Delcourt en 1950, l'édition de référence en français due à André Prévost en 1978 et, enfin, l'édition de l'Utopia par Georges M. Logan en 1989 puis rééditée et augmentée en 1992 avec certaines études décisives sur ce texte[377]. Toutes ces éditions marquèrent un tournant dans la réception de L'Utopie au XXe siècle (voir la bibliographie). À ces entreprises éditoriales, il faut ajouter la création par Germain Marc'hadour de la revue Moreana, qui accueille des études sur Th. More et son œuvre, de nombreux ouvrages proposant une interprétation de L'Utopie et quantité d'études sur des points précis de L'Utopie dispersées dans des revues de sciences sociales.

Ce regain d'intérêt pour l'idée d'utopie et les utopies au milieu du siècle donna lieu à de nombreuses publications et de nombreux colloques[378],[379],[380]. Parmi la profusion des travaux parus durant cette période, certains associèrent L'Utopie de Th. More à une tradition utopique par-delà les siècles, ces travaux firent remonter l'histoire de l'utopie à des temps presque immémoriaux ou inscrivirent l'utopie au cœur de l'âme ou de la raison humaine[381],[382],[383],[384],[385]. D'autres travaux focalisèrent leurs approches sur des points précis : soulèvements et utopie[386], imagination et utopie[387],[388], idéologie et utopie[389], individus et État[390],[391], corps et utopie[392], etc.

« Aucun vêtement spécial, aucun diadème ne distingue le prince, dit Hythlodée ; mais on porte devant lui une gerbe de blé, et un cierge devant le grand prêtre[393]. » (Gravure de l'édition française de L'Utopie de 1715, trad. Gueudeville. Source : Numelyo / Bibliothèque numérique de Lyon)

Toutefois, avant cette rénovation du texte de L'Utopie pour les lecteurs d'aujourd'hui, certains auteurs publièrent des utopies politiques dans la lignée de L'Utopie ; par exemple, Ernest Tabouriech, qui fut professeur au Collège libre des sciences sociales, publia en 1902 La cité future. Essai d'une utopie scientifique[394]. La première page du livre montre qu'il souhaite rétablir l'utopie contre une certaine tradition marxiste : « C'est un lieu commun de montrer le socialisme sorti de l'Utopie et l'auteur du livre intitulé Die Entwickelung des Sozialismus von der Utopie zur Wissenschaft[370], Engels est, après Marx, responsable du préjugé très répandu chez les socialistes auquel je me heurte. Ces deux grands penseurs, fondant, en opposition au socialisme utopique (de Saint-Simon, de Fourier et d'Owen), le socialisme scientifique, lequel consiste dans un exposé critique de l'état économique actuel dans son développement historique et des principes théoriques qui en résultent, ont, dit Anton Menger (1), repoussé comme utopique tout exposé détaillé de l'organisation sociale future et cette condamnation a été répétée après eux par tous les socialistes qui s'attribuent l'épithète de scientifiques. Quelle peut en être la raison ? Ne peut-on pas dire que les socialistes se sont laissés d'abord impressionner par le sens péjoratif que les conservateurs ont attaché à l'expression utopie[394]. » Dans la suite de son livre, E. Tabouriech expose en trois moments et en différentes sections le plan d'une société socialiste : la consommation (ex : « Comptabilité de la Consommation individuelle », « Demandes et cartes de crédits », « Petite Poste »…), la production (ex : « Grande industrie, Régies », « Inventions. Brevets. Innovations », « L'élevage des enfants »…), enfin, équilibre de la production et de la consommation (ex : « Génie », « Transports », « Pâtisseries et Glaces », « Les vins », « Journaux », « Fixation des prix »…).

Certains auteurs s'attachèrent à l'utopie d'une autre manière. Ernst Bloch publia en 1918 L'Esprit de l'utopie[395]. « En faisant confiance au mal comme au bien, Bloch définit l'esprit de l'utopie comme une gnose révolutionnaire, renouant ainsi avec la tradition millénariste. Son livre écrit entre 1915 et 1917, plus provocant que démonstratif, manifeste un double mouvement de révolte et d'espérance que nous retrouvons dans son œuvre ultérieure, par exemple dans le Principe Espérance, où ce romantisme révolutionnaire acquiert mesure et détermination[396]. » Karl Mannheim publia en 1929 Idéologie et utopie[397]. Considéré comme l’œuvre maîtresse de Mannheim, ce livre est aussi considéré comme le texte fondateur de la sociologie de la connaissance. Une partie de l'ouvrage est consacrée à la notion d'idéologie : « Mannheim relie la pensée à la politique et, par sa sociologie de l’esprit et de l’intelligentsia, tente de montrer que la politique peut exister sous la forme d’une science. Pour cela, il part d’un constat surprenant : l’absence d’une politique scientifique dans un monde où domine pourtant la rationalité. Les causes d’un tel retard seraient à rechercher non seulement dans la jeunesse et l’immaturité des sciences sociales, mais aussi dans la spécificité du comportement politique par rapport aux autres genres d’expérience humaine[398]. » L'autre partie de l'ouvrage concerne la notion d'utopie : « La religion occupe une place importante dans Idéologie et Utopie. Mannheim s’intéresse particulièrement à l’utopie chiliastique, dont l’analyse est sans doute son apport le plus original à la sociologie des religions. Il n’examine pas les origines bibliques du millénarisme, mais ses manifestations modernes, à partir du mouvement anabaptiste dirigé par Thomas Münzer au début du XVIe siècle[399]. »

Ainsi, l'idée d'utopie et certaines utopies réalisées (ou non) eurent plus d'influence chez les auteurs du XXe siècle que L'Utopie elle-même. Autre exemple : un philosophe français, Miguel Abensour[400], débuta sa réflexion philosophique par le socialisme utopique, les utopies et l'idée d'utopie avant d'effectuer un détour vers le point originel : L'Utopie de Th. More. La thèse que M. Abensour rédigea pour son doctorat s'intitule : Les formes de l'utopie socialiste-communiste. Essai sur le communisme critique et l'utopie[401]. « Les recherches d’Abensour, intéressées par l’idée de la présence d’une théorie du communisme chez Marx, d’une prévision en tant que forme sociale supérieure, visent d’abord à dépasser l’opposition pétrifiée entre science et utopie, théorisée dans le marxisme. Abensour cherche à déceler dans l’œuvre de Marx un "sauvetage par transfert" de l’utopie, projetée dans le mouvement réel historique du communisme, qui conserve, par le biais d’une philosophie de la praxis, l’orientation vers le futur et à l’altérité propre à l’utopie. Plus généralement, l’étude de l’histoire des utopistes au XIXe siècle le conduit, en s’inspirant de Pierre Leroux, à repérer après le socialisme utopique et en dissidence avec sa descendance orthodoxe, un "nouvel esprit utopique" dans la seconde moitié du siècle. Intégrant des arguments de l’adversaire, sans renoncer à sa visée première, ce nouvel esprit utopique insuffle un nouveau dynamisme. Il assume l’enjeu de réveiller, face à la résignation et à l’acceptation de la servitude, un désir des masses susceptible de contribuer à l’auto-émancipation des dominés et ouvert vers l’inconnu. L’écriture utopique se transforme elle-même ainsi en moment de la praxis révolutionnaire, par exemple dans une inspiration libertaire dans le cas de Déjacque. Au sein même du marxisme, sans oublier les élaborations théoriques plus tardives de Bloch ou Benjamin, Abensour signale, en particulier avec William Morris, la persistance d’une utopie ayant davantage affaire à la question de l’éducation du désir qu’à celle d’une illustration improbable de la vérité[402]. »

Dans une perspective semblable, à savoir : L'Utopie de Th. More n'est pas au centre de la réflexion mais plutôt son legs utopique librement (ré)interprété et l'attention centrée sur d'autres auteurs utopistes, Michèle Riot-Sarcey (une historienne française) s'intéresse aux utopies qui naquirent au XIXe siècle (idées et réalisations), à leurs influences dans le champ politique et sur les révolutions de ce siècle. « C'est dans une lecture de l'histoire qui met la recherche de l'événement au cœur de la démarche, que Michèle Riot-Sarcey trouve le "réel de l'utopie", à l'écart tant des lectures bien pensantes du XIXe siècle (qui départageaient dans l'utopie "le bon grain de l'ivraie", à savoir le réel et la folie), que de lectures contemporaines qui ont voulu domicilier dans le goulag ce réel de l'utopie. » Monique Boireau-Rouillé ajoute : « L'utopie n'est pas "ailleurs", mais critique du présent, dans sa production, et surtout sa réception, puisqu'elle origine un autre mode politique, ouvre une brèche, manifeste une exigence dans la reconnaissance du droit humain à la liberté, rompt le "monopole libéral de la conception de la liberté". Elle est "posture" plus que contenu, c'est-à-dire un "ailleurs" qui est en fait partie prenante de la construction de l'histoire, et donc d'un présent qui se fait. Politique donc, au sens noble du terme[403]. »

Par ailleurs, le mot utopie ou l'idée d'utopie (quelles que soient les formes qu'elle put revêtir ou quelles que soient les valeurs qu'elle put recouvrir), voire L'Utopie de Th. More, furent probablement scandées ou servirent de point de ralliement pour certains soulèvements ou certains mouvements sociaux et lors de certaines révolutions au cours du XXe siècle. Cependant, par manque de sources, ces points ne sont pas évoqués.

Au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Passé l'émerveillement dû à la redécouverte du texte même de L'Utopie au XXe siècle, cet ouvrage perdit irrémédiablement toute influence politique au xxie siècle. Le contexte historique du XXe siècle fit que L'Utopie ne put avoir la même influence qu'aux siècles précédents. En revanche, l'idée d'utopie et les utopies telles qu'elles furent formulées à travers les époques continuent d'intéresser de nombreux auteurs.

À l'ouverture du XXIe siècle l'époque fut au bilan, Christian Godin publia un livre intitulé Faut-il réhabiliter l'utopie ? Ce livre reprit les principales critiques adressées à l'utopie (dont L'Utopie de Thomas More) au siècle précédent : « La question même comprend l'indécision dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui : le siècle écoulé doit une bonne part de ses horreurs à l'esprit d'utopie. D'un autre côté, renoncer à cet esprit au nom du réalisme, c'est rester soumis à la dictature du fait. On ne peut évidemment se réjouir du monde comme il va. Pour sortir de ce dilemme (l'acceptation de l'utopie au risque de la barbarie future, et la renonciation à l'utopie au risque de la barbarie présente), une distinction entre l'état de fait et l'état de valeur paraît nécessaire. L'utopie dangereuse est celle qui prétend décrire une société idéale. L'utopie souhaitable est celle qui se contente de prescrire un certain nombre de valeurs : la paix, la liberté, la justice et la solidarité universelles. Nous n'avons pas à réhabiliter l'utopie prise dans ce sens, nous avons à la réaliser[404]. »

Cette même année 2000, tandis que Yolène Dilas-Rocherieux publia une nouvelle histoire de l'utopie : L’utopie ou la mémoire du futur[405], Alain Pessin chercha L'imaginaire utopique aujourd'hui[406]. Et deux évènements rencontrèrent beaucoup de succès : Les Rendez-vous de l'histoire de Blois eurent pour thème « Les utopies, le moteur de l'histoire ? »[407] et la Bibliothèque Nationale de France organisa une exposition évènement pour saluer le passage du millénaire : « Utopie : la quête de la société idéale en Occident »[408]. Michèle Riot-Sarcey, elle, publia un ouvrage collectif L’Utopie en questions[409] : « La publication de L'Utopie en questions ne s'inscrit guère dans ce contexte, celui d'un changement de siècle et de millénaire. Il s'agit, pour Michèle Riot-Sarcey et pour les douze autres auteurs de l'entreprise, de livrer au lecteur le fruit de nombreuses années de recherche. Trois ans de séminaire sont à l'origine de l'essentiel des contributions[410]. » Quelques années plus tard, à partir de 2010, certains auteurs réclamèrent à l'instar de Pierre Macherey De l’Utopie ![411] ; la revue Cités consacra un numéro aux « Utopies »[412], la revue Europe publia un dossier « Regards sur l'utopie »[413] et Le Philosophoire fit de même en 2015 : « L'Utopie »[414].

En 2016, à l'occasion du cinq centième anniversaire de la première publication de L'Utopie, un auteur français publia un livre pour rendre hommage à la création de Thomas More, Thierry Paquot : Lettres à Thomas More sur son utopie (et celles qui nous manquent)[415]. L'année d'après, Aymeric Caron publia un livre intitulé Utopia XXI[416] reprenant librement la composition d'Utopia : d'abord, dans la première partie du livre, un dialogue entre un personnage Aymeric Caron et un représentant de l'île d'Utopie aborde les problèmes sociaux, économiques et politiques du temps ; ensuite, dans la seconde partie du livre, Aymeric Caron expose des propositions à même d'apporter des solutions aux problèmes abordés précédemment.

