Alexandre Djouhri

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Alexandre Djouhri
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Biographie
Naissance
Nationalité
Activité

Alexandre Djouhri, né Ahmed Djouhri le à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), est un homme d'affaires français d'origine algérienne.

Vie professionnelle[modifier | modifier le code]

Ahmed Djouhri est initié aux affaires par André Tarallo, l’ancien dirigeant d’Elf. À la fin des années 1990, Alexandre Djouhri est recruté par Vivendi Environnement (devenu Veolia). Il est décrit comme un « ami personnel » de son président Henri Proglio[1].

Bon connaisseur de l'Afrique et du Moyen-Orient, ses activités consistent selon la journaliste Raphaëlle Bacqué[2] à être un intermédiaire sur les marchés internationaux de l'eau, des déchets et du pétrole. La journaliste présente Alexandre Djouhri comme un des hommes influents du moment, proche de Dominique de Villepin. Claude Guéant dit de lui : « Il a une connaissance de l’économie et des affaires qui est utile à notre pays[3]. » Sous la présidence de Jacques Chirac, il devient un intime des conseillers présidentiels Maurice Gourdault-Montagne et Dominique de Villepin. Il se rallie en 2006 aux réseaux de Nicolas Sarkozy. Il accompagne Claude Guéant lors de ses déplacements en Libye ou en Algérie[1].

Controverses[modifier | modifier le code]

Faits divers[modifier | modifier le code]

  • En 1981, Alexandre Djouhri est interpellé pour vol à main armée dans l'attaque d'une bijouterie. Faute de preuve à charge, il n'est pas mis en examen[4].
  • En 1986, il est la cible d’une tentative d'assassinat. Son associé de l'époque, David Tordjman, proche du milieu franco-tunisien, gérant en sous-main de plusieurs discothèques parisiennes, a été victime en 1985 d’une tentative d’assassinat. Un rapport de synthèse de la brigade criminelle indique que « les événements violents qui sont intervenus par la suite semblent indiquer qu’un contentieux important oppose le clan Tordjman-Djouhri à une autre bande », et que « Djouhri Ahmed, plus communément appelé “Monsieur Alexandre”, individu de moralité douteuse et dont les activités paraissent aussi lucratives qu’obscures, ne pouvait ignorer qu’il était la cible de tueurs »[5].
  • En décembre 2005, Djouhri est mis en examen après avoir déclenché un pugilat dans l'hôtel Georges-V, agressant avec l'aide d'autres intervenants son concurrent Mohamed Ajroudi, lors d'une réunion concernant Veolia[6].
  • Selon le journaliste Pierre Péan, Djouhri aurait été mêlé à la tentative de meurtre d'un concurrent, l'homme d'affaires Ziad Takieddine[7].
  • L'Express du 9 mars 2010 affirme que Djouhri aurait été l'expéditeur de menaces de mort à l'encontre du conseiller juridique de Nicolas Sarkozy, Patrick Ouart.

Ventes d'armes[modifier | modifier le code]

Selon l'enquête publiée par Pierre Péan dans La République des mallettes, il est décrit comme un intermédiaire dans le cadre de ventes internationales d'armes, proche de Dominique de Villepin mais aussi de Claude Guéant et de Bernard Squarcini, patron du renseignement intérieur français[8].

Un autre intermédiaire spécialiste du Proche-Orient, Ziad Takieddine, considéré comme un « rival » de Djouhri, a déclaré au Journal du Dimanche[9] : « J’accuse Jacques Chirac et Dominique de Villepin, à l’Élysée, et leurs « hommes », le diplomate Maurice Gourdault-Montagne et, notamment, un homme de l’ombre, Alexandre Djouhri, d’avoir, par leurs agissements, fait que la France passe aujourd’hui pour un des pays les plus corrompus au monde et ne vende plus rien à l’international », déclaration mettant en exergue la rivalité existant entre les intermédiaires qui vivent sur les commissions générées par les marchés internationaux.

