Edmund Burke

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Edmund Burke (Dublin, le - Beaconsfield (Buckinghamshire), le ) est un homme politique et philosophe irlandais, longtemps député à la Chambre des Communes britannique, en tant que membre du parti whig. Il est resté célèbre pour le soutien qu'il a apporté aux colonies d'Amérique du Nord lors de leur conflit avec le roi George III, ainsi que pour sa ferme opposition à la Révolution française, exprimée dans ses Reflections on the Revolution in France, qui fit de lui l'un des chefs de file de la faction conservatrice au sein du parti whig. Edmund Burke est également l'auteur d'ouvrages de philosophie portant sur l'esthétique, et le fondateur de la revue politique Annual Register. Il est souvent considéré comme le père du conservatisme anglo-américain[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Né d'un père anglican, juriste de profession, et d'une mère catholique, Edmund Burke est élevé dans la religion anglicane à laquelle il reste attaché toute sa vie. Il est élève dans une école quaker de Ballitore, puis au Trinity College de Dublin.

En 1747, il crée un club d'étudiants (Edmund Burke's club), qui donne naissance par la suite à la College Historical Society ; celle-ci existe toujours, et est considérée comme la plus ancienne association d'étudiants au monde. L'Historical Society conserve dans ses archives les débats tenus dans le cadre de ce club. Il obtient sa licence en 1748. En 1750, son père, qui souhaite le voir étudier le droit, l'envoie à Londres pour cela ; il entre au Middle Temple comme avocat, mais quitte peu après l'Angleterre pour voyager à travers l'Europe.

En 1756, il montre une certaine aversion à l'égard de l'idéologie des Lumières, et publie la même année un Coup d'œil sur les maux qu'a produits la civilisation ; les avis au sujet de cet ouvrage anonyme sont partagés : certains y voient une parodie de la manière d'argumenter de Lord Bolingbroke, d'autres le considèrent comme une approche de l'anarchisme philosophique. Devenu homme politique, Burke désavoue cet ouvrage. En 1757, il fait paraître une Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du Sublime et du Beau, un traité d'esthétique qui lui fait prendre rang parmi les philosophes, attirant même l'attention de Diderot et de Kant.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Edmund Burke

En 1758, il se tourne vers la politique et devient un des principaux chefs des Whigs. Il crée en 1758 avec Robert Dodsley l' Annual Register, recueil périodique d'articles sur l'actualité internationale ; à Londres, il se lie avec de nombreux intellectuels et artistes de premier plan, entre autres Samuel Johnson, David Garrick, Oliver Goldsmith et Joshua Reynolds, membres comme lui du Literary Club. Au début des années 1760, il accompagne en Irlande Lord Halifax, nommé vice-roi.

En 1765, il devient le secrétaire particulier et l'ami du marquis de Rockingham, premier lord de la Trésorerie. La même année, Burke est élu à la Chambre des Communes — représentant un bourg relevant du système de trafic d'élections des « bourgs pourris », Wendover — et se range dans l'opposition, malgré ses liens personnels avec le ministre Rockingham. Il prend une part active au débat sur la limitation constitutionnelle du pouvoir exécutif royal, et se fait l'avocat du rôle des partis, en particulier de celui d'une opposition « institutionnalisée » capable d'empêcher les abus de pouvoir dont pourraient se rendre coupables le souverain ou la majorité parlementaire.

Il est initié franc-maçon dans la loge Jérusalem 44 en 1769[2],[3]. La même année, en réponse à George Grenville, il publie un pamphlet intitulé L'état actuel de la nation. La même année, il acquiert le domaine de Gregories, près de Beaconsfield. Cette propriété de six cent acres (240 hectares), qu'il a achetée à crédit, pèse lourdement sur ses finances pendant les décennies suivantes ; quoiqu'elle ait contenu une importante collection d'œuvres d'art, incluant des tableaux du Titien. Ses discours et ses essais lui assurent une réputation déjà importante, ce qui explique sans doute qu'on lui ait parfois attribué les Lettres de Junius.

En 1770, dans ses Considérations sur la cause des mécontentements actuels, il exprime son soutien aux récriminations qu'exprimaient les colonies américaines vis-à-vis du pouvoir britannique. Il défend également les catholiques irlandais face aux persécutions dont ils sont victimes et dénonce les abus et la corruption de la Compagnie des Indes orientales.

