Nestor Makhno

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Nestor Makhno

Nestor Ivanovitch Makhno (en ukrainien : Нестор Іванович Махно), est né à Houliaïpole (oblast de Zaporijia) le 26 octobre 1889, mort à Paris le 25 juillet 1934 et inhumé au cimetière du Père-Lachaise.

Anarchiste ukrainien et fondateur de l’Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne, il combattit à la fois les Blancs tsaristes et l'Armée rouge bolchévique.

Sommaire

De l'enfance aux premiers combats [modifier]

Originaire d'une famille d'anciens serfs, Nestor Makhno, dont le père meurt alors qu'il n'a que 11 mois, passe son enfance dans une grande misère[1]. Dès 10 ans, il doit quitter l'école pour travailler et aider sa famille à survivre. Conscient de l'injustice dont les siens et lui sont victimes, il comprend que ses ancêtres, les cosaques de Zaporijia, aient pris les armes pour leur liberté le jour où, à 13 ans, ne supportant plus de voir un garçon d'écurie se faire rouer de coups par les jeunes maîtres, il court chercher de l'aide auprès du premier garçon d'écurie, Batko Ivan, qui se rue sur les deux hommes. Tous les employés demandent alors leur compte auprès du vieux propriétaire qui prend peur. Cette première révolte marque profondément le jeune Makhno[2].

En 1906, période de grande répression tsariste, il fait la connaissance de paysans anarchistes de Houliaïpole. Ce groupe de paysans communistes libertaires édite et distribue des tracts, répond par l'action directe à la terreur gouvernementale, au travers notamment d'« expropriations »[3]. À l'instar des autres anarchistes de l'Empire russe, ils décrètent la « Terreur noire »[4] contre le tsarisme. Suite aux attentats avortés du groupe de Houliaïpole contre le gouverneur de la province puis contre la filiale locale de l'Okhrana, Nestor Makhno est arrêté avec treize de ses camarades. Il échappe à la peine de mort en raison de son jeune âge (17 ans) et ne sort de prison qu'à la Révolution, neuf ans plus tard[5]. En prison, il découvre le concept d'entraide développé par Pierre Kropotkine et fait la connaissance de Piotr Archinov. Témoin de l'attitude servile des intellectuels envers le pouvoir, il cesse de croire en l'honnêteté révolutionnaire des hommes politiques[6].

Après sa libération, il retourne à Houliaïpole, où il se trouve en désaccord avec les anarchistes locaux qui ne connaissent comme moyen d'action que la propagande. Makhno décide donc de créer une Union des paysans (29 mars 1917)[7] qui devient la même année un soviet[8]. C'est le retour des expropriations, de la collectivisation des terres, des usines et des ateliers. Cette période voit également la naissance de communes reposant sur le volontarisme, l'égalité, la solidarité et l'autogestion de certaines manufactures. Élu à la présidence du comité communal, Nestor Makhno y investit le plus clair de son temps, partageant les principes d'égalité et de fraternité prônés par le conseil du Soviet[9].

Le 6 janvier 1918, l'Assemblée constituante russe est dissoute par le nouveau pouvoir bolchevik. La situation est confuse et les armées austro-allemandes en profitent pour pénétrer en Russie et menacer le régime bolchevique. Le 3 mars 1918, par l'accord de Brest-Litovsk, Lénine accepte le démantèlement de l'ex-Empire russe. L'Ukraine gouvernée par Pavlo Skoropadsky se trouve de facto sous protectorat austro-allemand,. Des insurgés se soulèvent et un bataillon composé de volontaires de Houliaïpole se forme pour venir en aide à la ville d'Alexandrovsk et lutter contre l'occupation militaire[10]. Les troupes allemandes en profitent pour occuper Houliaïpole. Makhno se retire à Taganrog puis part pour Moscou où il rencontre des théoriciens anarchistes qu'il trouve particulièrement passifs, et Lénine, avec lequel il discute de la situation en Ukraine. De retour dans sa région natale, il se démène pour réveiller l'esprit de révolte et préparer le soulèvement contre l'hetmanat. Septembre 1918 voit la naissance de l'armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne[11] (en russe : Революцио́нная повста́нческая а́рмия Украи́ны, aussi appelée armée noire anarchiste ou Makhnovchtchina, terme dépréciatif issu de l'historiographie soviétique) et de ses drapeaux noirs. Makhno en est le chef incontesté, surnommé Batko (le père) par ses partisans[12].

