Église (institution)

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Une Église est une communauté chrétienne locale et l'institution qui regroupe les chrétiens d'une même confession.

Par extension à partir du IIIe siècle, le terme désigne le bâtiment où une communauté se réunit ; il faut donc bien distinguer église, lieu de culte, et Église, communauté ou institution, en employant une majuscule pour la seconde, y compris au pluriel.

En sociologie, le mot désigne un groupe religieux institutionnalisé et à visée universaliste[1].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot Église vient du grec eklesia, l'assemblée du peuple ; le mot se trouve déjà dans la Septante pour traduire l'hébreu qahal - parfois traduit aussi par sunagoge synagogue - l'assemblée au sens Profane ou la communauté de Dieu.

L'idée d'une « Église primitive »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Christianisme ancien.

Au début du christianisme, les fidèles suivent un maître, un peu selon le modèle des écoles pharisiennes ; le souvenir s'en transmet par l'invocation d'un apôtre à l'origine de telle ou telle Église régionale (Pierre pour les occidentaux, Marc pour les coptes d'Égypte, Thomas pour les chrétiens d'Inde et certaines églises syriaques).

Au départ, l'organisation des communautés locales est surtout centrée sur les anciens les presbyteroi ou presbytres. L'Épître aux Éphésiens énumère quatre ministères : apôtres, pasteurs, diacres et docteurs. Différentes fonctions apparaissent très vite, notamment les diacres, au service de la charité, et les épiscopes (surveillants) même si les contours des différentes fonctions sont difficiles à tracer précisément. Les fonctions se spécialisent, notamment le ministère de la prédication. L'épiscopat se constitue en Asie Mineure vers la fin du Ier ou au début du IIe siècle, comme en témoigne Ignace d'Antioche qui réclame aux communautés la soumission à l'épiscope « qui tient la place de Dieu lui-même », et supplante progressivement le modèle collégial. L'épiscope est alors élu à la tête d'une communauté hiérarchisée qui compte des presbytres, qui s'apparentent désormais à des prêtres, et des diacres[2].

Il n'y a pas « d'Église » au sens contemporain du terme avant l'institutionnalisation à laquelle procède Constantin le Grand[3] Le christianisme est d'abord constitué de communautés locales considérées comme plus ou moins hérétiques par le judaïsme à partir de la phase de Yavné. Quand elles s'organisent, il n'y a pas « l'Église » mais l'assemblée locale autour de ses anciens presbyteroi et de son episcopos. Ce sont des écoles de pensée imitant les écoles de philosophie grecques dont le nom propre est « aeresis » (voir l'étymologie dans hérésie)[4]

L'idée de l'unité d'une Église Primitive, avec des "hérésies" qui seraient venues après, reste une doctrine propre au centralisme catholique. Walter Bauer, affirme que les hérésies sont historiquement à la source même du christianisme[5],[6] quoi que certains chercheurs s'opposent à la thèse de Walter Bauer[7],[8]

Au IVe siècle, au moment de la crise arienne, on trouve des organisations comprenant épiscopes et presbytres plus ou moins importantes en Orient (Nicomédie puis Constantinople, Césarée-Antioche, Tyr, Alexandrie, Rome, Cordoue). Chacune d'entre elle est indépendante des autres comme le montre la convocation de Constantin pour le concile de Nicée faite à toutes les Églises.

À la suite du Concile d'Éphèse de 431, qui condamne les thèses de Nestorius, l'Église de l'Orient se sépare de l'Église impériale. Les Églises d'Arménie, de Syrie et d'Égypte, les Églises des trois conciles, prennent la même décision à la suite des positions christologiques du Concile de Chalcédoine de 451.

Jusqu'au schisme de 1054, le reste du monde chrétien est organisé autour de cinq Églises, d'origines apostoliques, qui constituent la Pentarchie. Il s'agit de :

Jusqu'au VIIIe siècle[9], l'empereur décide[10] de la convocation des conciles et de l'application du droit ecclésiastique ou droit canonique tandis que les fidèles et les prêtres puis les prêtres seulement, puis les prêtres et les autres évêques élisent l'évêque.

La situation change en Occident à partir de la dotation d'un pouvoir temporel à l'évêque de Rome par Charlemagne.

Les « quatre notes » de l'Église[modifier | modifier le code]

Le symbole de Nicée, ou credo, dans une affirmation commune aux Églises catholiques et orthodoxes, définit l'Église comme « une, sainte, catholique et apostolique » ; la notion d'« Unité de l'Église » se trouverait affirmée par le Nouveau Testament, où l'Église est présentée comme un corps unique. Tantôt ce corps unique est définit comme étant le "Corps du Christ", tantôt comme ayant le Christ pour tête et les chrétiens les membres[11] ou encore.

L'Église « une »[modifier | modifier le code]

La foi dans l'unité de l'Église découle de la foi dans une Église définie comme étant le Corps du Christ.