En 1774, élu député de Bristol — à l'époque la deuxième ville d'Angleterre — , cette fois au cours d'une élection en bonne et due forme, il défend dans la déclaration qu'il adresse à ses électeurs les principes de la démocratie représentative contre l'idée selon laquelle les élus n'interviendraient en fait que rarement en faveur des intérêts de leur circonscription. Dans les années qui suivent, il se distingue notamment par sa défense de la liberté du commerce avec l'Irlande et l'émancipation des catholiques, ce qui le rend assez impopulaire. En 1780, il perd son siège. Il siégea ensuite pour la circonscription de Malton, dont son protecteur Rockingham pouvait disposer à son gré.

En 1782, il est appelé comme membre du conseil privé, mais n'y reste que quelques mois. En 1786, il attaque le gouverneur des Indes orientales, Warren Hastings, qui avait abusé de son pouvoir.

Critique de la Révolution française[modifier | modifier le code]

Caricature d'Edmund Burke, 1790.
Edmund Burke est ici représenté comme un Don Quichotte, s'appuyant sur le pape, représenté comme un âne. La caricature paraît en 1790, au moment de la Constitution civile du clergé en France et de la sortie du livre de Burke Reflections on the Revolution in France. Burke sort d'un porche au-dessus duquel est inscrit le nom de son éditeur, Dodsley Bookseller. Sur son bouclier, la Bastille.

Une critique libérale et conservatrice[modifier | modifier le code]

Edmund s'est opposé à la Révolution française dès son début. Il s'en déclare l'adversaire, et prononce à cette occasion plusieurs discours, tout en publiant un grand nombre d'écrits ; le principal, intitulé : Réflexions sur la Révolution de France (1790), a en Angleterre et sur le continent un immense succès. L'originalité de sa critique par rapport à nombre de penseurs contre-révolutionnaires est de la développer dans le cadre d'une pensée libérale et conservatrice[4].

Il insiste sur les spécificités de la Révolution française qu'il critique au nom du libéralisme[5] ; il dénonce la Révolution française auprès de ceux qui y voient une réédition des Révolutions anglaise et américaine. Selon lui, la nouveauté radicale de la Révolution française, événement inouï, introduit dans l'Histoire une rupture qui en perturbe le cours et menace l'ordre du monde. Burke oppose les nouvelles institutions françaises à celles de l'Angleterre, abusivement présentées comme l'un de leurs modèles. Burke démontre que la Glorious Revolution de 1688 a restauré la monarchie en la relégitimant. Le Bill of Rights de 1689 lie indissolublement droits et libertés des sujets et principe de succession de la Couronne. À la sage révolution anglaise, Burke oppose la folie française de la table rase, alors que le devoir des peuples est de conserver.

Au nom d'une philosophie de la nature, Burke rejette le contrat social rousseauiste ; pour lui la légitimité d'une constitution est fondée sur la prescription, non sur la convention. L'état naturel n'est autre que la vie en société, parvenant graduellement à la civilisation. Le perfectionnement et le progrès de la société conservent les acquis. Burke soutient que l’œuvre législative française est fondée sur des idées théoriques et intemporelles alors que les réformes doivent toujours être particulières au contexte spatio-temporel. Pris d'un vertige volontariste, les révolutionnaires français ont déchiré le tissu social, substituant à la gestion du progrès la dictature des principes abstraits, coupés de tout concret historique. Au lieu de prendre en compte les droits des gens, notions ancrées dans le réel, les esprits faux qui régissent la France ont proclamé les droits de l'homme, illustrant une dangereuse métaphysique. Pour Burke, il est impératif de préserver la hiérarchie sociale, de modérer la participation politique et de se conformer à la tradition[6]. Selon un paradoxe apparent seulement, Burke qui avait pris la défense des colons anglais d'Amérique du Nord contre la métropole au nom de la tradition et du recours à une jurisprudence limitée et progressive, utilisa les mêmes arguments pour s'opposer à la « fausse théorie des droits supposés de l'homme[7]. » Comme Jacob-Nicolas Moreau, dont il divergeait notamment par l'absence de toute référence au droit divin, Burke ne faisait pas appel à la raison abstraite pour fonder une politique mais à une jurisprudence constitutionnelle léguée par la suite des temps[8].

