Affaire Christian Ranucci

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Affaire Christian Ranucci
Nature du crime Enlèvement de mineur de moins de quinze ans et homicide volontaire
Type de crime Enlèvement d'enfant et meurtre
Pays de lieu du crime Drapeau de la France France
Ville Marseille
Belcodène
Peypin
Type d'arme Couteau à cran d'arrêt
Pierres
Date du crime
Nombre de victimes 1 : Marie-Dolorès Rambla
Jugement
Statut Affaire jugée : condamné à mort puis exécuté le
Tribunal Cour d'assises des Bouches-du-Rhône
Formation Cour d'appel d'Aix-en-Provence
Date du jugement

L’affaire Christian Ranucci est le procès médiatisé de Christian Ranucci (né le à Avignon et mort le à Marseille), lequel s'est conclu par la condamnation à mort et l'exécution de l'intéressé à la prison des Baumettes pour l'enlèvement et le meurtre, le , de la petite Marie-Dolorès Rambla, âgée de huit ans.

Il est le premier condamné à mort guillotiné sous le septennat de Valéry Giscard d'Estaing et l’antépénultième en France[Note 1]. Il est aussi le dernier condamné exécuté par l'exécuteur en chef André Obrecht.

En 1978, l'écrivain et journaliste Gilles Perrault publie sur l'affaire Le Pull-over rouge, ouvrage qui va donner lieu à une vive polémique sur la culpabilité du condamné. Plusieurs auteurs reprendront par la suite la thèse de l'innocence de Ranucci et de l'erreur judiciaire[Note 2], tandis que d'autres chercheront au contraire à démontrer sa culpabilité en s'appuyant, notamment, sur les éléments matériels rassemblés contre lui[Note 3]. Concernant les avocats de l'intéressé, leurs positions divergaient : alors que Paul Lombard soutenait la thèse de son innocence, André Fraticelli avait, pour sa part, souhaité plaider la culpabilité avec circonstances atténuantes, car plaider l'innocence lui semblait trop risqué (se trouvant en contradiction avec ses confrères, il n'avait donc pas plaidé) ; quant à Jean-François Le Forsonney, s'il s'est impliqué dans le mouvement en faveur de la révision du procès Ranucci, il n'a pas pour autant affirmé que le condamné était innocent[e 1].

Un comité de soutien est fondé en 1979 afin d'obtenir la révision du procès Ranucci. Trois demandes ont été déposées dans ce sens, mais ont fait l'objet de rejets successifs en 1979, 1987 et 1991.

Sommaire

Faits[modifier | modifier le code]

Enlèvement de Marie-Dolorès Rambla[modifier | modifier le code]

Le , entre 11 h 5 (heure à laquelle María Rambla, la mère, voit ses enfants jouer) et 11 h 20 (heure approximative à laquelle Pierre Rambla, ouvrier boulanger, rentre chez lui), la petite Marie-Dolorès Rambla, huit ans, est enlevée devant chez elle à Marseille. Alors qu'elle joue avec son frère Jean-Baptiste, âgé de six ans et neuf mois, dans la cité Sainte-Agnès qu'ils habitent (quartier des Chartreux), une voiture grise se gare devant l'un des garages jouxtant le lieu où les deux enfants s'amusent, un homme en descend et les aborde. Après leur avoir expliqué qu'il a perdu son chien noir, il demande à Jean-Baptiste de partir à sa recherche et prie Marie-Dolorès de rester près de lui pour chercher également le chien de leur côté. Le petit garçon fait le tour de l'immeuble à la recherche du chien perdu mais, à son retour, ne voit plus ni l'homme ni sa voiture, et surtout constate que sa sœur a disparu. Il la cherche sans succès. M. Rambla, après avoir lui-même cherché sa fille et interrogé quelques voisins, prévient la police et signe sa déposition à 13 h 15 à l'hôtel de police de l'Évêché[a 1].

Accident de Christian Ranucci[modifier | modifier le code]

Peugeot 304 coupé
Peugeot 304 coupé.

Le entre 12 h 15 et 12 h 30, Vincent Martinez, accompagné de sa fiancée, roule sur la nationale 96 (aujourd'hui la D96) dans le sens Aix-en-Provence-Toulon au volant de sa Renault 16 blanche. Au carrefour du lieu-dit La Pomme, à vingt kilomètres de Marseille, sur la commune de Belcodène, son véhicule entre en collision avec un coupé Peugeot 304 gris métallisé, qui circulait sur la route nationale 8bis (aujourd'hui la D908) dans le sens Marseille-Pourcieux et n'avait pas respecté le stop. Le coupé, percuté à l'arrière par le véhicule de Vincent Martinez, fait un tête-à-queue et prend la fuite en direction de Marseille[1].

Vincent Martinez ne peut le poursuivre, vu l'état de son véhicule, mais demande au conducteur d'une Renault 15 bleue qui le suivait, Alain Aubert, de le faire à sa place. Ce dernier accepte et revient quelques minutes plus tard avec le numéro d'immatriculation de la Peugeot 304, qu'il a repérée immobilisée à environ un kilomètre du lieu de l'accident, sur la commune de Peypin. Vincent Martinez ayant réussi à redresser l'aile de son véhicule, s'engage sur la nationale 8bis en direction de Marseille. Il ne voit pas le véhicule à l'origine de son accident et poursuit sa route jusqu'à la gendarmerie de Gréasque, où il dépose une plainte à 13 h 15[a 2].

Le propriétaire du coupé 304, immatriculé 1369 SG 06, sera plus tard identifié par la gendarmerie : il s'agit du dénommé Christian Ranucci, représentant de commerce de vingt ans domicilié à Nice[a 3].

Champignonnière[modifier | modifier le code]

Vers 17 heures, dans une champignonnière distante de deux kilomètres du lieu de l'accident, un jeune homme qui s'avérera être Christian Ranucci, demande à un habitant du voisinage, Mohamed Rahou, de lui prêter assistance pour dégager sa voiture, une Peugeot 304, qui s'est embourbée dans une galerie. M. Rahou et Henri Guazzone, contremaître de la champignonnière, viennent en aide à l'intéressé, qui quitte les lieux vers 18 heures pour Nice[2].

Découverte du corps[modifier | modifier le code]

Le , ayant appris la nouvelle de l’enlèvement de la fillette par les informations de 13 heures, trois témoins vont se manifester auprès des gendarmes. Il s'agit d'abord de M. Guazzone, qui appelle la gendarmerie de Gréasque. À 15 h 10, c'est Alain Aubert qui téléphone à la gendarmerie de Roquevaire. Il déclare que le jeune homme qu'il a vu s'enfuir dans les fourrés portait dans les bras « un paquet assez volumineux »[3]. La conversation n'est pas retranscrite par le gendarme qui prend l'appel. Toutefois la gendarmerie de Roquevaire contacte celle de Gréasque, qui dépêche une patrouille sur les lieux sans résultat.

Le à 10 heures, M. Martinez prend à son tour contact avec la gendarmerie de Gréasque. Le chef de brigade prévient la hiérarchie en la personne du capitaine Gras à Aubagne. Une vaste battue est décidée. Afin d'avoir des informations précises sur l'endroit exact où le témoin a vu la Peugeot à l'arrêt, la gendarmerie de Gréasque fait prévenir A. Aubert par la gendarmerie de Toulon, qui rappelle la brigade de Gréasque à 12 h 30.

Plusieurs brigades de gendarmerie sont alors mobilisées sur les lieux : aux abords de la nationale 8bis et dans les fourrés (sur les indications de M. Aubert), une battue comprenant des militaires des brigades d'Aubagne et de Plan-de-Cuques, ainsi que des patrouilles motocyclistes du groupement départemental des Bouches-du-Rhône, se met en place à partir du croisement où a eu lieu l'accident et commence à 14 h 5. Un chien policier de la brigade d'Arles est mis en piste à partir de la galerie de la champignonnière où la 304 a stationné. Les gendarmes découvrent dans la galerie un pull-over rouge.

À 15 h 45, les gendarmes trouvent le corps d'une fillette dissimulé sous des branches d'argeras. Le visage est tuméfié, et le crâne fracassé à coups de pierre. Conduit sur les lieux dans la soirée par les policiers, Pierre Rambla identifie le cadavre comme étant celui de sa fille. Au cours de l'autopsie, le docteur Vuillet, médecin légiste, constatera que la victime a reçu quinze coups de couteau.

Lieux de l'affaire[modifier | modifier le code]

Les événements se sont déroulés sur le territoire de deux petites communes limitrophes des Bouches-du-Rhône : Belcodène, lieu de l'accident, et Peypin, lieu de la découverte du corps.

La commune de Gréasque, où Martinez a fait sa déclaration d'accident auprès de la gendarmerie, se trouve au nord-ouest, à moins de cinq kilomètres, et Marseille au sud-ouest, à une vingtaine de kilomètres.

Arrestation et aveux de Christian Ranucci[modifier | modifier le code]

Le à 18 h 15, le propriétaire du coupé Peugeot 304 ayant été identifié par la gendarmerie comme étant Christian Ranucci, un représentant de commerce de vingt ans domicilié à Nice, celui-ci est arrêté à son domicile par la gendarmerie de Nice-Ouest et placé en garde à vue. Des pièces à conviction sont par ailleurs saisies dans sa voiture, notamment un pantalon taché de sang qu’il reconnaîtra plus tard avoir porté le jour du crime, un couteau de marque Opinel, quatre lanières de cuir et deux cheveux, dont un clair et bouclé présentant une ressemblance avec ceux de la victime[a 4].

Le vers heure du matin, le jeune homme est transféré à l'hôtel de police de Marseille[e 2]. Lorsqu'il est confronté au frère de Marie-Dolorès et à Eugène Spinelli, garagiste et témoin présumé de l'enlèvement, ceux-ci ne le reconnaissent pas. Dans les premiers procès-verbaux, Christian Ranucci reconnaît uniquement l'accident et le délit de fuite : il explique avoir pris peur lors de l'accident. Avec l'infraction au code de la route, il risquait la suppression du permis de conduire, indispensable pour son métier de VRP[4].

Le , après dix-huit heures de garde à vue, au terme d'une confrontation avec les époux Aubert, Ranucci passe aux aveux. Une heure plus tard, dans le cadre d'une déposition où il raconte en détail le déroulement des faits, il dessine aux policiers un plan des lieux de l’enlèvement, document qui restera le seul élément l’incriminant sur cette partie des faits, puisque les témoins de la cité Sainte-Agnès ne l'ont pas reconnu lors du tapissage, et n'ont pas davantage identifié formellement son véhicule comme celui utilisé par le ravisseur. Un couteau de marque « Virginia Inox », ensanglanté d'un sang de même groupe que la victime, sera retrouvé sur ses propres indications dans un tas de tourbe situé à proximité de la champignonnière, couteau qu'il reconnaîtra lui appartenir. Ranucci est ensuite déféré devant la juge d'instruction Ilda Di Marino, à qui il réitère les aveux faits lors de ses deux premières comparutions. Il réitère aussi ses aveux devant les psychiatres qui l'examinent le lendemain[5].

Processus judiciaire[modifier | modifier le code]

Instruction[modifier | modifier le code]

Reconstitution[modifier | modifier le code]

Le , une reconstitution est organisée par la juge d'instruction sur les lieux du crime, en présence de l'inculpé, de l'inspecteur Pierre Grivel (menotté à Ranucci), des avocats de Ranucci et de l'avocat de la partie civile. Craignant une émeute dans la cité Sainte-Agnès, où le meurtre de la petite Marie-Dolorès a provoqué une vive émotion (des articles de journaux ont fait état d'un attroupement de badauds), la juge d’instruction ne laissera pas Ranucci descendre du fourgon lors de la reconstitution de l’enlèvement[6]. Ce dernier indiquera simplement le lieu où il a garé sa voiture et celui où jouaient les enfants, ainsi que la direction qu'il avait prise pour sortir de la cité en allant vers le carrefour de La Pomme, lieu de l'accident. Il sera ensuite conduit sur les lieux du meurtre (où il sera victime d'une crise de nerf, refusant de refaire les gestes meurtriers), puis dans la champignonnière (où il indiquera l'emplacement exact où a été trouvée l'arme du crime)[5],[e 3].

Implication présumée de Christian Ranucci dans des faits concernant des enfants à Nice[modifier | modifier le code]

À la suite d'un appel à témoins, cinq personnes se manifestent pour relater deux événements — une tentative d'enlèvement et un enlèvement d'enfant survenus à Nice quelques mois avant l'enlèvement et le meurtre de Marie-Dolorès — qui impliqueraient Christian Ranucci.

