Conjuration des Égaux

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La Conjuration des Égaux (1796) est une tentative de renversement du Directoire menée par Gracchus Babeuf avec ses camarades (les Égaux), dans un contexte d'exaspération sociale due à la vie chère.

Les idées de la Conjuration[modifier | modifier le code]

Gracchus Babeuf et ses amis dénoncent les privilègiés qui tirent profit de la Révolution. Ils préconisent une réforme radicale de la société : l'abolition de la propriété privée doit rendre tous les Français égaux. Pour réaliser leur idéal, ils envisagent de renverser le Directoire. Le but de la Conjuration est de poursuivre la révolution, et d'aboutir à la collectivisation des terres et des moyens de production, pour obtenir « la parfaite égalité » et « le bonheur commun ». Ils demandent également l’application de la Constitution de l'an I (datant de 1793, première constitution de la République, qui ne fut en fait jamais appliquée).

Les idées de la Conjuration sont en particulier exposées dans le « Manifeste des Égaux » (1796). On peut y lire : « Il nous faut non pas seulement cette égalité transcrite dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, nous la voulons au milieu de nous, sous le toit de nos maisons. […] Qu'il cesse enfin, ce grand scandale que nos neveux ne voudront pas croire ! Disparaissez enfin, révoltantes distinctions de riches et de pauvre, de grands et de petits, de maîtres et de valets, de gouvernants et de gouvernés. […] L'instant est venu de fonder la République des Egaux, ce grand hospice ouvert à tous les hommes. […] L'organisation de l'égalité réelle, la seule qui réponde à tous les besoins, sans faire de victimes, sans coûter de sacrifices, ne plaira peut-être point d'abord à tout le monde. L'égoïste, l'ambitieux frémira de rage. »

Plusieurs quartiers de Paris apparaissent gagnés par les idées des Égaux, et les proches de Babeuf ne prennent plus la peine de dissimuler leur "activité séditieuse" aux yeux de la police. Solidement implantée dans Paris, la propagande babouviste ne touche cependant pas que la capitale et l'on évoque les mêmes thèmes çà et là en province. Le Directoire considère que la propagande babouviste agite dangereusement l'opinion et, le 2 mai 1796, il ordonne le licenciement et le désarmement de la légion de police car, séduite par « la faction babouviste », elle devenait chaque jour plus indisciplinée.

Buonarroti cite un projet de décret qui devait installer une république égalitaire. Ce projet prévoit que « sera établi dans la république une grande communauté nationale ». « Le droit de succession ab intestat ou par testament est aboli : tous les biens actuellement possédés par des particuliers écherront, à leur décès, à la communauté nationale. » « Les biens de la communauté nationale sont exploités en commun par tous ses membres valides. » La communauté nationale assure à chacun de ses membres un logement décent, l'habillement, une nourriture suffisante, et « les secours dans l’art de guérir ». Enfin, « la république ne fabrique plus de monnaie ».

Les meneurs et le réseau de leurs agents[modifier | modifier le code]

Sept hommes se joignent à Gracchus Babeuf pour diriger la conjuration : Philippe Buonarroti, Augustin Darthé, Sylvain Maréchal - qui se charge de rédiger le manifeste - Félix Lepeletier, Pierre-Antoine Antonelle, Debon, et Georges Grisel. Ce dernier quitte plus tard la conjuration et dénonce Babeuf, moyennant finances.
Un réseau d'agents militaires, composé de Germain, Vaneck, Jean Antoine Rossignol, Fyon, et Massart, a par ailleurs été créé, ainsi que des agents révolutionnaires qui seront placés dans chaque arrondissement de Paris. Les Égaux, ou « babouvistes », militent dans la clandestinité.

Arrestation des Égaux[modifier | modifier le code]

La conjuration est dénoncée à la police par l'un de ses meneurs (Georges Grisel). La légion de police licenciée, le pouvoir s’attaque au démantèlement de la direction de la Conjuration des Égaux. Le 10 mai 1796, Gracchus Babeuf qui porte un faux nom (Tissot) est arrêté le premier, ainsi que Buonarroti qui l'aidait à mettre au point le manifeste devant annoncer aux Parisiens la victoire des conjurés. Les premiers mots ont déjà été écrits : « Le peuple avance, la tyrannie n'est plus. Vous êtes libres ». Ses complices arrêtés, 245 mandats d'arrêt sont lancés par Carnot qui entend faire cesser les revendications égalitaires. Le principal dirigeant de la Conjuration, Gracchus Babeuf, est guillotiné le 27 mai 1797.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Buonarroti, Gracchus Babeuf et la conjuration des égaux.
  • Maurice Dommanget, Babeuf et la conjuration des égaux, Spartacus, 1989.
  • Henri Krea, La Conjuration des égaux, illustrations "hors texte" de Ladislas Kijno, Présence Africaine, 1964.
  • Gérard Walter, Babeuf et la conjuration des égaux, Paris, Payot, 1937.
  • Richard M. Andrews, « Réflexions sur la conjuration des Égaux », in Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 29, no 1, 1974, p. 73-106, [lire en ligne].
  • Jean-Marc Schiappa :
    • « Deux inédits de la conspiration pour l'Égalité », in Annales historiques de la Révolution française, 1986, no 264, p. 217-230, [lire en ligne].
    • « Notes sur le dirigeant babouviste Robert François Debon », in Annales historiques de la Révolution française, 1990, no 283, p. 93-104, [lire en ligne].
    • « Aspects de l'implantation de la conjuration babouviste », in Annales historiques de la Révolution française, 1993, no 291, p. 115-123, [lire en ligne].
    • « Un épisode sous le Directoire. (Le coup de Grenelle à travers les textes de Bescher, Buonarroti et Hennequin) », in Annales historiques de la Révolution française, 1997, no 308, p. 349-352, [lire en ligne].
    • Gracchus Babeuf avec les égaux, Paris, Editions Ouvrières, http://livre.fnac.com/a1069295/Jean-Marc-Schiappa-Gracchus-babeuf-avec-les-egaux
  • Michel Vovelle, « Une troisième voie pour la lecture de la Conspiration des Égaux ? », in Annales historiques de la Révolution française, 1998, no 312, p. 217-227, [lire en ligne].
  • Laura Mason, « Après la conjuration : le Directoire, la presse, et l’affaire des Égaux », in Annales historiques de la Révolution française, 2008, no 354, p. 77-103, [lire en ligne].