Pour l'Église orthodoxe, l'« Unité de l'Église » se trouve dans la « Communion orthodoxe » de l'ensemble des églises restées fidèles aux sept premiers conciles. Toutefois, le sacrement du baptême marquant l'entrée d'une personne dans ces Églises chrétiennes, est effectué au nom du même seul Dieu : « Père, Fils et Saint Esprit », et se trouve mutuellement reconnu par les différentes confessions, dans ses différentes formes. C'est pourquoi il n'est généralement pas réitéré lors de la conversion d'une confession chrétienne à une autre[12]. Dans le catholicisme comme dans l'orthodoxie, le baptême peut être donné aux jeunes enfants, selon une tradition ancienne née de sa nécessité pour le salut (Jn 3,5) mais qui trouve peut-être une confirmation scripturaire dans la pratique de baptiser toute une famille (Ac 16, 15 et 33 ; 1 Co 1-16). Mais l'engagement véritable est constitué par la confirmation (du baptême), et la profession de foi.

L'Église catholique, depuis le schisme de 1054 qui rompt la Pentarchie, affirme la doctrine d'une « Unité primitive de l'Église » dont elle serait la seule légitime continuatrice, et qui rejette dans l'hérésie ou qualifie de schismatiques toutes les autres formes du christianisme, y compris celui des églises de Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem (qui se reforme avec Moscou, remplaçant Rome)[13].

Dans le courant évangélique en revanche, le baptême catholique ou orthodoxe n'est pas reconnu, et le nouveau baptême (par immersion totale) n'est donné qu'aux adultes professants, le baptême marque l'engagement véritable pour suivre la voie du Seigneur.

Le Conseil œcuménique des Églises, qui se veut une « communauté fraternelle d'Églises qui confessent le Seigneur Jésus-Christ comme Dieu et Sauveur selon les Écritures et s'efforcent de répondre ensemble à leur commune vocation pour la gloire du seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. », reconnaît la nécessité d'aller vers la reconnaissance du baptême d'autres Églises. L'Église catholique romaine y est observatrice.

L'Église « sainte »[modifier | modifier le code]

L'Église n'est pas une institution humaine appartenant à ses membres humains. Elle est une institution divine, fondée par Jésus-Christ lors de la sainte cène et dont les apôtres ne sont que les gardiens et les serviteurs.

L'Église « catholique »[modifier | modifier le code]

Il arrive souvent, dans les réunions œcuméniques, que des fidèles proposent qu'on remplace le mot "catholique" du symbole de Nicée-Constantinople par un mot plus œcuméniquement correct. Les orthodoxes s'opposent toujours à cette substitution car le mot "catholique" a en grec un sens bien précis et n'est pas l'exact synonyme d'universel. La catholicité est en effet une des caractéristiques de l'Église orthodoxe : chaque église locale, si modeste soit-elle, possède la plénitude de l'ecclésialité et témoigne de sa sainteté en entretenant des relations d'amour et de communion avec les autres Églises orthodoxes.

L'Église universelle[modifier | modifier le code]

Le mot « orthodoxe » signifie « doctrine droite » (la doxa ortho), « opinion juste », tandis que le mot « catholique » signifie « selon le tout », « universel ». Les Églises chrétiennes du premier millénaire s'affirmaient à la fois orthodoxes, puisque conformes selon elles à la « doctrine droite » (définie par les conciles), et « catholiques », puisque reconnaissant l'universalité de l'unique Église de Jésus-Christ.

L' Église catholique apostolique et romaine revendique pour sa part une légitimité spécifique de la Parole de Jésus à l'apôtre Pierre, dans l'évangile de saint Matthieu : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église… Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux » (Mt 16, 15-19)[14]. Cette phrase est rappelée dans le premier message du pape Benoît XVI au terme de la concélébration eucharistique avec les cardinaux électeurs dans la chapelle Sixtine, le mercredi 20 avril 2005. Celui qui croit et confesse comme Pierre est le fondement de l'Église. L'Église catholique romaine se dit universelle parce que les enfants de Dieu de tous les pays et de tous les milieux en font partie (Ac 2, 47 ; 9, 31) et qu’elle comprend également tous les rachetés déjà recueillis auprès du Seigneur (Heb 12, 22-23) ; si elle est en un sens invisible, elle est en même temps visible, car elle est incarnée sur la terre dans les membres vivants et agissants des églises locales, dont le monde doit constater l’amour fraternel, remarquer les bonnes œuvres, et entendre le fidèle témoignage (Jn 17, 21 ; 1 Pi 2, 12 ; Ph 2, 15-16).En ce sens, elle est multitudiniste.

L'Église apostolique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Succession apostolique.

L'Église considère que la mission confiée par le Christ à ses apôtres continue à être exercée par elle jusqu'à la fin des temps.

Dans le catholicisme romain, le sacerdoce est le garant de cette mission grâce au sacrement de l'Ordre : l'Ordre comporte trois degrés : l'épiscopat, le presbytérat, et le diaconat. Le mot Ordre désignait, dans l'antiquité romaine, les corps constitués au sens civil (ordre sénatorial, ordre équestre, plèbe), surtout le corps de ceux qui gouvernent. (Voir : Sacrement de l'Ordre).

