Milieu marseillais

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Le milieu marseillais désigne le crime organisé en provenance ou opérant dans la ville française de Marseille et sa région proche. Entré dans l'imaginaire collectif de la ville et associé à son image, il fait l'objet d'une littérature abondante et inspire de nombreuses fictions.

Les prémices de l'émergence d'un tel milieu remontent à la fin du XIXe siècle, période où une économie informelle se développe sur le terreau des difficultés socio-économiques de la Belle Époque (surtout parmi les immigrés corso-italiens) et grâce à l'essor du port de commerce international, lieu de captage et de relance.

Ce n'est qu'à partir des années 1930 que l'on peut réellement parler de pègre ou de milieu marseillais. Cette décennie est marquée par la mainmise des parrains François Spirito et Paul Carbone qui, inspirés par les Américains Al Capone et Lucky Luciano, diversifient et amplifient les activités criminelles en France. Jetant les bases d'une organisation hiérarchique fondée sur le clientélisme politique et la corruption policière, les deux malfrats développent une entreprise clandestine influente qui infiltre la société marseillaise jusqu'aux sphères politiques locales et servira de modèle pour les parrains qui leurs succèderont. En parallèle émerge un imaginaire criminel national au sein duquel Marseille devient dans l'inconscient collectif la « capitale du crime en France ».

Le milieu marseillais connait son âge d'or dans les années 1960 avec l'essor de la French Connection, alors que la ville est au cœur d'un trafic international d'héroïne à destination des États-Unis, finalement démantelé par les autorités franco-américaines à l'aube de la décennie suivante. S'ensuit une période d'affrontements violents, à l'issue de laquelle sort vainqueur le dernier véritable parrain de la ville, Francis le Belge, assassiné en 2000.

Au XXIe siècle, le milieu traditionnel s'est affaibli face aux « néo-parrains des cités » dont la source principale d'enrichissement est le négoce du cannabis dans les quartiers les plus défavorisés de la ville et de sa région. Le grand banditisme marseillais apparait désorganisé comme il a pu l'être à d'autres moments de son histoire, faisant s'affronter violemment ces gangs dans une « guerre de tous contre tous » pour le contrôle des activités les plus lucratives, notamment le trafic de stupéfiants et les machines à sous clandestines.

Sommaire

Définition[modifier | modifier le code]

Il n'y a jamais eu de mafia au sens habituel du terme à Marseille. On lui préfère les termes de « pègre » et de « Mitan » au début du XXe siècle, ou de « Milieu » et « crime organisé » au XXIe siècle. Plus généralement, la France n'a jamais connu, à la différence de l'Italie ou des États-Unis, « un système criminel stable s'appuyant sur des structures durables et composées de membres partageant les mêmes codes (rites initiatiques, soumission à la hiérarchie, règles de contrôle interne, loi du silence, etc.[1]) ».

Le sociologue Cesare Mattina définit la mafia telle qu'elle s'est développée en Italie à partir de la fin du XIXe siècle selon trois critères : une entreprise capitaliste à multi-activités et à dimension internationale ; qui exerce sur un vaste territoire une autorité au moins partiellement légitimée par les pouvoirs publics ; et enracinée socialement dans des territoires où une partie de la population reconnaît son autorité. Laurent Mucchielli en ajoute un quatrième : l'usage radical de la violence physique et la détention d'une puissance de feu qui en fait un adversaire des États. Or, pour la pègre marseillaise, rien de comparable n'existe, et n'a jamais existé[2].

Jacques de Saint Victor préfère utiliser le terme de « situation prémafieuse » pour définir le milieu marseillais des années 1930, infiltré à l'époque dans les sphères politiques et répressives et s'appuyant sur un système clientéliste et communautaire. Pour lui, les gangs corso-marseillais ne sont d'ailleurs pas des mafias à proprement parler car leurs modes d’organisation sont loin d’être aussi bien structurés que les organisations mafieuses italiennes et nord-américaines. Ce sont plutôt des « groupes prédateurs à géométrie variable, réunis autour de la personnalité d’un « parrain », voire d’une famille, à laquelle s’agrège, en fonction des opérations, des spécialistes de telle ou telle activité criminelle »[3]. Laurence Montel estime elle aussi que la Corse et la Côte d'Azur aujourd'hui sont plutôt le théâtre de « dérives mafieuses[4] » que d'une réelle mafia.

Histoire[modifier | modifier le code]

1800-1914 : les prémices[modifier | modifier le code]

Avant les années 1880, Marseille connait une criminalité locale plutôt classique composée de délinquants peu organisés. La ville est très loin de l'image violente qu'elle inspire dans l'inconscient collectif des années 1930.

Le criminologue Jean-Paul Brodeur définit le crime organisé comme un groupe menant « des activités illégales d’approvisionnement en biens et services partiellement ou totalement prohibés (...) [et ayant recours au] recyclage illicite du profit de ses trafics ». Or, le blanchiment d'argent est quasi-inexistant à Marseille jusqu’à l’entre-deux-guerres. On parle plutôt de « trafics informels » que de crime organisé[4].

1800-1880 : une criminalité présente mais limitée[modifier | modifier le code]

Les bandits de grand chemin, bien présents à Marseille et ses alentours sous la Révolution, perdurent de façon endémique sous le Premier Empire. À partir de la Restauration, le banditisme traditionnel est remplacé par des vols collectifs de marchandises, des trafics de biens dérobés et de fausse monnaie, ainsi que de la contrebande. À une autre échelle des délits, on compte une petite délinquance formée de cambrioleurs, de voleurs d'auberges et autres chapardeurs des quais, les « quecous » et les « mandri »[5]. Il semble donc qu'une hiérarchie sociale englobant une diversité de pratiques existe dès le début du XIXe siècle.

Entre 1820 et 1870, les grappillages portuaires engendrent un marché dynamique de marchandises volées et d'alcool de contrebande. Si les mieux organisés et les plus sophistiqués sont sans doute les faux-monnayeurs, cette criminalité parait à l'époque, tout comme les bandes parisiennes de la Restauration, limitée et sous contrôle des autorités. À partir des années 1860, le déplacement du trafic portuaire du Vieux-Port vers la Joliette met d'ailleurs un terme aux vols de marchandises sur le quai Rive-Neuve. La criminalité est alors représentée par des bandes de faux-monnayeurs en voie d'internationalisation ainsi que par le retour des bandes de voleurs, dont certaines composées en majorité d'immigrés italiens. Le phénomène migratoire est aussitôt associé dans les discours populaires, voire politiques, à une criminalité possiblement importée des campagnes transalpines[6].

« Dès la fin des années 1860, les administrateurs locaux réclament l’étatisation de la police municipale » comme à Lyon, mais le gouvernement s'y refuse au titre que la classe ouvrière marseillaise semble poser moins de risques que les ouvriers lyonnais[6].