Les blancs, les rouges, la « Makhnovchtchina » [modifier]

En 1919.
« Mort à tous ceux qui s'opposent à la liberté des travailleurs ! », le drapeau de la Makhnovchtchina
Le même drapeau en situation.

En 1917, une armée des volontaires, constituée essentiellement d'officiers et de cadets, veut se porter garante d'une Assemblée constituante élue par le peuple. Suite à la dissolution de l'Assemblée par Lénine, en janvier 1918, les volontaires se lancent dans la lutte armée contre le pouvoir bolchévique. Portant un ruban blanc pour se distinguer de leurs ennemis, ils sont dès lors appelés les « blancs ». Les différentes factions blanches du sud de la Russie se retrouvent bientôt sous le commandement du général Dénikine.

Makhno s'oppose aux blancs mais il a également des divergences idéologiques avec les bolchéviques et poursuit sa propre ligne « noire » entre blancs et rouges. Cependant, suite à la dispersion du soviet d'Ekaterinoslav (capitale régionale) et à l'arrestation de six bolcheviques par les pétliouriens (armée de Simon Petlioura, président du Directoire ukrainien), Makhno accepte d'intervenir par solidarité révolutionnaire mais aussi dans l'espoir de s'emparer de l'arsenal de la ville. Le 27 décembre 1918, les makhnovistes attaquent la garnison. Les pétliouriens se retranchent dans la ville où des combats de rue durent plusieurs jours. Battu, Makhno et 200 de ses hommes se replient à Houiaïpole.

L'offensive de 1919 des troupes de Dénikine force les gardes rouges à se retirer d'Ukraine et une partie des unités restées sur place (notamment en Crimée) décide de rejoindre les forces anarchistes de Makhno. De son côté Trotsky réorganise ses troupes en créant une nouvelle armée, l'armée rouge des ouvriers et des paysans, reposant sur la conscription et faisant appel à des officiers de l'armée impériale pour son encadrement.

Makhno et ses troupes sont alors perçus par les rouges comme un allié utile, sinon fiable, dans la lutte contre l'armée du général Dénikine. Le 26 janvier 1919 un accord entre rouges et makhnovistes est signé. En échange d'approvisionnement et d'armes, les makhnovistes acceptent de devenir la « 3e brigade du Dniepr », partie intégrante de l'armée rouge. Malgré cet accord, les bolcheviques, inquiets du nombre croissant d'anarchistes et de socialistes révolutionnaires au sein des troupes de Makhno, ne distribuent des armes aux insurgés makhnovistes qu'au compte-gouttes. Ils abandonnent d'ailleurs bientôt l'Ukraine pour renforcer la défense de Moscou que l'offensive de Dénikine menace dangereusement.

Du 26 octobre au 5 décembre 1919, ses troupes pillent, violent et tuent de nombreux pacifistes mennonites qui accueillaient dans leur village l'armée blanche en Ukraine. Le massacre d'Eichenfeld, par exemple, se solde en deux jours par la mort de 136 vieillards, hommes, femmes et enfants[13]. Les mennonites vivaient dans les colonies relativement riches et employaient peu de journaliers extérieurs à leur communauté[14]. L'écrivain Fritz Senn, affirme dans sa nouvelle Panta Rhei que les mennonites auraient été des propriétaires terriens suffisamment avides pour bénéficier sans remords des avantages de l'esclavage (sans doute faut-il entendre servage), alors que celui-ci était déjà interdit à l'époque partout en Russie depuis 1861 et que ni le servage ni l'esclavage n'avaient jamais existé dans les colonies mennonites considérées comme peuplées de paysans libres depuis plus d'un siècle[15]. Notons que l'historien Alexandre Skirda, seul historien publié en langue française sur le sujet, contredit ces affirmations, qu'il attribue à la propagande soviétique[16], de même que les auteurs anarchistes contemporains, Voline et Ida Mett.