Marthe Spineck et sa fille Sandra, dix ans, affirment avoir reconnu sur les photos parues après son arrestation, ainsi que sur la photo de l'appel à témoins, Christian Ranucci comme étant l'homme qui, à la fin de 1973, a suivi Sandra qui rentrait chez elle avec une amie. La mère se serait interposée alors que l'homme poursuivait la petite fille jusque dans la cage d'escalier de son immeuble. Lors de la confrontation devant le juge d'instruction, elles ne reconnaissent pas formellement Christian Ranucci, l'agresseur ayant dans leur souvenir des cheveux plus longs et des lunettes à monture plus épaisse. L'inculpé admet qu'il portait des lunettes ayant une monture plus épaisse et des cheveux plus longs à l'époque, qui correspond à la sortie de son service militaire[b 1].

L'enlèvement du petit Patrice Pappalardo, quatre ans et demi, le 15 avril 1974, a fait l'objet d'une plainte enregistrée. L'enfant avait été entraîné dans un parking pendant deux heures par un inconnu, puis relâché sans qu'il lui ait été fait de mal. Le lendemain, le ravisseur, revenu rôder sur les lieux, avait été désigné par le petit garçon à son père et à son frère, qui l'avaient alors interpellé puis pris en chasse sans succès. C'est cette personne que le père et le frère de Patrice reconnaîtront sur les photos parues à la suite de son arrestation, puis lors d'une confrontation, comme étant Christian Ranucci.

Ces faits n'ont pas fait l'objet d'une information judiciaire, aucune preuve matérielle n'ayant pu être apportée par les témoins.

Vers le procès : transfert du dossier à la cour d'assises[modifier | modifier le code]

Le , Christian Ranucci est convoqué pour la dernière fois dans le cabinet de la juge, en vue de l'interrogatoire récapitulatif. Il se rétracte officiellement, affirmant ne pas se souvenir d'avoir enlevé ni tué Marie-Dolorès Rambla. Pour autant, il reconnaît toujours avoir dessiné un croquis de la cité Sainte-Agnès où l'enfant a été enlevé, et avoir indiqué aux enquêteurs l'endroit où était son couteau à cran d'arrêt taché de sang[5],[e 4]. Au terme de l'instruction, la juge avait entendu les témoins de l'accident (lors d'une confrontation avec l'inculpé et durant la reconstitution) mais, en revanche, n'avait pas auditionné le frère de la victime ni le garagiste Eugène Spinelli[a 5].

Au début de 1975, Pierre Michel, alors jeune juge, est chargé de clôturer l'instruction, Ilda Di Marino étant devenue juge au siège. À propos du dossier d'instruction de l'affaire, Michel aurait confié quelque temps plus tard au procureur-adjoint Étienne Ceccaldi : « C'est un dossier de merde ! Mais il est coupable »[7]. Le , le réquisitoire définitif est rédigé par le substitut du procureur de la République de Marseille, Mlle Brugère, puis le dossier est transmis par le juge au procureur général près la cour d'appel d'Aix-en-Provence. Le dossier est ensuite confié pour examen à la chambre d'accusation. Si celle-ci transmet officiellement le dossier à la cour d'assises d'Aix-en-Provence le , plusieurs demandes d'expertises complémentaires formulées par la défense (pour une encéphalographie gazeuse, une scanographie et une tachographie axiale) retarderont de quelques mois le renvoi de Ranucci devant les assises[a 6]. À la suite du rejet d'une ultime demande de contre-expertise déposée par ses avocats, la chambre criminelle de la Cour de cassation rejette, le , le pourvoi formé par la défense de Ranucci contre l'arrêt de renvoi[a 7]. Le dossier est donc transmis au bureau du président de la cour d'assises des Bouches-du-Rhône.

Peu de temps avant le procès, son avocat Me Lombard annonce, lors d'un dîner avec des journalistes, que Christian Ranucci revient sur ses aveux. Selon plusieurs témoignages, dont celui de Roger Arduin, il aurait demandé aux journalistes quelle stratégie de défense il devait adopter. Il plaidera l’innocence lors du procès[a 8]. Son troisième avocat, le bâtonnier André Fraticelli, considérait pour sa part qu’il valait mieux plaider les circonstances atténuantes, l’acquittement lui semblant être une issue impossible. En désaccord avec ses confrères, il choisit de ne pas plaider mais prend place néanmoins sur le banc de la défense[c 1],[c 2].

Procès et pourvoi en cassation[modifier | modifier le code]

Le , s'ouvre le procès de Christian Ranucci devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône, à Aix-en-Provence, dans un climat très passionnel exacerbé par l'arrestation, le , de Patrick Henry pour une autre affaire de rapt et de meurtre d'enfant. Des cris réclamant la peine de mort pour Christian Ranucci s'échappent de la foule présente devant le tribunal. L'accusé nie en bloc les faits reprochés et accuse le commissaire Gérard Alessandra, qui a mené l'enquête et recueilli ses aveux en garde à vue, de sévices et de tortures[c 3]. Le , à l'issue des débats où Ranucci s'est empêtré dans des maladresses et des contradictions, semblant même montrer une forme d'arrogance, il est déclaré coupable des faits qui lui sont reprochés. Les circonstances atténuantes étant rejetées, il est condamné à la peine capitale[8].

Le , les avocats de Christian Ranucci forment un pourvoi en cassation[9]. Le recours invoque quatre moyens, tous rejetés par la Cour. Parmi les éléments contestés par les avocats (motivation jugée insuffisante d'un rejet par le juge d'une demande d'expertise complémentaire, opposition à un procès-verbal indiquant que les pièces nouvelles ont été communiquées à l'avance à la défense, ambiguïté quant à l'origine de la condamnation aux frais envers l'État) figure la production par le ministère public, lors de sa réplique, de nouvelles pièces non communiquées au préalable à la défense et sans autorisation du président de les produire. La Cour de cassation estime ce moyen non fondé, car le procès-verbal des débats atteste que les pièces ont été communiquées aux avocats de l'accusé, que ceux-ci ont eu la parole pour une défense complémentaire et que l'accusé a pu s'exprimer en dernier. Enfin la Cour souligne que le ministère public dispose de la libre parole pendant les audiences et qu'il est indépendant dans l'exercice de ses fonctions[10]. Le , la Cour de cassation rejette le pourvoi[Note 4].

Exécution[modifier | modifier le code]

Le , le président Valéry Giscard d'Estaing, s'exprimant sur la peine de mort, fait part de son souhait que « la communauté nationale et son législateur se saisissent le moment venu de ce problème ». Il évoque en outre deux cas de « violences inadmissibles » à ses yeux, parmi lesquels les « rapts prémédités d'enfants comportant […] la quasi-certitude de la mort[11] ». Le journal Libération publie dans son édition du une « lettre ouverte au président de la République » invitant celui-ci à accorder sa grâce au condamné[12].

Rejet de la grâce, signé par Valéry Giscard d'Estaing.

Le , Giscard d'Estaing rejette la demande de grâce. L'affaire de la disparition et du meurtre du petit Vincent Gallardo, six ans, au Pradet (à 10 km à l'est de Toulon), juste après l'entretien entre le président et Paul Lombard concernant la demande de grâce, aurait influencé la décision, selon les tenants de l'innocence de Ranucci. Le , alors qu'il était interrogé par des journalistes, le maire du Pradet Vincent Cravero avait affirmé avoir envoyé un télégramme au président de la République exigeant la peine de mort pour les meurtres d'enfants[13]. Le président décide de « laisser la justice suivre son cours » (voir document ci-contre). À l'annonce de l'exécution, plusieurs articles de presse se mettent à déplorer cette décision. Quelques journalistes, notamment Yves Mourousi[11], déclarent à l'époque que l'exécution de Ranucci aurait relancé le débat sur la peine capitale.

Giscard d'Estaing, dans l'émission Un jour, un destin, du qui lui était consacrée, a affirmé « ne pas avoir regretté » sa décision de ne pas accorder la grâce à Christian Ranucci. L'ancien président de la République indique ainsi qu'« il était coupable, il était condamné, il devait être sanctionné » et ajoute : « Je ne regrette pas ma décision, parce qu'à la lecture des dossiers […] et des procès qui avaient eu lieu, il était coupable[14]. » Lors d'un entretien rétrospectif sur sa présidence accordé en au Point, il maintient qu'il n'avait pas de doute sur la culpabilité de Ranucci. Dans sa réponse à une question sur la peine de mort, il évoque l'affaire en ces termes : « Pour Christian Ranucci, une exécution qui a fait scandale, je n'ai pas eu de doute : il était coupable d'avoir tué à coups de couteau la petite fille d'une famille d'immigrés espagnols. La gendarmerie avait retrouvé, sur les indications du coupable, l'arme du crime tachée du sang de la victime, et la cour d'assises s'était prononcée deux fois[15]. »

D'autres éléments d'explication du refus de la grâce par le président de la République figurent dans ses mémoires, au tome 1 de Le Pouvoir et la vie. Il évoque notamment une lettre qu'il a reçue de la mère de Marie-Dolorès lui demandant de refuser la grâce, sans quoi elle « ne croirai[t] plus jamais à la justice ». À la fin du même chapitre, consacré à la peine de mort durant son mandat, il a cette formule devenue célèbre : « En moi, rien ne bouge »[16].

Le , tout juste une semaine après l'entretien entre Paul Lombard et le président, Christian Ranucci, alors incarcéré à la prison des Baumettes, est réveillé par les gardiens, qui ont préalablement posé des tapis devant sa porte de cellule afin de ne pas le surprendre en plein sommeil. Il est agité, se débat, proteste de son innocence et déclare, selon son avocat, Jean-François Le Forsonney : « Qu'est-ce qu'on est allé encore raconter à Giscard ? ». Il refuse de boire le verre d'alcool et de s'entretenir avec le prêtre par un laconique « Négatif ! » Il accepte une dernière cigarette, tandis que ses trois avocats, Mes Paul Lombard, Jean-François Le Forsonney et André Fraticelli, lui lisent une lettre de sa mère, Héloïse Mathon[d 1]. Ranucci est conduit à l'échafaud et guillotiné à h 13, devant les trois avocats accompagnés d'une jeune stagiaire, Me Marie-Anne Donsimoni[17], en présence du procureur de la République adjoint, du docteur Tosti, du contrôleur général et du juge d'instruction Pierre Michel[18].

Plusieurs sources divergent sur les derniers mots de Christian Rannuci. Si l'on en croit les mémoires posthumes de l'exécuteur André Obrecht, publiés par son neveu Jean Ker[19], le condamné aurait gardé le silence jusqu'au bout. Toutefois André Obrecht ne pouvait être présent lorsque Ranucci a parlé pour la dernière fois à ses avocats, car il n'était pas dans la même pièce qu'eux et trop éloigné pour entendre ce qui pouvait se dire. Néanmoins Marcel Chevalier, successeur présomptif d'Obrecht, confirme la formule attribuée par Jean Ker : « [Christian Ranucci] a été silencieux jusqu'à la fin. » Toutefois, pour les avocats Mes Le Forsonney et Lombard, témoins directs des dernières heures de leur client, les derniers mots prononcés par Ranucci auraient été : « Réhabilitez-moi ! »[a 9],[20]. Cette demande apparaît officiellement pour la première fois dans l'ouvrage de Paul Lombard Mon intime conviction, paru en 1977, au sein d'un chapitre consacré à la peine capitale, mais l'avocat ne la mentionne pas dans l'ensemble des récits qu'il a faits de l’exécution[21]. De son côté, un gardien de prison qui a assisté à l'exécution ne mentionne pas, dans son témoignage, de demande de réhabilitation de la part de Ranucci[22] et, dans le procès-verbal d'exécution, on peut lire : « Le nommé Ranucci Christian n'a pas fait de déclaration »[18]. Enfin le troisième avocat de Ranucci, Me Fraticelli, affirme lui aussi que son client n'a jamais prononcé ces mots[23].

La dépouille de Ranucci est transportée au carré des suppliciés du cimetière Saint-Pierre. Il sera par la suite inhumé, à la demande de sa mère et de son avocat Me André Fraticelli, dans le caveau familial du cimetière Saint-Véran, à Avignon[a 10].,[24].

Demandes de révision[modifier | modifier le code]

À la suite de la polémique créée par la parution du livre Le Pull-over rouge, trois demandes de révision ont été déposées (en 1978, en 1981 et en 1990). Elles ont toutes été rejetées[25].