1880-1920 : les nervis et le développement des réseaux criminels[modifier | modifier le code]

Le « nervi » (ou « souteneur ») incarne dans le Marseille de la fin du XIXe siècle la figure du malfaiteur, du voyou, de l'agitateur politique et du récidiviste. Selon l'imaginaire populaire, comparable aux apaches parisiens, il rôde la nuit dans les vieux quartiers devenus des coupe-gorges dans le but de détrousser les passants. Pourtant, les nervis ne semblent pas être les ancêtres du milieu marseillais tel qui apparait au siècle suivant. En effet, si des conflits opposent régulièrement des bandes de quartiers « quartier réservé », ils sont à mettre en perspective avec une montée générale de la violence chez les plus pauvres, souvent des immigrés sous-payés vivant une situation sociale très difficile dans une période de crise économique et de fermeté politique[6].

Les nervis ne sont d'ailleurs pas les acteurs dominants de la criminalité marseillaise de l'époque. S'il n'y a pas encore de milieu à proprement parler, des réseaux puissants et une économie criminelle commencent à émerger, notamment dans le proxénétisme illégal et le trafic de femmes[4], les jeux illégaux, mais aussi le trafic de marchandise volées, soutenu par le développement des échanges maritimes internationaux à partir des années 1880-1890 et à l’essor de la demande de biens de consommation et de loisir. Ceux qui dirigent ces organisations criminelles ont plus de similitudes avec les futures élites du milieu marseillais que n'en ont les nervis, ancêtres des petites mains du crime organisé marseillais[6].

Parallèlement, les lois se durcissent pour endiguer ces phénomènes : le délit de « vagabondage spécial », qui vise les souteneurs et les bonneteurs, est promulgué en 1885, puis une loi de 1893 interdit les paris sur les courses tenus en dehors des hippodromes par les bookmakers clandestins. En 1903, une nouvelle législation sanctionne plus lourdement les trafiquants de femmes, tandis qu'en 1916 les sanctions s'alourdissent pour les trafiquants de stupéfiants[4]. Finalement en 1908, Marseille passe sous le régime de la police d'État[7].

Entre-deux-guerres (1920-1939) : naissance du milieu marseillais[modifier | modifier le code]

Si la criminalités était jusque-là cantonné à des bandes locales, le grand banditisme marseillais évolue radicalement durant l'entre-deux-guerres. Grâce à l'essor des échanges portuaires et l'ouverture de lignes intercontinentales régulières, les trafiquants s'insèrent dans les voies légales du commerce maritime. Ils s'internationalisent, s'organisent et diversifient leurs activités (trafic de femmes, trafic de stupéfiants, machines à sous, etc.) Apparaissent alors les deux premiers grands parrains du milieu marseillais : François Spirito et Paul Carbone. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, les deux hommes sont à la tête d'un empire puissant et industriel qui a dépassé le monde criminel traditionnel pour infiltrer les milieux politiques.

Les années 1920 : la pègre entre dans l'imaginaire marseillais[modifier | modifier le code]

Si la criminalité a grimpé depuis les décennies précédentes, Marseille bénéficie dans les années 1920 d'une image plutôt positive dans une époque en quête d'aventures et d'horizons lointains. Le crime organisé n'est pas encore aussi puissant qu'il ne le sera la décennie suivante, et l'appellation naissante de « Chicago français[8] » semble plutôt provenir d'un imaginaire collectif, qui imagine la ville comme une « pègre d'opérette », que de la réalité objective[6].

Les années 1930 : montée en puissance et avènement du milieu[modifier | modifier le code]

C'est dans les années 1930 que le crime marseillais prend réellement de l'ampleur et qu'apparait ce qui sera appelé le milieu marseillais[9]. On observe, paradoxalement, une baisse de la violence[7],[10], probablement due à la concentration du pouvoir criminel entre les mains de quelques chefs[11] et à la disparition des bandes de quartier. En réalité, ces dernières ont été remplacées par des groupes certes moins visibles, source d'une « violence instrumentalisée » appliquant la « stratégie de la tique » ne pas s'opposer trop ouvertement à la société sous peine d'une réaction violente de sa part qui nuirait aux trafics[7]. Laurence Montel parle d'une probable « domestication de la violence » appuyée par le faible nombre de victimes collatérales lors des affrontements qui ont lieu dans la décennie[6].

Les années 1930 annoncent aussi l'émergence des machines à sous dans les bars, l'apogée de la prostitution illégale et l'essor du trafic de stupéfiants à un moment où la demande outre-Atlantique se fait de plus en plus forte. Les réseaux s'internationalisent d'ailleurs et préfigurent l'âge d'or de la French Connection : par Marseille transite déjà l'opium venu de Chine et du Levant et en partance pour les États-Unis.

Les malfaiteurs sont alors bien plus organisés et défiants face aux autorités répressives : faux papiers d'identité, prête-noms, avocats renommés pour les plus riches, menaces contre les témoins et les jurés[7], etc. Certains malfrats sont parfois tellement intimidants que s'impose l'omertà : des témoins potentiels refusent de parler même en l'absence de menace apparente[6].

La police marseillaise est démunie : elle ne peut quadriller tous les quartiers et, mal équipée, elle a du mal à arrêter des criminels très mobiles. Les faibles perspectives de carrière dans les forces de l'ordre favorisent aussi la corruption et les ententes entre agents et trafiquants. La réputation de la police devient si mauvaise qu'une enquête interne est ouverte en 1938 et met au jour une vaste corruption dans la police des mœurs. La pègre parvient également à infiltrer les sphères politiques et agit pour le compte de certains politiciens : intimidation d'adversaires, contribution aux fonds de campagne, service d'ordre, etc. En retour, les mafieux attendent une protection haut placée en cas de problèmes judiciaires[6] et la possibilité de faire des placements légaux dans le monde des affaires grâce à leurs nouvelles relations[12].

Cette connivence entre truands et politiques est particulièrement marquée par les relations entre Simon Sabiani, premier adjoint à la mairie de 1929 à 1935, et deux figures montantes de la pègre locale, l'Italien François Spirito et le Corse Paul Carbone. Lorsque l'affaire Stavisky éclate en 1934, l'inspecteur Bonny désigne Carbone, Spirito et leur ami Gaëtan de Lussats coupables de l'assassinat d'Albert Prince, conseiller à la cour d'appel de Paris. Les trois hommes, rapidement mis hors de cause faute de preuve, sont soutenus publiquement par Sabiani[13]. C'est alors que débute l'ère du clientélisme et de la corruption[14].