Makhno mène la lutte jusqu'en 1920, contre les forces blanches et les troupes d'occupation allemande et autrichienne. Après la défaite de l'armée de Wrangel les makhnovistes, devenus inutiles pour les bolchéviques, sont re-déclarés hors-la-loi par ceux-ci[17] (4e congrès de Juin 1919 banni), ils prennent les armes contre les rouges sous forme de guérilla. En août 1920, Makhno est blessé lors d'un combat contre l'armée bolchevique. Le 28 août 1921, pourchassé avec le reste de ses troupes par l'armée rouge, Makhno et 78 des ses fidèles se réfugient en Roumanie, d'où Tchitcherine tente vainement de le faire extrader et juger pour activité terroriste contre l'Ukraine. Puis Makhno passe en Pologne d'où il se rend à Dantzig où, de nouveau, il est détenu. Grâce à un petit groupe d'anarchistes locaux il s'évade pour rejoindre Paris où, à la suite de rencontres intéressantes, il fonde Dielo Trouda. Il y reprend ses activités mais sous un angle théorique (entre autres une critique de la défaite anarchiste russe et la question de l'organisation des anarchistes: Plateforme organisationnelle des Communistes libertaires[18]). Il visite certains groupes anarchistes en France, comme celui d'Aimargues qui le reçoit en 1924 et où séjourneront pendant plus d'un an sa femme et sa fille.

Nestor Makhno, Colombarium du cimetière du Père Lachaise à Paris

Sur la fin de sa vie, très pauvrement, il séjourne en France, où il tient notamment un emploi d'ouvrier[19] dans les usines Renault[20]. Il meurt de la tuberculose[21] à Paris le 25 juillet 1934, laissant ses récits d'Ukraine inachevés[22]. Makhno est incinéré, ses cendres sont déposées au cimetière du Père-Lachaise - columbarium, case 6685 - division 87[23].

Bibliographie [modifier]

Ouvrages utilisés pour la rédaction de l'article [modifier]

Autres ouvrages sur le sujet [modifier]

  • (en) Alexandre Skirda, Nestor Makhno Anarchy's Cossack: The Struggle for Free Soviets in the Ukraine 1917-1921, AK Press, 2004 Lire en ligne
  • Emma Goldman, L'épopée d'une anarchiste - New York 1886 - Moscou 1920, Éditions Complexe, 2001 Lire en ligne.
  • Hélène Dorion, A. Tcherkassov, Le russionnaire petite encyclopédie de toutes les Russies, Dictionnaire et encyclopédie, Multimondes, 2005 Lire en ligne.

Travaux universitaires [modifier]

  • Ferro Marc. Alexandre Skirda, Nestor Makhno, le Cosaque de l'anarchie, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1985, vol. 40, n° 4, p. 855 persee.fr.
  • Dandois B.. L' Anarchisme ici et là, hier et aujourd'hui, in Le Mouvement social, Revue belge de philologie et d'histoire, 1976, vol. 54, n° 2, p. 736 persee.fr.
  • Hélène Châtelain, « Nestor Makhno. Les images et les mots », in Cinéma Engagé, Cinéma Enragé, L'homme Et La Société (revue internationale de recherche et de synthèse en sciences sociales) n°127-128, L'Harmattan, 1998 Lire en ligne.
  • Loez André. Mayer A .J., Les furies. Violence, vengeance, terreur aux temps de la Révolution française et de la Révolution russe. In: Politix. Vol. 15, N°60. Quatrième trimestre 2002. pp. 233-238 persee.fr.
  • Ouvrages reçus en 2003-2004. In: Revue des études slaves, Tome 75, fascicule 3-4, 2004. pp. 633-649 persee.fr.
  • Stites Richard. Utopias of time, space, and life in the Russian Revolution. In: Revue des études slaves, Tome 56, fascicule 1, 1984. L'utopie dans le monde slave. pp. 141-154 persee.fr.
  • Index des publications recensées. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 40e année, N. 6, 1985. pp. 21-27 persee.fr.

Film documentaire [modifier]

Adaptation [modifier]

  • Les neuf vies de Nestor Makhno est une série télévisée ukrainienne en 12 épisodes tournée en 2006 par le réalisateur Nikolaï Kaptan. La série traite des principaux évènements de la vie de Nestor Makhno tout en modifiant certains passages pour donner un caractère romancé au film.

