Louis Lecoin

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Buste de Louis Lecoin dans sa ville natale de Saint-Amand-Montrond

Louis Lecoin, né le à Saint-Amand-Montrond dans le Cher et mort le 23 juin 1971 à Pavillons-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) est un militant pacifiste et libertaire. Il est à l'origine de la fondation de l'Union pacifiste de France.

Correcteur d’imprimerie et militant syndicaliste, défenseur de l’objection de conscience[1], il passe douze années de sa vie en prison pour ses idées.

Biographie[modifier | modifier le code]

Louis Lecoin était issu d'une famille très pauvre, de parents illettrés : il ne possédait lui-même qu'un certificat d'études. Il devint correcteur d'imprimerie après avoir exercé les professions de manœuvre, jardinier, cimentier et avoir été aussi mendiant. Il se lia avec une travailleuse des PTT, Marie Morand, jusqu'à la mort de celle-ci en 1958. Au cours de sa vie il créa différentes publications[réf. nécessaire] : Ce qu'il faut dire, Le Libertaire, Défense de l’Homme et Liberté.

En octobre 1908, jeune recrue, il reçut l'ordre avec son régiment d'aller casser une grève de cheminots. Il refusa, ce qui lui valut 6 mois de prison pour "refus d'obéissance à l'intérieur de l'armée". Démobilisé en 1912, il alla à Paris et devint, après avoir pris contact avec les milieux libertaires, secrétaire de la Fédération anarchiste communiste. Il créa le "Secours aux Objecteurs de Conscience", puis le mensuel "Liberté", consacré à la défense des objecteurs de conscience et à la lutte pour un statut légal pour ceux-ci.

Pendant la guerre de 1914-18 il passe en conseil de guerre pour insoumission le 18 décembre 1917. Il est condamné à 5 ans de prison militaire et 18 mois de prison pour trouble à l'ordre public sans même pouvoir s'exprimer.

En 1921, présent au congrès de la CGT à Lille, devant les menaces des "gros bras" de la direction, il tira en l'air avec son revolver pour que les syndicalistes révolutionnaires puissent s'exprimer.

Maison natale de Louis Lecoin à Saint-Amand-Montrond

Il mena deux combats qui eurent des retentissements dans le monde entier.

Dès la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, Louis Lecoin rédigea un tract intitulé "Paix immédiate". Il fut, à cause de cela, emprisonné jusqu'en 1943.

Après la guerre il fonda le comité de soutien à Garry Davis pour créer une Citoyenneté mondiale. Louis Lecoin lança en 1958 sa campagne pour l'obtention d'un statut pour les objecteurs de conscience. Albert Camus participa activement à cette campagne dont il ne put voir l'aboutissement. Le gouvernement refusait de tenir sa promesse et le 1er juin 1962, Louis Lecoin déclencha une grève de la faim à l'âge de 74 ans. Cette action, démarra dans l'indifférence, mais après quelques jours, Lecoin reçut le soutien de la grande presse, notamment du Canard enchaînéHenri Jeanson interpella les intellectuels par un retentissant "Holà ! Les Grandes Gueules ! Laisserez-vous mourir Louis Lecoin ?"[2]. Lecoin fut alors hospitalisé de force. Au 21e jour, le Premier Ministre Georges Pompidou lui transmit la promesse qu'un projet de loi allait être soumis au Parlement. Mais cela parut dans un premier temps insuffisant pour Lecoin, "morpion sublime" et ce n'est que le lendemain qu'il interrompit son jeûne. En août 1963, voyant que le projet de loi n'était toujours pas voté, Louis Lecoin menaça de recommencer sa grève de la faim. Le gouvernement céda et le statut fut promulgué le , et tous les objecteurs furent libérés.

Son nom fut proposé pour le Prix Nobel de la paix en 1964 mais il demanda son retrait afin de laisser plus de chances à Martin Luther King.

Louis Lecoin et Bernard Clavel[modifier | modifier le code]

L'écrivain Bernard Clavel a écrit de nombreux articles dans la revue créée par Louis Lecoin l'Union pacifiste de France ainsi qu'une préface de ses écrits et cet homme qu'il lui rend dans son essai Le Silence des armes.

Pour Bernard Clavel, Louis Lecoin est à l'image de Gandhi et de Martin Luther King : un héros de son temps et surtout un exemple. « Toute sa vie témoigne de sa vertu, de sa valeur, de sa grandeur d'âme et de son désintéressement total de ce qui n'est pas directement lié au combat pour la justice et pour la paix. » Son combat, ce n'est pas seulement l'objection de conscience en tant que telle, c'est aussi « celui du bon sens contre l'absurdité, de l'intelligence contre la sottise, de l'honnêteté contre la corruption, de la pureté contre le vice.

Ce qui frappait d'abord dans cet homme d'aspect chétif, c'était son regard bienveillant, son humanité : « il portait le monde en son cœur et c'était en regardant au-dedans de lui qu'il en avait la vision la plus sensible, la plus chargée d'affection. » Toute sa vie, il a lutté contre la guerre, demandant à Pierre Mendès France en 1954 de supprimer l'armée et il n'aura pas de mots assez durs pour dénoncer son rôle néfaste et sa logique de guerre.

Bernard Clavel qui l'a très bien connu, soutenu dans son combat et lui a dédié son roman Le Silence des armes où il dénonce la guerre, les massacres et la torture en Algérie, roman qui a suscité bien des réactions et des polémiques qui ont incité Clavel à répondre par sa longue Lettre à un képi blanc.

C'était un homme d'une tolérance infinie, « une vertu à laquelle il attachait beaucoup de prix. » Bien que matérialiste, il appliquait à la lettre le précepte de l'Évangile "Tu ne tueras point. Poussant jusqu'au bout ses convictions, il a réussi à faire plier le général de Gaulle lui-même, arrachant à force d'acharnement, contre l'armée et les tenants d'un patriotisme primaire, le statut d'objecteur de conscience. S'il a vaincu, il est arrivé à ce résultat avec pour seul arme, son courage.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Garel Sylvain, Louis Lecoin et le mouvement anarchiste (Volonté anarchiste, Fresnes), 1982.
  • Lemonnier Jean-Claude, Louis Lecoin combattant de la Paix (Anima, Saint-Amand-Montrond), 1991.
  • Le Silence des armes et Récits et essais (Clavel), Bernard Clavel

Citations[modifier | modifier le code]

  • "Si un bon révolutionnaire doit demeurer insensible à la souffrance qu'il voit ou devine, je suis un mauvais révolutionnaire car ce n'est pas moi qui souhaiterai jamais que les régimes abhorrés accumulent plus d'horreurs pour pouvoir rassembler plus d'arguments contre eux."
  • "Je pense fermement qu'un homme peut et doit se refuser à en assassiner d'autres ... Je suis logique avec mes idées et reste d'accord avec mon cœur qui souffre au spectacle de ces laideurs et avec ma conscience qui s'indigne que des individus accumulent tant de misères."
  • Alors que tenter pour que la vie devienne moins sale s’il nous faut désespérer d’améliorer les hommes ? Que tenter pour que la paix coule de source sur notre terre desséchée par les guerres et les innombrables conneries de ses habitants ?
  • Tout ! Pour la paix, c’est très simple : rendre les hommes pacifistes même malgré eux. Les empêcher d’entrer en guerre en supprimant auparavant leurs armées et leurs armements. (Liberté, 1er février 1970)'
  • S'il m'était prouvé qu'en faisant la guerre mon idéal avait des chances de prendre corps, je dirais quand même non à la guerre. Car on n'élabore pas une société humaine sur des monceaux de cadavres.

Notices[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

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