Simplicité volontaire

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La simplicité volontaire ou sobriété volontaire est un mode de vie consistant à réduire volontairement sa consommation, ainsi que les impacts de cette dernière.

Pour certains, cela serait en vue de mener une vie davantage centrée sur des valeurs définies comme « essentielles ». Cet engagement personnel et/ou associatif découle de multiples motivations qui vont habituellement accorder la priorité aux valeurs familiales, communautaires et/ou écologiques.

On peut trouver les traces les plus anciennes dans l'ascétisme pratiqué dans certaines religions (christianisme, tout spécialement le franciscanisme au XIIIe siècle, islam, hindouisme, bouddhisme...) et la philosophie grecque, notamment le stoïcisme. Plus couramment, ses défenseurs se réclament d'auteurs du XIXe siècle, aussi bien européens (Léon Tolstoï et John Ruskin Unto This Last) qu'américains (Henry David Thoreau, Walden).

Ce mode de vie est représenté par exemple par le mouvement des compagnons de Saint François, les Communautés de l'Arche de Lanza del Vasto, inspiré par Gandhi. On le retrouve aussi au Québec sous l'influence de penseurs comme Serge Mongeau et des éditions Écosociété[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Précurseurs[modifier | modifier le code]

Si on peut trouver l'origine de la simplicité volontaire dans les différentes formes d'ascétisme grecques et orientales, ces dernières étaient surtout motivées par une philosophie mystique, et c'est donc plutôt chez les stoïciens, les cyniques, et surtout chez Épicure qu'on peut voir la réelle apparition du concept de simplicité volontaire[2].

En effet, Épicure procède à une critique approfondie des besoins qui ressemble fort à celle proposée par la simplicité volontaire. Il distingue notamment les désirs nécessaires (manger ou dormir par exemple) des désirs non-nécessaires (comme la richesse ou la gloire)[3]. Sa pensée, tout comme celle des cyniques, nous invite à discerner le nécessaire du superflu, le naturel de l'artificiel, et à un retour vers la simplicité.

En Occident, les communautés monastiques furent les premières organisations de vie à choisir volontairement la frugalité et à pratiquer l'autosuffisance et même avant la secte des esséniens (adepte de l'alimentation crue). François d'Assise, « l'unique parfait chrétien depuis Jésus » selon Ernest Renan, est aussi considéré comme un modèle de simplicité volontaire.

En Orient, on trouve également de nombreux modes de vie (hindouisme, bouddhisme) prônant la simplicité volontaire. La vie de Gandhi est un exemple de simplicité.

Au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Ivan Illich et son ami Jacques Ellul sont considérés comme deux des pères des idées de décroissance et de simplicité volontaire[4].

En 1936, on trouve pour la première fois l'expression « simplicité volontaire » (« voluntary simplicity ») dans le titre d'un livre de Richard Gregg, un disciple de Gandhi, qui reprend les idées principales de celui-ci.

Dans les années 1960 et 1970, un « mouvement de retour à la terre » touche les États-Unis, inspiré notamment par les écrits et les travaux de Helen et Scott Nearing[5].

L'expression « simplicité volontaire » est connue depuis le livre du même nom publié en 1973 par Duane Elgin (en)[6]. Ce courant se développe depuis les années 1980 dans plusieurs pays industrialisés. Aux États-Unis il se développe à partir de la théorie de la décroissance : downshifting[7].

La critique de la société de consommation développée par Hannah Arendt peut aussi être considérée comme une source d'inspiration de la simplicité : dans Condition de l'homme moderne, elle invite ainsi à laisser le travail dans le domaine privé pour laisser de la place à l'action politique, c'est-à-dire à s'impliquer davantage dans l'espace public.

En France, on peut citer, parmi les voix actuelles de cette pensée, Pierre Rabhi, agroécologiste et écrivain, ou Serge Latouche, économiste.

Motivations[modifier | modifier le code]

La simplicité volontaire consiste à rechercher le bonheur dans l'appréciation pour améliorer la véritable « qualité de vie ». Elle s'oppose donc au discours économique et social dominant au XXIe siècle qui tend à considérer tout progrès technique et développement de la consommation comme des améliorations de la qualité de la vie. La philosophie de vie est née de l'opinion que la consommation n'apporte pas le bonheur et accroît l'aliénation.

Plus précisément, plusieurs motivations sont possibles.

