Françoise Nyssen

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Françoise Nyssen
Illustration.
Françoise Nyssen en 2017.
Fonctions
Ministre de la Culture
En fonction depuis le
(1 an et 3 mois)
Président Emmanuel Macron
Premier ministre Édouard Philippe
Gouvernement Philippe I et II
Prédécesseur Audrey Azoulay
Biographie
Date de naissance (67 ans)
Lieu de naissance Etterbeek (Belgique)
Nationalité belge (depuis 1951)
française (depuis les années 1990)
Père Hubert Nyssen
Diplômée de Université libre de Bruxelles
Profession éditrice

Françoise Nyssen, née le à Etterbeek (Belgique), est une éditrice et femme politique belgo-française.

Co-directrice de la maison d'édition Actes Sud, fondée par son père Hubert Nyssen, elle est nommée le 17 mai 2017 ministre de la Culture du gouvernement Édouard Philippe, sous la présidence d'Emmanuel Macron.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation et débuts[modifier | modifier le code]

Fille d'Hubert Nyssen, fondateur des éditions Actes Sud, Françoise Nyssen fait sa scolarité au lycée français de Bruxelles. Inspirée par le parcours du second mari de sa mère, le biochimiste René Thomas[1], elle obtient une licence en chimie[2] à l'université libre de Bruxelles en 1972 et est agrégée de l’enseignement secondaire. Elle a également étudié à l'institut Saint-Luc de Bruxelles de 1975 à 1978, où elle a obtenu un diplôme d’urbaniste à l’Institut supérieur d'urbanisme et de rénovation urbaine à Bruxelles, avant de rejoindre la direction de l'architecture du ministère belge de l'Environnement et du cadre de vie.

Née belge[3],[4],[2], elle obtient la nationalité française dans les années 1990[5],[6].

Édition[modifier | modifier le code]

En 1980, elle rejoint le monde de l’édition, d’abord comme associée et présidente-directrice générale de la coopérative d’éditions du Paradou. En 1987, elle devient associée et présidente du directoire de la maison d'édition Actes Sud fondée par son père Hubert Nyssen[2], basée à Arles[7] et à Paris (Saint-Germain-des-Prés, rue Séguier). Elle fonde parallèlement la librairie Actes Sud avec son second mari, l'agronome Jean-Paul Capitani[8], et dirige la collection « Un endroit où aller », créée en 1995[9]. Elle détient 95 % du capital de la holding Acte Sud Participations[10].

Engagement associatif[modifier | modifier le code]

Après la mort de son fils Antoine en 2012, à l'âge de 18 ans, elle fonde en 2014 avec son mari l'école Domaine du possible[11],[12], un établissement scolaire pour « enfants précoces » dans la lignée de l'éducation nouvelle, dirigé par Henri Dahan, ancien délégué général de la fédération Steiner-Waldorf en France[12]. La première année se déroule dans la chapelle du Méjan[13], puis l'école s'installe dans un mas à quelques kilomètres d'Arles où elle accueille une centaine d'élèves entre 3 et 16 ans à la rentrée 2016[12].

Parcours politique[modifier | modifier le code]

Premiers engagements[modifier | modifier le code]

À l'occasion de l'élection présidentielle de 2007, Françoise Nyssen signe un manifeste de femmes artistes de l'écrit appelant à se prononcer en faveur de Ségolène Royal[14].

Ministre de la Culture (depuis 2017)[modifier | modifier le code]

Remise du rapport d'Erik Orsenna à Françoise Nyssen et Emmanuel Macron sur l'ouverture des bibliothèques, février 2018.

Le , elle est nommée ministre de la Culture[15] du gouvernement Édouard Philippe, sous la présidence d'Emmanuel Macron[16]. Édouard Philippe a pris un décret paru le au Journal Officiel qui retire à la ministre de la Culture plusieurs compétences en lien avec son métier avant son arrivée rue de Valois pour prévenir les conflits d'intérêts[17].

À l'occasion des élections législatives qui suivent sa nomination, elle soutient Myriam El Khomri (PS) dans la dix-huitième circonscription de Paris, alors qu'Édouard Philippe soutient son adversaire Pierre-Yves Bournazel (LR), qui l'emporte[18].

À son arrivée rue de Valois, elle nomme comme directeur de cabinet Marc Schwartz, qu'elle a vraisemblablement connu après sa nomination comme médiateur du livre en 2016[19]. Celui-ci quitte son poste en janvier 2018 après s'être vu confier une mission sur la distribution de la presse[20]. Il est remplacé par Laurence Tison-Vuillaume, jusqu'alors directrice adjointe du cabinet[21].