Une première requête en révision est déposée le par Jean-Denis Bredin et Jean-François Le Forsonney, à l'instigation d'Héloïse Mathon, la mère du Ranucci, au moment de la rédaction et de la publication du Pull-over rouge. Elle est adressée au garde des Sceaux de l'époque, Alain Peyrefitte. La requête est rejetée le [26],[27]. Lors d'une conférence de presse tenue le , alors qu'il présente son projet de loi « Sécurité et liberté » (lequel aboutira en février 1981), Alain Peyrefitte estime que Christian Ranucci est bien coupable et qu'il n'existe aucun élément nouveau permettant de douter et de saisir la chambre criminelle de la Cour de cassation[27],[28],[29]. Par la suite, le Comité national pour la révision du procès Ranucci est fondé (en ) et rejoint par de nombreuses personnalités. Quelques mois plus tard, le ministre critique le film de Michel Drach, expliquant avoir chargé des magistrats de visionner le film[30].

Une deuxième requête en révision est déposée à la Chancellerie le [26]. Sous l'impulsion du ministre de la Justice, Robert Badinter (qui a exposé ses doutes sur l'affaire dans son discours du , où il défendait son projet de loi d'abolition de la peine de mort), la Chancellerie charge le commissaire divisionnaire Joseph Le Bruchec de mener une enquête afin de recueillir d'éventuels éléments nouveaux[31],[32]. Celui-ci découvre l'agenda de Christian Ranucci, qui révèle qu'il aurait séjourné à Marseille la veille du drame (et non à Salernes, comme il l'avait affirmé dans ses aveux), ce qui est corroboré par le témoignage de Daniel Moussy, lequel déclare avoir été témoin, la veille du crime, d'un accident de la circulation survenu dans le 11e arrondissement et impliquant Christian Ranucci, ce qui remettrait en cause sur un point mineur les aveux passés par celui-ci, sans toutefois apporter d'éléments nouveaux en faveur de l'innocence ou de la culpabilité[32]. De plus, une expertise en écriture effectuée sur le PV énumérant les pièces à conviction trouvées dans le véhicule de Ranucci a permis de constater que la ligne concernant la saisie du pantalon est légèrement penchée et aurait donc été ajoutée après impression, ce qui constituerait alors, selon les avocats d'Héloïse Mathon, une « irrégularité » dans la procédure. Pour autant les conclusions de cette enquête ne permettent pas de réviser le procès, et le , le garde des Sceaux Albin Chalandon conclut, après avoir reçu l'avis de la Commission de révision des procès criminels et correctionnels, à une fermeture du dossier, considérant qu'aucun des faits nouveaux présentés n'était de nature à établir l'innocence de Christian Ranucci[29],[33].

La troisième requête est déposée le par Héloïse Mathon et le Comité national pour la révision du procès Ranucci, présidé par Georges Muratet. Elle intervient après l'entrée en vigueur de la loi du sur la révision des condamnations pénales, qui prévoit de faciliter les demandes de révision[Note 5]. Le , la Commission de révision tient audience et entend notamment l'avocat général, la requérante et ses avocats sur les zones d'ombre et les éléments nouveaux que ceux-ci disent avoir relevés, puis met la requête en délibéré pour le 29 novembre suivant. Ce jour-là, la requête en révision est rejetée, la commission estimant qu'aucun élément n'était de nature à faire naître le doute sur la culpabilité du condamné[34],[25],[35].

En 2002 est fondée l'association Affaire Ranucci : pourquoi réviser ? autour de Georges Muratet, alors président du Comité pour la révision du procès, et de l'avocat Antonin Lévy, fils du philosophe Bernard-Henri Lévy. Cette association tente de sensibiliser le public, notamment via Internet, sur la nécessité, selon elle, de réviser le procès Ranucci. Cependant aucune autre requête n'a pu être déposée du vivant de l'unique ayant droit du condamné, sa mère Héloïse Mathon (). Celle-ci se trouvait être en effet le seul ayant droit de Christian Ranucci connu à ce jour, Jean Ranucci, père du condamné, qui avait par ailleurs divorcé d'Héloïse Mathon, étant décédé en 1988. Mme Mathon étant elle-même décédée[36], seuls désormais le ministre de la Justice ou un procureur général de la Cour de cassation ou d'une cour d'appel peuvent demander la révision du procès depuis l'entrée en vigueur de la loi no 2014-640 du sur la réforme des procédures de révision et de réexamen d'une condamnation pénale définitive.

Naissance d'une polémique[modifier | modifier le code]

Polémiques[modifier | modifier le code]

Deux ans après l'exécution de Ranucci paraît Le Pull-over rouge de G. Perrault, dont il a été déjà question[Note 6], ce qui ravive la polémique sur la culpabilité du condamné. Un film, Le Pull-over rouge, réalisé par Michel Drach et sorti au cinéma en 1979, sera d'ailleurs tiré du livre.

À la suite de la parution du Pull-over rouge, le philosophe Michel Foucault publie le dans Le Nouvel Observateur un article consacré à ce livre et émet des critiques concernant l'enquête et l'instruction. Il emploie notamment une expression qui sera reprise par la suite, la « religion de l'aveu »[37]. À la même époque, des journalistes contestent la thèse de Perrault, comme José d'Arigo, journaliste du Méridional. De son côté, Christian Chardon, qui a couvert l'affaire pour Détective, publie dans les colonnes de Minute un article intitulé « Non ! L'affaire Ranucci n'est pas une erreur judiciaire », où il insiste notamment sur les aveux réitérés de Ranucci et les indications qu'il avait fournies concernant l'endroit où était cachée l'arme du crime[38], tandis que Jean Laborde n'a pas hésité à publier dans Paris Match en un article intitulé « Ranucci innocent ? Eh bien non ! ».

La portée de la controverse est telle que, lors des débats à l'Assemblée nationale sur la question de l'abolition de la peine de mort, Robert Badinter déclare dans la séance du  : « Christian Ranucci : je n'aurais garde d'insister, il y a trop d'interrogations qui se lèvent à son sujet, et ces seules interrogations suffisent, pour toute conscience éprise de justice, à condamner la peine de mort »[39]. Si plusieurs livres reprenant la thèse de l'innocence paraissent dans les années 1990, Mathieu Fratacci, présent lors de la garde à vue de Ranucci, publie en 1993 Qui a tué Christian Ranucci ?, ouvrage cherchant à établir, au contraire, sa culpabilité.

Gérard Bouladou, commandant de police judiciaire retraité, publie en 2005 une première contre-enquête, L'Affaire du pull-over rouge : Ranucci coupable ! : un pull-over rouge cousu… de fil blanc, visant à réfuter les arguments de Perrault. En 2006, dans un second livre, intitulé Autopsie d'une imposture : l'affaire Ranucci : toute la vérité sur le pull-over rouge, il entend à la fois fournir l'ensemble des éléments du dossier et démontrer que l'affaire, telle du moins qu'elle est présentée dans Le Pull-over rouge, relève de la manipulation[40].

De son côté, Yann Le Meur, président du Comité national pour la révision du procès Ranucci, fait paraître en 2013 Le sang et l'encre : et si Christian Ranucci était innocent ?, en vue de relancer l'affaire et d'obtenir la révision du procès. Allant plus loin que Perrault dans ses premiers écrits, Le Meur, se fondant sur le dossier pénal et après de longues investigations documentaires et de terrain, plaide l'innocence de Christian Ranucci, dont l'interpellation serait consécutive, selon lui, à un mensonge des époux Aubert quant à ce qu'ils avaient vu le jour du crime. Tout en critiquant vivement certains des protagonistes, il énonce la théorie selon laquelle un homme au pull-over rouge (celui qui a été retrouvé dans la champignonnière) serait le véritable meurtrier.

Jean-Louis Vincent, commissaire divisionnaire à la retraite, publie en 2018 Affaire Ranucci : du doute à la vérité., où il revient sur l'enquête et l'instruction de l'époque, analyse les pièces du dossier et évoque la médiatisation de l'affaire, ainsi que les demandes de révision, avant de conclure à la culpabilité de Ranucci[41].

La polémique n'est pas éteinte pour autant, comme le prouvent les nombreux forums de discussion où, après tant d'années, l'affaire est encore débattue.

Lien démenti avec l'affaire Fourniret[modifier | modifier le code]

Selon le quotidien belge Le Soir du [42], Michel Fourniret aurait admis auprès des enquêteurs belges avoir passé des vacances dans la région de Berre, près de Marseille en 1974. Les enquêteurs font le lien avec l'affaire Ranucci et transmettent cette information à leurs homologues français.

L'auteur ajoute dans ce même article que M. Fourniret, qui était déjà connu à l'époque comme agresseur d'enfants, était, comme Christian Ranucci, propriétaire d'une Peugeot 304 (cependant la thèse de l'innocence repose notamment sur la possibilité que l'enlèvement ait été commis avec une Simca 1100 grise). L'information a toutefois été démentie le même jour par le procureur français de Charleville-Mézières, Francis Nachbar, chargé du dossier Fourniret : « En l'état actuel des investigations multiples menées en France sur les faits criminels commis par Michel Fourniret et de notre connaissance des enquêtes effectuées par les autorités judiciaires belges, aucun élément sérieux, le plus ténu soit-il, ne permet d'accréditer de telles informations ou rumeurs »[42].

D'autre part, selon le Nouvel Observateur[43], citant le quotidien régional La Provence, Michel Fourniret aurait assisté au procès de Christian Ranucci, en . La Provence affirmait détenir des photographies d'archives de l'ouverture du procès à Aix-en-Provence sur lesquelles il était possible de reconnaître Michel Fourniret. L'identité judiciaire, après étude anthropométrique des photos[43], a conclu qu'il ne pouvait pas s'agir de lui[44].

Principaux points de débat[modifier | modifier le code]

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Arguments mettant en doute la culpabilité de Christian Ranucci[modifier | modifier le code]

Les deux seuls témoins de l'enlèvement n'identifient ni le ravisseur ni la voiture qu'il conduisait. Le frère de Marie-Dolorès, Jean-Baptiste, âgé à l'époque de six ans et demi, ne reconnaît pas Ranucci comme « l'homme au chien perdu », le garagiste témoin de l'enlèvement non plus. Il en va de même pour la voiture, qui ne correspond pas au modèle décrit plus haut. Le garagiste précise toutefois, dans sa déposition en date du , qu'il ne pense pas être en mesure de reconnaître le ravisseur au cas où celui-ci lui serait présenté. Il déclare par ailleurs qu'il a vu une Simca 1100 (et non un coupé Peugeot 304) et que le ravisseur ne portait pas de lunettes, contrairement à Ranucci. Or, comme l'explique Bouladou, le PV d'audition du frère de la victime prouve qu'en réalité l'enfant n'a jamais mentionné la marque de la voiture. En revanche le garagiste mentionne bien le passage d'une Simca 1100 grise, mais à une heure antérieure (10 h 50) à celle où Mme Rambla dit avoir vu sa fille pour la dernière fois (vers 11 h 5, selon sa déposition en date du ). Par ailleurs, compte tenu de la situation de son garage et de l'endroit où se trouvait la voiture de Ranucci (la déposition de Jean-Baptiste Rambla concorde là-dessus avec les aveux de l'inculpé), Eugène Spinelli n'aurait pas été en mesure d'assister à la scène. La reconstitution n'a malheureusement pas réglé ce point important, le garagiste, tout comme le frère de la disparue, n'ayant pas été convoqué lorsqu'elle a eu lieu. Les deux témoins n'ont pas été davantage entendus ni convoqués durant l'instruction par le juge[45].

Le pull-over rouge retrouvé dans la champignonnière serait d'une taille supérieure à celle de Ranucci. Par ailleurs Héloïse Mathon a indiqué aux policiers que Christian Ranucci détestait le rouge, fait non démenti par la fouille effectuée au domicile de Ranucci mais en contradiction avec la couleur rouge des sièges de sa voiture.

Quant au mobile de l'enlèvement, même après les aveux de Ranucci et l'examen psychiatrique auquel a été soumis le suspect, il n'a jamais été clairement établi. En outre l'autopsie de la victime n'a pas fait état de violences sexuelles ni de viol.

