Timée (Platon)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Timée.
Le Timée dans l’édition originale d’Henri Estienne, 1578.

Le Timée (en grec ancien Τίμαιος) est un des derniers dialogues de Platon. Après un bref échange avec Socrate, Critias et Hermocrate, le philosophe pythagoricien Timée de Locres expose une réflexion sur l’origine et la nature du monde physique et de l’âme humaine vues comme les œuvres d’un démiurge tout en abordant les questions de la connaissance scientifique et de la place des mathématiques dans l’explication du monde.

Écrit vers -360, le Timée se situe chronologiquement entre La République et le Critias avec lesquels il devait composer une trilogie qui comprenait l’Hermocrate, mais rien de ce dialogue n’a jamais été trouvé ; Friedrich Nietzsche suppose que Platon a incorporé ou retravaillé l’Hermocrate et l’a ajouté aux textes des Lois[5]. Cette trilogie avait pour projet de décrire les origines de l’univers, de l’homme et de la société. Selon Luc Brisson[6], le Timée appartient à la dernière période de Platon.

Présentation générale[modifier | modifier le code]

L’origine de l’univers[modifier | modifier le code]

La cosmologie développée dans le Timée renoue avec les projets des physiologues présocratiques qui, dès le VIe siècle av. J.-C., prennent le relais des poètes dans la tentative d’offrir une explication de l’origine et de l’évolution de la réalité physique, le cosmos (κόσμος), depuis le Chaos primordial, alternative rationnelle à la cosmogonie des récits mythiques, telle celle d’Hésiode au VIIIe siècle av. J.-C.. De fait, le Timée est le tout premier ouvrage de cosmologie à nous être parvenu dans son intégralité.

La connaissance scientifique[modifier | modifier le code]

Dans les divers textes intitulés Sur la nature[7] qui nous sont parvenus, ces penseurs (dont Anaximandre, Héraclite, Épicure, Parménide) produisent un discours qui, au-delà du macrocosme, traite aussi du microcosme, de l’origine et de la nature des êtres vivants, de l’homme et de la société, offrant par là une vision politique défendant un modèle d’organisation de la cité qui se veut fondé sur une vision du monde. Loin de se limiter à la cosmologie et aux interrogations sur la nature du monde physique, le Timée aborde d’autres domaines comme les mathématiques, la biologie, la chimie, la médecine, la psychologie, la politique, la religion, entre autres.

Première partie du Timée[modifier | modifier le code]

Le dialogue débute par un résumé de la constitution idéale, puis se poursuit par la guerre victorieuse de l’Athènes d’avant contre l’ennemi atlante et la chute de l’Atlantide. Platon cherche ainsi à fonder la constitution idéale décrite dans La République en montrant que dans l’Athènes d’avant, les choses étaient conformes à ce modèle d’excellence, qui lui-même répondait aux fins d’un être humain qui trouvait sa place dans cette cité, cet univers organisé.

Physique[modifier | modifier le code]

La pluralité des mouvements[modifier | modifier le code]

Platon, parlant de la quantité du mouvement, a posé comme principe que le temps est inséparable du mouvement, Théophraste dit au contraire qu’il ne lui est pas nécessairement attaché. De tous les mouvements, le meilleur est celui que l’on produit soi-même en soi-même ; car c’est celui qui ressemble le plus aux mouvements de l’intelligence et à ceux de l’univers ; le mouvement qui vient d’autrui ne vaut pas celui-là.

Le temps[modifier | modifier le code]

La mise en ordre du monde sensible par le démiurge se fait dans le temps. Platon, dans le Timée, parle des Idées éternelles, ni changeantes ni mouvantes[8], et qui s’appliquent aux formes intelligibles (sans origine) autant aux dieux qu’aux hommes[8], fabriquées dans le temps par le démiurge[9]. Ce qui commence s’inscrit dans le temps, qui passe et détériore par la vieillesse ; cette détérioration fait cesser d’être par la mort[10] ; seul le divin ne souffre pas de dépendance de quelque nature possible, et le divin, le démiurge sont autosuffisants[11]. Selon Théophraste, Platon était d’opinion que c’est le temps qui anime et fait tourner l’univers. Platon explique que l’homme a des affinités avec le divin, et tend à s’en rapprocher, à la façon de l’œil qui renferme en soi des éléments lumineux, et recherche par suite la lumière[12].

Rhétorique[modifier | modifier le code]

  • L’opinion est une fluctuation de pensée qu’entraîne le discours vrai[13] ; le discours vrai ne peut porter que sur ce qui est et non ce qui devient[14].