Enfin, le thème et les personnages d'Utopia ont inspiré de nombreuses créations et improvisations, non seulement cinématographiques (ou des séries télévisuelles), mais aussi musicales et théâtrales ; de nombreuses œuvres homonymes Ce lien renvoie vers une page d'homonymie ont repris son nom paradoxal.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes sur le résumé de L'Utopie[modifier | modifier le code]

  1. L'édition de Yale donne ce titre : The Best State of a Commonwealth and the New Island of Utopia. A Truly Golden Handbook, No Less Beneficial than Entertaining, by the Distinguished and Eloquent Author THOMAS MORE Citizen and Sheriff of the Famous City of London.
  2. André Prévost ajoute : « Grâce à cette fonction de sous-shérif More entre de plain-pied dans l'existence des petites gens : leur dur labeur, leur salaire insuffisant, les injustices dont ils sont victimes de la part des puissants et des initiés à la chicane des lois. C'est dans ce contact avec la misère des humbles que l'Utopie a puisé les accents véhéments de ses appels en faveur des laborieux et des opprimés. » (L'Utopie…, op. cit., p.310, note n°1 « La meilleure… »)
  3. Les Progymnasmata sont les épigrammes rédigées par Th. More qui furent publiées à la suite de l'Utopia dans les deux éditions de Bâle (ou « Epigrammata » sur le frontispice). (Voir en annexe la reproduction numérisée de l'édition de novembre 1518 chez J. Froben, disponible sur le site internet de la Bibliothèque de l'université de Bielefeld)
  4. C'est-à-dire : le mythe de l'Âge d'Or.
  5. C'est-à-dire : la Cité sainte.
  6. Ce dernier rencontra J. de Busleyden lorsqu'il se rendit à Anvers en 1515.
  7. Ici, le mot « auteur » doit être compris dans sa polysémie latine (« auctor ») : autorité, garant, auteur. Th. More se porte garant des propos de Raphaël Hythlodée, il est l'auteur du texte Utopia et il est une autorité reconnue : sous-shérif de la Cité de Londres.
  8. Cette lettre accompagne depuis le début le texte de l' Utopia. Pour l'impression à Louvain, Th. More fit parvenir à Pierre Gilles cette Lettre-Préface, le Livre Premier & le Livre Second.
  9. Thomas More écrivit effectivement une partie du livre en 1515 lors d'un séjour aux Pays-Bas . (Voir plus bas dans cet article : « La découverte des étapes de la rédaction de L'Utopie ».) C'est lors de ce séjour pour une réelle et authentique mission diplomatique qu'il place la rencontre (inventée) avec Hythlodée, ainsi que le dialogue et la description que le lecteur va lire dans les pages qui suivent cette Lettre-Préface. Le vrai et le faux commence déjà à s'entremêler.
  10. Morus suggère que la rédaction ne lui a demandé aucun effort, or la découverte des étapes de la rédaction du texte montre le contraire. P. Gilles, Érasme et quelques lecteurs de L'Utopie étaient au courant de la longue gestation de ce livre.
  11. Ces mots valent avertissement au lecteur : cette langue dans laquelle est écrit le livre, le latin, est truffé de néologismes grecs latinisés, à commencer par le titre de l'œuvre Utopia. Le lecteur doit donc prêter attention à l'usage qu'il est fait du latin et du grec dans ce livre, ainsi qu'aux jeux terminologiques distillés au fil du texte et au style même de l'écriture (les nombreuses formules orales directement rapportées par écrit).
  12. Dans sa note complémentaire n°2, S. Goyard-Fabre indique : « Il faut rappeler l'importance de la vie professionnelle de More, avocat et sous-shérif, mais aussi professeur à l'École de droit de Lincoln's Inn et conseiller juridique en matière économique à Londres. » (Édition « GF », p. 239)
  13. Ce dernier, qui fut réellement le secrétaire de More lors de sa mission aux Pays-bas en 1515, rencontra lui aussi Raphaël Hythlodée. John Clement assista à une partie du dialogue rapporté au Livre Premier comme domestique ; mais non à la description au Livre Second : « […] nous revînmes nous asseoir au même endroit, […], en disant aux domestiques que nous ne voulions pas être interrompus. » (Dernier paragraphe du Livre Premier, Édition « GF », p. 133). Voir aussi la note « John Clement » de Marie Delcourt. (Édition « GF », p. 76)
  14. C'est un point capital de cette Lettre-Préface : dans l'édition latine, la première manchette du livre apparaît ici. Il est écrit dans la marge : « Noter, en théologie, la distinction entre commettre un mensonge et dire un mensonge. » Dans sa note n°5 associée à cette manchette (L'Utopie de Thomas More, op. cit., p. 349), André Prévost précise : « "Faire un mensonge", mentiri, relève de l'ordre moral. "Dire un mensonge", mendacium dicere, appartient au style, "l'art de dire". » Ainsi, Thomas More/Morus ne ment-il pas : « mendacium dicam », il se livre à un exercice de style, un exercice d'écriture. Cette Lettre-Préface avertit le lecteur au seuil d'entrer en Utopia : certes le vrai et le faux sont entremêlés dans les pages de ce livre, More/Morus reconnaît et annonce ce fait ; mais cet entremêlement n'a pas pour but de tromper le lecteur, ce qui serait un péché et un fait ou un acte moralement condamnable ; plutôt : More/Morus signale au lecteur que cet entremêlement du vrai et du faux relève de l'art du discours. Depuis le début de sa lettre, More/Morus distille des indices sur cet « art de dire » : le titre « Utopia » est le premier indice ; le prénom du marin-philosophe, « Raphaël », est le deuxième ; l'insistance sur l'importance de la langue grecque est le troisième ; le nom du marin-philosophe, « Hythlodée », suivi de deux noms utopiens « Amaurote » et « Anydre », sont le quatrième indice ; « mendacium dicam » est un cinquième indice.
  15. Pour la troisième fois dans cette Lettre-Préface, Morus enjoint Ægidius d'authentifier et de faire préciser les propos et les descriptions rapportés dans ce livre par Raphaël Hyhtlodée ; par un « archange diseur de non-sens ». La récurrence des demandes de précisions et d'authentification dans cette Lettre-Préface est un autre indice distillé par More/Morus.
  16. S'appuyant sur les Actes de Rymer Toyras, Victor Stouvenel donne les noms suivants dans sa « note A » : pour la députation anglaise, « Cuthbert Tunstall, William Knight, Richard Sampson, Thomas Spynell, Thomas Morus, John Clifford » ; pour la députation flamande, « Guillaume de Croy, seigneur de Chièvres ; Jean le Sauvage, chancelier ; Michel de Croy, Jean de Hallewyn, Georges de Thamasia, Philippe Ubhalant. » (V. STOUVENEL, 296-297) Et dans « sa note C », V. Stouvenel identifie Guillaume de Croy comme « Préfet de Bruges » (298).
  17. S. Goyard-Fabre indique : « Le texte latin parle ici de Philosophia scolastica, désignant une pensée d'école tout opposée aux critères pratiques de l'action politique. » (Édition « GF », note n°34, p. 241.)
  18. Dans l'édition de novembre 1518 imprimée chez Johann Froben le Livre Second commence à la page 70, il comporte des intertitres répartis ainsi : « Les villes et, en particulier, Amaurote » (p. 74), « Les magistrats » (p. 77), « Les professions » (p. 79), « La vie en société » (p. 86), « Les serviteurs » (p. 119), « L'art de la guerre » (p. 129), « Les religions des Utopiens » (p. 140). (A. Prévost, L'Utopie…, op. cit.)
  19. Dans l'Éloge de la folie, Érasme fait allusion aux Abraxasiens en LIV. Ces derniers appartiennent à une secte gnostique.
  20. « Dans la pensée de More, la connotation du mot servus est plus proche de service que d'esclavage. […]. Ici servus est mis en opposition à liber qui désigne les Utopiens qui jouissent des droits de pleine citoyenneté. » (A. Prévost, L'Utopie…, op. cit., p. 698, note°6 « la servitude »)
  21. "Délégués de quartier", "gouverneurs" et "maires" sont les dénominations et les fonctions qui, aujourd'hui, se rapprocheraient le plus des responsabilités afférentes aux charges des magistrats utopiens.
  22. M. Delcourt remarque : More « ne dit à peu près rien du rôle du roi dans les affaires courantes et dans la vie du peuple. » (Édition « GF », note « Le Prince » p. 152)
  23. A. Prévost les compte au nombre de « vingt » (A. Prévost, L'Utopie, op. cit., note n°2 « choisir le candidat », p.678)
  24. Voir le schéma explicatif de L. Marin, Utopiques : jeux d'espaces, op. cit., p. 167.
  25. Pour S. Goyard-Fabre : « Il s'agit du Sénat confédéral de l'Île. » (Édition « GF », note n°44, p. 241)
  26. M. Delcourt remarque : « More néglige d'exposer les modalités de l'élection royale, qu'il faut imaginer semblable à celle des autres magistrats, c'est-à-dire résultant d'un choix du peuple tempéré par l'influence des plus expérimentés. » (Édition « GF », note « Le Prince » p. 152)
  27. De l'édition princeps de 1516 à l'édition ne varietur de novembre 1518, le poème de G. Geldenhauer est signé du nom de « Gerardus Noviomagus ».
  28. Anacharsis fut un sage scythe renommé du VIe siècle.
  29. « Saxo » est vraisemblablement Saxo Grammaticus, qui rédigea la première histoire du Danemark au XIIe siècle.
  30. C'est une « lettre réputée écrite après la première édition et destinée à la fois à affirmer le caractère original de la deuxième [édition] et à répondre aux questions soulevées par l'authenticité du personnage Hythlodée. » (A. Prévost, L'Utopie…, op. cit., p. 225)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Traductions : Un petit livre véritablement excellent, non moins salutaire que divertissant, sur la meilleure forme de République et sur la nouvelle Île d'Utopie (Édition de G. Navaud, « Folio classique », 2012) ; Un vrai livre d'or, non moins salutaire qu'agréable, sur la meilleure forme de Communauté politique et la nouvelle île d'Utopie (Édition d'A. Prévost, Mame, 1978) ; ou encore, Du meilleur état de la chose publique et de la nouvelle île d'Utopie, un précieux petit livre non moins salutaire que plaisant (P. Macherey, De l'utopie !, 2011). (Voir la bibliographie pour les références complètes)
  2. Aujourd'hui, la quatrième et dernière édition de l'Utopia datée de novembre 1518, arrêtée par Th. More et dont l'édition fut suivie par Érasme auprès de l'imprimeur Johann Froben, est considérée comme la version finale et définitive du livre de Th. More intitulé De Optimo Rei Publicae Statu, deque nova Insula Utopia, dit L'Utopie. Pour lire cette quatrième édition en langue française contemporaine (XXe siècle), il faut consulter l'ouvrage d'André Prévost : L'Utopie de Thomas More, Paris, Mame, 1978. Cette édition étant épuisée dans le commerce et difficilement accessible en bibliothèque, cet article utilise autant que possible d'autres traductions : celles disponibles en livre de poche, celles proposées sur Gallica et celle de Wikisource (bien que cette traduction, due à Victor Stouvenel, soit désapprouvée par tous les spécialistes de Th. More, à commencer par Germain Marc'hadour).
  3. (en) The Center for Thomas More Studies, « Map of More's London », Cette carte propose une représentation de Londres du temps de Th. More. Les endroits qu'il fréquenta sont signalés, notamment son lieu de naissance (Birthplace), sur The Essential Works of Thomas More,
  4. a et b Keith Watson, Sir Thomas More, dans Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée (Paris, Unesco : Bureau international d’éducation), vol. XXIV, no 1-2, 1994, p. 191 [lire en ligne].
  5. Née Agnes Graunger, Granger ou Grainger.
  6. Marie Delcourt 1936, p. 9-10 : « Le jeune page s'attacha profondément à Morton et le jugea dans l'Utopie avec une bienveillance que l'opinion publique du temps n'a pas unanimement partagée ».
  7. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 7-8.
  8. Marie-Claire Phélippeau 2016, p. 27.
  9. a b et c Marie Delcourt 1936, p. 10.
  10. a b et c Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 8.
  11. a b c et d Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 9.
  12. Marie Delcourt 1936, p. 13.
  13. a et b Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 10.
  14. a b c et d Marie Delcourt 1936, p. 14.
  15. Pour être exact : le Livre II de l'Utopia. Ce n'est qu'à son retour, et l'année suivante, que More rédige le Livre I.
  16. André Prévost 1978, p. 197 : « Le Conseil Royal est composé d'une centaine d'experts qui sont en permanence à la disposition du roi pour l'éclairer sur les questions du gouvernement. Ils sont groupés d'après leur spécialité. Entre autres activités, More entrera dans une commission de neuf conseillers chargés de l'expédition des affaires litigieuses des pauvres gens ».
  17. Marie Delcourt 1936, p. 14 : Henri VIII « paraît avoir totalement ignoré l'Utopie (elle ne fut jamais imprimée en Angleterre avant le XVIIIe siècle et elle ne fut traduite en anglais qu'en 1551) ».
  18. « Ratification de la paix d’Amiens », sur Bibliothèque Nationale de France (consulté le 13 décembre 2019)
  19. Marie Delcourt 1936, p. 16.
  20. En 1453 : première édition latine de la Bible, dite la « Bible à quarante-deux lignes », imprimée aussi par Gutenberg. Par la suite, des presses s'installent rapidement dans les grandes villes d'Europe : Cologne (1464), Bâle (1466), Rome (1467), Venise (1469), Paris (1470), Lyon (1473), Bruges (1474), Genève (1478), Londres (1480), Anvers (1481) et des centaines d'autres.
  21. En 1482, les Portugais atteignent le Congo (en 1488 Bartolomeu Dias doublera le Cap de Bonne-Espérance). En 1510, les Portugais prennent Goa. Ils s’installent à Negapatam, sur la côte sud-orientale de l'Inde et à Ceylan. En 1511, les Portugais prennent Malacca.
  22. En 1497, parti de Bristol le 2 mai, Jean Cabot explore courant juin les côtes de l'Amérique du Nord et aborde Terre-Neuve ou l'île du Cap-Breton (Canada) qu’il revendique pour l’Angleterre. Il longe les côtes du Labrador et de la Nouvelle-Angleterre, qu’il prend pour l’extrémité nord-est de l’Asie, puis rentre en Angleterre. En 1498 Cabot repart de nouveau, il quitte Bristol en mai à la tête d'une seconde expédition dans le but d’atteindre le Japon par le nord-ouest. L’expédition disparaît.
  23. En 1501, le 13 mai : le gouvernement portugais envoie une flotte dirigée par Gonçalo Coelho accompagné de l'italien Amerigo Vespucci pour effectuer la reconnaissance des côtes du Brésil, dit « Troisième voyage ». Ils rapportent en Europe (1502) le bois de brasil (bois de brésillet) qui produit une teinture rouge qui sera très prisée et qui donnera son nom au nouveau territoire. Amerigo Vespucci prend conscience que ce continent n’est pas l’Asie. En 1503, Vespucci part pour un autre voyage, dit « Quatrième voyage », toujours au compte des Portugais. Il rentre en 1504.
  24. Michael Braddick, « Réflexions sur l'État en Angleterre (XVIe-XVIIe siècles) », Histoire, économie & société,‎ 2005/1 (24e année), p. 29 à 50 (lire en ligne)
  25. Quentin Skinner 2009, p. 8.
  26. Thomas More 1987, p. 119 à 125, par exemple.
  27. Cédric Michon (éd.) 2012, « Introduction », Cédric Michon ; §1 de la version en ligne.
  28. Cédric Michon (éd.) 2012, article « Conseils et conseillers en Angleterre sous les premiers Tudors (1485-1558) », Steven Gunn. Outre l'appendice « Membres les plus actifs du Conseil du Roi d'Angleterre (1485-1558) » et précisément « Henri VIII (1509-1547) » ; voir l'ensemble de l'article qui étudie divers aspects du Conseil comme institution dans le royaume anglais.
  29. Aurélien Antoine, « Chronologie raisonnée de l’histoire constitutionnelle de l’Angleterre, de la Grande-Bretagne, puis du Royaume-Uni », Jus Politicum. Revue de droit politique, no 14,‎ (lire en ligne)
  30. The Center for Thomas More Studies, « Sir Thomas More Defending The Liberty of the House », sur The Center for Thomas More Studies, (consulté le 13 décembre 2019)
  31. Rodney Howard Hilton 1958, p. 542.
  32. a et b Rodney Howard Hilton 1958, p. 551.
  33. Rodney Howard Hilton 1958, p. 549.
  34. Rodney Howard Hilton 1958, p. 550.
  35. a et b Wolfgang Kaiser (dir.), L’Europe en conflits. Les affrontements religieux et la genèse de l’Europe moderne (vers 1500-vers 1650), Rennes, Presses universitaires de Rennes, (lire en ligne), p. 287 à 320, Alec Ryrie et Tadhg Ó hAnnráchain, « Les îles Britanniques et l’Irlande ».
  36. a b et c Denis Crouzet, Pierre Couhaut et Séverin Duc 2015, article de Cécile Caby, « La République des Lettres à la Renaissance ».
  37. Denis Crouzet, Pierre Couhaut et Séverin Duc 2015, article d'Andrea Martignoni « Les humanistes et l’Europe ».
  38. a et b Denis Crouzet, Pierre Couhaut et Séverin Duc 2015, article de Clémence Revest, « Héritages culturels de l’Europe ».
  39. Depuis 1495, Érasme étudiait la théologie et la littérature à Paris où il rencontra de nombreux humanistes ; puis, à partir de1499, Érasme fit le tour de l'Europe : en Angleterre d'abord, où à l'invitation de son élève Lord Mountjoy il rencontre John Colet et Th. More ; en 1500 il retourne en France apprendre le grec ; en 1502, il s'installe à Louvain ; à partir de 1506, il se trouve en Italie, il devient docteur en théologie, en 1507 il rencontre l'imprimeur Alde Manuce ; en 1509, il revient en Angleterre, où il termine la rédaction de l'Éloge de la Folie chez Th. More ; en 1511, Érasme est à Paris pour publier l'Éloge de la Folie ; il retourne en Angleterre en 1511 ; puis il demeure à Louvain ; en 1514 il entre en contact avec l'imprimeur suisse Johann Froben ; en 1517, Érasme effectue un voyage à Londres, puis il rentre à Louvain pour diriger le Collège Trilingue.
  40. Norbert Elias 2014, p. 139-140. Pour une mise en parallèle de L'Utopie avec son époque, voir le chapitre « La critique de l'État chez Thomas More » (31-102) ; pour une mise en parallèle de L'Utopie avec la place de Th. More dans la société anglaise de l'époque, voir des pages 45 à 59.
  41. André Prévost 1978, p. 650, note n°5 « souscrire unanimement ».
  42. a et b Claude Mazauric 2018, p. 5.
  43. Thomas More (trad. Claudius Cantiuncula), Von der wunderbarlichen Innsel Utopia genant das ander Buch, Basel, Bebelius, (lire en ligne)
  44. Thomas More (trad. Francesco Doni), La republica nouvamente ritrovata, Vinegia, (lire en ligne)
  45. a et b Thomas More (trad. Jean Leblond), La description de l'isle d'Utopie, où est comprins le miroer des républicques du monde, Paris, Claude L'Angelier, (lire en ligne)
  46. Thomas More (trad. Ralph Robynson), A fruteful, and pleasaunt worke of the beste state of a publyque weale, and of the newe yle called Vtopia, London, Abraham Vele, (lire en ligne)
  47. Thomas More (trad. Hans die Laet), De Utopie, Thantwerpen, (lire en ligne)
  48. Marie Delcourt 1936, p. 18, « De ces récits, il se moque, parce qu'il y trouve trop pour l'imagination et trop peu pour la raison ».
  49. a b et c Paul-Augustin Deproost et Jean Schumacher, « Thomas More, Utopia », Les deux cartes sont présentées en miroir et brièvement décrites, sur Université catholique de Louvain (consulté le 13 décembre 2019)
  50. C'est-à-dire : des notes placées non pas en bas de page, mais dans la marge d'un texte, à la hauteur de l'appel de note.
  51. Jean-François Vallée 2013, p. 17 (pagination du PDF) ; §1 de la version en ligne.
  52. Certaines de ces manchettes sont capitales pour saisir le sens du texte rédigé par Thomas More. Malheureusement, aucune édition de L'Utopie en format de poche ne reprend ces manchettes.
  53. Thomas More, Libellus vere aureus nec minus salutaris quam festivus, de optimo reip. statu deque nova Insula Utopia, Lovaniensium, Theodorici Martini Alustensis, (lire en ligne)
  54. Thomas More, Ad lectorem. HABES CANDIDE LECTOR opusculum illud vere aureum Thomæ Mori non minus utile quam elegans, de optimo reipublice statu, deque nova Insula Utopia, Paris, Gilles de Gourmont, (lire en ligne)
  55. Thomas More, De Optimo Reip. Statu, deque nova insula Utopia, Basileam, Johannes Froben, (lire en ligne)
  56. a et b Thomas More, De Optimo Reip. Statu, deque nova insula Utopia, Basileam, Johannes Froben, (lire en ligne)