Françoise Nyssen maintient la quasi-totalité des directeurs d'administration centrale (DAC) dépendant de son ministère[22]. Mediapart relève en avril 2018 des difficultés dans ses relations avec l'administration[22].

Elle renonce à organiser les traditionnels concerts de la Fête de la musique au Palais-Royal au profit de concerts dans six villes de province et en banlieue[23]. L'opération "Les Étés de Valois" permet également d'accueillir plusieurs centaines de jeunes Franciliens au Palais-Royal pendant la période estivale pour des ateliers d'initiation culturelle[24]. En déplacement à La Courneuve, elle annonce un soutien de l’État à la reconstruction d'une médiathèque incendiée[25].

Déplorant de fortes inégalités de genre dans le monde musical avec seulement 12 % de femmes à la tête des scènes de musiques actuelles 16 % de bénéficiaires des aides à l'écriture des œuvres musicales, elle annonce lors d'un discours au festival d'Aix-en-Provence des objectifs de progression notamment en matière de programmation pour une meilleure visibilité des artistes femmes et un système de malus sur les subventions pour ceux qui ne respectent pas leurs obligations. Elle rappelle avoir mobilisé une enveloppe de 500 000 euros pour le rattrapage des inégalités salariales au sein de son ministère et un objectif de 50 % de femmes à la tête des établissements publics culturels à l'issue du quinquennat[26].

À l'occasion du 150e anniversaire de la naissance de l'essayiste nationaliste et antisémite Charles Maurras, l'historien Olivier Dard rédige une notice de trois pages pour le livre des commémorations nationales 2018. Sur décision de Françoise Nyssen, les trois pages sont intégralement « supprimées » et les ouvrages déjà imprimés sont envoyés au pilon[27],[28].

En , elle annonce une réforme de l'audiovisuel public, comprenant notamment la suppression d'au moins un canal hertzien (suppression de France Ô, réduction de France 4 à une diffusion seulement numérique), le rapprochement de France Bleu avec France 3, le développement de synergies, et l'émergence de « médias engagés » pour « changer les mentalités sur le terrain »[29],[30].

Polémiques[modifier | modifier le code]

Polémique concernant l'anthroposophie[modifier | modifier le code]

Peu après la nomination de Françoise Nyssen au ministère de la Culture, Jean-Luc Mélenchon la décrit à l'occasion d'un interview à BFM TV comme « une ministre de la Culture qui est plus ou moins liée aux sectes »[31]. Cette déclaration fait référence à l'éventuel lien de Françoise Nyssen avec l'anthroposophie, un courant de pensée mystique né dans l'Allemagne de l'entre-deux-guerres, dont les différentes ramifications modernes ont été plusieurs fois critiquées par la mission interministérielle de lutte contre les sectes[32],[33]. Le directeur de l'école Domaine du possible – fondée par Mme Nyssen et son mari, M. Capitani[34] – Henri Dahan, dit que celle-ci « n’est pas stricto sensu une école Steiner, même si l’établissement trouve “son ancrage” »[12] dans la pédagogie Steiner-Waldorf, issue de ce mouvement et qui fait l'objet de nombreuses critiques. Un témoin interrogé par le journaliste Jean-Baptiste Malet indique cependant que « Les profs disent qu’ici ce n’est pas une école Steiner, mais c’est 100 % Steiner. [...] On fait exactement les mêmes choses que dans une école Steiner ». L'absence de revendication de cette affiliation tiendrait essentiellement, selon M. Capitani lui-même, au fait que « en France il y a beaucoup trop de préjugés à l’égard du spiritualisme et contre Steiner en particulier »[35].

Françoise Nyssen ne nie pas être proche de cette sphère spirituelle, et a par exemple publié un article dans la revue Nouvelles de la Société anthroposophique en France en 2015, dans lequel elle déclare « J’ai toujours été dans une espèce de rationalisme, et il a fallu un choc, un drame, pour que tout d’un coup le voile se déchire et que la spiritualité parvienne au centre de ma vie »[36].