Place du mythe dans le Timée[modifier | modifier le code]

Le Timée est un récit : Selon le récit du Timée, le temps est l’image mobile de l’éternité immobile[9]. Le philosophe ne peut guère plus, et fera donc comme le poète : tenir un discours qui ne pourra être dit vrai ou faux, car nul n’aura pu en être le témoin. Le Timée recense un grand nombre de points communs avec le mythe. Le mythe est formellement un récit, c’est-à-dire un discours qui se déploie dans le temps, et qui décrit ce que font des personnages[15].

  • Platon n’admet que deux révolutions dans l’essence de l’âme : l’une (la révolution de la nature du même) était complètement entravée, et que l’autre (la révolution de la nature de l’autre) était troublée[16]. Au terme de cette révolution[17], tous les corps célestes se mettent à leur position initiale. La philosophie est une mise en ordre de l’âme, don provenant de la divinité, qui ne s’est jamais produit et ne se produira jamais ; éloignant des corps matériels et corruptibles, elle éloigne de la corruption grâce à la cognition et la providence, puissances respectivement théorique et matérielle.
  • D’après Luc Brisson, le philosophe qui a le projet de décrire les origines du monde se confronte aux mêmes problèmes que le poète, et est tout aussi démuni que lui : Hésiode, dans sa Théogonie, en appelle aux Muses pour savoir à quoi il doit s’en tenir concernant les origines des dieux. Le démiurge a une personnalité et des humeurs[18], est un allié[19] : il travaille tel un artisan, et tente de convaincre un autre personnage, la Nécessité : c’est par là même déjà un récit mythique. Seulement, il y a une contradiction dans la forme du mythe et celle des exigences de l’explication cosmologique qui, elle, devrait transcender le temps et ne pas faire intervenir des personnages, mais plutôt des entités générales.

La comparaison timéenne de l’opinion vraie et l’intellect[modifier | modifier le code]

L’opinion vraie, conception que la persuasion ne peut ébranler[20], ne diffère en rien de l’intelligence[21], tout ce que nos organes atteignent doit être admis comme parfaitement réel. Mais il faut distinguer ces deux choses, parce qu’elles se forment en nous séparément et avec des caractères différents : l’une vient de la science, l’autre de la persuasion : l’une est toujours conforme à la droite raison, l’autre est sans raison ; l’une est inébranlable, l’autre peut chanceler. L’opinion vraie appartient à tous les hommes, l’intelligence aux dieux seulement.

La connaissance scientifique[modifier | modifier le code]

Le Timée pose le problème de la connaissance scientifique[22]. Timée affirme qu’une explication scientifique doit présenter à la fois un caractère de nécessité et d’idéalité – les deux ne pouvant être déduits de façon immédiate des données de perception sensible. C’est-à-dire que nous ne pouvons pas nous fier simplement aux données que nous renvoient nos sens.

La méthode hypothético-déductive[modifier | modifier le code]

Pour résoudre le problème de la connaissance scientifique, Platon va mettre en place ce qui deviendra la méthode de toute recherche scientifique : la méthode hypothético-déductive. Elle consiste à poser a priori une liste d’axiomes présupposés, puis à vérifier, en se fondant sur des règles d’inférence, de logique, si les propositions que l’on arrive à déduire des axiomes (les théorèmes) présentent une correspondance convenable et raisonnable avec les données des observations. Seulement, dans le Timée, Platon pose les axiomes a posteriori. De plus, ses règles d’inférence sont implicites. Enfin, les observations et vérifications expérimentales y sont quasi inexistantes : Platon fait peu appel à l’observation pour montrer la validité de son système. Ainsi, Platon ne prend pas l’observation comme point de départ, ni comme critère de validité de son système : il n'y a que trois expériences faites tout au long de l’œuvre :

  • Une expérience imaginaire (ou de pensée) relative à la pesanteur du feu
  • Une expérience réelle, relative à la formation des odeurs
  • Une autre expérience réelle, relative au rôle des fibres dans le sang
Explication des trois expériences

Platon critique l’idée de soumettre tel ou tel aspect de sa théorie à une expérience locale, contrôlée et répétable ; pour lui, la vérification expérimentale implique une reproduction exacte de la nature, ce qui est impossible. De plus, l’observation et la vérification sont confrontées à des obstacles majeurs. En effet, pour faire cela scientifiquement, il faut y faire entrer une certaine notion de mesure. Or, à cette époque, les instruments de mesure précis n'existent pas. Personne n’a de mesure commune, et les mathématiques en sont encore à leur stade primitif.

