Éric Dupond-Moretti

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Éric Dupond-Moretti
Naissance (56 ans)
Maubeuge (Nord)
Nationalité Drapeau de la France France
Drapeau de l'Italie Italie
Pays de résidence Drapeau de la France France
Diplôme
Certificat d'aptitude à la profession d'avocat (CAPA)
Profession
Formation
Droit

Éric Dupond-Moretti, né le à Maubeuge, est un avocat pénaliste français, réputé pour le nombre record d'acquittements qu'il a obtenus sur le territoire français[1],[2].

Jeunesse et études[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille modeste, Éric Dupond est le fils unique de Jean-Pierre Dupond, ouvrier métallurgiste originaire de l'Avesnois, et d'Elena Moretti, femme de ménage d’origine italienne. Ses grands-parents paternels, Achille et Louise, sont également ouvriers. Orphelin de père à l'âge de quatre ans, sa mère l’élève alors seule[3]. Comme plusieurs grands pénalistes orphelins de père (Robert Badinter, Georges Kiejman, Hervé Temime), son enfance est marquée par ce sentiment d'injustice[4]. Il fait ses études secondaires au lycée catholique Notre-Dame, à Valenciennes, où il obtient son baccalauréat[5].

Sa vocation d'avocat puise ses origines dans une histoire familiale[6], son grand-père maternel, immigré italien, est retrouvé mort en 1957 dans des conditions suspectes, le long d'une voie ferrée. Son oncle porte plainte afin qu'une enquête soit ouverte mais rien n'est fait. Cette injustice, un mystère de plus, le décidera à choisir la voie du droit. Dupond-Moretti dira « Je pense que c’est à l’origine de cette vocation. Cela y participe à l’évidence »[3]. Mais le véritable déclic a lieu à 15 ans en 1976 lorsqu'il entend à la radio l'annonce de l'exécution de Christian Ranucci[7]. Dans Directs du droit, il écrit être devenu avocat par « détestation de la peine de mort ». Alors que sa mère est devenue femme de ménage, il effectue plusieurs petits boulots pour financer ses études : fossoyeur, maçon, ouvrier à la chaîne, déchargeur de sacs de sable, serveur dans des boîtes de nuit ou serveur de restaurant, pion[8]. À l'issue de médiocres études de droit, il est reçu en fin de classement au barreau de Lille mais lauréat ex aequo du concours d'éloquence du stage[9].

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

  • Avocat

Après avoir prêté serment comme avocat le 11 décembre 1984 à Douai, il s'inscrit au Barreau de Lille[10]. Engagé dans un cabinet lillois après avoir vainement tenté d'intégrer plusieurs cabinets d'avocats réputés[10], il commence sa carrière dans les prud'hommes puis dans les commissions d'office avec pour mentors l'avocat lillois Jean Descamps et l'avocat toulousain Alain Furbury dont il porte aujourd'hui la robe[9].

Lors de sa première affaire, des pièces qui lui sont destinées sont envoyées à un confrère nommé également Dupond, c'est alors qu'il décide d'adjoindre à son patronyme, à titre d'usage, le nom de sa mère (Moretti), lui rendant ainsi hommage[11].

Il obtient son premier acquittement le 27 mars 1987[10].

En 1993, il se dit victime d'un « coup fourré » de la part du procureur José Thorel[12] qui aurait tenté de le faire tomber dans un dossier de stupéfiants, des traces de cocaïne ayant été retrouvées dans sa berline. Il subit alors une perquisition et une garde à vue qui auraient pu mettre fin à sa carrière[4],[9].

Pour ses résultats, il est surnommé « Acquittator » dans les prétoires[13]. Selon M, le magazine du Monde, il feint de ne pas compter ses victoires mais il a fêté entre amis, quelques mois avant la parution de l'article que lui a consacré le magazine le 28 avril 2012, le centième acquittement obtenu devant une cour d'assises[14]. Ses victoires lui valent aussi le surnom d'« Ogre du Nord »[15]. Son aversion contre une certaine magistrature, « institution de faux-culs, petit monde de l'entre-soi et de l'irresponsabilité » et le rapport de force qu'il engage avec les magistrats lors des procès font que certains d'entre eux voient en lui un « terroriste des prétoires »[14].

Selon ses propres dires, le surnom qu'on lui donne était initialement « Acquittador », en référence à sa passion pour la tauromachie. Ce surnom fut repris en « Acquittator » transformant ainsi le « D » en « T » par un journaliste présent au moment des faits lors d'une conférence à Marseille[16], sobriquet qu'il n'apprécie pas[17].