Philosophique[modifier | modifier le code]

Certains tenants de la simplicité volontaire prônent un retour à de « vraies richesses », opposées aux richesses matérielles. Ces vraies richesses peuvent être en particulier la vie sociale et familiale, l'épanouissement personnel, la vie spirituelle, l'osmose avec la nature, etc. Elle offre une autre voie vers le bonheur.

Par exemple, Henri Bergson note :

« Ce qui est beau, ce n'est pas d'être privé, ni même de se priver, c'est de ne pas sentir la privation. »

Et le philosophe français écrit dans le dernier chapitre de son dernier livre Les Deux Sources de la morale et de la religion (1932) un diagnostic de la surconsommation :

« Jamais, en effet, les satisfactions que des inventions nouvelles apportent à d'anciens besoins ne déterminent l'humanité à en rester là ; des besoins nouveaux surgissent, aussi impérieux, de plus en plus nombreux. On a vu la course au bien-être aller en s'accélérant, sur une piste où des foules de plus en plus compactes se précipitaient. Aujourd'hui, c'est une ruée. »

La simplicité volontaire se veut justement comme une solution à cet engouement pour les produits de consommation que prévoit Bergson. En précurseur de ce courant, il précise les conditions de réalisation de cet idéal comme suit : « l'avenir de l'humanité reste indéterminé, parce qu'il dépend d'elle. » Il faudrait donc miser, selon Bergson, sur une éducation qui permette à la fois de comprendre l'impact de notre consommation grâce aux connaissances scientifiques et de développer notre goût pour des objets qui favorisent véritablement notre accomplissement personnel.

Économique[modifier | modifier le code]

  • Une consommation toujours accrue conduit à des besoins financiers également accrus et donc à un surcroît de travail pour se les procurer, ce qui peut générer, à l'inverse, du déplaisir chez certaines personnes (manque de temps pour soi, stress, mauvaise santé, dépendance à l'argent, etc.). Dans cette optique, la philosophie de simplicité volontaire peut s'appuyer sur la théorie du consommateur en microéconomie, les courbes d'indifférence marquant les différents arbitrages entre surplus de travail et surplus de consommation, ou entre le plaisir induit par la consommation et celui induit par le temps libre (vie de famille, activités physiques, divertissements, etc.).
  • Certains tenants de la simplicité volontaire estiment que, dans la société de consommation, on consacre son temps à gagner toujours plus d'argent pour satisfaire des besoins matériels de plus en plus nombreux qui pourtant ne seront jamais satisfaits en raison de leur renouvellement incessant, ces besoins étant notamment incités par la publicité. Dans cette perspective, la quête du bonheur par la consommation est donc une course sans fin dont la démarche de simplicité volontaire préfère sortir[8].
  • Dans certains cas, la simplicité « volontaire » serait en fait subie, mais par la suite assumée et considérée comme une manière de raisonner ses envies consuméristes.

Sociale[modifier | modifier le code]

La sobriété volontaire peut aussi se manifester pour des raisons sociales. On décide de consommer moins, mais des choses fabriquées dans des conditions de travail dignes. On considère donc qu'il faut favoriser la qualité de vie des travailleurs à la quantité d'objets achetés. Considérant que des biens ne sont pas essentiels, il est possible de consommer mieux tout en gardant le même budget voire en le diminuant. Également, les objets produits plus équitablement sont souvent plus robustes et durables et donc le besoin de les renouveler sera moins régulier, ce qui allège aussi la dépense à terme.

Écologique[modifier | modifier le code]

Files de voitures sur une route embouteillée.
Civilisation de l'automobile et dépendance au pétrole.

La simplicité volontaire constate que la consommation et la croissance ont des impacts négatifs sur l'environnement et ses partisans craignent l'imminence de la crise écologique. Elle prône donc la limitation de la consommation de biens matériels afin de ralentir la destruction des ressources naturelles.

En reprenant l'exemple typique du refus de posséder une voiture, l'argent économisé peut être réinvesti dans un vélo, des billets de train ou la location de véhicules quand cela est indispensable. Et ainsi avoir les mêmes avantages qu'avec la possession personnelle d'un véhicule de tourisme à un prix finalement identique et avec un impact écologique globalement moindre. La simplicité volontaire se rapporte donc aux notions de sobriété énergétique, sobriété matérielle et même numérique.

Religieuse[modifier | modifier le code]

La plupart des religions valorisent la modération de manière générale. Les adeptes de ces religions peuvent alors suivre une règle religieuse à ce propos. L'on peut considérer que c'est un choix volontaire de devenir sobre, puisqu'ils choisissent cette vocation pour aller plus loin dans leur foi.