Spirito et Carbone connaissent leur heure de gloire en 1936 quand ils parviennent à faire rentrer 34 tonnes de parmesan italien dans la ville malgré l'embargo français contre les marchandises transalpines. Toute proportion gardée, grâce à leur implantation urbaine, leur fortune en cours de blanchiment, leur ascendant sur les clans corses et l'échelle internationale et quasi-industrielle de leurs trafics, ils détiennent à Marseille un pouvoir similaire à celui d'Al Capone à Chicago au même moment[15].

Face aux deux parrains va rapidement s'élever un clan rival, les frères Guérini, corses eux aussi. Ces derniers s'infiltrent également dans la politique en soutenant la candidature du socialiste Henri Tasso qui remporte des élections municipales de 1935, durant lesquelles les conflits entre partisans politiques se règlent souvent à la gâchette. D'autres figures émergent, comme les frères Noël et Joseph dit « Jo » Renucci[15].

Le banditisme marseillais entre alors dans une « modernité criminelle d'ordre industriel et capitaliste d'inspiration nord-américaine » où les mafieux sont vus comme des criminels puissants menant une vie de faste en toute impunité grâce à leurs relations politiques et industrielles[6].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

L'invasion allemande de 1940 départage les deux clans : alors que les frères Guérini choisissent la Résistance, Carbone et Spirito collaborent avec les occupants. Antoine et Barthélemy dit « Mémé » Guérini espionnent les Allemands, aident les réseaux clandestins, acheminent le matériel parachuté par les Alliés et cachent des soldats britanniques dans les caves de leurs bars. Lors de ces activités souterraines, les deux frères font alors la connaissance de Gaston Defferre, lui aussi engagé dans la Résistance et futur maire de Marseille[11].

Si Mémé reçoit la croix de guerre à la Libération, son frère Antoine doit s'expliquer sur ses relations troubles avec les Allemands au sein de ses établissements nocturne et obtient finalement la quiétude grâce à l'aide de Robert Blémant, un ancien policier devenu délinquant. Après-guerre, le milieu marseillais change de tête et les frères Guérini reprennent les affaires des anciens mafieux Spirito, contraint à l'exil, et Carbone, mort en 1943. Les obsèques de ce dernier à Paris attirent d'ailleurs des personnalités diverses comme un secrétaire d'État, un ambassadeur allemand ainsi que les artistes Mistinguett et Tino Rossi[11].

La French Connection : âge d'or du milieu marseillais (1945-1972)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : French Connection.

Profitant des réseaux internationaux déjà établis entre Marseille et Saigon dès le début du siècle, la ville devient l'une des étapes majeure d'une route maritime transcontinentale fournissant les États-Unis en héroïne où le marché croît rapidement. Cette route de la drogue que l'on appelle French Connection atteint son apogée dans les années 1960 avant d'être démantelée par les autorités françaises et américaines.

Années 1950 : la mise en place d'un réseau transcontinental de trafic d'héroïne[modifier | modifier le code]

Lucky Luciano, Capo di tutti capi américain et l'une des figures les plus importantes de la French Connection.

Début 1950, les dockers marseillais, opposés à la guerre d'Indochine et aux suppressions de postes, font grève et bloquent le port. La situation est autant inacceptable pour le crime organisé que pour le gouvernement français, ainsi que pour les Américains qui craignent une contagion communiste en Europe de l'Ouest. Ce sont alors les hommes de main des malfrats, parfois libérés de prison pour l'occasion, qui jouent le rôle de « briseurs de grève » sous la bienveillance des autorités et avec l'aide de la CIA[16]. Ils libèrent le port en quelques jours et les trafics, légaux ou non, peuvent reprendre.

La position de Marseille en Méditerranée fait d'elle le point central de la French Connection : la morphine-base, issue de la culture du pavot, arrive clandestinement de Turquie par bateau, avant d'être transformée par les chimistes marseillais et réexpédiée sous forme d'héroïne aux États-Unis. Grâce au talent de ses chimistes, l'héroïne marseillaise est à l'époque la plus pure du monde, jusqu'à, dit-on, 98 %[17]. Créé par les mafieux américains Lucky Luciano et Meyer Lansky[8], ce réseau transcontinental est alors principalement gérée par les clans corso-marseillais en France. Ces derniers ne contrôlent pas l'ensemble du trafic et y participent en réponse à l'appel d'offre des Siciliens de New York. Ils constituent plutôt le segment local d'un vaste marché et sont des partenaires commerciaux, voire des sous-traitants, de la bien plus puissante Cosa nostra[18].

Années 1960 : essor et fin de la French Connection[modifier | modifier le code]

La French Connection atteint son apogée dans les années 1960.

En 1962, la French Connection fait l'actualité lorsque l'animateur de télévision Jacques Angelvin est arrêté à New York pour sa participation au réseau. Les réactions faibles des autorités françaises, qui ne considèrent d'abord pas cela comme un problème intérieur, a peut-être facilité l'essor du trafic ; en témoigne la déclaration du Ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin : « c’est votre problème, pas le nôtre, puisque ce sont les Américains qui consomment[19] ».

Au début des années 1960, Marseille fournit 90 % de l'héroïne consommée aux États-Unis[20] et dix ans plus tard, face à l'ampleur du trafic et aux ravages de la drogue sur le sol américain, le président américain Richard Nixon déclare la guerre à la toxicomanie et envoient des agents de la DEA en France. Avec la collaboration de la police française et l’accord du Président Pompidou qui a pris ses distances en 1969 avec Charles Pasqua[21], les saisies de laboratoires clandestins et de quantités importantes de stupéfiants se multiplient. En 1972, la Turquie accepte, sous la pression américaine, de mettre fin à la culture du pavot. Les laboratoires de l'arrière-pays marseillais, déjà mis à mal par les opérations policières, ferment alors les uns après les autres. La mafia américaine, à l'initiative de Santo Trafficante[8] et Frank Lucas, se tourne alors vers le Triangle d'or est-asiatique, région déséquilibrée par de multiples conflits armés et grande productrice de pavot.

Cette nouvelle route de la drogue marque la fin de la French Connection[16], qui s'éteint définitivement en 1973[22] et dont l'interception en 1972 de 423 kg d'héroïne par la police française sur le bateau Caprice des Temps au large de Marseille constitue le dernier épisode marquant[8].

Pour ce qui est des frères Guérini, leur règne avait déjà pris fin peu avant. Alors qu'ils veulent étendre leur influence en s'introduisant dans le monde des jeux parisiens, ils s'associent avec le policier corrompu Robert Blémant. L'affaire tourne mal et s'enchaine une série d'assassinat et de vendettas au cours de laquelle périssent Blémant en 1965, puis Antoine Guérini et son assassin Claude Mondroyan en 1967. Le reste de la famille Guérini, y compris Mémé, est finalement incarcéré à l'aube des années 1970[23].