Chanson [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. Nestor Makhno, Ephéméride Anarchiste Lire en ligne
  2. Nestor n'y tient plus et court prévenir le premier garçon d'écurie, Batko Ivan, occupé dans une étable à tailler la queue (...) Mis au courant, Batko Ivan, une force de la nature, se précipite comme pris d'un accès de folie (...) Alexandre Skirda, Nestor Makhno, Le Cosaque de l'anarchie, Éditions Alexandre Skirda, page 30 Lire en ligne
  3. Fils de paysans ukrainiens misérables, il est d'abord apprenti dans une fonderie, puis aide d'un marchand de vins. Dès 1906, il prend contact avec un groupe d'anarchistes-communistes paysans à Goulaiaï-Polié. Michel Ragon, Dictionnaire de l'anarchie, Éditions Albin Michel, 2008 Lire en ligne
  4. C'est ce qu'on appela la « terreur noire ». Elle fut appliquée. Certaines propriétés brûlaient pendant des semaines entières... » Au mois de septembre 1907, Makhno fut mis en prison pour six mois, à Gouliaï-Polie, puis libéré, repris et relâché (...) Malcolm Menzies, Makhno, une épopée: le soulèvement anarchiste en Ukraine, 1918-1921, Éditions Belfond, 1972 Lire en ligne
  5. (...) l'horreur de sa mère quand elle a vu le récipient faisant explosion et sautant hors du gros four. Bientôt après ce petit incident tragi-comique, le jeune Makhno fait un attentat contre un fonctionnaire de la police locale et est condamné à mort (...) Ida Mett, Souvenirs sur Nestor Makhno, éditions Allia, 1983, page 9 Lire en ligne
  6. Bien que Makhno revendique une place au soleil de l'Histoire pour tous les anonymes de la révolution, le cadrage est serré sur lui-même dans une chronique factuelle (...) Il raconte sa décevante visite à Kropotkine comme une légitimation. Sa rencontre avec un Lénine ouvert à la contradiction aurait pu changer le cours des choses, si Ilitch n'avait eu une légère condescendance amusée. « Le sale caractère qui est le mien, si l'on peut dire, m'empêchait de prêter encore attention à la suite de la discussion, quel que fût mon respect pour Lénine lors de cet entretien. Je me sentais vexé en quelque sorte ». Korine Amacher, Le retour des héros. La reconstitution des mythologies nationales à l'heure du postcommunisme, Éditions Léonid Heller, 2010 Lire en ligne
  7. Avril : Makhno fonde l'Union des paysans de Goulaï-Polé. Yves Ternon, Makhno, la révolte anarchiste, Bruxelles, Éditions Complexe, 1981 Lire en ligne
  8. (...) Toute sa vie, Makhno regrettera la désorganisation chronique des anarchistes et, malgré leur nombre et leurs qualités, (...) Comme il est en même temps président de l'Union des paysans, transformée en «soviet» (...) Alexandre Skirda, Nestor Makhno, Le Cosaque de l'anarchie, Éditions Alexandre Skirda Lire en ligne
  9. Août : Makhno, président du Soviet de Goulaï-Polé. Yves Ternon, Makhno, la révolte anarchiste, Bruxelles, Éditions Complexe, 1981 Lire en ligne
  10. Towards the close of 1918, this initial front had been solidly established in the Alexandrovsk region and at its heart was Gulyai-Polye. Alexandre Skirda, Nestor Makhno Anarchy's Cossack: The Struggle for Free Soviets in the Ukraine 1917-1921, AK Press, 2004 Lire en ligne
  11. En 1918, après la chute de l'hetman Skoropadsky (...) Mais le « Batko », a la tête d'une armée révolutionnaire insurrectionnelle, basée sur le volontariat, l'élection des officiers, l'auto-discipline et ayant ses racines profondes dans les masses paysannes (...), La Révolution Prolétarienne, revue syndicaliste révolutionnaire fondée par Pierre Monatte en 1925 Lire en ligne
  12. Edward R. Kantowicz (1999). The Rage of Nations. Wm. B. Eerdmans Publishing. p. 173. ISBN 0-8028-4455-3
  13. Nestor Makhno, fa-heropelyon.fr Lire en ligne
  14. Dyck, H.L. et al., Nestor Makhno and the Eichenfeld Massacre. A civil war tragedy in a Ukrainian Mennonite village, Kitchener 2004
