Sophie Cluzel

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Sophie Cluzel
Illustration.
Sophie Cluzel en 2018.
Fonctions
Secrétaire d'État chargée des Personnes handicapées
En fonction depuis le
(3 ans, 2 mois et 24 jours)
Président Emmanuel Macron
Premier ministre Édouard Philippe
Jean Castex
Gouvernement Philippe I et II
Castex
Prédécesseur Ségolène Neuville
Biographie
Date de naissance (59 ans)
Lieu de naissance Marseille (France)
Nationalité Française
Diplômée de Kedge Business School

Sophie Cluzel, née Marchand le à Marseille, est une femme politique et militante associative française.

Elle est secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées depuis 2017, sous la présidence d'Emmanuel Macron.

Elle soutient une « société inclusive » pour les personnes handicapées. Au cours de son mandat, Sophie Cluzel créée le DuoDay, initiative visant à promouvoir l'emploi des personnes handicapées. Son mandat est aussi marqué par une forme de dépolitisation et de peopolisation de la thématique du handicap.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et formation[modifier | modifier le code]

Sophie Cluzel est une ancienne élève de Sup' de Co' Marseille (aujourd'hui KEDGE Business School)[1].

Elle est mariée et mère de quatre enfants, dont une fille trisomique, née en 1995, Julia[2]. Elle gère initialement un chantier naval en Floride puis un réseau de boutiques de linge de maison, Descamps, alors que son mari est dans le domaine de la fusion-acquisition. Elle abandonne cette vie professionnelle et, alors que Julia a 3 ans, s'engage dans le militantisme associatif en faveur du handicap[3].

Parcours associatif et militant[modifier | modifier le code]

Elle est la fondatrice de différentes associations de scolarisation d’enfants handicapés, dont le collectif SAIS 92 et l’association Grandir à l’école, qu'elle préside et qui s'occupe plus spécifiquement de la trisomie 21 (permettant notamment d'employer des auxiliaires de vie pour que les trisomiques puissent aller à l'école)[1],[3]. Depuis , elle est présidente de la FNASEPH (Fédération nationale des associations au service des élèves présentant une situation de handicap)[4] et administratrice de l'UNAPEI de 2011 à 2013[1].

À ce titre, elle participe régulièrement à des débats télévisés, comme « Les 100 Français qui font bouger la France » de Béatrice Schönberg en octobre 2007[5], ou les journaux télévisés de France 2 et de LCI. Elle a participé à l’élaboration et au suivi de la loi 2005 pour l’égalité des droits et des chances, pour la participation et pour la citoyenneté des personnes handicapées[6].

En , elle organise le premier grenelle de l'intégration des jeunes handicapés dans la société[7], où près de 50 associations locales ou nationales rédigent une plateforme de mesures qui sont transmises aux candidats à l'élection présidentielle.

Au Gouvernement[modifier | modifier le code]

Le , elle est nommée secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées au sein du gouvernement Édouard Philippe[8]. Issue du milieu associatif, elle ne dispose alors d'aucune formation ou expérience en politique[9] ; cette origine associative rassure initialement les acteurs du domaine du handicap[10].

D'après le philosophe et sociologue Josef Schovanec, une caractéristique de la politique du handicap menée par Sophie Cluzel réside dans « la mise à l'écart des associations au profit de figures choisies », suivie de « la création d'instances officielles dépendant directement du ministère et destinées à se substituer aux associations », avec une centralisation parisienne, à commencer par le domaine de l'autisme[10]. Il cite en exemple le Groupement national des centres ressources autisme (GNCRA) « organisme fermement tenu en main par le ministère [...] qui dorénavant tient lieu d'association nationale officielle », et la ligne téléphonique Autisme Info Service, qui remplace les lignes de contact des grandes associations du domaine de l'autisme[10].

Plan Autisme[modifier | modifier le code]

Le , elle annonce le quatrième plan autisme (2018-2022), dont l'objectif annoncé est de « restaurer la confiance entre l’État, les administrations et les familles »[11]. Son budget de 344 millions d'euros est en hausse, mais jugé insuffisant, 30 % seulement d'enfants autistes étant par ailleurs scolarisés à la maternelle et 40 % par la suite[12]. Elle répond aux premières critiques des associations d'autisme le , en assurant que « les ambitions financières sont à la hauteur »[13].