1968-2000 : la guerre des parrains[modifier | modifier le code]

Dès 1972-1973, à la disparition du clan Guérini et de la French Connection, le milieu connait une période de déstabilisation profonde lorsque s'affrontent dans une guerre sanglante les clans des parrains Tany Zampa et Francis le Belge, marquée par une série de règlements de compte qui prend fin en 1985[10]. Pour Paolo Monzini, cette déconstruction très rapide des systèmes traditionnels du milieu marseillais est accélérée par la croissance de nouveaux marchés illicites très lucratifs, l'apparition de problèmes liés au chômage, la renaissance des bandes de jeunes délinquants, ainsi qu'à l'extension dans le bassin méditerranéen d'organisations internationales plus influentes et structurées comme la Cosa nostra[24].

En 1977, Zampa, qui s'est construit un empire influent, tente de faire assassiner son ancien partenaire Jacky Imbert, dit « Jacky le Mat », qui en réchappe miraculeusement[25]. Les deux hommes entrent alors en guerre. Un épisode rend particulièrement compte de cette période de violence : la tuerie du Bar du Téléphone en 1978 au cours de laquelle dix personnes sont abattues.

Pierre Michel, un juge arrivé de Metz, est alors persuadé que Zampa tient les commandes des établissements de nuit marseillais grâce à l'argent de l'héroïne. Harcelant le milieu, multipliant les perquisitions, allant même enquêter sur la Cosa Nostra à Palerme, il est abattu en 1981 alors qu'il circule en moto sur le boulevard Michelet, six ans après la mort du juge François Renaud à Lyon.

La vague d'assassinats continue et on assiste aux meurtres des mafieux Marcel Francisci (1982), Gilbert le Libanais (1983) et Paul Mondoloni (1985). Zampa, principal suspect du meurtre du juge Michel, est arrêté en 1983 avant de se suicider quelques mois plus tard en détention.

Francis le Belge décide, à la suite de ces événements, de se faire plus discret et quitte la région marseillaise. Il est pourtant dénoncé pour une affaire de trafic d'héroïne par François Scapula et arrêté en 1988. Il retrouve rapidement la liberté puis gère ses affaires depuis Paris, dans une semi-retraite qui s'achève avec son assassinat en 2000. Après avoir supprimé le reste du clan Zampa aux côtés de Francis le Belge, Jacky le Mat entre également dans l'anonymat puis s'éloigne peu à peu du milieu[26].

Depuis les années 2000[modifier | modifier le code]

Dès les années 1980, des réseaux importants de trafic de drogue se développent dans les cités défavorisées de la ville[27]. Profitant de la hausse de la consommation de marijuana au sein de la population française[28], au moins quarante de ces grands ensembles[29] se sont transformés en « véritables supermarchés des drogues à l'échelle d'une vaste clientèle métropolitaine »[30], parmi lesquels La Castellane, Campagne Lévêque ou encore Frais Vallon.

Émergence du « néo-banditisme de cité »[modifier | modifier le code]

Depuis la mort de Francis le Belge en 2000, qui avait progressivement repris en main le milieu marseillais depuis sa semi-retraite parisienne[26], le milieu semble dans un état de relative désorganisation[18], comme lors les années 1970 à la chute de l'empire Guérini. Il apparait aussi que le vide hiérarchique survenu après le décès du parrain ait entrainé des prises de pouvoir de « caïds de cité » locaux contrôlant le trafic de cannabis dans les quartiers déshérités de la région. Le marché de la drogue est devenu, par les bénéfices immenses qu'il engendre, le dénominateur commun de l'activité de l'immense majorité des malfrats. La plupart des affaires criminelles, du règlement de comptes au braquage, sont dorénavant liées de près ou de loin aux stupéfiants[31],[27].

Farid Berrahma, ancien lieutenant de Francis le Belge et pionnier du néo-banditisme de cité et du trafic de cannabis, contrôle une grande partie de ces réseaux de revente de stupéfiants au début des années 2000. Alors que son influence grandit, il se retrouve confronté au milieu traditionnel sur un de ses terrains, le contrôle des machines à sous autour de l'étang de Berre, et finit assassiné en 2006 par un commando corse dirigé par Ange-Toussaint Federici[14],[31]. Pour le criminologue Alain Bauer, l'assassinat de celui qui a mené une « opération d'indépendance » contre le milieu traditionnel a ouvert la porte à la « guerre de sécession » actuelle[10].

« Balkanisation » du milieu[modifier | modifier le code]

À la mort de Berrahma, un « émiettement des réseaux » s'effectue. D'autres narco-trafiquants de cités (comme Saïd Tir[32] ou les frères Bengler), de plus en plus puissants à mesure que le trafic de stupéfiants s'intensifie, s'affrontent entre eux, voire prennent le contrôle de marchés jusqu'alors réservés au grand banditisme traditionnel (braquage de banques et de fourgons, trafic d'armes, racket, etc.) et dirigés par des figures du milieu historique comme Roland Gaben, Raymond Mihière dit « le Chinois », Joël le Libanais, le Gang de la brise de mer ou le clan Barresi-Campanlela[33].

De cette guerre des clans pour le contrôle ou la succession des territoires[10], aucun d'entre eux ne parvient à s'imposer et assoir son pouvoir sur une grande partie de la ville comme ce fut le cas auparavant. Les caïds de cités sortent affaiblis de ces conflits et, fin 2013, certains d'entre eux sont morts ou en prison, et leur équipe désorganisée. Pourtant, grâce à l'empire financier qu'ils se sont construits grâce aux stupéfiants, le rapport de force avec les malfrats traditionnels s'inverse, et les chefs de clans des cités semblent désormais détenir le pouvoir au sein du milieu marseillais[31] face à des figures historiques qui ont perdu de l'influence[10]

On assiste ainsi depuis 2012 à des alliances entre membres du milieu traditionnel, corso-marseillais principalement, et des têtes de pont du néo-banditisme, celui des cités. Dès lors, le milieu traditionnel, qui possède des contacts internationaux pour l'approvisionnement de drogues (la cocaïne sud-américaine par exemple), et ces néo-parrains de cité, qui en contrôlent l'écoulement, doivent s'allier. Dans les années à venir, on pourrait observer une nouvelle structuration du milieu, avec une concentration de ces trafics dans les mains de quelques parrains traditionnels et de cités[31].

Règlements de compte[modifier | modifier le code]

Le règlement de comptes se définit par l'action de régler soi-même un différend, souvent par la violence[34]. Selon Gilbert Cordeau, ce type d'assassinat est lié à trois profils de situations : la délation, les conflits liés aux transactions entre criminels, et les conflits liés à la compétition pour un marché ou un espace[35].

Pour le docteur en géopolitique Jean-Charles Antoine, la poly-criminalité des acteurs de cette multitude de « milieux » locaux « a dilué la puissance des alliances criminelles, favorisant d’autant les trahisons, et donc les règlements de comptes sanglants ». Selon lui, avec la hausse des règlements de compte depuis les années 2000, une forme de résignation s’installe même chez les jeunes criminels qui décident de « vivre pleinement leurs quelques années de « flambe » et d’argent facile, conscients de leur fin possible »[36].