On observe d'autre part que les témoignages des époux Aubert et de Vincent Martinez, tels qu'ils ont été recueillis, ont évolué. D'après un rapport de synthèse rédigé par la gendarmerie, M. Aubert aurait eu une conversation téléphonique avec la gendarmerie de Roquevaire le 4 juin. Il en aurait eu une autre le lendemain, 5 juin, avec celle de Gréasque. Au cours de ces conversations, Alain Aubert aurait déclaré avoir vu un homme prenant la fuite avec un « paquet assez volumineux ». En revanche, le 6 juin, à l'hôtel de police de Marseille, après avoir été confrontés à C. Ranucci et l'avoir reconnu, les époux Aubert vont dire qu'ils l'ont vu s'enfuir en entraînant avec lui un enfant. Le « paquet volumineux » apparaît par deux fois (gendarmeries de Roquevaire et Gréasque) dans le rapport de synthèse rédigé par la gendarmerie. Ce document, signé par un officier de police judiciaire, donc une personne assermentée, n'est jamais signé par les personnes mises en cause. Cette histoire de paquet, nous la retrouvons aussi dans des articles de journaux locaux. Après la découverte du corps de l'enfant, dans l'après-midi du 5 juin, plusieurs journalistes vont en entendre parler. Il y a d'abord un journaliste travaillant pour le compte de RTL et du Provençal qui va l'apprendre, sur le lieu de découverte du corps, de la bouche même du capitaine Gras. Il y a d'autres journalistes qui, après avoir contacté les Aubert dans la soirée du 5 juin,eux,. Ils vont faire état du paquet. Plusieurs années après, les Aubert contestent formellement avoir varié dans leurs déclarations et affirment avoir toujours parlé d'un enfant. Ils disent aussi ne jamais avoir téléphoné aux gendarmes.

L'heure précise du meurtre n'a pas été établie par l'autopsie.

Aucun procès-verbal de présentation du suspect aux témoins Aubert (lors de la parade d'identification) n'a été dressé par les policiers. Quelques journalistes relayent ainsi une rumeur selon laquelle les Aubert n'auraient reconnu Ranucci qu'au terme d'un second tapissage. Cependant, en cas de tapissage infructueux (comme ce fut le cas avec les deux témoins de l'enlèvement), la confrontation des Aubert avec le suspect n'aurait jamais eu lieu (articles 63 et suivants du Code de procédure pénale).

Le plan dessiné par Christian Ranucci correspondrait à un calque du cadastre. L'immeuble serait à la même échelle (y compris avec un petit muret du cadastre) et les rues correspondraient au même secteur angulaire, chose impossible à constater lors d'une simple visite où l'on ne voit que des façades. Ceci irait évidemment dans le sens d'aveux extorqués sous la pression policière. Cette affirmation est contestée. Perrault, qui ne le publie pas dans son livre, parle d'un « gribouillis sans signification » alors que d'autres au contraire le trouvent trop précis pour avoir été réalisé par Ranucci. Celui-ci reconnaît toutefois, lors de sa dernière comparution devant le juge d'instruction, avoir dessiné lui-même ce plan. Des reportages télévisés, tels que Faites entrer l'accusé, occultent même l'existence de ce plan. D'autre part, lors de la reconstitution, Ranucci a montré qu'il connaissait effectivement déjà les lieux, en particulier l'endroit où se trouvaient les enfants, ainsi que la direction à suivre pour sortir de la cité Sainte-Agnès.

Par ailleurs, dans le Le Pull-over rouge, Perrault conteste la présence et la découverte du couteau : « Une heure cinquante-cinq de recherches pour découvrir un couteau dans un tas de fumier de quelques mètres carrés avec une poêle à frire exactement réglée […]. » En réalité, le tas de fumier fait plusieurs centaines de mètres carrés qu'il faut explorer avec des instructions vagues de Ranucci. De plus, lors de la reconstitution, Ranucci a montré l'emplacement du couteau avec une grande précision. Détail surprenant d'après Perrault : « Le 6 juin à cinq heures et demie de l'après-midi, c'est-à-dire à l'heure exacte où commencent les recherches, l'inspecteur Porte consigne par procès-verbal la découverte le 5 juin d'un "couteau à cran d'arrêt de marque Virginia-Inox, à ouverture automatique, manche nacre" saisi par la brigade de gendarmerie de Gréasque. » Mais, comme l'explique Bouladou dans son livre, Perrault fait allusion à la fiche de scellé du couteau et à un procès-verbal récapitulatif de scellés : la première mentionne la date de l'affaire ouverte par les gendarmes à la suite de la découverte du corps de la victime, c'est-à-dire le 5 juin ; au bas du procès-verbal récapitulatif (entamé « le six juin mil neuf cent soixante quatorze à dix sept heures trente ») a été rajouté un paragraphe mentionnant les scellés découverts les 5 et par les gendarmes, et remis successivement les 6 et 7 juin aux policiers chargés de l'enquête (voir ci-dessous).

Durant toute l'instruction Ranucci n'avoue jamais s'être changé, entre le moment où il est aperçu par les Aubert en train de fuir dans les fourrés avec la victime et le moment où il se trouve dans la champignonnière. En revanche, d'une part, il reconnaît avoir porté lors de l'accident le pantalon bleu taché de sang trouvé dans sa voiture et, d'autre part, le contremaître Henri Guazonne (venu désembourber la 304 dans la champignonnière) déclare dans sa déposition à la gendarmerie que Ranucci portait un pantalon anthracite.

Par la suite, alors que l'inculpé est en prison, une femme, Jeannine Mattei, rencontre sa mère et l'informe que sa fille a été abordée dans la rue par un homme prétendant chercher un chien noir et portant un pull-over rouge. La défense apprend qu'une confrontation avait eu lieu mais que, les plaignants n'ayant pas reconnu Christian Ranucci comme l'homme au pull-over rouge, la déposition n'avait pas été retenue au dossier. Gilbert Collard suggérera lors du procès qu'il s'agissait d'un faux témoin. Pourtant d'autres dépositions corroborant l'existence d'un satyre au pull-over rouge ont été écartées du dossier d'instruction, les victimes de ces satyres n'ayant pas identifié Christian Ranucci comme leur agresseur. Il faut ajouter que, dans leur déposition, ces témoins ne font pas état de boutons dorés présents au niveau de l'épaule, alors que le pull-over trouvé dans la champignonnière par les gendarmes en est pourvu.

Arguments mettant en cause Christian Ranucci[modifier | modifier le code]

Simca 1100 LS (1974)
Peugeot 304 coupé

Si la similitude extérieure entre une Simca 1100 première version (1968-1972) et la Peugeot 304 coupé relativise le témoignage du garagiste, il existe cependant entre les deux véhicules des différences que Spinelli était incapable d'ignorer et, même si la Simca 1100 se trouvait être la voiture la plus vendue de l'année, alors que la Peugeot 304 coupé était moins répandue, pour un homme du métier comme lui, il s'agissait bien d'une Simca 1100. Quant au message radio diffusé par la police, il évoquait simplement une voiture qui « pouvait être une Simca ».

Le signalement que le garagiste donne de l'homme paraît correspondre à Ranucci (« Il pouvait mesurer 1,80 m environ, il était de corpulence moyenne et avait des cheveux châtain clair. Il était vêtu d'une veste claire et d'un pantalon foncé (tout au moins plus foncé que la veste) ». Outre le pantalon bleu marine que Ranucci reconnaît avoir porté le jour du crime, Héloïse Mathon, la mère de Christian Ranucci, témoigne dans l'ouvrage Plus jamais d'échafaud de Maurice Périsset, que son fils était parti lors du week-end de la Pentecôte 1974 avec une veste en daim.

C'est la voiture de Ranucci (identifiée par sa plaque minéralogique) qui a été impliquée dans l'accident avec M. Martinez, qui a été prise en chasse par le couple Aubert, et qui s'est arrêtée à proximité de l'endroit où l'on découvrira le corps de la victime. Elle ne semble pas avoir été conduite par quelqu'un d'autre que Ranucci puisque celui-ci n'a jamais nié avoir eu cet accident, y compris lors de son procès. C'est la même voiture qu'Henri Guazzone et Mohammed Rahou découvrent embourbée dans une champignonnière, environ quatre heures après l'accident ; c'est Ranucci lui-même qui leur demande de l'aide pour désembourber sa voiture. Par ailleurs M. Aubert a précisé aux gendarmes qu'il n'avait remarqué aucune présence humaine dans le coupé 304, après la fuite de Ranucci dans les fourrés.

Un télégramme officiel (daté du 5 juin 1974) semble montrer que les époux Aubert n'ont pas varié dans leurs déclarations et ont toujours parlé d'un enfant. Le fait que Vincent Martinez et les époux Aubert aient spontanément fait le lien entre l'accident et l'enlèvement et que leurs appels aient entraîné la découverte et l'identification du corps de Marie-Dolorès, donne une grande crédibilité à leur témoignage. D'autre part, Ranucci est passé aux aveux après que Mme Aubert l'eut pris à partie, au cours d'une confrontation à l'Évêché[d 2].

Christian Ranucci présente des griffures sur les avant-bras, or le corps de la victime a été découvert enfoui dans des argeras (arbustes très piquants de la catégorie des ajoncs). Mais il a également transporté des branchages pour les placer sous les roues de son véhicule embourbé. Néanmoins d'après M. Guazzone, contremaître de la champignonnière ayant témoigné sur ce point au procès, les blessures de Ranucci ne pouvaient avoir été causées que par les argeras, et que lui-même avait auparavant nettoyé la galerie de la champignonnière, qui contenait peu de ronces au moment des faits.

Le pantalon du jeune homme présente des taches de sang. Interrogé, Ranucci déclare en garde à vue qu'il ignore l'origine de ces taches, puis affirme au procès avoir saigné au cours de son accident de voiture. Or le médecin qui l'examine à l'issue de sa garde à vue ne trouve sur son corps aucune plaie ou blessure fraîche, et un rapport indique, à propos du pantalon, qu'il comporte des taches d'apposition (c'est-à-dire provenant de l'extérieur). Le pantalon taché de sang saisi dans la voiture de Ranucci est bleu marine ; or le garagiste Spinelli déclare que l'homme portait un pantalon de couleur foncée. D'autre part Christian Ranucci déclare le 6 juin : « Le pantalon de couleur bleue qui se trouvait dans ma voiture est bien celui que je portais au moment de l'accident ». Lors de son interrogatoire de première comparution, il dit au juge d'instruction : « Sans pouvoir être formel, je pense donc que si une tache de sang a été découverte sur le pantalon trouvé dans ma voiture par les policiers, je pense qu'il s'agit de sang provenant de la fillette ; avant que l'enfant ne soit égorgée, mon pantalon était propre, il n'avait aucune tache ».

Un cheveu clair et bouclé semblable à ceux de la victime a été découvert dans l'habitacle de la voiture de Ranucci.

Des lanières de cuir d'un mètre de long, tressées et assemblées en une sorte de fouet, ont été saisies dans la voiture du suspect. Interrogé par le juge d'instruction, Ranucci dément tout caractère sexuel concernant cet objet, et prétend avoir fabriqué un scoubidou.

Il n'a aucun alibi pour la période entre l'heure supposée de l'enlèvement et l'heure de son accident. Dans le PV de son audition à la gendarmerie de Nice, alors qu'il n'est officiellement interrogé que pour l'accident avec délit de fuite, puis dans le premier PV d'audition à l’Évêché (police de Marseille), Ranucci reconnaît l'accident, dit venir d'Aix-en-Provence alors qu'il arrivait de Marseille, avoir pris la fuite et roulé jusqu'à la champignonnière où il s'est arrêté pour réparer sa voiture dont le pneu frottait sur la carrosserie. À partir de sa rétractation et dans son « Récapitulatif » (document écrit en prison quelques semaines avant son exécution), Ranucci évoque un évanouissement, un « trou noir » au moment du meurtre, dans sa voiture. Ses déclarations sont pourtant contredites par Alain Aubert, qui a confirmé à la gendarmerie n'avoir remarqué aucune présence humaine à l'intérieur du véhicule stoppé au bord de la nationale 8bis, après avoir vu un homme s'enfuir dans les fourrés. Ranucci prétend avoir passé la soirée à boire à Marseille, puis évoque une commotion entre l'accident et son réveil dans la galerie de la champignonnière. Il ne s'explique absolument pas quant à l'évolution très significative de sa version des faits.

Tout au long de l'instruction, mais également peu avant le procès lors d'une entrevue avec son avocat Me Le Forsonney (voir plus bas), Ranucci n'a jamais démenti être le propriétaire du couteau recouvert de sang, supposé être l'arme du crime, retrouvé sur les indications données par Ranucci près de la champignonnière où il a reconnu s'être rendu, située à quelques centaines de mètres des lieux où le corps de la victime a été découvert.