Elle pose pour objectif de scolariser tous les enfants porteurs d'autisme nés en 2018 dès leur 3 ans[14]. Pour cela, la stratégie du gouvernement prévoit de passer le nombre d'unités d'enseignement pour autistes à la maternelle de 112 à 292[14]. Elle prévoit aussi de rattraper le retard prit dans le domaine de la recherche grâce à la mise en place d'une équipe de 10 chercheurs dédiée à la compréhension de certains troubles du quotidien rencontrés par les personnes porteuses d'autisme[14].

Le , elle reçoit ses homologues européens pour échanger sur les bonnes pratiques en autisme, soit d'autres méthodes que celles issues de la psychanalyse, comme recommandé par la Haute autorité de santé[15]. Le , elle déclare sur RMC qu'il faut « arrêter de parler de psychiatrie » dans le domaine de l'autisme[16], ce qui contrarie les syndicats de psychiatres[17], en particulier Bernard Golse, qui lui répond dans un éditorial du Carnet Psy[18]. Elle reçoit en revanche le soutien de Danièle Langloys[19].

DuoDay et emploi[modifier | modifier le code]

Le Duoday, dont la première édition est organisée par Sophie Cluzel en 2018 dans l’objectif de « changer le regard sur le handicap » et de favoriser l’emploi des personnes handicapées, est une journée durant laquelle les entreprises peuvent accueillir bénévolement une personne handicapée pour lui faire découvrir un emploi[20]. En 2019, d'après les chiffres du bilan officiel transmis par le gouvernement, le DuoDay a généré 12 900 duos, soit 25 800 personnes mobilisées, 6 800 employeurs et 2 400 structures accompagnantes[21]. D'après le site officiel du gouvernement, « le DuoDay est une vraie réussite et l'édition de 2020 prévue en mai suscite dès janvier l'adhésion d’un très grands nombre d'entreprises »[22],[23].

Au contraire de ce qui est annoncé dans la communication officielle, un article de Libération[24] et un autre de France Handicap Info[25] soulignent que l'initiative DuoDay est un échec partiel, car elle est perçue comme une opération de communication, cachant la réalité de la discrimination systémique des personnes handicapées à l'emploi, et les raisons de leur taux de chômage particulièrement élevé[26].

Le , Sophie Cluzel fait signer à une centaine d'entreprises françaises un manifeste « pour l’inclusion des personnes handicapées dans la vie économique »[27].

Elena Chamorro, enseignante à l’Université d'Aix-Marseille et membre du Collectif Luttes et handicaps pour l'égalité et l'émancipation (CLHEE), analyse l'annonce d'un renforcement de la filière d'apprentissage pour les personnes handicapées par Sophie Cluzel comme destinée à alimenter les ESAT, qui « maintiennent les personnes handicapées dans des formes d’emploi très précaires » et « permettent d’avoir une main d’œuvre peu chère, et avec peu moyens de se défendre »[28].

Crèches et scolarité[modifier | modifier le code]

Sophie Cluzel déclare que l'intégration des élèves handicapés à l'école de la République est une priorité du quinquennat[29]. D'après le communiqué de presse officiel, le « grand service public de l’école inclusive » est créé pour qu’une famille puisse scolariser son enfant dès l'âge de trois ans, qu’elle bénéficie d’une meilleure écoute, et puisse rencontrer l’accompagnant de son enfant et l’équipe éducative dès la rentrée, sans être pénalisée par le changement d’accompagnant en milieu d’année (fin des contrats aidés) et qu’elle puisse bénéficier d’enseignants mieux formés et appuyés par des professionnels du handicap[30].

En juin 2019, Sophie Cluzel annonce avec le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer la mise en place des PIAL (pôles inclusifs d’accompagnement localisés), destinés à être généralisés en 2022[31]. Le , Sophie Cluzel installe avec Jean-Michel Blanquer le « Comité national de suivi de l’école inclusive »[32].

Le , sur Europe 1, elle assure que malgré des dysfonctionnements, l'exécutif « est en train d'opérer une transformation vers l'école inclusive »[33].

Le , sur Marianne, une professeure des écoles déclare que l'école inclusive provoque des « ravages » chez les élèves en situation de handicap, car « Le manque de moyens attribués à la gestion des dossiers, ne permet aucune évaluation sérieuse des besoins réels de l’élève et des capacités de l’école à y répondre »[34].

Le , les conditions d'obtention du « bonus inclusion handicap » pour les établissements d'accueil du jeune enfant sont élargies au delà des titulaires de l'Allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH)[35]. Cette mesure s'accompagne d'une revalorisation de 30 % du complément « mode de garde » pour les parents d’enfants en situation de handicap ; ce « bonus inclusion » aurait bénéficié en 2019 à environ un quart des crèches selon les sources officielles gouvernementales[36].