En 2016, il s'inscrit au barreau de Paris où, associé avec Maître Antoine Vey, ils créent le Cabinet Dupond-Moretti & Vey.[18]

  • Cinéma

Il joue son propre rôle dans le film Les Salauds de Claire Denis. La même année débute la série télévisée Vaugand dont les auteurs se sont inspirés de l'avocat pour camper le héros, « un homme de loi, entre grande gueule et ours mal léché »[15].

En 2016, il participe au tournage du téléfilm L'Affaire de maître Lefort, où il interprète le rôle d'un ténor du barreau. Il a accepté le rôle à la demande de Patrick Sébastien.

En 2017, il joue un président de Cour d'assises dans le film de Claude Lelouch, Chacun sa vie, sorti le 15 mars.

Engagement politique[modifier | modifier le code]

Il a présidé le comité de soutien de Martine Aubry, pour les élections municipales de mars 2008 à Lille[19]. Il signe également une tribune en sa faveur dans Libération avant les primaires socialistes de 2011[20]. Il lui prédit alors : « vous serez réélue, la souveraineté populaire est raisonnable. »[21].

En 2013, il refuse la Légion d'honneur[15].

En mai 2015, Éric Dupond-Moretti se déclare publiquement partisan de l'interdiction du Front national, tout en précisant que « c’est compliqué car après, il y a des reconstitutions dissoutes [sic] »[22].

Principales plaidoiries[modifier | modifier le code]

  • En 1990, il a permis l'acquittement de Jean-Pierre Deulin, accusé en 1987 du meurtre de sa femme, qui s'était en réalité suicidée.
  • En 1993, lors de l'affaire VA-OM, il défend Jacques Glassmann.
  • En octobre 2001, il défend Omar Zemmiri lors du procès des membres du gang de Roubaix. Zemmiri sera condamné à 28 ans de prison ferme[23].
  • En juillet 2004, parmi ces acquittements, figure celui de la « boulangère » Roselyne Godard, lors du premier procès d’Outreau, devant la Cour d'assises de Saint Omer (Pas de Calais), cette affaire le faisant accéder à une notoriété nationale[24].
  • En février 2006, il obtient l'acquittement de Jean Castela, considéré comme le commanditaire de l'assassinat du préfet Claude Érignac, condamné à trente ans de réclusion criminelle en première instance[10].
  • En mai 2006, il parvient à obtenir en appel, l'acquittement de Michel Pinneteau. Celui-ci avait été préalablement condamné en 2004 à 30 ans de prison dans l'affaire dite « des corps sans têtes de l'Esteron »[25]. Il est en revanche condamné à trois ans de prison dans la même affaire pour « vols avec armes »[26].
  • En 2009, il fait partie de l'équipe de cinq avocats chargés d'assurer la défense de Jérôme Kerviel. C'est également lui qui devait assurer la défense de Jean-Pierre Treiber lors de son procès (prévu en avril 2010) avant le suicide de ce dernier le 20 février 2010.
  • En 2010, il plaide pour Jacques Viguier : il obtient son acquittement lors du procès en appel devant la cour d'assises du Tarn, le 20 mars 2010[27].
  • En février 2011, il rejoint les rangs de la défense d'Yvan Colonna, rejugé à partir du 2 mai 2011.
  • Le 24 juin 2011, il obtient l’acquittement de Loïc Sécher qui a déjà passé neuf années en prison, à la suite d'une condamnation pour viol à seize ans de prison. Dupond-Moretti plaide lors du procès en appel et affirme que cette affaire Sécher était un « fiasco dû à la dictature de l'émotion »[28].
  • En octobre 2012, il assure la défense de Nikola Karabatic reconnu coupable d'escroquerie en juillet 2015 et condamné à 10 000 euros d'amendes par le tribunal de Montpellier où il était jugé pour escroquerie dans l'affaire des paris suspects liés au match présumé truqué de mai 2012 entre Cesson et Montpellier[29].
  • En juin 2013, il assure la défense de Bernard Tapie et plus précisément « juridiquement et médiatiquement » les sociétés de son groupe des « attaques et mensonges » dans le cadre de l'enquête sur l'arbitrage dans son conflit avec le Crédit lyonnais.
  • Lors du troisième procès du docteur Jean-Louis Muller, devant la cour d'assises de Meurthe-et-Moselle, il obtient son acquittement, le 31 octobre 2013[30]. Le docteur Muller, qui a toujours clamé que son épouse s'était suicidée à leur domicile d'Ingwiller, en 1999, avait précédemment été condamné à deux reprises pour « meurtre » à vingt ans de réclusion criminelle, d'abord en 2008, par la cour d'assises du Bas-Rhin, puis en 2010, en appel, par la cour d'assises du Haut-Rhin, l'arrêt de la cour d'appel ayant été annulé en 2011 par la Cour de cassation[31],[32].
  • En 2016, il est l'avocat de Karim Benzema mis en examen le 20 juillet 2010 pour « sollicitation de prostituée mineure ». Celui-ci est relaxé.
  • Le 10 mai 2016, il assure également la défense de l'opposant congolais, ex-gouverneur du Katanga et candidat à l'élection présidentielle, Moïse Katumbi Chapwe, dans le cadre de l'enquête concernant le recrutement de mercenaires étrangers.
  • Le 19 octobre 2016, il assure la défense en appel de Jo Baron, accusé de la destruction du portique écotaxe de Lanrodec, lors de la révolte des bonnets rouges [33].
  • Le 31 octobre 2016, conseillé par le roi du Maroc Mohammed VI, il prend en main l'affaire du chanteur marocain Saad Lamjarred accusé d'agression sexuelle et de viol, les frais d'avocat sont pris en charge par le palais marocain[34],[35],[36],[37].