Laurent Mucchielli affirme que les violences récentes ne sont pas nouvelles et ne paraissent pas plus fréquentes que durant les grandes heures du grand banditisme local. Lui aussi explique ce phénomène par la multiplication des points de vente de drogue dans les quartiers, qui entraîne une concurrence accrue et des guerres violentes entre bandes rivales pour s'en accaparer les profits. Des réseaux corses, gitans et maghrébins collaborent ou s'affrontent dans un vaste réseau diversifié et complexe[18] pour le contrôle des machines à sous et du trafic des stupéfiants[1]. La professionnalisation moindre des protagonistes qui, bien plus jeunes, n'ont parfois pas le même sang-froid et les mêmes règles que les anciens parrains[10], apparait aussi comme une explication à ce phénomène.

Constat appuyant cette hypothèse, l'intensité des règlements de compte semble associée à des périodes de désorganisation du milieu au cours de son histoire. Les homicides liés au milieu criminel passent d'une soixantaine dans les années 1900 à une vingtaine dans les années 1930[7], quand Carbone et Spirito dominent la ville. Pour la seule année 1985, on dénombre, d'après les souvenirs d'une source policière de l'époque, environ 45 règlements de compte[37] dans une période où s'affrontent Francis le Belge et le reste du clan Zampa. Quelques années plus tôt en 1978, la tuerie du Bar du Téléphone, théâtre de 10 morts en une seule journée, témoigne de l'intensité de la violence criminelle d'alors.

Dans le contexte actuel, en 2016, on assiste logiquement à sa recrudescence depuis le milieu des années 2000. Le quotidien La Provence établit le nombre de morts liés aux règlements de compte à Marseille et dans sa proximité à 170 entre 2008 et avril 2015[38].

Activités[modifier | modifier le code]

Trafic de drogue[modifier | modifier le code]

La Castellane s'est récemment transformé en « supermarché de la drogue », à l'image de nombreuses autres cités de la ville.

S'il est la principale source de revenu de l'actuel grand banditisme marseillais, le trafic de drogue n'est pas nouveau à Marseille. Il a même connu trois grandes époques dans l'histoire : l'ère de l'opium dans les années 1930, celle de l'héroïne dans les années 1960 et enfin l'ère actuelle, celle du cannabis et, dans une moindre mesure, de la cocaïne.

En 2015, le cannabis s'adresse à une population incomparablement plus grande que celle des autres drogues, et Marseille reste le point d'entrée maritime français du sud et un proche voisin de la région du Rif au Maroc, premier producteur de marijuana. La liaison est directe par bateau ou indirecte par la route en passant par l'Espagne[2] au moyen de go fast.

Le trafic de drogue générerait, dans les années 2010, de 10 à 15 millions d'euros de bénéfices par mois dans la ville[31]. En 2014, les dix cités les plus importantes ont accueilli en moyenne plus de 1 500 clients par jour ; jusqu'à 3 000 pour le réseau le plus important, celui de La Castellane. Cette dernière est considérée comme le symbole du trafic de cannabis à Marseille, avec un chiffre d'affaires atteignant jusqu'à 50 000 euros par jour en 2013 dans la seule Tour K[39]. Un document de comptabilité concernant la cité de La Visitation saisi par la police en 2011 permet de mieux comprendre le fonctionnement de ces réseaux. Le kilo de haschich acheté 2 250 euros génère un bénéfice de plus de 10 000 euros. Le coût de fonctionnement (paiement des intermédiaires, de la main d'œuvre, etc.) s'est élevé à 50 000 euros par mois[40].

Chaque réseau possède la même division hiérarchique du travail et reprend en quelque sorte la pyramide traditionnelle de la mafia avec ses soldats et ses capi. En bas de l'échelle, les « choufs » (les guetteurs), souvent très jeunes, surveillent les abords des cités et préviennent de l'arrivée de la police contre 30 à 100 euros par jour[41]. Viennent ensuite les « charbonneurs » (ou vendeurs) qui occupent les points de vente (ou « plans stup ») et servent les clients pour un salaire d'environ 4 à 6 000 euros par mois[42],[43]. Enfin, le gérant dirige le point de vente et gère l'approvisionnement. D'autres « métiers » existent en parallèle, comme les « nourrices » qui sont chargées de stocker la drogue chez elles en échange d'un salaire et de la protection des narcotrafiquants, les « réapprovisionneurs » qui ravitaillent les vendeurs en drogue, les « coupeurs » qui découpent les lamelles de haschich, ou les « go fasters » qui traversent la frontière espagnole en dissimulant la drogue dans leurs véhicules pour alimenter la ville en cannabis[44].

Machines à sous et jeux illégaux[modifier | modifier le code]

Dès les années 1930, le secteur des jeux prohibés se recompose autour des machines à sous placées dans des bars et contrôlées par des malfaiteurs[6].

Dans les années 2010, les machines à sous prennent la forme de jeux de table (bingo, poker, etc.) ressemblant à des flippers et installés dans les débits de boissons et qui rapporterait en France de 4 à 6 000 euros par mois, partagés à moitié entre le placeur de la machine, appelé "placier"[45], et le gérant de l'établissement d'accueil[10].

Trafic d'armes[modifier | modifier le code]

Le trafic d'armes remonte au moins à la guerre d'Espagne (1936-1939), période durant laquelle Marseille devient une plaque tournante de la contrebande d'armes vers la péninsule ibérique[12]. Porte d’entrée pour les armes en provenance du Sud de l’Europe ou des Balkans, Marseille est la destination d'une partie d'entre elles arrivant clandestinement en France. Au début des années 1990, au même titre celui de Toulon, son port occupe déjà une importance stratégique pour les mouvements indépendantistes corses qui font transiter les armes achetées illégalement par ces deux villes[36].

Pourtant, les filières d'approvisionnement locales ne sont globalement pas plus développées qu’en Île-de-France, à Lille ou à Lyon et fonctionnent de la même manière. En amont de la transaction, un intermédiaire acquièrent des armes auprès d’un cambrioleur les ayant dérobé chez des particuliers ou des clubs de tir, de passeurs de frontières qui les acheminent depuis l'ex-Yougoslavie, ou encore auprès de criminels remilitarisant des armes mises hors d'usage[36].

En 2015, l'éclatement du milieu marseillais et la recrudescence des règlements de compte favorisent ce commerce, tout comme l'architecture des cités qui offre des possibilités de caches dans les caves communes. Comme à Paris et à Lyon, les « caïds de cité » semblent disposer d'un arsenal important qu'ils mettent à la disposition des membres de leur bande. Ainsi, on assiste non pas à une hausse du nombre d'armes à feu dans ces quartiers, mais à leur mutualisation entre malfrats[46].