Loi ELAN et accessibilité[modifier | modifier le code]

De nombreuses associations de personnes handicapées manifestent contre la Loi portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique (dite loi ELAN), qui fait passer l'obligation de construction de logements neufs accessibles aux personnes handicapées de 100 % à 10 %[37],[38]. Le , Sophie Cluzel assure sur RMC que la loi ELAN ne sera pas défavorable aux personnes handicapées[39] : « La loi permettra de construire plus, plus vite et moins cher, ce qui servira à tous, y compris aux personnes handicapées, car aujourd'hui les logements sont manquants et chers »[40].

Elle estime que l'obligation de rendre les logements 100 % accessibles n'avait pas ou peu amélioré les conditions d’hébergements des personnes en situation de handicap : « L'évolutif va permettre de bouger des cloisons (...) Ce n'est pas une régression sociale c'est un changement de paradigme. On va vers une accessibilité 100 % de tous types de handicaps et des besoins des personnes. La réponse sera mieux adaptée à tout le monde »[41]. Le , la loi ELAN est promulguée et, selon les documents officiels, vise à « construire plus de logements, simplifier les normes, protéger les plus fragiles »[42].

Le , sur Europe 1, Sophie Cluzel dénonce les maires « qui ne font rien » pour l'accessibilité des personnes handicapées, entre autres Anne Hidalgo, maire de Paris[43].

Allocation adulte handicapé et prime d'activité[modifier | modifier le code]

L'Allocation adulte handicapé (AHH) est augmenté de 50 euros en , et de 40 euros en , soit une augmentation totale de 90 euros[44]. Cette revalorisation a pour but de confirmer que le handicap est « une priorité du quinquennat ».

Début , la prime d'activité est supprimée pour les invalides et accidentés du travail qui travaillent un peu, mais conservée pour les adultes handicapés qui touchent l'AAH[45]. Cette mesure touche surtout des mères célibataires, aux revenus très modestes. Interpellée à l'assemblée par Ericka Bareigts, députée Nouvelle Gauche de La Réunion, Sophie Cluzel répond que l’ancien mode de calcul ne serait « pas cohérent avec l’esprit de la prime d'activité »[46].

Le , sur LCI, Sophie Cluzel s'oppose à suppression de la prise en compte des revenus du conjoint dans le calcul du montant de l'AAH, une mesure proposée dans le cadre du Grand débat national[47]. Elle déclare à cette occasion que « l’allocation c’est un minimum social. C’est une ressource pour pallier une limitation d’activité. Ce n’est pas une compensation du handicap »[47]. Le groupe parlementaire minoritaire Libertés et territoires fait passer une proposition de désolidarisation des revenus du conjoint début 2020, mais la pandémie de COVID-19 retarde le passage de cette proposition au Sénat[48]. Interrogée sur cette proposition, Sophie Cluzel répond que « cette question nous est très peu remontée [...] On va se pencher là-dessus car il ne faut pas qu'il y ait des ruptures de revenus »[48].

Droit de vote des personnes en situation de handicap[modifier | modifier le code]

Le , lors de son message aux parlementaires en en congrès à Versailles, le président Emmanuel Macron propose à l'assemblée de laisser le droit de vote aux personnes sous tutelle, notamment les personnes en situation de handicap intellectuel[49]. Sophie Cluzel estime que cette proposition bénéficiera à 350 000 personnes, ajoutant que cette mesure était demandée depuis plus de 30 ans[50].

Droit à vie pour les personnes en situation de handicap[modifier | modifier le code]

En , Sophie Cluzel déclare qu'il est « insupportable » que les personnes en situation de handicap doivent prouver leur handicap tous 4 ans chez le médecin pour maintenir leurs droits ouverts, si le handicap est avéré et n'évoluera pas[51]. Quatre droits peuvent être attribués à vie pour une personne dont le handicap n’est pas susceptible d’évoluer favorablement : l'allocation aux adultes handicapés (AAH), la carte mobilité inclusion (CMI), l’allocation d’éducation de l'enfant handicapé (AEEH) jusqu’à ses 20 ans, et la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). Il est prévu que le droit à vie à la prestation de compensation du handicap (PCH) soit ouvert fin 2020[52]. D'après le communiqué officiel du gouvernement, cela concernerait plus de 26 000 personnes en situation de handicap pour l'AAH, plus de 350 000 pour la CMI, et plus de 6 000 pour l’AEEH[52].