  57. Jean-François Vallée 2013, p. 4 (pagination du PDF) et §3 de la version en ligne : « La structure éditoriale des premières éditions de L'Utopie (1516-1518) ».
  58. Federica Greco 2018, p. 8 (pagination du PDF) ; §18 de la version en ligne.
  59. Jean-François Vallée 2013, p. 2-3 (pagination du PDF) ; §1 de la version en ligne.
  60. Voir les liens vers les premières traductions en langues vernaculaires proposés juste au-dessus, « Un succès éditorial » (1524 en allemand, 1548 en italien, 1550 en français, 1551 en anglais et 1553 en hollandais).
  61. Thomas More, Utopia, a mendis vindicata, Amsterodami, Apud Joannem Jansonium, (lire en ligne)
  62. Thomas More (trad. Gilbert Burnet), Utopia, London, Richard Chiswell, (lire en ligne)
  63. Thomas More (trad. Don Geronimo Antonio de Madinilla y Porres), La Utopia, Madrid, Don Mateo Repullés, (lire en ligne)
  64. Thomas More 2012, p. 229-273. Cette édition de poche présente quelques-uns de ces paratextes.
  65. Jean-François Vallée 2013, p. 1 (phrase tirée du « Résumé »), voir aussi p. 2 (pagination du PDF) ; version en ligne : « Résumé » et seconde moitié du §1.
  66. Germain Marc'hadour, « Thomas More, (trad. Marie Delcourt), L' Utopie », Revue belge de philologie et d'histoire,‎ tome 46, fasc. 3, 1968, p. 871 (lire en ligne)
  67. André Prévost 1978, p. 241-252, « La langue latine de l'Utopie ».
  68. Laurent Cantagrel 2012, p. 8 : « ces gens de lettres qui écrivent d'abord en latin, sont le plus souvent hors de l'Église et de l'université, et [leurs] activités ont pour noyau dur leur travail de philologues, éditeurs, traducteurs et commentateurs de textes anciens. » Ces activités sont celles d'Érasme, de Pierre Gilles, Guillaume Budé ou Cornelis de Schrijver. Dans une moindre mesure, celles de Thomas More aussi : il traduisit et édita des textes de Lucien de Samosate.
  69. Denis Crouzet, Pierre Couhaut et Séverin Duc 2015, article de Fulvio Delle Donne, « Le latin dans l’Europe des humanistes ».
  70. Simone Goyard-Fabre 1987, p. 31 à 57 (« II. Le sens de L'Utopie »), pages dans lesquelles S. Goyard-Fabre remet en contexte le texte de L'Utopie ; puis aux pages 59 à 65, où elle passe en revue diverses interprétations de l'œuvre.
  71. Miguel Abensour 2009, p. 25 à 29, « La crise de l'interprétation ».
  72. Nicole Morgan 1995.
  73. Quentin Skinner 2009, p. 306 à 310.
  74. André Prévost 1978, p. 127-162, « L'Utopie, expérience existentielle ».
  75. Laurent Cantagrel 2012, p. 47-100, « L'Utopie de Thomas More, paradigme des descriptions de société humanistes ».
  76. a et b Raymond Trousson, Voyages au pays de nulle part. Histoire littéraire de la pensée utopique, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles,
  77. Érasme, La formation du prince chrétien, Paris, Classiques Garnier,
  78. Nicolas Machiavel, Le Prince, Paris, P.U.F.,
  79. Quentin Skinner 2009, p. 178-192 « L'idéal humaniste du gouvernement princier » ou p. 301-312 « Les humanistes comme conseillers », par exemple.
  80. Guillaume Navaud 2012, p. 23.
  81. Jean-François Vallée 2013, p. 8-9 (pagination du PDF) ; §8 et §9 de la version en ligne.
  82. Laurent Cantagrel 2012, p. 57 : « les interlocuteurs de l'Utopie partagent tous une même conviction sur laquelle se détachent leurs différences : la certitude, jamais discutée ni mise en question, que les lettrés sont les détenteurs d'un savoir (qu'il faut toutefois enrichir par l'expérience) utile à l'État, qu'ils disposent d'une compétence politique ».
  83. Laurent Cantagrel 2012, p. 47 : « Le premier livre en effet est pour sa part un dialogue entièrement consacré à la question de l'opportunité, pour un lettré, de faire entendre sa voix au conseil des princes ».
  84. « More tenait à avoir un "homme politique" parmi les dédicataires de l’ouvrage. Dans une lettre à Érasme, il insiste en effet pour que son ouvrage soit élégamment lancé ("handsomely set off") par les plus hautes recommandations tant d’ "intellectuels" que d’ "hommes d’État" (by the "highest of recommendations" from "both intellectuals and distinguished statesmen") ». Thomas More, Selected Letters, éd. Eliszabeth Frances Rogers, New Haven, Yale University Press, 1961, p. 76. Cité par J.-F. Vallée, « Le livre utopique », art. cit., note no 18, p. 24 du PDF.
  85. André Prévost 1978, p. 654, note n°1 « Jérôme Busleiden ».
  86. Dans les premières traductions en langue anglaise, le Livre I est souvent sous-titré « Dialogue of Consel ».
  87. Laurent Cantagrel 2012, p. 49 : selon L. Cantagrel, « Hythlodée entend bien donner des conseils destinés à être mis en application : il critique des décisions politiques, analyse des problèmes concrets, avance des exemples de législation… En un mot, il conçoit le rôle du conseiller politique comme une synthèse du philosophe et du législateur effectif ».
  88. a et b Thomas More 1987, p. 91.
  89. a et b Thomas More 1987, p. 91, note « Les membres des conseils royaux ».
  90. André Prévost 1978, p. 36 et 39.
  91. Pierre Macherey 2011, p. 57. Et tout le reste de la page, où P. Macherey indique l'existence du terme grec « atopia ».
  92. Guillaume Navaud 2012, p. 13 à 23, « Non-lieu, atopie, Utopie ».
  93. Simone Goyard-Fabre 1987, p. 17, note n°1 : « L'Utopie, par la formation même du mot, désigne la contrée qui n'est nulle-part : le ou de ou-topos ou u-topie, est privatif ; comme elle n'a existé ni n'existera en aucun temps, l'u-topie est aussi, selon la même formation linguistique, ou-chronos ou u-chronie ».
  94. André Prévost 1978, p. 66. Voir plus largement : « La genèse de l'œuvre », p. 61-82.
  95. a b et c Thomas More 2012, p. 325-327. « Rédaction et titre ».
  96. André Prévost 1978, p. 217.
  97. D'autres mots, inventés par Thomas More, apparaissent au fil de l'ouvrage et livrent au lecteur de nouveaux indices. Par exemple : « Amaurote », ville d'Utopie où siège le Sénat, est une « cité-mirage » ; « Anydre », fleuve qui coule à Amaurote, est un fleuve « sans eau ». (Édition « GF », p. 142)
  98. André Prévost 1978, p. 330. À la note n°1 « Anémolius », Prévost écrit : « L'auteur du sizain est selon toute vraisemblance Thomas More lui-même. Le ton et la forme sont ceux de l'épigramme, genre où More excellait ».
  99. a et b Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 243. Article « Utopia ».
  100. André Prévost 1978, p. 322.
  101. André Prévost 1978, p. 653, note n°4 « Udépotie ».
  102. Miguel Abensour 2009, p. 34-35.
  103. Simone Goyard-Fabre 1987, p. 38.
  104. Thomas More 1983, p. 0 (page de titre). À la page 43 de l'édition du texte latin, M. Delcourt écrit en note n°1: « On remarquera combien, dans les titres des éditions contemporaines de More, le mot d'Utopie joue un rôle peu important. Les mots importants sont De Optimo Rei Publicae Statu (Sermo ou Libellus aureus) ».
  105. Thomas More 1987, p. 239, à la note n°5, Simone Goyard-Fabre indique à propos du sous-titre du Livre I traduit par Marie Delcourt : « Le latin dit : de optimo reipublicae, qui serait plus exactement traduit par "la meilleure forme de communauté politique" ».
  106. André Prévost 1978, p. 310, note n°2 « communauté politique ».
  107. Norbert Elias 2014, p. 135-135 : « Peut-être puis-je vous rappeler ici que le concept d'État est nouveau à l'époque, […]. Certes, il existait le latin res publica, mais pour désigner les États, on ne disposait que de termes comme royaume, principauté, c'est-à-dire de termes particuliers. Dans les langues vernaculaires, […], il n'existait pas de terme générique, comparable à celui de res publica. Lentement, au XVe et au XVIe siècle, surtout en Italie, le terme status commença à se répandre ; il a à peu près le sens de condition ou d'état. Rei publicae status pouvait-on dire alors, et cela signifiait : la situation d'un État donné ».
  108. Thomas More 2011, p. 5.
  109. Thomas More 1979, p. 1.
  110. Jean-Louis Fournel 2012, p. 52.
  111. Trois dialogues de Platon traitent directement et sous différentes approches la question du «meilleur régime » ou la « meilleure forme de gouvernement » : La République, Le Politique et Les Lois.
  112. Chez Aristote les questions politiques sont abordées dans la « science pratique », l'ouvrage Politique traite directement la question du « meilleur régime » ou de la « meilleure forme de gouvernement » en décrivant les différentes sortes de politeia, tandis que la Constitution des Athéniens décrit le régime politique dans l'Athènes antique.
  113. C'est dans ses écrits politiques, De Republica et De legibus, que Cicéron abordent les questions liées au « meilleur régime » et à la « meilleure forme de gouvernement ».
  114. Platon, La République, Paris, Flammarion, « GF », , p. 73.
    Page 73 : « J'étais descendu hier au Pirée, en compagnie de Glaucon, fils d'Ariston, pour faire mes prières à la déesse, et j'étais en même temps désireux d'assister à la fête. »
  115. a b et c Thomas More 1987, p. 85.
  116. Pierre Macherey 2011, p. 119-120 : « la lecture "salutaire", intellectuellement féconde, qui met en avant la référence à l'eutopie, est celle qui oriente l'attention vers "le meilleur état de la chose publique", thème traditionnel de philosophie politique, présenté dans des termes qui évoquent aussitôt une inspiration aristotélicienne, en reprise par exemple des considérations exposées dans les parties VII et VIII des Politiques ; la lecture "festive", qui met en avant la référence à l'outopie, se tourne, elle, vers la relation des étonnantes singularités de la "nouvelle île Utopie", fiction raisonnée, selon un topos littéraire dont les sources seraient à chercher du côtés des mythes platoniciens, et aussi celui de l'Histoire vraie de Lucien de Samosate, auteur particulièrement apprécié dans les cercles érasmiens, qui avait déjà mis au point l'art d'utiliser le récit d'un voyage imaginaire en vue d'effectuer une remise en perspective critique de l'actualité ».
  117. Marie Delcourt 1936, p. 26.
  118. André Prévost 1978, p. 265.
  119. André Prévost 1978, p. 67.
  120. a et b Thomas More 1979, p. XV à XXXIII, « The composition of Utopia ».
  121. a b c et d Thomas More 1987, p. 87.
  122. a et b Thomas More 1987, p. 73.
  123. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 49.
  124. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 13.
  125. Pierre Gilles envoya sa lettre à Jérôme de Busleyden avec un exemplaire de l'Utopia ; Guillaume Budé et J. De Busleyden écrivirent leur lettres après avoir lu l'Utopia.
  126. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 16.
  127. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 44.
  128. André Prévost 1978, p. 77, note n°1 ; puis aux pages : 92 ; 96 ; 141, note n°2 ; 182 et 261, note n°8 (voir aussi les notes complémentaires accompagnant le texte lui-même).
  129. Miguel Abensour 2009, p. 34.
  130. Laurent Cantagrel 2012, p. 52.
  131. Emmanuelle Lacore-Martin 2008, p. 124 et 125, par exemple (pagination du PDF) ; aux §3 et §4 de la version en ligne.
  132. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 44 à 49.
  133. Miguel Abensour 2009, p. 35.
  134. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 244. Article « Utopia ».
  135. a b c et d André Prévost 1978, p. 310, note n°1 « La meilleure… ».
  136. André Prévost 1978, p. 311.
  137. a et b André Prévost 1978, p. 310, note n°4 « shérif (vicecomes) ».
  138. (en) Stephen Duncombe, « Beatus Rhenanus to Willibald Pirckheimer », sur The Open Utopia, 2010-2019
  139. André Prévost 1978, p. 310, note n°5 « Les Épigrammes de More ».
  140. a et b Thomas More 2012, p. 271.
  141. Thomas More 2012, p. 272.
  142. Thomas More 2012, p. 273.
  143. Thomas More 2012, p. 272-273.
  144. Thomas More 2012, p. 255.
  145. a b c et d Thomas More 2012, p. 256.
  146. Thomas More 2012, p. 259-260.
  147. a b c d e et f Thomas More 2012, p. 260.
  148. a et b Thomas More 2012, p. 261.
  149. Thomas More 2012, p. 262-263.
  150. a b c d et e Thomas More 2012, p. 263.
  151. a b c et d Thomas More 2012, p. 264.
  152. Thomas More 2012, p. 265.
  153. Louis Marin 1973, p. 123, note n°9.
  154. a b et c André Prévost 1978, p. 218, note n°1.
  155. a b c d e et f André Prévost 1978, p. 332.
  156. Suzanne Gély 2000a, p. 7.
  157. a b et c Thomas More 1979, p. 276-277, note « 16/1 », « Vtopia insvla tabvla [Map…Utopia] ».
  158. a et b Sébastien Hayez 2018.
  159. Thomas More 1987, p. 187.
  160. Stephen Duncombe, « Listen », Sur cette page, la première piste sonore (intitulée « Four Verses in the Utopian Tongue ») est une lecture orale du poème en langue vernaculaire des Utopiens, sur The Open Utopia, 2010-2019
  161. Louis Marin 1973, p. 126, note n°10.
  162. a et b Thomas More 2012, p. 237.
  163. a b et c Thomas More 2012, p. 238.
  164. a b c d e et f Thomas More 2012, p. 240.
  165. Thomas More 2012, p. 240-241.
  166. a b et c Thomas More 2012, p. 241.
  167. André Prévost 1978, p. 349.
  168. Thomas More 1987, p. 73-74.
  169. a b et c Thomas More 1987, p. 74.
  170. a et b Thomas More 1987, p. 75.
  171. a et b Thomas More 1987, p. 76.
  172. a b et c Thomas More 1987, p. 77.
  173. Thomas More 1987, p. 77-78. Morus fait encore preuve de malice.
  174. Thomas More 1987, p. 79.
  175. Thomas More 1987, p. 83-84.
  176. a b et c Thomas More 1987, p. 84.
  177. a b c et d Thomas More 1987, p. 86.
  178. a b et c Thomas More 1987, p. 90.
  179. Thomas More 1987, p. 92.
  180. Thomas More 1987, p. 93.
  181. a et b Thomas More 1987, p. 94-95.
  182. André Prévost 1978, p. 378.
  183. Thomas More 1987, p. 95.
  184. Thomas More 1987, p. 99.
  185. Thomas More 1987, p. 107.
  186. Thomas More 1987, p. 115.
  187. a et b Thomas More 1987, p. 116.
  188. a et b Thomas More 1987, p. 118.
  189. Thomas More 1987, p. 119.
  190. a b et c Thomas More 1987, p. 124.
  191. a b c et d Thomas More 1987, p. 125.
  192. André Prévost 1978, p. 434.
  193. a b et c Thomas More 1987, p. 126.
  194. Thomas More 1987, p. 128.
  195. a b et c Thomas More 1987, p. 129.
  196. a b et c Thomas More 1987, p. 131.
  197. a b c et d Thomas More 1987, p. 132.
  198. a b c d e f g et h Thomas More 1987, p. 133.
  199. André Prévost 1978, p. 448.
  200. a b c et d Thomas More 1987, p. 137.
  201. a b et c Thomas More 1987, p. 138.
  202. a b c d e f g h i j et k Thomas More 1987, p. 139.
  203. a b c d et e Thomas More 1987, p. 157.
  204. a et b Thomas More 1987, p. 158.
  205. a b et c Thomas More 1987, p. 222.
  206. André Prévost 1978, p. 470.
  207. a b c d e et f Thomas More 1987, p. 141.
  208. a b c et d Thomas More 1987, p. 144.
  209. Thomas More 1987, p. 143.
  210. a et b Thomas More 1987, p. 142.
  211. Thomas More 1987, p. 162.
  212. a b et c Thomas More 1987, p. 156.
  213. Thomas More 1987, p. 154-155.
  214. a et b Thomas More 1987, p. 191.
  215. a et b Thomas More 1987, p. 192.
  216. Thomas More 1987, p. 193.
  217. a b c et d Thomas More 1987, p. 155.
  218. a b et c Thomas More 1987, p. 140.
  219. a et b Thomas More 1987, p. 159.
  220. a et b Thomas More 1987, p. 147.
  221. a et b Thomas More 1987, p. 149.
  222. Thomas More 1987, p. 166.
  223. Thomas More 1987, p. 189-190.
  224. Thomas More 1987, p. 195.
  225. Thomas More 1987, p. 194.
  226. André Prévost 1978, p. 514.
  227. Thomas More 1987, p. 148.
  228. Thomas More 1987, p. 190.
  229. a b c et d Thomas More 1987, p. 163.
  230. Thomas More 1987, p. 156-157.
  231. Thomas More 1987, p. 165.
  232. Thomas More 1987, p. 164.
  233. Thomas More 1987, p. 174.
  234. Thomas More 1987, p. 180-181.
  235. Thomas More 1987, p. 180.
  236. Thomas More 1987, p. 186.
  237. Thomas More 1987, p. 182.
  238. a b c et d Thomas More 1987, p. 213.
  239. Thomas More 1987, p. 172-173.
  240. a b et c Thomas More 1987, p. 217.
  241. Thomas More 1987, p. 216.
  242. Thomas More 1987, p. 225.
  243. Thomas More 1987, p. 221.
  244. a et b Thomas More 1987, p. 214.
  245. a et b Thomas More 1987, p. 145-146.
  246. André Prévost 1978, p. 465.
  247. a b c et d Thomas More 1987, p. 145.
  248. a b c d e f g h i et j Thomas More 1987, p. 146.
  249. a et b Thomas More 1987, p. 152.
  250. Thomas More 1987, p. 151-152.
  251. Thomas More 1987, p. 196-197.
  252. a et b Thomas More 1987, p. 197.
  253. Thomas More 1987, p. 200-201.
  254. a et b Thomas More 1987, p. 201.
  255. Thomas More 1987, p. 212.
  256. a et b Thomas More 1987, p. 205.
  257. Thomas More 1987, p. 223-224.
  258. Thomas More 1987, p. 235.
  259. Thomas More 1987, p. 229.
  260. Thomas More 1987, p. 231.
  261. Thomas More 1987, p. 233.
  262. Thomas More 1987, p. 233-234.
  263. a b c et d Thomas More 1987, p. 234.
  264. Thomas More 2012, p. 248-249.
  265. a b et c Thomas More 2012, p. 249.
  266. a et b Thomas More 2012, p. 250.
  267. a et b Thomas More 2012, p. 251.
  268. a et b André Prévost 1978, p. 642.
  269. a b et c Suzanne Gély 2000b, p. 4.
  270. a et b Suzanne Gély 2000b, p. 6.
  271. Suzanne Gély 2000b, p. 7 (Voir l'ensemble du paragraphe).
  272. a et b Suzanne Gély 2000b, p. 7.
  273. a b c d et e André Prévost 1978, p. 644.
  274. a et b Suzanne Gély 2000b, p. 2.
  275. André Prévost 1978, p. 215 à 240, « Les premières éditions de l'Utopie ».
  276. Thomas More 1987, p. 75, M. Delcourt indique dans la note « Utopia » : « L'ouvrage parut sous des titres différents, tous très longs, à la mode du temps. ».
  277. Germaine Aujac, « À propos d’un frontispice : la science grecque dans l’Angleterre du XVIe siècle », Anabases. Traditions et Réceptions de l'Antiquité, vol. 2006/3,‎ , p. 27-54 (lire en ligne)
    Cet article décrit le travail et l'engagement de certains graveurs auprès des humanistes : Hans Holbein le Jeune, Simon de Colines et John Day. Aussi, cet article rappelle que le livre, moyen de diffusion des idées à la Renaissance, était un objet véritablement pensé de bout en bout : les frontispices y tiennent une place importante.
  278. a et b André Prévost 1978, p. 658, suite de la note n°1 « La meilleure forme de communauté politique » p. 657.
  279. André Prévost 1978, p. 239, note n°2.
  280. a b c et d Suzanne Gély 2000b, p. 3.
  281. André Prévost 1978, p. 223.
  282. a b et c André Prévost 1978, p. 226.
  283. André Prévost 1978, p. 225.
  284. a b c d et e André Prévost 1978, p. 237.
  285. a b et c Suzanne Gély 2000b, p. 5.
  286. Suzanne Gély 2000a, p. 2, pour d'autres développements.
  287. a et b Louis Marin 1973, p. 140.
  288. a et b Suzanne Gély 2000a, p. 2.
  289. André Prévost 1978, p. 221.
  290. a b c et d Stephen Duncombe, « John Desmarais to Peter Giles », Traduction depuis l'anglais par Kefaire, sur The Open Utopia, 2010-2019
  291. Thomas More 2012, p. 266.
  292. Thomas More 2012, p. 267.
  293. a et b Thomas More 2012, p. 268.
  294. a et b Thomas More 2012, p. 269.
  295. Thomas More 2012, p. 269-270.
  296. a et b Thomas More 2012, p. 270.
  297. Thomas More 1979, p. 1 à 253. Pour chaque nom, des précisions sur son étymologie et sa polysémie sont données lors de sa première apparition dans le texte.
  298. André Prévost 1978, p. 342 à 632. Pour chaque nom, des précisions sur son étymologie et sa polysémie sont données lors de sa première apparition dans le texte.
  299. Plus même : cette découverte entraina une relecture de toutes les utopies qui parurent depuis L'Utopie, ainsi que de tous les écrits qui polémiquèrent avec L'Utopie, les écrits utopiques ou l'idée d'utopie. En effet, cette découverte permit d'identifier des ambiguïtés et des erreurs dans les éditions et les traductions successives, qui altérèrent la réception de L'Utopie.
  300. a b et c André Prévost 1978, p. 61-82, « La genèse de l'œuvre ».
  301. Thomas More 2012, p. 302. Dans la « Lettre d'Érasme à Ulrich von Hutten du 23 juillet 1519 ».