Principales affaires judiciaires en cours[modifier | modifier le code]

  • Le 6 février 2017, il annonce représenter la défense des intérets de Théo (voir Affaire Théo), victime de violences par 4 policiers lors de son interpellation à Aulnay-sous-Bois, ainsi que ceux de sa famille[38].

Vie privée[modifier | modifier le code]

En 1991, il épouse Hélène, une ancienne jurée rencontrée lors d'un procès d'assises, avec qui il a deux enfants.

Passionné de chasse, il possède une ferme flamande avec des chiens d'arrêt et des rapaces élevés pour la chasse au faucon[10].

Divorcé, il partage depuis avril 2016 sa vie avec la chanteuse Isabelle Boulay[39].

Publications[modifier | modifier le code]

  • avec Stéphane Durand-Souffland, Bête noire, Éditions Michel Lafon, 2012
  • avec Loïc Sécher, Le Calvaire et le Pardon, Michel Lafon, 2013
  • avec Stéphane Durand-Souffland, Directs du droit , Michel Lafon, 2017

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Maître Dupont Moretti : avocat français de renom » sur Web libre
  2. « Le frère de Merah prend Dupond-Moretti  » - article de Figaro du 28 juin 2012
  3. a et b http://www.francetvinfo.fr/societe/justice/video-13h15-justice-comment-est-nee-la-vocation-de-l-avocat-eric-dupond-moretti_1215803.html
  4. a et b Patrice Trapier, « Eric Dupond-Moretti, en rage et noir », sur Le Journal du dimanche,
  5. Esther Leneman, « Les petites voix » sur Éric Dupond-Moretti, émission sur Europe 1, 2 août 2014, 2 min 35 s
  6. Philippe Bilger (interview) et Éric Dupond-Moretti, « Philippe Bilger les soumet à la question : Éric Dupond-Moretti », sur YouTube, (consulté le 8 juillet 2015)
    L'extrait relatif au grand-père se trouve environ 1 minute 25 secondes après le début de la vidéo.
  7. Eric Pelletier et Anne Vidalie, « "La présomption d'innocence est un leurre" », sur L'Express,
  8. Eric Dupond-moretti, Stephane Durand-souffland, Bête noire, Michel Lafon, , p. 94
  9. a, b et c Bastien Bonnefous, « L'avocat Eric Dupond-Moretti : cour toujours », sur Le Monde,
  10. a, b, c, d et e Marc Pivois, « Direct du droit », sur Libération.fr,
  11. Esther Leneman, « Les petites voix » sur Éric Dupond-Moretti, émission sur Europe 1, 2 août 2014, 31 min 52 s
  12. « Me Eric Dupond-Moretti Bête noire aux Palmiers », sur Corse-Matin,
  13. Joëlle Porcher, « Jacques Viguier, deux fois acquitté », La Dépêche, 6 avril 2010.
  14. a et b Bastien Bonnefous, « Cour toujours », M, le magazine du Monde, no 20924,‎ , p. 44-47 (lire en ligne)
  15. a, b et c Isabelle Horlans, « Eric Dupond-Moretti, l'enragé », sur leparisien.fr,
  16. Émission « On n'est pas couché », 19 mai 2012, France2.
  17. http://www.telestar.fr/2015/photos/les-secrets-d-eric-dupond-moretti-ce-soir-sur-le-divan-de-marc-olivier-fogiel-84323
  18. « Dupond-Moretti & Vey », Site internet officiel,‎ (lire en ligne)
  19. Marc Prévost, « Aubry officiellement candidate en 2014 : quels acteurs de la société civile lilloise autour de Martine ? », sur http://www.dailynord.fr, (consulté le 5 mai 2015)