Assistance sexuelle[modifier | modifier le code]

Le , Sophie Cluzel se déclare favorable à l'autorisation de l'assistance sexuelle (relations sexuelles tarifées proposées par des professionnels) aux personnes handicapées, afin de « remettre les personnes handicapées en pleine citoyenneté, dans le respect et la dignité, y compris le droit à une vie intime, affective et sexuelle »[53]. Elle ajoute qu'il s'agit d'un « sujet tabou dans notre société »[54], et assure que cette proposition émane des personnes concernées : « Elles nous ont dit « Nous souhaitons pouvoir être accompagnées dans notre vie intime et sexuelle » »[55]. Elle estime que « cela nous fera faire un bond en avant colossal dans la bien-traitance des personnes, dans le recueil de leurs désirs, de leurs attentes, dans la façon de les regarder différemment, non plus comme des objets de soins, mais bien comme des sujets de droits »[55].

Des critiques font valoir qu'il s'agit d'une manœuvre de diversion, dans un contexte où des associations du domaine du handicap ont quitté la concertation sur le revenu universel d'activité[56]. Le , le Haut Conseil à l'égalité s'y oppose fermement, écrivant que « légaliser l'achat de services sexuels serait contraire à notre législation contre l'achat de prostitution », et qu'il s'agit d'« une forme de légalisation de la prostitution »[57].

Pandémie de Covid-19 et tri des malades handicapés[modifier | modifier le code]

Le Collectif handicaps, constitué de 48 associations, alerte le de refus d'hospitalisations des personnes handicapées, contraintes à rester dans les établissements médico-sociaux[58],[59],[60] ; une autre association saisit le Conseil d'État le 2 avril à ce sujet[61]. Sophie Cluzel répond que le handicap ne devrait pas constituer une cause de refus d’accès aux soins intensifs ou à la réanimation[62]. Cependant, d'autres sources, dont une publiée dans Le Monde le 25 avril[63], attestent de la persistance d'un refus d'accès des personnes handicapées contaminées par le COVID-19 aux hôpitaux français[64], en particulier dans l'Est[63].

Sophie Cluzel assure que si le confinement est vécu de manières diverses par les personnes handicapées, les personnes autistes le vivraient globalement très mal, car le « confinement aggrave les troubles ou altère la santé mentale », ce qui motive des autorisations de sorties supplémentaires spécifiques aux personnes autistes ainsi qu'à d'autres personnes avec handicap psychique, mental ou cognitif[65], entrées en vigueur le , avec une déclaration officielle d'Emmanuel Macron[66]. À l'inverse de la version de Sophie Cluzel et d'Emmanuel Macron, l'enquête du CRAIF révèle que pour 70 % des 800 personnes autistes interrogées, le confinement n'a pas été difficile à vivre[67], comme l'attestent aussi plusieurs personnes autistes et un psychomotricien[68],[69]. Josef Schovanec déclare, dans un article du Midi libre, qu'« il fallut des semaines d'acharnement des associations, de suppliques à fendre le cœur, pour que les autorités acceptent de prononcer le mot « handicap » - avant, bien sûr, qu'Emmanuel Macron et Sophie Cluzel n'aient l'indécence de tourner des vidéos de propagande les mettant en scène, tout sourire, sur ces sujets début avril »[70].

Le , Sophie Cluzel déclare que « la crise accélère la transformation de l'offre proposée aux personnes handicapées »[71]. Ce même jour, elle assure que « depuis le début de la crise, nous avons une réunion par semaine avec l’ensemble des organismes gestionnaires d’établissements et services médico-sociaux [...] cette collaboration est l’une des raisons de la bonne application sur les territoires des mesures prises en matière de protection sanitaire. Nous déplorons aujourd’hui moins de 250 décès dans ces établissements et services »[71]. Elle explique avoir mis en place une prorogation automatique de l'AAH[66],[72].

Accueil de ses déclarations et mesures[modifier | modifier le code]

La proposition de Sophie Cluzel en faveur d'une société inclusive reçoit en général un bon accueil du milieu associatif, avec des inquiétudes découlant des choix effectués pour y parvenir[73],[74]. Ainsi, le président de l'Unapei a dénoncé une « inclusion au rabais » et une « politique du handicap trop souvent déconnectée des réalités » ; celui de l'APF France handicap déclarant que « la transition inclusive doit rester l’objectif, mais il ne faut pas la dévoyer pour faire des économies sur les aides à l’autonomie, qui se traduiraient par une moindre qualité de vie »[73],[74].