Biologie[modifier | modifier le code]

Platon dit que le chaud est ce qui désagrège par l’acuité des angles ; le froid se produit quand, dégagés de l’humidité, les éléments les plus bas ne pouvant entrer poussent les plus hauts en cercle. À cette lutte, on donne le nom de tremblement et à la sensation celui de froid[23] ; le problème est que dans le texte de Platon, les éléments bas et les éléments hauts semblent jouer un rôle inverse[24],[25]. La sensation est un mouvement transmis à l’âme par l’intermédiaire du corps[26] à l’aide des organes des sens, une information étrangère à la raison[27], un transport en l’âme[28]. La perception du noir et du blanc, couleurs que Platon tient pour être des affections, dépend respectivement d’une contraction du canal oculaire ou d’une dilatation. Il précise également que ce ne sont pas des « propriétés », parce qu’il s’agit d’un organe de la vue, mais parlent de « caractères »[29].

Le végétal[30][modifier | modifier le code]

La passivité et l’immobilité du monde végétal rendent sa condition inférieure, par rapport à celle de l’animal, indépendant ; chaque espèce a son milieu ; les plantes, les végétaux ont un âme qui leur permet de discerner ce qui convient dans chaque cas, et une sagacité différente de celle de l’homme, où elle est pénétration de l’esprit[15].

Chimie[modifier | modifier le code]

La théorie des odeurs[31][modifier | modifier le code]

D’après Platon dans le Timée, la bonne odeur est l’état intermédiaire des corps en train de changer d’état. À titre comparatif, Théophraste dira que la bonne odeur est la suite de l’élaboration parfaite que la chaleur naturelle donne aux humeurs. Théophraste attribue la bonne odeur à une sorte de coction des matières aqueuses, lorsque le principe humide, lequel est funeste, en a été dégagé par la chaleur.

Du feu[modifier | modifier le code]

Dans le Timée, Platon explique que le feu en tant qu'élément n’existe pas uniquement sous forme de flamme : mêlé à l’eau ou à l’air, il produit de la chaleur et joue un rôle dans la digestion ou la respiration[32].

L’opposition entre mythe et explication[modifier | modifier le code]

Dans le mythe, les sujets sont souvent des dieux, et on ne peut dire si l’histoire racontée est vraie ou fausse. C'est le cas du Timée : il y a une certaine temporalité. Le personnage principal, le démiurge, commence à travailler avant de demander à ses aides de finir son travail, secondés « à la fin » par l’âme du monde. De plus, la chôra[33] se manifeste au démiurge, d’où une nouvelle preuve de temporalité. Enfin, la Nécessité[34] est assimilée à un individu rebelle que le démiurge cherchera à persuader. Le Timée est un mythe qui, en ce qui concerne l’intervention de Timée, se double d’un récit (et non d’un simple dialogue). Le terme eikos (épithète) se traduit le plus souvent par « vraisemblable » ; il signifie au sens strict « qui porte sur les copies des formes intelligibles, c’est-à-dire sur les choses sensibles ». En effet, selon Luc Brisson[35], Timée va parler du monde sensible, celui-ci n’étant qu’une copie d’une forme intelligible, le « vivant en-soi ». Par conséquent, le discours de Timée ne peut être dit vrai. Être qualifié de discours vrai est un privilège qui appartient au discours sur les formes intelligibles. Son discours ne peut donc qu’être semblable au discours vrai, précisément parce qu’il s’agit d’un discours relevant de la cosmologie, du monde sensible qui est copie de l’intelligible (des Idées).

Cet éclaircissement sur le statut des eikos nous amène à voir que, chez Platon, la cosmologie doit résoudre un problème reposant sur une conviction grecque qui dit que :

  • Il n’y a pas de réalité véritable dans le changement incessant ;
  • Il n’y a pas de connaissance sans une certaine permanence.

Ainsi, le monde sensible, qui n’a pas de réalité véritable et qui est soumis au changement perpétuel, devrait rester inconnu. Selon Platon, le monde sensible est non-réel ; seules les Idées le sont. De plus, le monde sensible est soumis au changement perpétuel, contrairement aux Idées éternelles, qui ne sont ni changeantes ni mouvantes.

Les mathématiques[modifier | modifier le code]

Dans le Timée, Platon fait des mathématiques. Elles sont pour lui l’instrument permettant d’exprimer certaines des conséquences découlant des axiomes posés. Aristote reproche à Platon d’avoir résumé la philosophie à des mathématiques ; il écarte d’ailleurs les mathématiques et reprend le langage ordinaire.