Liens avec Dominique de Villepin[modifier | modifier le code]

Depuis le milieu des années 1990, Alexandre Djouhri a noué des relations étroites avec Dominique de Villepin. Les deux hommes partagent des vacances et se retrouvent régulièrement, à Paris ou à Monaco. En 2011, durant la guerre en Libye, Alexandre Djouhri orchestre la réconciliation entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy, brouillés depuis l’affaire Clearstream. Le 28 novembre 2013, Alexandre Djouhri acquiert pour 43 000 euros un album original de Tintin appartenant à Dominique de Villepin, lors d’une vente aux enchères à l’hôtel Drouot : le lot n° 120, un des mille premiers exemplaires imprimés de Tintin au pays des Soviets, premier ouvrage de la série des aventures de Tintin[10].

Liens avec la famille Bugshan[modifier | modifier le code]

Des liens d’affaires unissent Alexandre Djouhri avec la richissime famille saoudienne Bugshan. La famille Bugshan est à la tête d’un conglomérat industriel créé en 1923, le Saudi Bugshan Group. Elle est très proche de grands groupes français dont elle distribue les produits en Arabie Saoudite.

Cette famille est cliente de l'avocat Dominique de Villepin depuis 2008. En 2013, De Villepin déclare au quotidien Le Monde qu’il « n’(a) pas de contrat avec ce groupe ». Cette affirmation est démentie catégoriquement par les enquêteurs de l’Office central de lutte contre les infractions financières et fiscales (OCLCLIFF). Selon eux, Dominique de Villepin a effectué des « prestations » pour ce groupe entre 2008 et 2010, facturées 4,2 millions d’euros. L’une d’entre elles surprend les policiers de l’OCLCLIFF. Il s’agit d’une note d’analyse datée de janvier 2009 dont le titre est « Considérations sur les adaptations possibles au défi urbain asiatique à la lumière des évolutions et des prises de consciences récentes », qui s'avère le copié-collé d’une intervention réalisée en novembre 2008 à Téhéran au Forum des villes asiatiques. Entendu le 6 septembre 2016 comme témoin, Dominique de Villepin assure qu’Alexandre Djouhri n’a joué aucun rôle dans ces activités[10].

Le Saudi Bugshan Group est cité dans l’affaire Karachi pour avoir possiblement bénéficié en 1996, via la société Parinvest et sur ordre de l’Élysée, des commissions du contrat de frégates Sawari II passé avec l’Arabie saoudite en 1994[10].

Libye[modifier | modifier le code]

Selon l'hebdomadaire Le Canard enchaîné, au moment des révolutions arabes, l'ambassadeur de France en Tunisie Boris Boillon aurait veillé à l'exfiltration de Libye du directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, Béchir Salah Béchir, dans un jet privé appartenant à Alexandre Djouhri[11]. Pour le site d'information Maghreb Confidentiel, Djouhri et Salah seraient « inséparables » et se seraient envolés pour le Mali en juin 2012[12].

Pierre Péan cite l'ancien ministre de la Défense Hervé Morin, qui lui aurait confié que « Alexandre Djouhri a géré la Libye avec Claude Guéant ». Pierre Péan ne manque pas de rappeler le rôle central de Djouhri dans le règlement de l'affaire des infirmières bulgares détenues en Libye, puis comme médiateur dans le divorce de Cécilia et Nicolas Sarkozy, avec pour objectif de s'assurer du silence de l'ex-première dame contre une pension conséquente[13].

Financement libyen de la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy[modifier | modifier le code]

Alexandre Djouhri est cité dans l’enquête sur un possible financement libyen de la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy. Des indices concordants s’étant accumulés sur un possible versement de fonds par Mouammar Kadhafi pour financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, une enquête judiciaire est instruite depuis avril 2013 par deux juges du parquet national financier (PNF). Il s'agit de déterminer si la campagne présidentielle 2007 de Nicolas Sarkozy a bien fait l’objet d’un financement illicite libyen[14]. Au cours de cette enquête, le domicile suisse d'Alexandre Djouhri fait l’objet d’une perquisition approfondie en mars 2015[15]. Depuis lors, Djouhri ne met plus les pieds en France ou seulement le week-end, comme il le confie à Alain Marsaud « pour éviter une garde à vue »[5].

En septembre 2016, Djouhri ne se rend pas à la convocation d'un juge du PNF dans le cadre de cette enquête. Selon le magazine Marianne, la justice demande alors à Interpol d'émettre et de diffuser un mandat d'arrêt international contre Djouhri[16].