  20. Eric Pelletier, Anne Vidalie, « La présomption d'innocence est un leurre », L'Express, (consulté le 5 mai 2015)
  21. Stéphanie Fasquelle, « Casadesus, Mavuba, Dupond-Moretti… et quelque 2 000 autres noms au comité de soutien de la candidate PS Martine Aubry », La Voix du Nord, (consulté le 5 mai 2015)
  22. 20 minutes, 5 mai 2015.
  23. Un membre du gang de Roubaix libéré fin janvier, lexpress.fr, 9 janvier 2013
  24. Pascale Robert-Diard, « 64 acquittements au compteur », 28 octobre 2007, sur prdchroniques.blog.lemonde.fr, consulté le 21 novembre 2007.
  25. Des indics vraiment trop discrets, liberation.fr, 6 novembre 2002
  26. Le triple meurtre de l'Estéron avait fait grand bruit en mars 1999, nicematin.com, 21 décembre 2015
  27. Jacques Viguier de nouveau acquitté du meurtre de sa femme, AFP sur Le Monde, 20 mars 2010.
  28. Flore Galaud, « Loïc Sécher définitivement acquitté », Le Figaro.fr, le 24 juin 2011.
  29. « Match de handball truqué : Nikola Karabatic condamné à 10.000 euros d'amende pour escroquerie » (consulté le 10 juillet 2015)
  30. Soren Seelow, « L'acquittement spectaculaire du docteur Muller », Le Monde, no 21396,‎ , p. 10
    Article mis en ligne sous le titre « Le Dr Muller acquitté du meurtre de son épouse » puis « Le docteur Muller acquitté du meurtre de son épouse » (et intégralement consultable, y compris pour les non-abonnés) le 31 octobre 2013, après le bouclage du quotidien imprimé daté du 1er novembre.
  31. chambre criminelle de la Cour de cassation, « [sans titre] », Bulletin des arrêts — chambre criminelle, no 6,‎ , p. 601-604 (lire en ligne)
    Dans le document PDF, contenant 166 pages, l'arrêt, numéroté « 150 », se trouve pages 129-132.
  32. La Cour de cassation annule la condamnation du Dr Muller, Audrey Pelé, lefigaro.fr, 22 juin 2011
  33. [1], letelegramme.fr, 19 octobre 2016
  34. Accusé de viol, le chanteur marocain Saad Lamjarred défendu par le ténor Éric Dupond-Moretti, france24.com, 31 octobre 2016
  35. La star du barreau Eric Dupond-Moretti reprend l'affaire du chanteur Saad Lamjarred, atlasinfo.fr, 31 octobre 2016
  36. Mohammed VI conseille l’avocat Éric Dupond-Moretti à la famille Lamjarred, telquel.ma, 31 octobre 2016
  37. ome, « Le roi du Maroc vole au secours de Saad Lamjarred, soupçonné de viol aggravé », sur Le Figaro (consulté le 2 novembre 2016)
  38. http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/eric-dupont-moretti-avocat-de-theo-la-cour-d-assise-est-encourue-pour-les-auteurs-de-violences-911239.html
  39. http://www.legossip.net/isabelle-boulay-eric-dupond-moretti-rapproches-bonnes-choses/276012/

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Christophe Perrin et Laurence Gaune, Parcours d'avocat(e)s, Le Cavalier bleu, 2010
  • Éric Dupond-Moretti et Stéphane Durand-Souffland, Bête noire, Michel Lafon, 2012
  • Loïc Sécher et Éric Dupond-Moretti, Le Calvaire et le Pardon, Michel Lafon, 2013
  • Éric Dupond-Moretti et Stéphane Durand-Souffland, Directs du droit, Michel Lafon, 2017

Liens externes[modifier | modifier le code]

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