Critique de la physique présocratique[modifier | modifier le code]

Le Timée a peut-être été inspiré par un regard critique porté sur la physique présocratique – plus particulièrement sur Anaxagore, un physicien. Dans le Phédon, Platon expose ses relations avec les physiques antérieures. Les enjeux sont de situer le projet philosophique de Platon par rapport à ses prédécesseurs. Pour Socrate, la physique s’efforce de résoudre les questions de l’origine du vivant, de la pensée, des phénomènes terrestres et célestes. Il ne parvient pas à la connaissance escomptée, et même, la physique lui a désappris sans rien lui apprendre :

  • Une lecture par Socrate d’Anaxagore : elle conduit Socrate sur de nouvelles voies. Socrate se dit séduit par la physique d’Anaxagore, qui soutient que l’intellect est la cause de toutes choses dans l’univers, et que donc tout est disposé de la meilleure façon. La rationalité de l’univers est plus ou moins une physique finaliste.
  • Cette lecture amène Socrate à de nouvelles désillusions : il opère un nouveau changement de cap en physique. Selon lui, Anaxagore a certes en principe une physique proche de la sienne, mais il s’agit en fait d’une physique matérialiste et mécaniste, c’est-à-dire qui repose sur des causes matérielles.

Les causes sont classées par Aristote en quatre types :

  • Matérielles, comme support de la transformation (par exemple, pour une statue, le support est le bloc de marbre dans lequel elle est faite)
  • Efficientes, comme agent de la transformation (l’action du burin sur le marbre)
  • Finales, comme but en vue duquel s’accomplit la transformation (l’intention du sculpteur quant à la statue)
  • Formelles, comme idée qui organise l’objet transformé selon une forme déterminée (l’idée d’un corps de femme, par exemple, si la statue représente un corps de femme)

Selon Socrate, chez Anaxagore, le mécanisme prend le dessus sur l’ordre de la finalité. De plus, Anaxagore confond les causes avec les conditions d’existence, confond la fin avec les moyens. Enfin, l’histoire de la physique est une succession de penseurs à la recherche de causes vouées à la caducité, car ce ne sont pas les vraies causes.

Métaphysique[modifier | modifier le code]

Conditions d’intelligibilité du monde sensible[modifier | modifier le code]

Pour pouvoir connaître le monde sensible, Platon fait l’hypothèse de trois types d’entités hypothétiques sans lesquelles le monde sensible resterait inconnu :

  • Les formes intelligibles, vraiment réelles, immuables : elles peuvent être objets de connaissance ;
  • Les choses sensibles, qui doivent présenter dans leur changement quelque chose qui ne change pas. Pour cela, elles vont devoir entretenir avec les formes intelligibles un rapport équivalent de copie à modèle. C'est ce qui est appelé « participation » en tant que copie : la copie participe de l’Idée ;
  • La Khôra : espace susceptible de « recevoir » toute création. Il y a une analogie avec le vide, l’Éther ou le Tsimtsoum judaïque.

Dans l’articulation des trois concepts, le Timée glisse de la physique à la métaphysique, même si Platon ne dissocie pas les deux. Le Timée peut être à la fois spéculation théorique, physique et métaphysique, et viser à l’établissement d’une éthique. L’éthique rejoint la physique dans la mesure où la contemplation de l’univers sensible est, selon Platon, une étape indispensable à la contemplation des formes intelligibles – contemplation qui détermine la valeur morale de toute existence humaine.

Le Phaéton platonicien[36][modifier | modifier le code]

Selon le Timée de Platon, la vérité derrière le mythe est due à Solon, qui l’a rapportée à ses descendants à son retour d’Égypte : « Ce qu’on raconte chez les Grecs de Phaéton, fils du Soleil, qui, voulant conduire le char de son père et ne pouvant le maintenir dans la route ordinaire, embrasa la terre et périt lui-même frappé de la foudre, a toute l’apparence d’une fable ; ce qu’il y a de vrai, c’est que dans les mouvements des astres autour de la terre, il peut, à de longs intervalles de temps, arriver des catastrophes où tout ce qui se trouve sur la terre est détruit par le feu. Alors les habitants des montagnes et des lieux secs et élevés périssent plutôt que ceux qui habitent près des fleuves et sur les bords de la mer. Pour nous, le Nil nous sauve de cette calamité comme de beaucoup d’autres, par le débordement de ses eaux. Quand les dieux purifient la terre par un déluge, les bergers et les bouviers vont à l’abri sur leurs montagnes, tandis que les habitants de vos villes sont entraînés par les torrents dans la mer. Chez nous, au contraire, jamais les eaux ne descendent d’en haut pour inonder nos campagnes : elles nous jaillissent du sein de la terre. Voilà pourquoi nous avons conservé les monuments les plus anciens. En tout pays, le genre humain subsiste toujours en nombre plus ou moins considérable, à moins qu’un froid ou une chaleur extrême ne s’y oppose. »

La psychogonie[37][modifier | modifier le code]

L’âme est adaptée au corps par le démiurge. Platon considère les astres et le ciel comme des dieux ; le ciel, corps qui enveloppe toutes les choses sensibles[38], et le temps sont associés à l’âme.