  302. Marie Delcourt 1936, p. 28 : « More sait admirablement le latin, de telle sorte qu'il peut se permettre de l'écrire avec négligence. Ses phrases sont pleines d'ellipses, coupées de parenthèses, donnent l'impression de la langue parlée. Très souvent, elles paraissent grammaticalement incorrectes. Qu'on essaie de les corriger, on s'aperçoit qu'elles disent admirablement ce qu'elles veulent dire ».
  303. Patrick Dandrey, L'éloge paradoxal de Gorgias à Molière, Paris, P.U.F., « Écriture »,
  304. Georges Molinié 1992, p. 95, article « Déclamation » : « La déclamation est d'abord l'exercice par lequel, dans les écoles de rhétorique, on apprenait aux étudiants à se familiariser avec les conditions concrètes du métier d'avocat, dans la prononciation de plaidoyers fictifs, sur des sujets fictifs mais considérés comme exemplaire du type de discussions possibles. On commence normalement par des narrations, avant d'arriver à des discours complets ».
  305. André Prévost 1978, p. 37, A. Prévost cite le passage d'une lettre d'Érasme : « la déclamation est la forme d'expression que More préfère et dans laquelle il se plaît à développer des idées paradoxales, plus aptes que d'autres à affiner l'acuité de l'esprit. Encore adolescent, il ruminait un dialogue sur une communauté à la manière de Platon où le partage s'étendait jusqu'au femme ».
  306. Olivier Reboul 2011, p. 65-67.
  307. Anne Godard 2001, p. 5.
  308. Laurent Cantagrel 2012, p. 48 : « l'Utopie ne doit pas être considérée comme le premier exemplaire de la littérature utopique : si l'on voulait la situer dans une tradition générique, ce serait plutôt, malgré le long discours ininterrompu du Livre II, dans celle du dialogue, qui permet à More de redoubler la réflexion politique par la mise en scène d'une discussion critique sur les conditions nécessaires pour que le discours lettré soit entendu et puisse influer sur la politique de son temps ».
  309. André Prévost 1978, p. 141.
  310. Monique Dixsaut 2003, p. 37.
  311. Anne Godard 2001, p. 47 : « Le début de la Renaissance est lié à la redécouverte de l'Antiquité et surtout de l'éloquence latine, dont Cicéron est le parangon. En tant qu'orateur et homme politique, Cicéron a été un modèle d'éloquence orale ; en tant qu'écrivain, ayant fait entrer la philosophie dans la cité et la pensée grecque dans la langue latine, il est devenu également un modèle d'éloquence écrite. Sa personnalité et son œuvre sont des modèles qui se renforcent l'un l'autre. Cicéron domine en tant que modèle d'écriture dans la mesure où l'écriture essaie de correspondre à un mode de vie. C'est lui le point de départ pour les dialogues de la Renaissance ».
  312. Edmond Courbaud 2009, p. VIII.
  313. Anne Godard 2001, p. 43.
  314. Jean-François Vallée 2013, p. 20-21 , ainsi que le paragraphe conclusif p. 21 (pagination du PDF) ; §26 et §27 de la version en ligne.
  315. André Prévost 1971, p. 161-168 (l'article en entier).
  316. Emmanuelle Lacore-Martin 2008, p. 125-141, « Le livre I et la forme du dialogue philosophique » et « Le livre II de l'Utopie : de Platon et Aristote à Lucien » (du §5 au §35 de la version en ligne), pour une approche synthétique de cette "densité".
  317. Simone Goyard-Fabre 1987, p. 31-32.
  318. a et b Thomas More 1987, p. 73. Note « Pierre Gilles » de Marie Delcourt.
  319. Pour Lisa Jardine, le livre que désigne P. Gilles de sa main droite pourrait être L'Utopie. (L. Jardine, Erasmus, Man of Letters : The Construction of Charisma in Print, Princeton, Princeton University Press, 1993, p. 40-41)
  320. André Prévost 1978, p. 656, note n°2 « Pierre Gilles… ».
  321. a b c d et e « Définition du mot utopie », sur Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, (consulté le 13 décembre 2019)
  322. Motu proprio du pape Jean-Paul II pour la proclamation de saint Thomas More comme patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques le 31 octobre 2000.
  323. Saint Thomas More, patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques.
  324. Voir sur livres-mystiques.com.
  325. André Prévost 1978.
  326. Marie Delcourt (éd.) 1983, p. 10, « Introduction »(1936).
  327. a et b Miguel Abensour 2009, p. 37-61, « L'articulation du Livre I et du Livre II ».
  328. Laurent Cantagrel 2012, p. 11.
  329. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 234. Article « Thélème ».
  330. Emmanuelle Lacore-Martin 2008, p. 141-147 (pagination du PDF), voir la partie intitulée « Lucien, More et Rabelais » ; où E. Lacore-Martin étudie brièvement les ressemblances et les différences de l'utopie rabelaisienne avec l'œuvre de Th. More.
  331. Geoffroy Tory, Champ fleury, Paris, Gilles de Gourmont, (lire en ligne), p. LXXVIII (et "78r" pour la recherche rapide dans la visionneuse de Gallica)
  332. Adelin Charles Fiorato (dir.) 2001, p. 55, A. C. Fiorato.
  333. Adelin Charles Fiorato (dir.) 2001, p. 56.
  334. Adelin Charles Fiorato (dir.) 2001, p. 76.
  335. Claire Pierrot, « La fortune de l'Utopie de Thomas More en France à la Renaissance », La citation provient du résumé présentant la thèse de Claire Pierrot sur le site « theses.fr », sur Persée.fr, (consulté le 13 décembre 2019)
  336. Thomas More 1987, p. 167-168.
  337. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 37. Article « Campanella ».
  338. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 34. Article « Campanella ».
  339. Adelin Charles Fiorato (dir.) 2001, p. 145.
  340. a b et c Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 19. Article « Bacon ».
  341. Thomas More (trad. Samuel Sorbière), L'Utopie, Amsterdam, Jean Blaeu, (lire en ligne)
  342. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 15. Article « Aventures de Télémaque (les) ».
  343. Thomas More 1987, p. 188.
  344. Thomas More (trad. Nicolas Gueudeville), L'Utopie, Leide, Pierre Vander Aa, (lire en ligne)
  345. Thomas More (trad. Nicolas Gueudeville), Idée d'une république heureuse, ou L'utopie de Thomas Morus, contenant le plan d'une république dont les loix, les usages et les coutumes tendent uniquement à rendre heureuses les sociétez qui les suivront, Amsterdam, F. L'Honoré (lire en ligne)
  346. Thomas More (trad. Thomas Rousseau), Tableau du meilleur gouvernement possible, ou L'utopie de Thomas Morus, Paris, A. Jombert, (lire en ligne)
  347. Thomas More (trad. Thomas Rousseau), Du Meilleur gouvernement possible, ou la Nouvelle isle d'Utopie de Thomas Morus, Paris, J. Blanchon,
  348. Antoine Hatzenberger (dir.), Utopies des Lumières, Paris, ENS éditions, « La Croisée des chemins »,
  349. Bronislaw Baczko, Lumières de l'utopie, Paris, Payot, « Critique de la politique »,
  350. Bronislaw Baczko, Michel Porret et François Rosset (dir.), Dictionnaire critique de l'utopie au temps des Lumières, Chêne-Bourg, Georg éditeur,
  351. Jean Michel Racault, « L'Utopie narrative en France et en Angleterre », 1675-1761, Studies on Voltaire and the eighteenth Century,‎ n°280, 1991, p. 166 et suivantes : Jean Michel Racault a résumé les résultats de diverses bibliographies (Messac, Hartig et Soboul, Negley, Sargent et Winter) et éliminé les textes non narratifs.
  352. Werner Krauss, Reise nach Utopia. Franzôsische Utopien aus drei Jahrhunderten, Berlin, Rùtten & Loening, , p. 16
  353. Hans-Gunter Funke, Hans-Gunter Funke, Studien zur Reiseutopie der Fruhaufklârung : Fontenelles « Histoire des Ajaoiens », Heidelberg, Winter, Teil I, Reihe Siegen, Beitràge zur Literatur- und Sprachwissenschaft 24, , p. 568
  354. Philip Babcock Gove, The imaginary voyage in prose fiction, New York : Morningside Heights, Columbia University Press, , p. 184.
  355. Horlacher Stefan, « Une œuvre méconnue : Le récit de voyage et l'utopie selon Tiphaigne de la Roche », Littératures,‎ n°31, automne 1994, pp. 59-77 (lire en ligne)
  356. Anne Zali, Françoise Juhel, Catherine Lefrançois Tourret et Pascale Hellégouarc'h, « Les utopies de Candide », Exposition virtuelle proposée à l'occasion de l'exposition réelle « Utopie, la quête de la société idéale en Occident », qui se tint à la Bibliothèque Nationale de France en 2000, sur Bibliothèque Nationale de France, (consulté le 13 décembre 2019)
  357. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 3. Article « An 2440 (l') ».
  358. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 88. Article « Diderot ».
  359. a et b Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 17. Article « Babeuf ».
  360. Le développement de la littérature et de l'écrit sous différentes formes au XVIIIe siècle (roman courtois, presse, fables, conte, littérature scientifique, traités et essais philosophiques, récits de voyages, tragédie, comédie…) fait que l'« utopie » devient un genre littéraire parmi d'autres et non, comme le fut L'Utopie aux XVIe siècle et XVIIe siècle, un texte original exerçant un pouvoir d'attraction et de subversion. Aussi, le contexte socio-historique a irrémédiablement changé : écrire un texte au XIXe siècle comme Th. More écrivit son Utopia XVIe siècle, cela apparaît alors anachronique.
  361. a et b Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 108. Article « Fourier ».
  362. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 109. Article « Fourier ».
  363. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 111. Article « fouriéristes américains ».
  364. a et b Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 204. Article « Saint-Simon ».
  365. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 203. Article « Saint-Simon ».
  366. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 171. Article « Owen ».
  367. a et b Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 32. Article « Cabet ».
  368. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 139. Article « Leroux ».
  369. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 139-140. Article « Leroux ».
  370. a et b Friedrich Engels, « Socialisme Utopique et Socialisme Scientifique », sur marxists.org, (consulté le 13 décembre 2019)
  371. Thomas More (trad. Victor Stouvenel), L'Utopie de Thomas Morus, Paris, Paulin, (lire en ligne)
  372. Thomas Morus & Bernardin de Saint-Pierre, Voyage à l'île d'Utopie & L'Arcadie, Paris, Ch. Delagrave, (lire en ligne)
    L'éditeur ne reprend ici que le Livre II de L'Utopie de Th. More (donc sans la « Lettre-Préface », sans le Livre I).
  373. Thomas More, Le Planisme au XVIe siècle. L'Île d'Utopie ou la Meilleure des républiques, Paris, Albin Michel, , 252 p., Traduction nouvelle avec notes précédée d'un avertissement au lecteur et d'une biographie de sir Thomas More, portrait, fac-similé, par P. Grunebaum-Ballin.
  374. En ce sens : L'Utopie en tant qu'œuvre est si ancrée dans son XVIe siècle (problèmes socio-politiques abordés, formulation des questions philosophiques, etc.), qu'il est difficile de l'inscrire dans le XXe siècle. Par contre, certains points précis de L'Utopie gardent une actualité certaine (bien qu'il faille les reformuler) : conseiller le prince ou non (Luc Ferry et Vincent Peillon, deux philosophes, furent ministres de l'éducation sous la Ve république en France) ; établir plus d'égalité (de nombreux mouvements populaires, organisations syndicales, Think Tank et ONGs formulent régulièrement de telles demandes et proposent des idées) ; instituer une autre distribution du pouvoir ou d'autres institutions politiques, ou une manière de faire de la politique autrement (sur ce point aussi de nombreux mouvements populaires, organisations syndicales, Think Tank et ONGs formulent régulièrement de telles demandes et proposent des idées) ; etc. Mais, attention, il faut toujours garder à l'esprit la façon dont Th. More présentait ces quelques points dans son Utopia : avec ironie, sous le mode de la satire et de façon paradoxale. Il ne faut pas lire L'Utopie au premier degré et, souvent, même pas au deuxième degré. (Lire l'article de Jean-François Vallée, mentionné dans la bibliographie, qui résume et synthétise la question de l'écriture de Th. More.)
  375. Les références de la littérature secondaire utilisées pour cet article sur l'Utopia proviennent, en grande partie, de ces recherches publiées à partir de la seconde moitié du XXe siècle.
  376. Auxquels il faut associés les personnes qui participèrent à l'ensemble de la publication (15 Vol.) : Leicester Bradner, Anthony S. G. Edwards, Stephen M. Foley, Katherine Gardiner Rodgers, John Guy, John Headley, Ralph Keen, Daniel Kinney, Thomas M.C. Lawler, James P. Lusardi, Charles A. Lynch, Germain Marc'hadour, Richard C. Marius, Clarence H. Miller, Louis A. Schuster, Richard S. Sylvester, Craig R. Thompson, J. B. Trapp.
  377. Russell Ames, Dominic Baker-Smith, R. W. Chambers, Alistair Fox, Northrop Frye, J. H. Hexter, Karl Kautsky, C. S. Lewis, Elizabeth McCutcheon, Eric Nelson, Frederic Seebohm, Edward L. Surtz.
  378. Jean Lameere (éd.), Les utopies à la Renaissance, Liège, P.U.B./P.U.F.,
    Actes du colloque international tenu à Bruxelles en avril 1961.
  379. Maurice De Gandillac, Catherine Piron (dir), Le discours utopique, Paris, UGE, «10/18»,
    Actes du colloque tenu à Cerisy en 1975.
  380. Pierre Furtet, Gérard Raulet (éd.), Stratégies de l’utopie, Paris, Galilée,
    Actes du colloque organisé par le Centre Thomas More en 1978.
  381. Raimond Ruyer, L'Utopie et les utopistes, Paris, PUF,
  382. Cioran, Histoire et utopie, Paris, Gallimard,
  383. Jean Servier, Histoire de l'utopie, Paris, Gallimard,
  384. Gilles Lapouge, Utopie et civilisations, Paris, Weber,
  385. Roger Muchielli, Le Mythe de la cité idéale, Brionne, G. Montfort,
  386. Bronislaw Baczko, Les imaginaires sociaux, Paris, Payot, « Critique de la politique »,
  387. Jean-Jacques Wunenburger, L'utopie ou La crise de l'imaginaire, Paris, J.-P. Delarge,
  388. Norbert Elias 2014.
  389. Paul Ricœur, L'idéologie et l'utopie, Paris, Seuil, « Points Essais »,
    Première parution en 1986.
  390. Robert Nozick, Anarchie, État et utopie, Paris, P.U.F.,
    Première parution aux États-Unis en 1974.
  391. Pierre-François Moreau, Le récit utopique. Droit naturel et roman de l'État, Paris, P.U.F.,
  392. Michel Foucault, Le corps utopiques. Les Hétérotopies, Paris, Lignes,
    Ce livre réunit deux conférences prononcées en 1966.
  393. Thomas More 1987, p. 196.
  394. a et b Ernest Tabouriech, La Cité future. Essai d'une utopie scientifique, Paris, P.-V. Stock, , 484 p. (lire en ligne)
    Édité une seconde fois en 1910, toujours chez Stock, ce livre est proposé en lien internet (à lire sur Gallica). La note (1) dans la citation renvoie ainsi : Voir A. Menger, Le Droit au produit intégral du Travail, p. 149 à 153 de la traduction française ; V. Giard et Brière, 1900.
  395. Ernst Bloch, L'Esprit de l'Utopie, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de philosophie »,
  396. André Reix, « Ernst Bloch, L'Esprit de l'utopie », Revue Philosophique de Louvain,‎ , p. 592-593, Année 1979, n°36. (lire en ligne)
  397. Karl Mannheim, Idéologie et utopie, Paris, Marcel Rivière, , Traduction partielle
    Première parution en 1929 en Allemagne. Traduction intégrale en français sous le même titre Idéologie et utopie chez les Éditions de la Maison des sciences de l'homme, Paris, 2006 (272 p.).
  398. Corinne Delmas, « Karl Mannheim, Idéologie et utopie », L'Homme. Revue française d'anthropologie,‎ , p. 264-266, Année 2009, n°189, « Oralité et écriture ». (lire en ligne)
  399. Michael Löwy, « Karl Mannheim, Idéologie et utopie », Archives des sciences sociales des religions,‎ , p. 97-251 (entre…), Avril - Juin 2007, n°138, « Varia ». (lire en ligne)
  400. Miguel Abensour, Utopiques I, II, III & IV, Paris, Sens & Tonka, de 2013 à 2016
    Voici les titres de chacun des quatre tomes et, pour chacun, leur dernière date d'édition : Le procès des maîtres rêveurs. Utopiques I (2013) ; L'homme est un animal utopique. Utopiques II (2013) ; L'utopie de Thomas More à Walter benjamin. Utopiques III (2016) ; L'histoire de l'utopie et le destin de sa critique. Utopiques IV (2016).
  401. Michael Lowy, « Miguel Abensour (1939-2017), philosophe subversif », sur Club de Mediapart (consulté le 8 octobre 2019)
  402. Fabien Delmotte, « Miguel Abensour : repenser l’utopie », sur laviedesidées.fr, (consulté le 13 décembre 2019)
  403. Monique Boireau-Rouillé, « Michèle Riot-Sarcey, Le réel de l'utopie. Essai sur le politique au XIXe siècle », Revue d'histoire du XIXe siècle,‎ année 1999, n°19 : « Aspects de la production culturelle au XIXe siècle » (lire en ligne)
  404. Christian Godin, Faut-il réhabiliter l'utopie ?, Nantes, Pleins Feux, « Lundis Philo », , 91 p.
    Ces lignes de la citation sont tirées de la quatrième de couverture de l'ouvrage.
  405. Yolène Dilas-Rocherieux, L’utopie ou la mémoire du futur, Paris, Pocket, «Agora», , 672 p.
    Première édition en 2000.
  406. Alain Pessin, L'imaginaire utopique aujourd'hui, Paris, PUF, « Sociologie d'aujourd'hui », , 222 p.
  407. Michèle Riot-Sarcey (éd.), Les utopies, le moteur de l'histoire ? Les Rendez-Vous de l'Histoire. Blois 2000, Nantes, Pleins Feux, étude(s), , 123 p. (présentation en ligne)
    Le livre contient les textes (prononcés lors des Rendez-vous…) de Jacques Attali, Michèle Riot-Sarcey, Alain Touraine et Boutros Boutros-Ghali ; ce livre reprend aussi les débats animés par Pauline Schmitt-Pantel et Michel Winock. La préface est de Michèle Riot-Sarcey. Le lien internet renvoie vers une vidéo présentant les Rendez-Vous… de cette année 2000. Quelques intervenants sont interrogés, ainsi que des participants.
  408. Roland Schaer, Lyman Tower Sargent (dir.), Utopie : la quête de la société idéale en Occident, Paris, BNF - Fayard, , 368 p.
    Cet ouvrage a été publié à l’occasion de l’exposition « Utopie : la quête de la société idéale en Occident » présentée à la Bibliothèque nationale de France, à Paris, du 4 avril au 9 juillet 2000, puis à la New York Public Library, du 14 octobre 2000 au 27 janvier 2001.
  409. Michèle Riot-Sarcey (dir.), L’utopie en questions, Paris, Presses Universitaires de Vincennes, «La Philosophie hors de soi», , 256 p.
  410. Thomas Bouchet, « Michèle RIOT-SARCEY (dir.), L'Utopie en questions », Revue d'histoire du XIXe siècle,‎ année 2001, n°22 : « Autour de Décembre 1851 » (lire en ligne)
  411. Pierre Macherey 2011.
  412. Yves Charles Zarka (dir. Publication), Cités. « Utopies », Paris, P.U.F., , 192 p. (lire en ligne), Revue Cités - 2010/2 (n° 42).
    Contribuèrent à ce numéro : Marc Angenot, Isabelle Barbéris, Hakim Bey, Vanessa Clairet, Éric Corne, Pascal Cribier, Christian Godin, Sandra Guigonis, Djamel Klouche, Raphaël Larrère, Michael Löwy, Fabrizio Mejía Madrid, Vanessa Nurock, Philippe Simay, Annabela Tournon, Yves Charles Zarka.
  413. Europe. « Regards sur l'utopie », Paris, Revue Europe, , 404 p., p. 89e année - n°985/Mai 2011.
    Contribuèrent à ce dossier : Miguel Abensour, Bronislaw Baczko, Emmanuèle Baumgartner, Jacques Berchtold, Yves Citton, Franck Fischbach, Thierry Hoquet, Thierry Labica, Frank Lestringant, , Laurent Loty, Jean-Baptiste Para, Claire Pierrot, Martial Poirson, Michel Porret, Jean-Michel Racault, Martin Rueff, Anna Saignes, Jean-Paul Sermain, Raymond Trousson, Franco Venturi.
  414. Frédéric Dupin (éd.), Le Philosophoire, « L'Utopie », Paris, Vrin, année, 2015, n°2, 208 p. (lire en ligne)
    Contribuèrent à ce numéro : Migeul Abensour, Florent Bussy, Anne-Marie Drouin-Hans, Frédéric Dupin, Jean-Luc Gautero, Jean-Claude Poizat, Sébastien Roman.
  415. Thierry Paquot, Lettres à Thomas More sur son utopie (et celles qui nous manquent), Paris, La Découverte, « Cahiers libres », , 160 p.
  416. Aymeric Caron, Utopia XXI, Paris, Flammarion, , 517 p.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Éditions en latin de L'Utopie : les quatre compositions détaillées[modifier | modifier le code]