Enquêtes difficiles[modifier | modifier le code]

Deux journalistes de Paris Match, David Le Bailly et François Labrouillère, ont tenté de faire une enquête sur Djouhri. Après avoir posé des questions à Claude Guéant et Bernard Squarcini, la direction de leur journal a décidé d'annuler cette investigation. L'Agence France Presse dans une dépêche du 26 avril 2011 relate cet épisode en supposant une « intervention » d'un proche de Dominique Strauss-Kahn et d'Arnaud Lagardère auprès de la direction du mensuel[17].

Alexandre Djouhri a l'habitude de poursuivre en justice les journalistes qui enquêtent sur lui, ou les journaux qui publient des articles qui lui déplaisent. Il a ainsi obtenu la condamnation du journal Libération pour diffamation publique[18], mais a été débouté par la 17e chambre du tribunal de grande instance de Paris, qui a donné raison à l'Express au sujet de ses révélations concernant des menaces contre Patrick Ouart[19].

Famille[modifier | modifier le code]

Sa famille, originaire d'Algérie, s'est installée à Saint-Denis puis à Sarcelles dans les années 1950[20].

Selon le journaliste Olivier Drouin du magazine Capital, son fils Germain Djouhri a épousé la fille d’un proche de Vladimir Poutine, Sergeï Tchemezov, homme-clé du complexe militaro-industriel russe de Rostekhnologuii[21]. Germain Djouhri résiderait à Londres et serait proche de Jean-Charles Charki, gendre de Claude Guéant[22].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Péan, La République des mallettes, Fayard, septembre 2011. Dans ce livre, Pierre Péan recueille de nombreux témoignages sur le financement occulte de la vie politique. Il s’intéresse surtout à Alexandre Djouhri, un homme d’affaires proche de Dominique de Villepin et de l’Élysée. Selon Pierre Péan, Alexandre Djouhri est devenu « un des hommes les plus puissants de la République. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Les très chers intermédiaires de la Ve République, Le Monde, 5 novembre 2016.
  2. Le Monde, 27 avril 2011.
  3. Guéant : « Alexandre Djouhri est utile à notre pays », Le Nouvel Observateur, 24 avril 2011.
  4. Djouhri, l’agent trouble du pouvoir, Libération, 29 janvier 2011.
  5. a et b Alexandre Djouhri, le petit caïd devenu l’encombrant ami de Sarkozy, Le Monde, 5 novembre 2016.
  6. Mise en examen d'un chiraquien de l'ombre, Libération, 2 décembre 2015.
  7. Marianne, édition du 10 septembre 2011, page 22.
  8. Article du journal 20 minutes, le 11 septembre 2011.
  9. Takieddine: "J'accuse Chirac et Villepin", Le JDD, 30 mai 2010
  10. a, b et c Tintin, l’étrange passion commune d’Alexandre Djouhri et de Villepin, Le Monde, 5 novembre 2016.
  11. Note libyenne sur la campagne de Sarkozy : qui est Bachir Saleh ?, Francetv, avril 2012.
  12. Saleh et Djouhri à pied d’œuvre au Mali, Maghreb Confidentiel.
  13. La République des mallettes, p. 390.
  14. Financement libyen de la campagne de Sarkozy : l’enquête impossible, Le Monde, 3 novembre 2016.
  15. Perquisition à Genève sur la piste d’un éventuel financement libyen de Sarkozy, Le Temps, 31 mars 2015.
  16. Soupçons de financement libyen de Sarkozy en 2007 : mandat d'arrêt international contre Alexandre Djouhri, Marianne, 15 octobre 2016.
  17. Dépêche AFP, 26 avril 2011.
  18. Libération, édition du 18 décembre 2008, page 14.
  19. Alexandre Djouhi débouté des poursuites contre l'Express, L'Express, 14 septembre 2011.
  20. Djouhri, de Sarcelles aux palaces, L'Express, 14 septembre 2011.
  21. Djouhri, l’agent trouble du pouvoir, Libération, 29 janvier 2011.
  22. L’argus des éminences grises, Capital, juin 2010.

Liens externes[modifier | modifier le code]