Trois jours avant la conférence nationale du handicap de 2020, le Collectif handicaps (regroupant 47 associations) dénonce les inégalités de traitement des personnes handicapées, notamment pour l'accès à la scolarisation et à l'emploi ; Sophie Cluzel répond que sa méthode « porte ses fruits » et que « la dynamique est enclenchée »[75]. À l'occasion de cette conférence nationale du handicap, le , plusieurs associations estiment que « peu de choses ont changé concernant l'inclusion des handicapés dans la société française », et que durant le mandat de Sophie Cluzel, la loi handicap de 2005 n'a toujours pas été appliquée[76]. Elles soulignent aussi l'émergence de la notion de validisme dans la presse française, notion que Sophie Cluzel dit ne pas connaître[76].

Analyse de sa communication[modifier | modifier le code]

D'après le mémoire de Lauranne Arneton-Racon[77], et Josef Schovanec[10], Sophie Cluzel appuie principalement son action de secrétaire d'état sur la communication.

Elle fait ainsi usage de formules consensuelles telles que « changer de/le regard (de la société / des français) sur le handicap », et leur impulse une vaste diffusion médiatique[77]. Elle fait régulièrement usage de la formule « société inclusive », et évite le mot « inclusion », vraisemblablement sous l'influence de Charles Gardou[78]. À titre d'exemple, Lauranne Arneton-Racon souligne que le slogan du DuoDay en 2019 a été modifié à la demande de Sophie Cluzel, passant de « L'inclusion par l'emploi » à « Un tremplin vers l'emploi »[79].

Sophie Cluzel répond régulièrement aux invitations des médias, tout en leur dévoilant certains aspects de sa vie privée, notamment en parlant de sa fille trisomique[9]. Cette communication lui donne une image « proche du peuple et de ses préoccupations quotidiennes », tout en montrant de l'empathie vers les citoyens ordinaires[80]. Elle participe ainsi à une forme de dépolitisation et de peopolisation de la thématique du handicap, par exemple en répondant à plusieurs reprises à l'invitation de Cyril Hanouna pour l'émission grand public Touche pas à mon poste ![81].

Le secrétariat d'État de Sophie Cluzel fait appel à une image stéréotypée du handicap, utilisant le fauteuil roulant et la représentation de la cécité avec la canne blanche, ou encore les stéréotypes du « handicapé-héros » (qui surmonte son handicap pour s'accomplir), et du « handicapé-victime », objet de pitié[82]. Elle fait appel aux notions de dépassement de soi et de dépassement du handicap, et présente donc une vision essentialisante des personnes handicapées[28].

Le bimensuel du handicap Yanous signale que le compte Twitter officiel de Sophie Cluzel a procédé au blocage de deux comptes d'associations du domaine du handicap, qui ne pouvaient plus commenter les tweets officiels du secrétariat d'état : le Collectif citoyen handicap et le Collectif pour la liberté d'expression des personnes autistes ; la conseillère en communication de Sophie Cluzel a signalé qu'il s'agissait d'une erreur[83].

Controverses[modifier | modifier le code]

Plusieurs polémiques ont opposé Sophie Cluzel à des personnes handicapées, notamment Marcel Nuss (qui l'accuse de se servir de son image et de le présenter comme « excessivement handicapé »[84]), Elisa Rojas, et Elena Chamorro[85], toutes deux membres du Collectif Luttes et handicaps pour l'égalité et l'émancipation[86].

Le , d'après le Journal du dimanche, elle sermonne Anne Hidalgo pour le retrait du groupe Total des partenaires des Jeux olympiques d'été de 2024 prévus à Paris, en raison des exigences environnementales de cette dernière[87].

Décorations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  3. a b c et d Mariana Grépinet, « Sophie Cluzel, un atout maître contre le handicap », Paris Match, semaine du 24 au 31 mai 2017, pages 50-53.
  4. « FNASEPH ».
  5. « Les 100 qui font bouger la France. Béatrice Schonberg ce mardi. », sur leblogtvnews.com, (consulté le 8 avril 2009)
  6. « Grandir à l'École et en Société », sur grandiralecole.fr
  7. Aurélie Collas et Mattea Battaglia, « La militante Sophie Cluzel nommée secrétaire d’Etat aux personnes handicapées », Le Monde,‎ (lire en ligne)
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  10. a b c et d « Éditorial : Les associations menacées par la pandémie », sur www.yanous.com, Yanous ! Le bimensuel du handicap (consulté le 17 avril 2020).
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • [Arneton-Racon 2019] Lauranne Arneton-Racon, Formes et paradoxes d’une communication élaborée pour produire le consensus en discours : les discours du SEPH et la promotion d’une “ société inclusive ”, Mémoire de communication politique et publique en France et en Europe, , 106 p. (lire en ligne)