Pour lui, il n'y a pas de système universel déduit de la raison philosophique mais des constructions historiques propres à chaque peuple. L'utopie démocratique, fondée sur le dogme absurde de l'égalité, réduit des individus à la simple équivalence arithmétique et à l'interchangeabilité ; de ce fait, elle tranche les liens ancestraux et dissout les divers modes d'intégration de l'homme dans la société. Adversaire de l'absolutisme, Burke affirme que les États généraux auraient pu et dû dégager les éléments d'une constitution française et fonder la France moderne : 1789 aurait été alors le 1688 des Français. La dérive de la Révolution française commence selon Burke en septembre 1789 avec le refus du bicamérisme et ce dérapage vers la démagogie est confirmé par les premiers massacres des journées d'octobre 1789 [réf. nécessaire].

Burke dénonce aussi la tendance à la transgression de la Révolution française qui se traduit notamment par deux caractéristiques : le bouleversement de la propriété et la diffusion de l'athéisme. Cette transgression généralisée produit alors inéluctablement le chaos : la révolution ne peut que s'épuiser en une « suite monstrueuse de crimes et d'événements grotesques, saturnales où l'horreur fascinante le dispute à la stupeur incrédule[5] » ; annonçant la terreur dès 1790, il affirme que la Révolution ne peut se perpétuer que dans la tyrannie et prédit son inéluctable dérive terroriste et dictatoriale.

Influence[modifier | modifier le code]

Sur le plan des idées, l'argumentaire de Burke sera repris par les penseurs contre-révolutionnaires ; cependant, Joseph de Maistre et Louis de Bonald lisent Edmund Burke mais n'y trouvent pas de convergences profondes avec des points essentiels de leur doctrine, conception providentialiste de l'histoire prônant une théocratie essentiellement réactionnaire, toute empreinte de nostalgie pour un Ancien Régime et un absolutisme idéalisés[9]. Leur argumentaire s'enrichit à sa lecture mais pas en profondeur. C'est au cours du XIXe siècle que l'importance de Burke se révélera progressivement. Hippolyte Taine y trouvera la confirmation du naturalisme politique et social, qu'il oppose à l'idéalisme et à la métaphysique de la Révolution, qui informe ses Origines de la France contemporaine[9].

Sur le plan pratique, la réaction du whig Burke, en dépit de sa brouille avec ses amis politiques en 1791, annonça le ralliement de l'opposition parlementaire whig à la politique de lutte contre le radicalisme et le jacobinisme anglais du Tory William Pitt le Jeune[10].

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Retiré alors de toute activité politique, Burke a quelquefois été surnommé le Cicéron anglais. En 1792, il va héberger Augustin Barruel lors de son exil londonien et bien que franc-maçon, le félicitera pour son Mémoire pour servir à l'histoire du jacobinisme, pourtant antimaçonnique[11].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Discours

  • On American taxation (Sur la taxation en Amérique), 1774
  • On the Situation in France (Sur la situation actuelle de la France), 1790

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. C'est notamment l'avis de Russell Kirk dans son essai The Conservative Mind.
  2. (fr) « Francs-maçons célèbres », sur emsomipy.free.fr (consulté le 13 juillet 2010)
  3. (fr) « Edmund Burke », sur freemasonry.bcy.ca (consulté le 13 juillet 2010)
  4. Sous la direction de Jean-Clément Martin, Dictionnaire de la Contre-Révolution, Gérard Gengembre, « Burke, Edmund », éd. Perrin, 2011, p. 118.
  5. a et b Sous la direction de Jean-Clément Martin, Dictionnaire de la Contre-Révolution, Gérard Gengembre, « Burke, Edmund », éd. Perrin, 2011, p. 119.
  6. Zeev Sternhell, Les Anti-Lumières: du XVIIIe siècle à la Guerre Froide, Paris, Éditions Fayard, 2006.
  7. Sous la direction de Jean-Clément Martin, Dictionnaire de la Contre-Révolution, Bernard Hours, « Contre-révolution avant 1789 », éd. Perrin, 2011, p. 200-201.
  8. Sous la direction de Jean-Clément Martin, Dictionnaire de la Contre-Révolution, Bernard Hours, « Contre-révolution avant 1789 », éd. Perrin, 2011, p. 201.
  9. a et b Sous la direction de Jean-Clément Martin, Dictionnaire de la Contre-Révolution, Gérard Gengembre, « Burke, Edmund », éd. Perrin, 2011, p. 120.
  10. Sous la direction de Jean-Clément Martin, Dictionnaire de la Contre-Révolution, Joël Félix, « Burke, Edmund », éd. Perrin, 2011, p. 120.
  11. Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Le livre de poche, article « Edmund Burke », p. 113.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]