Cette liste ne compte pas les éléments majeurs du dossier, c'est-à-dire le témoignage des époux Aubert qui ont vu et reconnu Christian Ranucci avec un enfant (voir plus haut), ni la présence de celui-ci sur le lieu et aux environs de l'heure du crime, également attestée par témoignage (listé), ou encore les aveux réitérés et espacés dans le temps du suspect, accompagnés d'un plan détaillé et exact du lieu de l'enlèvement (que l'inculpé reconnaît avoir dessiné lors de sa dernière comparution devant le juge, le , alors même qu'il se rétracte), ainsi que la reconstitution du crime (voir plus haut).

Circonstances atténuantes tirées du vécu de Christian Ranucci[modifier | modifier le code]

Le livre de Perrault révèle que Ranucci n'a pas vécu avec son père et a été témoin, lorsqu'il était enfant, d'une agression au couteau dont l'intéressé s'était rendu coupable sur sa femme devant le tribunal de grande instance de Toulon, au sortir de leur divorce[a 11]. Depuis, Christian vivait avec sa mère, tous deux ayant effectué de nombreux changements de domicile à travers la France[e 5]. Ranucci entretenait avec elle des relations fusionnelles. De son côté, Héloïse Mathon s'est montrée ultra-protectrice, voire confuse, dans la défense des intérêts de son fils en justice. Il semblerait, d'après le témoignage d'un gardien des Baumettes, qu'elle soit à l'origine du système de défense adopté par celui-ci (c'est-à-dire plaider l'innocence)[22].

Par ailleurs le comportement arrogant, voire mégalomane du fils lors de son procès, arrivé en tenue de clergyman avec une grande croix pectorale sur le thorax, selon une idée de sa mère, est assez révélateur que cette dernière entretenait son immaturité. D'autres éléments sont à mettre en rapport avec cette immaturité supposée, en particulier une présumée inconscience de la gravité du crime commis, que l'inculpé ne parvient pas à réaliser. Ainsi, d'après Jean-François Le Forsonney, Ranucci « n'avait pas conscience », à l'époque, de la gravité des faits ni de la peine encourue[c 4] ; cette attitude de Ranucci semble corroborée par un témoignage livré dans deux émissions de télévision par Pierre Grivel, inspecteur présent lors de la garde à vue et lors de la reconstitution. Selon son témoignage, Ranucci lui aurait demandé quelle peine il encourait pour le crime qu'il avouait avoir commis, ce à quoi l'inspecteur aurait répondu qu'il risquait la peine de mort ; Ranucci aurait alors jugé cette peine excessive par rapport au crime. P. Grivel assure que Ranucci « n'a jamais mesuré l'importance de son acte »[5],[e 6].

Un tel vécu pouvait raisonnablement influer le passage à l'acte : c'était la thèse envisagée à l'origine par l'un de ses avocats, Me André Fraticelli. Il se trouve que Ranucci et sa mère n'ont pas accepté cette thèse et que les médecins-experts chargés de son expertise médico-psychologique l'ont également rejetée en considération de l'âge de la victime et sa vulnérabilité en écartant catégoriquement toute difficulté à ce niveau. Il faut ajouter que l'article 64 du Code pénal en vigueur à l'époque, qui dispose que l'individu ne peut pas être déclaré responsable de ses actes lorsqu'il a commis le crime dans un état de démence, a été tout autant écarté par les experts. Il n'en demeure pas moins que l'absence de circonstances atténuantes eu égard à l'âge de l'auteur et à son immaturité certaine reste un point discutable de l'affaire. En effet, si des circonstances atténuantes avaient été accordées par la cour d'assises, la peine capitale n'aurait pas été prononcée. Dans un rapport au ministre de la Justice, l'avocat général Armand Viala, explique sa décision de requérir la peine de mort, entre autres, par l'attitude délétère de l'accusé au cours de son procès ; le magistrat ajoute que si Ranucci avait fait preuve de repentir, il aurait pu, à son avis, échapper à la peine capitale[d 3].

Durant le procès, certains (comme Alex Panzani, journaliste à La Marseillaise) ont pensé que Ranucci ne s'adressait qu'à sa mère, qu'elle était la seule qu'il voulait convaincre de son innocence[c 5]. De même, le chroniqueur judiciaire Frédéric Pottecher avait estimé qu'elle et son fils n'étaient pas « normaux », ayant décelé dans leur personnalité « quelque chose de fou »[46]. De plus, dans le « Récapitulatif » que le condamné a écrit en prison sur les conseils de sa mère, et où il tente de présenter sa version des faits et de démontrer son innocence, Bouladou décèle une certaine forme de mythomanie et d'auto-persuasion[b 2].

Mobile : un acte pédophile ?[modifier | modifier le code]

L'enlèvement de Marie-Dolorès Rambla peut être rapproché d'autres événements qui auraient impliqué des enfants et Christian Ranucci lui-même, à savoir les dépositions de Marthe Spineck et de Marc Pappalardo, qui affirment avoir reconnu l'inculpé comme étant l'individu qui s'en serait pris à leurs enfants respectifs : Sandra, âgée de dix ans au moment des faits présumés, et Patrice, âgé de quatre ans et demi. Selon les Spineck, vers l'automne 1973, un homme avait poursuivi Sandra rentrant d'un cours de danse avec une amie, avait attendu qu'elle se retrouve seule puis s'était rué sur elle, avant que Marthe Spineck, sa mère, ne s'interpose. L'homme avait alors pris la fuite. À la suite d'un appel à témoin lancé dans Nice-Matin, elles avaient toutes deux reconnu Christian Ranucci comme étant cette personne.

Le , Patrice Pappalardo est enlevé par un inconnu alors qu'il joue avec ses frères près de chez lui. L'inconnu aurait passé une heure en sa compagnie en lui offrant notamment des confiseries. Son père le retrouvera la bouche barbouillée de rouge. L'inconnu l'aurait relâché sans lui faire de mal et donné rendez-vous pour le lendemain.

Lors de l'enlèvement de Marie-Dolorès, le ravisseur prétend avoir perdu son « chien noir » et invite les enfants à partir à sa recherche avec lui. Or, si l'on en croit les observations du psychologue Damien Lambert, le prétexte de l'animal égaré est une arme prisée des pédophiles[47]. Les pédophiles miseraient, selon lui, sur l'affection qu'éprouvent les enfants envers les animaux. Cet élément est confirmé par la criminologue Sylvia Bréger[48].

Ces deux événements paraissent présenter des similitudes avec les cas de pédophilie situationnelle : l'homme enlève les enfants si l'occasion se présente, sans prévoir qu'il va enlever un enfant, avec toutefois une certaine préméditation. L'universitaire Myriam Belley souligne ainsi que les pédophiles situationnels « ne passent à l'acte que par une occasion hasardeuse »[49]. D'après les aveux de Ranucci, celui-ci aurait d'abord cherché le domicile d'un ancien camarade de service militaire avant d'être attiré par Marie-Dolorès et son petit frère en train de jouer : « Je n'ai pas trop insisté pour retrouver mon camarade et, apercevant deux enfants […], je me suis approché d'eux, j'ai abordé les enfants […]. L'idée m'est venue d'emmener la petite fille ». Le passage à l'acte s'opérerait donc sur le moment, sans que l'individu y ait pensé auparavant.

Les experts psychiatres dénotent chez Ranucci une « sexualité immature et mal orientée »[c 6]. Pour autant, son profil n'a pas été clairement défini comme celui d'un pédophile : sur les raisons de l'enlèvement de Marie-Dolorès, il est simplement fait état d'un désir et d'une quête de compagnie, qui suivrait la recherche du domicile d'un camarade de régiment (d'après les aveux de Ranucci et d'après l'analyse des experts psychiatres). De plus, et bien que les experts psychiatres aient affirmé le contraire, Ranucci a toujours nié, même en avouant le crime, avoir procédé à des gestes ou entreprises à caractère sexuel sur la victime. Enfin son avocat Jean-François Le Forsonney souligne, dans l'émission de 50 ans de faits divers consacrée à l'affaire, que le mobile de l'enlèvement de l'enfant par Ranucci n'a pas fait l'objet, à l'époque, d'une explication ou d'un éclaircissement quelconque[e 7]. Ajoutons que Ranucci a été élevé par sa mère dans la crainte permanente qu'il ne soit enlevé par son père[1].

Voiture[modifier | modifier le code]

Simca 1100
Vue arrière d'une Simca 1100 Spécial avec jantes de TI.

Selon plusieurs journaux locaux en date des 4 et , J.-B. Rambla aurait décrit la voiture utilisée par le ravisseur comme étant une Simca grise alors que Christian Ranucci avait une Peugeot 304 coupé[c 7]. Le journaliste Roger Arduin soutient dans plusieurs émissions consacrées à l'affaire que lorsqu'il a interrogé le petit garçon, celui-ci lui a parlé d'une Simca grise. Pourtant, aucune marque de voiture n'apparaît dans son enregistrement de l'entretien de Jean Rambla. Il admet par ailleurs l'avoir pressé de questions avec des collègues, et surtout lui avoir posé des questions ouvertes comportant plusieurs marques de voitures[5],[e 8]. D'autre part, le journaliste de Détective Christian Chardon affirme, lui, que J.-B. Rambla ne lui a jamais mentionné de marque de voiture[38]. L'intéressé lui-même a d'ailleurs nié, lors d'une émission de télévision réalisée en 1992, avoir indiqué à l'époque une marque de voiture[50]. Le père de Marie-Dolorès a également nié, dans une autre émission, que Jean-Baptiste ait parlé d'une marque de voiture particulière[5] ; dans sa propre déposition de l'époque, on lit simplement « Il m'a précisé que le monsieur avait une voiture de couleur grise », sans plus de précision. De plus, aucune caractéristique concernant la voiture (à l'exception de la couleur, grise) n'apparaît dans le procès-verbal d'audition de Jean-Baptiste, dressé par l'inspecteur Pierre Grivel[d 4], contrairement à ce que l'épisode de Faites entrer l'accusé consacré à l'affaire Ranucci laisse entendre. M. Grivel ajoute à la fin du procès-verbal qu'il a demandé à l'enfant s'il reconnaissait la voiture du ravisseur parmi celles qui étaient garées dans la cour et le garage de l'Évêché, et que celui-ci a désigné l'arrière d'une Simca Chrysler[b 3]. Ce type de voiture ne ressemble pas du tout à la Simca 1100. Le , à la suite de l'interpellation de Christian Ranucci, Jean-Baptiste Rambla est de nouveau conduit dans la cour de l'Évêché où est garé le coupé 304 de Ranucci, mais ne peut identifier ce véhicule comme étant celui du ravisseur[c 8].

À en croire Bouladou, la présumée reconnaissance d'une Simca, voire d'une Simca 1100 (d'après certains journalistes comme Alex Panzani dans La Marseillaise) par Jean Rambla, trouverait son origine dans le témoignage verbal livré par Eugène Spinelli (garagiste travaillant au bas de l'impasse Albe), le 4 juin, dans le cadre de l'enquête de voisinage. Cette information se serait alors propagée dans la cité Sainte-Agnès, sans que personne ne sache de qui elle émanait. Les journalistes n'ayant pas eu vent de l'existence d'un autre témoin de l'enlèvement avant le procès, certains auraient par la suite attribué la première mention d'une Simca 1100 au frère de la victime[1].