Spirituelle et écopsychologique[modifier | modifier le code]

Sans faire partie d'une discipline religieuse instituée, des personnes éprouvent un besoin ou un désir d'ordre spirituel ou psychologique à réduire leur consommation. Ces personnes peuvent adhérer à des conceptions New age, notamment aux théories Gaïa. Elles peuvent également avoir eu une réflexion existentielle les amenant à changer leur mode de vie à ce propos, notamment dans une perspective écopsychologique, de liaison à la Terre jugée « plus respectueuse et intense ».

Ostentatoire[modifier | modifier le code]

Elle peut aussi être considérée comme une posture prise pour se distinguer des autres, à l'instar de l'intellectuel qui refuse la télévision et affiche son mépris de la publicité et de la consommation.[non neutre]

Pratique[modifier | modifier le code]

La simplicité volontaire est une des composantes de la décroissance, mais se situe avant tout dans le cadre de l'initiative individuelle et non des mesures collectives prises par la puissance publique. Ses adeptes sont parfois appelés « simplicitaires »[9].

Appréhension globale de la consommation[modifier | modifier le code]

La mise en œuvre est quotidienne, amenant à repenser son travail, sa consommation (voir le concept de consom'action), son alimentation, son habitat, sa santé, ses déplacements, ses vacances, ses loisirs, ses relations sociales, etc.[10].

Les conséquences de chaque acte sont ainsi appréhendées de manière globale :

  • Quel a été le coût de la fabrication (pour la planète, pour les droits de l'homme) ?
  • Quel est l'intérêt pour moi de ce bien ou service ? En ai-je fondamentalement besoin ?
  • À quel point cela me rend-il dépendant de l'argent ? (Devrais-je travailler plus ? Avoir moins de loisirs ?)

Réappropriation individuelle de l'action politique[modifier | modifier le code]

La simplicité volontaire est un modus vivendi développé dans des sociétés post-industrielles, pour la plupart occidentales à démocratie représentative. Lorsque l'individu a le sentiment que le pouvoir lui échappe ou que ses idées ne pourront parvenir au pouvoir, la mise en œuvre de la simplicité volontaire permet une action directe du citoyen sur son cadre de vie et l'espace public.

Certains considèrent qu'une telle pratique à l'échelle individuelle est insuffisante. D'autres appuient sur le fait que la transition écologique doit s'effectuer à plusieurs niveaux et que l'engagement de la population est l'un de ces niveaux et qu'il est donc aussi important. La modération, aussi minime soit-elle, est profitable au bien-être commun.

Critiques[modifier | modifier le code]

La simplicité volontaire est critiquée par des penseurs qui soulignent les avantages sur le plan de la qualité de vie apportés par le progrès matériel et l'impossibilité de « revenir en arrière », à moins de vouloir dégrader fortement le niveau de vie des populations. Ainsi, Bjorn Lomborg soutient que le progrès a permis de libérer dans les pays occidentaux une quantité extraordinaire de main-d'œuvre, qui peut désormais servir à chaque homme pour s'accomplir :

« Si nous devions revenir en arrière, il nous faudrait pour produire une énergie équivalente, pour chaque citoyen, en Europe occidentale, 150 "actifs de service", 300 aux États-Unis[11]. »

Drieu Godefridi du think tank libéral Institut Hayek estime que l'homme a combattu la faim dans le monde grâce à la mondialisation des échanges, pourtant concomitante d'une hausse jamais vue de la population mondiale :

« Les rapports successifs de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en attestent : jamais autant d’êtres humains n’ont habité la planète ; jamais la proportion d’hommes souffrant de faim n’a été aussi faible[12]. »

La simplicité volontaire est également critiquée par des penseurs de gauche qui considèrent qu'il est impossible de revenir à un mode de vie antérieur. Certains marxistes, par exemple, répondent que c'est par l'organisation des masses de ceux qui profitent le moins de la société actuelle qu'une nouvelle société plus humaine peut être construite. Ils ne suivent pas les penseurs de la simplicité volontaire, car ils ne veulent pas échapper à la société, mais la transformer. Ils reprochent à la simplicité volontaire d'attirer avant tout des sympathisants ou adhérents issus des couches moyennes ou supérieures de la société[réf. nécessaire]. D'autres penseurs marxistes cependant, comme Cornelius Castoriadis, ont développé une synthèse du marxisme et de l'écologie radicale et sont considérés comme des précurseurs de la décroissance[13].