Thomas More, « Libellus vere aureus nec minus salutaris quam festivus, de optimo reip. statu, deque nova Insula Utopia », Reproduction numérisée de la première édition chez Thierry Martens en 1516, sur Bibliothèque Nationale de France, Gallica (consulté le 18 octobre 2019). La première édition de L'Utopie en 1516, chez Thierry Martens, se présente ainsi :

  • une page de titre débute par la mention « Libellus vere aureus… » ;
  • une carte de l'île d'Utopie (peut-être due à G. Geldenhauer) ;
  • un alphabet utopien et un quatrain en langue vernaculaire des Utopiens (vraisemblablement réalisés par P. Gilles) ;
  • un « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu de Hythlodée par sa sœur » (vraisemblablement rédigé par Th. More) ;
  • une lettre de P. Gilles adressée à J. de Busleyden ;
  • une lettre de J. Desmarais adressée à P. Gilles ;
  • un poème de J. Desmarais ;
  • un poème de C. Schrijver ;
  • un poème de G. Geldenhauer ;
  • une lettre de J. de Busleyden adressée à Th. More ;
  • une « Lettre-Préface » de Th. More adressée à P. Gilles (avec quelques manchettes attribuées à. P. Gilles et/ou à Érasme) ;
  • le Livre I & le Livre II (avec plus de 150 manchettes attribuées à. P. Gilles et/ou à Érasme parsèment le texte des livres I & II de l'Utopia) ;
  • enfin, la marque d'imprimeur de Thierry Martens.