Eugène Spinelli, dont le garage est situé à cinquante mètres environ de la scène, est considéré par certains comme un témoin capital de l'affaire. Le 4 juin, dans le cadre d'une enquête de voisinage effectuée par les policiers dans la cité Sainte-Agnès, ce garagiste carrossier de profession livre un premier témoignage verbal dans lequel il identifie le véhicule du ravisseur comme étant une Simca 1100 de couleur gris clair. Son audition écrite est consignée le 5 juin à 16 h à l'Évêché, Christian Ranucci n'est pas encore arrêté, il le sera à 18 h. Dans celle-ci, Eugène Spinelli relate avoir vu le dimanche ou le lundi de Pentecôte une « fillette » monter à bord d'une Simca 1100 grise, avec un individu dont le signalement - grand, jeune, les cheveux châtains - et la tenue vestimentaire - veste claire et pantalon plus foncé - présentent une correspondance forte avec Ranucci tel qu'il était vêtu le jour du crime, si l'on en croit sa mère qui prétend dans l'ouvrage Plus jamais d'échafaud de Maurice Périsset, qu'il portait lors du week-end de la Pentecôte, outre son pantalon bleu marine, une veste en daim. Eugène Spinelli précise d'autre part qu'ayant vu la personne à une distance de 40/50 mètres il ne sera sans doute pas en mesure de l'identifier si elle lui est présentée plus tard. Lors de sa deuxième audition, le 6 juin après l'arrestation de Christian Ranucci, l'attention du garagiste est attirée par les enquêteurs sur la ressemblance qui existe entre une Simca 1100 et une Peugeot 304 ; Eugène Spinelli fait alors ajouter à son témoignage qu'il est mécanicien de métier et qu'il connaît parfaitement tous les types de voitures[d 5], ce qui sera interprété comme une manière d'être formel quant au modèle du véhicule qu'il a vu, et qui ne saurait dès lors être la Peugeot 304 de Ranucci. Néanmoins, il est tout à fait envisageable qu'il ait fait cette déclaration pour expliquer qu'il a pu se tromper, sans que son erreur ne soit due à une mauvaise connaissance des véhicules concernés. Car Spinelli a bien reconnu dans sa déposition que, dans le cas présent, il était possible qu'il ait confondu une Simca 1100 avec un coupé 304 pour les trois raisons suivantes : il n'a pas fait particulièrement attention, il se trouvait à 50 m, et enfin il n'a vu que l'arrière du véhicule (or l'arrière de ces deux véhicules sont proches). Il faut ajouter que la Simca 1100 était un modèle très répandu (elle atteint ainsi les deux millions d'exemplaires dès l'année 1972 [voir plus haut])[51]. On peut d'ailleurs apercevoir des Simca sur des photos et vidéos d'archives (issues entre autres de journaux télévisés) consacrées à l'affaire, reconnaissables notamment par leurs phares.

Pourtant une polémique importante naît sur la voiture vue par Eugène Spinelli. Aujourd'hui encore, les tenants de l'innocence de Christian Ranucci, en totale contradiction avec la seconde déposition d'Eugène Spinelli (datée du 6 juin), soutiennent qu'une confusion entre deux modèles de voitures est impossible pour un garagiste. Enfin, il faut noter que le message radio diffusé par la police parle d'une voiture grise qui pourrait être une Simca grise, sans plus de précision.

Une dernière hypothèse est que la scène relevée par le garagiste, qui n'est pas affirmatif quant au jour où elle s'est produite, et qui désigne un endroit ne correspondant pas à l'endroit où la voiture du ravisseur s'est arrêtée, selon le témoignage du petit Jean-Baptiste, soit tout simplement sans rapport avec l'enlèvement.

Témoignage de Vincent Martinez, conducteur de l'autre voiture impliquée dans l'accident[modifier | modifier le code]

Vincent Martinez est victime de l'accident causé par Christian Ranucci. Celui-ci prend la fuite mais Vincent Martinez ne peut le poursuivre, son véhicule étant endommagé[e 9], mais demande à un couple d'automobilistes toulonnais, M. et Mme Aubert, de poursuivre le chauffard et de relever sa plaque minéralogique. Dans le procès-verbal de la plainte déposée le 3 juin 1974 à la gendarmerie de Gréasque, M. Martinez ne parle pas d'enfant ; il est écrit au contraire : « le conducteur paraissait seul à bord » (contrairement à ce que l'épisode de Faites entrer l'accusé consacré à l'affaire Ranucci laisse entendre, cette phrase n'apparaît pas dans les déclarations du couple Aubert, mais dans celle de V. Martinez). M. Martinez prétend, 30 ans après, que le gendarme ayant enregistré sa plainte avait refusé de mentionner l'enfant que le couple Aubert avait vu, sous prétexte qu'il ne s'agissait que d'un simple délit de fuite. Le 5 juin vers 10 h, ayant entendu la nouvelle de l'enlèvement, M. Martinez contactera la gendarmerie de Greasque par téléphone. Le 7 juin, lors de son audition par la police, il indique que M. et Mme Aubert ont pris en chasse la voiture de Christian Ranucci sur sa demande, lui ont ramené le numéro d'immatriculation et indiqué que les passagers de la voiture se sont enfuis dans les fourrés. Ils utilisent le terme "minots" pour désigner ces passagers, pouvant se comprendre comme jeunes au sens large, enfants comme jeunes adultes.

Il reste que, considérant que les époux Aubert n'auraient pas vu d'enfant, et ne lui en auraient pas parlé, on peut se demander ce qui aurait alors poussé Vincent Martinez à faire spontanément le lien entre son accident et l'enlèvement, et à appeler la police.

Témoignage des époux Aubert, qui ont poursuivi Christian Ranucci après son accident[modifier | modifier le code]

Après avoir essayé sans succès de signaler le jour même à la gendarmerie de Roquevaire ce qu'ils avaient vu[b 4], les époux Aubert apprennent le lendemain par la presse la disparition de Marie-Dolorès[b 5]. Ils appellent la gendarmerie de Roquevaire, qui, à nouveau, ne tient pas compte de leur témoignage, prétextant que les enquêteurs sont sur la piste d'une Simca 1100 (et non d'un coupé Peugeot 304 correspondant au véhicule du fuyard), et que le carrefour de La Pomme ne dépend pas de sa compétence territoriale. M. Aubert sera interrogé par téléphone le par un membre de la gendarmerie de Gréasque avant de contacter l'hôtel de police de Marseille et d'entrer en communication avec le commissaire Alessandra, chef de la section criminelle Nord.

Il existe une première polémique à propos du témoignage des époux Aubert. Leurs déclarations, du moins telles qu'elles ont été transcrites, semblent en effet avoir varié. D'après le procès-verbal daté du , ils ont indiqué le , lors de leur appel téléphonique à la gendarmerie de Roquevaire, avoir vu un homme sortir de la voiture avec un « paquet volumineux ». Il s'agit toutefois d'un procès-verbal de synthèse, relatant les événements des jours précédents, et non d'un procès-verbal d'audition, signé par les témoins. D'après les procès-verbaux de leurs auditions séparées effectuées le à l'Évêché par l'inspecteur Porte et le commissaire Alessandra, l'homme qu'ils ont vu sortir de la voiture était accompagné d'un enfant[b 6]. Cette version concorde avec la seconde déposition de M. Martinez, faite le , et indiquant que les époux Aubert ont bien signalé la présence d'un enfant lorsqu'ils sont revenus auprès de lui après avoir poursuivi le chauffard. Mme Aubert précise qu'elle et son mari ont tenté vainement d'alerter la gendarmerie de Roquevaire, ce qui semble signifier non pas qu'ils ont changé d'avis entre le moment où ils ont appelé les gendarmes et celui où ils ont été entendus par les policiers, mais que les gendarmes ont minimisé dans le procès-verbal ce que leurs déclarations pouvaient avoir d'inquiétant. D'après Gérard Bouladou, un télégramme daté du (donc antérieur à leur audition par les policiers) validerait cette hypothèse : on y lit que les époux Aubert ont parlé aux enquêteurs d'un homme sortant de la voiture accompagné d'un enfant[b 7]. Ce point est corroboré par un enregistrement téléphonique daté du , dans lequel on peut entendre Mme Aubert affirmer à un journaliste qu'elle a vu l'individu s'enfuir avec un enfant[46]. En outre, contrairement à ce que l'épisode de Faites entrer l'accusé consacré à l'affaire laisse supposer, le ces témoins n'ont contacté les policiers qu'une seule fois et non deux. Prétendre que les Aubert n'auraient pas vu d'enfant dès le début reviendrait à dire qu'ils ont commencé par mentir aux policiers, tout comme M. Martinez (si les intéressés n'ont pas vu l'enfant, ils ne peuvent pas lui en avoir parlé, et c'est lui-même qui aurait fourni cette information aux policiers qui l'ont interrogé le ).

Il existe une seconde polémique à propos du témoignage des Aubert. Trois journalistes ont dit que les époux Aubert n'avaient pas reconnu Ranucci lors d'un premier tapissage, et qu'ils ne l'avaient reconnu que dans un second temps, lorsqu'il leur avait été présenté seul. Les intéressés ont formellement démenti et affirmé qu'ils avaient reconnu immédiatement le suspect au milieu d'inspecteurs en civil[46]. Dans le cas contraire, leur confrontation directe avec Ranucci n'aurait jamais eu lieu, conformément aux articles 64 et suivants du Code de procédure pénale évoqués plus haut. Il reste que les policiers n'ont pas pris soin de dresser un procès-verbal de confrontation[5].

Couteau[modifier | modifier le code]

La deuxième audition de Christian Ranucci à l'Évêché, au cours de laquelle il passe des aveux, commence le à 14 h pour se terminer à 17 h (procès-verbal no 828/10). Durant cette audition, il donne un détail capital sur l'arme utilisée, à savoir un couteau automatique : « J'ai pris un couteau automatique qui se trouvait dans ma poche de mon pantalon, j'ai ouvert ce couteau en appuyant le bouton »[a 12],[b 8]. Or, au moment où Christian Ranucci fournit cet élément aux enquêteurs, le couteau n'est pas encore découvert ; il ne le sera qu'à 19 h 25 (cf. procès-verbal de synthèse no 610/1 daté du et rédigé par le capitaine Gras, commandant la gendarmerie de Gréasque). Christian Ranucci situe l'emplacement de l'arme dans un tas de fumier à proximité de la champignonnière. Le couteau est retrouvé par les gendarmes, grâce à un détecteur à métaux, après une heure et cinquante-cinq minutes de recherches, ce qui crée une polémique sur la précision des indications données par Christian Ranucci. Lors de la reconstitution, la juge Di Marino fera noter sur le procès-verbal que « Ranucci a reconnu l'endroit situé à quelques mètres de l'entrée de cette champignonnière où il avait enfoui le couteau ».

Jusqu'à son procès, au cours duquel il niera que le couteau lui appartienne, Ranucci affirme qu'il s'agit bien de son couteau, et l'un de ses avocats, J.-F. Le Forsonney, rapporte qu'il le lui a confirmé quelques jours avant, mais qu'il envisageait de dire le contraire à l'audience de la cour d'assises[e 10].

Un procès-verbal de la gendarmerie de Gréasque signalant la découverte du couteau est daté du , alors que le couteau est retrouvé le . Jean-Yves Lourgouilloux, avocat général près la cour d'appel d'Aix-en-Provence, explique dans l'émission de 50 ans de faits divers intitulée « Christian Ranucci : la vérité impossible ») que ce procès-verbal est en fait une fiche de scellé datée du parce que cela correspond à la date d'ouverture des investigations, comme l'atteste la mention « Découverte du cadavre : Rambla, M. Dolorès », et que cette façon de dater est conforme à la procédure habituelle en matière de mise sous scellé[e 11]. Le seul procès-verbal qui détaille les opérations de recherche du couteau est bien daté du  ; c'est le procès-verbal no 610/5. Il existe de même un procès-verbal rédigé par l'inspecteur Porte le à 17 h 30 et mentionnant le couteau, alors que celui-ci a été retrouvé le à 19 h 29. Dans ce cas aussi, on a affaire à un procès-verbal récapitulatif recensant tous les scellés de l'enquête, dont la rédaction avait commencé avant la découverte du couteau, lorsqu'un premier carton de scellés découverts dans la voiture de Christian Ranucci avait été déposé au greffe du palais de justice de Marseille, à l'issue de sa garde à vue, et ne s'était terminée qu'après la remise par la gendarmerie de nouveaux scellés (dont le couteau le , soit le lendemain de sa découverte)[b 9]. D'après Bouladou, il ne s'agirait que d'un document de travail mnémotechnique pour la police judiciaire, permettant de récapituler les scellés, au sein du dossier de police de l'affaire[52].

Pantalon[modifier | modifier le code]

Un pantalon abondamment taché de sang et de boue est saisi dans la voiture de Christian Ranucci le au soir, lors de son interpellation à domicile. Dans le cadre de la deuxième requête en révision du procès Ranucci (1981-1987), une expertise du procès-verbal de police de saisie de ce pantalon a conclu que la mention du pantalon, en haut de la seconde page du procès-verbal, pouvait être une surcharge : elle aurait pu être ajoutée après la rédaction du procès-verbal[32]. Néanmoins, il semble bien que ce pantalon ait été saisi le au soir, puisque les policiers l'ont en leur possession lors du tout premier interrogatoire de Christian Ranucci à l'hôtel de police de Marseille, dans la nuit du 5 au . Et quand son avocat, Me Jean-François Le Forsonney, avant de le voir pour la première fois le , se rend dans le bureau de la juge d'instruction, Mlle Ilda Di Marino, ce pantalon figure parmi les scellés, dans le bureau. Il faut ajouter que Ranucci n'a jamais nié avoir porté ce pantalon le jour des faits, y compris lors de son procès. Jean-François Le Forsonney a également prétendu que Ranucci utilisait ce pantalon pour le jardinage, mais le pli du pantalon est parfait[d 6],[e 12].