Toutefois, ces critiques s'organisent autour de l'idée que la simplicité volontaire implique une forme de « retour en arrière », de « négation du progrès » et de « retrait de la société », ce que ne réclament pas les pratiquants de la simplicité volontaire (qui visent en fait une réduction volontaire de la consommation et de ses conséquences).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Serge Mongeau : La simplicité volontaire pour nous libérer du capitalisme », sur kaizen-magazine.com, .
  2. « L'épicurisme : Le bonheur de l'homme libre », sur scienceshumaines.com, .
  3. Lettre à Ménécée, 127-128
  4. Serge Latouche, Petit traité de la décroissance sereine, Paris, Mille et une nuits, , 171 p. (ISBN 9782755500073), chapitre 6.
  5. En particulier leur livre publié pour la première fois en 1954 intitulé Living the Good Life: How to Live Simply and Sanely in a Troubled World.
  6. Elgin, Duane. Voluntary simplicity : toward a way of life that is outwardly simple, inwardly rich / Duane Elgin. Rev. ed. New York : Quill, c. 1993. 240 p.
  7. « La simplicité volontaire, mode d’emploi », sur courrierinternational.com, .
  8. « Ce monde qui cherche à consommer autrement », sur la-croix.com, .
  9. Frédéric Dufoing, L'Écologie radicale, Infolio, coll. « Illico », (ISBN 9782884749442), p. 128-131.
  10. Eric L., « La simplicité volontaire en pratique », consoglobe.com, (consulté le 28 juin 2017).
  11. Bjorn Lomborg, L'Écologiste sceptique.
  12. Drieu Godefridi, Remarques sur la théorie de la décroissance, Le Banquet, n° 25, 2008/1.
  13. Voir sur skolo.org.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Ariès, La simplicité volontaire contre le mythe de l'abondance , Paris, La Découverte, 2013, 228 p.
  • Cédrice Biagini et Pierre Thiesset (dir.), La décroissance. Vivre la simplicité volontaire : histoire et témoignages, Vierzon, Le pas de côté ; Montreuil, L'échappée, 2014, 278 p.
  • Dominique Boisvert, L'ABC de la simplicité volontaire , Montréal, Écosociété, 2005, 158 p.
  • Dominique Bourg et Philippe Roch (dir.), Sobriété volontaire : en quête de nouveaux modes de vie, Genève, Labor et fides, 2012, 232 p.
  • Emeline De Bouver, Moins de biens, plus de liens : La simplicité volontaire, un nouvel engagement social , Bruxelles, Couleurs livres, 2008, 121 p.
  • Robert Dumoulin, Comment atteindre la simplicité volontaire : une nouvelle façon de vivre sans artifices, se recentrer sur les choses vraiment importantes , Montréal, Édimag, 2003, 135 p.
  • Jean-Baptiste de Foucauld, L’abondance frugale : pour une nouvelle solidarité, Paris, Odile Jacob, 2010, 276 p.
  • Richard Bartlett Gregg, La valeur de la simplicité volontaire, Vierzon, Le pas de côté, 2018, 96 p.
  • Serge Latouche, Vers une société d'abondance frugale. Contresens et controverses sur la décroissance, Paris, Mille et une nuits, 2012, 240 p.
  • Hervé-René Martin, Éloge de la simplicité volontaire , Paris, Flammarion, 2007, 275 p.
  • Serge Mongeau, La simplicité volontaire, ou comment harmoniser nos relations entre humains et avec notre environnement, Montréal, Québec Amérique, 1985.
  • Serge Mongeau, La simplicité volontaire, plus que jamais… , Montréal, Écosociété, 1998, 264 p.
  • Malie Montagutelli, La simplicité volontaire : un autre mode de vie , Paris, Chiron, 1986, 155 p.
  • Pierre Pradervand, Découvrir les vraies richesses. Pistes pour vivre plus simplement , Genève, Jouvence, 1996, 252 p.
  • Pierre Pradervand, La vie simple : guide pratique , Genève, Jouvence, 1999, 96 p.
  • Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse , Arles, Actes Sud, 2016, 163 p.
  • Majid Rahnema, Quand la misère chasse la pauvreté, Arles, Actes Sud, 2006, 458 p.
  • Guy Samson, Simplicité volontaire. Peut-on sauver la planète ? , Montréal, Québécor, 2004, 132 p.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]