Critique de la psychogonie[modifier | modifier le code]

Théophraste a critiqué la psychogonie : c’est parce que le mouvement est lui-même mu que le principe du mouvement ne peut être que ce qui imprimera le mouvement. Le temps est né avec le ciel, selon Platon, qui avait défini le temps comme « mouvement du soleil, sa course »[39]. D’après Théophraste, l’opinion de Platon est que c’est le temps qui anime et fait tourner l’univers[27].

De l’âme[modifier | modifier le code]

Pour Platon, l’âme est une essence, et une essence distincte du corps, et principe de génération. Plutarque a écrit un traité intitulé Traité sur la création de l’âme d’après le Timée de Platon, dont l’objet est de développer les principes d’après lesquels Platon a voulu expliquer la formation de l’âme du monde. Les astres ont une âme[40].

Postérité[modifier | modifier le code]

Timée, traduit en latin par Chalcidius (vers 321). Manuscrit du Xe siècle

Le Timée a suscité de nombreux commentaires à travers l’histoire :

  • Antiquité : Aristote, les stoïciens, Épicure, les atomistes, les néoplatoniciens. À l’automne -45, Cicéron en fit une traduction en latin dont il reste des fragments importants[41].
  • Moyen Âge : les savants et les théologiens juifs, musulmans et chrétiens s’intéressent au Timée
  • Renaissance : le Timée influence toute la culture occidentale (on essaie notamment de localiser l’Atlantide)

Les raisons de l’engouement pour le Timée sont liées à l’obscurité du texte, laissant penser qu’il serait l’expression d’une sagesse mystérieuse, cachée, somme des connaissances humaines. De plus, ce texte a un statut particulier. Il est en effet qualifié trois fois de « mythe vraisemblable »[42] ; au moins sept fois d’« explication vraisemblable »[43]. Plus loin, après certaines descriptions de phénomènes, Platon rappelle qu’il ne serait pas difficile d’en décrire encore d’autres en cherchant toujours la vraisemblance : fabriquer des explications et des mythes pour se délasser, laissant de côté l’étude de ce qui est éternel et discourant[44]. Dans le Timée, Platon insiste sur l’importance de l’éducation pour rendre une cité et son citoyen bon et heureux ; dans l’Épinomis[45], c’est l’astronomie.

Lien Externe[modifier | modifier le code]

Platon, Timée [détail des éditions] [lire en ligne]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 40a et 77b-c
  2. 67a
  3. 22d
  4. 34b, 36d-e
  5. Friedrich Nietzsche, Introduction à l’étude des dialogues de Platon, p. 62, Éditions de l'Éclat (1991)
  6. Brisson 2008, Introduction au Timée
  7. en grec ancien περι φυσεος
  8. a et b 29a
  9. a et b 37
  10. 33a, 81d
  11. 33b
  12. Théophraste, Des Sensations
  13. 29b
  14. 29c-d ; 35a-d ; 48b
  15. a et b 40a
  16. 40d-44c
  17. « La terre a été faite pour être la productrice et la gardienne du jour et de la nuit » (40c)
  18. 27c-d
  19. 47b
  20. 51d
  21. 51e
  22. Luc Brisson et Walter Meyerstein, Inventer l’univers : le problème de la connaissance et les modèles cosmologiques, Éd. Les Belles Lettres, Paris, 1991.
  23. 61e-62b
  24. 31b-32c
  25. Théophraste, Des Sensations, Frag. I, Chap. XV
  26. 43c
  27. a et b 45
  28. 61c
  29. 67
  30. 40a et 77b-c
  31. 67a
  32. 78a-81e
  33. en grec ancien χώρα est matériau, et à différencier de l’ousia, l’essence
  34. en grec ancien Ἀνάγκη
  35. Brisson 1994
  36. 22d
  37. 34b, 36d-e
  38. 33
  39. Brisson 2008, p. 288
  40. 38e
  41. Grimal 1986, p. 364-365
  42. eikos muthos, en grec ancien εικως μυθος) en 29d par exemple
  43. eikos logòs, en grec ancien εικως λωγος
  44. 59c-d
  45. 992a-b