  15. Nestor Makhno, fa-heropelyon.fr Lire en ligne
  16. Alexandre Skirda, Nestor Makhno, Le Cosaque libertaire, Les Éditions de Paris, 1999 et Les Anarchistes russes, les soviets et la révolution de 1917, Les Éditions de Paris, 2000
  17. Il n'a d'ailleurs pas d'ordre à recevoir d'un général bolchevique. En janvier 1920, le parti communiste déclare Makhno et ses partisans horslaloi. Suivront huit mois de batailles acharnées entre rouges et noirs (...) Michel Ragon, Dictionnaire de l'anarchie, Éditions Albin Michel, 2008 Lire en ligne
  18. Plate-forme d'organisation des communistes libertaires, Dielo Trouda, 1926 Lire en ligne
  19. Selon Michel Ragon, il devient manœuvre aux usines Renault, à Billancourt. Un roman de Joseph Kessel, Makhno et sa juive, fait de lui un personnage sulfureux et antisémite, ce qu'il n'a pas été (Michel Ragon, Dictionnaire de l'anarchie, Éditions Albin Michel, 2008 sur Lire en ligne
  20. (...) l'année 1926, Nestor Makhno, l'ancien leader anarchiste de la révolution paysanne d'Ultraine, travaillait chez Renault comme ouvrier tourneur (...) : Maurice Rajfus, Mon père, l'étranger : un immigré juif polonais à Paris dans les années 1920, L'Harmattan, 1989 sur Lire en ligne
  21. Il mourra en exil à Paris, en 1934, terrassé par la tuberculose. Domenico Tarizzo, L'anarchie : histoire des mouvements libertaires dans le monde, Seghers, 1978 sur Lire en ligne
  22. Nestor Ivanovitch Makhno (1888-1934) est issu de la paysannerie pauvre d'Ukraine orientale, berceau des Cosaques zaporogues. Sous son impulsion, entre 1917 et 1921, le groupe communiste libertaire de Gouliaï-Polié prit la tête du formidable mouvement insurrectionnel paysan dont l'intervention contre les troupes d'occupation austro-allemandes, puis contre les armées blanches, infléchit de manière décisive le cours de la guerre civile russe. Mais l'épopée de la guerre des partisans ne constitue qu'un aspect de l'histoire de la Makhnovchtchina. Makhno et les siens se battaient pour un nouvel ordre social " où il n'y aurait ni esclavage ni mensonge, ni honte, ni divinités méprisables, ni chaînes, où l'on ne pourrait acheter ni l'amour ni l'espace, où il n'y aurait que la vérité et la sincérité des hommes ". Sur un territoire de deux millions et demi d'habitants affranchi de tout pouvoir d'État, ils formèrent des communes agraires autonomes dotées des organes d'une démocratie directe : soviets libres et comités de base. Les insurgés makhnovistes croyaient sauver la révolution russe et mondiale - car ils ne luttaient pas seulement pour leur compte - et s'aperçurent trop tard qu'ils faisaient le jeu de la dictature d'un Parti-État dont les objectifs s'opposaient radicalement aux leurs. Malentendu tragique, non seulement pour eux-mêmes mais pour le projet révolutionnaire du xxe siècle - jusqu'à nos jours. Nestor Makhno, Mémoires et écrits, 1917-1932, traduction et présentation par Alexandre Skirda, Paris, éditions Ivrea, 2009 Lire en ligne
  23. Il est incinéré au Père-Lachaise sous le n° 6686. Claire Auzias, Memoires libertaires : Lyon 1919-1939, L'harmattan, 2000 Lire en ligne
  24. Entre 1917 et 1921, la bourgade de Goulaï Polie, à l’Est de l’Ukraine, fut le centre d’un mouvement révolutionnaire paysan qui lutta d’abord contre les occupants austro-hongrois (après la signature du Brest-Litovsk), contre les Blancs puis contre l’armée Rouge commandée par Trotsky, avec laquelle il s’était précédemment allié. La figure emblématique de ce mouvement était Nestor Makhno, né à Goulaï Polie, mort en exil en France, CHATELAIN, Hélène. « Nestor Makhno, un Paysan d’Ukraine », Lire en ligne

Voir aussi [modifier]

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]

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