Prostitution[modifier | modifier le code]

La prostitution est longtemps restée cantonnée au quartier réservé, dont les limites sont fixées en 1878[47] dans le bas de la vieille ville, derrière la mairie, pour surveiller et circonscrire le sexe tarifé. Surtout fréquentées par les marins et les soldats, on y compte 89 maisons de tolérance dans les années 1880. Dans les années 1930, il existe 195 établissements de prostitution à Marseille, ce qui traduit l'explosion dans le reste de la ville de la prostitution clandestine au sein des hôtels de passe et autres maisons de rendez-vous. Ce nouveau phénomène, qui concurrence les « filles en cartes » du quartier officiel, s'explique par une plus grande volonté de discrétion des clients et le milieu s'intéresse rapidement à la manne financière que représente cette nouvelle pratique[7].

En 1932, le secteur légal s’accroît après un arrêté autorisant les maisons de rendez-vous en dehors du quartier réservé. Beaucoup d’établissements clandestins sortent alors de l'illégalité. Les établissements prohibés continuent toutefois leur essor, en particulier les hôtels de passe[6]. Le quartier réservé, considéré par les nazis comme un repaire de résistants, de Juifs et de bandits, est détruit en 1943 sur ordre de l'état-major d'Hitler.

En 2015, les quartiers de l'Opéra et du Jarret, ainsi que les rues Curiol et Sénac, où elle est présente depuis près d'un siècle, sont les hauts lieux de la prostitution à Marseille[48].

Rôle des autorités[modifier | modifier le code]

Corruption politique locale[modifier | modifier le code]

Années 1930 : l'ère du clientélisme et de la corruption[modifier | modifier le code]

Les grands partis politiques des années 1930, à l’exception du Parti communiste, s’offrent à Marseille les services d’agents électoraux qui, pour beaucoup, sont issus du milieu[6],[14].

Quand le frère de Paul Carbone, François, est accusé du meurtre du proxénète Harry Sylla en 1929, la rumeur veut alors que Simon Sabiani serait intervenu pour le libérer[49]. Ce dernier a d'ailleurs créé un poste d'inspecteur des stades à la mairie pour le plus jeune des frères Carbone, Jean[50],[15]. Le mafieux Noël Renucci est chargé du service d'ordre du SFIO[6] avant de devenir un proche du député Fernand Bouisson[12],[51].

À partir de l'élection d'Henri Tasso à la mairie en 1935, les frères Guérini, qui l'ont soutenu dans sa campagne, profitent de sa mandature pour faire rentrer à la mairie certains membres de leur entourage et investissent dans les bars et les établissements de nuit les gains qu’ils ont amassés grâce à la prostitution[4]. On relève ainsi 77 repris de justice parmi les 2 000 employés municipaux recrutés au cours de ces années[52]. La cousine des Guérini, Restitude, est par ailleurs mariée à Horace Manicacci[53], l'une des plus importantes figures socialistes locales, et ils sont connus pour être proches du sénateur Léon Bon[50],[51].

1945-1980 : affaiblissement progressif du milieu dans la sphère politique locale[modifier | modifier le code]

Dès les années 1950 et malgré l'essor naissant de la French Connection, les autorités politiques, et notamment la SFIO, profitent de la nouvelle donne économique et sociale d'après-guerre pour réduire le pouvoir politique du milieu corso-marseillais. Plus de la moitié des programmes immobiliers lancés à Marseille dans les années 1960 concerne des logements sociaux, alors qu'ils sont dans le même temps complètement inexistants à Naples ou Palerme, villes livrées aux promoteurs privés et au détournement d'argent public. Le rôle central et l'autorité de l'État français, comme l'appui des relais étatiques locaux, ont ainsi permis de contrôler l'usage des fonds publics et de garantir une certaine efficacité[8].

Si la présence du milieu dans les sphères politiques locales s'est affaibli, il n'a pas disparu pour autant après-guerre. Quelques amis ou proches collaborateurs du maire Gaston Defferre, comme ses gardes du corps Nick Venturi et Antoine Paolini, fréquentent les figures du milieu de l'époque comme les frères Guérini. Defferre a d'ailleurs rencontré Mémé Guérini durant la Résistance[4]. Pourtant, Venturi incarne seulement pour Laurence Montel « la survivance d'un monde révolu, (...) l'une des dernières figures du milieu à jouer un rôle aussi stratégique auprès des instances municipales. » et les relations politico-criminelles se font de plus en plus discrètes[4]. Les relations entre les Guérini et Defferre paraissent aussi plus complexes que celles qui ont lié les parrains aux hommes politiques des années 1930. Pour l'ancien député marseillais Charles-Émile Loo, Defferre « connaissait les Guérini (...) mais il faisant bien attention à ne pas trop en dépendre »[15].

Les forces politiques parviennent ensuite à rompre presque pleinement avec les anciennes logiques clientélistes, les années 1960 marquant pour Jacques de Saint Victor le « triomphe du pouvoir technocratique sur celui des notables traditionnels »[8].

Dans les années 1970 et 1980, les relations entre le milieu et les sphères politiques se distendent encore plus. Pour Michel Péraldi et Michel Samson, cet éloignement progressif s'explique par l'accroissement de la distance sociale entre trafiquants et élus, la diminution des luttes politiques et la dégradation de l'image des trafiquants dans la population.

Paola Monzini montre que l'intérêt d'un rapprochement avec des politiques locaux devient moins évident alors que les trafics prennent une dimension internationale à cette époque[4]. En comparant le clan Toci, opérant au sein du milieu marseillais dans les années 1980, et le clan Alfieri, originaire de Naples à la même époque, elle conclut que malgré une organisation et un usage de la violence comparables, les Napolitains possèdent un réseau d'échanges et d'influences bien plus étendu. À la différence du crime organisé marseillais, ils entretiennent des rapports quotidiens avec des entreprises, des partis politiques et des administrations publiques. Aujourd'hui encore à Naples, les plus grandes équipes criminelles occupent un rang social, politique et économique important, ce qui n'est plus le cas à Marseille depuis longtemps[24].

Depuis les années 1980 : résurgence des liens « politico-crapuleux »[modifier | modifier le code]

Après la « normalisation » de la période précédente, les spécialistes observent un net renforcement des liens politico-crapuleux à partir des années 1980-1990 à Marseille comme à Toulon et à Nice[3]. Divers scandales politico-financiers ont par ailleurs récemment éclaté comme l'affaire Guérini, dont le jugement n'a pas encore été prononcé en 2015[54], ou la condamnation à un an de prison ferme pour la député Sylvie Andrieux pour détournement de fonds publics[55].