L'Église vue par les mouvements restaurationnistes[modifier | modifier le code]

Les mouvements restaurationnistes contestent l'idée de la succession apostolique. Selon eux, le monde chrétien aurait subi une apostasie généralisée à partir du Ie siècle en raison de leurs divisions internes, leurs erreurs d'interprétation ou leurs compromissions avec le monde.

Ces mouvements estiment que le christianisme originel a pu être restauré par leur moyen. Pour les adventistes et Témoins de Jéhovah, ce rétablissement de la foi originelle pouvait être réalisé par l'interprétation littérale de la Bible et un engagement sincère à suivre ses enseignements.

Églises et sectes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Typologie webero-troeltschienne.

La sociologie des religions opère une classification des mouvements religieux en fonction d'idéaux-types. Au XIXe siècle, les sociologues Max Weber et Ernst Troeltsch ont défini des modèles classifiant les mouvements chrétiens : ces idéaux types « Église » ou « Secte » sont schématiques et n'ont de sens que l'un par rapport à l'autre . Les points essentiels d'une Église dans cette typologie sont son caractère universaliste, l'existence d'un clergé ; ainsi que son attitude par rapport à la société[15].

Une Église a un caractère universaliste; on y appartient de naissance sans qu'il soit besoin de conversion ou de démarche personnelle. L'Église admet les tièdes, contrairement à la secte qui demande un engagement personnel.

L'Église a un « charisme de fonction » : il existe un clergé et des ordres religieux.

Elle est l'alternative sociale de la religion qui prend sa place au milieu des institutions profanes. Pour Troeltsch « L'Église est une organisation religieuse qui reconnait la force de la société au sein de laquelle elle existe. C'est pourquoi elle envisage le monde comme nécessaire, car cette coexistence peut lui permettre de la gagner à la religion. D'une part elle ne renonce pas à faire des efforts pour influence le monde. D'autre part elle ne perd pas sa position en s'opposant directement au pouvoir séculier existant »[16].

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nathalie Luca et Frédéric Lenoir, Sectes, mensonges et idéaux, Paris, Éditions Bayard,‎ 1998
  • William Edwin Berrett, L'Église rétablie, Deseret Book Company, 1973

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sectes, Églises et nouveaux mouvements religieux, Nathalie Luca, Séminaire de la direction générale de l'enseignement scolaire sur l'enseignement du fait religieux novembre 2002
  2. Michel-Yves Perrin, op. cit., pp. 27-28
  3. Histoire du christianisme, sous la direction de Alain Corbin, Paul Veyne.
  4. Frédéric Amsler, Comment construit-on un hérétique ? Nestorius pris aupiège de Cyrille d'Alexandrie. Christologie VanDieren
  5. Orthodoxy and Heresy in Earliest Christianity de Walter Bauer, 1re édition 1932, nouvelle édition sous la direction de Robert A. Kraft et Gerhard Krodel 1996 ISBN 0-9623642-7-4
  6. Source : L'invention du Christ, naissance d'une religion, Maurice Sachot, Odile Jacob, coll. Le Champ Médiologique.
  7. Turner, H. E. W. The Pattern of Christian Truth, éd. A. R. Mowbrey, 1954.
  8. Robinson, Thomas A., The Bauer Thesis Examined, éd. Edwin Mellon, 1988.
  9. Marcel Simon Le Judaïsme et le Christianisme antique, d'Antiochus Epiphane à Constantin. PUF. et Yves-Marie Hilaire Histoire de la Papauté, p. ?.
  10. Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), Albin Michel, 2007, p. ?.
  11. Épîtres aux Corinthiens
  12. Orthodoxie et catholicisme. Un seul baptême?
  13. Alain Corbin, Paul Veyne, Histoire du christianisme.
  14. Passage notoirement interpolé pour deux raisons qui ne sont visibles que dans la langue originale, le grec : l'une tient à la grammaire, plus précisément au cas du mot ekklesia suivant la préposition qui ne devient un usage standard qu'au IIIe siècle, l'autre tient à la sémantique : le verbe grec signifiant bâtir ne s'emploie que pour la maçonnerie (Lidell-Scott major), or, les églises « bâtiment pour le culte » n'existent que depuis le IIIe siècle. Par ailleurs, ce verset hapax ne se trouve que dans Matthieu et est présent dans tous les codex contenant le passage, ce qui montre une recopie récente. Enfin, le IIIe siècle est l'époque où débute l'épiscopat monarchique à Rome qui se réclame de Pierre.
  15. Sectes, mensonges et idéaux, Nathalie Luca et Frédéric Lenoir, pages 37-60
  16. Ernst Troeltsch, cité par Sectes, mensonges et idéaux, Nathalie Luca et Frédéric Lenoir, pages 47