Thomas More, « Ad lectorem. HABES CANDIDE LECTOR opusculum illud vere aureum Thomæ Mori non minus utile quam elegans, de optimo reipublice statu, deque nova Insula Utopia », Reproduction numérisée de l'édition imprimée chez Gilles de Gourmont en 1517, sur Internet Archive (consulté le 18 octobre 2019). Cette deuxième édition, chez Gilles de Gourmont à Paris en 1517, est composée ainsi :

  • une nouvelle page de titre, « Ad lectorem », est composée ;
  • « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu de Hythlodée par sa sœur » ;
  • une lettre de G. Budé adressée à T. Lupset est ajoutée ;
  • lettre de P. Gilles adressée à J. de Busleyden ;
  • lettre de J. Desmarais adressée à P. Gilles ;
  • poème de J. Desmarais ;
  • « Lettre-Préface » de Th. More à P. Gilles (+ les manchettes) ;
  • le Livre I & le Livre II occupent à présent le centre de la publication (+ les manchettes) ;
  • une nouvelle lettre de Th. More adressée à P. Gilles est ajoutée après le Livre II (« Impendio ») ;
  • lettre de J. de Busleyden adressée à Th. More ;
  • poème de G. Geldenhauer ;
  • poème de C. Schrijver ;
  • enfin, la marque d'imprimeur de Gilles de Gourmont.

Thomas More, « De Optimo Reip. Statu, deque nova insula Utopia », Reproduction numérisée de l'édition imprimée chez Johann Froben en mars 1518, sur Bibliothèque de l'Université de Basel (Universitätsbibliothek Basel) (consulté le 18 octobre 2019). Cette troisième édition, chez Johann Froben à Bâle imprimée en mars 1518, est composée ainsi :

  • un frontispice comportant une scène de rencontre (vraisemblablement réalisé par Hans Holbein le Jeune ou Ambrosius Holbein) remplace les précédentes pages de titre ;
  • une lettre d'Érasme adressée à J. Froben est ajoutée ;
  • lettre de G. Budé adressée à T. Lupset ;
  • « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu de Hythlodée par sa sœur » ;
  • une nouvelle carte de l'île d'Utopie est gravée par A. Holbein ;
  • l'alphabet utopien de P. Gilles est retouché et repris, ainsi que le quatrain en langue vernaculaire des Utopiens ;
  • lettre de P. Gilles adressée à J. de Busleyden ;
  • « Lettre-Préface » de Th. More à P. Gilles (+ les manchettes) ;
  • Livre I & Livre II, qui sont toujours au centre du livre (+ les manchettes) ;
  • lettre de J. de Busleyden adressée à Th. More ;
  • poème de G. Geldenhauer ;
  • poème de C. Schrijver ;
  • enfin, la marque d'imprimeur de J. Froben.

Thomas More, « De Optimo Reip. Statu, deque nova insula Utopia », Reproduction numérisée de l'édition finale imprimée chez Johann Froben en novembre 1518, sur Bibliothèque de l’université de Bielefeld en Allemagne (Universitätsbibliothek Bielefeld) (consulté le 18 octobre 2019). La quatrième édition ne varietur de L'Utopie chez Johan Froben à Bâle, datée de novembre 1518, reprend l'ordonnancement de la précédente, les fautes typographiques présentes dans la troisième éditions sont corrigées :

  • un nouveau frontispice est réalisé par H. Holbein le Jeune, il remplace celui de la troisième édition ;
  • lettre d'Érasme adressée à J. Froben ;
  • lettre de G. Budé adressée à T. Lupset ;
  • « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu de Hythlodée par sa sœur » ;
  • carte de l'île d'Utopie réalisée par A. Holbein ;
  • quatrain en langue vernaculaire des Utopiens et l'alphabet utopien ;
  • lettre de P. Gilles adressée à J. de Busleyden ;
  • « Lettre-Préface » de Th. More adressée à P. Gilles (+ les manchettes) ;
  • Livre I & Livre II, trois nouvelles manchettes sont ajoutées ;
  • lettre de J. de Busleyden adressée à Th. More ;
  • poème de G. Geldenhauer ;
  • poème de C. Schrijver ;
  • enfin, la marque d'imprimeur de J. Froben clôt l'œuvre.

Le texte latin est librement disponible ici : Thomas More, « De Optimo Reipublicae Statu… », sur The Essential Works of Thomas More, . Il est édité par Mary Taneyhill, William Farris et Jacquelyn Lee ; il comprend tous les paratextes (exceptés la carte, l'alphabet utopien et son poème).

Chronologie de quelques traductions[modifier | modifier le code]

  • 1524, allemand, par Claudius Cantiuncula à Basel.
  • 1548, italien, par Ortensio Lando à Venise.
  • 1550, français, par Jean Leblond, Evreux, Paris.
  • 1551, anglais, par Ralph Robynson, publiée à Londres.
  • 1553, hollandais, par Hans de Laet à Anvers.
  • 1612, allemand, par Gregor Wintermonath à Leipzig.
  • 1637, espagnol, par Salvador de Cea à Cordoba.
  • 1643, français, par Samuel Sorbière, Amsterdam.
  • 1684, anglais, par Gilbert Brunet, publiée à Dublin et à Londres.
  • 1715, français, par Nicolas Gueudeville, Leyde et Amsterdam.
  • 1780, français, par Thomas Rousseau, Paris.
  • 1842, français, par Victor Stouvenel, Paris.
  • 1923, anglais, par G. C. Richards, publiée à Londres.
  • 1935, français, par Paul Grunebaum-Ballin, Paris.
  • 1949, anglais, par H. V. S. Ogden, publiée à New York.
  • 1950, français, par Marie Delcourt, Bruxelles.
  • 1964, anglais, par Edward Surtz, New Haven et Londres.
  • 1965, anglais, par Peter K. Marshall, New York.
  • 1965, anglais, par Paul Turner, Londres.
  • 1975, anglais, par R. M. Adams, New York.
  • 1978, français, par André Prévost, Paris.

