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Amphétamine (classe)

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Flacon de gélules d'amphétamine D-L sous la forme de sulfate d'amphétamine 10 mg.

La classe des amphétamines comprend les substances psychotropes dérivées de l'amphétamine ou de la phényléthylamine.

Elles ont des effets stimulants et anorexigènes, et, pour certaines, psychédéliques.

Définition

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Les amphétamines désignent stricto sensu, pour leur spécialiste, le chimiste américain Alexander Shulgin, l'amphétamine elle-même sous sa forme racémique et ses énantiomères, levoamphétamine et dextroamphétamine, ainsi que la méthamphétamine. Par extension, la classe comporte des molécules qui en possèdent la partie structurelle, le groupement phényléthylamine, comme la MDMA[1].

Découverte

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La première synthèse de l'amphétamine est réalisée en 1887 à l'université de Berlin par le chimiste roumain Lazăr Edeleanu[2] qui lui donne le nom de phénisopropamine (forme abrégée de la phénylisopropylamine). Cependant il ne cherche pas à tester les effets de la molécule. La même année, au Japon, Nagai Nagayoshi découvre les propriétés pharmacologiques de l'éphédrine, extraite de l'Ephedra sinica[3],[4]. En 1893, il synthétise la méthamphétamine à partir de l'éphédrine[5].

En 1910 à Londres, le chimiste George Barger et le médecin Henry Hallett Dale étudient les effets physiologiques des amines de synthèse, dont l'éphédrine et la phénylisopropylamine découverte par Edeleanu. Ils établissent que ces deux molécules sont des stimulants du système nerveux sympathique. Ils les rangent dans une classe de substances qu'ils nomment amines sympathicomimétiques[5],[6].

L'éphédrine, commercialisée aux États-Unis par la firme pharmaceutique Lilly, est alors communément utilisée comme traitement de l’asthme, du rhume et des allergies. Cependant sa pénurie, par rapport à la demande, incite dans les années 1920 les chercheurs à la synthétiser. C'est ainsi que Gordon Alles de l'université de Los Angeles remarque la parenté chimique entre la phénylisopropylamine et l'éphédrine. Il entreprend de produire à partir de la première, qu'il synthétise à nouveau en 1927, le substitut synthétique de l'éphédrine, sans succès. Cependant il découvre, en l'expérimentant sur lui-même et sur des patients, les effets pharmacologiques de la phénylisopropylamine comme bronchodilatateur, décongestionnant et stimulant[7],[6].

En 1930, l’American Medical Association donne à la phénylisopropylamine le nom d'amphétamine (DCI). Gordon Alles dépose un brevet pour la molécule en 1932, qu'il revend à la firme pharmaceutique Smith, Kline & French, qui la commercialise sous le nom de marque Benzédrine®, tout d'abord sous la forme d'un inhalateur en 1933[8] puis sous la forme de gélules dosées à 5 et 10 mg en 1937[9]. En 1944, la firme produit la dexamphétamine, énantiomère dextrogyre de l'amphétamine, plus actif que l'énantiomère lévogyre, et donc que l'amphétamine racémique, sous le nom de Déxédrine®[10],[11].

Par la suite, en repérant la parenté chimique de la molécule avec la mescaline, Gordon Alles synthétise et teste également sur lui les propriétés psychotropes des dérivés de l'amphétamine, dont la méthylènedioxyamphétamine (MDA), chimiquement proche de la MDMA, qu'il présente lors d'un congrès à San Francisco en 1957[12].

Utilisations thérapeutiques

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La Benzédrine® et la Déxédrine® sont vendues dès les années 1940 comme des panacées censées traiter pas moins de 33 affections différentes, notamment l'asthme[13], les addictions (alcool, héroïne, tabac)[13], la dépression[14],[15], l'hyperactivité chez l'enfant[16],[17], la narcolepsie[16],[6] et l'obésité[13],[18].

Utilisations non-thérapeutiques

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Usage militaire

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Tube de Pervitine

Durant la Seconde Guerre mondiale, l'armée allemande distribue de la méthamphétamine (Pervitine®) à très grande échelle et à tous les niveaux des unités combattantes jusque dans les ministères. Cette drogue de guerre aurait participé grandement à l'efficacité du blitzkrieg. La Pervitine® permet aux troupes allemandes de ne prendre aucun repos pendant les onze jours de la campagne des Balkans en mai 1941. La Benzédrine® joue un rôle important dans la bataille d'Angleterre, en permettant aux aviateurs anglais de compenser leur infériorité numérique. Enfin, les usines d'armement japonaises en distribuent à leurs ouvriers. Les stocks constitués sont écoulés après la guerre, ouvrant un marché aux capacités de production des usines pharmaceutiques et provoquant la dépendance de 5 % des jeunes Japonais dans les années 1950. Les amphétamines sont encore utilisées par l'armée[19].

Usage civil

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Leur emploi se généralise après la Seconde Guerre mondiale chez les étudiants[20], dans le monde du travail (en particulier chez les conducteurs de poids-lourds qui peuvent ainsi parcourir de longs trajets sans étape[21]), dans le monde artistique et dans l'univers sportif (dopage). Les États-Unis en produisent 1 000 tonnes par an pour le marché intérieur[Quand ?]. En 1972, environ 12 % des ordonnances comportent une des cent spécialités à base d'amphétamines. De nombreux intellectuels français revendiquent publiquement leur usage, comme Jean-Paul Sartre, Françoise Sagan ou François Nourissier[22].