Mais la question primordiale reste de savoir si les taches de sang décelées sur ce pantalon sont bien consécutives au meurtre de la victime, ou si elles pouvaient provenir de l'accusé. Car Christian Ranucci était du même groupe sanguin que la victime : le groupe A. Celui-ci avait déclaré lors de son procès s'être blessé du fait de l'accident. D'autre part, Perrault, lors de sa contre-enquête, avait pu longuement s'entretenir avec Héloïse Mathon, la mère de Christian Ranucci. Elle lui avait confié que le jour de son 20e anniversaire (le , donc relativement peu de temps avant les faits), Christian avait fait une virée en vélomoteur avec ce pantalon et qu'il avait été victime d'une chute. Il avait eu le nez et la bouche ensanglantés, et une main éraflée. Cependant le médecin légiste ayant examiné le pantalon a conclu que le sang avait pénétré le tissu de l'extérieur vers l'intérieur, pas de l'intérieur vers l'extérieur[d 7]. Il est, en revanche, attesté par un examen médical que Ranucci a effectivement eu un accident de vélomoteur en 1971, longtemps avant les faits. Le docteur Vuillet, qui l'examine nu après la fin de sa garde à vue, relève au niveau de la clavicule gauche une plaie chronique cicatrisée, conséquence supposée de cet accident. Par ailleurs, le rapport d'autopsie indique que la victime a eu la carotide tranchée, ce qui provoque une forte effusion de sang.

Dans un procès-verbal de perquisition au domicile de Mme Mathon, no 344/AN, daté du et rédigé par l'inspecteur principal Marc Ceccarelli, la mère de Christian Ranucci reconnaît implicitement que son fils pouvait porter un autre pantalon le jour de son départ (le dimanche ) que celui que venaient de saisir les enquêteurs, à savoir « un pantalon en tergal de couleur grise à fermeture-éclair portant deux poches horizontales sur le devant. » Autrement dit, selon Mme Mathon, Christian, au moment de son départ, pouvait porter le pantalon retrouvé dans le coffre de son véhicule. L'inspecteur note en effet dans son procès-verbal : « La dame Mathon Héloïse nous déclare : Mon fils portait ces vêtements lorsqu'il est parti pour Aix-en-Provence le dimanche . Je ne suis pas certaine toutefois que le pantalon que vous venez de saisir soit celui qu'il avait sur lui ce jour là. » Or le pantalon que portait Christian Ranucci au moment des faits est bien celui retrouvé dans le coffre de sa voiture, taché de sang, « un pantalon d'homme de couleur sombre » (Cf. procès-verbal de saisies no 828/17, daté du ). Un pantalon dont l'usage serait uniquement pour le jardinage mais que Christian Ranucci portait lors de son périple soulève une interrogation.

Pull-over rouge[modifier | modifier le code]

Un pull-over de couleur rouge a été retrouvé dans la champignonnière où Christian Ranucci avait embourbé sa voiture. Ce pull-over n'est pas taché par l'humidité régnant dans la champignonnière, et il semble donc que cela fasse peu de temps qu'il ait été laissé là. Perrault met en rapport ce pull-over avec des tentatives d'agressions sexuelles commises par un homme portant un polo ou un pull-over rouge dans les jours qui ont précédé l'enlèvement de Marie-Dolorès. En effet le (deux jours avant la disparition de Marie-Dolorès), dans une cité du 10e arrondissement de Marseille, deux fillettes ont été importunées et abusées sexuellement par un homme portant un pull-over rouge (le père de ces deux fillettes a d'ailleurs fait une déposition à ce sujet le ). De son côté, Paul Martel, gardien d'un immeuble de la cité, qui semble avoir assisté à la même scène, parle, quant à lui, d'un homme en polo rouge. D'après Perrault, le pull-over était trop grand pour Christian Ranucci, mais le contraire est affirmé dans l'émission de 50 ans de faits divers consacrée à l'affaire. Perrault signale également que Ranucci déteste le rouge, mais les sièges de sa voiture sont de cette couleur.

À propos du pull-over, Perrault écrit qu'il a été flairé par un chien policier de la gendarmerie, et que celui-ci a parcouru une longue distance avant de s'arrêter à proximité de l'endroit où a été découvert le cadavre de Marie-Dolorès[c 9]. Pourtant aucun lien n'a été officiellement établi, dans les investigations, entre ce vêtement et la découverte du cadavre de l'enfant[d 8],[53]. Un rapport d'opération de pistage (no 295/2 R) daté du et rédigé par un gendarme de la brigade de recherches d'Arles, contredit d'ailleurs fortement la thèse de Perrault selon laquelle le pull-over rouge aurait été donné à renifler au chien pisteur Dirol. Dans ce rapport, il est indiqué en effet « qu'à 15 heures 40 Dirol est mis en piste à l'endroit où le véhicule de l'auteur présumé [Christian Ranucci] a été immobilisé [champignonnière] ». En aucun cas, le gendarme ne précise dans son rapport que le chien a reniflé le pull-over rouge[54].

En 2006, à l'occasion d'un reportage télévisé sur l'affaire, des journalistes font état de la présence du pull-over rouge au greffe de la cour d'appel d'Aix-en-Provence et se mettent à évoquer l'éventualité d'expertises ADN sur ce vêtement. Interrogé là-dessus, Perrault prétend qu'il croyait ce scellé disparu[55]. Pourtant on relève à la lecture de la troisième requête en révision, déposée le , que les auteurs avaient été avisés de la présence des scellés, dont le pull-over, et déploraient simplement l'absence du pantalon de Ranucci[56].

Cela étant, une polémique demeure sur l'état de ce pull-over rouge. Un gendarme prétend que ce pull-over était au moment de sa saisie dans un état de salissure avancée, et qu'à son avis, le pull devait se trouver dans la champignonnière depuis très longtemps. Pourtant, après mise sous scellé, la juge Ilda Di Marino indique qu'on lui a remis un pull-over « propre ». Jean-François Le Forsonney affirme, dans les émissions de Secrets d'actualité et de 50 ans de faits divers, que le pull-over était « neuf » et « en très bon état », laissant entendre qu'il avait été déposé dans la champignonnière peu avant sa découverte par les gendarmes[d 9],[e 13].

Témoignage tardif de Guy Rosano sur l'enlèvement de Marie-Dolorès Rambla[modifier | modifier le code]

Un témoin, retrouvé par G. Bouladou trente ans plus tard et qui ne s'est jamais manifesté auprès de la police, Guy Rosano, déclare avoir vu, le jour de l'enlèvement de Marie-Dolorès et sur les lieux où il s'est produit, un homme qu'il a identifié formellement comme étant Ranucci grâce aux photos de ce dernier parues dans la presse après son arrestation[22]. Rosano, âgé de dix-neuf ans au moment des faits, travaillait alors comme pizzaïolo dans la cité Sainte-Agnès. Il affirme avoir vu Marie-Dolorès et Jean-Baptiste jouer avec ses deux nièces et précise avoir remarqué la présence d'un homme adossé à un poteau et portant des lunettes aux « verres fumés » qui observait les enfants jouer. Or, parmi les éléments saisis dans la voiture de Ranucci le soir de son interpellation figurait bien une paire de lunettes de soleil. Pourtant, interrogé par des journalistes du Méridional et de La Marseillaise à l'époque des faits, l'intéressé leur avait dit n'avoir pas assisté à la scène de l'enlèvement, le camion de livraison lui ayant masqué la vue[57],[58].

Faits et éléments connexes à l'affaire[modifier | modifier le code]

Implication supposée de Christian Ranucci dans un réseau pédophile[modifier | modifier le code]

D'après l'ouvrage La Politique, le sexe et la finance de Yann Moncomble (1989), le nom de Christian Ranucci figurerait dans le carnet d'un client du réseau de Jacques Dugué, réseau faisant circuler des photographies et documents vidéos à caractère pédopornographique (scellé no 117 du dossier Sokolowski)[59].

Au cours d'une émission L'Heure du crime diffusée sur RTL en 2010, le cinéaste Yves Boisset a déclaré avoir eu accès, lors du tournage de La Femme flic, à un émargement d'abonnés à une revue pédopornographique, liste sur laquelle aurait figuré le nom de Ranucci[45].

Meurtre de Corinne Beidl par Jean-Baptiste Rambla[modifier | modifier le code]

Jean-Baptiste Rambla, frère de Marie-Dolorès et témoin, à l'âge de six ans, de son enlèvement, est condamné, à l'âge de quarante-et-un ans, le , à dix-huit ans de prison pour le meurtre de son employeuse Corinne Beidl, quarante-deux ans, en . L'impact sur lui de l'affaire Ranucci et la médiatisation qui en a résulté auraient contribué à son passage à l'acte. L'un de ses avocats, Me Henri Juramy, a affirmé qu'au moment du meurtre, Jean-Baptiste Rambla était sous l'emprise de la drogue, dont il était dépendant depuis plusieurs années. Son autre avocat, Me Jean-Michel Pesenti, a déclaré à son propos :

« Comment juger un garçon qui, aujourd'hui, à quarante-et-un ans, est en semi-liberté dans sa tête depuis l'âge de six ans et demi, c'est-à-dire depuis l'âge où il a été le témoin de l'enlèvement de sa sœur […], qui est devenu quelqu'un qui par ses hésitations d'enfant devant les enquêteurs, a fait le témoignage qui est la clé de voûte de tous les discours révisionnistes sur la culpabilité de Ranucci ? »

Le dossier Ranucci fut versé au dossier d'instruction de cette affaire[60]. L'ex-commissaire Alessandra, qui a mené l'enquête sur l'enlèvement et le meurtre de Marie-Dolorès, avait été cité comme témoin de la défense au procès[61]. Lors d'une audience, un incident remontant à 1982 avait été évoqué par la défense : Jean-Baptiste Rambla, alors collégien, a dû effectuer un exercice de grammaire à partir d'un extrait du Pull-over rouge accompagné d'une photographie tirée du film de Michel Drach. Il aurait alors lancé le manuel en direction de son professeur et avait par la suite fait l'objet d'un renvoi temporaire[62]. « Je n'ai pas d'avenir depuis l'âge de six ans », déclare ainsi l'intéressé à son procès[63]. Cependant l'avocat général, qui requérait vingt ans de réclusion contre l'accusé, a souhaité prendre plus de recul. Il a prononcé ces mots à l'adresse des jurés :

« Vous ne jugez pas le frère d'une petite fille tuée il y a trente-deux ans. Vous jugez le meurtrier d'une femme qui était son employeur et son amie et qui lui avait tendu la main. Et vous devez le juger comme tous les meurtriers qui comparaissent devant cette cour d'assises[64]. »

La famille de Corinne Beidl a considéré, pour sa part, qu'il s'agissait d'un crime crapuleux et s'est plainte de l'importance, jugée excessive par le compagnon de la victime, qui était accordée au passé du meurtrier[65].