Responsabilité des États[modifier | modifier le code]

Années 1930 : une influence limitée au sommet[modifier | modifier le code]

Dans les années 1930, il est manifeste que des trafiquants disposent de réseaux de relations dépassant l’échelle locale jusqu'à la capitale[4]. Paul Carbone est réputé proche du préfet de police de Paris Jean Chiappe[56], ce qui lui a probablement facilité ses activités dans la capitale, notamment l'investissement dans des boîtes de nuit à Pigalle[50],[57]. Par l’intermédiaire de son ami Gaëtan de Lussats, il a sûrement des entrées dans certains milieux politiques parisiens. Mais ces protections, si elles dépassent l'échelle locale, n’atteignent jamais le haut niveau de l’État. Ce sont plutôt des « enrichissements de connexions inter-personnelles »[4].

Jeu des pouvoirs en 1939-1945 et après-guerre[modifier | modifier le code]

Durant la Seconde Guerre mondiale, la frontière s'estompe cependant entre pouvoirs publics et milieux criminels. Les représentants du pouvoir, qu'ils soient dans le camp de Vichy ou de la Résistance, s'entendent souvent avec les trafiquants, à Marseille comme à Paris. Au service des collaborateurs, les malfrats se chargent par exemple de la torture des opposants ou de la réquisition des biens juifs contre une impunité à leurs trafics, très diversifiés dans le contexte du moment (racket des suspects, marché noir, etc.) Les truands ayant choisi l'opposition à l'occupant cachent eux les individus recherchés dans leurs caves, fournissent de faux-papiers ou participent à des opérations de sabotage grâce à leurs connaissances criminelles. Si certains ont pu agir par patriotisme ou bien pour s’acheter une conduite, il est probable que ces services aient souvent été monnayés[4].

Pourtant, peu de trafiquants semblent acquis à un seul camp et leurs motivations sont plus floues qu'il n'y parait. Si Paul Carbone et François Spirito choisissent la collaboration, Marie Paoleschi mentionne quelques réticences de la part de Carbone à rejoindre les Allemands. De la même manière, Antoine Guérini reçoit les soldats et les officiers nazis dans ses établissements tout en rendant de discrets services à la Résistance, avant de la rejoindre officiellement[4].

Quoi qu'il en soit, ceux qui ont côtoyé les réseaux résistants se trouvent en position favorable à la Libération. Ils ont gagné une légitimité sociale et des relations précieuses dans les milieux gaullistes et socialistes. Les pouvoirs publics leur ont délégué une partie de la violence légitime, inaugurant des pratiques qui perdurent après la guerre dans la clandestinité. Ces connivences paraissent d’autant plus utiles pour le milieu que les trafics s’organisent désormais à des échelles supra-locales, et que leur répression peut prendre une tourneur internationale[4].

Par exemple, le mafieux Jo Renucci, après avoir collaboré, rejoint la Résistance et participe à la libération de Marseille. Il adhère en 1947 au RPF gaulliste et se lie d'amitié avec le député Antoine Chalvet. Ils sont tous les deux cités dans une affaire de vol de bons du Trésor en 1949[8]. Selon Renucci, une partie du butin aurait été récupérée pour des financements politiques[15].

La CIA collabore elle aussi avec le milieu marseillais à la même époque. En 1947, craignant une contagion communiste, elle utilise des gangs corso-marseillais pour mettre fin à la grève syndicale qui bloque le port de Marseille[8], tête de pont pour les livraisons du plan Marshall vers l'Europe. La CIA aurait remis armes et argent au milieu marseillais pour briser les piquets de grève communistes et menacer les leaders syndicalistes[58]. Lors d'une grève au début de l'année 1950, les services secrets américains interviennent à nouveau en fournissant argent et appui aux organisations corses, avec l'aval discret du ministre de l'Intérieur Jules Moch[4],[58],[56]. Yvonnick Denoël avance même que cette collaboration aurait facilité l'essor de la French Connection, les premiers laboratoires apparaissant en 1951[58].

Rôle de l'État français pendant la French Connection[modifier | modifier le code]

À l'aube des années 1970, le président américain Richard Nixon, décidé à démanteler la French Connection, accuse le gouvernement français et la police française de passivité face à ce réseau. Les autorités américaines estiment alors que ce manque d'implication dans la lutte contre le réseau est en partie lié aux appuis dont certains trafiquants semblent bénéficier en haut lieu[22],[59],[60].

Cependant, d'autres facteurs peuvent expliquer cette apathie de l'État comme la faiblesse de la consommation de drogue en France jusqu'à la fin des années 1960, les efforts importants qu'exige déjà la Guerre d'Algérie jusqu'en 1962 ou l'opposition à l'ingérence américaine des gaullistes[4]. Le ministre de l'Intérieur français Raymond Marcellin, au début peu concerné par ce problème[19], décide d'intervenir et la collaboration des autorités françaises et américaines finit par mettre un terme au trafic de la French Connection[8].

En 1972, le magazine Time évoque l'existence à Marseille d'une Union corse. Cette prétendue organisation secrète serait un syndicat du crime unifié composé d'une quinzaine de familles corses, à la manière des familles américaines de la mafia. L'hebdomadaire américain avance même que « pour l'extermination des informateurs, l'Union corse a la réputation d'être plus rapide et plus radicale que la mafia » et qu'elle aurait « infiltré ses membres dans les services gouvernementaux ». La plupart des policiers français et experts américains estiment qu'il n'existe pas, comme l'a présenté le Time, de mafia corse pyramidale avec un conseil d'administration unique infiltré dans les rouages de l'État. Il s'agit plutôt d'une « galaxie de clans séparés, tantôt alliés, tantôt ennemis, qui ont profité de circonstances historiques particulières pour prendre leur essor et qui savent jouer d'une certaine capillarité avec l'appareil politique et administratif pour se protéger »[15].

Enfin, si Marcel Francisci et les Venturi, qui prennent en charge la production d'héroïne à la disparition des Guérini, gravitent dans les milieux du service d'action civique (SAC) et des cercles gaullistes, on aurait tort pour l'historien Alexandre Marchant « d’y voir derrière la main de l’État ». Le SAC a en effet été un groupe politique « très hétérogène sociologiquement et distinct des structures de l’État gaulliste », servant volontairement la République gaulliste sans que cette dernière ne se mêle de ses affaires. Enfin, la collaboration franco-américaine n'a pas attendu le début des années 1970 pour porter des coups contre le milieu marseillais, comme en témoigne l'affaire du Clos-Saint-Antoine en 1964, qui conduit au démantèlement d'un important laboratoire clandestin près d'Aubagne et à l'arrestation du chimiste Jo Cesari[60].