La mort de Tom Simpson lors du Tour de France 1967, et la toxicomanie engendrée entraînent un contrôle plus sévère en Europe et aux États-Unis dans les années 1970. Elles sont répertoriées par la convention sur les substances psychotropes de 1971.

Généralement, elles sont ingérées, mais aussi injectées par voie intraveineuse, sniffées ou fumées (parfois mélangées à un autre produit, voire à un stupéfiant).

De nombreuses célébrités ont reconnu avoir utilisé cette substance à des fins non thérapeutiques comme Charlie Parker, Judy Garland, Elvis Presley, Britney Spears, Philip Seymour Hoffman.

Les amphétamines ont une structure chimique qui présentent des similitudes avec la dopamine et la noradrénaline (ainsi que la sérotonine)[23] qu'elles viennent potentialiser en les libérant dans les vésicules présynaptiques et en inhibant leur recapture et leur dégradation par la monoamine-oxydase[24]. Les amphétamines augmentent ainsi la concentration de ces neurotransmetteurs dans la fente synaptique avec pour effet de venir stimuler le système de récompense, produisant un sentiment de plaisir, de bien-être et d'euphorie[25].

Effets recherchés

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Les effets recherchés peuvent être physiques ou psychiques[26].

Effets physiques

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  • Augmentation de la vigilance ;
  • Énergie accrue ;
  • Augmentation de l'endurance : diminution de la fatigue, du besoin de sommeil, et de la douleur ;
  • Diminution de l’appétit[26].

Effets psychiques

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  • Euphorie
  • Augmentation de la confiance en soi ;
  • Désinhibition ;
  • Augmentation de la concentration et de la capacité de travail ;
  • Stimulation des capacités intellectuelles (mémoire, compréhension, idéation) ;
  • Augmentation de la libido ;
  • Hallucinations (amphétamines psychédéliques)[26].

Effets indésirables

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L'usage des amphétamines entraîne des effets indésirables, à court et à long terme, et des complications psychiatriques[27].

À court terme

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L'hyperthermie induite par les amphétamines aurait contribué à la mort du coureur cycliste Tom Simpson, par un jour de forte chaleur et en plein effort[29].

À long terme

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Conséquences neuro-psychiatriques

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Différentes amphétamines

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On distingue trois groupes d'amphétamines selon leur effet dominant : stimulant, psychédélique ou anorexigène[33].

Amphétamines stimulantes

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Elles sont consommées dans un but festif (rave-parties par exemple), pour être performant au travail, ou encore comme moyen de dopage. La plupart sont classées comme stupéfiants[réf. souhaitée] :

Amphétamines psychédéliques

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Elles sont consommées dans un but récréatif[réf. souhaitée] :

Amphétamines anorexigènes

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Elles sont utilisées comme traitement de l'obésité (médicaments « coupe-faim »). Leur toxicité cardiovasculaire (valvulopathies cardiaques et hypertension artérielle pulmonaire) est établie[réf. souhaitée]. Elle comprennent, notamment, les molécules suivantes :

En 2000, la Commission européenne a décidé le retrait de leur autorisation de mise sur le marché (AMM)[36].

Notes et références

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  1. Nouvel 2009, p. 32-33.
  2. (en) L. Edeleanu, « XLII.—Some derivatives of phenylmethacrylic acid », Journal of the Chemical Society, Transactions, vol. 53, no 0,‎ , p. 558–561 (ISSN 0368-1645, DOI 10.1039/CT8885300558, lire en ligne, consulté le ).
  3. Merceron 2021, p. 33-34.
  4. Nouvel 2009, p. 29-30.
  5. a et b Merceron 2021, p. 34.
  6. a b et c Nouvel 2009, p. 30-31.
  7. Merceron 2021, p. 35-36.
  8. Merceron 2021, p. 37-38.
  9. Merceron 2021, p. 39.
  10. Merceron 2021, p. 48.
  11. Nouvel 2009, p. 120-121.
  12. Nouvel 2009, p. 217-220.
  13. a b et c Merceron 2021, p. 40.
  14. Merceron 2021, p. 52-57.
  15. Nouvel 2009, p. 59-76.
  16. a et b Merceron 2021, p. 58-74.
  17. Nouvel 2009, p. 103-110.
  18. Nouvel 2009, p. 123.
  19. Ariel Fenster, « L’amphétamine et la guerre », sur Science-Presse, (consulté le )
  20. Nouvel 2009, p. 83.
  21. Nouvel 2009, p. 131.
  22. Arnaud Aubron, Drogues Store, Don Quichotte éditions, , p. 24.
  23. Merceron 2021, p. 21.
  24. Merceron 2021, p. 25.
  25. Merceron 2021, p. 27.
  26. a b et c Merceron 2021, p. 113.
  27. Merceron 2021, p. 115-118.
  28. Merceron 2021, p. 115-116.
  29. Merceron 2021, p. 105.
  30. Mathieu Guerriaud, De l'impact de l'usage illicite des amphétamines sur l'arbre pulmonaire (thèse), (lire en ligne)
  31. Merceron 2021, p. 116-117.
  32. Merceron 2021, p. 117, 120.
  33. Merceron 2021, p. 15.
  34. a et b Merceron 2021, p. 16.
  35. Merceron 2021, p. 17.
  36. Merceron 2021, p. 100.

Bibliographie

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