Éditions contemporaines de L'Utopie[modifier | modifier le code]

Éditions de référence[modifier | modifier le code]

En langue anglaise :

  • (en) Thomas More, The Complete Works of Saint Thomas More, IV : Utopia, New Haven, Yale U.P., ed. Edward L. Surtz & Jack H. Hexter, (1re éd. 1965). Cette édition se présente ainsi : aux pages XV à CXCIV une « Introduction » conséquente où J. H. Hexter et Edward Surtz étudient la composition d'Utopia, ils contextualisent le texte, établissent ses sources et filiations, enfin, ils retracent les éditions du livre et abordent les problèmes du texte latin et les questions de traduction. Ensuite, des pages 1 à 253, le texte de l'Utopia est présenté en latin avec sa traduction anglaise en regard, les manchettes sont présentes. Après, suit un cahier iconographique : gravures, lettrines, marques d'imprimeur, portraits d'humanistes. Enfin, des pages 267 à 570 des notes détaillées apportent des éclairages sur le texte (question de traduction, contexte historique , références littéraires, etc.). Le texte latin est établi en comparant les éditions de 1516, 1517 et mars 1518.
    Voici le détail de la composition du livre l'Utopia proposée dans cette édition, d'ans l'ordre : lettre d'Érasme à J. Froben ; lettre de G. Budé à T. Lupset ; la carte de 1518 et celle de 1516 présentées en regard ; l'alphabet utopien et son quatrain ; le « Sizain » ; la lettre de P. Gilles à J. de Busleyden ; la lettre de J. Desmarais à P. Gilles et le poème de J. Desmarais ; les poèmes de G. Geldenhauer et de C. de Schrijver ; la lettre de J. de Busleyden à Th. More ; la « Lettre-Préface », les livres I & II, ainsi que les manchettes ; la seconde lettre de Th. More à P. Gilles ; un extrait de la lettre de B. Rhenanus où il est question de l'Utopia, cette lettre préface les Epigrammata publiées à la suite de l'Utopia dans les éditions de mars et novembre 1518 chez J. Froben.
  • (en) Thomas More, Utopia, New York, W. W. Norton & Co, (1re éd. 1975). A Norton critical edition : A revised translation, backgrounds, criticism ; edited and with a revised translation by George M. Logan. Le texte de l'Utopia proposé ici est celui de mars 1518 chez Johann Froben, cette édition reprend certains paratextes en les séparant du texte. Sont présentes : la seconde carte de l'île d'Utopie (édition de mars 1518) placée avant la « Lettre-Préface » ; les lettres de P. Gilles, J. de Busleyden, G. Budé, Érasme et la seconde lettre de Th. More, toutes placées dans cet ordre après le Livre II. Aussi : l'alphabet (édition de mars 1518) est placé au milieu du Livre II ; la première carte de l'île d'Utopie (1516) est placée en ouverture du dossier regroupant toutes les lettres.

En langue française :

  • André Prévost, L'Utopie de Thomas More, Paris, Mame, . Ce livre de presque 800 pages se présente ainsi : 1) une reproduction d'un portrait de Thomas More (celui d'H. Holbein le J.) et une courte « Préface » de Maurice Schumann (p.17-21) ; 2) une longue présentation d'A. Prévost dans laquelle il retrace la formation de More, il détaille les étapes de la rédaction du texte, il étudie la composition et le propos de l'Utopia, il propose son interprétation du texte, il résume l'histoire et la composition de chacune des quatre éditions latines (p. 49-306) ; 3) l'Utopia est éditée avec l'ensemble des paratextes de l'édition de novembre 1518 chez J. Froben dans le bon ordre, le texte original en latin est donné en fac-similé et la traduction française est donnée en regard, des notes sont données pour le texte latin et pour le texte français (p. 307-645) ; 4) après l'Utopia, A. Prévost propose un corpus de notes complémentaires détaillées : explicitation des références à la Bible, explicitation des références et des allusions à d'autres ouvrages, explicitation des adages parsemant le texte, aussi il donne les contextes et les repères historiques nécessaires à la bonne compréhension du texte, il présente chaque humaniste et chaque personnalité historique (p. 649-723.), enfin, une bibliographie, un index et des définitions achèvent cette publication (p. 726-776).
    Cette publication reproduit en fac-similé l'édition ne varietur imprimée par Johann Froben en novembre 1518. C'est la seule édition en français qui reprend et reproduit, dans le bon ordre et intégralement, le texte latin (avec sa traduction française en regard) et tous les paratextes, à savoir : le frontispice réalisé par Hans Holbein le Jeune ; la lettre d'Érasme à Johann Froben ; la lettre de Guillaume Budé à Thomas Lupset ; le « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu de Hythlodée par sa sœur » vraisemblablement de Thomas More ; la carte de l'île d'Utopie gravée par Ambrosius Holbein ; le quatrain en langue vernaculaire des Utopiens & l'alphabet utopien vraisemblablement de Pierre Gilles ; la lettre de Pierre Gilles à Jérôme de Busleyden ; la « Lettre-Préface » de Thomas More adressée à Pierre Gilles, le Livre I & le Livre II, ainsi que toutes les manchettes ; la lettre de Jérôme de Busleyden adressée à Thomas More ; le poème de Gerhard Geldenhauer ; le poème de Cornelius Schrijver ; le colophon de J. Froben qui clôt l'œuvre.
  • Thomas More, L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement, Genève, Droz, coll. « Les Classiques de la pensée politique », . Cette édition réunit : le texte latin de l'Utopia édité par Marie Delcourt, avec des notes explicatives et critiques, paru chez Droz en 1936 ; la traduction en français par Marie Delcourt (du texte latin édité en 1936), accompagné de commentaires, paru chez La Renaissance du livre en 1950. En outre, l'édition de 1983 reprend l'« Introduction » au texte latin de 1936 et l'« Introduction » au texte français de 1950. (Par contre : hormis le frontispice de H. Holbein le Jeune pour la quatrième édition et la première page du Livre I, cette édition ne contient aucun paratexte.)

Autres éditions en langue française[modifier | modifier le code]

  • Thomas More, L'utopie : discours du très excellent homme Raphaël Hythloday sur la meilleure constitution d'une république, Paris, Éditions sociales, coll. « Les classiques du peuple », , introduction par Marcelle Bottigeli-Tisserand, traduction de Victor Stouvenel (1842) revue et annotée par M. Bottigelli-Tisserand. (Édition ne comprenant que les livres I & II, sans la « Lettre-Préface » de Th. More à P. Gilles.)
  • Thomas More, L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement, Paris, Flammarion, coll. « GF », . Cette édition « GF » fut réalisée par Simone Goyard-Fabre : repères chronologiques, introduction, bibliographie sélective, historiques des éditions de L'Utopie et notes complémentaires. Cette édition reprend le texte traduit du latin en français par Marie Delcourt en 1950, avec ses commentaires. S. Goyard-Fabre signe l'introduction, « Thomas More et L'Utopie », à laquelle il est fait renvoi dans cet article. En format de poche, et malgré l'absence des paratextes, cette édition est celle de référence (Mais elle ne remplace pas l'édition de L'Utopie réalisée par André Prévost, Paris, Mame, 1978). Dans la mesure du possible toutes les citations de L'Utopie proviennent de cette édition, désignée Édition « GF » dans les notes.
  • Thomas More, L'Utopie, Paris, Gallimard, coll. « Folio classique », , édition de Guillaume Navaud, avec la traduction de Jean Leblond (1550) revue par Barthélemy Aneau (1559) révisée et modernisée par G. Navaud. Cette édition est accompagnée d'une préface « Platon au nouveau monde » de G. Navaud, d'une chronologie, d'une notice sur la rédaction du texte et sa traduction, d'une bibliographie et de notes sur le texte. Un dossier en annexe réunit différents paratextes composés pour les éditions successives de 1516, 1517 et 1518, soit : quasiment toutes les lettres (T. More à P. Gilles, J. Busleyden à T. More, G. Budé à T. Lupset, la seconde lettre de T. More à P. Gilles, celle d'Érasme à J. Froben, il manque celle de J. Desmarais), l'alphabet, le sizain, deux poèmes de G. Geldenhauer et C. Schrijver (il manque le poème de J. Desmarais), ainsi que les deux versions de la carte de l'île d'Utopie (1516 et 1518) ; des extraits de la correspondance entre More et Érasme sont proposés, ainsi que des extraits d'Amerigo Vespucci.
  • Thomas More, L'Utopie, Bruxelles, Aden, , introduction et commentaires de Serge Deruette, avec la traduction de Victor Stouvenel (1842).
  • Thomas More, L'Utopie, Paris, J'AI LU, coll. « Librio philosophie », , préface de Claude Mazauric, avec la traduction de Victor Stouvenel (1842) revue et annotée par Marcelle Bottigelli. (Reprise du livre paru aux Éditions sociales, toujours sans la « Lettre-Préface ».)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur la vie de Th. More[modifier | modifier le code]

  • André Prévost, Thomas More (1478-1535) et la crise de la pensée européenne, Paris, Mame, 1969
  • Philippe Godding, Petite vie de Thomas More, Desclée de Brouwer, 2002 (ISBN 2220051072 et 9782220051079)
  • Bernard Cottret, Thomas More : La face cachée des Tudors, Paris, Tallandier, coll. « Biographie »,
  • Marie-Claire Phélippeau, Thomas More, Paris, Gallimard, coll. « Folio Biographies »,
Correspondance[modifier | modifier le code]
  • Érasme de Rotterdam et Thomas More. Correspondance, traduction introduction et notes par Gérard Marc'hadour et Roland Galibois, Centre d'études de la Renaissance, Éditions de l'Université de Sherbrooke, 1965

Sur la pensée de Th. More[modifier | modifier le code]

  • (en) Robert W. Chambers, Thomas More, Londres, J. Cape, (1re éd. 1935)
  • Germain Marc'hadour, L'univers de Thomas More : Chronologie critique de More, Érasme et leur époque (1477-1536), Paris, Vrin,
  • Germain Marc'hadour, Thomas More et la Bible : La place des livres saints dans son apologétique et sa spiritualité, Paris, Vrin,
  • (en) Martin Fleisher, Radical Reform and Political Persuasion in the Life and Writings of Thomas More, Genève, Droz,
  • (en) Richard S. Sylvester et Germain Marc'hadour (eds.), Essential Articles for the Study of Thomas More, Hamden, Archon Books,

Sur L'Utopie de Th. More[modifier | modifier le code]