Romain Blachier, membre de l’équipe culture d’Emmanuel Macron, a publié un communiqué pour démentir les propos de Jean-Luc Mélenchon, assurant que cet établissement « prône une pédagogie libre et plurielle et […] n’a rien à voir avec des sectes », étant simplement « une jolie initiative de pédagogie alternative »[37]. Quant au rectorat d’Aix-Marseille, il assure que « l’école n’est pas du tout suspectée de dérive sectaire[12]. » Pourtant, un rituel anthroposophique occultiste de Noël a été organisé en décembre 2017 sans que les parents d'élèves en aient été préalablement informés[36]. Selon Mme Nyssen, « c'est dans des écoles alternatives comme celle-ci que s'invente l'avenir »[36].

Travaux réalisés sans autorisation à Arles[modifier | modifier le code]

La ministre de la Culture, ancienne présidente d'Actes Sud, avait entrepris avec son mari, actuel président de l'entreprise, de grands travaux au siège de leur maison d'édition à Arles. Le Canard enchaîné révèle qu'elle n'avait pas les autorisations nécessaires[38].

Hommes blancs de plus de 50 ans[modifier | modifier le code]

Le 3 juillet 2018, l'Organisation de lutte contre le racisme anti-blanc (OLRA) annonce qu'elle porte plainte contre Françoise Nyssen pour des propos jugés stigmatisants à l'égard des « hommes blancs »[39] ».

« On a une télévision d'hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va falloir que cela change », avait affirmé Delphine Ernotte en 2015 au moment de prendre la tête de France Télévisions. Un avis partagé par Françoise Nyssen, le 4 juin dernier. « Delphine, tu as dû te sentir bien seule lorsque tu portais un constat, à la fois évident et courageux. Tu sais : 'l'homme blanc de plus de 50 ans'. Vous vous en souvenez ? », avait alors lancé la ministre de la Culture.

Conflit d'intérêts dans le secteur de l'édition[modifier | modifier le code]

En 2017, l'éditeur Actes Sud a touché 101 415 euros du Centre national du livre (CNL) alors que la ministre de la Culture, qui exerçait une tutelle sur l'établissement, n'était autre que... son ex-présidente, Françoise Nyssen. Elle a de plus conservé certains intérêts dans l'entreprise[40]. Toutefois, en 2016, avant la nomination ministérielle de Françoise Nyssen, Actes Sud était déjà le deuxième éditeur le plus aidé par le CNL — après le Seuil (264 365 euros) — avec 264 167 euros[41].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • « D’Arles au Goncourt. Les fondements du succès d’Actes Sud », Le journal de l'école de Paris du management, vol. 1, no 57,‎ , p. 21-26 (lire en ligne). Via Cairn.info