Depuis les années 1970 : dissipation des relations crimino-institutionnelles[modifier | modifier le code]

Les relations entre le milieu et les pouvoirs publics semblent se dissiper complètement à partir des années 1970 avec la fin de l’État gaulliste et de la génération politique issue de la Résistance. L’arrestation de Mémé Guérini suggère par ailleurs que les prétendues protections du clan ont déjà cessé à la fin des années 1960.

Le crime organisé français n'est d'ailleurs pas aussi puissant qu'il a pu l'être dans d'autres pays, l’État conservant la maîtrise de la violence légitime même s’il l’a temporairement et partiellement déléguée de manière clandestine au milieu. À l'opposé, l'État italien fait face à des organisations mafieuses puissantes dont le pouvoir se fonde sur le contrôle de territoires entiers et une infiltration progressive de l’économie légale. La Corse et la Côte d'Azur, y compris Marseille, sont plutôt le théâtre de « dérives mafieuses[4] ».

Scandales policiers[modifier | modifier le code]

En 1938, le commissaire Robert Picq, nouvellement arrivé dans la ville, découvre dans le cadre d'une enquête mineure qu'une prostituée est protégée par le commissaire de la brigade des mœurs. Il émet un rapport qui alerte ses supérieurs et l'Inspection générale des services administratifs mène une enquête interne auprès du ministre de l'Intérieur Albert Sarraut en 1938. Elle révèle de nombreux cas de corruption et de liens entre prostitution, jeux illégaux et forces de l'ordre. Le président du Syndicat des inspecteurs a par exemple pour maîtresse une ancienne fille de joie accueillant chez elle du proxénétisme illégal et on va jusqu'à retrouver la photo d'un sous-chef de la Sûreté dans une maison de passe illégale[50],[51].

Le 2 octobre 2012, un scandale de corruption policière éclate au sein de la brigade anti-criminalité (BAC) nord. Accusés de vol et d'extorsion en bande organisée aux dépens de dealers[61], dix-sept policiers ont été mis en examen et trois ont été révoqués. L'enquête se poursuit en 2015 et la véracité des faits est toujours en question[62].

Lieux et populations[modifier | modifier le code]

Le Vieux Marseille[modifier | modifier le code]

Les quartiers autour du port comme Le Panier voient se développer une économie criminelle conséquente à partir de la toute fin du XIXe siècle.

La vieille ville constitue déjà sous le Second Empire le plus important foyer de violences de Marseille et les bandes criminelles les plus remarquées des années 1860 y ont leurs attaches. Pourtant, il faut attendre les années 1880 et la création du quartier réservé à la prostitution pour que les observateurs la considèrent comme de « dangereux bas-fonds cosmopolites, peuplés de récidivistes » et de nervis et fassent d'elle le principal espace criminel de la ville, surtout le quartier réservé et ses alentours[63].

À partir des années 1930 cependant, les vieux quartiers perdent leur fonction centrale de la criminalité marseillaise. Ils sont par exemple le théâtre de 45 % des homicides de 1934 à 1938, alors qu'ils ont été le terrain de 65 % d'entre eux entre 1904 et 1908[7].

Les cités sensibles[modifier | modifier le code]

Immigration[modifier | modifier le code]

Comme New York et sa mafia italienne, l'histoire du milieu marseillais est liée à l'immigration, notamment italienne et corse.

Dès la fin du XIXe siècle, les « nervis » sont associés à l'immigré transalpin, stigmatisé alors dans une ville où se forge le stéréotype de « l'Italien manieur de couteau[64] ». Cette surreprésentation italienne dans la criminalité de l'époque s'expliquerait par une démographie plus criminogène (jeunesse, masculinité, célibat), le fait que les nouveaux arrivants évoluent souvent dans les quartiers les plus populaires de la ville et le contexte politico-social difficile qui favorise l'alcoolisme et la violence dans le monde ouvrier[6]. Comme les Italiens, les Corses sont attachés aux valeurs patriarcales de la famille et du village. Quittant la misère des campagnes pour une ville trop grande et pour eux inquiétante, ils se tournent souvent vers le système traditionnel du clan qu'ils reconstituent[12].

Au XXIe siècle encore, le néo-banditisme des cités, originaire des quartiers les plus défavorisés de la ville, profite des difficultés socio-économiques d'une jeunesse[2] souvent issue de l'immigration africaine pour recruter sa main d'œuvre. De grandes figures du milieu sont par ailleurs issues de l'immigration corso-italienne comme François SpiritoPaul Carbone, Jo Renucci, les frères Antoine et Barthélemy dit « Mémé » Guérini et Tany Zampa.

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Imaginaire collectif[modifier | modifier le code]

Dans l'entre-deux-guerres, et surtout dans la deuxième moitié des années 1930, la réputation du milieu dans l'imaginaire collectif fait de Marseille la « capitale du crime en France »[13]. Pour Laurence Montel, à cette époque « la pègre prend une part importante de l’imaginaire criminel et Marseille un pôle essentiel de celui-ci »[6].

Au cinéma[modifier | modifier le code]

À la télévision[modifier | modifier le code]

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

Dans la chanson[modifier | modifier le code]

Alibert - Les Gangsters du Château d'If

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Les travaux utilisés pour rédiger cet article sont indiqués par ce symbole Document utilisé pour la rédaction de l’article.

Sur le milieu marseillais[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • « Les Policiers français et le Front populaire 1936-1938 », Provence historique, no 199,‎ (lire en ligne [PDF]) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-Charles Antoine, « Le Trafic d'armes légères et de petit calibre en région marseillaise : ville symptôme d'un mal français », Hérodote, vol. 3, no 154,‎ , p. 134-143 (ISSN 0338-487X, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Laurence Montel, « Crime organisé et politique en France, aperçu historique », Pouvoirs, vol. 1, no 132,‎ , p. 17-27 (ISSN 0152-0768, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Laurence Montel et Céline Regnard, « Le Banditisme et la criminalité organisée à Marseille : une histoire ancienne », MMSH,‎ (lire en ligne [PDF]) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Paolo Monzini, « Groupes criminels dans la ville : une comparaison Naples Marseille (Note) », Méditerranée, vol. 96, no 1,‎ , p. 37-40 (DOI 10.3406/medit.2001.3202, lire en ligne)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-Louis Planche, « Modèle de souveraineté français. Incivilités et violences à Oran et Marseille (1919-1939) », Cahiers de la Méditerranée, vol. 61, no 1,‎ , p. 91-119 (DOI 10.3406/camed.2000.1293, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Sur la French Connection[modifier | modifier le code]

  • Alexandre Marchant, « La French Connection, entre mythes et réalités », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, vol. N° 115,‎ , p. 89-102 (ISSN 0294-1759, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Biographies[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

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  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o et p Laurence Montel, « Crime organisé et politique en France, aperçu historique », Pouvoirs, vol. n° 132,‎ , p. 17-27 (ISSN 0152-0768, lire en ligne).
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