Première approche de L'Utopie, des utopies et de l'utopie[modifier | modifier le code]
  • Jean Servier, L'utopie, Paris, P.U.F., coll. « Que sais-je ? »,
  • Michèle Madonna-Desbazeille, Première Leçon sur Utopia, Thomas More, Paris, Ellipses,
  • Germain Marc'hadour, Thomas More, Utopia, Didier érudition - CNED, 1998 (ISBN 2864603489)
  • Micheline Hugues, L'utopie, Paris, Nathan, coll. « 128 »,
  • Raymond Trousson, Voyages au pays de nulle part : Histoire littéraire de la pensée utopique, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles,
  • Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.), Dictionnaire des Utopies, Paris, Larousse, coll. « In extenso »,  :
« An 2440 (l') », Christophe Cave, pages 2-3 ;
« Aventures de Télémaque (les) », François Trémolières, pages 14-16 ;
« Babeuf », Philippe Riviale, pages 17-19 ;
« Bacon », Jean-Luc Baudras, pages 19-20 ;
« Cabet », François Fourn, pages 32-34 ;
« Campanella », Vittorio Frajese, pages 34-38 ;
« Diderot », Georges Benrekassa, pages 87-89 ;
« Fourier », Franck Malécot, pages 108-111 ;
« fouriéristes américains », Carl J. Guarneri, pages 111-112 ;
« Leroux », Georges Navet, pages 138-140 ;
« Owen », Gregory Claeys, pages 170-171 ;
« Saint-Simon », Philippe Régnier, pages 203-205 ;
« Thélème », Michèle Clément, pages 234-235 ;
« Utopia », Michèle Madonna-Desbazeille, pages 243-247.
  • Jean-Marc Stébé, Qu'est-ce qu'une utopie ?, Paris, Vrin, coll. « Chemins Philosophiques »,
  • Frédéric Rouvillois, L'utopie, Paris, Flammarion, coll. « GF Corpus »,
  • Thierry Paquot, Utopies et utopistes, Paris, La Découverte, coll. « Repères », (1re éd. 2007)
Études sur L'Utopie[modifier | modifier le code]
Articles[modifier | modifier le code]
  • André Prévost, « L'Utopie comme genre littéraire », Moreana, vol. 8, nos 31-32,‎ , pp.161-168 (lire en ligne)
  • Germain Marc'hadour :
    « Thomas More entre Aristote et Platon », dans XVIe Colloque International de Tours, Platon et Aristote à la Renaissance, sous la direction de Jean-Claude Margolin, Paris, Vrin, 1976, p. 483-491
    « Thomas More : de la conversation au dialogue », dans Le dialogue au temps de la Renaissance, Colloques des 18-19 novembre 1983 et 23-24 mars 1984. Publié par le Centre de recherches sur la Renaissance, dir. de la publication M.T. Jones-Davis, Paris, Jean Touzot, 1984, p. 35-57
  • Suzanne Gély, « Thomas More, témoin d'humanité. Fiction, Figure et Sens dans l'Utopie », Vita Latina, no 155,‎ 1999a, pp. 2-7 (lire en ligne)
  • Suzanne Gély, « Thomas More, témoin d'humanité. Fiction, Figure et Sens dans l'Utopie II (suite) », Vita Latina, no 156,‎ 1999b, pp. 2-7 (lire en ligne)
  • Suzanne Gély, « Thomas More, témoin d'humanité. Fiction, Figure et Sens dans l'Utopie (III) », Vita Latina, no 157,‎ 2000a, pp. 2-8 (lire en ligne)
  • Suzanne Gély, « Thomas More, témoin d'humanité. Fiction, Figure et Sens dans l'Utopie (IV) », Vita Latina, no 158,‎ 2000b, pp. 2-9 (lire en ligne)
  • Emmanuelle Lacore-Martin, « L'utopie de Thomas More à Rabelais : sources antiques et réécritures », Kentron, no 24,‎ , pp. 123-148 (lire en ligne)
  • Jean-François Vallée, « Le livre utopique », Mémoires du livre, vol. 4, no 2,‎ (lire en ligne)
  • Sébastien Hayez, « Utopie & langage : naissance, Renaissance », Yellow Submarine, no 138,‎ (lire en ligne)
Introductions[modifier | modifier le code]
  • Marie Delcourt, « Introduction », Thomas More, L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement,‎ , p. 9 à 33 dans l'édition de 1983
  • Marie Delcourt, « Introduction », Thomas More, L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement,‎ , p. I à XII dans l'édition de 1983
  • Simone Goyard-Fabre, « Thomas More et L'Utopie », Thomas More, L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement,‎ , p. 13-65
  • Guillaume Navaud, « Platon au Nouveau Monde », Thomas More, L'Utopie,‎ , p. 7-41
  • Claude Mazauric, « Préface », Thomas More, L'Utopie,‎ , p. 5-9
Chapitres d'ouvrages[modifier | modifier le code]
  • Pierre Mesnard, L'Essor de la Philosophie Politique au XVIe siècle, Paris, Vrin, coll. « Bibliothèque d'histoire de la philosophie », (1re éd. 1936) (« Thomas Morus ou l'utopie d'un humaniste », pages 141 à 177)
  • Louis Marin, Utopiques : jeux d'espaces, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Critiques », (« Moreana », pages 51 à 245)
  • Henri Weber, Histoires d'idées et des combats d'idées aux XIVe et XVe siècles, de Ramon Lull à Thomas More, Paris, Honoré Champion, coll. « Études et essais sur la Renaissance », (« Thomas More (1477-1535) », pages 851 à 877)
  • Miguel Abensour, L'Utopie de Thomas More à Walter Benjamin, Paris, Sens & Tonka, (« Thomas More ou la voie oblique », pages 21 à 62)
  • Quentin Skinner, Les fondements de la pensée politique moderne, Paris, Fayard, coll. « Bibliothèque de l'Évolution de l'Humanité », (Outre divers traits de la pensée politique de Th. More évoqués dans différents chapitres, Q. Skinner consacre quelques pages au livre de Th. More : « L'Utopie et la critique de l'humanisme », pages 357 à 367)
  • Pierre Macherey, De l'utopie !, Le Havre, De l'incidence éditeur, (« Radieux tropiques ? L'Utopie de More », pages 117 à 181)
  • Laurent Cantagrel, Discours lettré et transformations sociopolitiques au début du XVIe siècle, Paris, Classiques Garnier, coll. « Études et essais sur la Renaissance », (« L'Utopie de Thomas More, paradigme des descriptions de société humanistes », pages 47 à 100)
  • Norbert Elias, L'utopie, Paris, La Découverte, coll. « Laboratoire des sciences sociales », (« La critique de l'État chez Thomas More », pages 31 à 102 et « Thomas More et l'utopie », pages 133 à 150)
Ouvrages et revues[modifier | modifier le code]
  • (en) Jack H. Hexter, More's Utopia : The Biography of an Idea, Princeton, Princeton University Press,
  • (en) Karl Kautsky, Thomas More and his Utopia, New york, Russell & Russell, (1re éd. 1888) (lire en ligne)
  • (en + it + fr) Germain Marc'hadour (ed.), « A Festschrift on More’s Utopia in honour of Edward Surtz », Moreana, vol. 8, nos 31-32,‎ (lire en ligne)
  • (en) George M. Logan, The Meaning of More's Utopia, Princeton, Princeton University Press,
  • (en) John C. Olin (ed), Interpreting Thomas More's Utopia, New York, Fordham University Press,
  • (en + it + fr) Elizabeth McCutcheon et Clarence H. Miller (eds), « Utopia revisited », Moreana, vol. 31, nos 118-119,‎ (lire en ligne)
  • Nicole Morgan, Le sixième continent, L’Utopie de Thomas More. Nouvel espace épistémologique, Paris, Vrin, coll. « De Pétrarque à Descartes »,
  • Jean-Marie Maguin et Charles Whitworth (dir.), Thomas More, Utopia : Nouvelles perspectives critiques, Montpellier, Publications de l'université Paul-Valéry, Montpellier 3, coll. « Astræa »,
  • Jean-Yves Lacroix, L'Utopia de Thomas More et la tradition platonicienne, Paris, Vrin, coll. « De Pétrarque à Descartes »,
  • (en) Fátima Vieira et Lyman T. Sargent (eds), « On the Commemoration of the Five Hundredth Anniversary of Thomas More's Utopia », Utopian Studies, vol. 27, no 2,‎ (lire en ligne)
  • (en) Fátima Vieira et Lyman T. Sargent (eds), « On the Commemoration of the Five Hundredth Anniversary of Thomas More's Utopia — Part II », Utopian Studies, vol. 27, no 3,‎ (lire en ligne)
Sites internets[modifier | modifier le code]
  • (en) « Home of The Center for Thomas More Studies », sur The Center for Thomas More Studies, (consulté le 29 octobre 2019), Site de référence consacré aux études sur l'œuvre de Thomas More (hébergé par The University of Dallas)
  • (en) Thomas More, « Title Page of Utopia », sur Open Utopia, 2010-2019, sur ce site, Stephen Duncombe a réalisé une édition complète de l'Utopie en anglais. (Cependant : la disposition des paratextes qu'il propose est arbitraire et injustifiée.)

Autres sources[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]
  • Rodney Howard Hilton, « L'Angleterre économique et sociale des XIVe et XVe siècles », Annales. Economies, sociétés, civilisations, no 3,‎ 1958, 13ᵉ année, p. 541 à 563 (lire en ligne)
  • Françoise Lavocat, « Fictions et paradoxes. Les nouveaux mondes possibles à la Renaissance », dans Usages et théories de la fiction. Le débat contemporain à l'épreuve des textes anciens (XVI-XVIIIe siècles), sous la direction de Françoise Lavocat, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004, p. 87-111 (Sur le vrai et le faux dans L'Utopie)
  • Edmond Courbaud, « Introduction », Cicéron, De l'Orateur, Paris, Les Belles Lettres,‎
  • Alec Ryrie et Tadhg Ó hAnnráchain, « Les îles Britanniques et l’Irlande », dans L’Europe en conflits. Les affrontements religieux et la genèse de l’Europe moderne (vers 1500-vers 1650), Wolfgang Kaiser (dir.), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009, p. 287 à 320
  • Federica Greco, « Utopie révolutionnaire et utopie conservatrice : la réception politique des textes utopiques italiens de la Renaissance », ILCEA, no 30,‎ (lire en ligne)
Livres[modifier | modifier le code]
  • Pierre-François Moreau, Le récit utopique : Droit naturel et roman de l'État, Paris, P.U.F., coll. « Pratiques théoriques »,
  • Georges Molinié, Dictionnaire de rhétorique, Paris, L.G.F., coll. « Le Livre de Poche »,
  • Anne Godard, Le dialogue à la Renaissance, Paris, P.U.F., coll. « Écriture »,
  • Adelin Charles Fiorato (dir.), La cité heureuse : L'utopie italienne de la Renaissance à l'Age baroque, Paris, l'Harmattan, coll. « Utopies »,
    Cet ouvrage propose plusieurs textes d'utopies italiennes : « Monde sage monde fou » d'Anton Francesco Doni, extrait de Les Mondes ; La cité heureuse de Francesco Patrizi ; « La République imaginaire » de Ludovico Agostini, extrait des Dialogues de l'Infini ; La Cité du Soleil de Tommaso Campanella ; « Le "Belluzzi" ou la Cité heureuse » et « Le "Porto" ou la République d'Evandria » de Ludovico Zuccolo, extraits de ses Considérations Politiques. Les textes sont traduits de l'italien par : P. Abbrugiati, A. C. Fiorato, H. Giovannetti, C. Paul. En annexe, un dossier rassemble des extraits, des lettres et des documents « Autour de l'utopie » : Leon Battista Alberti, Antonio Filacrète, Léonard de Vinci, Amerigo Vespucci, Nicolas Machiavel, Jérôme Cardan, Le tasse, et un Anonyme. Une chronologie clôt le tout. Adelin Charles Fiorato signe une longue « Introduction » qui présente ces utopies italiennes et donne le contexte de leur rédaction.
  • Monique Dixsaut, Platon : Le désir de comprendre, Paris, Vrin, coll. « Bibliothèque des philosophies »,
  • Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique : Théorie et pratique, Paris, P.U.F., coll. « Collection Premier Cycle »,
  • Jean-Louis Fournel, La cité du soleil et le territoire des hommes : Le savoir du monde chez Campanella, Paris, Albin Michel, coll. « L'Évolution de l'Humanité »,
  • Cédric Michon (éd.), Conseils et conseillers dans l'Europe de la Renaissance (v. 1450-v. 1550), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, coll. « Renaissance », (lire en ligne)
Site internet[modifier | modifier le code]
  • Denis Crouzet, Pierre Couhaut et Séverin Duc, « Humanisme européen », sur Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe, (consulté le 2 novembre 2019)
« République des Lettres à la Renaissance (La) », par Cécile Caby ;
« Latin dans l’Europe des humanistes (Le) », par Fulvio Delle Donne ;
« Humanistes et l’Europe (Les) », par Andrea Martignoni ;
« Héritages culturels de l’Europe », par Clémence Revest.

Documentation complémentaire[modifier | modifier le code]

Dossiers en ligne sur L'Utopie[modifier | modifier le code]

Bibliographies supplémentaires[modifier | modifier le code]

  • Bibliothèque de la Fondation Maison des Sciences de l'Homme, « 500 ans d'utopie. L'Utopie de Thomas More, 1516-2016 », sur Calameo.com,  ;
  • (en) Center for Thomas More Studies, « Bibliographies », sur The Essential Works of Thomas More (Cette page regroupe des bibliographies sur tous les écrits de Th. More. Les bibliographies consacrées à L'Utopie sont divisées en deux groupes principaux : « Utopia Part A : Editions and Translations » et « Utopia Part B : Studies ».)
  • (en) Romuald I. Lakowski, « International Thomas More Bibliography », sur Site personnel de Romuald Lakowski (Docteur en Littérature anglaise), (Cette bibliographie approche l'exhaustivité, elle recense des travaux : sur L'Utopie, sur des points précis du texte, sur les paratextes, sur les traductions de L'Utopie, sur les éditions de L'Utopie, sur la famille et les amis de Thomas More, etc.)

Revues consacrées à Th. More ou à L'Utopie[modifier | modifier le code]

  • Moreana, site de la revue internationale Moreana publiée par l'association Amici Thomae Mori, c'est une revue de référence accueillant des recherches sur Th. More, l'Humanisme et la Renaissance
  • « Edições anteriores », sur Morus. Utopia e Renascimento, site d'une revue brésilienne plurilingue consacrée à Th. More et à L'Utopie. (Selon les auteurs, les articles sont rédigés en brésilien, en italien, en anglais, en français, en allemand, etc.)

Conférence vidéo[modifier | modifier le code]

Émissions de radio[modifier | modifier le code]

  • Franck Ferrand et Bernard Cottret, « L’ennemi intime d’Henri VIII, Thomas More », sur Youtube.com, Europe 1, émission « Au cœur de l'histoire », (D'une durée de quarante cinq minutes, cette émission retrace la vie de Th. More ; L'Utopie est très brièvement abordée.)
  • Gilles Lapouge et André Prévost, « L'utopie, une fête ou une caserne ? 2/4 : Thomas More », sur FranceCulture.fr, émission diffusée le 10 juin 1980, rediffusée le 13/11/2014 (D'une durée de trente minutes, cette émission est consacrée à L'Utopie de Th. More ; un document rare : A. Prévost, auteur de l'édition de référence utilisée dans cet article, expose son interprétation du livre de Th. More.)
  • Raphaël Enthoven et Miguel Abensour, « L’utopie en philosophie politique, et chez Thomas More », sur FranceCulture.fr (La philosophie avec Raphaël Enthoven), (D'une durée de cinquante minutes, cette émission est la première d'une série de cinq émissions consacrées à l'utopie ; interrogé par R. Enthoven, M. Abensour expose son interprétation de L'Utopie de Th. More.)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Thomas More, « L'Utopie », Une édition électronique réalisée par Jean-Marie Tremblay, à partir de la traduction française de Victor Stouvenel (1842), sur Les classiques des sciences sociales (Université du Québec à Chicoutimi), (consulté le 18 octobre 2019)
  • Roland Schaer (Commissariat général) et Françoise Juhel (L'exposition sur Internet), « Utopie, la quête de la société idéale en Occident », Exposition virtuelle proposée à l'occasion de l'exposition « Utopie, la quête de la société idéale en Occident » qui se tint à la Bibliothèque Nationale de France en 2000. Ce site contient de nombreuses informations et pistes de réflexion sur l'utopie, sur Bibliothèque Nationale de France, (consulté le 22 octobre 2019)
  • Gallica, « Utopie », Dossier thématique sur l'utopie (Définitions, sources, iconographie, récits, liens internets, etc.). Depuis la refonte du site Gallica en 2015, les liens internes renvoyant aux livres numérisés et disponibles sur le site Gallica ne fonctionnent plus. Il faut effectuer les recherches (par titre et auteur) dans un nouvel onglet sur la nouvelle mouture du site Gallica (où les versions numérisées sont accessibles). Enfin, l'« Exposition virtuelle », dont le lien est brisé, correspond au lien juste au-dessus (Roland Schaer et Françoise Juhel « Utopie, la quête de la société idéale en Occident »), sur Gallica (ancienne version) (consulté le 22 octobre 2019)
  • Humour, utopie, science (en archive), par Gilbert Boss (professeur de philosophie à l'Université Laval, Québec).