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Qui est Françoise Nyssen, éditrice aux attaches belges, ministre de la Culture de Macron?, RTBF, 17 mai 2017
  2. a, b et c Frédéric Mounier, « Françoise Nyssen, éditrice bienveillante », La Croix,‎ (lire en ligne)
  3. Marion Van Renterghem, « Françoise Nyssen, l’éditrice à qui tout réussit », sur lemonde.fr, (consulté le 18 mai 2017).
  4. « Née le 9 juin 1951 à Etterbeek (Belgique), Françoise Nyssen a la double nationalité belge et française, et est d’ailleurs une Européenne convaincue. » Alain Beuve-Méry, « Françoise Nyssen, une éditrice au ministère de la culture », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  5. Who's Who
  6. « Françoise Nyssen, éditrice de trois Nobel, ministre de la Culture » sur liberation.fr.
  7. Philippe Douroux, « Françoise Nyssen, le charme discret de l’éditrice », sur Libération.fr, (consulté le 17 mai 2017)
  8. Anne Crignon, « Les Nyssen : tel père, telle fille », sur bibliobs.nouvelobs.com, .
  9. « Un endroit où aller », sur sudoc.fr.
  10. « Actes Sud, tout un roman », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne)
  11. « École Domaine du possible ».
  12. a, b, c, d et e Benoît Floc'h, « Le Domaine du possible, une école pour “faire bouger les lignes” », sur lemonde.fr, .
  13. Patrice Palau, « Arles : Actes Sud crée l’école qui veut rendre les élèves heureux », ledauphine.com,‎ (lire en ligne)
  14. « Pour la première fois, une femme, par Pierrette Fleutiaux », sur lemonde.fr, (consulté le 19 mai 2017).
  15. « Gouvernement : Françoise Nyssen, une urbaniste et éditrice à la Culture », LeMoniteur.fr,‎ (lire en ligne).
  16. Jérôme Garcin, « Françoise Nyssen : enfin une (vraie) ministre de la Culture », L'Obs,‎ (lire en ligne).
  17. « Édouard Philippe retire certaines prérogatives à la ministre de la Culture », Le Huffington Post,‎ (lire en ligne)
  18. « Législatives: cet incroyable imbroglio entre macronistes dans le nord de Paris », sur challenges.fr, (consulté le 14 juin 2017).
  19. Victor Tribot Laspière, « Qui compose le cabinet de Françoise Nyssen, ministre de la Culture ? », sur France Musique.fr, (consulté le 17 juillet 2017).
  20. « Françoise Nyssen perd son directeur de cabinet », sur lejournalddesarts.fr, (consulté le 10 janvier 2018).
  21. « Laurence Tison-Vuillaume, nouvelle directrice de cabinet de Françoise Nyssen », sur livreshebdo.fr, (consulté le 12 février 2018).
  22. a et b Ellen Salvi, « Macron, «c’est le chef comptable qui a pris le pouvoir », sur Mediapart, (consulté le 14 avril 2018).
  23. « Conférence de Presse parisienne pour Fête de la Musique Castelle ! », vuduchateau.com, (consulté le 13 juillet 2018)
  24. Juliette Duclos, « Paris : des ateliers artistiques organisés au ministère de la Culture », sur leparisien.fr, (consulté le 30 juillet 2018)
  25. Agence France-Presse, « Médiathèque incendiée en Seine-Saint-Denis : Nyssen promet un soutien de l'État », europe1.fr, (consulté le 13 juillet 2018)
  26. Agence France-Presse, « Françoise Nyssen veut une meilleure représentation des femmes dans le domaine musical », europe1.fr, (consulté le 13 juillet 2018)
  27. « Françoise Nyssen retire la référence à Charles Maurras du livre des commémorations 2018 », sur lefigaro.fr, (consulté le 30 janvier 2018).
  28. Mohammed Aïssaoui et Claire Bommelaer, « Pourquoi Charles Maurras ne sera pas « commémoré » », (consulté le 30 janvier 2018).
  29. Luc Lenoir, AFP, « Le gouvernement veut réformer l'audiovisuel public et faire émerger des «médias engagés» », sur lefigaro.fr, (consulté le 6 juin 2018).
  30. « Rassembler France Télévisions et Radio France, supprimer France Ô : les pistes-chocs du ministère de la culture », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne).
  31. Mathieu Dejean, « La nouvelle ministre de la Culture est-elle vraiment proche d’une secte, comme l’a dit Jean-Luc Mélenchon ? », sur lesinrocks.com, .
  32. Mission interministérielle de lutte contre les sectes, « Rapport 2000 : La "galaxie" anthroposophique », sur ladocumentationfrancaise.fr, .
  33. Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, « Rapport 2013-2014 : Le risque sectaire et Internet », sur ladocumentationfrancaise.fr, .
  34. « L'école - École Domaine du Possible », École Domaine du Possible,‎ (lire en ligne)
  35. Déclaration au journal de la section pédagogique du Goetheanum, Pädagogische Sektion Rundbrief, Dornach (Suisse), no 58, 2016.
  36. a, b et c Jean-Baptiste Malet, « L’anthroposophie, discrète multinationale de l’ésotérisme : Éducation, santé, agriculture, banques : les bonnes affaires des disciples de Rudolf Steiner », Le Monde diplomatique, no 772,‎ , p. 16 - 17 (lire en ligne).
  37. Romain Blachier, « Secte : Quand Mélenchon ment au sujet de Françoise Nyssen, Ministre de la Culture », sur romainblachier.fr, .
  38. AFP, « Françoise Nyssen épinglée pour des travaux réalisés sans autorisation à Arles », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  39. « “Hommes blancs de plus de 50 ans” : plainte déposée contre Nyssen », Valeurs actuelles,‎ (lire en ligne)
  40. « [EXCLUSIF] Conflit d'intérêts : ces 100.000 euros gênants pour la ministre de la Culture Françoise Nyssen », Marianne,‎ (lire en ligne)
  41. Thierry Discepolo, « Actes Sud, tout un roman », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne)
  42. « Décret du 31 décembre 2012 portant promotion et nomination », sur legifrance.gouv.fr,
  43. « Décret du 2 mai 2017 portant promotion et nomination », sur legifrance.gouv.fr,
  44. Commandeur de droit en tant que membre du conseil de l'ordre « Arrêté du 22 février 2008 portant nomination au conseil de l'ordre des Arts et des Lettres ».

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]