Aveux du meurtre de Cintia L. par Jean-Baptiste Rambla[modifier | modifier le code]

Jean-Baptiste Rambla était sorti de prison en [66], à la faveur d'une libération conditionnelle, après avoir été condamné en 2008 à dix-huit ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Corinne Beidl[67]. Or le , deux jours après son interpellation, l'intéressé a avoué le meurtre, commis le 25 juillet précédent à Toulouse, de Cintia, une jeune femme de vingt-et-un ans[68].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce n'est pas le dernier, bien que cela soit parfois indiqué dans des articles de presse, comme ceux d'Edwy Plenel (Edwy Plenel, « Le débat sur l’innocence du dernier guillotiné : la seconde mort de Christian Ranucci », Le Monde,‎ , p. 13 [l'article a toutefois donné lieu le ] à un rectificatif : « Christian Ranucci n'est pas le dernier condamné à mort exécuté.], d'Éloy Martinez (Éloy Martinez, « Gilles Perrault : « L'évidence de l'innocence domine » », L'Humanité,‎ , ? (lire en ligne, consulté le 20 juillet 2014)), ou encore de Pascale Robert-Diard (Pascale Robert-Diard, « Jean-François Le Forsonney, avocat », Le Monde, « Nécrologie »,‎ [un rectificatif paraît le 28 janvier]. Le dernier condamné à mort exécuté est Hamida Djandoubi, guillotiné le 10 septembre 1977 pour viol, viol sur mineur, coups et blessures et assassinat.
  2. Maurice Périsset, L'Énigme Christian Ranucci, Paris, Fleuve noir, (ISBN 978-2-265-00121-3)) ; Gilles Perrault, Héloïse Mathon, Jean-François Le Forsonney, Daniel Soulez Larivière et Jean-Denis Bredin, Christian Ranucci : vingt ans après, Paris, Julliard, (ISBN 978-2-260-01091-3)).
  3. On peut citer l'ouvrage du policier enquêteur Mathieu Fratacci (Mathieu Fratacci et Jean-Max Tixier, Qui a tué Christian Ranucci ?, Paris, Éd. N° 1, (ISBN 2-863-91605-X)) ; l'article, paru dans l'hebdomadaire Minute, de Christian Chardon, journaliste qui avait couvert l'affaire pour Détective (Christian Chardon, « Non ! L'affaire Ranucci n'est pas une erreur judiciaire », Minute,‎ , p. 20-26), ainsi que ceux de Jean Laborde (Jean Laborde, « Ranucci innocent ? Eh bien non ! », Paris Match,‎ ) et de Balbino Katz (Balbino Katz, « La Petite fille et son meurtrier : l'incroyable affaire Ranucci ou Comment innocenter un coupable », Aventures et dossiers secrets de l'Histoire, no 30,‎ , p. 42-61).
  4. L'appel sur une décision prise par une cour d'assises ne sera rendu possible que bien plus tard, par la loi no 2000-516 du 15 juin 2000 renforçant la protection de la présomption d'innocence. Le pourvoi en cassation est donc la seule procédure permettant alors aux avocats de contester la décision prise par la cour d'assises d'Aix-en-Provence.
  5. La loi no 89-431 du sur la révision des condamnations pénales (entrée en vigueur entre la deuxième et la troisième requête) tend à assouplir et faciliter l'accession des requêtes en révision, ne parlant plus guère de « fait nouveau ou pièce inconnue lors des débats de nature à établir l'innocence du condamné » comme principal critère, mais de « fait nouveau ou élément inconnu de la juridiction au jour du procès » qui soit « de nature à faire naître un doute sur la culpabilité du condamné ». La requête ne nécessite plus l'aval de la Chancellerie ni du ministère de la Justice pour être examinée, et est directement adressée à la Commission de révision des condamnations pénales, composée de membres de la Cour de cassation extérieurs à la chambre criminelle. Si cette commission estime la demande de révision recevable, elle saisit alors la chambre criminelle de la Cour de cassation, laquelle examine les demandes en tant que « Cour de révision ».
  6. L'auteur ne cessera d'incriminer une enquête policière selon lui mal conduite, ce qui a entraîné sa condamnation par le tribunal correctionnel de Marseille en 1989 pour diffamation envers les policiers chargés de l'enquête, qu'il avait accusés, lors de l'émission Histoire d'un jour consacrée à l'affaire et diffusée sur FR3 en 1985, de « forfaiture », condamnation confirmée par la cour d'appel d'Aix-en-Provence, en 1990, puis par la Cour de cassation, en 1992 (Cour de cassation, Chambre criminelle 4 février 1992). En 2008, il est de nouveau condamné pour diffamation (AFP 14 janvier 2008) – jugement confirmé par la cour d'appel d'Aix-en-Provence en 2009 (AFP 26 janvier 2009) – pour avoir écrit dans son livre L'Ombre de Christian Ranucci (G. Perrault 2006), que les enquêteurs avaient fait preuve de « légèreté et [de] partialité » dans leurs investigations.

Références[modifier | modifier le code]

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  12. G. Perrault 1980, p. 89.
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  3. Sylvain Larue, Les Grandes affaires criminelles de France, Éd. de Borée, , p. 413.
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  68. Voir : « Toulouse : le meurtre sordide d'une femme fait resurgir l'affaire Ranucci », L'Obs, (consulté le 12 août 2017).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Les documents mentionnés ci-après sont classés dans l'ordre chronologique de leur publication.

Articles[modifier | modifier le code]

  • Christian Chardon, « Non ! L'affaire Ranucci n'est pas une erreur judiciaire », Minute, no 857,‎ , p. 20-26. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-Loup Revérier, « Autopsie d'un crime légal », L'Unité, no 306,‎ , p. 28-29 (lire en ligne, consulté le 12 juin 2018). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Edwy Plenel, « Le débat sur l'innocence du dernier guillotiné : la seconde mort de Christian Ranucci », Le Monde,‎ , p. 13.
  • Hervé Gattegno, « Le combat contre l'oubli des défenseurs de Christian Ranucci », Le Monde,‎ , p. 12.

Monographies[modifier | modifier le code]

  • Gilles Perrault, Le Pull-over rouge, Paris, Ramsay, 1978, 439 p. plan (ISBN 2-85956-072-6) [a fait l'objet de plusieurs réimpressions].
  • Christian Ranucci et sa mère, Jusqu'au 28 juillet 1976, Paris, Hachette, 1980 217 p. (ISBN 2-01-007230-8) [la couverture porte en plus : Écrits d'un condamné. Contient un texte intitulé « Récapitularif », que Ranucci a rédigé sur un cahier en mai 1976, durant sa détention, ainsi que la correspondance qu'il a échangée avec Héloïse Mathon à cette époque].
  • Jean Ker, Le Carnet noir du bourreau : mémoires d'André Obrecht, Paris, Gérard de Villiers, 1989, 298 p. 16 p. de pl. ill. (ISBN 2-7386-0045-X).
  • Mathieu Fratacci, Qui a tué Christian Ranucci ?, en collab. avec Jean-Max Tixier, Paris, Éd. N° 1, 1994, 253 p. 12 p. de planches ill. (ISBN 2-863-91605-X) [témoignage de l'un des policiers chargés de l'enquête et mis en cause par G. Perrault].
  • Karin Osswald, L'Affaire Ranucci, Paris, J'ai lu, coll. « Crimes et enquêtes », 1994, 188 p. (ISBN 2-277-07077-7).
  • Maurice Périsset, L'Énigme Christian Ranucci, Paris, Fleuve noir, coll. « Crime story », 1994, 219 p. (ISBN 2-265-00121-X).
  • Gilles Perrault, Héloïse Mathon, Jean-François Le Forsonney [et al.], Christian Ranucci : vingt ans après, Paris, Julliard, 1995, 275 p. (ISBN 2-260-01091-1).
  • Gilles Perrault, Le Déshonneur de Valéry Giscard d'Estaing, Paris, Fayard, 2004, 89 p. (ISBN 2-213-62285-X).
  • Gérard Bouladou, L'Affaire du pull-over rouge : Ranucci coupable ! : un pull-over rouge cousu… de fil blanc, Paris, France Europe, 2005, 383 p. 8 p. de planches ill. (ISBN 2-84825-097-6) [dans cet ouvrage et le suivant, l'auteur, un policier à la retraite, entend réfuter, à partir de toutes les sources disponibles, la thèse de l'innocence de Ranucci exposée à diverses reprises par G. Perrault].
  • Gérard Bouladou, Autopsie d'une imposture : l'affaire Ranucci, Paris, P. Petiot, 2006, 335 8 p. de planches ill. (ISBN 2-8481-4034-8) [la couverture porte en plus : Toute la vérité sur le pull-over rouge].
  • Jean-François Le Forsonney, Le Fantôme de Ranucci, Neuilly-sur-Seine, Michel Lafon, 2006, 187 p. (ISBN 2-7499-0561-3) [la couverture porte en plus : Ce jeune condamné qui me hante].
  • Gilles Perrault, L'Ombre de Christian Ranucci, Paris, Fayard, 2006, 267 p. (ISBN 2-213-62887-4) [la couverture porte en plus : L'affaire du pull-over rouge : 1974-2006].
  • Balbino Katz & Georges Cenci, Ranucci, le monstre angélique ; Seznec, un meurtrier sans aveu, Coulommiers, Dualpha, coll. « L'essentiel », 2007, 100 p. ill. (ISBN 978-2-35374-048-2) [réédité en 2016 sous le titre Ranucci-Seznec : la vérité, enfin ?].
  • Pierre Rambla, Le « Cirque » rouge : le mensonge médiatique et l'argent du sang, Paris, Société des écrivains, 2008, 293 p. (ISBN 978-2-7480-3820-0) [ouvrage paru sous la signature du père de la victime, Marie-Dolorès Rambla, mais rédigé à partir de son témoignage par le journaliste Henri Michel].
  • Pascal Michel, 40 ans d'affaires criminelles : 1969-2009, [s.l.], Lulu.com, , 207 p. (ISBN 978-1-4092-7263-2, présentation en ligne) [consacre un chapitre à l'affaire Ranucci].
  • Yann Le Meur, Le sang et l'encre : et si Christian Ranucci était innocent ?, Paris, L'Harmattan, 2013, 300 p. carte (ISBN 978-2-343-00604-8) [contient aux p. 297-299 un appendice : Affaire Ranucci : bibliographie, filmographie et productions audiovisuelles].
  • Matthieu Aron, Les Grandes plaidoiries des ténors du barreau : quand les mots peuvent tout changer, Paris, Mareuil Éd., 2016 393 p. (ISBN 978-2-37254-044-5) [réédition actualisée des deux volumes portant ce titre parus respectivement en 2010 et 2013. Contient le texte des plaidoiries prononcées en mars 1976, lors du procès de C. Ranucci, par Paul Lombard, avocat de l'accusé, et Gilbert Collard, avocat de la partie civile].
  • Geneviève Donadini, Le Procès Ranucci : témoignage d'un juré d'assises, préf. de Gilles Perrault, Paris, L'Harmattan, coll. « La justice au quotidien », 2016, 102 p. (ISBN 978-2-343-10540-6) [jeune mère de trois enfants à l'époque du procès, G. Donadini, la seule femme du jury qui a condamné à mort Ranucci, révèle avoir été très marquée par ce qu'elle a vu et entendu à cette occasion].
  • François Dessy, Défendre : Paul Lombard, conversations avec François Dessy, Paris, Éd. du Panthéon, 2017, 308 p. (ISBN 978-2-7547-3596-4) [évoque à plusieurs reprises le procès de C. Ranucci].
  • Jean-Louis Vincent, Affaire Ranucci : du doute à la vérité, Paris, François Bourin, 2018, 459 p. 8 p. de planches ill. (ISBN 979-10-252-0397-2) [ouvrage dû à un ancien commissaire divisionnaire qui, après avoir repris l'examen de tout le dossier, ainsi que l'avait fait avant lui G. Bouladou, un autre policier, conclut, comme celui-ci, à la culpabilité de l'accusé. P. 457-459 : Bibliographie et filmographie].

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

  • Gérard Berthelot (dessin), Caroline Allart (couleur), Julien Moca et Vincent Koch (scénario), L'Affaire Ranucci, Sayat, Éd. de Borée, coll. « Les grandes affaires criminelles et mystérieuses », , 56 p. (ISBN 978-2-812-90350-2).

Filmographie[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Ranucci, pièce écrite par Guillaume Perrot et mise en scène par Cécile Mathieu. A été créée en 2001.
  • Maille à partir, pièce de Christian Morel de Sarcus créée au Guichet Montparnasse en , avec Bernard Sinclair et Brigitte Winstel [cet hommage au théâtre du Grand-Guignol présente une confession imaginaire de l'homme au pull-over rouge].
  • Plaidoiries, pièce créée au théâtre Antoine en 2018 à partir du recueil de Mathieu Aron Les grandes plaidoiries des ténors du barreau paru en 2010 et 2013 [seul en scène devant un public transporté dans une salle d'audience, Richard Berry enfile la robe de cinq avocats célèbres qui ont plaidé lors d'affaires criminelles du dernier demi-siècle, dont le procès de Christian Ranucci, où ce dernier était défendu par Paul Lombard].

Chansons[modifier | modifier le code]

En 1976, dans le contexte du procès Ranucci et de l'arrestation de Patrick Henry, la chanson Je suis pour (paroles de Michel Sardou, musique de Jacques Revaux) se présente comme un plaidoyer en faveur de la peine de mort, tandis que L’assassin assassiné (paroles de Jean-Loup Dabadie, musique de Julien Clerc) défend le point de vue inverse.

Émissions télévisées ou radiodiffusées[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]